נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Bo (1/4)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Hachem dit à Moché : viens (bo) vers Pharaon » (Chemot 10,1). Le saint Zohar objecte : il fallait « va (lekh) », et pourquoi aller chez lui, puisque D.ieu a appesanti son cœur. Selon le Noam Elimele'h, le racha (le mécréant) ne retient qu'un moment, « comme un chien qui retourne à son vomissement » ; seules paroles et merveilles, jour après jour, se maintiennent. « Viens » est cette régularité, non le passage d'« aller ». Les « signes (ototai) » sont aussi les lettres saintes (otiyotai) placées « en son sein » longtemps, car une écoute dès la première fois le ferait retourner à son mauvais penchant.

Aussi : le tsadik attire les signes sur Pharaon, car le mal ne sort pas du Très-Haut ; jeunesse et vieillesse en sainteté, jusqu'au négoce et à la table ; ténèbres quand Moché détourne sa lumière de Torah.

ויאמר ה' אל משה בא אל פרעה כו'. הדקדוק מפורש בזוהר הקדוש "לך אל פרעה" היה לו לומר.

ועוד מה זה נתינת טעם "כי אני הכבדתי את לבו", אדרבה מאחר שהכביד את לבו למה לו לילך בחנם, הלא בודאי לא ישמע לו.

"Et ה' dit à Moché : viens (bo) vers Pharaon, etc." (Exode 10,1). La difficulté est exposée dans le saint Zohar : il aurait fallu dire "va (lekh) vers Pharaon".

Et de plus, quel est ce motif donné, "car j'ai appesanti son cœur" ? Au contraire : puisqu'Il a appesanti son cœur, pourquoi aller chez lui en vain, car assurément il ne l'écoutera pas.

‎ונראה לפרש, דהנה בראות הצדיק נפלאות הבורא או כשישמע מחבירו הצדיק דברים קדושים אזי הוא מתלהב בעבודת הבורא יתברך ויתעלה, משא"כ הרשע אף כשרואה נפלאות או שהצדיק מדבר אליו פעם אחד אזי הוא חוזר לפי שעה אבל אינו מתקיים בקרבו איזה זמן והוא ככלב שב אל קיאו, אבל כשהצדיק מדבר אליו יום יום או בראותו נפלאות הבורא יום אחר יום יכול להיות מתקיים בידו זמן רב.

Et il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, lorsque le tsadik (le juste) voit les merveilles du Créateur, ou qu'il entend de son compagnon le tsadik des paroles saintes, alors il s'enflamme dans le service du Créateur, béni soit-Il et exalté soit-Il. Il n'en va pas de même du racha (le mécréant) : même lorsqu'il voit des merveilles, ou que le tsadik lui parle une fois, il revient pour un moment, mais cela ne se maintient pas en lui un certain temps, et il est "comme un chien qui retourne à son vomissement" (Proverbes 26,11) ; mais lorsque le tsadik lui parle jour après jour, ou lorsqu'il voit les merveilles du Créateur un jour après l'autre, cela peut se maintenir chez lui longtemps.

‎וזהו "בא אל פרעה" בקביעות יום אחר יום ולא בדרך ארעי, ולכן לא נאמר "לך" שהוא לשון ארעי. וזהו הנתינת טעם "כי אני הכבדתי כו' למען שיתי אותותי" ר"ל אותיותי הקדושים שתדבר אליו יום יום, אשים "בקרבו" דייקא, כלומר שיתקיימו בקרבו זמן רב, ולא כן כשישמע אליך בפעם הראשון יחזור לסורו כנ"ל.

ולזה לא נאמר "מופתי", לרמז במלת "אותותי" שני משמעות, לשון אותות כפשוטו וגם לשון אותיות כנ"ל, "ולמען תספר באזני בנך כו'" פירוש דהנה כשהצדיק רואה נפלאות ה' פעם אחד אזי מתלהב לבו זמן רב, וכשיחזור ויראה עוד נפלאות אזי בא למדרגה יתירה לספר גדולותיו יתברך לדורי דורות, ונמצא גם זה נתינת טעם לזה שלא ישמע אליך פרעה בפעם ראשון הוא "למען תספר כו'" שתבוא למדריגה נוספת לספר "באזני בנך" לדורי דורות. וק"ל.

