נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bamidbar, Nasso (1/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Fais le relevé de la tête des fils de Guerchon, eux aussi » (Bamidbar 4,22). Pourquoi parfois « selon leurs familles » précède « selon la maison de leurs pères », et parfois l'inverse ? Pour le Noam Elimele'h, le tsadik élève le monde entier par son devekout (attachement) et sa sainteté : cela s'appelle « élévation de la tête ». Le Nom a ordonné que cette élévation se conduise selon les transmigrations des âmes (guilgoulim) ; Moché et Aharon relevaient Israël « selon leurs crânes », selon le guilgoul des âmes. Les hommes simples sont d'abord reliés aux Patriarches : « selon la maison de leurs pères » puis « selon leurs familles » ; pour les tsadikim, l'ordre est inverse, du bas vers le haut.

Aussi : trois sortes de tsadikim : mérite des pères, éveil d'un tsadik mort, ou par soi-même ; Kehat, Merari et Guerchon face au lépreux, au zav et à l'impur par un mort ; le nazir comme sagesse pour la techouva.

נשא את ראש בני גרשון גם הם כו׳. יש לתת טעם לשבח למה לפעמים כתיב למשפחותם קודם לבית אבותם ולפעמים כתיב לבית אבותם ולמשפחותם, ע"פ הפסוק שאו את ראש בני ישראל לגלגלותם ולמשפחותם כו׳, כי הצדיק הוא מעלה את העולם כולו והוא נושא אותם ע"י דבקותו וקדושתו, ועי"ז הוא מקרב אותם לעבודת הבורא ית"ש, וזה נקרא נשיאות ראש, לכן צוה השם שהנשיאות ראש ההוא יתנהג לפי הגלגולים, כי הצדיק היודע גלגולי הנשמות יכול לידע איזה איש יש לו נשמה קדושה, או מאיזה עולם נשמתו נלקחה, ומשה ואהרן היו במדריגה זו וידעו גלגול הגשמות, לכך צוה אותם השי"ת ב"ה "שאו את ראש בני ישראל לגלגלותם" פירוש לפי גלגול הנשמות כן תעלו אותם למעלה, אך פשוטי בני אדם אשר נשמתם אינה כ"כ במדריגה גדולה, גם הם צריכים עליה ונשיאות ראש, ולמה יגרעו, ובמה הם יכולים להנשא כיון שהם למטה? לזה צריך הצדיק לקשר אותם באבות הקדושים הכלולים מכללות ישראל, ואז יתעלו למעלה על ידם, וזהו לפעמים כתיב לבית אבותם קודם למשפחותם, על שצריכים לקשר אותם באבות תחילה כדי להעלות אותם בתוך שאר משפחות ישראל, ובאותן שהם צדיקים שנשמתם הוא מעולם העליון הוא להיפך, שמעלין אותם כסדר מתתא לעילא, מתחילה למשפחותם ואחר כך לבית אבותם, לקשר אותם עם מדריגות האבות ג"כ, ודו"ק.

Fais le relevé de la tête des fils de Guershon, eux aussi, etc. (Nombres 4,22).

Il convient de donner une raison louable expliquant pourquoi il est parfois écrit "selon leurs familles" avant "selon la maison de leurs pères", et parfois "selon la maison de leurs pères" avant "selon leurs familles". Cela se comprend d'après le verset "Faites le relevé de la tête des enfants d'Israël selon leurs crânes (legulgelotam) et selon leurs familles", etc.

(Nombres 1,2) : car le tsadik élève le monde entier et il les porte par son attachement (devekout) et par sa sainteté, et par là il les rapproche du service du Créateur béni soit-Il ; et cela s'appelle "élévation de la tête" (nessiat roch). C'est pourquoi le Nom a ordonné que cette élévation de la tête se conduise selon les guilgoulim (transmigrations des âmes), car le tsadik qui connaît les guilgoulim des âmes peut savoir quel homme possède une âme sainte, ou de quel monde son âme a été prise.

Moche et Aharon étaient à ce niveau et connaissaient le guilgoul des âmes ; c'est pourquoi ה' béni soit-Il leur a ordonné "Faites le relevé de la tête des enfants d'Israël selon leurs crânes (legulgelotam)", c'est-à-dire : selon le guilgoul des âmes, ainsi vous les élèverez vers le haut. Mais les hommes simples, dont l'âme n'est pas à un si haut niveau, eux aussi ont besoin d'élévation et d'élévation de la tête : pourquoi seraient-ils en reste ?

