Ce passage poursuit le monde inversé : le Saint, béni soit-Il, crée yech mi-ayin, et le tsadik fait du yech de l'ayin par la ''hokhma, unissant les mondes par les quatre lettres du Nom Havaya et la pointe du youd. Pour le Noam Elimele'h, « deux coudées » de l'arche unifient haut et bas dans la Torah, et « demie » ne compte l'œuvre que pour une moitié, dans l'humilité (ha'hnaa). « Tu le recouvriras d'or pur » : le tsadik appelé arbre établit influx et miséricordes, attente limpide, au-dedans comme au-dehors. « Tu feras une table » : il en fait descendre la nourriture, pensées pures, pour l'honneur du Ciel, par les quatre lettres du Nom, pour faire sortir les étincelles saintes.
Aussi : le kohen qui dit « kafoul » sans parole grossière ; les planches (kerech), inverse de cheker, char pour la Che'hina ; l'autel, fondation d'une coudée par le tsimtsoum, puis le sovev chaque jour.
וזהו "עולם הפוך ראיתי עליונים למטה וכו'", דהשי"ת ב"ה ברא העולם יש מאין, והצדיק עושה בהיפך דהיינו מ"יש" עושה "אין", דהצדיק הרוצה לבטל איזה דבר ולפעול צריך להביא אותו הדבר עד החכמה ושם נעשה אין, כאשר כתבתי כמה פעמים, והחכמה מאין תמצא, וזהו "עליונים למטה", היינו עולמות העליונים הצדיק ממשיך למטה, והתחתונים הוא מעלה אותם למעלה לקשר וליחד אותם כאחד. "אמר ליה בני עולם ברור ראית", פירוש זה צריך כל אדם להיות עבודתו כך.
וזהו "מרובה כו'" היינו שהצדיק פועל הרבה במידה זאת, "תשלומי כפל" פירוש שעושה שלום ויחוד בעולמות עליונים ותחתונים, והיינו כפל, דהיינו העליונים ותחתונים, זה מרובה שעולמות הם רבים עד אין קץ ותכלית, וע"י איזה דבר יכול לפעול כן? הנה זה בא "ממידת תשלומי ארבעה", היינו שעובד ומתקן ארבעה העולמות שהם ד׳ אותיות הויה, "וחמשה" הוא עולם החמישי קוצו של יו"ד שעולה הצדיק עד החכמה כנ"ל ועי"ז הוא מיחד כל העולמות לאחד.
Et c'est [le sens de] "j'ai vu un monde inversé : les êtres d'en haut en bas, etc." (Pessahim 50a). Car le Saint, béni soit-Il, a créé le monde yech mi-ayin (de l'être à partir du néant), et le tsadik (le juste) fait l'inverse, c'est-à-dire que du "yech" (l'être) il fait du "ayin" (le néant) ; car le tsadik qui veut annuler quelque chose et agir doit amener cette chose jusqu'à la 'hokhma (sagesse), et là elle devient néant, comme je l'ai écrit plusieurs fois, et "la 'hokhma, du néant elle se trouve" (Iyov/Job 28,12).
Et c'est [le sens de] "les êtres d'en haut en bas", à savoir que le tsadik fait descendre les mondes supérieurs vers le bas, et les [mondes] inférieurs, il les fait monter vers le haut, pour les relier et les unir comme un. "Il lui dit : mon fils, tu as vu un monde clair" : l'explication est que tel doit être le service de tout homme.
Et c'est [le sens de] "plus grande, etc.", à savoir que le tsadik agit beaucoup selon cette mesure. "Le paiement du double (kéfel)" : l'explication est qu'il fait la paix (chalom) et l'unification dans les mondes supérieurs et inférieurs - et c'est cela le "double", à savoir les [mondes] supérieurs et les inférieurs ; cela est "plus grand", car les mondes sont nombreux, sans fin ni terme.
Et par quelle chose peut-il agir ainsi ? Voici, cela vient "de la mesure du paiement du quadruple", à savoir qu'il sert et répare les quatre mondes qui sont les quatre lettres du Nom Havaya ; "et du quintuple" - c'est le cinquième monde, la pointe du youd, car le tsadik monte jusqu'à la 'hokhma comme ci-dessus, et par cela il unifie tous les mondes en un.
וזהו שאמרו חז"ל "אל יוציא אדם דבר מגונה מפיו דהני תרי כהני כו' ואמר לחבריה הגיעני כפול ואמר אידך הגיעני כזנב הלטאה בדקו אחריו ומצאו שמץ פסול", והנה לכאורה דברי הכהן הגיעני כפול הוא ללא צורך, דאין מוכח מזה כלל אל יוציא דבר כו', ולפי דברינו זהו דברי הכהן "הגיעני כפול" והפליגו חז"ל במעלות הכהן זריז שאינו מוציא דבר מגונה מפיו, שעי"ז יכול לטהר ולקדש עצמו ולעשות יחוד בעולמות עליונים ותחתונים, ולזה רמזו שאמר הגיעני למעלה זו "כפול" כנ"ל.