Et c'est le sens de "viens (bo) vers Pharaon" : de façon régulière, un jour après l'autre, et non de manière passagère ; c'est pourquoi il n'est pas dit "va (lekh)", qui est un terme désignant ce qui est passager. Et voici le motif donné : "car j'ai appesanti, etc., afin que je place mes signes (ototai)" - c'est-à-dire mes lettres saintes (otiyotai), celles que tu lui diras jour après jour, je les placerai "en son sein (bekirbo)" précisément, autrement dit qu'elles se maintiendront en lui longtemps ; ce qui ne serait pas le cas s'il t'écoutait dès la première fois, car il retournerait à son mauvais penchant, comme ci-dessus.

Et c'est pourquoi il n'est pas dit "mes prodiges (moftai)", afin de faire allusion, par le mot "ototai", à deux sens : le terme "otot" (signes) selon le sens simple, et aussi le terme "otiyot" (lettres) comme ci-dessus. "Et afin que tu racontes aux oreilles de ton fils, etc." (Exode 10,2) : explication - voici, lorsque le tsadik voit les merveilles de ה' une fois, son cœur s'enflamme pour longtemps ; et lorsqu'il verra encore d'autres merveilles, il parvient alors à un degré supplémentaire, celui de raconter Ses grandeurs, béni soit-Il, de génération en génération.

Il se trouve que cela aussi est un motif donné au fait que Pharaon ne t'écoutera pas la première fois : c'est "afin que tu racontes, etc.", que tu parviennes à un degré supplémentaire, celui de raconter "aux oreilles de ton fils" de génération en génération. Et cela se comprend aisément (ve-kal le-havin).

בא אל פרעה כו'. פירש רש"י ז"ל "והתרה בו", ולכאורה מה בעי רש"י בזה.

ונראה לפרש, דהנה נקוט האי כללא בידך דהבורא ב"ה ויתעלה זכרו לנצח זהו תענוגו להטיב ולהשפיע לכל העולמות ולכל הברואים, אך מחמת שהשפעת הבורא ב"ה הוא רב מאוד ובלתי אפשרי לקבל השפעתו כי אם ע"י ממוצע הוא הצדיק המקבל השפעה מלמעלה והוא משפיע לכל, גם לאינו הגון ומוכשר לקבל אעפ"כ הוא משפיע לו, ונמצא ההשפעה שהצדיק משפיע אינו אלא כגומל חסד עם כל העולם שהוא מקבל השפעה מלמעלה ומחלק לכל, אבל העיקר הוא מהבורא ב"ה.

"Viens vers Pharaon, etc." Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki), de mémoire bénie, explique : "et avertis-le". À première vue, que veut donc dire Rachi par là ?

Et il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, tiens bien en main cette règle, à savoir que le Créateur, béni soit-Il et exalté soit Son souvenir à jamais, a pour plaisir de faire du bien et de répandre l'influx (hachpaa) sur tous les mondes et sur toutes les créatures. Seulement, comme l'influx du Créateur, béni soit-Il, est très abondant, il est impossible de recevoir Son influx sinon par un intermédiaire : c'est le tsadik, qui reçoit l'influx d'en haut et le répand sur tous ; même sur celui qui n'est pas digne ni apte à recevoir, il le lui répand malgré tout.

Il se trouve donc que l'influx que le tsadik répand n'est rien d'autre qu'un acte de bonté ('hessed) envers le monde entier, puisqu'il reçoit l'influx d'en haut et le distribue à tous ; mais l'essentiel vient du Créateur, béni soit-Il.

‎וזהו "לעושה נפלאות גדולות לבדו", פירוש שהקב"ה עושה נפלאות עם עמו ישראל אינו אלא לבדו, "כי לעולם חסדו" פירוש כי "לעולם" כלומר המשכת השפעה הבאה לעולם, "חסדו" ר"ל ע"י חסד של הצדיק שגומל חסד עם כל אדם כנ"ל.

Et c'est le sens de "à Celui qui fait seul de grandes merveilles" (Psaumes 136,4) : explication - ce que le Saint, béni soit-Il, fait de merveilles avec Son peuple Israël n'est que par Lui seul ; "car Sa bonté est pour toujours (ki le-olam hasdo)" : explication - "le-olam", c'est-à-dire l'attraction de l'influx qui vient au monde (olam), "hasdo", c'est-à-dire par le 'hessed du tsadik qui pratique la bonté envers tout homme, comme ci-dessus.