Et par quel moyen peuvent-ils être élevés, puisqu'ils sont en bas ? Pour cela, le tsadik doit les relier aux saints Patriarches, qui sont inclus dans l'ensemble d'Israël, et alors ils s'élèveront vers le haut par eux.

Et voilà pourquoi il est parfois écrit "selon la maison de leurs pères" avant "selon leurs familles" : parce qu'il faut d'abord les relier aux Patriarches, afin de les élever au sein des autres familles d'Israël. Mais pour ceux qui sont des tsadikim, dont l'âme vient du monde supérieur, c'est l'inverse : on les élève selon l'ordre du bas vers le haut (mitata leeila), d'abord "selon leurs familles" et ensuite "selon la maison de leurs pères", pour les relier eux aussi aux niveaux des Patriarches.

Étudie bien cela.

או יאמר נשא כו׳ בני גרשון גם הם כו׳. הדקדוק מלת "גם הם" הוא מיותר.

ונ"ל דהנה יש ג׳ מיני צדיקים, יש צדיק שהוא מחמת זכות אבותיו, ולזה הצדיק בקל יכול לבא לאור גדול. ב׳ מחמת שהוא מעורר את הצדיק שהיה כבר בעולם ועתה הוא בעולם העליון, הוא מעורר את אורו ובא לו מכחו אור גדול.

ועוד יש שהוא צדיק מעצמו, ולזה הצדיק הוא בקושי קצת שיבא לאור גדול, אך שלבו מתלהב וחושק לעבודת הבורא ב"ה בשלימות, וזהו "אור זרוע לצדיק" פירוש האור הוא זרוע להצדיק מאבותיו, "ולישרי לב שמחה" פירוש אותם הצדיקים שהם ישרי לב, מעצמם שמחה, שלבם מתלהב ומשמח לעבודתו ית׳. וזהו "אז ישיר משה כו׳ ויאמרו לאמר" מלת "לאמר" אין לו ביאור לכאורה, וע"פ דרכנו יבואר, "אז" ראשי תיבות אור זרוע, ר"ל האור הזרוע מאבותינו הקדושים עשה פעולה זאת ש"ישיר משה", פירוש שפעלו במעשיהם הקדושים לדורות הבאים אחריהם שישיר הצדיק שבכל דור ודור, שהצדיק נקרא בשם משה, ולזה אפשר רמזו בגמרא הקדושה "מכאן לתחיית המתים מן התורה", שזה שהצדיק מעורר את האור של הצדיק שכבר מת, זה הוא תחיית המתים, שמחיה את האור של הצדיקים שכבר מתו וגם שפתותיו דובבות כו׳.

ועוד פעלו "ויאמרו לאמר" פירוש במה שהם אמרו שירה, פעלו "לאמר" שיאמרו גם אנחנו בניהם שירה. "אשירה לה׳" כו' היינו הצדיקים שחושקים ומתאווים לעבודתו ואומרים "אשירה", שאין להם עדיין אור גדול רק שנפשם חשקה, אך הצדיק העוסק בתורה לשמה יוכל לבא לאור גדול אף בלא זכות אבות.

והנה בני קהת היו משאם הארון והשולחן כו׳, והיה להם התורה והיו יכולים לבא בקל לאור גדול ע"י התורה הקדושה, וזהו שאמר השם ית' למשה "נשא את ראש בני גרשון גם הם" כו׳, פירוש שגם הם יכולים לבא לאור גדול ע"י זכות אבות וכנ"ל, וק"ל.

Ou bien l'on peut dire : "Fais le relevé", etc., "des fils de Guershon, eux aussi", etc. La difficulté est que le mot "eux aussi" (gam hem) paraît superflu.

Et il me semble qu'il y a trois sortes de tsadikim. Il y a un tsadik qui l'est par le mérite de ses pères, et ce tsadik-là peut parvenir facilement à une grande lumière.

Le deuxième l'est parce qu'il éveille le tsadik qui fut déjà dans ce monde et se trouve maintenant dans le monde supérieur : il éveille sa lumière, et de sa force lui vient une grande lumière. Et il y a encore celui qui est tsadik par lui-même ; pour celui-là, il est un peu difficile de parvenir à une grande lumière, mais son cœur s'enflamme et désire ardemment le service du Créateur béni soit-Il dans sa plénitude.

Et c'est le sens de "une lumière est semée pour le juste" (Psaumes 97,11) : la lumière est semée pour le tsadik par ses pères ; "et pour les cœurs droits, la joie" : ces tsadikim qui sont droits de cœur ont d'eux-mêmes la joie, car leur cœur s'enflamme et se réjouit pour Son service béni soit-Il. Et c'est "Alors (az) Moche chanta, etc., et ils dirent en disant (lemor)" (Exode 15,1) : le mot "lemor" n'a, à première vue, pas d'explication, mais selon notre voie il s'éclaire.

