נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Vayikra, Behar (1/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et le Nom parla au mont Sinaï, en disant » (Vayikra 25,1). Le Noam Elimele'h l'explique d'après Avot : Moché « reçut » la Torah, il la « transmit » à Yehochoua, puis le terme manque jusqu'aux prophètes qui la transmettent à la Grande Assemblée. La Guemara : le Sinaï l'emporte pour être le plus bas, car la Torah ne se maintient que chez celui qui s'abaisse. Moché, très humble, reçoit par lui-même ; Yehochoua n'a pas cette force, Moché lui transmet par messirat nefech (don de soi). Les suivants enseignent selon la capacité ; chez les prophètes la force revient, comme une roue. « En disant » : fortifie-toi dans la mesure du Sinaï pour dire la Torah à Israël.

Aussi : « que mangerons-nous » interrompt le chefa (abondance) ; le frère vendu est racheté par le tsadik de même racine ; Torah-muraille, Assia Yetsira Beria, lévites, trois tsadikim pour chemita et Chabbat

וידבר כו' בהר סיני לאמר. נראה לפרש ע"פ שאמרו בפרקי אבות "משה קבל תורה מסיני ומסרה כו' ויהושע לזקנים כו' ונביאים מסרוה לאנשי כנסת הגדולה".

יש לדקדק שמתחילה כתיב ומסרה ליהושע, ומיהושע לזקנים לא נאמר ומסרוה, וגם וזקנים לנביאים לא נאמר ומסרוה כו', והדר נאמר ומסרוה לאנשי כנסת הגדולה, ומסתמא לאיזה כוונה כתבו חכמי המשנה כך בשינוי לשון, ומה גם שאצל משה לא נאמר כלל לשון מסירה אלא משה קבל כו'. ונראה לתרץ ע"פ הגמ' למה תרצדון הרים גבנונים שנתקבצו ההרים לפני השי"ת ליתן עליהם התורה, ואמר להם השי"ת ב"ה כולכם בעלי מומין אתם אצל הר סיני, מלשון גבן או דק כו', ומה מעלתו לפי שנמוך מכולם, ללמד שאין התורה מתקיימת אלא במי שמנמיך עצמו, ומשה רבינו ע"ה היה עניו מאד מכל האדם, לזה היה יכול לקבל התורה מהשי"ת ב"ה בעצמו, וכשרצה אח"כ ללמדה ליהושע ויהושע לא היה בכחו כ"כ כמו משה רבינו ליקח בכח עצמותו התורה ממשה, לזה היה צריך משה למסרה לו בכח מסירת נפשו הגדולה, ומסרה לו ברוב קדושתו הגדולה במס"נ עליו, ויהושע כשלמדה לזקנים לא היה יכול לעשות מס"נ גדול כמו משה רבינו למסור להם כל התורה כמו שמשה למדו, לכך לא נאמר ומסרוה, אלא לימד להם התורה כפי כחם לקבל, דור אחר דור תשו כחם ולא נאמר בהם לשון מסירה, והדר אצל נביאים לכנסת הגדולה נאמר לשון מסירה, שכך הוא הדרך הטבע, שדבר היוצא בטבעו, לסוף הדבר ההוא נתעלה ועולה למעלה, כמו הגלגל, הדבר שהוא למטה, אותה הדבר בעצמו חוזר ומתעלה, לזה אצל הנביאים כבר היה להם כח זה למסרם לאנשי כה"ג בכח מס"נ, נמצא ממילא אצל משה מהשי"ת ב"ה אין שייך ממילא לשון מסירה כלל, כ"א קבלה אשר קבלה מפי הגבורה מחמת שהיה ענוותן גדול, וזהו "משה קבל תורה מסיני" בכח שלמד עצמו מהר סיני שנתן הש"י התורה עליו מחמת שהוא נמוך מכל ההרים, וזהו "וידבר ה' אל משה בהר סיני לאמר" פירוש החזק עצמך במידת הר סיני ועי"ז תוכל לומר לישראל התורה הקדושה בגודל קדושתך.

וק"ל.

"Et le Nom parla... au mont Sinaï, en disant" (Lévitique 25,1). Il semble qu'on puisse l'expliquer d'après ce qui est dit dans les Pirke Avot (Maximes des Pères) : "Moche reçut la Torah du Sinaï et la transmit à Yehochoua, et Yehochoua aux Anciens... et les prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée" (Avot 1,1).

