Ce passage poursuit le gémissement d'Israël, reçu comme prière parfaite malgré l'effort seulement aux jours de jeûne, par le mérite, les Pères ou la techouva future. « L'ange de Hachem lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson » (Chemot 3,2) : le Noam Elimele'h y voit les middot viles comme des épines ; du milieu d'elles l'homme parvient à l'embrasement (hitlahavout). Le buisson n'est pas consumé : elles ne sont pas entièrement écartées. Moché veut s'en détourner pour de grandes visions ; D.ieu dit qu'on n'approche ce degré qu'à la venue du Machia'h, et d'ôter les souliers comme un emprunt, en sanctifiant la matérialité.
Aussi : le yetser hara des tsadikim, à garder jusqu'à la mort ; le cri d'Israël qui monte par les degrés de sainteté jusqu'à la terre ; l'humilité de Moché et de Yaakov, le signe du cœur enflammé, Ehyeh et le D.ieu des pères
וז"ש "ויאגחו בני ישראל מן העבודה", כאדם המתייגע ועומד לפוש אזי הוא מתאנח מיגיעתו ואינו עושה כלום, "ויזעקו", ר"ל רק ביום כנופיא ותענית שאומרים סליחות אז זועקים ובוכים, אבל בשאר הימים אין מתאמצים כלל בתפילה ואין זו תשובה נכונה, אעפ"כ השי"ת ברוב רחמיו וחסדיו מקבל צעקתם כאילו הם מתפללים בכוונה שלימה, וזהו "ותעל שועתם אל האלקים מן העבודה", פירוש כאילו היתה עבודה בלב זו תפילה שלימה, "וישמע אלקים כו' ויזכור את בריתו", פירוש אם יש לו לאדם איזה זכות אזי זוכר לו, ואם לאו "את אברהם כו'", פירוש אעפ"כ הוא מזכיר לו זכות אבות, "וירא אלקים את בני ישראל וידע א-להים", ר"ל וגם מי שתמה זכות אבותיו, אעפ"כ השי"ת ברוב רחמיו הוא היודע עתידות ורואה מה שעתיד האדם הזה לעשות תשובה שלימה, ומקבל צעקתו עתה עבור העתיד להיות. וק"ל.
Et c'est ce que dit le verset : "Les enfants d'Israël gémirent à cause du travail" (Chemot 2,23) - comme un homme qui peine et s'arrête pour souffler : alors il soupire de sa fatigue et ne fait rien. "Et ils crièrent" : c'est-à-dire, seulement au jour de rassemblement (yom kenoufia) et de jeûne, où l'on dit les selihot, alors ils crient et pleurent ; mais les autres jours ils ne font aucun effort dans la prière, et ce n'est pas là une techouva véritable.
Malgré cela, ה' qu'Il soit béni, dans l'abondance de Ses miséricordes et de Ses bontés, reçoit leur cri comme s'ils priaient avec une intention parfaite. Et c'est "leur supplication monta vers Elokim, du fait du travail" (Chemot 2,23) : l'explication est, comme si c'était un service du cœur (avoda ba-lev), c'est-à-dire une prière parfaite.
"Et Elokim entendit etc., et Il se souvint de Son alliance" (Chemot 2,24) : l'explication est, si l'homme possède quelque mérite, alors Il s'en souvient pour lui ; et sinon, "avec Avraham etc.", l'explication est que malgré cela Il lui rappelle le mérite des Pères. "Et Elokim vit les enfants d'Israël, et Elokim sut" (Chemot 2,25) : c'est-à-dire, même celui dont le mérite des pères est épuisé, malgré cela ה' qu'Il soit béni, dans l'abondance de Ses miséricordes, est Celui qui connaît les choses futures et voit la techouva parfaite que cet homme est destiné à faire, et Il reçoit son cri maintenant en raison de ce qui adviendra.
Et cela se comprend aisément.
וירא אליו ה' בלבת אש מתוך הסנה כו'. נראה לפרש דהנה השורש הוא לאדם שישבר את מידותיו כמו השנאה והקנאה והגאוה והתאוה והחמדה וכדומה כל המידות המגונות, צריך שיתקנם ומתוך כך יכול האדם לבוא למדריגה גדולה ולמראות גדולות והתלהבות ודביקות גדול בעבודת הבורא ית"ש.