"אז" (az, alors) est l'acronyme de "אור זרוע" (or zaroua, lumière semée), c'est-à-dire que la lumière semée par nos saints pères a produit cet effet que "Moche chante", c'est-à-dire qu'ils ont agi par leurs actes saints pour les générations venant après eux, afin que chante le tsadik de chaque génération, car le tsadik est appelé du nom de Moche. Et c'est peut-être à cela qu'il est fait allusion dans la sainte Guemara : "de là [on apprend] la résurrection des morts à partir de la Torah", car le fait que le tsadik éveille la lumière du tsadik déjà mort, c'est cela la résurrection des morts, puisqu'il fait revivre la lumière des tsadikim déjà morts, et de plus "ses lèvres murmurent [dans la tombe]", etc.

Et ils ont encore opéré "et ils dirent en disant" : c'est-à-dire que par le fait qu'ils ont dit un chant, ils ont opéré "en disant" (lemor), que nous aussi, leurs fils, disions un chant. "Je chanterai à ה'", etc. : ce sont les tsadikim qui aspirent et désirent Son service et qui disent "je chanterai", car ils n'ont pas encore de grande lumière, seule leur âme est en désir.

Mais le tsadik qui s'occupe de la Torah pour elle-même (lichma) peut parvenir à une grande lumière même sans le mérite des pères. Or les fils de Kehat avaient pour charge l'Arche et la Table, etc., ils avaient la Torah et pouvaient parvenir facilement à une grande lumière par la sainte Torah.

Et c'est ce que ה' béni soit-Il dit à Moche : "Fais le relevé de la tête des fils de Guershon, eux aussi", etc., c'est-à-dire qu'eux aussi peuvent parvenir à une grande lumière par le mérite des pères, comme ci-dessus. Et cela est facile à comprendre.

וידבר ה׳ אל משה כו׳ וישלחו מן המחנה כל צרוע וכל זב וכל טמא לנפש כו׳ ויעשו בני ישראל כו׳ כן עשו בני ישראל. נראה לפרש הכפל לשון:

ויעשו בני ישראל, כן עשו בני ישראל, שהוא יתור לשון. ונראה כי אמר השי"ת ב"ה לישא את ראש בני גרשון קהת ומררי, כי רמז בזה להיות שיש ג׳ מיני צדיקים משונים במדריגתם זה מזה, והוא, יש צדיק הנקרא "קהת" על שם מעשיו הקדושים והטהורים, ואליו יקהת עמים ללמד להם דרכי ה׳ הטובים, ומשנהו הנקרא "מררי" ע"ש שמסגף עצמו בתעניתים בסיגופים המרים מרוב יראתו ופרישתו, והשלישי הוא אשר הוא כגר בארץ ושפל ברך וענוותן גדול נבזה בעיניו נמאס, ועל שם כך נקרא "גרשום" כי אמר גר הייתי כו׳.

וכשיש שלשה מדריגות הקדושים הללו בישראל, אזי ניצולים משלש מדריגות אחרים, והם "צרוע וזב וטמא לנפש", ולכך צוה השי"ת ב"ה לשלח מן המחנה אותן השלש.

Et ה' parla à Moche, etc. : "qu'ils renvoient du camp tout lépreux (metsora), tout zav (homme atteint d'un écoulement impur) et tout impur par contact avec un mort", etc., "et les enfants d'Israël firent ainsi", etc., "ainsi firent les enfants d'Israël" (Nombres 5,1-4). Il semble qu'il faille expliquer la répétition du langage : "et les enfants d'Israël firent... ainsi firent les enfants d'Israël", qui est une redondance.

Et il apparaît que ה' béni soit-Il a ordonné de faire le relevé de la tête des fils de Guershon, de Kehat et de Merari parce qu'il a fait allusion par là à l'existence de trois sortes de tsadikim, différents les uns des autres par leur niveau. À savoir : il y a un tsadik appelé "Kehat", du nom de ses actes saints et purs, et "à lui l'obéissance (yikhat) des peuples" (Genèse 49,10), pour leur enseigner les bonnes voies de ה' ; le second est appelé "Merari", parce qu'il se mortifie par des jeûnes et par des mortifications amères (marim), en raison de l'abondance de sa crainte et de son ascèse ; et le troisième est celui qui est comme un étranger (guer) sur la terre, humble d'esprit, très modeste, méprisé et abject à ses propres yeux, et pour cela il est appelé "Guershom", car il a dit "j'ai été un étranger [sur une terre étrangère]" (Exode 2,22).