‎והנה הצדיק המשפיע ברצותו לקבל השפעה מלמעלה צריך להקטין עצמו בהכנעה גדולה, ואח"כ בעת השפעתו לעולם הוא מתפשט עצמו ומתרחב להשפיע לכל העולם, כאדם המתפשט עצמו בכל חדריו ועליותיו להכניס בהם כל אשר לו למלאות אותם כל טוב. ורמז לזה אות צ' הוא רמז על הצדיק המקבל ומשפיע, דאות צ' נכתב נון יוד כזה צ', יוד מאחוריו של הנו"ן והראש העליון של הנו"ן הוא קטן והרגל התחתון הוא רחב, וכל זה הוא רמז על הצדיק המקבל השפעה הוא ע"י חכמה והיו"ד הוא חכמה, וצריך הצדיק להקטין ולהכניע עצמו בעת קבלתו כמ"ש "והחכמה מאין תמצא" פירוש מי שהוא בעיניו כ"אין", בצדיק הזה תמצא חכמה לקבל משם השפעה, ולכן ראש העליון של הנו"ן הוא קטן, רמז בעת קבלתו השפעתו מהיו"ד צריך להקטין עצמו שיהיה בעיניו כאין כנ"ל, והרגל התחתון הוא רחב, רמז כנ"ל דהיינו בעת שמשפיע לעולם הוא מתרחב ומתפשט לחלק לכל כנ"ל, ולכן מהדר אפיה דנו"ן מן היו"ד, לרמז לזה שכתבתי שגם למי שאינו הגון כ"כ לקבל הוא משפיע לו ומטה עצמו אליו להשפיע גם לו.

וזהו "זמרו ה' כי גאות עשה" פירוש זמרו להשם הטוב שעשה וברא גאות כנ"ל שהצדיק מתפשט ומתרחב עצמו כעין אדם המתגאה, "מודעת זאת בכל הארץ" ר"ל שהוא משפיע לכל הארץ גם לשאינו הגון כ"כ.

Et voici, le tsadik qui répand l'influx, lorsqu'il veut recevoir l'influx d'en haut, doit se faire petit dans une grande humilité ; et ensuite, au moment où il le répand sur le monde, il se déploie et s'élargit pour le répandre sur le monde entier, tel un homme qui se déploie dans toutes ses chambres et ses étages pour y faire entrer tout ce qui lui appartient et les remplir de tout bien. Et il y a une allusion à cela dans la lettre tsadi (צ), qui fait allusion au tsadik qui reçoit et qui répand : car la lettre tsadi s'écrit d'un noun et d'un youd, ainsi צ, le youd étant derrière le noun, la tête supérieure du noun étant petite et le pied inférieur étant large.

Et tout cela est une allusion au tsadik : sa réception de l'influx se fait par la 'hokhma (la sagesse), et le youd, c'est la 'hokhma ; et le tsadik doit se faire petit et s'humilier au moment de sa réception, ainsi qu'il est écrit "et la sagesse, d'où (me-ayin) se trouve-t-elle ?" (Job 28,12) - explication : celui qui est à ses propres yeux comme "ayin" (néant), c'est chez ce tsadik-là que se trouve la sagesse pour recevoir de là l'influx ; c'est pourquoi la tête supérieure du noun est petite, allusion au fait qu'au moment où il reçoit son influx du youd il doit se faire petit et être à ses yeux comme un néant, comme ci-dessus ; et le pied inférieur est large, allusion à ce qui précède, à savoir qu'au moment où il répand sur le monde il s'élargit et se déploie pour distribuer à tous, comme ci-dessus. Et c'est pourquoi le noun détourne sa face du youd, pour faire allusion à ce que j'ai écrit, à savoir que même à celui qui n'est pas tellement digne de recevoir, il répand et s'incline vers lui pour lui donner à lui aussi.

Et c'est le sens de "chantez ה' car Il a fait une chose haute (gueout)" (Isaie 12,5) : explication - chantez au Nom bon, qui a fait et créé la "gueout" (l'élévation, la grandeur) comme ci-dessus, à savoir que le tsadik se déploie et s'élargit à la manière d'un homme qui se fait grand ; "que cela soit connu par toute la terre" - c'est-à-dire qu'il répand sur toute la terre, même sur celui qui n'est pas tellement digne.

‎ולפי דרכינו ההשפעה נקרא בשם "נפלאות", דהיינו הטובות שהשי"ת עושה עם עמו ישראל הקדושים נקרא נפלאות, אבל מה שהקב"ה מביא פורעניות ועונשים על הרשעים נקרא "אותות" כמ"ש "מאותות השמים אל תחתו" שאין לישראל להתיירא מאותות. וגם המשכת עונשין ורעות על האומות הוא ג"כ ע"י הצדיק כי "מפי עליון לא תצא הרעות".

