« Et Elokim parla à Moché, etc. » (Chemot 6,2). Selon la Guemara, le commencement des justes est souffrances et leur fin tranquillité : servir d’abord par la crainte, briser le yetser hara et les désirs. Pour le Noam Elimele'h, « parler » est dureté et Elokim le degré de la crainte ; « et Il lui dit : Je suis Hachem » est une amira, parole douce de l’amour. Rachi explique qu’Il parle avec rigueur parce que Moché a parlé durement ; le Midrach dit qu’il lança des paroles vers le Ciel, or cela venait de l’amour d’Israël, qui est l’amour du Créateur, c’est pourquoi la parole est douce.
Aussi : « Je suis apparu aux pères » : du côté du Créateur tout est un, par El Chaddai ; ce Nom dit « assez » et bouleverse la nature pour Israël ; Moché impute à lui-même le défaut d’écoute
וידבר א-להים אל משה כו'. נראה לפרש דאיתא בגמרא "רשעים תחילתן שלוה וסופן יסורין וצדיקים תחילתן יסורין וסופן שלוה", יש לומר הפירוש דהצדיק צריך לעבוד את הבורא ב"ה מתחילה ביראה ולשמור עצמו מיצר הרע ולשבר כל תאוויות הגשמיות, וזהו "תחילתן יסורין", ואחר שזכה לשבר כל התאוות ואויבו - הוא היצה"ר - השלים עמו, אז "סופן שלוה".
"Et Elokim parla à Moché, etc." (Chemot 6,2). Il semble qu'il faille expliquer ainsi : il est enseigné dans la Guemara que "les méchants, leur commencement est tranquillité et leur fin souffrances, et les justes, leur commencement est souffrances et leur fin tranquillité".
On peut dire que le sens est celui-ci : le juste doit servir le Créateur béni soit-Il, au commencement, par la crainte, se garder du mauvais penchant (yetser hara) et briser tous les désirs matériels - et c'est là "leur commencement est souffrances" ; et après qu'il a mérité de briser tous les désirs, et que son ennemi, c'est-à-dire le mauvais penchant, a fait la paix avec lui, alors "leur fin est tranquillité".
וזהו "וידבר א-להים", שדיבור הוא לשון קשות ואלקים הוא מדרגת יראה, ופירושו "וידבר" לשון קשות "אלקים" ר"ל אז כשהיה במדרגת יראה, "ויאמר אליו אני ה׳" פירוש כשבא במדרגת אהבה דהיינו ה', אז היתה אמירה בלשון רכה.
Et c'est le sens de "Et Elokim parla" : car "parler" (dibour) est un langage de dureté, et Elokim est le degré de la crainte. Le sens de "et il parla", langage de dureté, "Elokim", veut dire : alors qu'il se trouvait au degré de la crainte ; "et Il lui dit : Je suis ה'" - le sens est que lorsqu'il vint au degré de l'amour, c'est-à-dire le Nom ה', alors ce fut une parole (amira) en langage doux.
ויש לומר זהו כוונת רש"י ז"ל "וידבר אלקים דבר אתו משפט על שהקשה לדבר ולומר למה הרעותה לעם הזה וכדאיתא במדרש שהטיח דברים כלפי מעלה", ובאמת ח"ו שמשה רבינו ע"ה יטיח דברים נגד השי"ת, רק זה היה מחמת גודל אהבת ישראל, וזה מורה על גודל אהבת הבורא ית"ש, והפירוש כך, "וידבר אלקים כו׳" כלומר אע"פ שהיה ראוי לדבר אתו משפט על שהקשה לדבר כו׳, אך מחמת שהיה מגודל אהבת ישראל שהיא אהבת הבורא ית"ש, לכן "ויאמר אליו אני ה'" שהיא אמירה רכה באהבה.
Et l'on peut dire que telle est l'intention de Rachi, de mémoire bénie : "Et Elokim parla - Il lui parla avec rigueur (michpat), parce qu'il avait parlé durement en disant : Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ?", et comme il est dit dans le Midrach qu'il lança des paroles vers le Ciel. Or en vérité, à Dieu ne plaise que Moche notre maître, la paix soit sur lui, ait lancé des paroles contre le Nom béni soit-Il ; cela ne venait que de la grandeur de son amour pour Israël, et cela même indique la grandeur de son amour du Créateur, que Son Nom soit béni.
Le sens est donc celui-ci : "Et Elokim parla, etc.", c'est-à-dire : bien qu'il eût été juste de lui parler avec rigueur pour avoir parlé durement, etc., néanmoins, puisque cela venait de la grandeur de son amour pour Israël, qui est l'amour du Créateur, que Son Nom soit béni, c'est pourquoi "et Il lui dit : Je suis ה'", qui est une parole douce, dans l'amour.