Et lorsque ces trois niveaux saints se trouvent en Israël, alors ils sont sauvés de trois autres niveaux, qui sont "le lépreux, le zav et l'impur par contact avec un mort" ; c'est pourquoi ה' béni soit-Il a ordonné de renvoyer ces trois-là hors du camp.

‎וישראל קדושים נביאים הם, ותיכף כשנצטוו בשלש מדריגות הקדושים, והם גרשון קהת ומררי, הבינו מעצמם הדבר שצריך לשלוח השלש אחרים מן המחנה, ולזה בא השפת יתר באמרו "כן עשו" פירוש אפילו קודם שנצטוו במצוה זו, הבינו מעצמם זה וכוונו אל האמת, ושלחו אותם למען יהיה מחניהם קדוש בשלש מדריגות הקדושות, והבן.

Et Israël, qui sont saints, sont des prophètes : dès l'instant où ils reçurent l'ordre concernant les trois niveaux saints, à savoir Guershon, Kehat et Merari, ils comprirent d'eux-mêmes qu'il fallait renvoyer les trois autres hors du camp. Et c'est pourquoi vient la redondance de langage lorsqu'il est dit "ainsi firent-ils" : cela signifie que même avant d'avoir reçu l'ordre de ce commandement, ils l'avaient compris d'eux-mêmes et avaient visé la vérité, et ils les avaient renvoyés afin que leur camp soit saint par les trois niveaux de sainteté.

Comprends bien.

דבר אל בני ישראל כו׳ איש או אשה כי יעשו מכל חטאת האדם כו׳. נ"ל בהקדים לפרש פסוק "איש או אשה כי יפליא לנדור נדר נזיר להזיר לה׳", יש לומר דהתורה הקדושה רמזה לנו בזה ללמד דרכי ה׳ ברצות האדם לשוב מדרכו הרעה ומדרכיו המקולקלים, ורוצה לעשות תשובה ולסגף עצמו בסיגופים ותענית, והנה צריך לזה חכמה ושכל להשכיל בסיגופיו.

וזהו "איש או אשה כי יפליא לנדור" ר"ל פלא הוא חכמה, והיינו שצריך לעשות בחכמה גדולה כשרוצה לנדור נדר לעשות איזה סיגוף, "נזיר להזיר לה'" פירוש נזיר הוא לשון נזר ועטרה, ופירושו שרוצה לעשות עטרה להש"י, "מיין ושכר יזיר" ר"ל גם משתיית יין יראה לעשות נזר מזה לה׳, שיעשה בקדושה רבה, "חומץ יין וחומץ שכר לא ישתה" פירוש אם אין שתייתו בקדושה, אזי שתיה זאת היא כחומץ חזק וקשה וסופו רע, ושתיה כזו לא ישתה.

Parle aux enfants d'Israël, etc. : "un homme ou une femme qui commettent l'une quelconque des fautes de l'homme", etc. (Nombres 5,6).

Il me semble qu'il faut d'abord expliquer le verset "un homme ou une femme qui prononce (yafli) le vœu de nazir, pour se consacrer à ה'" (Nombres 6,2). On peut dire que la sainte Torah nous a fait ici allusion, pour enseigner les voies de ה' lorsque l'homme veut revenir de sa mauvaise voie et de ses conduites corrompues, qu'il veut faire techouva (retour, repentir) et se mortifier par des mortifications et des jeûnes : il lui faut pour cela sagesse et discernement, afin d'agir avec intelligence dans ses mortifications.

Et c'est "un homme ou une femme qui yafli pour faire un vœu", c'est-à-dire : "pelé" (merveille) signifie sagesse, à savoir qu'il doit agir avec une grande sagesse lorsqu'il veut faire le vœu d'accomplir quelque mortification. "Nazir, pour se consacrer à ה'" : "nazir" est de la même racine que "nezer", diadème et couronne, et le sens est qu'il veut faire une couronne pour ה' béni soit-Il.

"Du vin et de la boisson forte il se consacrera (yazir)", c'est-à-dire que même de la consommation du vin il veillera à faire une couronne pour ה', en agissant avec une grande sainteté. "Il ne boira pas de vinaigre de vin ni de vinaigre de boisson forte" : cela signifie que si sa consommation ne se fait pas dans la sainteté, alors cette boisson est comme un vinaigre fort et dur dont la fin est mauvaise, et une telle boisson, il ne la boira pas.

