Ce passage poursuit le Tehilim : le plus beau des fils de l'homme tient des pères le mandat (yipouy koah) pour faire descendre les influx vers le monde. « Et qu'ils prennent chacun un agneau » (Chemot 12,3) : le Noam Elimele'h enseigne que le tsadik qui veut faire descendre l'influx doit se saisir de la soumission (hakhnaa) suggérée par « se ». « Par maison paternelle », qu'il ne s'enorgueillisse pas du lignage, ou qu'il aspire au degré de ses pères ; « un agneau par maison », qu'il fasse entrer cette soumission dans sa maison et se fasse des reproches. Si la maisonnée est trop petite, le verset conseille de s'attacher aux tsadikim et de recevoir, selon Rachi, de la vitalité de l'agneau.
Aussi : le voisinage depuis le Gan Éden comme signe du tsadik ; l'agneau sans défaut unit pensée et parole, comme un enfant d'un an ; le sang du linteau est le don de soi, sans reporter la mitsva
וזהו "יפיפית מבני אדם הוצק חן כו'", דהנה אבותינו אברהם יצחק כו' הם נקראים "בני אדם", מחמת שהם נבראו לתקן חטא אדם הראשון, והיינו "יפיפית" - היפוי כח שיש לך שאתה יכול להמשיך ולתקן כל הנ"ל, הוא "מבני אדם", דהיינו אבותינו אברהם יצחק כו', שהם תיקנו את כל הנ"ל מתחילה וע"כ יכול אתה בקל להמשיך את כל הנ"ל, "הוצק חן בשפתותיך", פירוש אלא ששפתותיך יש בהם חן, "על כן ברכך אלקים לעולם" שתמשיך אתה השפעות לעולם.
Et c'est le sens de 'Tu es le plus beau des fils de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres, etc.' (Tehilim 45,3). Voici, nos pères Avraham, Its'hak, etc., sont appelés 'fils de l'homme (bene adam)', parce qu'ils furent créés pour réparer la faute d'Adam le premier homme.
Et tel est le sens de 'yéfifita' (tu es le plus beau) : le pouvoir de mandat (yipouy koah, procuration, délégation de pouvoir - de même racine que yéfifita) que tu détiens, en sorte que tu peux faire descendre et réparer tout ce qui précède, il te vient 'des fils de l'homme (mibene adam)', c'est-à-dire de nos pères Avraham, Its'hak, etc., qui ont réparé tout ce qui précède dès le commencement ; c'est pourquoi tu peux aisément faire descendre tout ce qui précède. 'La grâce est répandue sur tes lèvres' : cela signifie qu'il n'y a que ceci, que tes lèvres ont en elles de la grâce. 'C'est pourquoi Elok-im t'a béni pour toujours (leolam)' : que ce soit toi qui fasses descendre les influx (hachpaot) vers le monde (olam).
נחזור לענינינו, "ויקחו להם איש שה", ר"ל הצדיק שנקרא "איש" שרוצה להשפיע כנ"ל, צריך ליקח לעצמו להחזיק במידת הכנעה שהוא מרומז במלת שה, כמ"ש שה פזורה ישראל כדרך שפירשתי לעיל, "לבית אבות" ר"ל שיכניע עצמו בזה שלא יתגאה ביחוס אבותיו אם הוא ממשפחה מיוחסת, רק יחשוב שזה הוא סיוע לו לעבודת הבורא שזכותם עומדת לו ולזרעו, אבל לא להנאת עצמו ולגאותו. או כלך לדרך זה "לבית אבות" פירוש שתמיד ידאג ויחשוב מתי אגיע למקום אבותי שאהיה צדיק כמותם, "שה לבית" פירוש מידת הכנעה זו יכניס תמיד לביתו, דהיינו בקרבו יוכיח עצמו תמיד.
או פירושו "שה לבית אבות", שלפעמים אדם מתגאה ע"י הדרגת והנהנת ביתו, שיש לו בנים ועושר וכבוד, ע"ז מזהיר הכתוב להכניע עצמו גם בזה, שלא להחזיק עצמו במעלה יתירה ע"י זה.
