נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Mishpatim (1/4)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et tu ne monteras pas par des marches sur mon autel, afin que ta nudité ne s'y découvre pas » (Chemot 20,23), puis « Et voici les lois » (Chemot 21,1). Pour le Noam Elimele'h, les chants et les louanges dans l'attachement tiennent lieu de sacrifice et s'appellent « autel ». Un tsadik marche toujours dans l'attachement : un bienfait lui fait reconnaître davantage la grandeur de D.ieu et louer avec plus d'ardeur, sans qu'il lui soit permis de monter plus haut que son niveau, de peur que sa bassesse ne dresse contre lui des arrière-pensées. Celui qui loue selon la reconnaissance du bienfait reçu peut monter toujours plus haut : ces lois se placent devant ces tsadikim.

Aussi : un roi par la justice adoucit les dinim (rigueurs) ou les retient ; le serviteur hébreu, ailes du guilgoul et le corps qui sort avec l'âme ; la Torah appelée autel pour la techouva, sans monter par ses mérites.

ואלה המשפטים כו׳. לפרש הסמיכות "ולא תעלה במעלות על מזבחי אשר לא תגלה ערותך עליו, ואלה המשפטים".

נ"ל דכתיב "אהללה שם א-להים בשיר ואגדלנו בתודה", דהנה יש שני בחינות במידת הצדיקים, דהיינו יש צדיק שהולך תמיד במדריגה בדביקות בהשי"ת ומשבח תמיד בשירות ותשבחות, וכשמזדמן להצדיק הזה איזה טובה מאתו יתברך, אזי מתדבק יותר בהשי"ת ומכיר יותר בגדולתו יתברך ומשבח להבורא יתברך ביותר הדביקות בו וביותר חשקות, ואינו מודה לו יתברך עתה יותר בשביל הטובה שעשה עמו יותר ממקדם, רק בשביל הטובה הוא מכיר בגדולתו יתברך ומשבח לו בחשקות ודביקות יותר. ויש שאינו במדריגה זו, אבל הוא מכיר בטובתו יתברך ומשבח להבורא ב"ה על הטובה הנעשית לו, וכפי הכרתו הטובה הוא משבח יותר.

ויש חילוק בין השבחות של הצדיקים הנ"ל, דהיינו הצדיק שהוא בא אל התדבקות יותר בשביל הטובה ומשבח להבורא ב"ה יותר בדביקות כנ"ל, הוא מדריגה גדולה, ואינו רשאי לעלות יותר ממדריגתו שהוא כעת בשעת השבח והתהילה, דכשיגביה את עצמו יותר ממדריגתו, אזי מגביה שפלותו כנגדו ונופל לו פניות ומחשבות זרות ר"ל, אבל כשהוא משבח בשביל הכרת טובתו, אזי כפי הכרתו יותר הוא יוכל לשבח יותר ואינו מזיק לו.

"Et voici les lois (michpatim)" etc. Pour expliquer la juxtaposition : "Et tu ne monteras pas par des marches sur mon autel, afin que ta nudité ne s'y découvre pas" (Chemot 20,23), puis "Et voici les lois" (Chemot 21,1).

Il me semble qu'il est écrit : "Je louerai le nom d'Elok-im par un chant et je Le magnifierai par une action de grâce (toda)" (Tehilim 69,31). Car il y a deux aspects dans la mesure des tsadikim : il y a un tsadik qui marche toujours dans son niveau, dans l'attachement (devekout) au Nom béni soit-Il, et qui Le loue constamment par des chants et des louanges ; et lorsqu'il arrive à ce tsadik quelque bienfait de Lui, béni soit-Il, alors il s'attache davantage au Nom béni soit-Il, il reconnaît davantage Sa grandeur, et il loue le Créateur béni soit-Il avec plus d'attachement à Lui et avec plus d'ardeur ; et il ne Lui rend pas grâce maintenant davantage à cause du bienfait qu'Il lui a fait plus qu'auparavant, mais c'est grâce au bienfait qu'il reconnaît Sa grandeur béni soit-Il et qu'il Le loue avec plus d'ardeur et d'attachement.

Et il y en a un qui n'est pas à ce niveau, mais qui reconnaît Son bienfait, béni soit-Il, et loue le Créateur béni soit-Il pour le bien qui lui a été fait, et selon la mesure où il reconnaît le bienfait, il loue davantage. Et il y a une différence entre les louanges des tsadikim susmentionnés : le tsadik qui parvient à un attachement plus grand à cause du bienfait et qui loue le Créateur béni soit-Il avec plus d'attachement, comme il a été dit, celui-là est à un grand niveau, et il ne lui est pas permis de monter plus haut que le niveau où il se trouve à l'instant de la louange et de l'éloge ; car s'il s'élève plus haut que son niveau, alors sa bassesse se dresse contre lui, et il lui tombe des arrière-pensées (peniyot) et des pensées étrangères, que le Miséricordieux nous en préserve.