Et c'est ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : "Que l'homme ne fasse pas sortir de sa bouche une parole grossière ; car ces deux kohanim, etc., et l'un dit à son compagnon : il m'est revenu [une part] comme une fève (kafoul, כפול, qui signifie aussi 'double'), et l'autre dit : il m'est revenu [une part] comme la queue du lézard ; on enquêta sur lui et l'on trouva en lui une trace d'invalidité [dans sa lignée]" (Pessahim 3b). Or, à première vue, les paroles du kohen "il m'est revenu kafoul" sont sans nécessité, car on n'en tire aucune preuve pour [la règle] "que l'homme ne fasse pas sortir, etc.".
Mais selon nos paroles, voici le sens des paroles du kohen "il m'est revenu kafoul" : nos Sages ont exalté les qualités du kohen empressé qui ne fait pas sortir de sa bouche de parole grossière, car par cela il peut se purifier et se sanctifier lui-même, et faire l'unification dans les mondes supérieurs et inférieurs. Et c'est ce qu'ils ont laissé entendre en rapportant qu'il a dit : il m'est revenu ce niveau-ci, le "double" (kafoul), comme ci-dessus.
וזהו "שנו חכמים", דהיינו שהגיעו לחכמה, "בלשון המשנה", הם פעלו בלשונם ליחד ב' עולמות וזהו המשנה.
Et c'est [le sens de] "les Sages ont enseigné" (chanou hakhamim), à savoir qu'ils sont parvenus à la 'hokhma ; "dans la langue de la Michna" : ils ont agi par leur langue pour unifier les deux mondes - et c'est cela la "Michna" (michne, le double).
וזהו "שויתי ה׳ לנגדי תמיד כו'", דזה חיוב על כל איש מישראל לצייר השם הויה ב"ה נגד עיניו, אך הצדיק השלם העובד ומתקן את השם הויה ב"ה, אזי ממילא תמיד עומד נגד עיניו ואין צריך לצייר עוד. וזהו שאמר דוד המלך ע"ה "שויתי ה'", היינו שעבדתי ותיקנתי את השם הויה ב"ה עד שהוא "תמיד" לנגד עיני, "כי מימיני בל אמוט", דחכמה נקרא ימין כדאיתא "הרוצה להחכים ידרים" ודרום הוא ימין, והיינו שאמר עתה שבאתי אל מדריגת חכמה הנקרא ימין, "בל אמוט, אף בשרי ישכון לבטח" עי"ז.
Et c'est [le sens de] "je place le Nom devant moi constamment, etc." (Tehilim/Psaumes 16,8) : car c'est une obligation pour tout homme d'Israël de se représenter le Nom Havaya, béni soit-Il, devant ses yeux. Mais le tsadik parfait, qui sert et répare le Nom Havaya, béni soit-Il, alors de soi-même [ce Nom] se tient constamment devant ses yeux et il n'a plus besoin de se le représenter.
Et c'est ce qu'a dit le roi David, paix sur lui : "chiviti (j'ai placé) le Nom", à savoir : j'ai servi et réparé le Nom Havaya, béni soit-Il, jusqu'à ce qu'il soit "constamment" devant mes yeux ; "car Il est à ma droite, je ne chancellerai pas" - car la 'hokhma est appelée "droite", ainsi qu'il est enseigné : "celui qui veut devenir sage, qu'il se tourne vers le sud" (Baba Batra 25b), et le sud est la droite. Et c'est ce qu'il dit maintenant : puisque je suis parvenu au degré de la 'hokhma, appelée "droite", "je ne chancellerai pas ; aussi ma chair reposera-t-elle en sécurité" (Tehilim 16,9) par cela.
וזהו "אמתים", דהיינו שיראו בתורתם ליחד העולמות העליונים והתחתונים, דהיינו אמות כפולות, ב' אמות עולם תחתון ועולם עליון, "וחצי", פירוש ואל יחשוב הצדיק שעשה ופעל הכל כראוי, אלא יחשוב שלא פעל אלא חצי, היינו מקצת מה שיש לו לפעול, שיחזיק עצמו במידת הכנעה, "ארכו", היינו התקשרותו והתייחדו העולמות ממטה למעלה באורך, "ואמה וחצי רחבו", היינו ההשפעות שהוא ממשיך על עוה"ז בכל רחבו של עולם יחשוב ג"כ חצי כנ"ל.