Revenons à notre propos. 'Et qu'ils prennent chacun un agneau (se)' (Chemot 12,3) : cela veut dire que le tsadik, qui est appelé 'homme (ich)' et qui veut faire descendre l'influx comme ci-dessus, doit prendre pour lui-même de se saisir de la mesure de soumission (hakhnaa), laquelle est suggérée par le mot 'se', comme il est écrit 'Israël est une brebis dispersée (se pézoura)' (Yirmiyahou 50,17), à la manière dont je l'ai expliqué plus haut. 'Par maison paternelle (levêt avot)' : cela veut dire qu'il se soumette en ceci, de ne pas s'enorgueillir du lignage de ses pères s'il est d'une famille de haut lignage, mais qu'il pense plutôt que c'est là une aide pour lui dans le service du Créateur, en ce que leur mérite se tient pour lui et pour sa descendance, et non pour son propre agrément ni pour son orgueil. Ou bien prends ce chemin-ci : 'levêt avot' signifie qu'il se soucie et pense toujours : quand parviendrai-je au lieu de mes pères, pour être tsadik comme eux ? 'Un agneau par maison (se labayit)' signifie que cette mesure de soumission, il doit toujours la faire entrer dans sa maison, c'est-à-dire qu'en son for intérieur il doit toujours se faire des reproches.
Ou bien son explication est 'un agneau par maison paternelle' en ce sens que parfois l'homme s'enorgueillit à cause du rang et de la conduite de sa maison, du fait qu'il a des enfants, de la richesse et des honneurs ; sur cela le verset avertit de se soumettre en cela aussi, de ne pas se tenir pour d'un mérite supérieur à cause de cela.
"ואם ימעט הבית", פירוש אם לא יהיה במדריגה זו של הכנעה, "מהיות משה", פירוש, הכתוב נותן לו עצה טובה להידבק בצדיקים, והיינו מהיות משה כפירוש רש"י ז"ל "מחיותו דשה", ר"ל שיוכל לקבל קדושה מחיותו וקדושתו של הצדיק תמים, "ולקח הוא ושכנו", פירוש אם הוא שפל וגרוע כ"כ שהצדיק הוא אצלו כנסתר, שאין משגיח כלום על הצדיק, והיינו מלת "הוא" לשון נסתר, ואעפ"כ "ולקח הוא", פירוש שצריך הצדיק "ושכנו הקרוב אל ביתו" פירוש עם השכינה הקדושה השוכנת בביתו ובקרבו וקרובה אליו, צריכים לרחם על האדם הגרוע ההוא ועל נפשו לבל ידח ממנו נדח, והיינו "במכסת" בשביל חשבון הנפשות שלא יחסרו ח"ו, "איש לפי אכלו תכוסו", פירוש שצריך הצדיק להשפיע גם לו די פרנסתו ולהדריכו בדרך ישרה עד שובו אל הבורא יתברך ויתעלה.
'Et si la maisonnée est trop petite' (Chemot 12,4) : cela signifie s'il n'est pas à ce degré de soumission. 'Pour un agneau (mihyot mi-se)' : le verset lui donne un bon conseil, celui de s'attacher aux tsadikim ; et tel est 'mihyot mi-se' selon l'explication de Rachi de mémoire bénie, 'de la vitalité de l'agneau (méhayouto de-se)', c'est-à-dire qu'il pourra recevoir de la sainteté de la vitalité et de la sainteté du tsadik intègre. 'Il le prendra, lui et son voisin (velakah hou ouchékhéno)' : cela signifie que s'il est abaissé et mauvais au point que le tsadik est pour lui comme une chose cachée, en sorte qu'il ne prête aucune attention au tsadik - et c'est là le mot 'hou' (lui), qui est la forme de la personne cachée (lachon nistar, le pronom de troisième personne, littéralement 'le caché') - malgré cela 'velakah hou', ce qui signifie que le tsadik doit, 'et son voisin le plus proche de sa maison', c'est-à-dire avec la Chekhina sainte qui réside dans sa maison et en son for intérieur et qui lui est proche, ils doivent avoir pitié de cet homme mauvais et de son âme, afin que le banni ne demeure pas banni loin de Lui (Chmouel II 14,14). Et tel est 'bemikhsat' (selon le compte) : pour le compte des âmes, afin qu'elles ne manquent pas, à Dieu ne plaise. 'Chacun selon ce qu'il mange, vous compterez' : cela signifie que le tsadik doit lui faire descendre aussi de quoi suffire à sa subsistance, et le guider dans le droit chemin jusqu'à son retour vers le Créateur béni et exalté soit-Il.