וזהו "וירא כו' בלבת אש מתוך הסנה", פירוש מתוך המידות המגונות שהם כקוצים, בא אל מדריגה שהיה לו התלהבות אש, "וירא והנה הסנה בוער באש והסנה איננו אוכל", פירוש שראה שהיה לו התלהבות גדול ואעפ"כ לא נפרד ממנו כל המידות המגונות לשרוף אותם לגמרי, "ויאמר אסורה נא (ואראה)", פירוש אסורה נא לגמרי מן המידות המגונות, "ואראה את המראה הגדול", אז אבוא אל מדריגות גדולות לראות מראות גדולות, "מדוע לא יבער הסנה", "יבער" לשון ובער בשדה אחר, ור"ל מדוע לא יכלו ויסורו לגמרי המידות המגונות שהם כסנה.
"L'ange de ה' lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson" etc. (Chemot 3,2).
Il me semble expliquer ainsi : voici, la racine pour l'homme est de briser ses middot (traits de caractère) comme la haine, la jalousie, l'orgueil, le désir, la convoitise et semblables, toutes les middot viles ; il doit les réparer, et par là l'homme peut parvenir à un grand degré, à de grandes visions, à l'embrasement (hitlahavout) et à un grand attachement (devekout) au service du Créateur béni soit Son Nom. Et c'est "il apparut etc. dans une flamme de feu du milieu du buisson (sneh)" : l'explication est, c'est du milieu des middot viles, qui sont comme des épines, qu'il parvint au degré où il eut l'embrasement du feu.
"Il regarda, et voici le buisson brûlait dans le feu, et le buisson n'était pas consumé" : l'explication est qu'il vit qu'il avait un grand embrasement, et que malgré cela toutes les middot viles ne s'étaient pas séparées de lui pour être entièrement brûlées. "Il dit : je vais me détourner (assoura na) (et je verrai)" : l'explication est, que je me détourne entièrement des middot viles.
"Et je verrai cette grande vision" : alors je parviendrai à de grands degrés, pour voir de grandes visions. "Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas (yiv'ar)" : "yiv'ar" au sens de "et il fait consumer (ouvi'er) dans le champ d'autrui" (Chemot 22,4), et cela veut dire : pourquoi les middot viles, qui sont comme le buisson, ne sont-elles pas anéanties et entièrement écartées ?
וזהו פירוש "מראות נגעים", ר"ל נגעים הם המידות המגונות, וכשמתקן האדם מידותיו יוכל לבוא למדריגות גדולות כנ"ל, "בהרת (עזה כשלג)", פירוש אם יש לו איזה מידה מגונה שהיא נגע בגופו של אדם כבהרת, "עזה", פירוש צריך להיות עז כנמר להתגבר מאוד עד שיתקנה שתהיה "כשלג" ע"ד "אם יהיו חטאיכם כשנים כשלג ילבינו", "שניה לה כסיד כו'", ר"ל אחר זה יכול הוא לבוא עוד למדריגה "כסיד ההיכל" רמז לקדושה עליונה.
Et c'est là l'explication de "les aspects des plaies (marot negaim)" (Michna Neguim 1,1) : c'est-à-dire, les plaies (negaim) sont les middot viles, et lorsque l'homme répare ses middot il peut parvenir à de grands degrés comme ci-dessus. "Baheret (éclatante comme la neige)" : l'explication est, s'il a quelque middah vile, qui est une plaie dans le corps de l'homme comme la baheret (tache blanche éclatante).
"Éclatante (aza)" : l'explication est qu'il doit être fort comme le léopard (az ka-namer) et se surmonter beaucoup, jusqu'à la réparer en sorte qu'elle devienne "comme la neige", dans l'esprit de "si vos péchés sont comme l'écarlate, ils blanchiront comme la neige" (Yechayahou 1,18). "La seconde après elle, comme la chaux" etc. : c'est-à-dire qu'après cela il peut parvenir encore au degré "comme la chaux du Sanctuaire (kesid ha-heikhal)", allusion à la sainteté supérieure.