Et c'est [le sens de] "deux coudées (amatayim)" (Chemot/Exode 25,10), à savoir qu'ils veilleront, dans leur Tora, à unifier les mondes supérieurs et les mondes inférieurs, c'est-à-dire des coudées doublées : deux coudées, le monde inférieur et le monde supérieur. "Et demie" : l'explication est que le tsadik ne doit pas penser qu'il a tout fait et tout accompli comme il convient, mais qu'il doit penser qu'il n'a accompli que la moitié, c'est-à-dire une part de ce qu'il lui incombe d'accomplir, afin de se tenir dans la mesure de l'humilité (hakhnaa, effacement de soi).
"Sa longueur", à savoir sa liaison et son unification des mondes de bas en haut, dans la longueur. "Et une coudée et demie sa largeur", à savoir les influx qu'il fait descendre sur ce monde-ci dans toute la largeur du monde : qu'il les compte lui aussi pour une moitié, comme ci-dessus.
"וצפית אותו זהב טהור", דאיתא בגמרא "עצי שטים עומדים שמעמידים צפוייהם", נוכל לומר הפירוש כך, דהצדיק נקרא עץ כנ"ל, והם מעמידים את כל מה שהם מצפים וחושקים לפעול לעולם השפעה ורחמים, הם מעמידים על קיומם, שכן יקום כדבריהם ותשוקתם, "שמא תאמר אבד סברם וסכוים", פירוש שמא תאמר לא כך הוא חלילה כל סברם וסכוים בטל, "ת"ל עצי שטים עומדים", וזהו "וצפית", דהיינו הצדיק המצפה להמשיך השפעה לעולם, יהיה צפיותו כ"כ צלול וברור שיהיה ממשיך "זהב" לפרנסה, "טהור" שיהיה בהיתר ובטהרה גדולה. ואיך יעשה? ואמר "מבית ומבחוץ תצפנו", דהיינו שיהיה תוכו כברו, שיהיה מצפה בלב ונפש וגוף להביא ברכה לעולם.
"Tu le recouvriras d'or pur" (Chemot 25,11) : il est enseigné dans la Guemara : "'des bois d'acacia dressés' (Chemot 26,15) - car ils maintiennent dressé leur revêtement" (Yoma 72a). Nous pouvons dire que l'explication en est ainsi : le tsadik est appelé "arbre" comme ci-dessus, et eux maintiennent debout tout ce qu'ils espèrent et désirent ardemment faire advenir pour le monde - influx et miséricordes -, ils l'établissent dans sa permanence, en sorte que cela se réalise selon leur parole et leur désir.
"Peut-être diras-tu : leur espoir est perdu et leur attente annulée" : l'explication est - peut-être diras-tu qu'il n'en est pas ainsi, à Dieu ne plaise, et que tout leur espoir et leur attente sont annulés -, "l'enseignement dit : des bois d'acacia dressés". Et c'est [le sens de] "tu recouvriras" (vetsipita), à savoir : le tsadik qui espère (metsapeh) faire descendre l'influx sur le monde, que son attente soit si limpide et si claire qu'il fasse descendre de l'"or" pour la subsistance ; "pur", que ce soit avec permission et en grande pureté.
Et comment fera-t-il ? Il est dit : "au-dedans et au-dehors tu le recouvriras", à savoir que son dedans soit comme son dehors, qu'il espère de cœur, d'âme et de corps amener la bénédiction au monde.
"ועשית שולחן עצי שטים", פירוש השולחן הוא שעל ידו ממשיך הצדיק מזוני, ותעשה את השולחן, דהיינו אכילתך, "וצפית אותו זהב טהור", שיהיה בלי מחשבות חוץ רק מחשבות טהורות, "ועשית לו זר זהב סביב", פירוש שיהיה כל סיבוב אכילתך זך בעיניו ולא תכוין להנאתך רק לכבוד שמים, "ועשית לו מסגרת טופח", דאיתא בגמרא "שולחן של תלמיד חכם, שני שליש מכוסה ושליש מגולה שעליו הקערות והכוסות מונחים, וטבעתו מבחוץ", וזהו הפירוש כאן, "טופח" הוא מלשון טפח, היינו השליש שהוא מגולה שניתן לך רשות לאכול, יהיה סביב לו "מסגרת", דהיינו שיסגור את עצמו במחשבות טהורות בלי שום כונת הנאת עצמו, "ועשית לו ארבע טבעות זהב", טבעת הוא טבעת קידושין להשכינה, ע"ד דאמרינן וארשתיך לי לעולם וכו׳, והיינו שתקדש את שולחנך בארבע אותיות הויה ב"ה היינו ארבע טבעות, "על ארבע הפאות אשר לארבע רגליו", פירוש שאדם נקרא מהלך שתים והבהמה היא מהלכת ארבע רגלים, וצריך האדם שלא יהיה דומה ושווה לבהמה באכילתו, שצריך להתקדש ולהתטהר ולהשרות השכינה והקדושה על שולחנו. וזהו אשר כל הנ"ל יעשה לארבע רגליו, פירוש בשביל שלא יהיה דומה לבהמה שהיא מהלך ארבע רגלים, רק להוציא הניצוצות הקדושים באכילתו, ולהמשיך ולהשפיע לעולם מזוני ופרנסה טובה.
