נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Tetzaveh (1/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et toi, tu ordonneras aux enfants d'Israël » (Chemot 27,20). Le Noam Elimele'h l'unit à « Tes merveilles et Tes pensées sont pour nous » (Tehilim 40,6) : comment le tsadik opère-t-il des merveilles et innove-t-il des secrets de la Torah, alors qu'« il n'y a rien de nouveau sous le soleil » ? « Que la lumière soit, et la lumière fut » : une lumière nouvelle est advenue en haut et s'est étendue vers le bas, la racine restant en haut. Pour chaque chose, l'homme fait bouger cette racine et attire la chose en bas. « Et toi » ajoute que le tsadik aussi ordonne les bénédictions inscrites dans leur racine, et goûte l'effusion d'Israël comme si elle était pour lui-même.

Aussi : la réprimande n'appartient qu'au tsadik parfait en nefech-roua'h-nechama, sans motifs intéressés ; « tsav » n'est que la promptitude, se tenir toujours au commencement ; deux degrés de tsadikim et les jours de lecture de la Meguila comme modes d'étude.

ואתה תצוה את בני ישראל וכו'. נראה לפרש בצירוף הפסוק שאמר דוד המלך ע"ה "רבות עשית אתה ה' א-להי נפלאותיך ומחשבותיך אלינו וכו'".

נ"ל דהנה לכאורה יש להבין האיך אפשר שהצדיק יפעול נפלאות לרפאות החולה ולהתיר אסורים וכדומה, הלא אין כל חדש תחת השמש, או כשהצדיק מחדש סודות התורה מהיכן היתה זאת להצדיק? אך הענין הוא, דהנה השי"ת ב"ה עמיה שריה נהורא, והנה כתיב "ויאמר א-להים יהי אור ויהי אור", יש לומר הפירוש דהיינו באומרו "יהי אור ויהי אור", ר"ל שנתהוה אור חדש שם במקומו ומשם נמשך האור למטה, ונמצא השורש נשאר למעלה, וכן כל דבר ודבר עשה הקב"ה שורשו למעלה וכל הנעשה למטה הוא ע"י התנועה שאדם מנענע מתנועע השורש למעלה ונמשך הדבר למטה. ‎וזהו "רבות עשית", ר"ל שהרבה סיבות ופעולות פעלת ועשית "אתה ה'", ונמצא שהשורש הוא למעלה, לכן "נפלאותיך" שאנו מחדשים, דהיינו רפואה ופרנסה וכל דבר, "ומחשבותיך" דהיינו סודות התורה, "אלינו" אנחנו יכולים לעשות הכל.

‎וזהו שאמר הפסוק שאמר הקב"ה למשה רבינו "ואתה תצוה", לשון צוואה הוא נופל על השפעות ברכה ורחמים, כמ"ש וצויתי את ברכתי וכו', ואמר הקב"ה "ואתה", וי"ו מוסיף על הענין, דהיינו גם אתה תצוה ברכות והשפעות לישראל, כי הכל מצווה ועומד מפי הקב"ה ורשום הכל בשורשו, רק גם "אתה תצוה" לנענע השורש העליון, "ויקחו אליך שמן זית זך", רמז "שמן זית" היא השפעה גדולה וזכה, ומה שנאמר "אליך" והיה לו לומר ויקחו "להם", כי הצדיק בראותו שישראל נשפעים בשפע אזי הנאה לו ותענוג כאילו היה השפעה הזאת לו. וק"ל.

"Et toi, tu ordonneras aux enfants d'Israël, etc." (Chemot 27,20). Il semble qu'on puisse l'expliquer en le joignant au verset qu'a dit le roi David, la paix soit sur lui : "Tu as fait beaucoup, Toi ה' mon Dieu, Tes merveilles et Tes pensées sont pour nous, etc." (Tehilim 40,6).

Il me semble [d'expliquer ainsi] : voici, à première vue il y a lieu de comprendre comment il est possible que le tsadik (le juste) opère des merveilles, guérir le malade, délier les liens et autres choses semblables - n'est-il pas écrit qu'"il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Kohelet 1,9) ? Ou bien, lorsque le tsadik innove des secrets de la Torah, d'où cela est-il venu au tsadik ?

Mais la chose est ainsi : voici, auprès de Dieu, béni soit-Il, "la lumière demeure avec Lui" (Daniel 2,22). Et voici, il est écrit "Et Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut" (Bereshit 1,3).