"וכל משרת ענבים" ע"ד דדרשינן בגמרא חד אמר לטעם כעיקר וחד אמר להיתר מצטרף לאיסור, והיינו חצי זית היתר וחצי זית איסור מצטרף. ונראה שמר אמר חדא ומר אמר חדא ולא פליגי, ואחד רמז בדבריו הקדושים דבר אחד והשני דבר אחר, והוא "טעם", היינו הסתכלות איסור חלילה או איזה מחשבה והרהור רע חלילה הוא "כעיקר" עבירה גופה, וצריך לשמור עצמו מאד בזה כמו מהעיקר עבירה, ומר אמר "להיתר" כו׳, דהנה עיקר מניעת האדם מעבודת הבורא הוא עסק הפרנסה שקשה כו' כקריעת ים סוף, ורובם נכשלים חלילה בעסק משא ומתן שצריך ליזהר מאד בזה וכולי האי ואולי.

וזה שאמרה היונה "רבונו של עולם יהיו מזונותי כו׳ ומסורים בידך", פירוש שהבחירה יהיה בידך, שאתה תבחר ולא אני בעסקי מזונות, כי מתיראת אנכי שאם יהיה בידי זאת, שלא אתמוטט חלילה מחמת שצריך לזה שמירה גדולה. וזהו "חצי זית איסור וחצי זית היתר מצטרפין", דהיינו שקצת עושין באמונה לפעמים, ולפעמים להיפך ח"ו, אז גם ההיתר נבלע באיסור חלילה, וזהו "וכל משרת ענבים".

"Et toute macération de raisins" (Nombres 6,3) : selon ce que l'on expose dans la Guemara, l'un dit que [cela enseigne] "le goût est comme la substance" (taam ke-ikar), et l'autre dit que [cela enseigne] que "le permis se joint à l'interdit", c'est-à-dire un demi-olive de permis et un demi-olive d'interdit qui se joignent. Et il apparaît que l'un a dit une chose et l'autre une autre, et qu'ils ne sont pas en désaccord : chacun a fait allusion dans ses saintes paroles à une chose différente.

À savoir, "le goût" : c'est-à-dire qu'un regard interdit, à Dieu ne plaise, ou quelque pensée et représentation mauvaise, à Dieu ne plaise, est "comme la substance", comme la transgression elle-même, et il faut s'en garder très fortement, comme de la transgression principale. Et l'autre a dit "le permis", etc. : car ce qui empêche principalement l'homme du service du Créateur, c'est l'occupation de la subsistance (parnassa), qui est difficile, etc., "comme la fente de la mer des Joncs", et la plupart trébuchent, à Dieu ne plaise, dans le commerce, où il faut prendre grand garde, et malgré tout cela ce n'est pas encore sur.

Et c'est ce que dit la colombe : "Maître du monde, que ma nourriture, etc., soit remise entre Tes mains", c'est-à-dire que le choix soit entre Tes mains, que ce soit Toi qui choisisses et non moi dans les affaires de subsistance, car je crains que, si cela était entre mes mains, je ne chancelle, à Dieu ne plaise, puisque cela requiert une grande vigilance. Et c'est "un demi-olive d'interdit et un demi-olive de permis se joignent", c'est-à-dire qu'on agit parfois un peu avec honnêteté, et parfois le contraire, à Dieu ne plaise ; alors le permis lui aussi est absorbé dans l'interdit, à Dieu ne plaise.

Et c'est "et toute macération de raisins".

‎והנה יש צדיקים קדושי עליון אשר מצד עצמותם לא היו חוטאים כלל, רק מחמת חטא אדה"ר, עי"ז נתפסין קצת באיזה נדנוד עבירה, וזהו "איש או אשה כי יעשו מכל חטאת האדם" ר"ל שיהיו בעיניהם זאת שנכשלים באיזה הרהור עבירה, כאילו עשו עבירה ממש, ויהא בעיניהם כאילו מעלו בה׳, וזהו "למעול מעל בה׳", "ואשמה הנפש ההיא", פירוש שיאשים את נפשו מאד, "והתוודו את חטאתם" דהיינו שהם מתוודים על זה במאד מאד, "והשיב את אשמו בראשו", דהנה נפשו של אדם חצובה מתחת כסא הכבוד, וגדולה תשובה שמגעת עד כסא הכבוד, דעיקר תשובה היא תשוב ה׳, והיינו תשובה מאהבה, ופועל בתשובה זו להשיב האשם בראשו, דהיינו בשורשו העליון, והיינו שגם זה נחשב לו לזכיות, וזהו שאחז"ל גדולה תשובה שזדונות נעשים לו כזכיות כו׳ כאן מאהבה כאן מיראה, וזהו "רגלי חסידיו ישמור", דשורש הצדיק הוא למעלה, וזה נקרא ראשו, והאדם למטה הוא נקרא רגלים, והיינו מחמת צדקתו שתיקן כל שורשו למעלה, אז ממילא הוא נשמר למטה ברגלים מחמת ראשו ושורשו למעלה, וזהו שאמרו ישראל כשיצאו ממצרים "נתנה ראש ונשובה", וקשה למה להם ראש, הלא כיון שישובו יהיו משועבדים למצרים ומה להם לראש, אך לדברים הנ"ל יבואר היטב, דדור המדבר היו דור דעה, וביציאתן ממצרים באו לקדושה גדולה, ונמצא היו להם ראש למעלה וממילא היו נשמרים כנ"ל, ולכן אמרו "נתנה ראש" ר"ל נעשה לנו ראש אחר זל"ז למען נוכל לשוב למצרים.