Mais lorsqu'il loue en raison de la reconnaissance du bienfait reçu, alors, à mesure que sa reconnaissance grandit, il peut louer davantage, et cela ne lui nuit pas.

‎וזהו "ולא תעלה במעלות על מזבחי", ר"ל שהשירות והתשבחות בדביקות והכרת גדולותיו הוא במקום קרבן, דהיינו שהוא מקרב עצמו אל הבורא ב"ה ולעולמות עליונים ונקרא בשם מזבח, וזש"ה "ולא תעלה במעלות", דהיינו בשעת השירות והתשבחות שהוא במקום קרבן, "על מזבחי", לא תעלה במעלות יותר ממדריגתך, כדי ש"לא תגלה ערותך עליו", דהיינו שלא יגביה שפלותך כנגדך ויפול בך פניות כנ"ל, וסמך לו "ואלה המשפטים (אשר תשים לפניהם)", ור"ל אלה המשפטים הנ"ל שאמרתי לך, "אשר תשים לפניהם", פירוש לפני הצדיקים שאינם במדריגה גדולה, רק שהם מכירים בטובות השי"ת אשר לפניהם, תוכל לשום המשפטים הנ"ל, דהיינו שהוא יכול לעלות במדריגה יותר ויותר כפי הכרתו.

Et c'est le sens de "Et tu ne monteras pas par des marches sur mon autel" : c'est-à-dire que les chants et les louanges dans l'attachement, et la reconnaissance de Ses grandeurs, tiennent lieu de sacrifice, car par là il rapproche son être du Créateur béni soit-Il et des mondes supérieurs, et cela est appelé du nom d'"autel". Et c'est ce que dit le verset : "Et tu ne monteras pas par des marches", c'est-à-dire, à l'heure des chants et des louanges qui tiennent lieu de sacrifice, "sur mon autel" - ne monte pas par des degrés plus haut que ton niveau, afin que "ta nudité ne s'y découvre pas", c'est-à-dire que ta bassesse ne se dresse pas contre toi et qu'il ne tombe pas en toi d'arrière-pensées, comme il a été dit.

Et c'est à cela qu'est juxtaposé "Et voici les lois (que tu placeras devant eux)" (Chemot 21,1) : cela veut dire, ces lois susmentionnées que Je t'ai dites, "que tu placeras devant eux", c'est-à-dire devant les tsadikim qui ne sont pas à un grand niveau, mais qui reconnaissent les bienfaits du Nom béni soit-Il qui sont devant eux - devant ceux-là tu peux placer les règles susmentionnées, à savoir qu'un tel homme peut monter de niveau en niveau, toujours plus haut, selon la mesure de sa reconnaissance.

‎וזהו "ואהללה שם אלקים בשיר ואגדלנו בתודה", ור"ל שאני מחזיק תרתי לטיבותא, דהיינו כשאני במדריגה זו לשבח בשירות ותשבחות ולא בשביל הטובה כנ"ל כי אם מחמת הכרת גדולתו יתברך, אזי אני מחזיק במדריגתי ואין אני משבח יותר ממדריגתי, וזהו "ואהללה בשיר" ולא יותר ממדריגתי, " ואגדלנו בתודה", דתודה רמז על אדם שהוא משבח בשביל טובתו, כדאיתא בגמרא ד׳ צריכין להודות, ור"ל כשאני בבחינה זאת לשבחו בשביל הכרת טובתו, אזי אני אגדלנו בתודה יותר כפי הכרתי.

Et c'est le sens de "Je louerai le nom d'Elok-im par un chant et je Le magnifierai par une action de grâce" (Tehilim 69,31) : cela veut dire que je tiens les deux choses pour un avantage, c'est-à-dire : lorsque je suis à ce niveau de louer par des chants et des louanges, non pas à cause du bienfait comme il a été dit, mais en raison de la reconnaissance de Sa grandeur béni soit-Il, alors je me tiens fermement dans mon niveau et je ne loue pas au-delà de mon niveau - et c'est "Je louerai par un chant", et pas plus haut que mon niveau. "Et je Le magnifierai par une action de grâce (toda)" : car la toda fait allusion à l'homme qui loue à cause du bienfait reçu, comme il est enseigné dans la Guemara que quatre doivent rendre grâce (Berakhot 54b) ; cela veut dire : lorsque je suis dans cet aspect-là, celui de Le louer en raison de la reconnaissance de Son bienfait, alors je Le magnifierai par la toda toujours davantage, selon la mesure de ma reconnaissance.

