« Et il advint quand Pharaon renvoya le peuple » (Chemot 13,17) : pour le Noam Elimele'h, « Pharaon » désigne le yetser hara, lettres de « haoref » (la nuque). Quand un homme s'éveille au repentir, confesse et abandonne ses fautes, Pharaon le renvoie de ses fautes. Elokim ne les conduit pas et il n'y a pas d'apaisement devant Lui, car l'homme tient la corde par les deux bouts : ses bonnes middot (qualités) ne sont pas complètes. C'est « le chemin du pays des Pelichtim », dont le bien n'était pas complet. Cet homme est « proche » de retourner à son travers : à la guerre du yetser hara, ils retournent en Égypte, « mer de la détresse », à leur état premier.
Aussi : l'escorte du tsadik et la tristesse de Pharaon qui coupe Israël de sa sainteté ; Yossef qui, selon la midda de Yaakov, sort la sainteté des kelipot et adoucit les dinim ; le bâton, l'humilité et le scrupule dans un seul commandement
ויהי בשלח פרעה את העם. נראה לפרש דהנה "פרעה" נקרא היצר הרע שהוא אותיות "הערף", שמקשה ערפו של אדם.
והנה לפעמים יתעורר אדם בתשובה ומתחרט על מה שעשה ומודה ועוזב את חטאיו. וזהו "בשלח פרעה" פירוש ששלחו מחטאיו, "את העם" רמז לפשוטי עם, "ולא נחם אלקים" פירוש אעפ"כ אין הנחה לפניו ית"ש ואין נחמה לפניו על עוזבו את חטאיו, מחמת שאוחז את החבל בשני ראשין, שאע"פ שאוחז במדות טובות אינם בשלימות, וזהו "דרך ארץ פלשתים" רמז שמצינו שהפלשתים היו בדרך ארץ קצת יותר משאר אומות, שהיו מקרבים את יצחק כמ"ש אבימלך "הנה ארצי לפניך" כו', ואעפ"כ נאמר "ויקנאו אותו פלשתים" שלא היו טובתם בשלימות, כמו כן זה העוזב את חטאיו ואינו עוזבם לגמרי, "כי קרוב הוא" פירוש כי האדם הזה הוא קרוב לחזור לסורו, "כי אמר אלקים פן ינחם העם בראותם מלחמה" ר"ל כאשר יקום עליהם מלחמת היצה"ר, "ושבו מצרימה" פירוש ישובו אל ה"מיצר ים", דהיינו לסודם הראשון לגמרי.
"Et il advint quand Pharaon renvoya le peuple" (Chemot 13,17). Il semble que l'on puisse expliquer ainsi : voici que "Pharaon" (פרעה) désigne le yetser hara (le mauvais penchant), car ce sont les lettres de "haoref" (הערף, la nuque), lui qui raidit la nuque de l'homme.
Or il arrive parfois qu'un homme s'éveille au repentir, regrette ce qu'il a fait, confesse et abandonne ses fautes. Et c'est là "quand Pharaon renvoya", c'est-à-dire qu'il l'a renvoyé de ses fautes ; "le peuple", allusion aux gens simples ; "et Elokim ne les conduisit pas", c'est-à-dire que malgré cela il n'y a pas d'apaisement devant Lui, béni soit Son Nom, ni de consolation devant Lui pour ce qu'il a abandonné ses fautes, parce qu'il tient la corde par les deux bouts : bien qu'il se tienne à de bonnes middot (qualités, mesures de l'âme), elles ne sont pas complètes.
Et c'est "par le chemin du pays des Pelichtim (Philistins)", allusion à ce que nous trouvons : les Pelichtim avaient un peu plus de derekh erets (savoir-vivre, correction) que les autres nations, car ils rapprochaient Yitshak, comme l'a dit Avimelekh "voici mon pays devant toi" etc. (Bereshit 20,15) ; et pourtant il est dit "et les Pelichtim le jalousèrent" (Bereshit 26,14), car leur bien n'était pas complet.
De même celui-ci, qui abandonne ses fautes sans les abandonner entièrement. "Car il est proche", c'est-à-dire que cet homme-là est proche de retourner à son travers.
"Car Elokim dit : de peur que le peuple ne se ravise en voyant la guerre", cela veut dire lorsque se lèvera contre eux la guerre du yetser hara ; "et qu'ils ne retournent en Égypte (Mitsrayim)", c'est-à-dire qu'ils retourneront à la "mer de la détresse" (מיצר ים, metsar yam, décomposition du mot מצרים), à savoir entièrement à leur état premier (litt. à leur 'sod' premier).