Il y a lieu de scruter ceci : au début il est écrit "et il la transmit" à Yehochoua, alors que de Yehochoua aux Anciens il n'est pas dit "et ils la transmirent", et des Anciens aux prophètes non plus il n'est pas dit "et ils la transmirent"; puis il est dit de nouveau "et ils la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée". Assurément, c'est dans une intention précise que les Sages de la Michna ont écrit ainsi, avec ce changement de langage, d'autant qu'à propos de Moche le terme de transmission n'est pas employé du tout, mais seulement "Moche reçut...".

Et il semble qu'on puisse répondre d'après la Guemara sur "Pourquoi guettez-vous, montagnes aux multiples cimes" (Psaumes 68,17) : les montagnes se rassemblèrent devant le Nom béni soit-Il pour que la Torah fut donnée sur elles, et le Nom béni soit-Il leur dit : vous êtes toutes atteintes de défauts (baale moumin) au regard du mont Sinaï - du terme "gaven o dak" (גבן או דק, "bossu ou grêles", Lévitique 21,20). Et quelle est la supériorité [du Sinaï]?

Qu'il est le plus bas de tous : pour enseigner que la Torah ne se maintient que chez celui qui s'abaisse lui-même. Or Moche notre maître, la paix soit sur lui, était très humble, plus que tout homme; c'est pourquoi il put recevoir la Torah du Nom béni soit-Il par lui-même.

Et lorsqu'il voulut ensuite l'enseigner à Yehochoua, comme Yehochoua n'avait pas une force comparable à celle de Moche notre maître pour prendre la Torah de Moche par la force de son propre être, Moche dut la lui transmettre par la force de son immense don de soi (messirat nefech, litt. livrer son âme), et il la lui transmit dans l'abondance de sa grande sainteté, en se livrant tout entier pour lui. Et Yehochoua, lorsqu'il l'enseigna aux Anciens, ne pouvait accomplir un don de soi aussi grand que Moche notre maître pour leur transmettre toute la Torah comme Moche la lui avait enseignée; c'est pourquoi il n'est pas dit "et ils la transmirent", mais il leur enseigna la Torah selon leur capacité de recevoir.

De génération en génération leurs forces s'affaiblirent, et le terme de transmission n'est pas employé à leur sujet. Puis, à propos des prophètes envers la Grande Assemblée, le terme de transmission est employé de nouveau, car telle est la voie de la nature : une chose qui sort selon sa nature finit par s'élever et monter vers le haut, comme la roue - ce qui est en bas, cette chose même revient et s'élève.

Ainsi, chez les prophètes, cette force existait déjà pour transmettre aux hommes de la Grande Assemblée par la force du don de soi. Il ressort donc de soi-même que, chez Moche recevant du Nom béni soit-Il, le terme de transmission n'a aucunement lieu d'être, mais seulement celui de réception, qu'il reçut de la bouche de la Puissance parce qu'il était d'une très grande humilité.

Et c'est le sens de "Moche reçut la Torah du Sinaï" : par la force de ce qu'il apprit de lui-même du mont Sinaï, sur lequel le Nom donna la Torah parce qu'il est plus bas que toutes les montagnes. Et c'est le sens de "Et le Nom parla à Moche au mont Sinaï, en disant", c'est-à-dire : fortifie-toi dans la mesure du mont Sinaï, et par cela tu pourras dire à Israël la sainte Torah dans la grandeur de ta sainteté.

Et cela se comprend aisément.

וכי תאמרו מה נאכל בשנה כו' וצויתי את ברכתי לכם כו'. בשם אחי החסיד המפורסם, ויש לדקדק היות שהתורה יצאתה בכאן מדרכה, שדרך הקרא לכתוב איזה ייתור לשון בפסוק אפילו אות אחת, ועי"ז מתורץ כמה קושיות, אבל הקושיא לא נכתב בעצמה בתורה, וכאן נכתב הקושיא בתורה, וטוב היה שלא לומר כ"א וצויתי את ברכתי וממילא לא יקשה שום אדם לומר מה נאכל.