‎וזהו שאמרו חז"ל "אז ישיר משה כו׳ שר לא נאמר אלא אז ישיר מכאן רמז לתחיית המת־־ם מן התורה", ויש לתת טעם למה דוקא כאן רמז על תחיית המתים? ויש לפרש ע"פ הנ"ל, דהיינו שאז ביציאת מצרים היו במדריגה קטנה שהיו משבחים בשביל הכרת הטובה, וזש"ה "אז ישיר", ר"ל "אז" בעת התחייה, אז יהיו משבחים במדריגת "שיר" כנ"ל. וק"ל.

Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : "'Alors Moché chantera' (Chemot 15,1) - il n'est pas dit 'chanta' mais 'chantera' : d'ici une allusion à la résurrection des morts depuis la Torah" (Sanhédrin 91b). Et il y a lieu de donner une raison : pourquoi précisément ici une allusion à la résurrection des morts ?

On peut l'expliquer selon ce qui précède : c'est qu'alors, à la sortie d'Égypte, ils étaient à un petit niveau, car ils louaient en raison de la reconnaissance du bienfait ; et c'est ce que dit le verset "Alors il chantera", c'est-à-dire : "alors", au temps de la résurrection, alors ils loueront au niveau du "chant" (chir), comme il a été dit. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ואלה המשפטים", דהנה כתיב "מלך במשפט יעמיד ארץ", דהנה יש צדיק אשר בידו הדינים להמתיקם ולהפכם לרחמים, וזהו "מלך במשפט", ר"ל מי שהוא במדריגה זאת שהוא מלך על המשפט, דהיינו על הדינים, "יעמיד ארץ", "ואיש תרומות יהרסנה", דיש צדיק שהוא מנשא ומרים את העולם תמיד להשי"ת ולעבודתו ית"ש, והצדיק הזה הוא יהרס את הדינים שלא יבואו כלל וכלל, ואינו צריך להמתיקם. וזהו "ואלה המשפטים אשר תשים לפניהם", ר"ל הדינים תשים לפניהם, או להמתיקם לרחמים או בדרך השני לעכבם שלא יצאו ולא יבואו כלל וכלל.

וק"ל.

Ou bien on dira "Et voici les lois" ainsi : car il est écrit "Un roi, par la justice (michpat), affermit le pays, mais l'homme des prélèvements le ruine" (Michlei 29,4). Or il y a un tsadik qui a en main les rigueurs (dinim) pour les adoucir et les changer en miséricorde (rahamim), et c'est "un roi par la justice", c'est-à-dire celui qui est à ce niveau d'être roi sur le michpat, c'est-à-dire sur les dinim : celui-là "affermit le pays".

"Et l'homme des prélèvements le ruine" : car il y a un tsadik qui élève et soulève constamment le monde vers le Nom béni soit-Il et vers Son service, béni soit Son nom ; et ce tsadik-là ruine les dinim de sorte qu'ils ne viennent pas du tout, et il n'a pas besoin de les adoucir. Et c'est "Et voici les lois que tu placeras devant eux" : cela veut dire, les dinim, tu les placeras devant eux, soit pour les adoucir en miséricorde, soit par la seconde voie, pour les retenir afin qu'ils ne sortent pas et ne viennent pas du tout.

Et cela est facile à comprendre.

כי תקנה עבד עברי כו׳. פירש רש"י ז"ל "עבד שהוא עברי", רמז ג"כ לשני הצדיקים, דהנה צריך לדעת בראותינו צדיק גדול, אזי ידוע שהוא מגולגל מנשמת צדיק גדול מנשמה עליונה, והצדיק הזה יש לו אבר כנשרים לעופף בכל העולמות, וזהו "עברי" מלשון אבר, דעי"ן מתחלף באל"ף, והוא לשון כנפים, והיינו "כי תקנה עבד עברי" מובן ממילא, שיש לו כנפים לעופף באהבתו ויראתו בעולמות עליונים, "שש שנים יעבוד" רמז לשנותיו של אדם, דהיינו ששה עשריות שנים צריך לעבוד, "ובשביעית יצא לחפשי חנם", אז אין צריך עבודה בכח, רק שהוא ממילא דבוק בו יתברך והוא חפשי מיצה"ר ומכל גשמי העוה"ז, "אם בגפו יבא (בגפו יצא)", פירוש אם בכנפים מגולגל מנשמת הצדיק, "בגפו יצא" דהיינו שגם הוא יוסיף בקדושתו ויבוא לעולם העליון, "אם בעל אשה הוא", דאיתא בזוהר הקדוש דגוף האדם המסייעו לעבודת השי"ת הוא יקום עמו לתחיית המתים, דהנה לפעמים יש לנשמה אחת הרבה גופים, שבאה בגלגול כמה פעמים, ואין כל הגופים עומדים לתחיית המתים רק הגוף שהיה מסייעו לעבודתו יתברך, וזהו "אם בעל אשה הוא", רמז לגוף, שתיקן את גופו לעבוד להשי"ת, "ויצאה אשתו עמו", ר"ל שגם הגוף יהנה עם הנשמה.