"ויסב אלקים [את העם] דרך המדבר ים סוף" פירוש השי"ת ברוב רחמיו הוא פועל סיבות להסב את העם לדרכו הטוב "דרך המדבר" ע"י התבודדות כמדבר, "ים סוף" פירוש וגם ע"י התורה שנקרא "ים", "וחמושים עלו בני ישראל מארץ מצרים" פירוש אבל הצדיקים הגמורים המכונים בשם "ישראל" עולים ממצרים בכלי זיין מזויינים שלא ישלוט בהם היצה"ר, "ויקח משה את עצמות יוסף" רמז על הצדיק הגדול הנקרא בשם "משה" הוא לקח לעצמו המידה של "יוסף", דהיינו שמחזיק עצמו בחיזוק ועצמות בעבודת הבורא יתברך, "עצמות" לשון חיזוק. וק"ל.
"Et Elokim fit contourner [le peuple] par le chemin du désert de la mer des Joncs" (Chemot 13,18) : explication, le Saint béni soit-Il, dans Sa grande miséricorde, provoque des causes pour détourner le peuple vers Son bon chemin ; "par le chemin du désert", au moyen de l'hitbodedout (retraite solitaire, isolement méditatif) comme dans un désert ; "la mer des Joncs", explication : et aussi par la Torah, qui est appelée "mer" ; "et les enfants d'Israël montèrent armés (hamouchim) du pays d'Égypte", explication : mais les tsadikim parfaits, désignés du nom d'"Israël", montent d'Égypte munis d'armes, armés de telle sorte que le yetser hara n'ait pas prise sur eux ; "et Moche prit les ossements de Yossef" (Chemot 13,19), allusion au grand tsadik appelé du nom de "Moche" : il a pris pour lui la midda de "Yossef", c'est-à-dire qu'il se tient avec force et fermeté (atsamot) dans le service du Créateur béni soit-Il ; "atsamot" (ossements) est un terme de force. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "ויהי בשלח כו'", דאיתא בגמרא "ההולך בדרך ואין עמו לויה יעסוק בתורה", ולכאורה הלא בלאו הכי הוא מחוייב תמיד לעסוק בתורה כמאמר התנא המהלך בדרך ומפנה לבו כו', ונראה לי ליתן טעם למצות לויה, כשהצדיק מלוה את חבירו הם מתקשרים זה בזה בקדושתם ונעשים כאחד, וקדושתו של זה הצדיק העוסק בתורה בביתו הוא משמר את חבירו בדרך כאילו הוא עצמו עוסק בתורה מחמת התקשרותם, אבל מי שאין עמו לויה צריך בעצמו לעסוק בתורה, זה הוא כשהצדיק הוא המלוה, אבל אם הוא איש נעצב וריקן אין תועלת לזה במה שזה מלוהו, ואדרבה הוא מכניס בו עצבותו ומפסיקו יותר מקדושתו שיש בו.
Ou bien on expliquera "Et il advint quand [Pharaon] renvoya, etc." : il est enseigné dans la Guemara "celui qui va en chemin sans avoir d'escorte (levaya) avec lui, qu'il s'occupe de Torah" (Sota 46b). À première vue, n'est-il pas de toute façon tenu de s'occuper constamment de Torah, selon la parole du Tana "celui qui marche en chemin et détourne son cœur, etc." (Avot 3,7) ?
Il me semble que l'on peut donner une raison au commandement de l'escorte : lorsque le tsadik accompagne son compagnon, ils se lient l'un à l'autre par leur sainteté et deviennent comme un seul ; et la sainteté de ce tsadik qui s'occupe de Torah chez lui garde son compagnon sur le chemin, comme si celui-ci s'occupait lui-même de Torah, du fait de leur liaison. Mais celui qui n'a pas d'escorte avec lui doit s'occuper de Torah par lui-même.
Cela vaut lorsque c'est le tsadik qui accompagne ; mais s'il s'agit d'un homme triste et vide, il n'y a aucun profit pour l'autre à ce que celui-là l'accompagne ; au contraire, il fait entrer en lui sa tristesse et l'interrompt plus qu'il ne lui donne de la sainteté qui est en lui.
וזהו "ויהי בשלח פרעה" ר"ל מחמת שפרעה שלח את ישראל מחמת הצרות שנגעו בו, דכל מקום שנאמר "ויהי" אינו אלא צרה, ומחמת זה הכניס את ישראל גם כן בעצבות, ולכן "ולא נחם אלקים כו'", כי אם לא היה פרעה מלוה אותם היה השי"ת מוליכם "דרך ארץ פלשתים" כי קדושתם היתה משמרת אותם, אבל מחמת פרעה שהפסיקם מקדושתם בעצבותו, לא רצה השי"ת להוליכם דרך ארץ פלשתים "כי קרוב הוא", ר"ל זה קאי אפרעה, מחמת שעתה מקרוב הלך פרעה מאצלם והיה עדיין רושם עצבותו בהם, ולכן "ויסב כו'". וק"ל.
