נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Mishpatim (4/4)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

Ce passage poursuit le sens de « vous le jetterez au chien » : la table de l'homme expie, et le matériel du manger va au chien. « Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère » (Chemot 23,19) : pour le Noam Elimele'h, « viande » fait allusion à la matérialité ; le tsadik qui mange avec des yihoudim (unifications) en tire le « lait », l'influx. On n'a pas la force d'opérer le yihoud en bas ; les anges ont mangé viande et lait chez Avraham, et à Chavouot on mange après le fromage sans attendre, semblables aux anges. Tant que l'homme est un chevreau, la Torah interdit la voie de la cuisson, de descendre des influx de la « mère ».

Aussi : le bœuf et le menu bétail, tikoun des sept degrés jusqu'au yihoud du septième jour ; le tsadik-lune donne un parfum aux moadim, le tsadik-soleil connaît en haut la racine de chaque chose

‎וזהו "ובשר בשדה טרפה לא תאכלו", פירוש שיהיה אכילתכם בקדושה כדי שלא תתנו כח לשדה טריפה, דהיינו אל הקליפה ר"ל דהוא שדה אחר כנ"ל, "בשר" רמז לגשמיות, "לכלב תשליכון אותו", דאיתא "מעולם לא לן אדם בירושלים ועבירה בידו, דתמיד של שחר היה מכפר על עבירות של לילה, ושל בין הערבים על עבירות היום", לכאורה הלא אין קרבן מכפר בלא תשובה? וגם לשון "לן" אין לו פירוש, הלא גם ביום לא היה לו עבירה, שתמיד של בין הערבים היה מכפר על עבירות של יום? אך הענין הוא, כדאיתא בזוהר הקדוש שהחיצונים היה להם חיות מעשן המערכה, ונמצא מחמת שהיה להם חיות לא היו מתאמצים לפנות אל האדם להחטיאו ולטמאו בלילה בטומאת קרי ח"ו שזה הוא מקום חיותם, וזהו "לא לן ועבירה בידו", ר"ל שלא בא לידי טומאת קרי בלילה.

Et c'est le sens de "Et de la chair déchirée dans le champ, vous n'en mangerez pas" (Chemot 22,30). Explication : que votre manger soit dans la sainteté, afin que vous ne donniez pas de force au "champ de la trefa (bête déchirée)", c'est-à-dire à la kelipa (écorce, force d'impureté extérieure), qui est un "autre champ" comme ci-dessus.

"Chair" fait allusion à la matérialité. "Vous le jetterez au chien" : car il est enseigné "Jamais un homme n'a passé la nuit à Jérusalem avec une faute en main, car le sacrifice perpétuel (tamid) du matin expiait les fautes de la nuit, et celui du crépuscule les fautes du jour".

À première vue : un sacrifice n'expie-t-il pas sans techouva (retour, repentir) ? Et de plus l'expression "passer la nuit" n'a pas de sens : le jour non plus il n'avait pas de faute, puisque le tamid du crépuscule expiait les fautes du jour !

Mais voici la chose : ainsi qu'il est enseigné dans le saint Zohar, les forces extérieures (hitsonim) tiraient leur vitalité de la fumée du bûcher de l'autel (maarakha), et il se trouve que, parce qu'elles avaient de la vitalité, elles ne s'efforçaient pas de se tourner vers l'homme pour le faire fauter et le rendre impur la nuit par l'impureté séminale, à Dieu ne plaise, car c'est là le lieu de leur vitalité. Et c'est le sens de "il n'a pas passé la nuit avec une faute en main", c'est-à-dire qu'il n'en venait pas à l'impureté séminale durant la nuit.

‎וזהו "לכלב תשליכון אותו", דבזמן שבית המקדש היה קיים היה מזבח מכפר ועכשיו שולחנו של אדם מכפר עליו. ואיתא בגמרא שאש הבא מן השמים על המזבח היתה רבוצה כארי, ואחר שחטאו היתה רבוצה ככלב, דהיינו שהקליפה טרפה הכל, ואמר הכתוב הוי זהיר באכילתך שיהיה בקדושה, והגשמי שבתוך אכילה תשליך מרחוק להכלב, כמו עשן המערכה, ואל יקרב אליך כלל וכלל.

Et c'est le sens de "vous le jetterez au chien" : car au temps où le Temple existait, c'était l'autel qui expiait, et maintenant c'est la table de l'homme qui expie pour lui. Et il est enseigné dans la Guemara que le feu qui venait du ciel sur l'autel était accroupi comme un lion, et après qu'ils eurent fauté il était accroupi comme un chien, c'est-à-dire que la kelipa déchirait tout.