Or il y a des tsadikim, saints du Très-Haut, qui, du côté de leur essence propre, n'auraient absolument pas péché, et ce n'est qu'à cause de la faute d'Adam ha-Richon (le premier homme) qu'ils se trouvent pris quelque peu dans quelque ombre de transgression. Et c'est "un homme ou une femme qui commettent l'une quelconque des fautes de l'homme", c'est-à-dire qu'à leurs yeux le fait de trébucher dans quelque pensée de transgression sera comme s'ils avaient commis une transgression réelle, et il leur semblera avoir commis une infidélité envers ה' : et c'est "pour commettre une infidélité envers ה'".

"Et cette âme sera coupable" : cela signifie qu'il accusera son âme très fortement. "Et ils confesseront leur faute" : c'est-à-dire qu'ils s'en confessent avec une extrême intensité.

"Et il restituera sa faute en sa tête" : car l'âme de l'homme est taillée de dessous le Trône de Gloire, et grande est la techouva qui atteint jusqu'au Trône de Gloire, car l'essentiel de la techouva est "techouv ה'" (le retour de la lettre hé), à savoir la techouva par amour ; et par cette techouva il opère de ramener la faute en sa tête, c'est-à-dire en sa racine supérieure, de sorte que cela même lui est compté comme des mérites. Et c'est ce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit : grande est la techouva, car les fautes délibérées lui deviennent comme des mérites, etc., ici par amour, là par crainte.

Et c'est "Il garde les pieds de Ses fidèles" (I Samuel 2,9) : car la racine du tsadik est en haut, et cela s'appelle sa tête, tandis que l'homme d'en bas est appelé les pieds ; et du fait de sa droiture, ayant réparé toute sa racine en haut, il est alors de lui-même garde en bas, dans les pieds, grâce à sa tête et à sa racine qui sont en haut. Et c'est ce que dirent les enfants d'Israël lorsqu'ils sortirent d'Égypte : "donnons-nous une tête et retournons" (Nombres 14,4).

Or la difficulté est : pourquoi leur faut-il une tête ? Puisqu'ils retournent, ils seront asservis aux Égyptiens, à quoi bon une tête ?

Mais selon ce qui précède cela s'explique bien : la génération du désert était une génération de connaissance, et à leur sortie d'Égypte ils parvinrent à une grande sainteté ; il se trouve donc qu'ils avaient une tête en haut et qu'ils étaient par là même gardés, comme ci-dessus. C'est pourquoi ils dirent "donnons-nous une tête", c'est-à-dire : faisons-nous l'un pour l'autre une tête, afin que nous puissions retourner en Égypte.

