נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Vaera (2/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

Les enfants d'Israël n'écoutent pas Moché « par manque de souffle et à cause du dur labeur » (Chemot 6,9) : pourquoi deux causes ? Le Noam Elimele'h y voit les deux obstacles qui empêchent une parole venue du cœur d'entrer dans un cœur : la vilenie de celui qui écoute (certains étaient idolâtres, dit le Midrach) et sa tristesse. La parole d'un tsadik parfait vient à bout de la tristesse, jamais de la vilenie. Moché prend donc le manque sur lui : il ne se juge pas assez juste pour toucher des cœurs attristés, et Pharaon, homme de vilenie, l'écoutera encore moins. D'où le pluriel « incirconcis des lèvres » : un double défaut.

Aussi : seule la joie soumet la kelipa ; le tsadik descend vers celui qu'il veut relever (« Vois, Je t'ai établi Elokim pour Pharaon ») ; le prodige qui reste neuf pour celui qui l'accomplit.

"ויאמר משה הן אני ערל שפתים", לכאורה היה לו לומר הן אני ערל שפה, אך הענין הוא, דהנה היה תולה שני חסרונות בעצמו, אחד היה תולה שאינו צדיק גמור ולכן לא שמעו בני ישראל אליו, והשני תלה בעצמו שפרעה לא ישמע מחמת שהוא ערל שפה, דלפעמים אם ידבר אדם לפני שלטון בלשון צח אזי דבריו נושאין חן בעיניו, ומשה אמר שפרעה לא ישמע לו מחמת שהוא ערל שפה, וזהו "ערל שפתים", כפול בערלות שפתים. וק"ל.

"Moché dit: voici, je suis incirconcis des lèvres" (Chemot 6,12). À première vue il aurait dû dire "voici, je suis incirconcis de la lèvre", au singulier.

Mais voici l'explication: il mettait deux manques sur son propre compte. Le premier: qu'il n'est pas un tsadik gamour (juste parfait), et que c'est pour cela que les enfants d'Israël ne l'ont pas écouté.

Le second: que Pharaon ne l'écoutera pas parce qu'il est incirconcis de la lèvre, car parfois, lorsqu'un homme parle devant un souverain dans une langue claire, ses paroles trouvent grâce à ses yeux; et Moché disait que Pharaon ne l'écoutera pas parce qu'il est incirconcis de la lèvre. Et c'est là le sens de "incirconcis des lèvres", au pluriel: une double incirconcision des lèvres.

Et cela est facile à comprendre.

וידבר משה כן כו׳ ולא שמעו אל משה מקוצר רוח ומעבודה קשה. ויש לדקדק לפי פירוש רש"י ז"ל שהקוצר רוח היה מחמת עבודה קשה, א"כ לכתוב רק מעבודה קשה.

וגם "ומעבודה קשה" משמעו שהקוצר רוח היה מניעה בפני עצמו ועבודה קשה בפני עצמו.

"Moché parla ainsi aux enfants d'Israël, mais ils n'écoutèrent pas Moché, par manque de souffle (kotser roua'h) et à cause du dur labeur" (Chemot 6,9). Il y a lieu de s'interroger: selon le commentaire de Rachi, de mémoire bénie, le manque de souffle provenait du dur labeur; s'il en est ainsi, le verset n'aurait dû écrire que "à cause du dur labeur".

De plus, "et à cause du dur labeur" laisse entendre que le manque de souffle était un empêchement en soi, et le dur labeur un empêchement en soi.