"וירא ה' כי סר לראות", שהשי"ת ראה שמשה רבינו ע"ה רוצה להסיר כל המידות לגמרי כדי לראות כנ"ל, שיוכל לבוא לידי ראיית מראות גדולות, וזה בלתי אפשרי עד שיבוא משיח צדקינו ואז והעביר ה' רוח טומאה מן הארץ לגמרי, "ויאמר אל תקרב הלום", פירוש שאמר לו השי"ת זה בלתי אפשר שתקרב אל המדריגה הזאת, אלא "של נעלך מעל רגליך", "של" הוא לשון שאלה, היינו שזה יהיה אצלך כדבר המושאל ובלתי אפשרי להסיר לגמרי עד ביאת המשיח במהרה, "כי המקום כו' אדמת קודש הוא", פירוש אלא שצריך אתה לראות להתאמץ בכל המקומות שיש בו איזה חומריות לקדש אותו הדבר. וק"ל.
"Et ה' vit qu'il s'était détourné pour voir" (Chemot 3,4) : ה' qu'Il soit béni vit que Moché notre maître, la paix sur lui, voulait écarter entièrement toutes les middot afin de voir comme ci-dessus, afin de pouvoir parvenir à la vue de grandes visions ; et cela est impossible jusqu'à ce que vienne le Machiah notre juste, et alors ה' fera passer entièrement l'esprit d'impureté de la terre (cf. Zekharia 13,2).
"Il dit : n'approche pas ici (al tikrav halom)" : l'explication est que ה' qu'Il soit béni lui dit : il est impossible que tu approches de ce degré-là, mais plutôt "ôte (chal) tes souliers de tes pieds" - "chal" est un terme d'emprunt (chee'la), c'est-à-dire que cela sera chez toi comme une chose empruntée, et il est impossible de l'écarter entièrement jusqu'à la venue du Machiah, rapidement. "Car le lieu etc. est une terre sainte" : l'explication est que tu dois plutôt veiller à t'efforcer en tous les lieux où il y a quelque matérialité, afin de sanctifier cette chose.
Et cela se comprend aisément.
או יאמר "וירא אליו כו' מתוך הסנה והנה הסנה בוער כו' איננו אוכל ויאמר כו' מדוע לא יבער הסנה". יש לדקדק על השינוי לשון, שאמר "והסנה איננו אוכל" ואח"כ אמר "מדוע לא יבער הסנה", והיה לו לומר מדוע לא "נאכל" הסנה.
Ou bien il dira : "Il lui apparut etc. du milieu du buisson, et voici le buisson brûlait etc., il n'était pas consumé, et il dit etc. pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas". Il y a lieu de s'interroger sur le changement de langage : il a dit "et le buisson n'était pas consumé (einenou oukhal)", et ensuite il a dit "pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas (lo yiv'ar)", alors qu'il aurait dû dire : pourquoi le buisson n'est-il pas "consumé (ne'ekhal)" ?
ונראה ע"ד המוסר, דהנה הצדיקים, גם היצה"ר נהפך אליהם לטוב, כמ"ש בכל לבבך בשני יצריך, אך אעפ"כ אין להאמין לעצמו, רק צריך תמיד להזהר ולהשמר ממנו. וזהו "וירא מלאך ה' אליו (בלבת אש)", דהיצה"ר נקרא ג"כ מלאך ה', "[בלבת אש]" פירוש והוא מראה עצמו להצדיק בהתלהבות גדול כנ"ל, שנהפך גם הוא לטוב, "מתוך הסנה", שהיה בו מתחילה כמו סנה, "וירא והנה הסנה בוער באש", פירוש ואמר הכתוב אעפ"י שרואה שהסנה, הוא היצה"ר, ג"כ בוער באש התלהבות לעבודת הבורא ית"ש, אעפ"כ "והסנה איננו אוכל", ר"ל וצריך להזהר ולהשמר ממנו עד יום מותו, "ויאמר אסורה נא ואראה", דהצדיק עולה תמיד ממדריגה למדריגה, כאשר יתמיד בעבודתו ית"ש באמת ובתמים אזי זוכה לבוא לידי ראייה שכלית כמבואר בחובות הלבבות ששומע בלי אזנים ורואה מבלי עינים, ואז כאשר הוא במדריגה זאת, כל מה שעושה בעבודת הבורא יתברך דומה בעיניו שהוא ממעט בעבודתו ית"ש, וזהו "ויאמר משה אסורה נא ואראה כו'", ר"ל הצדיק מתמיה על עצמו ואומר בלשון תימה מאחר שבאתי לידי ראייה שכלית "מדוע לא יבער הסנה", פירוש כנ"ל, שמוצא בעצמו חסרונות שממעט בעבודת הבורא ויש בו עדיין יצה"ר, ואומר "מדוע לא יבער הסנה" בעבודתו יתברך ויתעלה זכרו לעד ולנצח נצחים.