וק"ל.

"Si tu achètes un serviteur hébreu" etc. (Chemot 21,2).

Rachi, de mémoire bénie, explique : "un serviteur qui est hébreu". Cela fait allusion également aux deux tsadikim.

Car il faut savoir que lorsque nous voyons un grand tsadik, il est connu qu'il est la réincarnation (guilgoul) de l'âme d'un grand tsadik, d'une âme supérieure ; et ce tsadik possède une aile comme celle des aigles pour voler dans tous les mondes. Et c'est "ivri" (hébreu), du mot "ever" (aile), car le ayin s'échange avec le alef, et c'est un terme d'ailes.

Ainsi "Si tu achètes un serviteur hébreu" se comprend de soi-même : qu'il a des ailes pour voler, dans son amour et sa crainte, dans les mondes supérieurs. "Six ans il servira" : allusion aux années de l'homme, c'est-à-dire qu'il doit servir six dizaines d'années ; "et la septième il sortira libre, gratuitement" : alors il n'a plus besoin d'un service par la force, mais il est de lui-même attaché à Lui, béni soit-Il, et il est libre du mauvais penchant (yetser hara) et de toute la matérialité de ce monde-ci.

"S'il vient seul (be-gapo), seul il sortira" (Chemot 21,3) : cela signifie, s'il est avec des ailes, réincarné de l'âme du tsadik, alors "seul il sortira", c'est-à-dire que lui aussi ajoutera à sa sainteté et viendra au monde supérieur. "S'il est maître d'une femme" : car il est enseigné dans le saint Zohar que le corps de l'homme qui l'aide dans le service du Nom béni soit-Il se lèvera avec lui à la résurrection des morts ; car parfois une seule âme a de nombreux corps, étant venue en guilgoul plusieurs fois, et tous les corps ne se tiennent pas debout à la résurrection des morts, seul le corps qui l'a aidé dans Son service, béni soit-Il.

Et c'est "S'il est maître d'une femme", allusion au corps, c'est-à-dire qu'il a réparé son corps pour servir le Nom béni soit-Il ; "et sa femme sortira avec lui", cela veut dire que le corps aussi jouira avec l'âme. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר, דהנה כתבנו במקום אחר דהצדיק צריך להיות בהכנעה גדולה, וזהו שהורה לנו התנא הדרך אשר נלך ואמר "עשה לך רב", פירוש אם יעלה על דעתך את צורכך המרובים, דהיינו פרנסה ועשירות ובנים וכבוד וכדומה, והיינו "רב" - דברים הרבה, "עשה לך" לשון יחיד, תכניס הכל אל האחדות, "וקנה לך חבר", דהנשמה נקראת חבר לאדם, והנשמה אינה באה לאדם כי אם ע"י טורח ויגיעה בעבודת השי"ת, והיינו "וקנה" מלשון קונה שמים וארץ, פירוש שתעבוד את הבורא ב"ה בשלימות עד שתקנה לך חבר היינו הנשמה.

Ou bien on dira ainsi : car nous avons écrit ailleurs que le tsadik doit se tenir dans une grande humilité ; et c'est ce que le Tana nous a enseigné, la voie où nous devons marcher, en disant "Fais-toi un maître (rav) et acquiers-toi un compagnon" (Avot 1,6). Explication : si tes besoins nombreux te montent à l'esprit, à savoir la subsistance, la richesse, les enfants, l'honneur et autres choses semblables - et c'est "rav", des choses nombreuses - alors "fais-toi" (asse lekha), au singulier : fais entrer tout cela dans l'unité.

"Et acquiers-toi un compagnon (haver)" : car l'âme est appelée le compagnon de l'homme, et l'âme ne vient à l'homme que par la peine et l'effort dans le service du Nom béni soit-Il ; et c'est "acquiers" (kne), du mot "Acquéreur (kone) du ciel et de la terre" (Bereshit 14,19), c'est-à-dire que tu serviras le Créateur béni soit-Il dans la perfection jusqu'à ce que tu t'acquières un compagnon, à savoir l'âme.