‎אך הענין על פי מה שדקדקתי לעיל על הק"ו שאמר משה רבינו ע"ה "הן בני ישראל לא שמעו כו׳ ואיך ישמעני כו׳", ועוד מה שאמר משה "הן אני ערל שפתים" הלא כבר אמר לו השי"ת מי ישום אלם כו׳. ויש לפרש דלא כפירוש רש"י ז"ל, דבאמת מה שלא שמעו היה מחמת שני דברים, דאיתא דברים היוצאין מן הלב נכנסין אל הלב, והנה יש שני מניעות מצד המקבל שגם הדברים היוצאין מלב אין נכנסין אל לבו, דהיינו א׳ אם השומע הוא איש בליעל, ב׳ מצד עצבות ג"כ אין יכול לקבל דברי המוכיח, וזהו באמת שלא שמעו אל משה "מקוצר רוח", כמו דאיתא במדרש שהיו ביניהם עובדי ע"ז, "ומעבודה קשה" היינו מחמת עצבות.

אך יש חילוק בין השני מניעות הנ"ל, דהיינו אם המניעה הוא שאינו יכול לקבל מחמת שהוא איש בליעל, אזי גם אם צדיק גמור ידבר דבריו אעפ"כ לא יקבל. אבל אם המניעה היא מצד עצבות שבו, אזי אם המשמיע הוא צדיק גמור דבריו נכנסין גם ללב העצב.

Mais l'explication tient à ce que j'ai relevé plus haut au sujet du raisonnement à fortiori (kal va-'homer) qu'a tenu Moché notre maître, que la paix soit sur lui: "voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté, et comment Pharaon m'écoutera-t-il" (Chemot 6,12); et de plus, ce que Moché a dit "voici, je suis incirconcis des lèvres", alors que le Saint, béni soit-Il, lui avait déjà dit "qui a mis une bouche à l'homme, ou qui rend muet" (Chemot 4,11). Et l'on peut expliquer autrement que Rachi, de mémoire bénie: en vérité, s'ils n'ont pas écouté, c'est pour deux raisons.

Car il est enseigné que les paroles qui sortent du cœur entrent dans le cœur. Or il y a deux empêchements du côté de celui qui reçoit, qui font que même des paroles sorties du cœur n'entrent pas dans son cœur: le premier, si celui qui écoute est un homme de vilenie (ich beliyaal); le second, la tristesse ('atsvout), qui elle aussi empêche de recevoir les paroles de celui qui réprimande.

Et c'est bien cela: ils n'ont pas écouté Moché "par manque de souffle", comme il est dit dans le Midrach qu'il y avait parmi eux des idolâtres (ovdei avoda zara); "et à cause du dur labeur", c'est-à-dire à cause de la tristesse. Mais il y a une différence entre ces deux empêchements: si l'empêchement est qu'il ne peut recevoir parce qu'il est un homme de vilenie, alors même si un tsadik gamour lui adresse ses paroles, il ne les recevra pas; mais si l'empêchement vient de la tristesse qui est en lui, alors, si celui qui parle est un tsadik gamour, ses paroles entrent même dans le cœur attristé.

‎וזהו שאמר משה רבינו ע"ה "הן בני ישראל כו׳" דהיינו שהוא היה תולה החסרון בעצמו, מחמת שאינו צדיק גמור לכן אין נכנסין דבריו באזניהם מחמת עצבותם, וזהו "ואני ערל שפתים" ר"ל שאיני צדיק גמור, "ואיך ישמעני פרעה" שמניעתו הוא מצד שהוא איש בליעל. ונמצא עולה הכל כהוגן.

וק"ל.

Et c'est ce qu'a dit Moché notre maître, que la paix soit sur lui: "voici, les enfants d'Israël...", c'est-à-dire qu'il mettait le manque sur son propre compte: parce qu'il n'est pas un tsadik gamour, ses paroles n'entrent pas dans leurs oreilles à cause de leur tristesse. Et c'est "et moi je suis incirconcis des lèvres", ce qui veut dire: je ne suis pas un tsadik gamour; "et comment Pharaon m'écoutera-t-il", lui dont l'empêchement vient de ce qu'il est un homme de vilenie.