אמן.
Et il semble, selon la voie de la morale (moussar) : voici, chez les tsadikim, le mauvais penchant (yetser hara) lui aussi se retourne en bien pour eux, comme il est écrit "de tout ton cœur (be-khôl levavekha)" - avec tes deux penchants (Berakhot 54a). Mais malgré cela l'homme ne doit pas se fier à lui-même ; il doit seulement toujours prendre garde et se garder de lui.
Et c'est "l'ange de ה' lui apparut (dans une flamme de feu)", car le yetser hara est appelé lui aussi "ange de ה'". "(Dans une flamme de feu)" : l'explication est qu'il se montre au tsadik avec un grand embrasement comme ci-dessus, s'étant lui aussi retourné en bien.
"Du milieu du buisson" : car il était en lui au début comme un buisson d'épines. "Il regarda, et voici le buisson brûlait dans le feu" : l'explication est que l'Écriture dit que même s'il voit que le buisson, c'est-à-dire le yetser hara, brûle lui aussi du feu de l'embrasement pour le service du Créateur béni soit Son Nom, malgré cela "et le buisson n'était pas consumé", c'est-à-dire qu'il faut prendre garde et se garder de lui jusqu'au jour de sa mort.
"Il dit : je vais me détourner et je verrai" : car le tsadik monte toujours de degré en degré ; lorsqu'il persévère dans Son service, qu'Il soit béni, en vérité et avec intégrité, alors il mérite de parvenir à une vision intellectuelle, comme il est expliqué dans les Hovot ha-Levavot (Les devoirs des cœurs, de Rabbenou Bahye ibn Pakouda), qu'il entend sans oreilles et voit sans yeux ; et alors, lorsqu'il est à ce degré, tout ce qu'il fait dans le service du Créateur béni soit-Il lui semble être un amoindrissement de Son service. Et c'est "Moché dit : je vais me détourner et je verrai" etc. : c'est-à-dire que le tsadik s'étonne de lui-même et dit sur un ton d'étonnement : puisque je suis parvenu à une vision intellectuelle, "pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas", l'explication étant comme ci-dessus, car il trouve en lui-même des manques, qu'il amoindrit le service du Créateur et qu'il y a encore en lui un yetser hara ; et il dit : "pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas" dans Son service, béni et exalté, que Son souvenir soit à jamais et pour l'éternité des éternités.
Amen.
ויאמר ראה ראיתי כו' וארד להצילו מיד מצרים ולהעלתו מן הארץ ההיא אל ארץ טובה כו' ועתה הנה צעקת בני ישראל באה אלי כו'. ולכאורה היה ראוי לומר "ראה ראיתי את עני עמי כו' וצעקת בני ישראל באה אלי וארד להצילו" כו'.
ועוד מה צורך שהבטיח להם השי"ת ב"ה להביאם אל ארץ טובה כו', היה די שיאמר להם שיוציאם ממצרים, כדאיתא בגמרא שאמרו ישראל באמת הלוואי שנצא בעצמינו משל לעבד ע"ש.
"Il dit : j'ai bien vu etc., et Je suis descendu pour le délivrer de la main de l'Égypte et pour le faire monter de ce pays-là vers un bon pays etc. ; et maintenant, voici, le cri des enfants d'Israël est venu jusqu'à Moi" etc. (Chemot 3,7-9).
À première vue, il aurait convenu de dire : "j'ai bien vu la misère de Mon peuple etc., et le cri des enfants d'Israël est venu jusqu'à Moi, et Je suis descendu pour le délivrer" etc. Et de plus, quel besoin y avait-il que ה' qu'Il soit béni leur promette de les amener vers un bon pays etc. ?
Il aurait suffi qu'Il leur dise qu'Il les ferait sortir d'Égypte, comme il est rapporté dans la guemara qu'Israël dit : en vérité, plût à Dieu que nous sortions par nous-mêmes - à la manière de la parabole de l'esclave, voir là-bas.