או יאמר "ואם ימעט הבית מהיות משה", פירוש באם שיהיה ממועט ממדריגת הכנעה באמרו שהוא צדיק גמור. "ולקח הוא ושכנו וכו'", דאיתא בספרים למה פעמים בני אדם יש קרבות גדול ביניהם ומחבבים זה את זה עד למאד, ולפעמים כרוכים רבים אחר איש אחד, ויש בני אדם אף שהם לומדים מרחיקים עצמם זה מזה, הטעם הוא מחמת שבודאי בגן עדן היו יושבים זה אצל זה והיו שכנים ומקורבים, לכן גם בעוה"ז הם מקורבים ומחובבים זה לזה, וזהו "ולקח הוא ושכנו", ר"ל זה יהיה לו לסימן, אם הוא צדיק יש לו בני אדם שמתקרבים אצלו ושוכנים עמו באהבה גמורה, "הקרוב אל ביתו" מפני שהיה קרוב אל בית מושבו בג"ע, וזהו אומרו "במכסת נפשות", ר"ל הכתוב מפרש ואומר על איזה בית אני אומר הקרוב אל ביתו, שזה הוא חדר ששמו "גוף" כידוע, ששם הנפשות מנויים ויושבים בהם עד הגעת עת שיבראו ויבואו לעוה"ז, וזהו "במכסת נפשות", וזה יהיה לו לסימן, אם בני אדם כרוכים אחריו אזי הוא צדיק.
"איש לפי אכלו תכוסו על השה", פירוש כל איש לפי מה שקלקל ועיוות ח"ו, ד"אכלו" רמז לקלקול כמ"ש "אכלה ומחתה פיה", "לפי" הוא לשון חידוד כמש"ה "לפי חרב", פירוש כל אחד לפי חידודו בקלקולו, יתגבר מאד וימסור נפשו, דהיינו "תכוסו" פירושו הוא מלשון שחיטה, "על השה" פירושו עד שיגיע אל הכנעה שיכניע עצמו מאוד כנ"ל.
Ou bien on peut dire : 'Et si la maisonnée est trop petite pour un agneau', ce qui signifie s'il se trouve diminué du degré de soumission, en disant de lui-même qu'il est un tsadik parfait. 'Il le prendra, lui et son voisin, etc.' : il est enseigné dans les livres que la raison pour laquelle il arrive que des hommes aient entre eux une grande proximité et s'aiment l'un l'autre à l'extrême, et que parfois beaucoup s'attachent à un seul homme, tandis qu'il est des hommes qui, bien qu'ils étudient, s'éloignent l'un de l'autre - la raison en est que sans nul doute ils étaient assis l'un auprès de l'autre au Gan Éden (le jardin d'Éden) et y étaient voisins et proches, c'est pourquoi dans ce monde-ci aussi ils sont proches et s'aiment l'un l'autre. Et tel est 'il le prendra, lui et son voisin' : cela veut dire que ceci lui sera un signe - s'il est tsadik, il a des hommes qui se rapprochent de lui et qui demeurent avec lui dans un amour parfait ; 'le plus proche de sa maison', parce qu'il était proche de la maison de sa demeure au Gan Éden.
Et c'est ce qu'il dit : 'selon le compte des âmes (bemikhsat nefachot)', c'est-à-dire que le verset explique et dit de quelle maison je parle lorsque je dis 'le plus proche de sa maison' : c'est la chambre dont le nom est 'Gouf' (le Corps, le réservoir des âmes), comme il est connu, où les âmes sont dénombrées et où elles siègent jusqu'à ce qu'arrive le temps où elles seront créées et viendront en ce monde-ci ; et tel est 'bemikhsat nefachot'. Et ceci lui sera un signe : si des hommes s'attachent à lui, alors il est tsadik. 'Chacun selon ce qu'il mange, vous compterez sur l'agneau' : cela signifie chaque homme selon ce qu'il a gâté et perverti, à Dieu ne plaise, car 'okhlo' (ce qu'il mange) fait allusion à la dégradation, comme il est écrit 'elle mange et s'essuie la bouche' (Michlei 30,20) ; et 'lefi' est un terme de tranchant, comme le dit le verset 'au tranchant de l'épée (lefi herev)' - c'est-à-dire chacun selon son tranchant dans sa dégradation, qu'il se renforce grandement et livre son âme, ce qui est 'takhossou', dont le sens est de la langue de l'abattage rituel ; 'sur l'agneau (al hase)' signifie jusqu'à ce qu'il parvienne à la soumission, en se soumettant grandement comme ci-dessus.
"שה תמים" ר"ל שיהא תמים במידת הכנעה בלי הפסק בתמידות, "זכר" ר"ל שיהא במידת זכר, דהנה המחשבה נקרא בשם נוקבא, דהמחשבה הוא מוליד הדיבור, דכשאדם רוצה לדבר הוא מחשב מתחילה את הדיבור ההוא במחשבתו, ונמצא המחשבה מוליד הדיבור, והדיבור נקרא בשם זכר, וצריך האדם לטהר מחשבתו ודיבורו.