On peut dire que l'explication en est la suivante : en disant "que la lumière soit, et la lumière fut", cela veut dire qu'une lumière nouvelle est advenue là, en son lieu [d'en haut], et que de là la lumière s'est étendue vers le bas ; il se trouve donc que la racine est restée en haut. Et de même, pour chaque chose, le Saint béni soit-Il en a placé la racine en haut, et tout ce qui s'accomplit en bas se fait par le mouvement que l'homme imprime : il fait bouger la racine en haut, et la chose est attirée vers le bas.

Et c'est [le sens de] "Tu as fait beaucoup" : cela veut dire que Tu as opéré et fait de nombreuses causes et actions, "Toi ה'" ; il se trouve donc que la racine est en haut, c'est pourquoi "Tes merveilles" que nous innovons, à savoir la guérison, la subsistance et toute chose, "et Tes pensées", à savoir les secrets de la Torah, "sont pour nous" : nous pouvons tout accomplir. Et c'est ce que dit le verset, ce que le Saint béni soit-Il a dit à Moche notre maître : "Et toi, tu ordonneras".

Le terme de tsavaa (injonction, ordre) s'applique aux effusions de bénédiction et de miséricorde, comme il est écrit "et J'ordonnerai Ma bénédiction, etc." (Vayikra 25,21). Et le Saint béni soit-Il a dit "Et toi" : le vav (la lettre ו, "et") ajoute au sujet, c'est-à-dire que toi aussi tu ordonneras bénédictions et effusions à Israël, car tout est déjà ordonné et établi par la bouche du Saint béni soit-Il et tout est inscrit dans sa racine ; seulement, "toi aussi tu ordonneras" pour faire bouger la racine d'en haut.

"Et qu'ils prennent vers toi de l'huile d'olive pure" : l'"huile d'olive" est une allusion à une effusion grande et pure. Et ce qui est dit "vers toi", alors qu'il aurait fallu dire "qu'ils prennent pour eux", c'est parce que le tsadik, en voyant qu'Israël reçoit l'effusion en abondance, en éprouve alors plaisir et délice comme si cette effusion était pour lui-même.

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר דהתורה הקדושה מלמדת אותנו דרכי מוסר ותוכחה איך יוכיח אדם את חבירו, דהנה האדם הרוצה להוכיח בני אדם, צריך להיות קדוש וטהור בכל בחינותיו דהיינו נר"נ, הוא טהור וגופו טהור, ואז "הוכח תוכיח את עמיתך ולא תשא עליו חטא", דאי לאו הכי שיהיה נבחן עם כל אופניו בקדושה ובטהרה, אזי בלתי אפשרי שתוכחתו יעלה כהוגן, אף אם יצוה בטוב לבני אדם ויעשו על פיו, גם שניהם אינם יכולים שיהיה מעשיהם בשלימות, ויפנה לבבם זה בכה יאמר בלבבו להתפאר בלבו איך מעלתו גדולה שזיכה את חבירו במצות ה' לעשותה ותועבת ה' כל גבה לב, וזה יאמר בלבו ג"כ בהתפארות להתפאר בפני בני אדם ולא יעשה המצוה בשלימות לכבוד השי"ת רק שיבוא לו פניות רבות בלבבו, וכל זה הוא מחמת שזה המצוה לו בטוב אין שלם בצדקו בכל בחינותיו כנ"ל, אבל הצדיק השלם, לו ראוי והגון להוכיח, והעושה במצותו אף בפניו ולא יגבה לבבו בקרבו לשום פניה אחרת לא הוא ולא העושים, רק שניהם כאחד טובים יעשו לכבוד השי"ת.

Ou bien on dira que la sainte Torah nous enseigne les voies de la morale et de la réprimande, comment un homme doit reprendre son prochain. Car voici, l'homme qui veut reprendre les gens doit être saint et pur dans tous ses aspects, à savoir nefech-roua'h-nechama (les trois niveaux de l'âme : l'âme vitale, l'esprit et l'âme supérieure) : lui est pur et son corps est pur.

Et alors [seulement] "tu reprendras certes ton prochain et tu ne porteras pas de faute à cause de lui" (Vayikra 19,17). Car s'il n'en est pas ainsi, qu'il soit éprouvé dans toutes ses facettes en sainteté et en pureté, alors il est impossible que sa réprimande monte comme il convient.