Et c'est "Et il advint quand Pharaon renvoya", cela veut dire : du fait que Pharaon a renvoyé Israël à cause des maux qui l'avaient touché, car partout où il est dit "vayehi" (et il advint) ce n'est que détresse, et de ce fait il a fait entrer Israël lui aussi dans la tristesse ; c'est pourquoi "et Elokim ne les conduisit pas, etc." : car si Pharaon ne les avait pas accompagnés, le Saint béni soit-Il les aurait menés "par le chemin du pays des Pelichtim", puisque leur sainteté les aurait gardés ; mais à cause de Pharaon, qui les avait coupés de leur sainteté par sa tristesse, le Saint béni soit-Il n'a pas voulu les mener par le chemin du pays des Pelichtim, "car il est proche", cela veut dire que cela se rapporte à Pharaon : parce que Pharaon venait tout juste de les quitter et que l'empreinte de sa tristesse était encore en eux ; c'est pourquoi "et Il fit contourner, etc.". Et cela est facile à comprendre.
ויקח משה את עצמות יוסף כי השבע השביע את בני ישראל כו'. כי הנה רז"ל אמרו בגמרא "ויבא הביתה לעשות מלאכתו חד אמר כו' וחד אמר לעשות צרכיו ממש נכנס אלא שראה דמות דיוקנו של אביו כו'", והדבר תמוה, הלא חוש השכל אינו כך, שכשאדם רוצה לעשות עבירה ח"ו וכי יזכה להיות לו מדריגת הראיה כזה, הלא צריך לזה קדושה ופרישות גדול, ואיך שייך שאם הוא הלך ח"ו לעשות צרכיו שיזכה לראייה כזאת לראות את אביו.
ועוד תמיהה גדולה וכי יוסף הצדיק יסוד עולם שבזכותו אנו חיים וקיימים בגלות המר הזה לומר עליו שח"ו ירצה לעשות כזאת.
"Et Moche prit les ossements de Yossef, car il avait fait jurer les enfants d'Israël, etc." (Chemot 13,19). Car voici, nos maîtres de mémoire bénie ont dit dans la Guemara : "'et il vint à la maison pour faire son ouvrage' (Bereshit 39,11) : l'un dit etc., et l'autre dit qu'il entra réellement pour ses besoins, sauf qu'il vit l'image des traits de son père, etc." (Sota 36b).
Et la chose est étonnante, car le bon sens ne va pas ainsi : lorsqu'un homme veut commettre une transgression, à Dieu ne plaise, mériterait-il d'avoir un tel degré de vision ? Il faut pour cela une grande sainteté et un grand détachement ; et comment se pourrait-il que, s'il est allé, à Dieu ne plaise, pour ses besoins, il mérite une vision pareille, celle de voir son père ?
Et il y a une autre grande difficulté : Yossef le tsadik, fondement du monde, par le mérite duquel nous vivons et subsistons dans cet exil amer, comment dire de lui qu'il aurait voulu, à Dieu ne plaise, faire une telle chose ?
אלא נראה שאמת הדבר כך הוא, שאבות הקדושים היו כל אחד ואחד על מדריגתו כנודע, אברהם בחסד יצחק בגבורה יעקב בתפארת. והנה יעקב אבינו ע"ה היה עובד השי"ת במידתו שהוא תפארת, וכל דבר שהיה רואה או שומע או עושה ואוכל לקח ממנו התפארות להבורא ב"ה, למשל אם היה אוכל איזה דבר הטוב לחיך, חישב בדעתו זה המאכל הוא נברא, ומי נתן טעם הטוב בזה המאכל, הלא הבורא ב"ה, ואם זה המאכל הוא כ"כ טוב טעם הלא בודאי שכל טוב הטעם הוא בבורא ב"ה ית"ש אין קץ ותכלית, וכך הוא חושב בכל דבר.
ובזה הוא מובן הפסוק "וישק יעקב לרחל" גם הוא תמוה שיעקב אבינו ע"ה יעשה כזאת, אלא הפירוש הוא כך כאשר כתבנו, שכל דבר הטוב שראה יעקב אבינו ע"ה, בא מכח דבר ההוא אל הדביקות ית"ש ויתעלה, ובכאן שראה את רחל שהיתה יפת תואר עד מאוד, הדביק עצמו בו יתברך על ידה כנ"ל, וזהו הפירוש "וישק יעקב לרחל", שהדביקות נקרא "נשיקה", התדבקות רוחא ברוחא, ומלת "לרחל" כמו בשביל רחל.