‎וזהו "כי תקנה", כשתרצה לקנות לך נשמה, "עבד" פירוש ע"י עבודת השי"ת, "עברי" פירוש תחזיק עצמך בהכנעה, שהצדיק נקרא בשם "ישראל", אבל אתה תחזיק עצמך בשם "עברי", כמ"ש ואקח את אביכם מעבר הנהר, ואז כשיעשה ויתנהג כך כנ"ל, "שש שנים יעבוד", פירוש שהששה קצוות נקראים "שנים", ויהיה יוכל לעבוד בהם להמשיך משם השפעות וכל הטובות לעולם, "ובשביעית", פירוש אם יבוא למדריגה שביעית ששם הוא החירות, "יצא לחפשי חנם", אז יכול לתקן ולפעול את כל ע"י דיבורו, והיינו "חנם" בלי שום עמל וטורח רק כאשר ידבר כן יקום.

Et c'est "Si tu achètes (ki tikne)" : lorsque tu voudras t'acquérir une âme ; "un serviteur (eved)", c'est-à-dire par le service (avoda) du Nom béni soit-Il ; "hébreu (ivri)", c'est-à-dire : tiens-toi dans l'humilité, car le tsadik est appelé du nom d'"Israël", mais toi, tiens-toi sous le nom d'"ivri", comme il est écrit "Et J'ai pris votre père de l'autre côté (me-ever) du fleuve" (Yehochoua 24,3). Et alors, lorsqu'il fera et se conduira ainsi comme il a été dit, "six ans il servira" : explication, les six extrémités sont appelées "années" (chanim), et il pourra œuvrer en elles pour attirer de là les influx et tous les biens vers le monde ; "et la septième", c'est-à-dire s'il vient au septième niveau, là où se trouve la liberté, "il sortira libre, gratuitement" : alors il peut réparer et agir en tout par sa seule parole, et c'est "gratuitement (hinam)", sans aucune peine ni effort, mais dès qu'il parle, ainsi cela s'accomplit.

‎וזהו "אגורה באהלך עולמים", פירוש כשאני מוכנע ושפל בעיני עצמי כגר בארץ נכריה, "אגורה" לשון גירות, "באהלך", ר"ל אני יכול להשפיע לעוה"ז השפעות גדולות, דעוה"ז נקרא אוהל, "עולמים" ר"ל מעולמות עליונים. וק"ל.

Et c'est "Je séjournerai dans Ta tente à jamais" (Tehilim 61,5) : explication, lorsque je suis humble et bas à mes propres yeux, comme un étranger en terre étrangère - "aggoura" étant du mot "guerout" (condition d'étranger) - "dans Ta tente", cela veut dire que je peux faire descendre sur ce monde-ci de grands influx, car ce monde-ci est appelé "tente" ; "à jamais (olamim)", cela veut dire : depuis les mondes (olamot) supérieurs. Et cela est facile à comprendre.

לגוף, שתיקן את גופו לעבוד להשי"ת, "ויצאה אשתו עמו", ר"ל שגם הגוף יהנה עם הנשמה. וק"ל.

... au corps, c'est-à-dire qu'il a réparé son corps pour servir le Nom béni soit-Il ; "et sa femme sortira avec lui", cela veut dire que le corps aussi jouira avec l'âme. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר, דהנה כתבנו במקום אחר דהצדיק צריך להיות בהכנעה גדולה, וזהו שהורה לנו התנא הדרך אשר נלך ואמר "עשה לך רב", פירוש אם יעלה על דעתך את צורכך המרובים, דהיינו פרנסה ועשירות ובנים וכבוד וכדומה, והיינו "רב" - דברים הרבה, "עשה לך" לשון יחיד, תכניס הכל אל האחדות, "וקנה לך חבר", דהנשמה נקראת חבר לאדם, והנשמה אינה באה לאדם כי אם ע"י טורח ויגיעה בעבודת השי"ת, והיינו "וקנה" מלשון קונה שמים וארץ, פירוש שתעבוד את הבורא ב"ה בשלימות עד שתקנה לך חבר היינו הנשמה.

Ou bien on dira ainsi : car nous avons écrit ailleurs que le tsadik doit se tenir dans une grande humilité ; et c'est ce que le Tana nous a enseigné, la voie où nous devons marcher, en disant "Fais-toi un maître (rav) et acquiers-toi un compagnon" (Avot 1,6). Explication : si tes besoins nombreux te montent à l'esprit, à savoir la subsistance, la richesse, les enfants, l'honneur et autres choses semblables - et c'est "rav", des choses nombreuses - alors "fais-toi" (asse lekha), au singulier : fais entrer tout cela dans l'unité.