Ainsi tout s'accorde comme il convient. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ולא שמעו אל משה כו׳", דהנה האדם מה שהוא עושה צריך להיות בלי שום פניה רק יהיה כוונתו לשמים לבד ולא להנאת עצמו כלל, וישראל היו צדיקים ועיקר צערם בגלותם היה על גלות השכינה ולא על צרת עצמם שהיו בקושי השעבוד, ולפיכך לא הטו אזנם לשמוע אל משה כדי שלא יבוא להם איזה תענוג להנאת עצמם שיגאלו מצרת השעבוד ויהיה שמחתם בשמוע הגאולה לשום פניה דהיינו הנאת עצמם, וזהו "ולא שמעו אל משה" ר"ל שלא הטו אזנם לכך, ומפרש הכתוב הטעם "מקוצר רוח ומעבודה קשה" שלא יבוא להם איזה תענוג ופניה, והם רצו שלא יהיה להם שום פניה אחרת רק על גלות השכינה לבד.

Ou bien on expliquera "et ils n'écoutèrent pas Moché" ainsi: ce que l'homme accomplit doit être sans aucune arrière-pensée intéressée (pniya), son intention devant être tournée vers le Ciel seul et nullement vers son propre agrément. Or les enfants d'Israël étaient des justes, et l'essentiel de leur douleur dans l'exil portait sur l'exil de la Chekhina et non sur leur propre détresse dans la dureté de l'asservissement.

C'est pourquoi ils n'ont pas tendu l'oreille pour écouter Moché: afin qu'il ne leur vienne pas quelque plaisir à leur propre avantage, celui d'être délivrés de la détresse de l'asservissement, et que leur joie en entendant l'annonce de la délivrance ne comporte pas d'arrière-pensée intéressée, c'est-à-dire leur propre agrément. Et c'est "et ils n'écoutèrent pas Moché", ce qui veut dire qu'ils n'ont pas tendu l'oreille à cela; et le verset en explique la raison, "par manque de souffle et à cause du dur labeur", afin qu'il ne leur vienne aucun plaisir ni aucune arrière-pensée; et eux voulaient n'avoir aucune autre arrière-pensée, mais seulement l'exil de la Chekhina seul.

‎והכלל בזה הוא כך, כשרוצים להכניע הקליפה צריך להיות האדם בשמחה, כי כשהוא שמח אין שם עצבות ותוגה, כשזה קם זה נופל, ומשה רצה להכניע הקליפה - היינו פרעה - ע"י שיכניס בישראל השמחה של גאולה, והם לא רצו לקבל השמחה כדי שלא יבוא להם איזה תענוג, ונמצא לא באו אל השמחה, לזה אמר משה "הן בני ישראל לא שמעו אלי" כלומר זה טוב שלא שמעו אלי כדי לעשות העובדא שלהם בשלימות בלי שום הנאת עצמם, אבל "ואיך ישמעני פרעה" ר"ל שהקליפה לא הוכנעה בזה כיון שלא באו ישראל אל השמחה.

Et la règle générale en la matière est celle-ci: lorsqu'on veut soumettre la kelipa (écorce, force d'impureté), l'homme doit être dans la joie, car lorsqu'il est joyeux il n'y a là ni tristesse ni affliction: quand l'une se lève, l'autre tombe. Or Moché voulait soumettre la kelipa, c'est-à-dire Pharaon, en faisant entrer dans Israël la joie de la délivrance; et eux ne voulaient pas recevoir cette joie, afin qu'il ne leur vienne aucun plaisir; il se trouve donc qu'ils ne sont pas venus à la joie.

C'est pourquoi Moché a dit "voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté", c'est-à-dire: cela est bon qu'ils ne m'aient pas écouté, afin d'accomplir leur service en perfection, sans aucun agrément personnel; mais "et comment Pharaon m'écoutera-t-il", ce qui veut dire que la kelipa n'a pas été soumise par là, puisque Israël n'est pas venu à la joie.