ונראה שהשי"ת ב"ה כשברא את העולם השפיע מטובו צינורות מושכים שפע לצרכי ב"א, ודרך השפע שלא להפסיק כלל אלא כשהאדם נופל ממדרגתו ואין לו בטחון בבורא ב"ה המשגיח אמיתי הזן ומפרנס בריות בלי הפסק כלל, אז עושה האדם ההוא במחשבתו ההיא אשר לא מטוהר פגם חלילה בעולמות עליונים, ומתישין כח פמליא של מעלה ר"ל, ואז נפסק השפע חלילה, וצריך השי"ת ב"ה לצוות מחדש השפע שתלך כמו מתחילת הבריאה, וזה הוא "וכי תאמרו" כו', שהתורה מלמדת לאדם דרכי השם שיהיה שלם בבטחונו על א-להיו, ולא יאמר כלל מה יאכל, כי כאשר חלילה יפול מן הבטחון לחשוב מה יאכל, הוא עושה פגם חלילה בהשפע, ואטרחו כלפי שמיא לצוות מחדש, "וכי תאמרו" פי' כאשר תאמרו כך ואז תטריחו אותי "וצויתי" כו', אלא לא תתנהגו כך, ותבטחו בה' בכל לבבכם, ואז תלך השפע בלי הפסק כלל, תמיד לא יחסר כל בה.

"Et si vous dites : que mangerons-nous la septième année...? ... J'ordonnerai ma bénédiction pour vous..." (Lévitique 25,20-21).

Au nom de mon frère, le hassid célèbre. Il y a lieu de scruter ceci : la Torah est ici sortie de sa voie habituelle.

Car l'usage du verset est d'écrire quelque redondance de langage, fut-ce une seule lettre, et par elle se résolvent maintes difficultés - mais la difficulté elle-même n'est pas écrite dans la Torah; or ici la difficulté est écrite dans la Torah. Il eût été préférable de ne dire que "et J'ordonnerai ma bénédiction", et ainsi personne n'aurait eu de raison de demander "que mangerons-nous?".

Et il semble que le Nom béni soit-Il, lorsqu'Il créa le monde, fit couler de Sa bonté des canaux (tsinorot) qui attirent l'abondance (chefa) pour les besoins des créatures. Et la voie de l'abondance est de ne jamais s'interrompre, sauf lorsque l'homme tombe de son niveau et n'a plus confiance dans le Créateur béni soit-Il, la véritable Providence qui nourrit et sustente les créatures sans aucune interruption.

Alors cet homme, par cette pensée qui n'est pas pure, produit un dommage (pegam), à Dieu ne plaise, dans les mondes supérieurs, et l'on affaiblit la force de la cour céleste, que le Miséricordieux nous en préserve; et alors l'abondance s'interrompt, à Dieu ne plaise, et le Nom béni soit-Il doit ordonner à nouveau à l'abondance d'aller comme au commencement de la création. Et tel est "et si vous dites..." : la Torah enseigne à l'homme les voies du Nom, qu'il soit entier dans sa confiance en son Dieu et ne dise nullement "que mangerai-je"; car lorsque, à Dieu ne plaise, il déchoit de la confiance jusqu'à penser "que mangerai-je", il cause un dommage à l'abondance, et l'on impose une peine au Ciel, qui doit ordonner à nouveau.

"Et si vous dites", c'est-à-dire : lorsque vous parlerez ainsi et que vous M'imposerez alors cette peine, "J'ordonnerai..."; mais plutôt ne vous conduisez pas ainsi, ayez confiance dans le Nom de tout votre cœur, et alors l'abondance ira sans aucune interruption, toujours et sans que rien y manque.

כי ימוך אחיך ומכר מאחוזתו כו'. פי' "ומכר" לשון נתמכר "מאחוזתו" הוא העולם העליון שממנו נחצב, והוא אחוזתו באמת.

למשל כאשר אנחנו רואין בחוש שהאדם מתחילת גידולו הוא מקושר מאד באביו בעבותות האהבה, וכל אשר יגדל ויתחזק שכלו בגשמיות העולם, אז נפרד מעט מעט מאביו, עד אשר ייפרד כולו ויצא מאביו וידמה כאחר, וגם הנשמה היא כך, שמתחילת בואה לזה העולם עדיין יש לה התקשרות בעולם העליון כי ממנה נחצבה, ותרצה בעבודת הבורא, ואח"כ כשהאדם נתהוה בגשמיות העוה"ז, וישים עינא ולבא שהם תרי סרסורי דחטאה בתאוותיו, אז נפרדה מחשבתו מעבודת הבורא, וסובר בעצמו שלא נברא כ"א להבלי הזמן ותאוותיו הגשמיים, ונתמכר ונתרושש מהש"י ב"ה וימוכו בעוונם. וזהו "ומכר מאחוזתו".