Et même s'il ordonne le bien aux gens et qu'ils agissent selon sa parole, tous deux ne peuvent pas non plus accomplir leurs actes dans la perfection, et leur cœur se détournera : celui-ci dira en son cœur, se glorifiant en lui-même, combien sa qualité est grande d'avoir fait acquérir à son prochain le mérite d'accomplir un commandement de ה' - or "tout cœur hautain est une abomination pour ה'" (Michlei 16,5) ; et celui-là dira lui aussi en son cœur, dans la vantardise, [voulant] se glorifier devant les gens, et il n'accomplira pas le commandement dans la perfection pour l'honneur de Dieu, béni soit-Il, mais il lui viendra dans le cœur de nombreux motifs intéressés (péniot, arrière-pensées qui détournent l'intention). Et tout cela vient de ce que celui qui lui a ordonné le bien n'est pas parfait dans sa justice dans tous ses aspects, comme ci-dessus.

Mais le tsadik parfait, à lui il convient et il sied de reprendre ; et celui qui agit selon son ordre, même en sa présence, son cœur ne s'élèvera pas en lui vers quelque autre motif intéressé, ni lui ni ceux qui agissent : mais tous deux ensemble accompliront le bien pour l'honneur de Dieu, béni soit-Il.

‎וזהו "ואתה", דוי"ו הוא המוסיף על הענין, דהיינו "אתה" עם כל בחינותיך כנ"ל, "תצוה את בני ישראל", ע"ד דאיתא בגמרא "וה' - הוא ובית דינו", דהוי"ו הוא המוסיף על הענין, וכמו כן הפירוש כאן, "ואתה תצוה" בטוב, שזה נקרא ציווי, ע"ד דאיתא בספרים מצוה בטוב ומזהיר ברע, ואם תצוה עליהם עם כל הבחינות שלך כנ"ל, תפעול שלא תבואו לידי פניות אחרת לא אתה ולא הם, וזהו "ויקחו אליך שמן זית", דהיינו כל התשובות והמצוות שיעשו, שזה רמז "שמן זית זך", "כתית למאור", כדאיתא באלשיך הקדוש פירושו באורך, שצריך האדם לכתת ולשבר עצמו בענויים וסיגופים בשביל עבודת הבורא יתברך ע"ש, וכל זאת גם אם יעשו בפניך לא תבוא אתם לידי פניה אחרת חלילה, וזהו "ויקחו אליך", ר"ל בפניך, שאתה רואה עשותם כמצותך על ידך ולא תפנו לשום פניה רק ליחוד שמו יתברך, "להעלות נר תמיד", ר"ל שלא תהיה כוונתכם רק להעלות הקדושה והאור העליון הנקרא "נר", "תמיד" פירוש שתראה שלא תזוז ממך הקדושה והאור העליון לעולם. וזהו הפירוש הפסוק "אש תמיד תוקד על המזבח", פירוש שהכתוב מזהיר שיהא תמיד הקדושה ואור העליון בוער בך שלא תכבה לעולם, דהיינו שתוסיף אור וקדושה שלא יכבה לעולם.

Et c'est [le sens de] "Et toi" : le vav est ce qui ajoute au sujet, à savoir "toi" avec tous tes aspects comme ci-dessus, "tu ordonneras aux enfants d'Israël". Selon ce qui est enseigné dans la Guemara : "'et ה'' - Lui et Son tribunal" (Sanhédrin 3b), car le vav est ce qui ajoute au sujet ; et de même est l'explication ici : "Et toi tu ordonneras" dans le bien, car c'est cela qui s'appelle un ordre (tsivouy), selon ce qui est enseigné dans les livres : on ordonne pour le bien et on avertit pour le mal.

Et si tu leur ordonnes avec tous tes aspects comme ci-dessus, tu feras que vous n'en veniez pas à d'autres motifs intéressés, ni toi ni eux. Et c'est [le sens de] "et qu'ils prennent vers toi de l'huile d'olive", à savoir tous les retours (téchouvot) et tous les commandements qu'ils accompliront : c'est l'allusion de "huile d'olive pure".

"Broyée pour l'éclairage" (Chemot 27,20) : comme il est enseigné chez le saint Alchikh, dont l'explication est longue, que l'homme doit se broyer et se briser lui-même par des mortifications et des macérations pour le service du Créateur, béni soit-Il, voir là-bas. Et tout cela, même s'ils l'accomplissent en ta présence, tu n'en viendras pas avec eux à quelque autre motif intéressé, à Dieu ne plaise.

Et c'est [le sens de] "et qu'ils prennent vers toi", c'est-à-dire en ta présence : que tu voies qu'ils agissent selon ton ordre par ton intermédiaire, et que vous ne vous tourniez vers aucun motif intéressé, mais seulement vers l'unification de Son Nom, béni soit-Il. "Pour faire monter une lampe perpétuelle" : cela veut dire que votre intention ne sera que d'élever la sainteté et la lumière d'en haut, qui est appelée "lampe" (ner) ; "perpétuelle" signifie que tu veilleras à ce que la sainteté et la lumière d'en haut ne s'écartent jamais de toi.