‎וזהו פירוש "אברכה את ה׳ בכל עת תמיד תהילתו בפי", ר"ל כשאני מברך השם בכל עת, דידוע שיש כ"ח עיתים, י"ד ימין וי"ד שמאל, וכיון שאני עושה פעולה בכל עיתים, דהיינו אף בקליפה להכניע את הקליפה, אזי "תמיד תהילתו בפי" אפילו כשיש איזה הנאת עצמי, כיון שצריך הנאה ושמחה כדי להכניע הקליפה, ובזה אין אני נופל מן המדריגה שהיה לי "תמיד תהילתו בפי".

Et c'est là l'explication de "je bénirai ה' en tout temps, constamment Sa louange sera dans ma bouche" (Tehilim 34,2). C'est-à-dire: lorsque je bénis le Nom en tout temps, car on sait qu'il y a vingt-huit temps (כ"ח עתים), quatorze de droite et quatorze de gauche; et puisque j'accomplis une action en tous les temps, y compris dans la kelipa, pour soumettre la kelipa, alors "constamment Sa louange dans ma bouche", même lorsqu'il y a quelque agrément personnel, puisqu'il faut du plaisir et de la joie pour soumettre la kelipa; et par là je ne tombe pas du degré qui était le mien: "constamment Sa louange dans ma bouche".

‎וזהו הפירוש עצמו "רצון יראיו יעשה ואת שועתם כו', שומר ה׳ כו׳, תהילת ה׳ כו׳", כי לכאורה איך אפשר שיהיה לצדיק איזה תאוה גשמיות, כי הלא צריך שלא יעשה להנאת עצמו שום דבר, אבל האמת הוא שהצדיק צריך שיהיה מחשבתו צלולה וברורה רק לכבוד שמים ולא להנאת עצמו, אבל איך יוכנע הקליפה כיון שלא הוגבה השמחה אצל הצדיק כדלעיל, לזה עושה לו השי"ת "רצון" שהוא תאוה, שירצה הצדיק איזה דבר והקב"ה ברחמיו עושה לו רצונו והוגבה השמחה אצל הצדיק ובזה מכניע הקליפה, והפירוש הוא כך, "רצון יראיו יעשה" שהקב"ה עושה רצון להצדיק, כדי "ואת שועתם ישמע ויושיעם" והוגבה השמחה אצל הצדיק, ולזה "שומר ה׳ את כל אוהביו ואת כל הרשעים ישמיד", היינו שמכניע הקליפה, ובזה "תהילת ה׳ ידבר פי ויברך כל בשר שם קדשו", פירוש אפילו כשעושה ג"כ להנאת עצמו, כיון שבזה עושה פעולה להכניע הקליפה ע"י השמחה הזאת. והבן היטב כי נכון הוא בעזה"י.

Et telle est aussi l'explication même de "Il accomplit le désir (ratson) de ceux qui Le craignent, et Il entend leur cri et Il les sauve; ה' garde tous ceux qui L'aiment...; ma bouche dira la louange de ה'..." (Tehilim 145,19-21). Car à première vue, comment est-il possible que le tsadik ait quelque désir matériel, puisqu'il ne doit rien faire pour son propre agrément?

Mais la vérité est que le tsadik doit avoir une pensée limpide et claire, tournée uniquement vers l'honneur du Ciel et non vers son propre agrément. Mais alors, comment la kelipa sera-t-elle soumise, puisque la joie ne s'est pas élevée chez le tsadik, comme il a été dit plus haut?

C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, lui fait un "ratson", c'est-à-dire un désir: que le tsadik désire quelque chose, et le Saint, béni soit-Il, dans Sa miséricorde, accomplit son désir, et la joie s'élève chez le tsadik, et par là il soumet la kelipa. Et l'explication est donc celle-ci: "Il accomplit le désir de ceux qui Le craignent", c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, fait naître un désir chez le tsadik, afin que "Il entend leur cri et Il les sauve" et que la joie s'élève chez le tsadik; et de là, "ה' garde tous ceux qui L'aiment, et Il anéantira tous les méchants", c'est-à-dire qu'il soumet la kelipa; et par là, "ma bouche dira la louange de ה' et toute chair bénira Son saint Nom", ce qui signifie: même lorsqu'il agit aussi pour son propre agrément, puisque par là il accomplit une action qui soumet la kelipa au moyen de cette joie.