ומה תקנתיה? "ובא גואלו הקרוב אליו וגאל את ממכר אחיו" והוא הצדיק הקרוב אליו בג"ע בהתקשרות נשמתו משורש אחד, "וגאל את ממכר אחיו" שיסייעהו ויעזרהו לפרוש עצמו מהעולם השפל הזה, ולדבק עצמו בעולמות עליונים, וזהו פי' הפסוק "טוב שכן קרוב מאח רחוק", "שכן קרוב" הוא קירבת הנפשות, אעפ"י שהם בזה העולם כרחוקים זה מזה, אבל הם קרובים בעולם העליון, זה הוא יותר טוב "מאח רחוק" ממי שהוא אח בעוה"ז והוא רחוק ממנו בעולם העליון, שזה אינו יכול להועילו כלום, כ"א הצדיק אשר הוא אתו עמו בשורש אחד זה הוא גואלו באמת. וזהו "וגאל את ממכר אחיו" וכדלעיל.

"Si ton frère s'appauvrit et vend de sa propriété..." (Lévitique 25,25). Explication : "et vend" (oumakhar) a le sens de "il s'est vendu" (nitmaker); "de sa propriété" - c'est le monde supérieur d'où il a été taillé, et qui est en vérité sa propriété.

Ainsi, par exemple, comme nous le voyons de façon sensible : l'homme, au début de sa croissance, est très lié à son père par les liens de l'amour; et à mesure qu'il grandit et que son intelligence se renforce dans la matérialité du monde, il se sépare peu à peu de son père, jusqu'à s'en séparer entièrement, sortir de chez son père et paraître comme un étranger. Et l'âme aussi est ainsi : dès son arrivée en ce monde elle a encore un attachement au monde supérieur, car c'est de là qu'elle a été taillée, et elle désire le service du Créateur; puis, quand l'homme prend consistance dans la matérialité de ce monde-ci et qu'il met l'œil et le cœur - qui sont les deux courtiers de la faute (tere sarsoré de-hitaa) - dans ses désirs, alors sa pensée se sépare du service du Créateur, et il pense en lui-même qu'il n'a été créé que pour les vanités du temps et ses désirs matériels; il se vend et s'appauvrit loin du Nom béni soit-Il, "et ils s'appauvrissent par leur faute" (Psaumes 106,43).

Et tel est "et il vend de sa propriété". Et quel est son remède?

"Et vient son rédempteur (goel) le plus proche, et il rachète ce qu'a vendu son frère" : c'est le tsadik qui lui est proche au Gan Éden (jardin d'Éden), par l'attachement de son âme issue d'une même racine. "Et il rachète ce qu'a vendu son frère" : il l'assiste et l'aide à se détacher de ce monde inférieur et à s'attacher aux mondes supérieurs.

Et tel est le sens du verset "Mieux vaut un voisin proche qu'un frère éloigné" (Proverbes 27,10) : "un voisin proche", c'est la proximité des âmes, et bien qu'en ce monde elles paraissent éloignées l'une de l'autre, elles sont proches dans le monde supérieur; cela vaut mieux "qu'un frère éloigné", c'est-à-dire mieux que celui qui est un frère en ce monde-ci mais qui est éloigné de lui dans le monde supérieur, car celui-là ne peut lui être d'aucune utilité; seul le tsadik qui est avec lui dans une même racine, celui-là est son véritable rédempteur. Et tel est "et il rachète ce qu'a vendu son frère", comme ci-dessus.

וכי ימכור כו' עיר חומה כו'. נ"ל ע"פ דאיתא בזוהר הקדוש דהתורה נקראת "חומה", וזהו "והמים להם חומה מימינם", פי' זהו התורה הנקראת חומה וגם מים, והיא חומה לישראל ע"ד הכתוב אורך ימים בימינה ובשמאלה כו'.