Et c'est l'explication du verset "un feu perpétuel brûlera sur l'autel" (Vayikra 6,6) : l'explication en est que l'Écriture avertit que la sainteté et la lumière d'en haut brûlent toujours en toi et que tu ne les éteignes jamais, c'est-à-dire que tu ajoutes lumière et sainteté pour qu'elles ne s'éteignent jamais.

‎וזהו שאמרו חז"ל "אין צו אלא זירוז מיד ולדורות", גם בזה הורו לנו חז"ל דרכי מוסר השכל להוכיח בני אדם באופן זה, דהיינו שיחזיקו עצמם תמיד בהכנעה גדולה ולא בשום מדריגה, רק כמתחיל בעבודת הבורא עתה בסיבה ראשונה המביאה לידי עבודתו יתברך שהוא הזריזות, ע"ד שאמר התנא "זריזות מביא כו' עד לידי רוח הקודש כו'", ונמצא יכול האדם לבוא ע"י הזריזות לידי מדריגות גדולות, אעפ"כ אם יהיה לו כל המדריגות לא יחזיק עצמו רק שהוא בהתחלה ראשונה של זריזות. וזה "אין צו (אלא זירוז)", ר"ל שלא יהא עיקר הציווי ברצותך לצוות לבוא על עבודתו יתברך, לא תצוה להם "אלא זירוז", ר"ל שלא יחזיקו עצמם בשום מדריגה, רק בהתחלה שהוא זירוז, הן "מיד" והן "לדורות", ר"ל אף אם יהיה לו כל המדריגות.

Et c'est ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie : "'tsav' (ordonne) n'est rien d'autre qu'une exhortation à la promptitude (zerizout), immédiatement et pour les générations" (Kidouchin 29a). Là aussi nos sages de mémoire bénie nous ont enseigné les voies de la morale et de l'intelligence pour reprendre les gens de cette manière, à savoir qu'ils se tiennent toujours dans une grande soumission (hakhnaa, effacement de soi) et à aucun degré [élevé], mais comme celui qui commence maintenant le service du Créateur, à la cause première qui amène au service de Dieu, béni soit-Il, laquelle est la promptitude ; selon ce qu'a dit le Tana : "la promptitude amène à... jusqu'à l'esprit de sainteté, etc." (Avoda Zara 20b).

Il se trouve donc que l'homme peut parvenir par la promptitude à de grands degrés ; et malgré cela, même s'il possédait tous les degrés, il ne se tiendra que pour étant au tout premier commencement de la promptitude. Et c'est [le sens de] "'tsav' n'est rien d'autre (qu'une exhortation à la promptitude)" : cela veut dire que l'essentiel de l'ordre, lorsque tu veux ordonner de venir au service de Dieu béni soit-Il, c'est que tu ne leur ordonneras "rien d'autre que la promptitude", c'est-à-dire qu'ils ne se tiennent à aucun degré mais seulement au commencement, qui est la promptitude, aussi bien "immédiatement" que "pour les générations", c'est-à-dire même s'il possédait tous les degrés.

"וביותר צריך לזרז במקום שיש חסרון כיס", דאיתא בגמרא "מהיכן מתחילין לקרוא המגילה, ר"מ אומר מתוקפו של אחשורוש, ור"י אומר מתקפו של מרדכי מאיש יהודי", ופלוגתייהו יש לפרש ע"ד הרמז, דהנה יש שני מדריגות צדיקים, יש צדיק שהוא ממתיק הדינים, ויש צדיק שממשיך כולו רחמים וא"צ להמתקת הדינים כלל.

"Et il faut exhorter davantage là où il y a une perte d'argent" (Kidouchin 29a). Car il est enseigné dans la Guemara : "À partir d'où commence-t-on la lecture de la Meguila ?

Rabbi Meir dit : depuis 'la puissance d'Ahachvérosh' ; et Rabbi Yehouda dit : depuis la puissance de Mordekhai, à partir de 'un homme judéen'" (Meguila 19a). Et leur divergence peut s'expliquer par voie d'allusion.

Car voici, il y a deux degrés de tsadikim : il y a un tsadik qui adoucit les rigueurs (dinim), et il y a un tsadik qui attire le tout en miséricorde et n'a nul besoin de l'adoucissement des rigueurs.