ונראה לפרש דאיתא בגמרא "העומד בחוץ לארץ ומתפלל יכווין לבו כנגד ארץ ישראל, העומד בא"י יכוין לבו כנגד ירושלים, העומד כו' יכוין כנגד בית המקדש, והעומד כו' יכוין כנגד [בית] קדשי קדשים", ולכאורה אם בכוונה תליא מלתא, גם העומד בחוץ לארץ יכוין לבו כנגד בית קדשי קדשים. אך נראה דרבותינו ז"ל הורו לנו דרכי התפילה באופן שיעלו לרצון לפני השי"ת ב"ה וב"ש, דהיינו "העומד בח"ל", דקדושת ארץ ישראל היא יותר מח"ל, וקדושת ירושלים היא יותר מארץ ישראל, וכן כולם קדושתם זו למעלה מזו, וזה בודאי אי אפשר לאדם שיאחוז בקדושה רבה העליונה בפעם אחד, רק צריך לילך ממדריגה למדריגה, ואמרו חז"ל מי שהוא עדיין בח"ל, יאמץ ויקדש עצמו בקדושה יתירה שיבוא לקדושת א"י, ואחר שיזכה לקדושה יתירה והיינו "העומד בא"י, יכוין לבו" לאמץ עוד בקדושה נוספת "כנגד ירושלים", וכן כולם.
וכשיתנהג אדם כך, אזי באיזו בחינה שיהיה, תפילתו רצויה לפניו יתברך ויתעלה, אבל בוודאי מי שעומד בח"ל, דהיינו שהוא עדיין לא נתקדש כלל, והוא מלא מחשבות זרות ותאוות וגשמיות, בלתי אפשרי שתעלה תפילתו לפניו יתברך.
Et il semble expliquer ainsi : il est rapporté dans la guemara : "Celui qui se tient hors de la Terre et prie, qu'il dirige son cœur vers la terre d'Israël ; celui qui se tient en terre d'Israël, qu'il dirige son cœur vers Jérusalem ; celui qui se tient etc., qu'il dirige vers le Temple ; et celui qui se tient etc., qu'il dirige vers le Saint des Saints" (Berakhot 30a). À première vue, si la chose dépend de l'intention, même celui qui se tient hors de la Terre devrait diriger son cœur vers le Saint des Saints.
Mais il semble que nos maîtres de mémoire bénie nous ont enseigné les voies de la prière de la manière dont elles montent en faveur devant ה' qu'Il soit béni et loué : à savoir "celui qui se tient hors de la Terre" - car la sainteté de la terre d'Israël est plus grande que celle de l'extérieur, et la sainteté de Jérusalem est plus grande que celle de la terre d'Israël, et de même pour toutes, leur sainteté allant l'une au-dessus de l'autre ; et il est certainement impossible à l'homme de saisir d'un seul coup la grande sainteté supérieure : il doit seulement aller de degré en degré. Et nos maîtres de mémoire bénie ont dit : celui qui est encore hors de la Terre, qu'il fasse effort et se sanctifie d'une sainteté supplémentaire pour parvenir à la sainteté de la terre d'Israël ; et après qu'il a mérité cette sainteté supplémentaire, c'est-à-dire "celui qui se tient en terre d'Israël, qu'il dirige son cœur" pour faire effort encore d'une sainteté supplémentaire "vers Jérusalem", et de même pour toutes.
Et lorsque l'homme se conduit ainsi, alors, en quelque niveau (behina) qu'il se trouve, sa prière est agréée devant Lui, béni et exalté soit-Il. Mais assurément, celui qui se tient hors de la Terre, c'est-à-dire qu'il n'est encore aucunement sanctifié et qu'il est plein de pensées étrangères, de désirs et de matérialité, il est impossible que sa prière monte devant Lui, qu'Il soit béni.
והנה כשהיו ישראל במקום טומאה ונתגשמו מאוד מחמת צרות עול שעבוד וסבלות מצרים, בלתי אפשרי היה שתעלה צעקתם לפני השי"ת ב"ה, ולכן אמר השי"ת "וארד להצילו כו' ולהעלותו אל ארץ טובה כו'", ר"ל שאעלה אותם ואביא אותם אל קדושת ארץ ישראל, "ועתה הנה צעקת בני ישראל באה אלי". וק"ל.