וזהו "וכי ימכור בית מושב עיר חומה" פי' אם יתמכר אדם את מעשיו חלילה מאביו שבשמים, לעבור על מצוותיו ותורתו הקדושה הנקרא חומה כנ"ל, ואמר הכתוב "והיתה גאולתו עד תום שנת ממכרו" ר"ל אעפ"כ אל יתייאש מלחזור בתשובה, ויכול עדיין לגאול נפשו בתשובה ומע"ט, אפילו אם עבר ושנה והרבה לעשות הרע בעיני ה' כל ימי חייו, אעפ"כ שערי תשובה לא ננעלו, כמ"ש תשב אנוש עד דכא עד דכדוכו של נפש. וזהו "עד תום שנת ממכרו".

"ואם לא יגאל עד מלאת לו" כו', פי' שאם לא ישוב חלילה לעולם, "וקם הבית אשר לו חומה לקונה אותו" פי' כל הזכויות שיש לאיש ההוא, אז נוטל אותם הצדיק הגדול, ע"ד שאמרו זכה נוטל חלקו וחלק חברו בג"ע.

"Et si quelqu'un vend... une ville entourée d'un mur (ir homa)..." (Lévitique 25,29). Il me semble [l'expliquer] d'après ce qui figure dans le saint Zohar, que la Torah est appelée "muraille" (homa); et tel est "et les eaux étaient pour eux une muraille à leur droite" (Exode 14,22), c'est-à-dire : c'est la Torah, appelée muraille et aussi eaux, et elle est une muraille pour Israël, selon le verset "longueur de jours dans sa droite, et dans sa gauche..." (Proverbes 3,16).

Et tel est "et si quelqu'un vend une maison d'habitation dans une ville entourée d'un mur", c'est-à-dire : si un homme se vend par ses actes, à Dieu ne plaise, loin de son Père qui est aux cieux, pour transgresser Ses commandements et Sa sainte Torah appelée muraille comme ci-dessus. Et le verset dit "et son rachat sera possible jusqu'à la fin de l'année de sa vente", c'est-à-dire que malgré cela il ne doit pas désespérer de revenir par le repentir : il peut encore racheter son âme par le repentir et les bonnes actions, même s'il a transgressé, récidivé et beaucoup fait le mal aux yeux du Nom tous les jours de sa vie; malgré cela les portes du repentir ne sont pas fermées, comme il est écrit "Tu ramènes l'homme jusqu'à l'écrasement" (Psaumes 90,3) - jusqu'à l'écrasement ultime de l'âme.

Et tel est "jusqu'à la fin de l'année de sa vente". "Et s'il n'est pas racheté avant que ne soit révolue pour lui [une année entière]...", c'est-à-dire : s'il ne revient jamais, à Dieu ne plaise, alors "la maison qui est dans la ville pourvue d'un mur restera acquise à son acheteur", c'est-à-dire tous les mérites que possède cet homme, c'est alors le grand tsadik qui les prend, selon ce qu'ils ont dit : celui qui mérite prend sa part et la part de son compagnon au Gan Éden.

"ובתי החצרים אשר אין להם חומה" כו', נ"ל ע"פ דאיתא במשנה "אל תהי בז לכל אדם ואל תהי מפליג לכל דבר", י"ל הפי' כך, דידוע שצריך האדם לתקן השלש העולמות, דהיינו עולם העשייה שנקרא נפש, ושם הוא התיקון במעשה, דהיינו להעלות נ"ק שנפלו, והוא שבכל מה שיעסוק יהיה כוונתו להבורא ב"ה, ועי"ז הוא מוציא ניצוצות הקדושה. והשני הוא עולם היצירה, מלשון ויצר אותו בחרט, והיינו שצריך האדם לקדש דיבורו היוצא מפיו לייחדו ולקשרו בעולם הנ"ל.

ועולם השלישי הוא עולם הבריאה, שזהו הדביקות, שע"י הצדיק הוא מושך השפעות לעולם. וזהו "אל תהי בז לכל אדם" היינו מדריגה הראשונה, שהתנא מזהיר לאדם שלא יהא בזוי ומשוקץ בדבר השייך לכל אדם, והוא מדריגה הראשונה לתקן העולם העשיה, "ואל תהי מפליג לכל דבר" למדריגה הב', שלא יפליג לחלק את דיבורו מעולם העליון, ומפליג הוא לשון פלגא, פי' חילוק לחצאין.