‎וזהו פירוש "מגילה נקראת באחד עשר", דהנה השי"ת הראה ליחזקאל הנביא התורה כתובה על מגילה פנים ואחור, י"ל הפירוש דהנה השי"ת נתן הבחירה לאדם כמש"ה ראה נתתי לפניך את החיים וכו' ובחרת בחיים, וזה רמז ג"כ במגילה זאת שהראה אותה פנים ואחור, דהיינו שנתן השי"ת הבחירה לאדם בלימוד תורתו הקדושה ללומדה ב"פנים" דהיינו לשמה, או "אחור" ר"ל שלא לשמה לאיזה פניה וסיבה אחרת חלילה, ובודאי ראוי לקיים הכתוב "ובחרת בחיים", וזה שהורו לנו חז"ל דרכי לימוד באופנים חלוקים, דהיינו דרך האחד הוא "מגילה נקראת", ר"ל דלימוד התורה הקדושה יהיה בדרך הזה, דהתורה נקראת מגילה כנ"ל, יהיה "באחד עשר", ר"ל לתקן עולם עשיה שהוא עולם אשר שולטים הדינים וצריך להמתיקם, וזה רמז "אחד עשר", דהיינו הדינים וסיטרא אחרא שהוא י"א, ולזה החיוב מוטל על כל בני אדם לומר סימני הקטורת קודם משנת איזהו מקומן, בכדי שימתיק בי"א סימני הקטורת את י"א כוחות הדינים של הס"א שהם עשתי עשר יריעות עיזים כידוע ליודעי חן.

Et c'est l'explication de "la Meguila se lit le onze" (Meguila 2a). Car voici, Dieu béni soit-Il a montré au prophète Ye'hezkel la Torah écrite sur un rouleau (meguila) "en face et au dos" (Ye'hezkel 2,10).

On peut dire que l'explication en est la suivante : voici, Dieu béni soit-Il a donné le libre choix à l'homme, comme le dit le verset "Vois, J'ai placé devant toi la vie, etc. ... et tu choisiras la vie" (Devarim 30,15-19). Et c'est aussi ce qui est fait allusion dans ce rouleau qu'Il lui a montré "en face et au dos", à savoir que Dieu béni soit-Il a donné à l'homme le libre choix dans l'étude de Sa sainte Torah : l'étudier "en face" (panim), c'est-à-dire lichma (pour elle-même, sans arrière-pensée), ou bien "au dos" (a'hor), c'est-à-dire pas lichma, pour quelque motif intéressé ou quelque autre cause, à Dieu ne plaise.

Et il convient certainement d'accomplir ce qui est écrit "et tu choisiras la vie". Et c'est ce que nos sages de mémoire bénie nous ont enseigné : les voies de l'étude selon des modes distincts.

À savoir, la première voie est "la Meguila se lit", ce qui veut dire que l'étude de la sainte Torah se fera de cette manière - la Torah étant appelée meguila comme ci-dessus - et elle sera "le onze", c'est-à-dire pour réparer le monde de Assia (le monde de l'action, le plus bas des quatre mondes), qui est le monde où dominent les rigueurs et qu'il faut adoucir. Et c'est l'allusion de "onze" (ahad assar), à savoir les rigueurs et la sitra a'hra (l'"autre côté", le domaine de l'impureté), qui sont au nombre de onze.

C'est pourquoi l'obligation incombe à tout homme de dire les simanim (les ingrédients) de l'encens avant la michna "Eizehou mekoman", afin d'adoucir par les onze simanim de l'encens les onze forces de rigueur de la sitra a'hra, qui sont les "onze tentures de poil de chèvre" (Chemot 26,7), comme le savent ceux qui connaissent la science cachée.

"בשנים עשר" רמז על אופן הב' של לימוד התורה הקדושה יהיה בדרך הזה, דהיינו להמשיך כולו רחמים שלא להצטרך להמתקת הדינים, דהנה איתא במדרש בשעת מתן תורה בסיני כשראו ישראל את המלאכים נושאי כסא המרכבה והיה בכל צד ג' מלאכים שהם שנים עשר וכו' מיד היו מתאוים לדגלים, וציוה להם השי"ת שיעשו להם ד' דגלים, והטעם שהיה תאותם ותשוקתם להדגלים, הוא מחמת שראו גודל אהבה הנעימה והנחמדה של מלאכים, ולפעמים כשיעשה אדם מצוה אחת בשלימות אפשר לו לדלג את כל המדריגות בפעם אחד לבוא אל אהבה שלימה, וזהו "ודגלו עלי אהבה - אל תקרי ודגלו אלא ודילוגו עלי אהבה", רמז לדברינו הנ"ל שיכול האדם לדלג ולבוא לידי אהבה שלימה.