Comprends bien cela, car c'est juste, avec l'aide de Dieu.

וידבר ה׳ אל משה ואל אהרן ויצום אל בני ישראל ואל פרעה מלך מצרים. לפי פשוטו אינו מובן פירושו, ורש"י ז"ל פירש בטוב טעם.

ולפי ענינינו י"ל, דהנה כשבאים בני אדם אל הצדיק בדבר הצטרכותם, למשל שיפעול להם איזה דבר אצל אדון ושלטון, אזי אומר הצדיק לאדם הזה "השלטון ימלא משאלותיך ולא יהיה באופן אחר", והוא כמצווה מפי הצדיק שאל יעשה באופן אחר, וזהו "ויצום אל בני ישראל ואל פרעה כו׳", פירוש זה שתאמר הגאולה לישראל, הוא הציווי בעצמו אל פרעה, אע"פ שלא יאמרו משה ואהרן רק לישראל "לא יהיה באופן אחר", ויוכרח להוציאם ע"י הדיבור והציווי שתאמרו לישראל. וק"ל.

"ה' parla à Moché et à Aharon, et Il leur donna ordre à l'égard des enfants d'Israël et à l'égard de Pharaon roi d'Égypte" (Chemot 6,13). Selon son sens simple, la signification n'en est pas claire, et Rachi, de mémoire bénie, l'a expliqué avec beaucoup de justesse.

Et selon notre propos on peut dire ceci: lorsque des gens viennent chez le tsadik pour un besoin qui est le leur, par exemple qu'il obtienne pour eux quelque chose auprès d'un maître ou d'un gouvernant, alors le tsadik dit à cet homme: "le gouvernant comblera tes demandes, et il n'en sera pas autrement"; et c'est comme un ordre venu de la bouche du tsadik, qu'il n'en soit pas autrement. Et c'est "et Il leur donna ordre à l'égard des enfants d'Israël et à l'égard de Pharaon": cela même que vous annoncerez la délivrance à Israël est en soi l'ordre adressé à Pharaon, bien que Moché et Aharon ne disent qu'à Israël "il n'en sera pas autrement"; et il sera contraint de les faire sortir par la parole et par l'ordre que vous adresserez à Israël.

Et cela est facile à comprendre.

הוא אהרן ומשה אשר אמר ה׳ להם הוציאו את בני ישראל כו׳ הם המדברים אל מלך כו׳ הוא משה ואהרן. י"ל הפירוש כך, שהכתוב מתמיה האיך אפשר שאהרן ומשה שפי ה׳ דבר עמהם, האיך היה אפשר שהם ידברו אל פרעה ערל טמא? ומתרץ הכתוב "הוא משה ואהרן", כלומר שהם היו דבוקים שניהם יחד כמו שנאמר "והוא יהיה לך לפה", והיה הדיבור יוצא מבין שניהם ולא אל פרעה וממילא נשמע אל פרעה.

וק"ל.

"C'est là Aharon et Moché, auxquels ה' dit: faites sortir les enfants d'Israël...; ce sont eux qui parlent au roi...; c'est là Moché et Aharon" (Chemot 6,26-27). On peut expliquer ainsi: le verset s'étonne, comment est-il possible qu'Aharon et Moché, avec qui la bouche de ה' a parlé, aient pu parler à Pharaon, cet incirconcis impur?

Et le verset répond: "c'est là Moché et Aharon", c'est-à-dire qu'ils étaient tous deux attachés l'un à l'autre, ainsi qu'il est dit "et lui sera pour toi une bouche" (Chemot 4,16), et la parole sortait d'entre eux deux et non pas en direction de Pharaon, et c'est d'elle-même qu'elle fut entendue de Pharaon. Et cela est facile à comprendre.

ראה נתתיך. יש להבין מה זה הלשון "ראה", גם מלת "אלקים".