וזהו פירוש הגמרא "וטבעתו מבחוץ", היינו טבעת הקידושין כנזכר לעיל. וק"ל.
"Tu feras une table en bois d'acacia" (Chemot 25,23) : l'explication est que la table est ce par quoi le tsadik fait descendre la nourriture (mezonei). Et "tu feras la table", c'est-à-dire ton manger.
"Tu la recouvriras d'or pur", qu'il soit sans pensées étrangères, rien que des pensées pures. "Tu lui feras une couronne d'or tout autour" : l'explication est que tout le pourtour de ton manger soit limpide à Ses yeux, et que tu ne vises pas ton propre plaisir mais uniquement l'honneur du Ciel.
"Tu lui feras un encadrement d'un tefah" : il est enseigné dans la Guemara : "la table du talmid 'hakham (disciple des sages) : deux tiers couverts et un tiers découvert, sur lequel sont posées les écuelles et les coupes, et son anneau au-dehors" (Menahot 96b). Et voici l'explication ici : "tofeah" est du langage de "tefah" (largeur de main), à savoir le tiers découvert, celui qu'il t'est permis de manger ; qu'il y ait tout autour de lui un "encadrement" (misgueret), c'est-à-dire qu'il s'enferme (yisgor) lui-même dans des pensées pures, sans aucune intention de plaisir personnel.
"Tu lui feras quatre anneaux d'or" : l'anneau est l'anneau de kidouchin (fiançailles) pour la Chekhina, selon ce que nous disons "Je te fiancerai à Moi pour toujours, etc." (Hochea/Osée 2,21) ; à savoir que tu sanctifieras ta table par les quatre lettres du Nom Havaya, béni soit-Il, ce sont les quatre anneaux. "Sur les quatre coins qui sont à ses quatre pieds" : l'explication est que l'homme est appelé "celui qui marche sur deux [jambes]", et l'animal, lui, marche sur quatre pattes ; et il faut que l'homme ne soit pas semblable et égal à l'animal dans son manger, car il doit se sanctifier et se purifier, et faire reposer la Chekhina et la sainteté sur sa table.
Et c'est [le sens de] : tout ce qui précède, il le fera "pour ses quatre pieds", c'est-à-dire afin de ne pas être semblable à l'animal qui marche sur quatre pattes, mais seulement pour faire sortir les étincelles saintes par son manger, et pour faire descendre et répandre sur le monde la nourriture et une bonne subsistance. Et c'est l'explication de la Guemara "et son anneau au-dehors", à savoir l'anneau de kidouchin mentionné ci-dessus.
Et cela est facile à comprendre.
ועשית את הקרשים למשכן. יש לומר דהנה כתיב "ועשו לי מקדש ושכנתי בתוכם", ונ"ל דאיתא בברייתא דרבי ישמעאל "בשלש עשרה מדות התורה נדרשת", ור"ל עיקר התורה היא נדרשת כשאדם מחזיק בשלש עשרה מידות מה הוא רחום כו׳ וכן כולם, ואז תורתו שלומד נדרשת בכל עולמות.
ו"מקדש" בגימטריא "מדת", ו"מדה" הוא לשון כלי, ור"ל כשאדם מחזיק עצמו בהמידות טובות ולשמור עצמו מכל מדה רעה, אז הוא מרכבה להשכינה. וזהו הפירוש "כביכול", ר"ל כ"ב הוא כמו ק"ב בקו"ף, שכ"ף בקו"ף מתחלפין באותיות גיכ"ק, וקב הוא מדה, כמו שמצינו "חנינא בני די לו בקב חרובין", ור"ל "כב" דהיינו ע"י המדות - "יכול", ר"ל ע"י המידות טובות שאדם מחזיק עצמו בהם ומשמר את עצמו ממידות רעות, יכול הקב"ה לשכון בזה העולם, דהיינו ע"י שהוא מרכבה להשכינה.