‎ונחזור לביאור הכתוב "וחמישיתו יוסף עליו" ר"ל שמוסיף עוד קדושה גדולה עליו, ע"ד וחמושים עלו בני ישראל, שפירושו לחמשים שערי בינה, "ואם אין לאיש גואל להשיב האשם אליו", ע"פ הפסוק "וזאת לפנים בישראל על הגאולה ועל התמורה", י"ל שזה רמז על הצדיק השלם הגואל את ישראל מכל צרה ונותנם על האומות שהם תמורתם, ע"ד שנאמר ואתן אדם תחתיך, אל תיקרי אדם אלא אדום כו׳, וכשרוצה אדם לפעול כך צריך להתנהג כך, "ושלף איש נעלו", דאיתא בגמרא לעולם ימכור אדם מה שיש לו ויקח מנעלים לרגליו, י"ל שרמז בזה על האדם אשר הורגל חלילה בדברי שפלות, אז צריך לעשות לעצמו גדרים וסייגים למען יתנכר ויופרש ממעשיו השפלים, וזהו לעולם "ימכור" לשון יתנכר, ר"ל שכל ההרגל השפל אשר לו יתנכר ממנו ויהיה זר בעיניו, "ויקח מנעלים" לשון הסגר ומנעול, דהיינו גדרים וסייגים, "לרגליו" פירוש להרגל שלו, וזהו בכל אדם, אבל הצדיק הגדול אשר פועל במעשיו ליתן האומות תמורה תחת ישראל בכל צרה, צדיק כזה צריך להיות מוטבע בצדקתו כ"כ עד שלא יצטרך שוב לגדרים ולסייגים, וזהו "ושלף איש נעלו" פירוש שיהא מושלף ממדריגה זו שיצטרך לנעל. וזהו "אם אין לאיש גואל" פירוש שאינו במדריגה זו להיות גואל לישראל כו׳, עכ"פ "האשם המושב לה׳ לכהן", פירוש יעסוק בתורה לשמה, שכל התורה שמותיו של הקב"ה, וזהו "לה׳", ועי"ז ירים ויתקן אשמו, "לכהן" דהקב"ה נקרא כהן, וזהו "ויקחו לי תרומה", פירש"י לי לשמי, רמז כנ"ל על העסק התורה שהיא שמותיו של הקב"ה, "תרומה" ר"ל עי"ז הוא מרים ומגביה הכל למעלה.

Et revenons à l'explication du verset "et il y ajoutera son cinquième" (Nombres 5,7), c'est-à-dire qu'il ajoute encore sur lui une grande sainteté, à la manière de "et les enfants d'Israël montèrent hamouchim" (Exode 13,18), dont le sens renvoie aux cinquante portes de la bina (l'intelligence). "Et si cet homme n'a pas de goel (rédempteur, parent rachetant) à qui restituer la faute" (Nombres 5,8) : d'après le verset "et telle était autrefois la coutume en Israël touchant la gueoula (rachat) et la temoura (échange)" (Ruth 4,7), on peut dire que ceci fait allusion au tsadik parfait qui délivre Israël de toute détresse et la place sur les nations, qui sont leur échange (temoura), à la manière de ce qui est dit "et Je donne un homme (adam) à ta place" (Isaie 43,4), "ne lis pas adam mais Edom", etc.

Et lorsqu'un homme veut opérer ainsi, il doit se conduire ainsi : "et l'homme ôtait sa sandale" (Ruth 4,7). Car il est enseigné dans la Guemara : que l'homme vende toujours ce qu'il possède et achète des chaussures pour ses pieds.

On peut dire que cela fait allusion à l'homme qui s'est habitué, à Dieu ne plaise, à des choses basses : il doit alors se faire des barrières et des haies (guedarim ve-siyagim, garde-fous), afin de se rendre étranger à ses actes bas et de s'en séparer. Et c'est "qu'il vende toujours" : "yimkor" au sens de "yitnaker" (se rendre étranger), c'est-à-dire que toute l'habitude basse qui est la sienne, qu'il s'en rende étranger et qu'elle devienne étrangère à ses yeux.

"Et qu'il achète des chaussures (min'alim)" : au sens de fermeture et de verrou (man'oul), à savoir des barrières et des haies ; "pour ses pieds (le-raglav)", c'est-à-dire pour son habitude (herguel). Et cela vaut pour tout homme.

Mais le grand tsadik, qui opère par ses actes de livrer les nations en échange à la place d'Israël dans toute détresse, un tel tsadik doit être à ce point enraciné dans sa droiture qu'il n'aura plus besoin de barrières ni de haies. Et c'est "et l'homme ôtait (chalaf) sa sandale", c'est-à-dire qu'il est retiré de ce niveau où l'on a besoin d'une chaussure.

Et c'est "s'il n'y a pas pour l'homme de goel", c'est-à-dire qu'il n'est pas à ce niveau d'être rédempteur d'Israël, etc. ; en tout cas, "la faute restituée à ה' est pour le kohen", c'est-à-dire qu'il s'occupera de la Torah pour elle-même (lichma), car toute la Torah est les Noms du Saint béni soit-Il, et c'est "à ה'" ; et par cela il élèvera et réparera sa faute. "Pour le kohen" : car le Saint béni soit-Il est appelé kohen.

Et c'est "qu'ils prennent pour Moi un prélèvement (terouma)" (Exode 25,2), que Rachi explique "pour Moi, pour Mon Nom", allusion, comme ci-dessus, à l'occupation de la Torah, qui est les Noms du Saint béni soit-Il ; "terouma" signifie que par cela il élève (merim) et hausse le tout vers le haut.