"Et acquiers-toi un compagnon (haver)" : car l'âme est appelée le compagnon de l'homme, et l'âme ne vient à l'homme que par la peine et l'effort dans le service du Nom béni soit-Il ; et c'est "acquiers" (kne), du mot "Acquéreur (kone) du ciel et de la terre" (Bereshit 14,19), c'est-à-dire que tu serviras le Créateur béni soit-Il dans la perfection jusqu'à ce que tu t'acquières un compagnon, à savoir l'âme.

‎וזהו "כי תקנה", כשתרצה לקנות לך נשמה, "עבד" פירוש ע"י עבודת השי"ת, "עברי" פירוש תחזיק עצמך בהכנעה, שהצדיק נקרא בשם "ישראל", אבל אתה תחזיק עצמך בשם "עברי", כמ"ש ואקח את אביכם מעבר הנהר, ואז כשיעשה ויתנהג כך כנ"ל, "שש שנים יעבוד", פירוש שהששה קצוות נקראים "שנים", ויהיה יוכל לעבוד בהם להמשיך משם השפעות וכל הטובות לעולם, "ובשביעית", פירוש אם יבוא למדריגה שביעית ששם הוא החירות, "יצא לחפשי חנם", אז יכול לתקן ולפעול את כל ע"י דיבורו, והיינו "חנם" בלי שום עמל וטורח רק כאשר ידבר כן יקום.

Et c'est "Si tu achètes (ki tikne)" : lorsque tu voudras t'acquérir une âme ; "un serviteur (eved)", c'est-à-dire par le service (avoda) du Nom béni soit-Il ; "hébreu (ivri)", c'est-à-dire : tiens-toi dans l'humilité, car le tsadik est appelé du nom d'"Israël", mais toi, tiens-toi sous le nom d'"ivri", comme il est écrit "Et J'ai pris votre père de l'autre côté (me-ever) du fleuve" (Yehochoua 24,3). Et alors, lorsqu'il fera et se conduira ainsi comme il a été dit, "six ans il servira" : explication, les six extrémités sont appelées "années" (chanim), et il pourra œuvrer en elles pour attirer de là les influx et tous les biens vers le monde ; "et la septième", c'est-à-dire s'il vient au septième niveau, là où se trouve la liberté, "il sortira libre, gratuitement" : alors il peut réparer et agir en tout par sa seule parole, et c'est "gratuitement (hinam)", sans aucune peine ni effort, mais dès qu'il parle, ainsi cela s'accomplit.

‎וזהו "אגורה באהלך עולמים", פירוש כשאני מוכנע ושפל בעיני עצמי כגר בארץ נכריה, "אגורה" לשון גירות, "באהלך", ר"ל אני יכול להשפיע לעוה"ז השפעות גדולות, דעוה"ז נקרא אוהל, "עולמים" ר"ל מעולמות עליונים. וק"ל.

Et c'est "Je séjournerai dans Ta tente à jamais" (Tehilim 61,5) : explication, lorsque je suis humble et bas à mes propres yeux, comme un étranger en terre étrangère - "aggoura" étant du mot "guerout" (condition d'étranger) - "dans Ta tente", cela veut dire que je peux faire descendre sur ce monde-ci de grands influx, car ce monde-ci est appelé "tente" ; "à jamais (olamim)", cela veut dire : depuis les mondes (olamot) supérieurs. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ואלה המשפטים", ופירש רש"י ז"ל "למה נסמכה פרשת דינין לפרשת מזבח, לומר לך שתשים סנהדרין אצל המזבח". י"ל כוונת רש"י ז"ל, דשם נאמר בפרשת מזבח "ולא תעלה במעלות על מזבחי", י"ל שרמזה לנו התורה דרכי התשובה איך יתנהג האדם, דבזמן שבית [המקדש] היה קיים היו הקרבנות מכפרים, ועכשיו בעוה"ר שאין לנו מזבח, התורה הקדושה מכפרת, ע"ד שאמרו חז"ל הרגיל ללמוד דף א׳ ילמוד ב׳ דפין, ונמצא התורה נקראת "מזבח", שמכפרת כמו מזבח, ואמר הכתוב "תעלה במעלות על מזבחי", פירוש כשתרצה לעלות על מזבח, דהיינו לשוב על עוונך, "לא תעלה" עם מעלות, שתחשוב בדעתך שיש לך איזה מעלות, וגם לא תלך מיד בהתחלתך במעלות ומדריגות צדיקים גמורים, רק מתחילה תרגיל את עצמך בהדרגה ממדריגה למדריגה בהכנעה גדולה, "אשר לא תגלה ערותך עליו", ר"ל דאל"כ סופך להתגלות קלונך וערותך.