וזהו שהתפלל דוד המלך ע"ה (תהילים קיט, לח) "הקם לעבדך אמרתיך כו׳", פירוש שהשי"ת יסייע לו לבוא למדרגת אהבה המרומז בלשון אמירה, "אשר ליראתך" ר"ל אהבה כזו שמתוך אהבה אבוא ליראה שהיא היראת הרוממות. וק"ל.
Et c'est ce que pria le roi David, la paix soit sur lui (Tehilim 119,38) : "Accomplis pour Ton serviteur Ta parole (imratékha), etc." - le sens est que le Nom béni soit-Il l'assiste pour parvenir au degré de l'amour, qui est allusionné par le terme "amira" (parole douce) ; "qui mène à Ta crainte", c'est-à-dire : un amour tel que, à partir de l'amour, je parvienne à la crainte, qui est la crainte de la grandeur (yirat haromemout). Et cela est facile à comprendre.
וארא כו׳. כתב רש"י ז"ל "וארא אל האבות".
ולכאורה מה בעי רש"י בזה, הלא בפסוק מפורש אברהם יצחק וידענו שהם נקראים אבות. ונראה כוונת רש"י בזה כי אברהם היה מדת חסד ויצחק בחינת גבורה ויעקב תפארת, והיו משתנים זה מזה בבחינתם, וא"כ איך שייך שלכולם יתראה אליהם באל שדי, הלא הדרך הוא שכפי מדרגתו באה עליו הקדושה מלמעלה.
אך שהשורש הוא בדבר הזה כך, שמצד הבורא ב"ה אין שום השתנות, אלא שהאדם בעבודתו לפי מדריגתו כך ממשיך עליו, נמצא אברהם המשיך על עצמו המדה של חסד, וכן יצחק מדתו, וכן יעקב, אבל מצד הבורא ב"ה הכל אחד הפשוט, ולזה פירש רש"י ז"ל "וארא אל האבות" לומר שאצל הבורא ב"ה אין הפרש וחילוק ביניהם כלל והכל אחד, לכך נראה אליהם בבחינה אחת באל שדי. וק"ל.
"Et Je suis apparu, etc." (Chemot 6,3). Rachi, de mémoire bénie, écrit : "Et Je suis apparu aux pères".
À première vue, que veut Rachi par là ? Le verset dit explicitement "Avraham, Yitshak", et nous savons qu'ils sont appelés les pères.
Il semble que l'intention de Rachi soit celle-ci : Avraham était la mesure de 'hessed (bonté), Yitshak l'aspect de guevoura (rigueur) et Yaakov tiferet (harmonie), et ils différaient l'un de l'autre par leur aspect. S'il en est ainsi, comment se peut-il qu'à tous Il soit apparu par "El Chaddai" ?
La règle n'est-elle pas que la sainteté descend d'en haut sur l'homme selon son degré ? Mais la racine de la chose est celle-ci : du côté du Créateur béni soit-Il il n'y a aucun changement ; c'est l'homme qui, par son service et selon son degré, attire ainsi sur lui.
Il se trouve donc qu'Avraham a attiré sur lui-même la mesure de 'hessed, et de même Yitshak sa mesure, et de même Yaakov ; mais du côté du Créateur béni soit-Il tout est l'Un simple. C'est pourquoi Rachi, de mémoire bénie, a expliqué "Et Je suis apparu aux pères", pour dire qu'auprès du Créateur béni soit-Il il n'y a entre eux aucune différence ni distinction, et que tout est un ; c'est pourquoi Il leur apparut sous un seul aspect, par "El Chaddai".
Et cela est facile à comprendre.
וארא כו׳ באל שדי ושמי ה׳ כו׳. ונראה לפרש דאיתא בגמרא "שדי - שאמר לעולמו די", ולכאורה יש להבין מה יוצא לנו מזה שאמר לעולמו די שלא יתפשט יותר.
אך הענין הוא שחז"ל משמיענו הטובה הגדולה שעשה עמנו הבורא ית׳, דידוע שהנאצל מה שהוא רחוק יותר מהמאציל הוא נתגשם ביותר, ונמצא אילולי שאמר לעולמו די היה העולם מתפשט לאין קץ והיו הקליפות מתהווין בעולם מנוקבא דתהומא רבא, ועכשיו שאמר לעולמו די הוא הטבה שלא נתהווה הקליפות כ"כ. ועוד איתא "שדי - על שם שהוא משדד מערכות", דהיינו שהשם הזה משדד הטבע לטובת ישראל.