ונראה, דהנה הצדיק הרוצה להעלות את אדם השפל ולהסירו משטותו ושפלותו, בלתי אפשר לשבר את דבר שטותו כי אם בדבר הדומה קצת, דהיינו שצריך הצדיק לירד קצת ממדריגתו להטות אליו בדבר הדומה, והנה פרעה אמר שהוא אלקי, כפירוש רש"י ז"ל "הנה יוצא המימה" כו׳, לכן אמר השי"ת למשה "ראה נתתיך אלקים לפרעה", שצריך אתה לעשות אותות ומופתים לפני פרעה כמעשה אלקות, ועי"ז תשבר את שטותו שמחזיק עצמו לאלקות, שהוא יסבור שאתה אלקים, ולכן "ראה" - שתסתכל בדבר זה מאוד שלא תתגאה ח"ו.

"Vois, je t'ai établi" (Chemot 7,1). Il faut comprendre ce qu'est ce mot "vois", ainsi que le mot "Elokim".

Et il apparaît ceci: le tsadik qui veut élever l'homme abaissé et le retirer de sa sottise et de sa bassesse ne peut briser sa sottise que par une chose quelque peu semblable, c'est-à-dire que le tsadik doit descendre un peu de son degré pour se pencher vers lui par une chose semblable. Or Pharaon disait de lui-même qu'il était un dieu, comme l'explique Rachi, de mémoire bénie, sur "voici, il sort vers l'eau" (Chemot 7,15).

C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, dit à Moché "vois, je t'ai établi Elokim pour Pharaon": tu dois accomplir devant Pharaon des signes et des prodiges à la manière d'un acte de divinité, et par là tu briseras sa sottise, lui qui se tient pour une divinité, car il pensera que tu es Elokim; et c'est pourquoi "vois", c'est-à-dire que tu regardes très attentivement cette affaire, afin de ne pas t'enorgueillir, à Dieu ne plaise.

‎וזהו "גדולה עבירה לשמה" כנ"ל, שצריך הצדיק לירד ממדריגתו לשבר את שטות אדם השפל, ועושה עבירה לשמה, למשל מי שהוא רגיל לשונו לדבר שקר, צריך הצדיק ג"כ לשבר אותו בדבר הדומה, ובודאי ח"ו שהצדיק יאמר שקר, אך מצינו שהתירו חז"ל לשנות במסכת כו׳, או כדומה בענין זה, שהצדיק אומר על עצמו שאינו צדיק וזה שקר שהוא צדיק, ועושה עבירה לשמה כדי לשבר כח המשקר. ואיתא בגמרא "אמת אמר לא יברא ששיקרא בעלמא, צדק אמר יברא", וזהו "בשרתי צדק בקהל רב" פירוש כשיש קהל רב, אזי בלתי אפשרי שלא יהיה שקרן אחד, והצדיק הוא מעלה אותו משטותו ושקרותו ע"י שהוא מטה עצמו אליו ג"כ בדבר הדומה כנ"ל, ונמצא הוא בשורה לצדק שטוב אמר שיברא.

וק"ל.

Et c'est là le sens de "grande est une transgression accomplie pour le Nom du Ciel (avéra lichma)", comme ci-dessus: le tsadik doit descendre de son degré pour briser la sottise de l'homme abaissé, et il accomplit une transgression pour le Nom du Ciel. Par exemple, celui dont la langue est accoutumée à proférer le mensonge: le tsadik doit lui aussi le briser par une chose semblable; et certainement, à Dieu ne plaise, le tsadik ne dira pas de mensonge, mais nous trouvons que nos Sages, de mémoire bénie, ont permis de s'écarter de la vérité "au sujet du traité d'étude (be-massekhta)" (Baba Metsia 23b) et dans des cas semblables: ainsi le tsadik dit de lui-même qu'il n'est pas un tsadik, et c'est un mensonge puisqu'il est un tsadik, et il accomplit une transgression pour le Nom du Ciel afin de briser la force du menteur.