Ou bien on dira "Et voici les lois" ainsi : Rachi, de mémoire bénie, explique : "Pourquoi la section des jugements est-elle juxtaposée à la section de l'autel ? Pour te dire que tu placeras le Sanhédrin auprès de l'autel." On peut dire que telle est l'intention de Rachi, de mémoire bénie : puisque la, dans la section de l'autel, il est dit "Et tu ne monteras pas par des marches sur mon autel", on peut dire que la Torah nous a fait allusion aux voies du repentir (techouva), à la manière dont l'homme doit se conduire.

Car du temps où le Temple existait, les sacrifices expiaient ; et maintenant, par nos nombreux péchés, nous n'avons plus d'autel, c'est là sainte Torah qui expie, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : celui qui a coutume d'étudier une page en étudiera deux. Il se trouve donc que la Torah est appelée "autel", car elle expie comme l'autel.

Et le verset dit "Tu monteras par des marches (maalot) sur mon autel" : explication, lorsque tu voudras monter sur l'autel, c'est-à-dire revenir de ta faute, "ne monte pas" avec des maalot, c'est-à-dire en pensant en toi-même que tu possèdes quelques mérites (maalot) ; et de même, n'aille pas d'emblée, dès le début, dans les degrés et les niveaux des tsadikim parfaits, mais habitue-toi d'abord progressivement, de niveau en niveau, dans une grande humilité. "Afin que ta nudité ne s'y découvre pas" : cela veut dire que sinon, tu finiras par voir ta honte et ta nudité se découvrir.

וי"ל כוונת רש"י ז"ל עם הסמיכות ג"כ בדרך הזה, דהדן דין אמת לאמתו נעשה כו׳, ובודאי המקיים עסקי הדינים כהלכתו, אזי הוא ג"כ מזבח כפרה להגין עליו, וזה שפירש רש"י ז"ל "לומר לך שתשים סנהדרין אצל מזבח", ר"ל שיתנהגו ג"כ בדרך הזה כנ"ל, כמו שנאמר אצל המזבח. והוא רחום יכפר עון לנו ולכל ישראל.

אמן.

Et l'on peut dire que l'intention de Rachi, de mémoire bénie, quant à la juxtaposition, va aussi dans ce sens : car celui qui juge un jugement de vérité selon sa vérité devient, etc. (associé au Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la création, Chabbat 10a) ; et assurément celui qui accomplit les affaires de jugement selon la halakha, celui-là est aussi un autel d'expiation qui le protège.

Et c'est ce qu'a expliqué Rachi, de mémoire bénie : "Pour te dire que tu placeras le Sanhédrin auprès de l'autel", cela veut dire qu'eux aussi se conduiront de cette manière, comme il a été dit, ainsi qu'il est dit à propos de l'autel. Et Lui, miséricordieux, pardonne la faute (Tehilim 78,38) à nous et à tout Israël.

Amen.

או יאמר "כי תקנה עבד עברי כו׳", ד"עברי" הוא לשון כנפים, כמש"ה באברתו יסך לך, דאל"ף מתחלף בעי"ן באותיות אחה"ע, ור"ל "כי תקנה", כי תרצה לעלות במדריגה זו שתהיה עבד שהוא עברי, שיהיו לך כנפים לעלות בדביקות הבורא ב"ה, אזי "שש שנים יעבוד", ר"ל שששים שנה תמימים צריך אתה לעבוד ועדיין לא תקנת את עצמך בשלימות, אבל "בשביעית", ר"ל כשתגיע אחר ששים, אזי אינך צריך לעבוד כ"כ.

Ou bien on dira "Si tu achètes un serviteur hébreu" etc. ainsi : car "ivri" est un terme d'ailes, comme le dit le verset "De Ses pennes (evrato) Il te couvrira" (Tehilim 91,4), le alef s'échangeant avec le ayin parmi les lettres alef-het-hé-ayin (les gutturales). Cela veut dire : "si tu achètes", si tu veux monter à ce niveau d'être un serviteur qui est "ivri", en sorte que tu aies des ailes pour monter dans l'attachement au Créateur béni soit-Il, alors "six ans il servira", cela veut dire que soixante années entières tu dois servir, et tu ne te seras pas encore acquis toi-même dans la perfection ; mais "et la septième", cela veut dire, lorsque tu parviendras au-delà de soixante ans, alors tu n'auras plus besoin de servir autant.