וזהו "ועשו לי מקדש", ר"ל שתתקנו את עצמכם במידות כדי שאשכון בתוכם, וראש על המידות רעות הוא מידת שקר, דכל מידות רעות הם נגד מידת אמת, וכשיחזיק את עצמו במידת אמת וישבר עצמו ממידת שקר עד תכליתה, אזי ממילא הוא מחזיק את עצמו במידות טובות ומשבר עצמו ממידות רעות.
"Tu feras les planches pour le Michkan" (Chemot 26,15). On peut dire ceci : voici, il est écrit "ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d'eux" (Chemot 25,8).
Et il me semble : il est enseigné dans la baraita de Rabbi Yichmael "par treize mesures (midot) la Tora est interprétée". Et cela veut dire : l'essentiel de la Tora est interprété lorsque l'homme se tient dans les treize mesures [de miséricorde] - "de même qu'Il est miséricordieux, etc.", et ainsi de toutes -, et alors la Tora qu'il étudie est interprétée dans tous les mondes.
Et "mikdach" (מקדש, sanctuaire) a la même guematria que "midat" (מדת, la mesure de), et "mida" est un mot qui signifie récipient (keli). Et cela veut dire : lorsque l'homme se tient dans les bonnes mesures et se garde de toute mauvaise mesure, alors il est un char (merkava) pour la Chekhina.
Et c'est l'explication de "kivyakhol" (כביכול, 'pour ainsi dire') : cela veut dire que כ"ב est comme ק"ב avec un kouf, car le khaf et le kouf s'échangent parmi les lettres גיכ"ק ; et le kav (קב) est une mesure [de capacité], comme nous trouvons "mon fils Hanina, il lui suffit d'un kav de caroubes" (Berakhot 17b). Et cela veut dire : כ"ב, c'est-à-dire par les mesures - "yakhol", il peut : cela veut dire que par les bonnes mesures dans lesquelles l'homme se tient et par la garde qu'il exerce sur lui-même contre les mauvaises mesures, le Saint, béni soit-Il, peut résider dans ce monde-ci, à savoir parce qu'il est un char pour la Chekhina.
Et c'est [le sens de] "ils Me feront un sanctuaire", cela veut dire : réparez-vous vous-mêmes par les mesures, afin que Je réside au milieu de vous. Et la tête de toutes les mauvaises mesures est la mesure du mensonge, car toutes les mauvaises mesures sont à l'opposé de la mesure de vérité ; et lorsqu'il se tiendra fermement dans la mesure de vérité et se brisera de la mesure de mensonge jusqu'à son extrémité, alors de soi-même il se tient dans les bonnes mesures et se brise des mauvaises mesures.
וזהו "ועשית קרשים למשכן", ור"ל שאותיות "קרש" הוא אותיות "שקר", והיינו שתשבר עצמך ממידת שקר עד תכליתה ולחזק עצמך במידת היפוך, כמו קרש הוא היפך אותיות שקר, עד שתעשה עצמך קרש למשכן, דהיינו שתהיה מרכבה להשכינה כנ"ל, "עשר אמות אורך הקרש", ר"ל שדבר שהוא ארוך, אף שהוא דבר שאין לו סוף, יכול לקרות לו בשם אורך, אבל רוחב הוא דבר שיש לו סוף וצריך לומר כמה הוא רחב. וזהו הפירוש כאן "עשר אמות אורך הקרש", דהיינו בדבר שאין לו סוף, והוא בדבר רוחני שאין לו סוף ונקרא אורך, תראה שתעבוד אותה באמות שלימות בכל עשר עולמות, "ואמה וחצי אמה רוחב הקרש", ר"ל בדברי הגשמי שהוא דבר שיש לו סוף ונקרא בשם רוחב לגבי הדבר הרוחני, תראה שתעשה באמות חצאים שתאכל ותותר, או שאר גשמי תראה שלא תמלא תאוותיך בשלימות.
Et c'est [le sens de] "tu feras des planches (kerachim) pour le Michkan", cela veut dire que les lettres de "kerech" (קרש, planche) sont les lettres de "cheker" (שקר, mensonge) ; à savoir que tu te briseras de la mesure du mensonge jusqu'à son extrémité et que tu te renforceras dans la mesure inverse - de même que "kerech" est l'inverse des lettres de "cheker" -, jusqu'à ce que tu fasses de toi-même une planche pour le Michkan, c'est-à-dire que tu sois un char pour la Chekhina comme ci-dessus. "Dix coudées la longueur de la planche" (Chemot 26,16), cela veut dire : une chose qui est longue, même si c'est une chose qui n'a pas de fin, on peut lui donner le nom de "longueur" ; mais la largeur est une chose qui a une fin, et il faut dire de combien elle est large.