וזהו "ובתי החצרים אשר אין להם חומה" כו', פי' אותם ב"א הפשוטים אשר אין להם אלא חצר שלפני הבית, אבל בתי גוואי לית להם לכוין ולקשר דיבורם בעולמות עליונים, וזה הוא להם מחמת שלא עסקו בתורה הקדושה, וזהו "אשר אין להם חומה סביב" שהתורה נקרא חומה כדלעיל, "על שדה הארץ יחשב" פי' יראו עכ"פ שיהיו על מדריגה הראשונה, והיינו להשגיח על נ"ק שנפלו לארץ להעלותם אל השדה העליון, וזהו "יחשב" פי' שיחשבו תמיד בזה, וכשיתנהגו כך, "גאולה תהיה לו" ר"ל שפועל בזה גאולה לנפשו, וגם "ביובל יצא" שעושה פעולה שבא בעולם היובל כידוע.

"Et les maisons des villages qui n'ont pas de mur autour d'eux..." (Lévitique 25,31). Il me semble [l'expliquer] d'après ce qui figure dans la Michna : "Ne méprise aucun homme et ne tiens rien pour négligeable" (Avot 4,3).

On peut l'expliquer ainsi : il est connu que l'homme doit réparer (tikoun) les trois mondes. À savoir le monde de Assia (le monde de l'action), appelé nefech, et là la réparation se fait par l'acte, c'est-à-dire élever les étincelles saintes (nitsotsot kedoucha) qui sont tombées : en tout ce dont il s'occupe, son intention doit être dirigée vers le Créateur béni soit-Il, et par cela il fait sortir les étincelles de sainteté.

Le deuxième est le monde de Yetsira (le monde de la formation), du terme "et il le façonna au burin" (Exode 32,4) : c'est-à-dire que l'homme doit sanctifier la parole qui sort de sa bouche, pour l'unifier et la lier au monde susdit. Et le troisième monde est le monde de Beria (le monde de la création), qui est l'attachement (devekout) : c'est par lui que le tsadik attire les influx sur le monde.

Et tel est "né méprise aucun homme", à savoir le premier degré, où le Tana (maître de la Michna) avertit l'homme de ne pas être méprisable et souillé dans ce qui relève de tout homme : c'est le premier degré, réparer le monde de Assia. "Et ne tiens rien pour négligeable" (al tehi maflig), pour le deuxième degré : qu'il ne sépare pas sa parole du monde supérieur; et "maflig" est du terme "palga" (moitié), c'est-à-dire division en deux.

Et tel est "et les maisons des villages qui n'ont pas de mur...", c'est-à-dire ces hommes simples qui n'ont que la cour située devant la maison, mais les chambres intérieures (bâté gavaye), ils n'en ont pas, [à savoir] diriger leur intention et lier leur parole aux mondes supérieurs; et cela leur arrive parce qu'ils ne se sont pas occupés de la sainte Torah. Et tel est "qui n'ont pas de mur autour", car la Torah est appelée muraille comme ci-dessus.

"Sera compté comme un champ du pays", c'est-à-dire : qu'ils veillent au moins à se tenir au premier degré, à savoir prendre garde aux étincelles saintes tombées à terre pour les élever vers le champ supérieur; et tel est "sera compté" (yehachev), c'est-à-dire qu'ils y pensent constamment. Et lorsqu'ils se conduiront ainsi, "il y aura pour lui rachat", c'est-à-dire qu'il opère par là une rédemption pour son âme, et aussi "au jubilé il sortira", car il accomplit une action par laquelle il vient dans le monde du Yovel (jubilé), comme il est connu.

"וערי הלוים בתי ערי אחוזתם"

"Et les villes des Lévites, les maisons des villes de leur propriété" (Lévitique 25,32).

זה רמז למדריגה הג', דהיינו הצדיקים השלימים הדביקים תמיד בלי הפסק בקדושתו ודביקותו, ו"לוים" פירושו מלשון הפעם ילוה אישי כו', ו"בתי ערי אחוזתם" ר"ל שהבית שלהם הוא בשורש העליון במקום אחוזתם, "גאולת עולם תהיה ללוים" פי' שהם גורמים גאולה והשפעה לעולם, וזהו "יהודה אתה יודוך אחיך" פי' כשאתה במדריגה הראשונה המכונה יהודה, "יודוך אחיך" זה הוא דבר הניכר לכל אדם ויודוך אחיך, "ידך בעורף אויבך" זהו מדריגה הב', לכוף את הדינים להמתיקם לרחמים.