'Un agneau sans défaut (se tamim)' (Chemot 12,5) : cela veut dire qu'il soit intègre dans la mesure de soumission, sans interruption, de façon permanente. 'Mâle (zakhar)' : cela veut dire qu'il soit dans la mesure du masculin. Car voici, la pensée (ma'hchava) est appelée du nom de Noukva (l'aspect féminin), car la pensée engendre la parole : lorsque l'homme veut parler, il pense d'abord cette parole dans sa pensée ; il se trouve donc que la pensée engendre la parole, et la parole est appelée du nom de zakhar (masculin).
Et l'homme doit purifier sa pensée et sa parole.
וזהו פירוש הגמרא "זכור ושמור בדיבור אחד נאמרו", ר"ל "זכור" הוא רמז לדיבור כנ"ל, ו"שמור" הוא רמז למחשבה, ע"ד ואביו שמר את הדבר, ובין המחשבה ובין הדיבור צריכים להיות שניהם אחד בקדושה ובטהרה, דהיינו אם הוא מחשב לעשות מצוה, צריך ג"כ להוציא בפיו בדיבורו שהוא רוצה לעשות מצוה זאת, ויאמר "לשם יחוד קודשא בריך הוא ושכינתיה". וזהו פירוש הפסוק "לא על הלחם לבדו יחיה האדם כי על כל מוצא פי ה' יחיה האדם", ר"ל במה שהוא מוציא מפיו שהוא עושה לשם ה', "יחיה האדם" זה הוא עיקר החיות של אדם.
Et telle est l'explication de la Guemara : 'zakhor (souviens-toi) et chamor (garde) furent dits en une seule parole' (Chevouot 20b) : cela veut dire que 'zakhor' fait allusion à la parole comme ci-dessus, et 'chamor' fait allusion à la pensée, à la manière de 'et son père garda la chose' (Berechit 37,11) ; et tant la pensée que la parole doivent être toutes deux une seule chose, dans la sainteté et dans la pureté. C'est-à-dire que s'il pense à accomplir une mitsva, il doit aussi énoncer de sa bouche, par sa parole, qu'il veut accomplir cette mitsva, et dire : 'en vue de l'union du Saint béni soit-Il et de sa Chekhina (lechem yihoud koudcha berikh hou ouchékhintéh)'.
Et telle est l'explication du verset : 'Ce n'est pas du pain seul que vivra l'homme, mais de tout ce qui sort de la bouche de ה' vivra l'homme' (Devarim 8,3) : cela veut dire que par ce qu'il fait sortir de sa bouche, à savoir qu'il agit pour le Nom, 'vivra l'homme' - c'est là l'essentiel de la vitalité de l'homme.
נחזור לענינינו, "זכר" הוא רמז להנ"ל שיוציא וידבר בפיו שהוא עושה לשם הקב"ה ושכינתיה, "בן שנה" פירוש שצריך אדם להזדכך עצמו עד שיהא כבן שנה נקי בלא חטא, כדדרשינן בגמרא על "ובן שנה שאול במלכו" - בן שנה בלא חטא כדפירשתי לעיל, "מן הכבשים ומן העזים תקחו", נ"ל דהנה כתוב "את הכבש אחד תעשה בבוקר ואת הכבש כו'", י"ל הפירוש כך, דהתורה רמזה לנו שני מדריגות אשר יעשה האדם וחי בהם, "כבש" הוא לשון דרגא ומעלה, והיינו הדרגא האחד יעשה בבוקר דהיינו החסדים, דבוקר הוא חסד, שצריך הצדיק לעורר החסדים העליונים, "ואת הכבש כו' בין הערבים", דהיינו דרגא ב' בתשובה על עוונותיו אשר יעבור חלילה, ד"ערביים" הוא לשון חושך.