Et voici l'explication ici : "dix coudées la longueur de la planche", à savoir pour une chose qui n'a pas de fin - et c'est la chose spirituelle, qui n'a pas de fin et qui est appelée "longueur" -, veille à la servir par des coudées entières, dans les dix mondes tout entiers. "Et une coudée et demi-coudée la largeur de la planche", cela veut dire : dans les choses matérielles, qui sont chose ayant une fin et sont appelées du nom de "largeur" par rapport à la chose spirituelle, veille à agir par demi-coudées : que tu manges et laisses un reste ; et pour le reste du matériel, veille à ne pas assouvir tes désirs complètement.
"שתי ידות לקרש האחד", דאיתא בגמרא "אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו", ונ"ל דאיתא בגמרא "גדול תלמוד שמביא לידי מעשה", ונמצא תלמוד הוא גדול כשבא על ידו לידי מעשה, ובעוה"ז אם אנו רואים לאדם שלומד, אין אנו יכולים להבחין אם תורתו מוכשר להביאו לידי מעשה, ועיקר רוב המעשה נעשה ע"י היד, וזהו "אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו", דהיינו שהתלמוד הביאו לידי מעשה.
"Deux tenons (yadot, littéralement : mains) pour chaque planche" (Chemot 26,17) : il est enseigné dans la Guemara "heureux celui qui arrive ici avec son étude en main" (Pessahim 50a). Et il me semble : il est enseigné dans la Guemara "grande est l'étude, car elle mène à l'acte" (Kidouchin 40b) ; il se trouve donc que l'étude est grande lorsque, par elle, on parvient à l'acte.
Et dans ce monde-ci, si nous voyons un homme qui étudie, nous ne pouvons pas discerner si sa Tora est apte à le mener à l'acte ; or l'essentiel et la plupart des actes se font par la main. Et c'est [le sens de] "heureux celui qui arrive ici avec son étude en main", à savoir que l'étude l'a mené à l'acte.
ועל פי זה יש לפרש "שתי ידות לקרש האחד", דהנה נברא האדם בשתי ידות, יד ימין ושמאל, כדי להראות לאדם הבחירה אם להימין או להשמאיל, וגם להגביר הימין על השמאל, לעבוד בשני יצרים להכניס השמאל תחת הימין. וז"ש "שתי ידות לקרש האחד (משולבות אשה אל אחותה)", ר"ל מידה אחת שאתה רוצה להחזיק בה או לשבר אותה, תראה להחזיק אותה גם ביד שמאל ולעבוד בשני יצריך, "משולבות אשה אל אחותה", ע"ד שאמר הכתוב "גם אויביו ישלים אתו", ויהיה שלום ביניהם כמו אשה אל אחותה.
Et selon cela on peut expliquer "deux mains pour chaque planche" : voici, l'homme a été créé avec deux mains, la main droite et la gauche, afin de montrer à l'homme le libre choix - aller vers la droite ou aller vers la gauche -, et aussi pour faire prévaloir la droite sur la gauche, pour servir avec les deux penchants, pour soumettre la gauche sous la droite. Et c'est ce que dit [le verset] : "deux mains pour chaque planche (jointes l'une à l'autre, littéralement : une femme à sa sœur)", cela veut dire : une mesure que tu veux tenir fermement ou bien briser, veille à la tenir aussi de la main gauche et à servir avec tes deux penchants.
"Jointes l'une à l'autre", selon ce qu'a dit le verset "même ses ennemis, Il les met en paix avec lui" (Michlei/Proverbes 16,7) - et il y aura la paix entre eux comme entre une femme et sa sœur.
"ועשית קרשים כו' עשרים קרש לפאת נגבה תימנה", פירוש דהנה האדם העושה מצוה צריך לעשותה בשני בחינות, דהיינו א' שיעשנה כתקנה וכהלכתה, והב' שישמור עצמו שיעשה טוב ולא יחטא, שלא יהיה בהמצוה שום פניה ואיזה חטא ח"ו, המצוה נקראת בשם "עשר" כנ"ל, ואמר "עשרים קרש תעשה", דהיינו שתעשה המצוה בשני פעמים עשר, דהיינו "לפאת נגבה תימנה", ר"ל דנגב הוא לשון נגד, ר"ל שתשמור עצמך מפאת נגב תימנה, דהיינו ממה שהוא התנגדות התימן, דתימן הוא רמז על חכמה, ותשמור עצמך מכל פניה דהוא התנגדות המצוה ותעשה אותה בתכלית השלימות. וק"ל.