Et il est rapporté dans la Guemara: "la Vérité disait: qu'il ne soit pas créé, car il est tout entier mensonge; la Justice (Tsedek) disait: qu'il soit créé". Et c'est "j'ai annoncé la justice (tsedek) dans une grande assemblée" (Tehilim 40,10): lorsqu'il y a une grande assemblée, il est impossible qu'il ne s'y trouve pas un menteur, et le tsadik l'élève de sa sottise et de son mensonge en s'inclinant lui aussi vers lui par une chose semblable, comme ci-dessus; il se trouve donc qu'il est une bonne nouvelle pour Tsedek, qui avait dit en sa faveur qu'il soit créé.

Et cela est facile à comprendre.

כי ידבר אליכם פרעה תנו לכם מופת. הנה מלת "לכם" אינו מדוקדק, תנו "לי" היה לו לומר, שבוודאי רצה פרעה שיתנו לו מופת.

ועוד יש לדקדק, אחר שהראו לפניו מופת שהמטה נהפך לתנין ויעשו גם החרטומים כן, מה היה צריך פרעה חיזוק הלב כמ"ש "ויחזק לב פרעה", הלא ממילא מאחר שראה שגם החרטומים עשו כן אין צריך חיזוק לזה.

"Quand Pharaon vous parlera en disant: donnez pour vous un prodige" (Chemot 7,9). Voici que le mot "pour vous" n'est pas exact: il aurait dû dire "donnez-moi", car Pharaon voulait assurément qu'on lui donne à lui un prodige.

Et il y a encore lieu de s'interroger: après qu'ils eurent montré devant lui le prodige du bâton changé en serpent (tanin), et que les magiciens (hartoumim) en firent autant, pourquoi Pharaon avait-il besoin d'un endurcissement du cœur, comme il est écrit "et le cœur de Pharaon s'endurcit" (Chemot 7,13)? Puisqu'il avait vu que les magiciens en faisaient autant, il n'avait de toute façon pas besoin d'endurcissement pour cela.

‎אך נראה פשוט, דהנה האדם המלומד בניסים שהשי"ת עושה לו נס בכל עת, אזי הוא תמיד חידוש ונפלא בעיניו, הגם שרואה שהשי"ת עושה לו תמיד ניסים, אעפ"כ הוא מפליא הדבר לחידוש גדול, אבל העושה דבר חידוש פעם אחד ע"י כישוף וכדומה, אזי בפעם שנית אין חידוש בעיניו לכלום, מאחר שעשה בעצמו פעם אחד. וזהו שאמר השי"ת ב"ה "כי ידבר אליכם פרעה תנו לכם מופת", פירוש שתעשו מופת כזה שגם לכם יהיה למופת ולחידוש, זה יהיה ודאי דבר ה׳, ולכן כתיב "וישלך אהרן את מטהו לפני פרעה ולפני עבדיו", וגבי חרטומים כתיב "ויעשו גם הם בלטיהם כן" ולא כתיב "לפני פרעה", משום דהשלכת מטה אהרן היה חידוש לפני פרעה, שהבין שהוא דבר ה׳ מחמת שראה שגם בעיני משה ואהרן היה לחידוש, אבל בחרטומים לא היה שום חידוש, לא להם ולא לפרעה, כי ידעו שעושים ע"י שטותיהם, ולכן נאמר שפיר "ויחזק לב פרעה", שהיה צריך חיזוק הלב, כי הבין שאין בהם ממש ואעפ"כ היה מחזק את לבו.

Mais il apparaît simplement ceci: l'homme accoutumé aux miracles, celui à qui le Saint, béni soit-Il, fait un miracle à tout moment, ce miracle est toujours pour lui une nouveauté et une merveille; bien qu'il voie que le Saint, béni soit-Il, lui fait constamment des miracles, il n'en tient pas moins la chose pour une grande nouveauté. Mais celui qui accomplit une chose nouvelle une seule fois par sorcellerie ou autre, la seconde fois ce n'est plus du tout une nouveauté à ses yeux, puisqu'il l'a faite lui-même une première fois.