"Et Je suis apparu, etc., par El Chaddai, et Mon nom ה', etc." Il semble qu'il faille expliquer ainsi : il est enseigné dans la Guemara "Chaddai - celui qui a dit à Son monde : assez (dai)". À première vue, il faut comprendre ce que nous apporte le fait qu'Il ait dit à Son monde "assez", afin qu'il ne s'étende pas davantage.
Mais la chose est celle-ci : nos sages nous font entendre le grand bien que le Créateur béni soit-Il a fait avec nous. Car il est connu que l'émané (hanétsal, ce qui procède de l'émanation), plus il est éloigné de l'émanateur, plus il se matérialise ; il se trouve donc que s'Il n'avait pas dit à Son monde "assez", le monde se serait étendu sans fin, et les kelipot (écorces, forces d'impureté) se seraient formées dans le monde depuis la nokva detehoma raba (l'abîme des grandes profondeurs) ; et maintenant qu'Il a dit à Son monde "assez", c'est un bienfait, car les kelipot ne se sont pas formées à ce point.
Et il est dit encore : "Chaddai - parce qu'Il bouleverse les ordres de la nature (méchaded maarakhot)", c'est-à-dire que ce Nom bouleverse la nature pour le bien d'Israël.
וזהו "וארא כו׳ באל שדי", פירוש כשנראיתי לאבות להבטיח להם על א"י, הבטחתי להם בשם אל שדי שהוא משדד מערכות, בכדי שלא יהיה אחיזה לקליפות ולאומות בא"י גם אם ח"ו לא יהיו ראויים ישראל, "ושמי ה׳ לא נודעתי להם", ר"ל שלא הבטחתים בשם הויה ב"ה וב"ש, פן ח"ו יגרום החטא ויהיה כח להקליפות לינק מאחורים ויהיה לאומות אחיזה ח"ו בא"י, לכן נראה להם באל שדי. והבן זאת.
Et c'est le sens de "Et Je suis apparu, etc., par El Chaddai" : lorsque Je suis apparu aux pères pour leur promettre la Terre d'Israël, Je la leur ai promise par le Nom El Chaddai, qui bouleverse les ordres de la nature, afin que les kelipot et les nations n'aient aucune prise sur la Terre d'Israël, même si, à Dieu ne plaise, Israël n'en était pas digne. "Et Mon nom ה', Je ne le leur ai pas fait connaître", c'est-à-dire : Je ne le leur ai pas promis par le Nom Havaya (le Nom en quatre lettres), béni soit-Il et béni soit Son Nom, de peur que, à Dieu ne plaise, la faute ne le provoque, que les kelipot n'aient la force de téter par-derrière (mehaahorayim, depuis la face postérieure) et que les nations n'aient prise, à Dieu ne plaise, sur la Terre d'Israël ; c'est pourquoi Il leur apparut par El Chaddai.
Comprends cela.
או יאמר שדי הוא לשון שדים, שמשם זה יונקים ישראל השפעות, ואב הוא ג"כ משפיע לבן, וזהו "וארא כו׳ באל שדי" ופרש"י ז"ל "וארא אל האבות" לרמז שמשום זה נראה להם באל שדי שהוא המשפיע. וי"ל שזה רמזו חז"ל "משמר שלישי אשה מספרת עם בעלה ותינוק יונק משדי אמו" ר"ל כנ"ל לרמז שבעת הזאת יונקים ישראל משדי אמו היינו משם שדי המשפיע, ואיך לא יעלה מורא ופחד ואימה על בני אדם לספר אז עם אשתו רמז להיצה"ר, דהיינו לעסוק אז בדברים בטלים והבלי עולם, והוא לשון תימה אשה מספרת כו׳ ואינו משגיח שתינוק יונק משדי אמו? ופריך הגמרא "מאי קחשיב אי סוף אשמורה כו׳ יממא הוא", ר"ל וכי נמצא איש כזה שידבר אז בדברים בטלים ולא ישים אל לבו כי עת לחננה ובא מועד להתפלל תפילת השחר? ומתרץ "לא צריכא אלא למאן דגני בבית אפל", מובן ממילא הוא הכסיל אשר בחושך הולך וגני באפילות באין משים אל לבו יראת הבורא ב"ה.
וק"ל.
Ou bien l'on dira que "Chaddai" est de la langue de "chadayim" (les seins), car de ce Nom Israël tête les influx ; et le père lui aussi dispense à son fils. Et c'est le sens de "Et Je suis apparu, etc., par El Chaddai", et Rachi, de mémoire bénie, explique "Et Je suis apparu aux pères", pour faire allusion à ce que c'est pour cette raison qu'Il leur apparut par El Chaddai, qui est celui qui dispense (hamachpia).