Et selon notre voie, l'influx est appelé du nom de "niflaot" (merveilles), c'est-à-dire que les bienfaits que le Nom béni soit-Il accomplit avec Son peuple Israël les saints sont appelés merveilles ; mais ce que le Saint, béni soit-Il, fait venir comme calamités et châtiments sur les méchants est appelé "otot" (signes), ainsi qu'il est écrit "des signes du ciel ne soyez pas effrayés" (Jérémie 10,2) - car Israël n'a pas à craindre des "otot". Et de même, l'attraction des châtiments et des maux sur les nations se fait elle aussi par le tsadik, car "de la bouche du Très-Haut ne sortent pas les maux" (Lamentations 3,38).

‎וזהו פירוש הפסוק "גדול כבודו בישועתך", פירוש שהצדיק נתגדל ונתפשט ונתרחב כבודו בעת השפעתו לעולם, שזה הוא "ישועתך", דמה שישראל מלאים ושבעים כל טוב היא הישועה להשכינה, ומפרש הכתוב "הוד והדר תשוה עליו כי תשיתהו ברכות לעד", ר"ל שמסרת לו הברכות לברך את בית ישראל לעולם, "תחדהו בשמחה את פניך", פירוש וגם המדריגה זאת נתת להצדיק שאתה משמחו בזה שהוא ע"י דיבורו הקדוש ממשיך עונש ורעות על הרשעים, והיינו "את פניך" לשון רוגז, ממשיך הצדיק כי מאתך לא תצא הרעות.

Et telle est l'explication du verset "grande est sa gloire par Ton salut" (Psaumes 21,6) : explication - la gloire du tsadik grandit, se déploie et s'élargit au moment où il répand l'influx sur le monde, et cela même est "Ton salut", car le fait qu'Israël soit comblé et rassasié de tout bien, c'est là le salut de la Chekhina (la Présence divine). Et le texte précise : "splendeur et majesté Tu poses sur lui, car Tu fais de lui des bénédictions à jamais" (Psaumes 21,6-7) - c'est-à-dire que Tu lui as remis les bénédictions pour bénir la maison d'Israël à jamais ; "Tu le réjouis de joie par Ta face (et paneikha)" : explication - ce degré aussi, Tu l'as donné au tsadik, car Tu le réjouis en ceci que, par sa parole sainte, il attire le châtiment et les maux sur les méchants ; et c'est le sens de "et paneikha", terme désignant la colère : c'est le tsadik qui l'attire, car de Toi ne sortent pas les maux.

‎וזהו "ויאמר ה' אל משה בא אל פרעה" פירש"י והתרה בו, כלומר שע"י דיבורך תמשיך עליו האותות, "כי אני הכבדתי כו'" אלא מאתי לא תצא הרעות לכן צריך אתה להתרות בו, "למען שיתי אותותי אלה בקרבו" שאתה תמשיך עליו האותות כי מפי עליון לא תצא הרעה. והבן.

Et c'est le sens de "et ה' dit à Moché : viens vers Pharaon", que Rachi explique par "et avertis-le", autrement dit que par ta parole tu attireras sur lui les signes (otot) ; "car j'ai appesanti, etc." - mais de Moi ne sortent pas les maux, c'est pourquoi tu dois l'avertir ; "afin que je place ces miens signes en son sein" - c'est toi qui attireras sur lui les signes, car de la bouche du Très-Haut ne sort pas le mal. Comprends bien.

או יאמר "בא אל פרעה כו' למען שיתי כו'", דהנה כתיב "אני ה' אשר הוצאתיך מארץ מצרים", ומקשים העולם למה מזכיר יציאת מצרים יותר מבריאת עולם שזה הוא חידוש והטבה גדולה יותר, אך האמת שעיקר בריאת העולם היה בשביל התורה הקדושה כדאיתא "בראשית - בשביל התורה שנקרא ראשית", ואז ביציאת מצרים התחיל חידוש התורה, לכן אמר אני ה' אשר הוצאתיך, שזה העיקר שהיה התחלת התורה אשר בשבילה היה עיקר הבריאה. והנה הקב"ה מתאוה לתפילתן של צדיקים, ולפעמים השי"ת ב"ה גוזר גזירה כדי שיתפלל הצדיק ויבטלה, וזהו "בא אל פרעה כי אני הכבדתי כו'", שלא ישלח את ישראל, ואתה תבטל זאת "למען שיתי אותותי" ר"ל אותיותי של התורה שיהיה בעת צאתם ממצרים שהיה אז התחלת התורה הקדושה.