Revenons à notre propos. 'Zakhar (mâle)' fait allusion à ce qui précède, à savoir qu'il énonce et dise de sa bouche qu'il agit pour le Nom du Saint béni soit-Il et de sa Chekhina. 'Âge d'un an (ben chana)' signifie que l'homme doit s'affiner jusqu'à être comme un enfant d'un an, pur et sans faute, ainsi que nous l'exposons dans la Guemara sur 'Chaoul était âgé d'un an quand il devint roi' (Chmouel I 13,1) - âgé d'un an, sans faute, comme je l'ai expliqué plus haut. 'Vous le prendrez des moutons (kevassim) et des chèvres (izim)' : il me semble que voici, il est écrit 'Tu feras l'un des agneaux le matin, et l'autre agneau, etc.' (Bamidbar 28,4). On peut l'expliquer ainsi : la Tora nous a fait allusion à deux degrés que l'homme doit accomplir et par lesquels il vivra. 'Kéves' (agneau) est un terme de degré et de rang (de kevech, la rampe par laquelle on monte) : ainsi, le premier degré, 'il le fera le matin', c'est-à-dire les hassadim (les bontés), car le matin (boker) est 'hessed, en ce que le tsadik doit éveiller les hassadim supérieurs. 'Et l'autre agneau, etc., entre les deux soirs' : c'est-à-dire le deuxième degré, dans le repentir de ses fautes qu'il aurait commises, à Dieu ne plaise, car 'arbayim' (les soirs) est un terme d'obscurité.
ועל דרך זה נוכל לומר שרמזו חז"ל (שבת עז, ב) "מפני מה עיזים מסגו ברישא וכו'", ד"עיזים" הוא לשון עוז וגבורה, שצריך האדם להתגבר מאוד על יצרו לשוב בתשובה שלימה קודם שירצה לילך במדריגת עבודת הבורא יתעלה, וזהו "מפני מה עיזים", דהיינו תשובה, "מסגי ברישא" צריך להיות קודם, ואמר "כברייתא של עולם חשוכא והדר נהורא", דהיינו שצריך לתקן מתחילה החושך של עבירות ואח"כ נהורא, "מה טעמא הני מכסיין והני מגליין, הני דמכסיין מינייהו מכסיין", פירושו כך, דאיתא בגמרא "חצוף עלי מאן דמפרש חטאיה, דכתיב אשרי נשוי פשע כסוי חטאה", והנה הבעל תשובה כשרוצה להמשיך השפעות צריך לילך באתכסיא מחמת הקטרוג ח"ו, והצדיק גמור מעיקרא הוא הולך באיתגליא ואומר שהוא מתפלל על כל אדם די צורכו ומחסורו, וכן הוא תמיד מתנצל לפני בני אדם ושואג כארי תמיד שהוא מחסר מעבודת הבורא ומחזיק עצמו כחוטא חלילה, וזהו "מאי טעמא הני מכסיין", ר"ל שצריך להיות כסוי חטא, הטעם הוא "דמינייהו מכסיין", דהיינו השפעות הבאים ע"י הבעל תשובה הם באיתכסיא מחמת הקטרוג כנ"ל, "והני מגליין", ר"ל הצדיקים גמורים דמעיקרא שהם הולכים באיתגליא כנ"ל, "מינייהו מגליין", ר"ל השפעות הבאים על ידם ג"כ הם באים באיתגליא, שהם אינם מתייראים מהקטרוג. וזהו (משלי כז, כו) "כבשים ללבושיך", ר"ל שתראה שיהיו לך הדרגות שלא תצטרך להתבייש, וזהו "ללבושיך" ר"ל שהוא נוטריקון "ללא בושה".
וזה פירוש הפסוק "מן הכבשים ומן העיזים תקחו" רמז לכל הנ"ל.
Et de la même manière nous pouvons dire ce à quoi ont fait allusion nos Sages de mémoire bénie (Chabbat 77b) : 'Pourquoi les chèvres marchent-elles en tête, etc. ?'. Car 'izim' (chèvres) est un terme de force (oz) et de guevoura (rigueur, puissance) : l'homme doit se renforcer grandement contre son penchant pour revenir par un repentir complet, avant de vouloir marcher dans le degré du service du Créateur exalté soit-Il.
Et tel est 'pourquoi les chèvres', c'est-à-dire le repentir, 'marchent-elles en tête', doivent-elles venir en premier ; et il dit : 'comme la création du monde, d'abord l'obscurité et ensuite la lumière', c'est-à-dire qu'il faut d'abord réparer l'obscurité des transgressions et ensuite la lumière. 'Quelle en est la raison, que celles-ci sont couvertes et celles-là découvertes ? Celles dont nous nous couvrons sont couvertes' - voici son explication.
Il est enseigné dans la Guemara : 'Effronté à mes yeux celui qui détaille sa faute, car il est écrit : heureux celui dont la transgression est portée, dont la faute est couverte' (Tehilim 32,1 ; Yoma 86b). Or le baal techouva (le repenti), lorsqu'il veut faire descendre des influx, doit aller dans le caché (be-itkassia) à cause de l'accusation, à Dieu ne plaise ; tandis que le tsadik parfait depuis l'origine va dans le découvert (be-itgalia) et dit qu'il prie pour tout homme selon son besoin et son manque, et de même il s'excuse toujours devant les hommes et rugit constamment comme un lion en disant qu'il est déficient dans le service du Créateur, et il se tient lui-même pour un pécheur, à Dieu ne plaise.