"Tu feras des planches, etc. : vingt planches pour le côté du neguev, vers le midi (teimana)" (Chemot 26,18). L'explication : voici, l'homme qui accomplit une mitsva doit l'accomplir selon deux aspects, à savoir : le premier, qu'il l'accomplisse selon la règle et selon la halakha ; le second, qu'il se garde lui-même, en sorte qu'il fasse le bien et ne faute pas, qu'il n'y ait dans la mitsva aucune arrière-pensée intéressée (pniya) ni aucune faute, à Dieu ne plaise.
La mitsva est appelée du nom de "dix" comme ci-dessus, et il est dit "tu feras vingt planches", à savoir que tu accomplisses la mitsva par deux fois dix, c'est-à-dire "pour le côté du neguev, vers le midi", cela veut dire : "neguev" est du langage de "negued" (contre, opposition), c'est-à-dire que tu te gardes du côté du neguev, vers le midi (teiman), à savoir de ce qui est l'opposition du teiman - car le teiman fait allusion à la 'hokhma -, et que tu te gardes de toute arrière-pensée intéressée, qui est l'opposition de la mitsva, et que tu accomplisses celle-ci dans la perfection ultime. Et cela est facile à comprendre.
ועשית את המזבח כו' חמש אמות כו׳ ושלש אמות קומתו. פירש רש"י ז"ל "נאמר כאן רבוע ונאמר בפנימי רבוע, מה להלן גבהו פי שנים כארכו כו', ומה אני מקיים שלש אמות קומתו משפת סובב ולמעלה".
לכאורה ה"ל לפרש בפסוק גבהו של המזבח כולו יחד היה עשרה אמות עם הקרנות, ולמה אינו מזכיר הכתוב רק שלש אמות של הקומה מהסובב. ונ"ל דהתורה הקדושה רמזה לנו בדברים האלה לדעת דרכי ה׳ אשר נלך בה כל הימים אשר אנחנו קיימים על האדמה, דהנה המזבח היה לו "אמה יסוד", דעיקר התחלת עבודת הבורא ב"ה צריך האדם לעשות יסוד אמה, דאמה היא דבר יחידי ואין בה שום ריבוי, כמו כן האדם בהתחלת עבודתו ית"ש צריך התבודדות לעצמו יחידי, דהיינו שצריך לצמצם את עצמו בכל מעשיו להיות בהם הצנע לכת עם ה׳ שלא להיראות בהם בפני בני אדם, כי בקל יכול לבוא בהם לידי פניות וגאות בעשותו את מעשיו בגלוי.
"Tu feras l'autel, etc., cinq coudées, etc., et trois coudées sa hauteur" (Chemot 27,1). Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : "il est dit ici 'carré' et il est dit au sujet de l'autel intérieur 'carré' : de même que là-bas sa hauteur était le double de sa longueur, etc. ; et que fais-je alors de 'trois coudées sa hauteur' ?
Depuis le bord du sovev (la corniche qui fait le tour de l'autel) et au-dessus". À première vue, il aurait fallu expliquer dans le verset que la hauteur de l'autel dans son ensemble était de dix coudées avec les cornes ; et pourquoi le verset ne mentionne-t-il que les trois coudées de la hauteur à partir du sovev ?
Et il me semble que la sainte Tora nous a fait allusion, par ces paroles, à connaître les voies du Nom dans lesquelles nous marcherons tous les jours où nous subsistons sur la terre. Car voici, l'autel avait "une coudée de fondation (yessod)" : le commencement essentiel du service du Créateur, béni soit-Il, exige que l'homme fasse un fondement d'une coudée - car "une coudée" (ama) est chose unique et il n'y a en elle aucune multiplicité -, de même l'homme, au commencement de son service de Celui dont le Nom est béni, a besoin d'un isolement (hitbodedout) pour lui seul : à savoir qu'il doit se restreindre (tsimtsoum) dans tous ses actes, afin d'y marcher humblement avec le Nom et de ne pas s'y faire voir devant les hommes ; car il pourrait facilement en venir par là à des arrière-pensées intéressées et à l'orgueil, en accomplissant ses actes au grand jour.
וזהו שאמר דוד המלך ע"ה "מה רב טובך אשר צפנת ליראיך", פירוש מה גדלו חסדך עם האדם אשר פקדת על הארץ להיות מצפין את עצמו בהצנע לכת עם ה׳, וע"י זה יכול להיות רב טוב בלי שום פניה וגאות.
Et c'est ce qu'a dit le roi David, paix sur lui : "combien est grande Ta bonté que Tu as cachée (tsafanta) pour ceux qui Te craignent" (Tehilim 31,20). L'explication : combien grande est Ta bonté envers l'homme, auquel Tu as prescrit sur la terre de se cacher (matspin) lui-même, marchant humblement avec le Nom ; et par cela il peut y avoir une grande bonté, sans aucune arrière-pensée intéressée ni orgueil.