וק"ל.

Ou bien on peut dire ainsi : "viens vers Pharaon, etc., afin que je place, etc." Voici, il est écrit "Je suis ה' qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte" (Exode 20,2), et les gens demandent : pourquoi mentionne-t-Il la sortie d'Égypte plutôt que la création du monde, qui est une nouveauté et un bienfait plus grands ? Mais la vérité est que l'essentiel de la création du monde fut pour la sainte Torah, comme il est enseigné : "Berechit - pour la Torah qui est appelée rechit (commencement)" (Rachi sur Genèse 1,1) ; et alors, à la sortie d'Égypte, commença le renouvellement de la Torah.

C'est pourquoi Il a dit "Je suis ה' qui t'ai fait sortir", car c'est là l'essentiel, ce fut le commencement de la Torah pour laquelle eut lieu l'essentiel de la création. Et voici, le Saint, béni soit-Il, désire la prière des tsadikim, et parfois le Nom béni soit-Il décrète un décret afin que le tsadik prie et l'annule.

Et c'est le sens de "viens vers Pharaon, car j'ai appesanti, etc.", pour qu'il ne renvoie pas Israël, et toi tu annuleras cela, "afin que je place mes signes (ototaï)" - c'est-à-dire mes lettres (otiyotaï) de la Torah, ce qui devait avoir lieu au moment de leur sortie d'Égypte, qui fut alors le commencement de la sainte Torah. Et cela se comprend aisément.

ויאמר משה בנערינו ובזקנינו נלך כו'. נראה לפרש דאיתא בגמרא "בשמחת בית השואבה היו אומרים אשרי ילדותינו שלא ביישה את זקנותינו", דהיינו שהיו מתנהגים מיד בנערותם כשורה ולא היו מתביישים בזקנותם ממעשה נערותם שהיו ג"כ בקדושה, אבל מי שאינו מתנהג בקדושה בנערותו, אזי לעת זקנותו הוא מתבייש ממעשיו הקודמים וצריך לסור מדרכו, על כן טוב שיתקדש עצמו מיד.

וזהו שאמר הכתוב "חנוך לנער על פי דרכו גם כי יזקין לא יסור ממנה", כלומר שלא יצטרך לסור מדרכו הקודם, ויוכל לילך בעקבות נעוריו כמו שהיה מתנהג עד עתה, ובקל יכול לעבוד השי"ת ב"ה.

"Et Moché dit : avec nos jeunes gens et avec nos vieillards nous irons, etc." (Exode 10,9). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : il est enseigné dans la Guemara que, lors de la réjouissance de Sim'hat Beit ha-Choéva (la fête du puisement de l'eau à Soukot), on disait "heureuse notre jeunesse qui n'a pas fait honte à notre vieillesse" (Souka 53a) - c'est-à-dire qu'ils se conduisaient dès leur jeunesse comme il convient, et qu'ils n'avaient pas honte dans leur vieillesse des actes de leur jeunesse, qui avaient eux aussi été accomplis en sainteté.

Mais celui qui ne se conduit pas en sainteté dans sa jeunesse, au temps de sa vieillesse il a honte de ses actes antérieurs et doit se détourner de sa voie ; c'est pourquoi il est bon qu'il se sanctifie dès le début. Et c'est ce que dit le texte : "éduque le jeune selon sa voie, même lorsqu'il vieillira il ne s'en détournera pas" (Proverbes 22,6) - autrement dit qu'il n'aura pas besoin de se détourner de sa voie antérieure, et qu'il pourra marcher sur les traces de sa jeunesse, comme il se conduisait jusqu'à présent, et il pourra servir aisément le Nom béni soit-Il.

‎וזהו "בנערינו ובזקנינו נלך", רצה לומר שנתנהג ונלך בקדושה הן בנעורינו והן בזקנינו, "בבנינו ובבנותינו נלך", היינו שנדריך אותם בקדושה, "בצאנינו ובבקרינו נלך", רמז גם בעובדות הגשמיות כמו משא ומתן ואכילה ושתיה וכדומה נלך בכל זה להשי"ת, "כי חג ה' לנו", ר"ל כי התלהבות אש בוער בנו לעבודתו יתברך שמו ויתעלה זכרו. וק"ל.