"Le douze" est une allusion au second mode d'étude de la sainte Torah, qui se fera de cette manière, à savoir attirer le tout en miséricorde sans avoir besoin de l'adoucissement des rigueurs. Car voici, il est enseigné dans le Midrach qu'au moment du don de la Torah au Sinaï, lorsque Israël vit les anges porteurs du trône de la Merkava (le char céleste), et qu'il y avait de chaque côté trois anges, soit douze, etc., aussitôt ils désirèrent ardemment les étendards (degalim).

Et Dieu béni soit-Il leur ordonna de se faire quatre étendards. Et la raison de leur désir et de leur aspiration aux étendards, c'est qu'ils virent la grandeur de l'amour agréable et délicieux des anges.

Et parfois, lorsqu'un homme accomplit un seul commandement dans la perfection, il lui est possible de franchir d'un bond tous les degrés en une seule fois pour parvenir à l'amour parfait. Et c'est [le sens de] "et son étendard (vediglo) sur moi est amour - ne lis pas 'vediglo' mais 'vedilougo' (et son bond) sur moi est amour" (Chir haChirim 2,4 ; Chir haChirim Rabba ibid.) : allusion à nos propos ci-dessus, que l'homme peut franchir [les degrés] d'un bond et parvenir à l'amour parfait.

‎וזהו דאיתא בגמרא "קיימו וקבלו", ודרשו "קיימו למעלה מה שקבלו למטה", ישראל קבלו עליהם התורה אז בימי אחשורוש, ולכאורה וכי עד ימי אחשורוש לא קבלו עליהם את התורה? אלא הענין הוא שלא היו יכולים לבוא לידי הרצון הזה של אהבה עד שראו גודל הנס הנעשה להם בימי אחשורוש, וכשנעשה נס לאדם, מחמת זה יבוא אדם לידי אהבת הבורא ב"ה באמת, וזהו "אורה זו תורה", ר"ל שבאו לידי אהבה והאור של תורה מחמת גודל הנס הנעשה להם, "ויקר זה תפילין" כאשר פרשתי כבר תפילין הוא דביקות, ואז קבלו עליהם התורה ברצון, שבאו לידי מדריגת אהבה.

Et c'est [le sens de] ce qui est enseigné dans la Guemara : "ils accomplirent et ils reçurent" (Esther 9,27), et ils ont expliqué : "ils accomplirent en haut ce qu'ils avaient reçu en bas" (Chabat 88a). Israël accepta alors sur lui la Torah, aux jours d'Ahachvérosh.

Or, à première vue, est-ce que jusqu'aux jours d'Ahachvérosh ils n'avaient pas accepté sur eux la Torah ? Mais la chose est ainsi : ils ne pouvaient parvenir à cette volonté d'amour jusqu'à ce qu'ils vissent la grandeur du miracle qui leur fut fait aux jours d'Ahachvérosh ; et lorsqu'un miracle est fait à un homme, par ce moyen l'homme parvient à l'amour véritable du Créateur, béni soit-Il.

Et c'est [le sens de] "'la lumière' (ora), c'est la Torah" (Meguila 16b, sur Esther 8,16) : cela veut dire qu'ils parvinrent à l'amour et à la lumière de la Torah en raison de la grandeur du miracle qui leur fut fait ; "'et l'honneur' (vikar), ce sont les tefilin" - comme je l'ai déjà expliqué, les tefilin sont le devekout (l'attachement à Dieu). Et alors ils acceptèrent sur eux la Torah de bon gré, car ils étaient parvenus au degré de l'amour.

"בשלשה עשר", רמז על לימוד התורה הקדושה באופן לעורר השלש עשרה מידות, וזהו שאמרו חכמינו ז"ל "שלשה עשר זמן קהילה לכל היא", רמז שיהא לימודו התורה הקדושה לעורר הי"ג מידות שהם בכל העולמות, וזהו "זמן קהילה לכל היא". וזהו "מלמד שנתעטף הקב"ה כו'", שעיטף וקיפל העולמות בי"ג מידות.

"Le treize" est une allusion à l'étude de la sainte Torah d'une manière qui éveille les treize midot (les treize attributs de miséricorde). Et c'est ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie : "le treize est un temps de rassemblement pour tous" (Meguila 2a) : allusion au fait que son étude de la sainte Torah éveille les treize midot qui sont dans tous les mondes - et c'est [le sens de] "un temps de rassemblement pour tous".