Mais il semble que la vérité de la chose soit celle-ci : les saints Patriarches étaient chacun sur son niveau, comme on le sait, Avraham dans 'Hessed (bonté), Yitshak dans Guevoura (rigueur), Yaakov dans Tiferet (splendeur, harmonie). Or Yaakov notre père, la paix sur lui, servait le Saint béni soit-Il par sa midda, qui est Tiferet : de toute chose qu'il voyait, entendait, faisait ou mangeait, il tirait un embellissement (hitparout) pour le Créateur béni soit-Il.
Par exemple, s'il mangeait une chose bonne au palais, il pensait en lui-même : cet aliment est une créature, et qui a mis ce bon goût dans cet aliment, sinon le Créateur béni soit-Il ? et si cet aliment a un si bon goût, il est certain que tout le bon goût est dans le Créateur béni soit-Il, béni soit Son Nom, sans fin ni limite ; et ainsi pensait-il en toute chose. Par là se comprend le verset "et Yaakov embrassa Rahel" (Bereshit 29,11), qui lui aussi est étonnant : Yaakov notre père, la paix sur lui, ferait-il une telle chose ?
Mais l'explication est celle que nous avons écrite : toute belle chose que voyait Yaakov notre père, la paix sur lui, le portait, par la force de cette chose même, jusqu'à l'attachement (devekout) à Lui béni soit-Il et exalté ; et ici, voyant Rahel qui était extrêmement belle, il s'attacha à Lui béni soit-Il par son intermédiaire, comme dit plus haut. Telle est l'explication de "et Yaakov embrassa Rahel" : car l'attachement est appelé "baiser" (nechika), attachement d'un souffle à un souffle (rouha be-rouha) ; et le mot "le-Rahel" est ici comme "à cause de Rahel".
ויוסף הצדיק היה רוצה להתנהג עצמו במידת אביו, וזהו "לעשות צרכיו" דהיינו לראות בלבד, ואם תאמר האיך הכניס עצמו בסכנה גדולה כזו שמא יכשל ח"ו, התירוץ הוא להוציא את הקדושה מבין הקליפות עשה זאת כדלקמן, ולא כיון רק לראותה שעי"ז יבוא לדביקות בבורא יתברך כנ"ל, והפעיל באמת פעולתו שבא לדביקות גדול, וזהו "וראה דמות דיוקנו של אביו", ר"ל שבא למדריגתו של אביו כנ"ל, וכאשר פעל יוסף הצדיק ועשה המתקת הדינים מאוד, כי הוציא יקר מזולל ע"י מחשבתו הטהורה ודביקותו, ועיקר מחשבתו היה בזה כדי להביא הגאולה לישראל להוציא הקדושה מהטומאה. וזה הוא כלל גדול כשרוצה צדיק לעשות טובה לאיזה איש, אז צריך מקודם להכניס במקבל הטובה אמונה שיאמין בזה שיהיה לו טוב עי"ז הצדיק.
Et Yossef le tsadik voulait se conduire selon la midda de son père ; et c'est "pour faire ses besoins", c'est-à-dire seulement pour voir. Et si tu dis : comment s'est-il mis dans un aussi grand danger, de peur qu'il ne trébuche, à Dieu ne plaise ?
La réponse est qu'il fit cela pour faire sortir la sainteté d'entre les kelipot (écorces, forces impures), comme il sera dit plus loin ; et il n'avait d'autre intention que de la voir, afin de venir par là à l'attachement au Créateur béni soit-Il, comme dit plus haut. Et en vérité son action produisit son effet, car il parvint à un grand attachement ; et c'est "et il vit l'image des traits de son père", cela veut dire qu'il parvint au niveau de son père, comme dit plus haut.
Et lorsque Yossef le tsadik agit ainsi, il opéra un très grand adoucissement des dinim (rigueurs, jugements), car il fit sortir le précieux du vil par sa pensée pure et son attachement ; et le fond de sa pensée en cela était d'amener la délivrance à Israël, en faisant sortir la sainteté de l'impureté. Et c'est une grande règle : quand un tsadik veut faire du bien à un homme, il doit d'abord faire entrer dans celui qui reçoit ce bien la foi (emouna), qu'il croie qu'il lui viendra du bien par ce tsadik.
וזהו פירוש "כי השבע השביע כו' לאמר פקוד כו'", מלת "לאמר" אינו מובן. אך הפירוש הוא "כי השבע" מלשון שביעה, ר"ל שהוא הכניס בהם אמונה כ"כ עד שהיו שבעים ורגיל בפיהם מאוד ואמרו זה לזה "פקוד יפקוד כו'", וזהו "לאמר".