Et voici, lorsque Israël était dans un lieu d'impureté et s'était fort matérialisé à cause des détresses du joug de l'asservissement et des travaux pénibles de l'Égypte, il était impossible que leur cri monte devant ה' qu'Il soit béni. C'est pourquoi ה' qu'Il soit béni a dit : "Je suis descendu pour le délivrer etc., et pour le faire monter vers un bon pays" etc., c'est-à-dire : Je les ferai monter et Je les amènerai à la sainteté de la terre d'Israël, "et maintenant, voici, le cri des enfants d'Israël est venu jusqu'à Moi".
Et cela se comprend aisément.
ויאמר משה אל הא-להים מי אנכי כו' וכי אוציא את בני ישראל כו'. לכאורה הלשון כפול כמו שהרגיש רש"י ז"ל בזה.
גם בפסוק "ויאמר כי אהיה עמך וזה לך האות בהוציאך כו' תעבדון את כו'", גם זה אינו מובן לכאורה שאמר לו השי"ת אות שיהיה אח"כ, ורש"י ז"ל פירש בטוב טעם.
"Moché dit à Elokim : qui suis-je etc., pour que je fasse sortir les enfants d'Israël" etc. (Chemot 3,11).
À première vue le langage est redoublé, comme Rachi de mémoire bénie l'a remarqué à ce sujet. De même dans le verset "Il dit : car Je serai avec toi, et ceci est pour toi le signe : quand tu feras sortir etc., vous servirez etc." (Chemot 3,12), cela non plus n'est pas compréhensible à première vue, qu'il lui donne un signe qui n'aurait lieu qu'après ; et Rachi de mémoire bénie a expliqué avec bon goût.
ולענ"ד נראה ע"פ הפסוק "ויירא יעקב מאוד ויאמר מה נורא המקום הזה אין זה כי כו'", ולכאורה מלת "אין" הוא מיותר, והיה לו לומר "מה נורא המקום הזה זה בית אלקים". ונראה דהתורה הקדושה מורה לנו בכל זה איך נתנהג בעבודתו ית"ש ויתעלה, דהנה האדם הבא לו אהבה והתלהבות בלבבו בתפילתו או בלימודו, וכן בכל מעשיו אשר יעשה לשמו ית"ש, ראוי לו שיחשוב מי יודע אם אין זו התלהבות אש זרה חלילה וחלילה, ואם לבו מתלהב עוד בפעם אחר פעם, יחשוב אפשר המקום גורם קדושה והתלהבות הזאת, דהיינו שעומד עם צדיקים ולא יתלה בעצמו כלל וכלל, רק שיהיה שפל מאוד ויחשוב איך אפשר שאיש שפל כמוני יזכה לזאת, ואם יוסיף עוד ולא יפסוק, יחשוב אמת בוודאי זה הוא דבר אלקים שנתן לי השי"ת מתנה והלוואי שיהיה לבבי זה כל הימים, ויתפלל תמיד להשי"ת שיעזור לו וישמור אותו שלא יכשל ח"ו בשום נדנוד חטא, שלא יגרום החטא ח"ו לכבות אש התלהבותו בעבודת הבורא ית"ש.
Et selon mon humble avis, il semble [qu'on puisse expliquer] d'après le verset "Yaakov eut grande crainte et il dit : que ce lieu est redoutable ! ce n'est (ein zeh) que" etc. (Bereshit 28,17).
À première vue le mot "ein" est superflu, et il aurait dû dire "que ce lieu est redoutable ! c'est la maison d'Elokim". Et il semble que la sainte Torah nous enseigne en tout ceci comment nous conduire dans Son service, qu'Il soit béni et exalté.
Voici : l'homme à qui viennent un amour et un embrasement dans son cœur, dans sa prière ou dans son étude, et de même dans toutes les actions qu'il accomplit pour Son Nom béni, il convient qu'il pense : qui sait si ce n'est pas là un embrasement de feu étranger (ech zara), a Dieu ne plaise. Et si son cœur s'enflamme encore, fois après fois, qu'il pense : peut-être est-ce le lieu qui cause cette sainteté et cet embrasement, c'est-à-dire qu'il se tient avec des tsadikim ; et qu'il ne l'attribue aucunement à lui-même, mais qu'il soit très humble et pense : comment est-il possible qu'un homme aussi bas que moi mérite cela ?