Et tel est 'quelle en est la raison, que celles-ci sont couvertes', c'est-à-dire qu'il faut que la faute soit couverte : la raison en est 'que ce sont elles dont on se couvre', c'est-à-dire que les influx qui viennent par le baal techouva sont dans le caché à cause de l'accusation comme ci-dessus. 'Et celles-là sont découvertes' : ce sont les tsadikim parfaits depuis l'origine, qui vont dans le découvert comme ci-dessus ; 'ce sont elles qui sont découvertes', c'est-à-dire que les influx qui viennent par eux viennent eux aussi dans le découvert, car ils ne craignent pas l'accusation. Et tel est (Michlei 27,26) 'les moutons sont pour ton vêtement (kevassim lilvouchekha)' : cela veut dire que tu veilles à avoir des degrés tels que tu n'aies pas à avoir honte ; et tel est 'lilvouchekha', qui est un notarikon (acronyme) de 'lelo boucha' (sans honte).
Et telle est l'explication du verset 'des moutons et des chèvres vous le prendrez', qui fait allusion à tout ce qui précède.
ולקחו מן הדם ונתנו על המשקוף וכו'. נ"ל דאיתא בגמרא "דם ניקף מרצה כדם עולה", ונ"ל דהנה כשאדם מוסר נפשו להשי"ת בשלימות והוא גומר בדעתו כאילו הוא נשרף, וזה נקרא בשם "ניקף" דהיינו לשון הקפה, דבר שאינו במזומן, והיינו "דם ניקף" דהיינו מסירת נפש, "מרצה כדם עולה".
וזהו "ולקחו מן הדם" דהיינו מסירת נפשם, "ונתנו על המשקוף", פירוש דעי"ז ישגיח וישקיף הקב"ה עלינו בעינא פקיחא, "ועל שתי המזוזות", "מזוזות" אותיות "זז מות", "ואכלו את הבשר בלילה הזה צלי אש", דהנה ה"בשר" הוא רמז על הדינים כנודע, "בלילה" הוא הגלות המר, וזהו הפירוש "ואכלו את הבשר בלילה הזה", שיבטלו את הדינים ויכלו אותם בגלות המר הזה, ע"י "צלי אש", "צלי" הוא לשון תפילה, והיינו ע"י תפילה בתמימות וזהו "אש", "על מצות ומרורים יאכלוהו", דאיתא "חנם בלא מצוות", ופירשו המפרשים מצוה שהוא בא לו בחנם בלי טורח ובלא מעות, לאו מצוה היא בשלימות, וזהו הפירוש "על מצות" קרי ביה מצוות, "ומרורים יאכלוהו", דהיינו שיעשה מצוות שבאים לו בטורח ובקושי כמרור, "אל תאכלו ממנו נא" פירוש שתראו שתשלמו המצוה, כי המצוה אינה נקראת אלא על מי שגומרה, "ובשל מבושל במים" רמז על המים הזדונים, דהיינו שלא תעשה המצוה בפניות, "כי אם צלי אש", פירוש שיהיה כולו צלול כאש מן השמים, "ולא תותירו ממנו עד בוקר", פירוש שלא ידחה את המצוה והתשובה עד בקר שהוא לאחר זמן, "ראשו על כרעיו ועל קרבו" פירוש שיהא מוכנע.
'Et ils prendront du sang et le mettront sur le linteau, etc.' (Chemot 12,7). Il me semble que voici, il est enseigné dans la Guemara : 'le sang du nikaf apaise comme le sang d'un holocauste'.
Et il me semble que voici : lorsque l'homme livre son âme au Nom béni soit-Il dans la plénitude et qu'il décide en son esprit comme s'il était brûlé, cela est appelé du nom de 'nikaf', c'est-à-dire un terme de crédit (hakafa), une chose qui n'est pas disponible sur-le-champ ; et tel est 'le sang du nikaf', c'est-à-dire le don de soi (messirout nefech), qui 'apaise comme le sang d'un holocauste'. Et tel est 'et ils prendront du sang', c'est-à-dire de leur don de soi ; 'et ils le mettront sur le linteau (machkof)' : cela signifie que par cela le Saint béni soit-Il veillera et regardera (yachkif) sur nous d'un œil ouvert. 'Et sur les deux montants (mezouzot)' : 'mezouzot' a les mêmes lettres que 'zaz mavet' (זז מות, la mort s'écarte). 'Et ils mangeront la chair cette nuit-là, rôtie au feu' (Chemot 12,8) : voici, la 'chair (bassar)' fait allusion aux dinim (les rigueurs), comme il est connu, et 'la nuit' est l'exil amer.