Et l'on peut dire que c'est ce à quoi nos sages, de mémoire bénie, ont fait allusion : "À la troisième veille, la femme s'entretient avec son mari et le nourrisson tête aux seins de sa mère" - c'est-à-dire, comme ci-dessus, pour faire allusion à ce qu'à cette heure Israël tête "aux seins de sa mère", c'est-à-dire du Nom Chaddai qui dispense. Et comment la crainte, l'effroi et la terreur ne monteraient-ils pas sur les hommes, à l'idée de s'entretenir alors avec sa femme - allusion au mauvais penchant -, c'est-à-dire de s'occuper alors de paroles vaines et des futilités de ce monde ?
Et c'est une expression d'étonnement : la femme s'entretient, etc., et il ne prête pas attention à ce que le nourrisson tête aux seins de sa mère ? Et la Guemara objecte : "Que vient-il donc compter ?
Si c'est la fin de la veille, etc., c'est déjà le jour" - c'est-à-dire : se trouve-t-il un homme tel qu'il parle alors de paroles vaines et ne mette pas à son cœur que "le temps est venu de lui faire grâce" (Tehilim 102,14) et que l'heure est arrivée de prier la prière du matin ? Et elle répond : "Ce n'est nécessaire que pour celui qui dort dans une maison obscure" - il se comprend de soi-même qu'il s'agit du sot qui marche dans les ténèbres et dort dans l'obscurité, sans mettre à son cœur la crainte du Créateur béni soit-Il.
Et cela est facile à comprendre.
או יאמר וארא כו׳. על פי דאיתא בשולחן ערוך "אם לא כיוון באבות חוזר לראש", ויש להבין הטעם מה טעם דווקא באבות חוזר לראש.
אך הענין הוא אברהם תיקן מדת חסד כו׳ כנ"ל, וזהו האל הגדול הגבור והנורא, דיעקב הוא מדת אמת - תתן אמת ליעקב, והרוצה לילך באמת צריך להיות במורא גדול, וזהו שאמר יעקב "מה נורא המקום הזה אין זה כי אם בית אלקים", ולפי דרכינו י"ל הפירוש כך, מחמת שההולך במדת אמת צריך לזה עבדות גדול ומורא ופחד ושמירה בכל אופנים, ואמר יעקב "מה נורא המקום הזה" ר"ל באיזה אופן אפשר לבוא למדריגת אמת? "אין זה" ר"ל שבלתי אפשרי לבוא למדריגת אמת שהוא מדריגת נורא כי אם באופן זה דהיינו "כי אם בית אלקים", פירוש שצריך לאחוז ב׳ מדריגות, א׳ שידמה בעיניו כאילו עומד למעלה בעולמות העליונים בבית אלקים ממש לפני השי"ת, ומדריגה הב׳ שיאחוז במדת הכנעה מאוד מאוד, דהיינו "וזה שער השמים", פירוש יחשוב תמיד כאילו הוא מתחיל בעבודת הבורא עתה ועומד על השער ופתח התחלת עבודת השמים. וצריכין אנו בתפילתינו תפילת שמונה עשרה לילך מתתא לעילא, דהיינו שמתחילה אנו אומרים אלקי אברהם כו׳ שהיא מדריגה תחתונה, ואח"כ אנו אומרים האל הגדול כו׳ שהוא מדריגה עליונה.
Ou bien l'on dira "Et Je suis apparu, etc." d'après ce qui est enseigné dans le Choulhan Aroukh : "Si l'on n'a pas eu l'intention (kavana) dans la bénédiction des Pères, on retourne au début". Et il faut comprendre la raison : pourquoi précisément dans la bénédiction des Pères retourne-t-on au début ?
Mais la chose est celle-ci : Avraham a réparé la mesure de 'hessed, etc., comme ci-dessus, et c'est "le Dieu grand, le puissant et le redoutable" ; et Yaakov est la mesure de vérité - "Tu donneras la vérité à Yaakov" (Mikha 7,20) -, et celui qui veut marcher dans la vérité doit être dans une grande crainte. Et c'est ce que dit Yaakov : "Que ce lieu est redoutable !
Ce n'est autre que la maison d'Elokim" (Bereshit 28,17). Et selon notre voie, on peut expliquer ainsi : puisque celui qui marche dans la mesure de vérité a besoin pour cela d'un grand service, de crainte, d'effroi et d'une garde de toutes les manières, Yaakov dit "Que ce lieu est redoutable", c'est-à-dire : de quelle manière est-il possible de parvenir au degré de la vérité ?
"Ce n'est autre", c'est-à-dire qu'il est impossible de parvenir au degré de vérité, qui est le degré du redoutable, si ce n'est de cette manière-ci, à savoir "si ce n'est la maison d'Elokim" : le sens est qu'il faut se tenir à deux degrés. Le premier, qu'il paraisse à ses yeux comme s'il se tenait en haut, dans les mondes supérieurs, dans la maison d'Elokim littéralement, devant le Nom béni soit-Il.