Et c'est [le sens de] "cela enseigne que le Saint béni soit-Il s'enveloppa, etc." (Roch Hachana 17b) : Il enveloppa et replia les mondes dans les treize midot.

"בארבעה עשר", רמז למה שציוה השי"ת לזכור מחיית עמלק כמו שאמר הכתוב "כי יד על כס יה" - שיהא השם שלם וכסא שלם, כל זה יפעול בלימוד התורה הקדושה, והוא נגד עולם הכסא.

"Le quatorze" est une allusion à ce que Dieu béni soit-Il a ordonné, de se souvenir d'effacer Amalek, comme le dit le verset "car une main est sur le trône de Yâ-h" (Chemot 17,16) - que le Nom soit complet et le trône complet. Tout cela s'opère par l'étude de la sainte Torah, et cela correspond au monde du Trône.

"בחמישה עשר", רמז לפעול שתהא הסיהרא במילואה כמו שהיה אז בימי יהושע כדאיתא בגמרא ט"ו דורות כו'. ואמר התנא "כרכים המוקפים חומה מימות יהושע בן נון קורין בט"ו", ע"ד שאמרו חז"ל על פסוק "אם חומה היא נבנה עליה" ודרשו חז"ל "אם היו ישראל עולין בימי עזרא כחומה" ע"ש, ולזה רמז התנא במשנה אותם בני אדם הצדיקים המוקפין באחדות גמור כחומה, קורין בט"ו, ר"ל הם פועלים בקריאתם למלאות הסיהרא כמו בימי יהושע, "כפרים ועיירות גדולות", "כפרים" ר"ל מי שכופר בע"ז ומחשבות זרות שהוא כמודה בכל התורה כולה, "ועיירות גדולות" רמז על הצדיקים שמבטלים הדינים ע"י תשובתם תמיד, כמו שאמר הכתוב "וננוה היא העיר הגדולה", שע"י שחזרו בתשובה ממעשיהם הרעים נמתק הדין מעליהם, "קורין בי"ד", ר"ל הם פועלים כנ"ל למחות את זכר עמלק, "אלא שהכפרים מקדימין ליום הכניסה", ע"ד דאיתא בגמרא "למה נקרא שמם כנסת הגדולה, שהחזירו עטרה ליושנה לומר האל הגדול וכו' שזהו גבורותיו" ע"ש, וגם בגלות הוא רחמים, "והכפרים מקדימין ליום הכניסה", ר"ל שהם מקדימין ברחמים שיהא מתחילה רחמים, שלא יהא שום גבורות ודינים מתחילה ולא יצטרכו להמתיקם, והצדיקים הללו הם ממשיכים השפעות טובות וברכות לעולם, וזה רמז הגמרא "כדי שיספיקו מים ומזון לאחיהם כו'", רמז להשפעות שהם ממשיכים לישראל.

"Le quinze" est une allusion au fait d'opérer que la lune (sihara) soit dans sa plénitude, comme elle l'était alors aux jours de Yehochoua, ainsi qu'il est enseigné dans la Guemara "quinze générations, etc.". Et le Tana a dit : "les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun lisent le quinze" (Meguila 2a) - selon ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie sur le verset "si elle est une muraille, nous bâtirons sur elle" (Chir haChirim 8,9), et nos sages de mémoire bénie ont expliqué : "si Israël étaient montés aux jours d'Ezra comme une muraille" (Yoma 9b), voir là-bas.

Et c'est à cela que le Tana fait allusion dans la michna : ces hommes, les tsadikim, entourés d'une unité parfaite comme une muraille, "lisent le quinze", c'est-à-dire qu'ils opèrent par leur lecture le remplissement de la lune comme aux jours de Yehochoua. "Les villages et les grandes bourgades" : "les villages" (kefarim), cela veut dire celui qui renie (kofer) l'idolâtrie et les pensées étrangères, ce qui équivaut à reconnaître la Torah tout entière ; "et les grandes bourgades" est une allusion aux tsadikim qui annulent les rigueurs par leur retour constant, comme le dit le verset "et Ninvé était la grande ville" (Yona 3,3) : parce qu'ils revinrent de leurs mauvaises actions, la rigueur fut adoucie à leur égard.

"Lisent le quatorze", cela veut dire qu'ils opèrent, comme ci-dessus, pour effacer le souvenir d'Amalek. "Sauf que les villages avancent au jour du rassemblement" - selon ce qui est enseigné dans la Guemara : "pourquoi les a-t-on appelés la Grande Assemblée (Knesset haGuedola) ?