Et telle est l'explication de 'et ils mangeront la chair cette nuit-là' : qu'ils annulent les dinim et les consument dans cet exil amer, par le moyen de 'rôti au feu (tséli ech)' : 'tséli' est un terme de prière (en araméen, tsaléi signifie prier), c'est-à-dire par la prière dans l'intégrité, et tel est le 'feu'. 'Avec des matsot et des herbes amères ils le mangeront' (Chemot 12,8) : il est enseigné 'gratuitement, sans mitsvot', et les commentateurs ont expliqué qu'une mitsva qui lui vient gratuitement, sans peine et sans argent, n'est pas une mitsva dans sa plénitude ; et telle est l'explication de 'al matsot' - lis-y 'mitsvot' - 'et des herbes amères ils le mangeront', c'est-à-dire qu'il accomplira des mitsvot qui lui viennent avec peine et avec difficulté, comme l'herbe amère. 'N'en mangez pas à demi-cuit (na)' (Chemot 12,9) : cela signifie que vous veilliez à achever la mitsva, car la mitsva n'est nommée que d'après celui qui l'achève. 'Ni cuit, cuit dans l'eau' : allusion aux eaux insolentes (mayim hazédonim, Tehilim 124,5), c'est-à-dire que tu n'accomplisses pas la mitsva avec des arrière-pensées (peniyot). 'Mais bien rôti au feu' : cela signifie qu'il soit tout entier limpide (tsaloul) comme un feu venu du ciel. 'Et vous n'en laisserez rien jusqu'au matin' (Chemot 12,10) : cela signifie qu'il ne reporte pas la mitsva ni le repentir jusqu'au matin, c'est-à-dire à plus tard. 'Sa tête sur ses pattes et sur ses entrailles' : cela signifie qu'il soit soumis.
ועפ"ז נ"ל הגמרא "אמר רב יהודא אמר רב האומר שטר אמנה הוא זה", הרמז האומר שהקב"ה יאמין לו שיעשה תשובה לאחר זמן, "אינו נאמן", ופריך בגמרא "דקאמר מאן אילימא דקאמר לוה" דהיינו האדם, "פשיטא כל כמיניה", כי אין יודע מה יולד יום, "אלא דקאמר מלוה" דהיינו השי"ת ב"ה, "תבא עליו ברכה" על שהוא מאריך אפו, "אלא דקאמרי עדים" רמז על הצדיקים שהם מכונים בשם "עדים", כדאיתא הקב"ה וישראל מעידים זע"ז, פירוש שהצדיקים אומרים זאת שהם עיוותו קצת כי אין צדיק אשר יעשה טוב כו', "אי כתב ידם יוצא ממקום אחר", פירוש החטא הזה שהוא מוטל על הצדיק לשלם ולתקן אותו הוא ממקום אחר, דהיינו חטא נעורים שאינו נוגע לצדקתו, "פשיטא דלא מהימן" וצריך לעשות תשובה על זה מיד, "אלא דאין כתב ידם יוצא ממקום אחר", פירוש שכבר תיקן עצמו מחטאת נעוריו לגמרי, אך שעתה בעשיית מצוות יש לו מעט פניות וגיאות, ועל אלו הקלקולים אומר שיתקן אותם לאחר זמן כנ"ל, "אמאי לא מהימן", כי בודאי אינם יכולים לתקן אותם בפעם אחת, רק מעט מעט הוא משבר עצמו מכל הפניות, ואז יכול לתקן מה שעיוות כבר, "אמר רבא לעולם דקאמר לוה וכדאמר רב הונא אמר רב מודה בשטר שכתבו אין צריך לקיימו", ר"ל האדם שהוא מודה ומתוודה על חובותיו וחוזר בתשובה, "אין צריך לקיים" פירוש אף שלא קיים עדיין הסיגופים והתעניות, אעפ"כ הוא צדיק גמור. ואשמעינן הכא אעפ"י שהודה והתודה על חטאיו, אין נאמן לומר שיאמין לו הקב"ה על הסיגופים עד אחר זמן, כי אם שיתחיל מיד לסגף עצמו, "אביי אמר לעולם דקאמר מלוה" פירוש הקב"ה כנ"ל, "וכגון במקום שחב לאחרים", מאי דקאמר אינו נאמן, דהיינו שהרשע הזה הוא מסור או מלשין והוא מיצר לצדיק, ולרשע כזה אין הקב"ה מאריך אפו, "וכדר' נתן שמוציאין מזה ונותנין לזה", פירוש שמוציאין מהרשע זכיות ונותנין לצדיק, "רב אשי אמר לעולם דקאמרי עדים וכו' וכרב כהנא דאסור לו לאדם לשהות שטר אמנה בתוך ביתו", וצריך להתחזק מיד לתקן הפניות במצוותיו.