איש כי יפליא כו׳. נראה לפרש ע"ד דאיתא בגמרא "אין טיפה יורדת מלמעלה אלא אם כן טיפיים עולין מלמטה כנגדן", י"ל הפירוש שזה רמז על התורה הקדושה שנקראת טיפה, על שם שמתחילה האציל הש"י נקודה קטנה שהיא היו"ד, וממנה נתפשטו כל הכ"ב אתוון כידוע ליודעי חן, וע"י התורה הקדושה נשפעים כל ההשפעות למטה, וזהו אין טיפה יורדת כו׳, ר"ל שיושפע השפעות ע"י התורה כנ"ל, אלא אם כן ב׳ טפות עולות מלמטה, הם ב׳ מדריגות אהבה ויראה, אשר על ידם יש כח ביד הצדיק לגרום השפעות לישראל ע"י התורה כנ"ל.

וזה שדרשו חז"ל "מקבלה ואילך מצות כהונה ושחיטה כשרה בזר", כשרה הוא לשון שהוא כשר ונכון שיהא כן, שתהא השחיטה בזר, ר"ל הזר הוא מי שעדיין לא בא אל מדריגות הצדיק, ויש לו עדיין לתקן חטאת נעוריו, כשר ונכון לו שיהא הוא שוחט הדינים, דהיינו ע"י התאמצותו לשבר כח התאוות הגשמיות המדובקין בו מנעוריו, וביותר בעת התפילה שהיא במקום קרבן, ומחמת החטאים אשר עדיין לא נתקנו הם מעכבים אותו בתפילתו, שבלתי אפשר לו להתפלל במחשבה טהורה וזכה, וצריך עבודה גדולה לשבר כח המחשבות זרות, ועי"ז הוא שוחט הדינים שלא ישלטו בו. אבל מי שרוצה להמשיך השפעות, צריך להיות במדרגת כהן שהוא חסד, וזהו "מקבלה ואילך" פירוש שרוצה לקבל שפע ורחמים, "מצות כהונה" מצותו עליו שיהא כהן במדת חסד.

"Un homme qui prononce [un vœu]", etc. Il semble qu'il faille expliquer selon ce qui est enseigné dans la Guemara : "aucune goutte ne descend d'en haut sans que deux gouttes ne montent d'en bas à sa rencontre".

On peut dire que le sens en est une allusion à la sainte Torah, appelée "goutte", parce qu'au commencement ה' béni soit-Il a émané un point minuscule, qui est le youd (י), et que de lui se sont déployées les vingt-deux lettres, comme le savent ceux qui connaissent la sagesse cachée (yodei hen) ; et c'est par la sainte Torah que toutes les effusions (hachpaot) se répandent en bas. Et c'est "aucune goutte ne descend", etc., c'est-à-dire que les effusions ne se répandent par la Torah, comme ci-dessus, que si deux gouttes montent d'en bas : ce sont les deux niveaux de l'amour et de la crainte, par lesquels le tsadik a le pouvoir de susciter les effusions pour Israël par la Torah, comme ci-dessus.

Et c'est ce que nos maîtres de mémoire bénie ont exposé : "à partir de la réception [du sang] et au-delà, c'est un commandement de la kehouna (prêtrise), mais l'abattage rituel (chehita) est valide (kechera) par un zar (non-kohen)". "Kechera" est une expression signifiant qu'il est convenable et juste qu'il en soit ainsi, que l'abattage soit fait par le zar : c'est-à-dire que le zar (l'étranger) est celui qui n'est pas encore parvenu au niveau du tsadik et qui a encore à réparer les fautes de sa jeunesse ; il lui est convenable et juste que ce soit lui qui abatte les rigueurs (dinim), c'est-à-dire par son effort à briser la force des désirs matériels attachés à lui depuis sa jeunesse, et plus encore au moment de la prière, qui tient lieu de sacrifice ; car du fait des fautes qui n'ont pas encore été réparées, celles-ci l'entravent dans sa prière, en sorte qu'il lui est impossible de prier avec une pensée pure et limpide, et il lui faut un grand travail pour briser la force des pensées étrangères (mahchavot zarot) ; et par cela il abat les rigueurs, afin qu'elles n'aient pas prise sur lui.

Mais celui qui veut faire descendre les effusions doit être au niveau du kohen, qui est le 'hessed (la bonté) ; et c'est "à partir de la réception et au-delà", c'est-à-dire qu'il veut recevoir l'effusion et la miséricorde ; "c'est un commandement de la kehouna" : son commandement lui incombe d'être kohen dans la mesure du 'hessed.

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