Le second degré, qu'il se tienne à la mesure de l'humilité (hakhnaa) au plus haut point, à savoir "et voici la porte des cieux" : le sens est qu'il pensera toujours comme s'il commençait maintenant le service du Créateur et se tenait à la porte et à l'entrée du commencement du service du Ciel. Et il nous faut, dans notre prière, la prière des Dix-huit bénédictions, aller d'en bas vers en haut (mitata leeila) : c'est-à-dire que nous disons d'abord "Dieu d'Avraham, etc.", qui est le degré inférieur, et ensuite nous disons "le Dieu grand, etc.", qui est le degré supérieur.
והנה פירוש "שדי" הוא שאמר לעולמו די, שמתחילת הבריאה היו העולמות מתפשטים עד שאמר להם די ונשתלשלו העולמות למטה, ועוד פירוש "שדי" שאומר לצרותינו די, ואמר "וארא אל אברהם" ופירש רש"י ז"ל אל האבות, שהיא מדריגה תחתונה, דהיינו שהם תיקנו למטה ופעלו רחמים בעולם, וזהו "באל שדי" כפירוש השני של שדי שאומר לצרותינו די, וממילא היה רחמים וחסד אל בעולם. וזהו "ושמי ה׳ לא נודעתי להם" ר"ל שם הויה שהוא מדת הרחמים לא הוצרכתי להכיר להם במדת השם הקדוש הזה, כי אם פעלו רחמים ממילא.
וזהו "אם לא כיוון באבות", פירוש אם לא כיוון לתקן המדריגה התחתונה, "צריך לחזור לראש" לתקן מתתא לעילא כנ"ל. וזהו כשאמר משה רבינו ע"ה "למה הרעותה לעם הזה", אז "וידבר אלקים אל משה ויאמר אליו אני ה׳", פירוש שזה מוטל על הצדיק להפוך מדת הדין לרחמים, שגם "אני" - מדת אלקים, יהיה ה׳ - דהיינו מדת הרחמים - ע"פ הצדיק, וזהו "אליו" דייקא.
Or, l'explication de "Chaddai" est qu'Il a dit à Son monde "assez" : car depuis le commencement de la création les mondes s'étendaient, jusqu'à ce qu'Il leur dise "assez", et les mondes s'enchaînèrent vers le bas. Et il y a une autre explication de "Chaddai" : qu'Il dit à nos détresses "assez".
Et il est dit "Et Je suis apparu à Avraham", et Rachi, de mémoire bénie, explique "aux pères", ce qui est le degré inférieur, c'est-à-dire qu'eux ont réparé en bas et ont suscité la miséricorde dans le monde ; et c'est "par El Chaddai", selon la seconde explication de Chaddai, qu'Il dit à nos détresses "assez", et de ce fait il y eut miséricorde et bonté divine dans le monde. Et c'est "et Mon nom ה', Je ne le leur ai pas fait connaître", c'est-à-dire : le Nom Havaya, qui est la mesure de miséricorde, Je n'ai pas eu besoin de le leur faire connaître par la mesure de ce Nom saint, car ils ont suscité la miséricorde d'eux-mêmes.
Et c'est "si l'on n'a pas eu l'intention dans la bénédiction des Pères", c'est-à-dire si l'on n'a pas eu l'intention de réparer le degré inférieur, "il faut retourner au début", pour réparer d'en bas vers en haut, comme ci-dessus. Et c'est lorsque Moche notre maître, la paix soit sur lui, dit "Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ?", qu'alors "Et Elokim parla à Moché et Il lui dit : Je suis ה'" : le sens est qu'il incombe au juste de transformer la mesure de rigueur (din) en miséricorde, en sorte que même "Je", la mesure d'Elokim, devienne ה', c'est-à-dire la mesure de miséricorde, par la parole du juste (al pi hatsadik) ; et c'est "à lui" précisément.
וזהו "ה׳ אלקי תשועתי", פירוש גם מדת אלקים נהפך להויה שהוא מדת הרחמים, "תרנן לשוני צדקתך", ר"ל ע"י שלשוני תרנן צדקתך, דהיינו שאני גורם צדקות בעולם למטה כנ"ל מתתא לעילא. וק"ל.