Et c'est le sens de "avec nos jeunes gens et avec nos vieillards nous irons" : il veut dire que nous nous conduirons et marcherons en sainteté, tant dans notre jeunesse que dans notre vieillesse ; "avec nos fils et avec nos filles nous irons", à savoir que nous les guiderons dans la sainteté ; "avec notre petit et notre gros bétail nous irons", allusion au fait que même dans les activités matérielles, comme le négoce, le manger, le boire et le reste, nous irons en tout cela vers le Nom béni soit-Il ; "car c'est une fête de ה' pour nous", c'est-à-dire qu'un feu d'enthousiasme brûle en nous pour Son service, béni soit Son Nom et exalté soit Son souvenir. Et cela se comprend aisément.

או יאמר "בא אל פרעה כו' ולמען תספר כו'". נראה כי עיקר כוונת הבורא יתברך בהכות את פרעה ועבדיו, למען יהיה אות לבני ישראל, ושיתרבו אותיות התורה על ידו באלה הדברים הנאמרים בו, ולא יהיה הספר תורה חסר אפילו אות אחת.

והנה האיש משה כשהלך אצל פרעה, לא היה הולך ברצונו הטוב, כי לא היה חפץ להסתכל בדמות אדם רשע, לכך אמר לו השי"ת ב"ה בלשון "בא", ר"ל שתבוא אליו ברצונך, כי יש לי על ידו להתוסף קדושה ע"י אותיות התורה הנאמרים עבורו, ולזה אין שייך כאן לומר לשון "לך", כי הליכה מיקרי אף שאדם הולך שלא ברצונו, כי אע"פ שהולך שלא ברצונו אעפ"כ המעשה הליכה ברגליו נעשית, ו"ביאה" היא שייך כשהאדם בא ברצונו, ומחשבתו הוא המביאה לאדם אל הדבר ההוא, וזהו "למען שיתי אותותי" הוא מלשון אותיות כנ"ל.

Ou bien on peut dire ainsi : "viens vers Pharaon, etc., et afin que tu racontes, etc." Il semble que l'intention essentielle du Créateur, béni soit-Il, en frappant Pharaon et ses serviteurs, était qu'il y ait là un signe (ot) pour les enfants d'Israël, et que les lettres (otiyot) de la Torah se multiplient par lui, par ces paroles qui sont dites à son sujet, et que le rouleau de la Torah ne manque pas même d'une seule lettre. Et voici, l'homme Moché, lorsqu'il allait chez Pharaon, n'y allait pas de son bon gré, car il ne désirait pas regarder l'image d'un homme méchant ; c'est pourquoi le Nom béni soit-Il lui dit par le terme "bo" (viens), c'est-à-dire que tu viennes à lui de ton plein gré, car j'ai par lui un surcroît de sainteté à obtenir, par les lettres de la Torah qui sont dites à son sujet.

Et pour cela il ne convient pas de dire ici le terme "lekh" (va), car il y a bien "aller" même quand un homme va contre son gré : bien qu'il aille contre son gré, l'acte d'aller avec ses pieds s'accomplit tout de même ; tandis que la "venue" (bia) ne s'applique que lorsque l'homme vient de son plein gré, et que c'est sa pensée qui amène l'homme à cette chose. Et c'est le sens de "afin que je place mes otot" : c'est du terme "otiyot" (lettres), comme ci-dessus.

ולמען תספר באזני בנך. היות כשהקב"ה ברחמיו עושה נס לישראל פעם אחת ונוקם להם מאויביהם, אז נתעוררו הרחמים ומועיל אפילו לעתיד בכל דור, כשישראל צריכין להנקם מאיזה שונא העומד עליהם להכבידם בעול שררה או מלך, אז הקב"ה עושה נקמה בו כיון שכבר נתעוררו אותן הרחמים בענין כזה.

וזהו "ולמען תספר כו' אשר התעללתי במצרים", וכשתספרו זאת תעוררו אותם הרחמים וינקם לכם מאויביכם לבל יוכלו להיצר לכם כלל. והבן.

"Et afin que tu racontes aux oreilles de ton fils" (Exode 10,2). Étant donné que, lorsque le Saint, béni soit-Il, dans Sa miséricorde, accomplit une fois un miracle pour Israël et le venge de ses ennemis, alors les miséricordes sont éveillées et cela est utile même pour l'avenir, à chaque génération : lorsque Israël a besoin d'être vengé de quelque ennemi qui se dresse contre lui pour l'accabler du joug d'une domination ou d'un roi, alors le Saint, béni soit-Il, en tire vengeance, puisque ces miséricordes-là ont déjà été éveillées dans une affaire semblable.