Ceci fait allusion au troisième degré, à savoir les tsadikim parfaits, constamment attachés sans interruption à Sa sainteté et à Son attachement. Et "Leviim" (Lévites) a le sens de "cette fois mon mari s'attachera à moi..." (Genèse 29,34).

Et "les maisons des villes de leur propriété" signifie que leur maison est dans la racine supérieure, au lieu de leur propriété. "Une rédemption éternelle sera pour les Lévites", c'est-à-dire qu'ils causent rédemption et influx pour le monde.

Et tel est "Yehouda, toi, tes frères te loueront" (Genèse 49,8), c'est-à-dire : lorsque tu es au premier degré, celui qui est désigné par Yehouda, "tes frères te loueront" - c'est une chose perceptible à tout homme, et tes frères te loueront. "Ta main sur la nuque de tes ennemis", c'est le deuxième degré : soumettre les rigueurs (dinim) pour les adoucir en miséricorde.

‎וזהו ג"כ יכול להיות שרמזה לנו המשנה דברים הנ"ל באמרה "שלש ארצות לביעור יהודה ועבר הירדן והגליל ושלש שלש בכל א' וא'", דידוע דהעולמות השלשה שדברנו למעלה, כל אחד מהם כלול ג"כ משלש, וזהו פי' "שלש ארצות לביעור" דהיינו לבער ולברר הקדושה מתוך הקליפה, והם שלש מדרגות, א' "יהודה" רמז למדריגה הראשונה ההכרחי ושוה לכל אדם המכונה בשם יהודה לנהוג כך, והוא תיקון העולם העשיה להעלות הנ"ק להיות כוונתו בכל דבר לכבוד הבורא ב"ה, ובזה הוא מוציא הנ"ק. ומדריגה ב' הוא "עבר הירדן" שהוא ממתיק דינים, ירדן הוא לשון ירד דין, להוריד הדינים ולבערם, ומדריגה הג' הוא "הגליל" הוא הצדיק הגדול הממשיך השפעה הנרמז בשם גליל, ע"ש שנאמר כי בגלל הדבר הזה יברכך ה', והוא רמז להשפעות.

וק"ל.

Et il se peut aussi que la Michna nous ait fait allusion aux choses susdites en disant : "Trois pays pour le bious (l'élimination des produits de l'année sabbatique) : Yehouda, la Transjordanie et la Galilée, et trois [régions] dans chacun d'eux" (Chevi'it 9,2). Car il est connu que les trois mondes dont nous avons parlé plus haut, chacun d'eux est lui aussi composé de trois.

Et tel est le sens de "trois pays pour le bious", à savoir éliminer et extraire (lebarer) la sainteté du sein de la kelipa (écorce, force d'impureté); et ce sont trois degrés. Le premier, "Yehouda", fait allusion au premier degré, celui qui est indispensable et égal pour tout homme, désigné par le nom de Yehouda, de se conduire ainsi : c'est la réparation du monde de Assia, élever les étincelles saintes en dirigeant son intention en toute chose vers la gloire du Créateur béni soit-Il, et par cela il fait sortir les étincelles saintes.

Et le deuxième degré est "la Transjordanie" (ever haYarden), qui adoucit les rigueurs : Yarden est du terme "yarad din" (la rigueur est descendue), faire descendre les rigueurs et les éliminer. Et le troisième degré est "la Galilée" (haGalil) : c'est le grand tsadik qui attire l'influx, auquel il est fait allusion par le nom Galil, d'après ce qui est dit "car à cause (biglal) de cette chose le Nom te bénira" (Deutéronome 15,10) - et c'est une allusion aux influx.

Et cela se comprend aisément.

כי ימוך אחיך כו'. ג"פ נאמר בתורה "כי ימוך אחיך" כו', ונראה שהוא רמז לזה שבכתבי האר"י איתא שהחילוק של שמיטה משבת, ששבת יש לה עליה גדולה עד למעלה מאצילות, אבל השמיטה אין לה עליה כ"א שלשה עולמות, וזהו "ושבתה הארץ" רמז לארץ עליונה שהיא מלכות.