Parce qu'ils ont rendu la couronne à son état d'antan, en disant 'le Dieu grand, etc.', car ce sont là Ses actes de puissance (guevourot)" (Yoma 69b), voir là-bas ; et même dans l'exil c'est miséricorde. "Et les villages avancent au jour du rassemblement", cela veut dire qu'ils avancent la miséricorde, pour qu'il y ait miséricorde dès le début, qu'il n'y ait au commencement aucune guevourot ni rigueurs et qu'on n'ait pas besoin de les adoucir.

Et ces tsadikim attirent de bonnes effusions et des bénédictions sur le monde ; et c'est l'allusion de la Guemara : "afin qu'ils fournissent eau et nourriture à leurs frères, etc." (Meguila 4b) - allusion aux effusions qu'ils attirent sur Israël.

‎וזה רמז התנא "איזהו עיר גדולה כל שיש בה עשרה בטלנים", ר"ל לבטל הדינים צריך עדה שהוא עשרה שיהיו באחדות, "פחות מכאן", פירוש הצדיקים המחזיקים עצמם בפחות ושפלות מכל אדם, "הרי זה כפר", ר"ל כנ"ל הוא במדריגת בני הכפרים שהם מקדימים הרחמים קודם להמשיך השפעות. "באמת אמרו באלו מקדימין ולא מאחרין כו'", כנ"ל שהם מקדימים הרחמים שלא יהיה כלל דינים מעיקרא, "ולא מאחרין", ר"ל לעורר רחמים אחר המתקת הדינים, כי אם משתדלים במעשיהם הטובים שיהא מתחילה רחמים.

Et c'est l'allusion du Tana : "quelle est une grande ville ? Toute [ville] où il y a dix oisifs (batlanim)" (Meguila 3b) : cela veut dire que pour annuler (levatel) les rigueurs il faut une assemblée, c'est-à-dire dix hommes, qui soient dans l'unité.

"Moins que cela" : l'explication en est les tsadikim qui se tiennent pour moindres et plus bas que tout homme ; "voici c'est un village", cela veut dire, comme ci-dessus, qu'il est au degré des gens des villages, qui avancent la miséricorde avant d'attirer les effusions. "En vérité ils ont dit que ceux-là avancent et ne retardent pas, etc." (Meguila 2a) : comme ci-dessus, qu'ils avancent la miséricorde pour qu'il n'y ait absolument aucune rigueur dès l'origine ; "et ne retardent pas", cela veut dire d'éveiller la miséricorde après l'adoucissement des rigueurs - car ils s'efforcent par leurs bonnes actions qu'il y ait miséricorde dès le début.

‎וזהו "ביותר צריך לזרז במקום שיש חסרון כיס", פירושו מובן ממילא ע"פ הדברים הנ"ל, ר"ל שהצדיקים הממשיכים השפעות הם צריכים להיותם פחותים ושפלים בעיני עצמם יותר מכל אדם, וכאשר פרשנו לעיל שהזירוז הוא ההתחלה בעבודת הבורא כנ"ל, "זריזות מביאה לידי נקיות" כו', וצריך המוכיח המצווה בטוב לצוות על הזירוז, דהיינו כנ"ל שיחזיק עצמו לעולם שהוא אינו אלא כמתחיל בעבודתו יתברך, "וביותר צריך לזרז במקום שיש חסרון כיס", רמז אם ח"ו בעולם חסרון השפעות, צריך הכנעה גדולה יותר ויותר ואז יוכל להמשיך השפעות כנ"ל.

Et c'est [le sens de] "il faut exhorter davantage là où il y a une perte d'argent" : son explication se comprend d'elle-même d'après les propos ci-dessus. Cela veut dire que les tsadikim qui attirent les effusions doivent être moindres et bas à leurs propres yeux plus que tout homme.

Et comme nous l'avons expliqué plus haut, la promptitude est le commencement du service du Créateur, comme ci-dessus : "la promptitude amène à la propreté", etc. Et celui qui reprend, celui qui ordonne le bien, doit ordonner la promptitude, c'est-à-dire comme ci-dessus, qu'il se tienne toujours pour n'étant qu'un débutant dans le service de Dieu, béni soit-Il.

"Et il faut exhorter davantage là où il y a une perte d'argent" : allusion au fait que si, à Dieu ne plaise, il y a dans le monde un manque d'effusions, il faut une soumission toujours plus grande, et alors on pourra attirer les effusions, comme ci-dessus.

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