וידוע כי הדינים הם נקראים עצם הקשה, וכשממתיקים את הדינים הם עצמם מסייעים אל הרחמים ואל החסדים, וזהו פירוש הגמרא "עצמות האיסור מצטרפים עם ההיתר לבטל איסור", פירוש ע"י הביטול אזי יומתקו הדינים והם מצטרפים אל הרחמים הגמורים. ולזה לא היה צריך יעקב להקבר במצרים, כי ממילא היה להם זכותו ע"י יוסף הצדיק הנקבר שם שהוא הלך במידתו של אביו כנ"ל, וזהו "ויקח משה את עצמות יוסף עמו", ר"ל המדריגה של יוסף שהמתיק את העצמות היינו הדינים כנ"ל, לקח עמו כלומר עם הפעולות שלו להמתיק הדינים למען יגאלו ישראל ממצרים.
Et telle est l'explication de "car il avait fait jurer, etc., en disant : Il se souviendra certainement, etc." : le mot "lemor" (en disant) n'est pas compréhensible. Mais l'explication est : "ki hachbea" (car il fit jurer) est du langage de "seviya" (satiété), cela veut dire qu'il fit entrer en eux une foi telle qu'ils en étaient rassasiés, et cela leur était très familier à la bouche, et ils se disaient l'un à l'autre "Il se souviendra certainement, etc." : et c'est "lemor" (en disant).
Et il est connu que les dinim sont appelés "os dur" (etsem ha-kacha), et lorsqu'on adoucit les dinim, ils aident eux-mêmes à la miséricorde et aux hassadim (bontés) ; et telle est l'explication de la Guemara "les os de l'interdit se joignent au permis pour annuler l'interdit", c'est-à-dire que par l'annulation les dinim sont adoucis et se joignent à la miséricorde parfaite. C'est pourquoi Yaakov n'avait pas besoin d'être enterré en Égypte, car de toute façon son mérite leur était acquis par Yossef le tsadik, enterré là-bas, lui qui allait selon la midda de son père, comme dit plus haut.
Et c'est "et Moche prit les ossements de Yossef avec lui", cela veut dire : le niveau de Yossef, qui avait adouci les "atsamot" (ossements), c'est-à-dire les dinim comme dit plus haut, il le prit avec lui, autrement dit avec ses actions d'adoucissement des dinim, afin qu'Israël soit délivré d'Égypte.
וזהו "הים ראה וינוס - מה ראה ארונו של יוסף ראה", פירוש משה גם הוא הדביק עצמו במדריגתו של יעקב כמו יוסף, וזהו "ארונו של יוסף", פירוש מדריגתו של יוסף, ובזה ניצולו ישראל ונמתקו בזה כל הדינים שהיו בים סוף, כמו שאמרו חז"ל שטען השר של מצרים הללו עובדי ע"ז והללו כו', כי לא היה עוד פה לקטרג, כי כבר נמתקו כל הדינים ונתהפכו לרחמים וחסדים. וק"ל.
Et c'est "la mer vit et s'enfuit (Tehilim 114,3) : qu'a-t-elle vu ? Elle vit le cercueil (aron) de Yossef", explication : Moche lui aussi s'attacha au niveau de Yaakov comme Yossef, et c'est "le cercueil de Yossef", c'est-à-dire le niveau de Yossef ; et par cela Israël fut sauvé, et par cela furent adoucis tous les dinim qui étaient à la mer des Joncs, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie, que le prince (sar) d'Égypte objecta "ceux-ci sont idolâtres et ceux-là aussi, etc.", car il n'y avait plus de bouche pour accuser, puisque tous les dinim avaient déjà été adoucis et transformés en miséricorde et en bontés.
Et cela est facile à comprendre.
ויסעו מסוכות ויחנו באיתם, רמז "סוכות" הוא יחוד הויה ואדני - סוכ"ה בגימטריא הכי הוי, והיינו ע"י התפילה שהיא עיקר ליחד כנ"ל, ואחר התפילה צריך להיות "ב"אתם"", אותיות "אמת", שצריך להחזיק במידת אמת, "בקצה המדבר" דקודם התפילה צריך התבודדות כמ"ש חז"ל "חסידים הראשונים היו שוהין שעה אחת קודם התפילה ושעה אחת אחר התפילה", ונמצא עד אחר התפילה צריך התבודדות במחשבתו וזה נקרא "קצה המדבר", מדבר הוא התבודדות.
"Et ils partirent de Soukot et campèrent à Étam" (Chemot 13,20) : allusion, "Soukot" est l'union du Nom (הויה) et d'Adnout (אדני) ; "soukka" (סוכה) en guematria, il en est bien ainsi (les lettres de סוכה font 91, comme הויה, 26, plus אדני, 65) ; et cela se fait par la prière, qui est l'essentiel pour unir, comme dit plus haut. Et après la prière il faut être "be-Étam" (באתם), qui a les lettres de "émet" (אמת, vérité), car il faut se tenir à la midda de vérité.