Et c'est le sens de "et afin que tu racontes, etc., comment je me suis joué de l'Égypte" - et lorsque vous raconterez cela, vous éveillerez ces miséricordes, et Il vous vengera de vos ennemis, de sorte qu'ils ne puissent nullement vous nuire. Comprends bien.

ויאמר ה' אל משה נטה ידך על ארץ מצרים בארבה. ויש לדקדק על הלשון "בארבה".

ונראה לפרש עפ"ז פסוק בפרשת וארא דכתיב שם במכת ברד "כי עתה שלחתי את ידי ואך אותך בדבר ואולם בעבור זאת העמדתיך כו'", ויש לדקדק למה דווקא במכת ברד אמר לו זה? אך הענין הוא, כי כל המכות שבאו על פרעה, היה על איזה זכות שהיה להם לישראל או שיהיה להם, ועל אותו זכות במכוון בא המכה כנגדו. וזהו פירוש הפסוק הנ"ל, כי מכת ברד היה בא בזכות הדבור שמדברים ומודים תמיד להשי"ת ב"ה, וכיון שכן היה הדין נותן שיבוא במקומו מכת דבר, כי הם האותיות ממש של הדבור כנ"ל, וע"ז אמר "כי עתה שלחתי את ידי ואך אותך בדבר" תחת מכת "ברד", כי כך הדין נותן כנ"ל, "ואולם בעבור זאת העמדתיך למען ספר שמי" הפכתי את האותיות "דִבֶר"לאותיות "ברד" ולא לאותיות "דֶבֶר", וזהו "בארבה" בשביל שאמרתי "הרבה ארבה את זרעך" כנ"ל.

וק"ל.

"Et ה' dit à Moché : étends ta main sur le pays d'Égypte pour les sauterelles (ba-arbé)" (Exode 10,12). Il y a lieu de s'interroger sur le terme "ba-arbé".

Et il semble qu'on puisse expliquer d'après ce verset de la paracha Vaera, où il est écrit à propos de la plaie de la grêle : "car maintenant j'aurais étendu ma main et je t'aurais frappé par la peste (ba-dever), mais c'est pour cela que je t'ai maintenu, etc." (Exode 9,15-16). Et il y a lieu de s'interroger : pourquoi est-ce précisément lors de la plaie de la grêle qu'Il lui a dit cela ?

Mais voici l'affaire : toutes les plaies qui vinrent sur Pharaon venaient en raison d'un mérite qu'Israël possédait ou qu'il devait posséder, et c'est en correspondance directe avec ce mérite-la que venait la plaie qui lui faisait face. Et telle est l'explication du verset ci-dessus : car la plaie de la grêle (barad) venait par le mérite de la parole (dibour), par laquelle ils parlent et rendent grâce constamment au Nom béni soit-Il ; et puisqu'il en est ainsi, la stricte justice aurait voulu qu'à sa place vienne la plaie de la peste (dever), car ce sont exactement les mêmes lettres que celles de la parole, comme ci-dessus.

Et c'est à ce sujet qu'Il dit "car maintenant j'aurais étendu ma main et je t'aurais frappé par le dever" à la place de la plaie de "barad", car ainsi l'exigeait la justice, comme ci-dessus ; "mais c'est pour cela que je t'ai maintenu, afin de raconter mon Nom" - j'ai interverti les lettres de דִבֶר (diber, la parole) en les lettres de ברד (barad, la grêle) et non en les lettres de דֶבֶר (dever, la peste). Et c'est le sens de "ba-arbé" : à cause de ce que j'ai dit "je multiplierai abondamment (harba arbé) ta descendance" (Genèse 22,17), comme ci-dessus.

Et cela se comprend aisément.