Et c'est "ה' Elokim de mon salut" (Tehilim 51,16) : le sens est que même la mesure d'Elokim se change en Havaya, qui est la mesure de miséricorde ; "ma langue chantera Ta justice", c'est-à-dire : par le fait que ma langue chante Ta justice, à savoir que je suscite des actes de justice dans le monde d'en bas, comme ci-dessus, d'en bas vers en haut. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "וארא כו' ושמי ה׳ לא נודעתי להם". דהנה השם של "שדי" הוא משדד מערכות, והפנימיות הוא השם הויה ב"ה, ולכן נכתב במזוזה שם שדי מבחוץ, והצדיק הוא ממשיך את הפנימיות שהוא השם הויה ב"ה לכל דבר חיצוניות, אפילו במאכל ובמשתה ובכל דבר גשמי הוא ממשיך קדושת השם לתוכו, וזהו "כל מה שברא הקב"ה לכבודו ברא", דהשם הויה ב"ה נקרא "כבוד" וכמו שנאמר ברוך כבוד ה׳, והיינו כל מה שברא הוא כדי להמשיך את שמו הגדול לתוכו וזהו לכבודו ברא, אבל המלאכים שאין בהם לא אכילה ולא שתיה לכן אומרים "ברוך כבוד ה׳ ממקומו", מפני שאין להם שום דבר חיצוני להמשיך את שמו הגדול לתוכו ומברכים ממקומו אשר הוא.
וזהו "ושמי ה׳ לא נודעתי להם", כמ"ש רש"י ז"ל לא הודעתי כו׳ ולא קיימתיה שלא נתתי להם הארץ, ונמצא שלא היו יכולים להמשיך את השם הויה ב"ה לתוכו, שלא היה להם עדיין הארץ שהיא החיצונית, וזהו "לא נודעתי" בנפעל, שלא היו יכולים להמשיך.
Ou bien l'on dira "Et Je suis apparu, etc., et Mon nom ה', Je ne le leur ai pas fait connaître". Car voici, le Nom "Chaddai" est celui qui bouleverse les ordres de la nature, et l'intériorité (penimiyout) est le Nom Havaya béni soit-Il ; c'est pourquoi on écrit sur la mezouza le Nom Chaddai à l'extérieur.
Et le juste attire l'intériorité, qui est le Nom Havaya béni soit-Il, dans toute chose extérieure : même dans la nourriture, dans la boisson et dans toute chose matérielle, il attire en elle la sainteté du Nom. Et c'est le sens de "tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour Sa gloire", car le Nom Havaya béni soit-Il est appelé "gloire" (kavod), comme il est dit "Bénie soit la gloire de ה'" (Ye'hezkel 3,12) ; c'est-à-dire que tout ce qu'Il a créé, c'est afin d'y attirer Son grand Nom, et c'est la "Il l'a créé pour Sa gloire".
Mais les anges, en qui il n'y a ni manger ni boire, disent pour cette raison "Bénie soit la gloire de ה' depuis Son lieu", parce qu'ils n'ont aucune chose extérieure où attirer Son grand Nom, et ils bénissent depuis le lieu où Il est. Et c'est "et Mon nom ה', Je ne le leur ai pas fait connaître", comme l'écrit Rachi, de mémoire bénie : "Je ne me suis pas fait connaître, etc., et Je ne l'ai pas accompli, car Je ne leur ai pas donné la Terre" ; il se trouve donc qu'ils ne pouvaient pas attirer en elle le Nom Havaya béni soit-Il, car ils n'avaient pas encore la Terre, qui est l'extériorité.
Et c'est "Je n'ai pas été connu", à la forme passive (nifal) : qu'ils ne pouvaient pas attirer.
והנה הצדיק לפעמים צריך לעשות דבר חיצוני ולהמשיך לתוכו הפנימיות, למשל מי שצריך פרנסה או רפואה, אז אומר לו הצדיק שיהיה לו רפואה ופרנסה שהם דברים חיצונים וממשיך לתוכו השם הויה ב"ה ע"י כוונתו ותפילתו והוא מסכים שכן יקום. וזהו "בשרתי צדק בקהל רב", ר"ל שאני מבשר כל מי שצריך דבר שיהיה לו כן כמו שצריך, "ושפתי לא אכלא" אליו לכל הצטרכות מלדברו אפילו חיצוניות הוא מחמת "ה׳ אתה ידעת", פירוש שאתה נותן דעתך וחפצך עמי להסכים על ידי שכן יקום, ואני ממשיך הפנימיות שם קדשך בהדיבורים הנ"ל.
וק"ל.
Or, le juste doit parfois faire une chose extérieure et y attirer l'intériorité. Par exemple, celui qui a besoin de subsistance (parnassa) ou de guérison : alors le juste lui dit qu'il aura guérison et subsistance, qui sont des choses extérieures, et il y attire le Nom Havaya béni soit-Il par son intention et par sa prière, et Lui consent qu'il en soit ainsi.