"À l'extrémité du désert (midbar)" : car avant la prière il faut l'hitbodedout, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie "les premiers hassidim demeuraient une heure avant la prière et une heure après la prière" (Berakhot 32b) ; il se trouve donc que jusqu'après la prière il faut l'hitbodedout dans sa pensée, et cela s'appelle "l'extrémité du désert" : le désert (midbar), c'est l'hitbodedout.
"וה' הולך לפניהם יומם" פירוש כשהוא במדריגה גדולה, שזה רמז "יומם", אז "וה' הולך לפניהם", "בעמוד הענן" רמז לרוח הקודש, דהיינו שנותן להם רוח הקודש להנחותם דרך האמת. "ולילה בעמוד אש להאיר כו'" פירוש ואם הוא במדריגת לילה דהיינו שאינו במדריגה גדולה שנפל ממנה, אז צריך סיוע מהשי"ת שיאיר לו.
"Et ה' marchait devant eux le jour" (Chemot 13,21), explication : quand il est dans un grand niveau, ce qui est l'allusion de "le jour" (yomam), alors "et ה' marche devant eux" ; "dans une colonne de nuée", allusion à l'esprit de sainteté (roua'h hakodech), c'est-à-dire qu'Il leur donne l'esprit de sainteté pour les conduire par le chemin de la vérité. "Et la nuit dans une colonne de feu pour éclairer, etc.", explication : et s'il est au niveau de la nuit, c'est-à-dire qu'il n'est pas dans un grand niveau parce qu'il en est tombé, alors il a besoin de l'aide du Saint béni soit-Il, pour qu'Il l'éclaire.
וזהו "ויאמר משה ואהרן כו' ערב וידעתם כי ה' הוציא אתכם מארץ מצרים", ר"ל בעת שיהיה במדרגת "ערב" שנפל ממדריגתו, אז צריך לדעת דברים הנראים ממנו רוממות אל דהיינו יציאת מצרים, "ובוקר", ר"ל כשאתם במדריגה גדולה, אז "וראיתם את כבוד ה'". וק"ל.
Et c'est "et Moche et Aharon dirent, etc. : ce soir vous saurez que ה' vous a fait sortir du pays d'Égypte" (Chemot 16,6), cela veut dire : au moment où il sera au niveau du "soir", étant tombé de son niveau, alors il doit connaître les choses par lesquelles se voit l'élévation de Dieu, à savoir la sortie d'Égypte ; "et le matin", cela veut dire quand vous êtes dans un grand niveau, alors "et vous verrez la gloire de ה'" (Chemot 16,7). Et cela est facile à comprendre.
ואתה הרם את מטך ונטה את ידך כו'. נראה לפרש בהקדים הפסוק "ויאמר ה' אליו מזה בידך ויאמר מטה כו'", דאיתא בגמרא (שבת קיח, ב) ששאל אחד לחבירו במה אביך זהיר טפי, ולכאורה מה שאלה זאת, הלא צריך אדם ליזהר בכל המצוות? אך זה בלתי אפשרי שיזהר אדם בכל המצוות לקיימם בכל פרטיהם ודקדוקיהם, רק כשאדם נזהר במצוה אחת לעשותה בכל פרטיה ודיקדוקיה התלויים בה, זה הוא מסייע לו שהשי"ת יהיה בעזרו לקיים כל המצוות.
וזהו שאמרו חז"ל "כל הקובע מקום לתפילתו כו'" רמז על מצות תפילין, ו"תפילה" הוא לשון קשר, וזהו דאמרינן בגמרא "מלמד שהראה לו הקב"ה קשר של תפילין", ר"ל התדבקות וקישור בעולמות העליונים, וזהו "כל הקובע מקום לתפילתו", פירוש שהוא קובע מקום בשורש העליון "לתפילתו", ר"ל בהתקשרותו והתדבקותו במצוות לקיימם בכל דקדוקיהם, אפילו מצוה אחת כמו תפילין כנ"ל, אזי "אלקי אברהם בעזרו", שיקיים כל המצוות. וז"ש הכתוב "וראיתם אותו וזכרתם את כל מצות ה'", רמז ג"כ כנ"ל, שע"י מצות ציצית שתקיימו כתקנה, תזכו שיסייע אתכם השי"ת לקיים את כל מצוותיו.
וזהו דשאל אביך במה זהיר טפי.
"Et toi, lève ton bâton et étends ta main, etc." (Chemot 14,16). Il semble que l'on puisse expliquer en introduisant d'abord le verset "et ה' lui dit : qu'est-ce que cela dans ta main ?
Il dit : un bâton (maté), etc." (Chemot 4,2). Car il est enseigné dans la Guemara (Chabbat 118b) que l'un demanda à son compagnon : en quoi ton père était-il particulièrement scrupuleux ?