"אם בגפו יבא", "גפו" הוא ג"כ לשון כנפים כתרגומו, דהנה יש צדיק שהוא קדוש מרחם ולא בא לעולם בגלגול רק לתקן קצת מה שלא תיקן בבריאה ראשונה, ואמר הכתוב הצדיק הזה שבא בגפו, דהיינו באברתו ובכנפיו שהוא צדיק גמור מרחם, אזי הוא בטוח ש"בגפו יצא" לעולמו ולא יכשל ח"ו בשום חטא בהיותו בעוה"ז, "ואם בעל אשה הוא", פירוש ואם אינו קדוש מרחם ויצה"ר יכול להחטיאו, שהוא מגרה אותו בתאוות הגשמיות הנקראים בשם אשה דהיינו נוקבא, כמש"ה "האשה אשר נתתה עמדי וכו׳ השיאני ואוכל", אבל הוא מתגבר על היצה"ר והוא "בעל אשה", שהוא מתגבר על תאוותיו שלא לעשותם, "ויצאה אשתו עמו", פירוש שכרו יהיה לעוה"ב שתצא אשתו עמו, דהיינו התאוות שהתגבר עליהם יהיו לו לשכר.

"S'il vient seul (be-gapo)" : "gapo" est aussi un terme d'ailes, selon le Targoum. Car il y a un tsadik qui est saint depuis le sein maternel et qui n'est venu au monde en guilgoul que pour réparer un peu ce qu'il n'avait pas réparé lors de sa première création ; et le verset dit de ce tsadik qu'il vient "be-gapo", c'est-à-dire avec sa penne et ses ailes, étant un tsadik parfait depuis le sein maternel : alors il est assuré que "seul il sortira" vers son monde et qu'il ne trébuchera, à D-ieu ne plaise, dans aucune faute tant qu'il est en ce monde-ci.

"Et s'il est maître d'une femme" : explication, s'il n'est pas saint depuis le sein maternel et que le mauvais penchant peut le faire fauter, l'excitant vers les désirs matériels appelés du nom de "femme", c'est-à-dire noukva (l'aspect féminin, réceptif), comme le dit le verset "La femme que Tu as mise auprès de moi, etc., m'a séduit et j'ai mangé" (Bereshit 3,12) - mais lui domine le mauvais penchant et il est "maître d'une femme", c'est-à-dire qu'il domine ses désirs pour ne pas les accomplir ; "et sa femme sortira avec lui", explication : sa récompense sera, dans le monde à venir, que sa femme sorte avec lui, c'est-à-dire que les désirs qu'il a dominés lui seront comptés comme récompense.

‎ו"אם אדוניו יתן לו אשה", פירוש שיש צדיק גמור ושלם שאין היצה"ר יכול להחטיאו, רק השי"ת מזמין לו איזה נדנוד חטא קצת כדי שע"י זה שיחרד לבו בנדנוד חטא הזה שבא לידו וירבה בתשובה וחרטה, יעלה למדריגה יותר, וזהו "וילדה לו בנים או בנות" רמז כנ"ל, שעי"ז יבוא למדריגה גדולה שיהיו לו מצוות הרבה, שזה תולדות הצדיקים מעשים טובים, "האשה וילדיה תהיה לאדוניה", פירושו מובן ממילא, שזה נחשב לו לזכיות לפני אדון הכל, "והוא יצא בגפו" ר"ל שלא יזיק לו למדריגתו הנדנוד חטא הזה, רק יצא בגפו כנ"ל. וק"ל.

Et "si son maître lui donne une femme" (Chemot 21,4) : explication, il y a un tsadik parfait et accompli que le mauvais penchant ne peut faire fauter ; seulement, le Nom béni soit-Il lui ménage quelque soupçon de faute, un peu, afin que par là, son cœur tremblant devant ce soupçon de faute qui lui est advenu, il multiplie le repentir et le regret, et monte ainsi à un niveau plus élevé. Et c'est "et elle lui enfantera des fils ou des filles", allusion à ce qui vient d'être dit : que par cela il viendra à un grand niveau et aura de nombreuses mitsvot, car telle est la descendance des tsadikim : les bonnes actions.

"La femme et ses enfants seront à son maître" : son sens se comprend de soi-même, à savoir que cela lui est compté comme mérites devant le Maître de tout. "Et lui sortira seul (be-gapo)" : cela veut dire que ce soupçon de faute ne nuira pas à son niveau, mais qu'il sortira "be-gapo", comme il a été dit.

Et cela est facile à comprendre.

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