"שבת לה'" שיהא לה עליה גדולה, ולזה נצטוה האדם לשמור השבת והשמיטה, שעל ידו יתעלו העולמות בעלייתם, שהאדם מישראל הוא כולו שמותיו של הקב"ה, שמקומם ואחיזתם של ישראל הוא בה' אחרונה שבשם הקדוש. וזהו "אשר שם שמות בארץ", ודרשו רז"ל אל תקרי שַמות אלא שֵמות, פשוטו שמות ממש, שהוא כולו שמותיו של הקב"ה.

וזה הוא שאמרו בגמ' "שלש ארצות לביעור יהודה ועבר הירדן והגליל", פי' שלש עליות בעולמות עליונים, וארצות הוא רמז לארץ עליונה, ופי' הוא כך, ע"י שלשה מיני צדיקים יש להעולמות עלייה, "יהודה" פי' שיש צדיק אשר הולך תמיד בדביקות ויחודים בלי הפסק כלל, זה נקרא בשם יהודה, שהוא השם הוי"ה ב"ה שרוי בתוכו והד' רמז למדת מלכות. "ועבר הירדן" הוא ג"כ רמז על צדיק הנקרא כך ע"ש מעשיו, שממתיק דינים ומעבירם בצדקתו, וזהו עבר הירדן, כלומר שמעביר הירד דין, כשיורד דין חלילה לעולם, אז הוא מעביר אותו ומבטלו לבל ישלוט חלילה בעם הקודש.

"והגליל" הוא ג"כ שם הצדיק אשר עדיין צריך להתגלגל, והוא מלשון בגלל הדבר הזה, אשר דרשו חז"ל גלגל החוזר בעולם.

"Si ton frère s'appauvrit..." Trois fois il est dit dans la Torah "si ton frère s'appauvrit...". Et il semble que ce soit une allusion à ceci, qui figure dans les écrits du Ari (Rabbi Its'hak Louria) : la différence entre la chemita (année sabbatique) et le chabbat est que le chabbat a une grande élévation, jusqu'au-dessus d'Atsilout, tandis que la chemita n'a d'élévation que dans les trois mondes.

Et tel est "et la terre se reposera", allusion à la terre supérieure, qui est Malkhout; "un chabbat pour le Nom", c'est-à-dire qu'elle ait une grande élévation. C'est pour cela qu'il a été ordonné à l'homme de garder le chabbat et la chemita, car par lui les mondes s'élèvent dans leur montée; car l'homme d'Israël est tout entier fait des Noms du Saint béni soit-Il, car la place et l'accroche d'Israël sont dans le ה final du saint Nom.

Et tel est "qui a mis des dévastations (chamot) sur la terre" (Psaumes 46,9), et nos maîtres, de mémoire bénie, ont exposé : ne lis pas chamot (dévastations) mais chemot (des Noms) - au sens simple, des Noms véritablement, car il est tout entier fait des Noms du Saint béni soit-Il. Et c'est ce qu'ils ont dit dans la Guemara : "Trois pays pour le bious : Yehouda, la Transjordanie et la Galilée", ce qui signifie trois élévations dans les mondes supérieurs, et "pays" (aratsot) est une allusion à la terre supérieure.

Et l'explication est ainsi : c'est par trois sortes de tsadikim que les mondes ont une élévation. "Yehouda" signifie qu'il y a un tsadik qui va constamment dans l'attachement (devekout) et les unifications (yihoudim) sans aucune interruption : celui-là est appelé du nom de Yehouda (יהודה), car le Nom הוי"ה, béni soit-Il, réside en lui, et le ד fait allusion à la mesure de Malkhout.

"Ever haYarden" (la Transjordanie) est aussi une allusion à un tsadik appelé ainsi d'après ses actes, qui adoucit les rigueurs et les fait passer par sa justice : tel est "ever haYarden", c'est-à-dire qu'il fait passer (maavir) le "yarad din" - lorsqu'une rigueur descend sur le monde, à Dieu ne plaise, il la fait passer et l'annule pour qu'elle ne domine pas, à Dieu ne plaise, sur le peuple saint. "HaGalil" (la Galilée) est aussi le nom du tsadik qui doit encore rouler (lehitgalgel), et c'est du terme "à cause (biglal) de cette chose", dont nos Sages, de mémoire bénie, ont exposé : c'est une roue qui tourne dans le monde.

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