À première vue, quelle est cette question ? L'homme ne doit-il pas être scrupuleux dans tous les commandements ?
Mais il est impossible qu'un homme soit scrupuleux dans tous les commandements au point de les accomplir avec tous leurs détails et toutes leurs minuties ; seulement, lorsqu'un homme est scrupuleux dans un seul commandement pour l'accomplir avec tous les détails et toutes les minuties qui en dépendent, cela l'aide, en ce que le Saint béni soit-Il vient à son secours pour accomplir tous les commandements. Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie "quiconque fixe un lieu pour sa prière, etc." (Berakhot 6b), allusion au commandement des tefilin ; et "tefila" est un terme de lien (kecher) ; et c'est ce que nous disons dans la Guemara "cela enseigne que le Saint béni soit-Il lui montra le nœud (kecher) des tefilin" (Berakhot 7a), cela veut dire l'attachement et la liaison aux mondes supérieurs ; et c'est "quiconque fixe un lieu pour sa prière", explication : il fixe un lieu dans la racine supérieure "pour sa prière", cela veut dire dans sa liaison et son attachement aux commandements pour les accomplir avec toutes leurs minuties, ne serait-ce qu'un seul commandement comme les tefilin, comme dit plus haut, alors "le Dieu d'Avraham est à son secours", pour qu'il accomplisse tous les commandements.
Et c'est ce que dit le verset "et vous le verrez et vous vous souviendrez de tous les commandements de ה'" (Bamidbar 15,39), allusion elle aussi à ce qui précède : par le commandement des tsitsit, que vous accomplirez comme il se doit, vous mériterez que le Saint béni soit-Il vous aide à accomplir tous Ses commandements. Et c'est le sens de la question : ton père, en quoi était-il particulièrement scrupuleux ?
וזהו "ויאמר אליו ה' מזה בידך", פירוש איזה מצוה אתה מחזיק בידך ליזהר בה טפי, "ויאמר מטה", פירוש שאני נזהר במידת הכנעה ושפלות מאוד, "מטה" ר"ל הכנעה ושפלות, "ויאמר השליכהו ארצה" פירוש מה שאתה סובר שאתה תקנת אותה המידה, צריך אתה להשליך ארצה המחשבה הזאת, שכן דרך בני אדם כשאוחזים באיזה מידה והוא עומד בה במדריגה אחת, הוא סובר שכבר תיקן כל המידה הזאת והוא שלם במידה זאת, ולא כן הוא, אלא שצריך לעלות באותה מידה למדריגה גדולה הימנה, וזהו "וישליכהו ארצה ויהי לנחש", פירוש כיון שהתחיל לעלות ולהתגבר במידה זאת, הבין שמתחילה היה לנחש, ע"ד ששמעתי מאדמ"ו "שרפים עומדים ממעל לו", פירוש הצדיקים נקראים "שרפים" ע"ש התלהבות אש משמים והדביקות שבהם, והם צריכים לילך תמיד ממדריגה למדריגה, והיינו "שרפים עומדים", היינו הצדיקים עומדים בבחינה זאת, "ממעל לו" פירוש שיעלה למדריגה היותר מעלה הימנו. ונמצא הצדיק נקרא "שרף", וחלילה אם אינו מתקן מידותיו כראוי, לפעמים יגרום במעשיו נחשים שרופים חלילה, "ויאמר שלח ידך ואחוז בזנבו", פירוש השי"ת נתן לו עצה לאחוז ולהתחבר עם הצדיקים, ע"ד שאמרו חז"ל "הוי זנב לאריות", ומחמת זה תזכה למדריגת הכנעה, "וישלח ידו ויחזק בה" ר"ל שהתגבר והחזיק בה, "ויהי למטה בכפו", "כפו" רומז לכללות היד, כמו כן רמז כאן שהבין משה רבינו ע"ה שעדיין לא בא למדריגת ענווה בפרטיה בכל ענינים רק בכללות ענוה.
Et c'est "et ה' lui dit : qu'est-ce que cela dans ta main ?", explication : quel commandement tiens-tu dans ta main, pour y être particulièrement scrupuleux ? "Il dit : un bâton (maté)", explication : je suis très scrupuleux dans la midda d'effacement et d'humilité, "maté" (bâton, de la racine 'abaisser') voulant dire effacement et humilité.
"Il dit : jette-le à terre" (Chemot 4,3), explication : ce que tu penses, à savoir que tu as réparé cette midda, cette pensée-là tu dois la jeter à terre ; car telle est la voie des hommes : lorsqu'ils se tiennent à une certaine midda et qu'un homme s'y tient à un certain niveau, il pense avoir déjà réparé toute cette midda et être parfait en elle ; or il n'en est pas ainsi, mais il doit monter dans cette même midda à un niveau plus grand qu'elle. Et c'est "et il le jeta à terre et il devint un serpent" (Chemot 4,3), explication : dès lors qu'il commença à monter et à se renforcer dans cette midda, il comprit qu'au début c'était un serpent.