ויאמר ה' אל משה נטה ידך על השמים ויהי חושך על ארץ מצרים. ונראה בהקדים הפסוק "יוצר אור ובורא חושך", וכבר דקדקו קמאי למה כתיב באור לשון "יצירה" ובחושך לשון "בריאה"? ולי נראה כי השי"ת ב"ה ותורתו הקדושה נקראו אור א"ס, וזש"ה "וירא אלקים את האור כי טוב", פירוש האור הוא נקרא התורה הקדושה, וכשלומד אדם את התורה לשמה נקרא אור "כי טוב", משא"כ אם לומדה שלא לשמה חלילה, וזה פירוש "וירא אלקים כו'", פירוש הקב"ה הוא משגיח על התורה הזאת שאדם לומד לשמה ולא כשלומד שלא לשמה, כי הבורא ב"ה אינו כבשר ודם שאף שהדבר הוא לפניו ואינו נסתר מנגד עיניו יכול הוא שלא לראות אותו הדבר, וזה הפירוש "יוצר אור", כי התורה הקדושה הוא אור פשוט א"ס בלי צורה, וכשהאדם לומד התורה ומלבש עצמו בהאור א"ס, אזי לפי מדריגתו של הצדיק ההוא יש לו צורה לאור הזה, לפי מדריגתו של הצדיק ההוא המלובש בו, וזהו "יוצר אור", כי קודם בריאת עולם היה האור התורה התפשטות בלי צורה, אבל אחר בריאת עולם כשאדם לומד את התורה ומלבש עצמו בהאור, אזי האור ההוא יש לו צורה כנ"ל, וזהו "יוצר" לשון צורה, כי הצדיק עושה לו צורה.

"Et ה' dit à Moché : étends ta main vers le ciel, et il y aura des ténèbres sur le pays d'Égypte" (Exode 10,21). Et il semble qu'on puisse expliquer en introduisant d'abord le verset "Il forme (yotser) la lumière et crée (bore) les ténèbres" (Isaie 45,7).

Les anciens se sont déjà interrogés : pourquoi est-il écrit à propos de la lumière le terme de "formation" (yetsira), et à propos des ténèbres le terme de "création" (beria) ? Et il me semble, quant à moi, que le Nom béni soit-Il et Sa sainte Torah sont appelés la lumière de l'Ein Sof (l'Infini).

Et c'est ce que dit le texte : "et Elokim vit la lumière, qu'elle était bonne" (Genèse 1,4) : explication - la lumière, c'est la sainte Torah ; et lorsque l'homme étudie la Torah pour elle-même (lichma), elle est appelée une lumière "car elle est bonne", ce qui n'est pas le cas s'il l'étudie non pour elle-même, à Dieu ne plaise. Et telle est l'explication de "et Elokim vit, etc." : explication - le Saint, béni soit-Il, veille sur cette Torah que l'homme étudie pour elle-même, et non lorsqu'il l'étudie non pour elle-même ; car le Créateur, béni soit-Il, n'est pas comme un être de chair et de sang qui, bien que la chose soit devant lui et ne soit pas cachée de devant ses yeux, peut ne pas voir cette chose.

Et telle est l'explication de "Il forme la lumière" : car la sainte Torah est une lumière simple, infinie, sans forme ; et lorsque l'homme étudie la Torah et se revêt de la lumière de l'Ein Sof, alors, selon le degré de ce tsadik-là, cette lumière reçoit une forme, selon le degré de ce tsadik qui s'en revêt. Et c'est "Il forme la lumière", car avant la création du monde la lumière de la Torah était un déploiement sans forme, mais après la création du monde, lorsque l'homme étudie la Torah et se revêt de la lumière, alors cette lumière reçoit une forme, comme ci-dessus.

Et c'est "yotser", terme dérivé de "tsoura" (forme), car le tsadik lui fait une forme.

‎ובזה יובן מה שרגילים לומר "זכותו יגן עלינו", ולמה יתן הצדיק זכותו לאחר, הלא טוב לו שיקח לו לעצמו לעוה"ב שהוא א"ס? אלא יש לפרש שזכות הוא לשון "זך", דהיינו מה שלומד תורה לשמה, אזי זכות האור שהוא מושך על העולם היא העומדת לדורו ומגין עליהם. וזהו פירוש "נטה ידך על השמים", שתטה מכאן האור שלך שלא יגין עליהם, אזי ממילא יהיה "חושך על ארץ מצרים".

וק"ל.

Et par là se comprend ce que l'on a coutume de dire : "que son mérite (zekhouto) nous protège". Mais pourquoi le tsadik donnerait-il son mérite à un autre ?

N'est-il pas préférable pour lui de le prendre pour lui-même, pour le monde à venir qui est infini ? Mais on peut expliquer que "zekhout" est du terme "zakh" (pur, limpide) : à savoir que, par le fait qu'il étudie la Torah pour elle-même, alors la pureté de la lumière qu'il attire sur le monde est ce qui subsiste pour sa génération et la protège.

Et telle est l'explication de "étends ta main vers le ciel" : que tu détournes d'ici ta lumière afin qu'elle ne les protège pas, et alors il y aura d'office "des ténèbres sur le pays d'Égypte". Et cela se comprend aisément.

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