וזהו "דרשו ה׳ בהמצאו", פירוש דהנה השי"ת ב"ה מלא כל הארץ כבודו לית אתר פנוי מיניה, וכשעלה ברצונו יתברך לברוא את העולם להטיב לברואיו, היה צריך לצמצם עצמו כדי לפנות מקום להמציא את ברואיו, כמו כן צריך האדם לצמצם עצמו, וזהו "דרשו ה׳ (בהמצאו)", ר"ל באופן זה "בהמצאו", כמו שהמציאך ע"י צמצום כן תצמצם עצמך לדרוש אותו ית"ש כנ"ל. וזה רמז אמה יסוד, צדיק יסוד עולם.
Et c'est [le sens de] "cherchez le Nom pendant qu'Il se laisse trouver (behimatso)" (Yechayahou/Isaie 55,6). L'explication : voici, le Saint, béni soit-Il - toute la terre est remplie de Sa gloire, "il n'est pas de lieu vide de Lui" (Tikounei Zohar) ; et lorsqu'il monta dans Sa volonté, béni soit-Il, de créer le monde pour faire du bien à Ses créatures, Il dut Se restreindre (tsimtsoum) afin de vider une place pour y faire exister Ses créatures.
De même, l'homme doit se restreindre lui-même. Et c'est [le sens de] "cherchez le Nom (pendant qu'Il se laisse trouver)", cela veut dire : de cette manière-là, "behimatso" - de même qu'Il t'a fait exister par le tsimtsoum, ainsi restreins-toi toi-même pour Le chercher, Lui dont le Nom est béni, comme ci-dessus.
Et telle est l'allusion de "une coudée de fondation" : "le tsadik est le fondement du monde" (Michlei 10,25).
ואחר שעלה המזבח בגבהו חמשה אמות היה ה"סובב", רמז דהנה האדם מיד בקומו ממיטתו צריך להתלבש עצמו ביראתו יתברך, לחשוב רוממותו וגדולתו יתברך, ולחשוב ולראות שפלות עצמותו איך הוא שפל ונבזה עפר מן האדמה יסודו מעפר וסופו לעפר, וזהו רמז "ואת המנורה נוכח השולחן", דהמנורה היא רמז לאורות העליונים ורוממות אל ית"ש, והשולחן הוא רמז לפסולת הגשמיות, וצריך להיות זה מול זה, דהיינו לחשוב שניהם יחד, רוממות אל ב"ה וגדלותו ושפלות עצמו וגריעותו, וזהו מנורה נוכח השולחן. וכל זה יעשה האדם, יתנהג כן בכל יום ויום יחזור ויחשוב בכל יום תמיד כתחילתו ביום ראשון, וזה נקרא בשם סיבוב, כאדם המסבב והולך אל מקומו שב וסובב, וזה היה רמז המזבח כנ"ל, שצריך האדם במנהגו הישר לסבבו בכל יום תמיד, ואחרי שיתנהג כן ימים רבים יזכה להיות קומה שלימה, וזהו רמז "שלש אמות קומתו - זהו סובב של המזבח".
Et après que l'autel fut monté en hauteur de cinq coudées, il y avait le "sovev" (la corniche qui en fait le tour) : c'est une allusion. Car voici, l'homme, dès qu'il se lève de son lit, doit se revêtir de la crainte de Lui, béni soit-Il, penser à Son élévation et à Sa grandeur, béni soit-Il, et penser et voir la bassesse de son propre être - combien il est bas et méprisable, poussière du sol, son origine est de la poussière et sa fin est à la poussière.
Et telle est l'allusion de "et la menora face à la table" (Chemot 26,35) : car la menora est une allusion aux lumières supérieures et à l'élévation de Dieu, dont le Nom est béni, et la table est une allusion aux déchets de la matérialité ; et il faut que l'une soit face à l'autre, c'est-à-dire penser les deux ensemble : l'élévation de Dieu, béni soit-Il, et Sa grandeur, et sa propre bassesse et son indignité - et c'est [le sens de] "la menora face à la table". Et tout cela, l'homme le fera : il se conduira ainsi chaque jour et chaque jour, il recommencera et pensera constamment comme à son commencement au premier jour ; et cela s'appelle du nom de "tour" (sivouv), comme un homme qui fait le tour et va vers son lieu, qui retourne et tourne.
Et telle était l'allusion de l'autel comme ci-dessus : que l'homme, dans sa conduite droite, doit en faire le tour constamment chaque jour ; et après qu'il se sera conduit ainsi de nombreux jours, il méritera d'être une stature (koma) entière. Et telle est l'allusion de "trois coudées sa hauteur (komato) - c'est le sovev de l'autel".