Et c'est ce que dit le Saint, béni soit-Il: "quand Pharaon vous parlera: donnez pour vous un prodige", c'est-à-dire: accomplissez un prodige tel qu'il soit un prodige et une nouveauté pour vous aussi; celui-là sera assurément parole de ה'. Et c'est pourquoi il est écrit "et Aharon jeta son bâton devant Pharaon et devant ses serviteurs" (Chemot 7,10), tandis qu'au sujet des magiciens il est écrit "et ils firent eux aussi de même par leurs enchantements" (Chemot 7,11), et il n'est pas écrit "devant Pharaon": car le jet du bâton d'Aharon fut une nouveauté devant Pharaon, qui comprit que c'était parole de ה' du fait qu'il voyait que c'était aussi une nouveauté aux yeux de Moché et d'Aharon; mais chez les magiciens il n'y avait aucune nouveauté, ni pour eux ni pour Pharaon, car ils savaient qu'ils agissaient par leurs sottises.

Et c'est donc à juste titre qu'il est dit "et le cœur de Pharaon s'endurcit": il avait besoin d'un endurcissement du cœur, car il comprenait qu'il n'y avait chez eux aucune réalité, et malgré cela il endurcissait son cœur.

‎וזהו "בשרתי צדק בקהל רב", ר"ל כשאני מבשר איזה דבר חידוש בקהל רב, אעפ"כ בהיות הדבר הזה, הנה "שפתי לא אכלא" מלשבח ולהודות על הדבר הגדול, אף שאני מלומד בכך, וזה הוא מחמת שזה דבר ה׳. וק"ל.

Et c'est là le sens de "j'ai annoncé la justice dans une grande assemblée" (Tehilim 40,10), c'est-à-dire: lorsque j'annonce quelque chose de nouveau dans une grande assemblée, malgré cela, cette chose étant ce qu'elle est, voici que "je ne retiens pas mes lèvres" de louer et de rendre grâce pour la grande chose, bien que j'y sois accoutumé; et cela parce que c'est parole de ה'. Et cela est facile à comprendre.

ויאמר משה לפרעה התפאר עלי כו׳ למען תדע כי אין כה׳ אלקינו. נראה לפרש, דהנה האומות עובדי ע"ז בראותם איזה סיבה הבא עליהם לטובה או לרעה הם תולים בע"ז שלהם, אבל אין להם חשקות יותר לפארה ולשבחה מחמת הסיבה הזאת, ולא כן ישראל עם הקדוש העובדים את האל חי וקים, מכירים נפלאותיו ומשבחים ומפארים אותו ע"י פעולותיו.

וזהו שאמר משה רבינו ע"ה לפרעה "התפאר כו׳ למען תדע כו׳", כלומר בזאת תדע כי אין כה׳ אלקינו, שכאשר תתלה בו יתברך הפעולה, ישא לבבך לפארו בהסיבה הזאת. וק"ל.

"Et Moché dit à Pharaon: glorifie-toi à mon sujet... afin que tu saches qu'il n'est personne comme ה' notre Dieu" (Chemot 8,5-6). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi: les nations idolâtres, lorsqu'elles voient survenir sur elles quelque événement, en bien ou en mal, l'attribuent à leur idole, mais elles n'en conçoivent pas pour autant un désir accru de la glorifier et de la louer à cause de cet événement.

Il n'en va pas de même d'Israël, le peuple saint, qui sert le Dieu vivant et permanent: ils reconnaissent Ses merveilles, et Le louent et Le glorifient à travers Ses actes. Et c'est ce que Moché notre maître, que la paix soit sur lui, a dit à Pharaon: "glorifie-toi... afin que tu saches...", c'est-à-dire: par cela tu sauras qu'il n'est personne comme ה' notre Dieu, car lorsque tu Lui attribueras, à Lui béni soit-Il, l'événement, ton cœur te portera à Le glorifier à cause de cet événement.

Et cela est facile à comprendre.

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