וק"ל.
Et sur cette base il me semble expliquer la Guemara : 'Rav Yehouda a dit au nom de Rav : celui qui dit - ceci est un acte de confiance (chetar amana, un billet signe sans dette réelle, remis par pure confiance)' - l'allusion est à celui qui dit que le Saint béni soit-Il lui fera confiance qu'il fera repentance plus tard ; 'il n'est pas cru'. Et la Guemara objecte : 'qui le dit ?
Si l'on dit que c'est l'emprunteur qui le dit' - c'est-à-dire l'homme - 'c'est évident, est-ce en son pouvoir ?', car nul ne sait ce qu'enfantera le jour (Michlei 27,1). 'Mais si l'on dit que c'est le prêteur qui le dit' - c'est-à-dire le Nom béni soit-Il - 'que la bénédiction vienne sur lui', pour ce qu'Il est long à la colère. 'Mais si l'on dit que ce sont les témoins qui le disent' - allusion aux tsadikim, qui sont désignés du nom de 'témoins', ainsi qu'il est enseigné que le Saint béni soit-Il et Israël témoignent l'un pour l'autre ; cela signifie que les tsadikim disent qu'ils ont quelque peu perverti, car 'il n'est point de juste qui fasse le bien, etc.' (Kohelet 7,20). 'Si leur écriture est attestée d'un autre endroit' : cela signifie que cette faute qui incombe au tsadik, qu'il doit payer et réparer, vient d'un autre endroit, c'est-à-dire une faute de jeunesse qui ne touche pas à sa justice - 'c'est évident qu'il n'est pas cru', et il doit faire repentance sur cela immédiatement. 'Mais si leur écriture n'est pas attestée d'un autre endroit' : cela signifie qu'il s'est déjà entièrement réparé de ses fautes de jeunesse, seulement que maintenant, dans l'accomplissement des mitsvot, il a un peu d'arrière-pensées (peniyot) et d'orgueil, et sur ces dégradations il dit qu'il les réparera plus tard, comme ci-dessus - 'pourquoi ne serait-il pas cru ?', car assurément on ne peut les réparer en une seule fois, mais c'est peu à peu qu'il brise en lui toutes les arrière-pensées, et alors il peut réparer ce qu'il a déjà perverti. 'Rava a dit : en vérité c'est l'emprunteur qui le dit, et selon ce qu'a dit Rav Houna au nom de Rav : celui qui reconnaît un acte, qu'il l'a écrit, il n'est pas nécessaire de l'authentifier (lekayemo)' - cela veut dire l'homme qui reconnaît et confesse ses dettes et revient par la repentance : 'il n'a pas besoin d'accomplir (lekayem)', c'est-à-dire que bien qu'il n'ait pas encore accompli les mortifications (sigoufim) et les jeûnes, il est malgré tout un tsadik parfait. Et il nous enseigne ici que, bien qu'il ait reconnu et confessé ses fautes, il n'est pas cru lorsqu'il dit que le Saint béni soit-Il lui fera confiance pour les mortifications jusqu'à plus tard, mais qu'il doit au contraire commencer immédiatement à se mortifier. 'Abaye a dit : en vérité c'est le prêteur qui le dit' - c'est-à-dire le Saint béni soit-Il comme ci-dessus - 'et dans un cas où cela cause un dommage à d'autres' : ce qu'il dit, 'il n'est pas cru', signifie que ce racha (mécréant) est un délateur ou un dénonciateur et qu'il opprime le tsadik ; et pour un tel racha, le Saint béni soit-Il n'est pas long à la colère. 'Et selon Rabbi Natan, que l'on retire de celui-ci et que l'on donne à celui-là' : cela signifie que l'on retire du racha ses mérites et qu'on les donne au tsadik. 'Rav Achi a dit : en vérité ce sont les témoins qui le disent, etc., et selon Rav Kahana, qu'il est interdit à l'homme de laisser séjourner un acte de confiance dans sa maison' - et il doit se renforcer immédiatement pour réparer les arrière-pensées dans ses mitsvot.
Et cela est aisé à comprendre.