Et le verset dit : sois attentif à ton manger, qu'il soit dans la sainteté ; et ce qu'il y a de matériel dans le manger, jette-le au loin au chien, comme la fumée du bûcher de l'autel, et qu'il ne s'approche de toi en aucune façon.

‎ונחזור לביאור הכתוב "כן תעשה לשורך ולצאנך", פירוש בין אם תרצה לפעול לתקן מדת ה"שור" כנ"ל, ובין אם תרצה לעורר חסדים לישראל הנקראים "צאן" קדשים, אזי תעשה באופן זה, "שבעת ימים", ר"ל תראה לתקן השבעה מדריגות ש"יהיו עם אמו", דהיינו העולם העליון הנקרא "אם" לעולם התחתון ממנו, "וביום השביעי תתנו לי", שם הוא יחוד גמור האמיתי. והבן.

וק"ל.

Et revenons à l'explication du verset "Ainsi feras-tu pour ton bœuf et pour ton menu bétail" (Chemot 22,29). Explication : que tu veuilles agir pour réparer (tikoun) la mesure du "bœuf" comme ci-dessus, ou que tu veuilles éveiller les hassadim (bontés) pour Israël, qui sont appelés "menu bétail (tsone) consacré", alors tu feras de cette manière : "sept jours", c'est-à-dire que tu veilleras à réparer les sept degrés, "qu'il soit avec sa mère", à savoir le monde supérieur qui est appelé "mère" pour le monde qui lui est inférieur ; "et le septième jour vous me le donnerez", car là se trouve l'union (yihoud) complète et véritable.

Comprends-le. Et c'est facile à comprendre.

לא תבשל גדי בחלב אמו. נראה לפרש ע"ד הרמז, דיש ליתן טעם לשבח למה נאסר לנו בשר בחלב, והמלאכים כשהיו אצל אברהם אבינו ע"ה נתן להם דוקא בשר בחלב.

וגם אנחנו בחג השבועות התירו לנו חז"ל שלא להמתין אחר הגבינה השיעור כמו בשאר ימות השנה.

"Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère" (Chemot 23,19). Il semble qu'on puisse l'expliquer par voie d'allusion (remez), car il y a lieu de donner une belle raison au fait que la viande avec le lait nous a été interdite, alors que les anges, lorsqu'ils étaient chez Avraham notre père, la paix soit sur lui, il leur donna précisément de la viande avec du lait.

Et nous aussi, à la fête de Chavouot, nos Sages de mémoire bénie (Hazal) nous ont permis de ne pas attendre après le fromage le laps de temps requis comme les autres jours de l'année.

‎ויש לומר כי "בשר" רומז לגשמיות, וע"י שהצדיק אוכל הגשמיות ביחודים, הוא שואב השפעות מעולמות העליונים, ע"ד שאמרו חז"ל באשה דם נעכר ונעשה חלב, כמו כן הצדיק באכילתו, אכילתו נעשה "חלב", דהיינו השפעה נקרא ע"ש חלב, ומחמת שאין בנו כח לעשות היחוד למטה, לכן ציוה השי"ת שלא לאכול בשר בחלב, כדי שלא לערב מה ששייך למעלה עם מה שלמטה. ולא כן המלאכים שכח בידם לעשות היחוד אמיתי גמור למטה כמו למעלה, ולכן לא היו צריכין לשאוב דוקא מלמעלה, לכן אכלו בשר בחלב.

וזה הטעם שהתירו לנו בחג השבועות לאכול [בשר] אחר גבינה בלא המתנת שיעור, מחמת שאז הוא שעת מתן תורה הקדושה, ואנו מראים עצמינו שאנו דוגמת המלאכים בשעת מתן תורה ע"י התורה.

Et l'on peut dire que "viande" fait allusion à la matérialité ; et par le fait que le tsadik mange la matérialité avec des yihoudim (unifications, intentions d'union opérées par le juste), il puise des influx (hachpaot) des mondes supérieurs, à la manière de ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : chez la femme, le sang se trouble et devient lait. De même le tsadik dans son manger : son manger devient "lait", c'est-à-dire que l'influx est désigné du nom de lait.

Et parce qu'il n'y a pas en nous la force d'opérer le yihoud en bas, le Nom béni soit-Il a ordonné de ne pas manger de viande avec du lait, afin de ne pas mélanger ce qui relève d'en haut avec ce qui est en bas. Il n'en va pas ainsi des anges, qui ont le pouvoir d'opérer le yihoud véritable et complet en bas comme en haut ; c'est pourquoi ils n'avaient pas besoin de puiser précisément d'en haut, et c'est pourquoi ils mangèrent de la viande avec du lait.