Et c'est "j'ai annoncé la justice dans la grande assemblée" (Tehilim 40,10), c'est-à-dire : j'annonce à tout celui qui a besoin d'une chose qu'il en sera pour lui comme il le faut ; "et mes lèvres, je ne les retiendrai pas" envers lui pour tout besoin, de lui en parler même dans l'extériorité, et cela parce que "ה', Toi Tu sais" : le sens est que Tu portes Ta pensée et Ton désir avec moi, pour consentir par mon intermédiaire à ce qu'il en soit ainsi ; et moi j'attire l'intériorité, Ton Nom saint, dans ces paroles-là. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "וארא אל אברהם" על פי שאנו אומרים בברכות אבות "אלקי אברהם" כו׳ ואח"כ אנו אומרים "האל הגדול" כו׳ כאשר כתבנו לעיל מזה, דהנה אברהם תיקן מדת חסד והמשיך את הבורא ב"ה במדת חסד לזה העולם, יצחק המשיך מדת גבורה כו', ומחמת שאין כח בנו לקשר עצמינו מיד בעולמות העליונים, לכן מתחילה אנו מקשרים עצמינו באבות אברהם יצחק ויעקב, ואח"כ אנו עולים מתתא לעילא בעולמות עליונים שהם הגדול הגבור כו׳, אבל האבות שהיה כחם גדול והיה כח בידם לקשר עצמם מיד בעולמות העליונים, והיה עבודתם מעילא לתתא שהמשיכו את הבורא ב"ה לזה העולם, כל אחד תיקן מדתו כנ"ל.
Ou bien l'on dira "Et Je suis apparu à Avraham" d'après ce que nous disons dans la bénédiction des Pères "Dieu d'Avraham", etc., et ensuite nous disons "le Dieu grand", etc., comme nous l'avons écrit plus haut à ce sujet. Car voici, Avraham a réparé la mesure de 'hessed et a attiré le Créateur béni soit-Il, dans la mesure de 'hessed, vers ce monde-ci ; Yitshak a attiré la mesure de guevoura, etc.
Et puisque nous n'avons pas la force de nous relier immédiatement aux mondes supérieurs, c'est pourquoi nous nous relions d'abord aux pères, Avraham, Yitshak et Yaakov, et ensuite nous montons d'en bas vers en haut dans les mondes supérieurs, qui sont "le grand, le puissant", etc. Mais les pères, dont la force était grande et qui avaient le pouvoir de se relier immédiatement aux mondes supérieurs, leur service allait d'en haut vers en bas (meeila letata), car ils attiraient le Créateur béni soit-Il vers ce monde-ci, chacun réparant sa mesure, comme ci-dessus.
וזהו "וארא אל אברהם כו׳ באל שדי" הוא שאמר לעולמו די, והוא השם המשתמש בזה העולם, והיינו שהשי"ת היה נראה להם אחר שהמשיכו לזה העולם, דכאן נקראים אבות, "ושמי ה׳ לא נודעתי להם", ר"ל אבל בעולמות העליונים ששם שמי ה׳, לא נודעתי להם עד אחר שתיקנו המדות העליונות והמשיכו למטה כנ"ל. וזהו שפירש רש"י ז"ל "וארא אל האבות", היינו בזה העולם אחר שהיו נקראים אבות הייתי נראה להם.
וק"ל.
Et c'est "Et Je suis apparu à Avraham, etc., par El Chaddai" : c'est Lui qui a dit à Son monde "assez", et c'est le Nom qui agit dans ce monde-ci ; c'est-à-dire que le Nom béni soit-Il leur apparaissait après qu'ils eurent attiré vers ce monde-ci, car c'est ici qu'ils sont appelés "pères". "Et Mon nom ה', Je ne le leur ai pas fait connaître", c'est-à-dire : mais dans les mondes supérieurs, là où se trouve "Mon nom ה'", Je ne me suis fait connaître à eux qu'après qu'ils eurent réparé les mesures supérieures et attiré vers le bas, comme ci-dessus.
Et c'est ce qu'explique Rachi, de mémoire bénie : "Et Je suis apparu aux pères", c'est-à-dire dans ce monde-ci, après qu'ils furent appelés "pères", Je leur apparaissais. Et cela est facile à comprendre.
ולא שמעו אל משה מקוצר רוח ומעבודה קשה, ויאמר משה לפני ה׳ הן בני ישראל לא שמעו אלי כו'. ודקדקתי מה זה ק"ו הן בני ישראל כו׳ ואיך ישמעני פרעה, הלא מפורש בקרא דבני ישראל לא שמעו אל משה מקוצר רוח כו׳ אבל פרעה אפשר שישמע לו.