À la manière de ce que j'ai entendu de mon maître et rabbi (adoni mori ve-rabbi) sur "des séraphim se tiennent au-dessus de Lui" (Yechayahou 6,2), explication : les tsadikim sont appelés "séraphim" à cause de l'embrasement du feu venu du ciel et de l'attachement qui est en eux, et ils doivent aller constamment de niveau en niveau ; et c'est "des séraphim se tiennent", à savoir que les tsadikim se tiennent dans cet aspect, "au-dessus de lui", explication : qu'il monte à un niveau plus élevé que le sien. Il se trouve donc que le tsadik est appelé "saraf" ; et à Dieu ne plaise, s'il ne répare pas ses middot comme il convient, il cause parfois par ses actes des serpents brûlants (nehachim serafim), à Dieu ne plaise.
"Il dit : étends ta main et saisis-le par la queue" (Chemot 4,4), explication : le Saint béni soit-Il lui donna le conseil de se saisir des tsadikim et de se joindre à eux, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie "sois queue pour les lions" (Avot 4,15), et par cela tu mériteras le niveau de l'effacement. "Et il étendit sa main et la saisit fermement", cela veut dire qu'il se renforça et s'y tint fermement.
"Et il devint un bâton dans sa paume" : "sa paume" (kapo) fait allusion à la totalité de la main ; de même il y a ici une allusion, que Moche notre maître, la paix sur lui, comprit qu'il n'était pas encore parvenu au niveau de l'humilité dans tous ses détails et dans tous ses aspects, mais seulement à l'humilité dans sa généralité.
וזהו "ומטה האלקים בידו", דאמרו חז"ל "כל מקום שאתה מוצא גדולתו של הקב"ה שם אתה מוצא ענוותנותו", פירוש דהמינים אומרים מחמת שהשי"ת הוא גדול בעליונים אינו משגיח חלילה בתחתונים, ולכן אמרו חז"ל "במקום שאתה מוצא גדולתו", ר"ל כשהשי"ת עושה לנו ניסים ונפלאות וע"י זה נתגדל שמו הגדול, "אתה מוצא ענוותנותו", פירוש נמצא אנו רואים ענוותנותו שמשגיח בהשגחה פרטיות על עולם השפל, ופיהם שוא ידברו שחלילה השי"ת אינו משגיח על עולם השפל מחמת גדולתו, ונהפוך הוא. והנה מה שהשי"ת עושה לנו ניסים ונפלאות הוא ע"י הצדיק, ע"ד שאמרו חז"ל "צדיקים מהפכים מדת הדין למדת הרחמים", וזהו "ומטה האלקים" פירוש הענוה של הבורא ב"ה, שהוא מטה עצמו להשגיח בתחתונים, שבזה נראה ענוותנותו, "בידי", ר"ל זה בידו של הצדיק, שהוא גורם זאת כנ"ל.
Et c'est "et le bâton d'Elokim dans sa main" (Chemot 17,9) : nos maîtres de mémoire bénie ont dit "en tout lieu où tu trouves la grandeur du Saint béni soit-Il, là tu trouves Son humilité" (Meguila 31a), explication : car les hérétiques (minim) disent que, du fait que le Saint béni soit-Il est grand dans les mondes d'en haut, Il ne veille pas, à Dieu ne plaise, sur les êtres d'en bas ; c'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit "au lieu où tu trouves Sa grandeur", cela veut dire lorsque le Saint béni soit-Il fait pour nous des miracles et des prodiges et que par là Son grand Nom est magnifié, "tu trouves Son humilité", explication : il se trouve que nous voyons Son humilité, en ce qu'Il veille d'une providence particulière sur le monde d'en bas ; et leur bouche profère le mensonge en disant qu'à Dieu ne plaise le Saint béni soit-Il ne veille pas sur le monde d'en bas à cause de Sa grandeur : c'est le contraire. Or ce que le Saint béni soit-Il fait pour nous de miracles et de prodiges se fait par le tsadik, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie "les tsadikim transforment la midda de rigueur (din) en midda de miséricorde (rahamim)" ; et c'est "et le bâton (maté) d'Elokim", explication : l'humilité du Créateur béni soit-Il, qui S'abaisse (maté atsmo) pour veiller sur les êtres d'en bas, ce en quoi se voit Son humilité ; "dans ma main", cela veut dire que cela est dans la main du tsadik, car c'est lui qui le provoque, comme dit plus haut.