Et telle est la raison pour laquelle on nous a permis, à la fête de Chavouot, de manger [de la viande] après du fromage sans attendre le laps de temps requis : parce qu'alors c'est l'heure du don de la sainte Torah, et que nous nous montrons semblables aux anges à l'heure du don de la Torah, par le moyen de la Torah.

‎רק לזה לפעול השפעות, צריך צדיק גמור ושלם שע"י אכילתו ביחודים יפעול השפעות ביחודים, אבל כל זמן שאדם אין שלם בצדקותיו ועדיין הוא רך כגדי, לפעמים תחזק ולפעמים תחלש ביראתו, לזה אין ראוי לילך במעלות קדושים לעשות יחודים. וזהו שאמר הכתוב "לא תבשל גדי בחלב אמו", פירוש כל זמן שאתה רך וחלש בצדקותיך כגדי, אסור לך לבשל, דהיינו להמשיך השפעות מעולמות העליונים ע"י יחודים, וזהו "בחלב" רמז להשפעה כנ"ל, "אמו" רמז לעולמות העליונים הנקרא "אם" לעולם התחתון.

וזהו שאמרו חז"ל "דרך בישול אסרה תורה", דהמאכל שלא נגמר לאכילה צריך בישול עד שיבושל כל צורכו שיהיה ראוי לאכילה, וכמו כן האדם שעדיין לא נגמר בצדקו נקרא ע"ש בישול כל זמן ההוא, מחמת שעדיין צריך לבישול וגמר, ואמרו חז"ל "דרך", ר"ל כל זמן שהוא במדריגת "בישול", "אסרה תורה" כנ"ל לעסוק ביחודים.

Seulement, pour cela, pour opérer des influx, il faut un tsadik achevé et parfait, qui par son manger accompli avec des yihoudim opère des influx par des yihoudim. Mais tant que l'homme n'est pas parfait dans ses vertus et qu'il est encore tendre comme un chevreau, sa crainte tantôt se renforçant et tantôt s'affaiblissant, il ne convient pas à celui-là de marcher dans les degrés des saints pour faire des yihoudim.

Et c'est ce que dit le verset "Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère" : explication, tant que tu es tendre et faible dans tes vertus comme un chevreau, il t'est interdit de cuire, c'est-à-dire de faire descendre des influx des mondes supérieurs par des yihoudim. Et voici : "dans le lait", allusion à l'influx comme ci-dessus ; "sa mère", allusion aux mondes supérieurs qui sont appelés "mère" pour le monde inférieur.

Et c'est ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "la Torah a interdit la voie de la cuisson" ; car l'aliment qui n'est pas achevé pour être mangé a besoin de cuisson jusqu'à ce qu'il soit cuit à suffisance et propre à être mangé. De même l'homme qui n'est pas encore achevé dans sa vertu est désigné du nom de cuisson durant tout ce temps, parce qu'il a encore besoin de cuisson et d'achèvement.

Et nos Sages ont dit "la voie", c'est-à-dire : tant qu'il est au degré de la "cuisson", "la Torah a interdit", comme ci-dessus, de s'occuper de yihoudim.

‎וזהו שאמר הכתוב "עשה ירח למועדים שמש ידע מבואו", שאותיות "ירח" הוא אותיות "ריח", דהיינו שהשי"ת ב"ה ברא ב׳ בחינות צדיקים, יש צדיק שנותן ריח "למועדים" ר"ל לעולמות עליונים שנקרא "מועדים" כמבואר בכמה מקומות לעיל, ויש צדיק הנקרא בשם "שמש", שנותן השפעות למעלה ולמטה כמו השמש המאירה למטה ונותנת אור ללבנה, הצדיק הזה "ידע מבואו" פירוש הוא יודע שורש כל דבר למעלה בעולמות עליונים, שכל דבר למטה יש לו שורש למעלה. והבן.

וק"ל.

Et c'est ce que dit le verset "Il a fait la lune pour les temps fixés, le soleil connaît son couchant" (Tehilim 104,19) : car les lettres de "lune" (ירח) sont les lettres de "parfum" (ריח). C'est-à-dire que le Nom béni soit-Il, qu'Il soit béni, a créé deux sortes (behinot) de tsadikim : il y a un tsadik qui donne un parfum "aux temps fixés", c'est-à-dire aux mondes supérieurs qui sont appelés "moadim (temps fixés)", comme cela a été expliqué en plusieurs endroits plus haut ; et il y a un tsadik appelé du nom de "soleil", qui donne des influx en haut et en bas, comme le soleil qui éclaire en bas et donne sa lumière à la lune.

Ce tsadik-là "connaît son couchant" : explication, il connaît la racine de chaque chose en haut dans les mondes supérieurs, car toute chose d'en bas a une racine en haut. Comprends-le.

Et c'est facile à comprendre.

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