"Et ils n'écoutèrent pas Moché, par manque de souffle (kotser roua'h) et à cause du dur labeur ; et Moché dit devant ה' : Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté, etc." (Chemot 6,9 et 6,12). Et j'ai examiné de près ce qu'est ce raisonnement à fortiori, "Voici, les enfants d'Israël, etc., et comment Pharaon m'écoutera-t-il ?" : le verset ne dit-il pas explicitement que les enfants d'Israël n'ont pas écouté Moché par manque de souffle, etc., alors que Pharaon, lui, pourrait bien l'écouter ?
אך הענין הוא, דהנה יש בני אדם שהם "ארך רוח", פירוש שיש לו נשמה קדושה עליונה ויודע שצריך לעבוד השי"ת ב"ה בכל מיני עבדות ולא יספיק לו כל ימי חייו כל מעשה עבודתו אשר יעשה להשי"ת, ויש אשר הם "קוצר רוח", פירוש שאין נשמתם ורוחם יקר כל כך ודומה בעיניו שיוצא ידי חובתו בעבודתו ית"ש בכל עניניו, ויש אשר "עבודתם קשה", דהיינו שהם מסגפים עצמם בתענית וסיגופים. והיינו כשבא משה רבינו ע"ה ואמר להם הגאולה "ולא שמעו אל משה מקוצר רוח", פירוש מחמת שהיתה נשמתם ורוחם קצרה, "ומעבודה קשה" דהיינו שהיה ביניהם אנשים שהיו מסגפים עצמם והיו סבורים איך אפשר שמשה יביא את הגאולה הלא גם הם עובדים להשי"ת בכל עבודתם ומדוע לא יבוא הגאולה על ידיהם.
Mais la chose est celle-ci : il y a des hommes qui sont "longs de souffle" (erekh roua'h), c'est-à-dire qui ont une âme sainte et élevée et qui savent qu'il faut servir le Nom béni soit-Il par toutes sortes de services, et que tous les jours de leur vie ne leur suffiront pas pour toute l'œuvre de service qu'ils accompliront pour le Nom béni soit-Il. Et il y en a qui sont "courts de souffle" (kotser roua'h), c'est-à-dire que leur âme et leur esprit ne sont pas si précieux, et qu'il lui semble à ses yeux qu'il s'acquitte de son devoir dans son service du Nom, que Son Nom soit béni, en toutes ses affaires.
Et il y en a dont "le service est dur", c'est-à-dire qu'ils se mortifient par des jeûnes et des macérations. Ainsi, lorsque Moche notre maître, la paix soit sur lui, vint et leur annonça la délivrance, "ils n'écoutèrent pas Moché par manque de souffle", c'est-à-dire parce que leur âme et leur esprit étaient courts ; "et à cause du dur labeur", c'est-à-dire qu'il y avait parmi eux des hommes qui se mortifiaient et qui pensaient : comment est-il possible que Moché apporte la délivrance ?
Eux aussi servent le Nom béni soit-Il par tout leur service, et pourquoi la délivrance ne viendrait-elle donc pas par eux ?
והנה משה רבינו ע"ה תלה חסרון השמיעה שלא שמעו בני ישראל אליו, תלה בעצמו מחמת שהוא אינו ראוי לכך שאינו צדיק גמור, ולכן אמר "הן בני ישראל לא שמעו אלי ואיך ישמעני פרעה", מאחר שדברי לא נכנסו באזני ישראל ואיך יכנסו דברי באזני פרעה, וזהו "ויאמר לפני ה׳" דייקא, דהנה לפעמים יאמר האדם שתולה החסרון בעצמו ובאמת לבו אינו נכון כ"כ באמת גמור שכן הוא שהחסרון בו, אבל משה רבינו ע"ה היה צדיק גדול וזה הדבר שתלה החסרון בעצמו היה אומר לפני ה׳ ממש, שהיה לבו נכון באמת לפי דעתו שהוא הגורם החסרון השמיעה.
Or, Moche notre maître, la paix soit sur lui, a imputé à lui-même ce défaut d'écoute - que les enfants d'Israël ne l'aient pas écouté -, parce qu'il n'en était pas digne, n'étant pas un juste parfait ; c'est pourquoi il dit "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté, et comment Pharaon m'écoutera-t-il ?" : puisque mes paroles ne sont pas entrées dans les oreilles d'Israël, comment mes paroles entreraient-elles dans les oreilles de Pharaon ? Et c'est "et il dit devant ה'" précisément : car parfois un homme dit qu'il impute le défaut à lui-même, alors qu'en vérité son cœur n'est pas si droit, dans une vérité entière, à reconnaître qu'il en est réellement ainsi, que le défaut est en lui ; mais Moche notre maître, la paix soit sur lui, était un grand juste, et cette parole par laquelle il imputa le défaut à lui-même, il la disait devant ה' littéralement, car son cœur était droit en vérité, selon son opinion, à savoir qu'il était, lui, la cause de ce défaut d'écoute.