Et si cela s'ajoute encore et ne cesse pas, qu'il pense : en vérité, assurément ceci est une chose d'Elokim, que ה' qu'Il soit béni m'a donnée en cadeau, et plût à Dieu que mon cœur soit ainsi tous les jours. Et qu'il prie toujours ה' qu'Il soit béni de l'aider et de le garder, afin qu'il ne trébuche pas, à Dieu ne plaise, dans la moindre trace de faute, de peur que la faute ne cause, à Dieu ne plaise, l'extinction du feu de son embrasement dans le service du Créateur béni soit Son Nom.
וזהו "ויירא יעקב מאוד כו'", דהיינו כאשר ראה סולם מוצב ארצה ומלאכים עולים ויורדים בו, וראה המראה הגדול הזה שהשי"ת ב"ה עם כל המרכבה העליונה נצב עליו, "ויירא מאוד ויאמר מה נורא", ר"ל מי יודע מה הוא המורא הזאת, כי מי אנכי שאזכה למראה הגדול הזה, ואח"כ חשב ואמר "המקום הזה", אפשר המקום גורם הקדושה הגדולה הזאת, ואח"כ אמר "אין זה כו'", כיון שראה הקדושה הזאת בלי הפסק, אמר בודאי "אין זה רק בית אלקים", והתחיל להתפלל להשי"ת ב"ה "וידר נדר אם יהיה אלקים כו' ושמרני כו'", דהיינו שלא יגרום החטא ח"ו להפסיק ממנו הקדושה הזאת.
Et c'est "Yaakov eut grande crainte" etc. : c'est-à-dire, lorsqu'il vit une échelle dressée à terre et des anges y montant et descendant, et qu'il vit cette grande vision, que ה' qu'Il soit béni, avec tout le Char supérieur (merkava), se tenait au-dessus de lui, "il craignit fort et dit : que c'est redoutable", c'est-à-dire : qui sait ce qu'est cette crainte ? car qui suis-je pour mériter cette grande vision ? Et ensuite il pensa et dit "ce lieu" : peut-être est-ce le lieu qui cause cette grande sainteté.
Et ensuite il dit "ce n'est" etc. : puisqu'il vit cette sainteté sans interruption, il dit : assurément "ce n'est que la maison d'Elokim", et il commença à prier ה' qu'Il soit béni : "il fit un vœu : si Elokim est etc., et me garde" etc. (Bereshit 28,20), c'est-à-dire que la faute ne cause pas, à Dieu ne plaise, l'interruption en lui de cette sainteté.
וזהו שאמר משה רבינו ע"ה "מי אנכי כי אלך כו'", שהיה עניו מכל אדם ושפל בעיני עצמו, ואמר איך אפשר שאגיע למדריגה הזאת, "וכי אוציא כו'", פירוש וגם אם היה באפשרי שאבוא למדריגה זאת שאלך אל פרעה, איך אני ראוי למדריגה גדולה כזאת להוציא את בני ישראל, "ויאמר כי אהיה עמך וזה לך האות בהוציאך כו' תעבדון כו'", דהנה סימן טוב לאדם כשהוא שומע מספרים ממעלות הצדיקים ועבודתם בקדושה לשמו יתברך באמת, אם באותו הפעם לבו חושק ומתלהב מאד מאד שיזכה גם הוא לעבוד השי"ת באמת, זה הוא סימן טוב שהשם עמו וזה דבר ה', וזהו "וזה לך האות" שאני אומר לך "בהוציאך כו' תעבדון על ההר הזה", זה יהיה לך לסימן ולאות, אם יהיה לבך בוער ומתלהב לעבודתי בשומעך זאת, בזאת תדע שאני עמך.
Et c'est ce que dit Moché notre maître, la paix sur lui : "qui suis-je pour que j'aille" etc. - car il était le plus humble de tous les hommes et bas à ses propres yeux, et il dit : comment est-il possible que je parvienne à ce degré ? "Et pour que je fasse sortir" etc. : l'explication est, même s'il était possible que je parvienne à ce degré-là, d'aller vers Pharaon, comment serais-je digne d'un si grand degré, de faire sortir les enfants d'Israël ?
"Il dit : car Je serai avec toi, et ceci est pour toi le signe : quand tu feras sortir etc., vous servirez etc." - voici, c'est un bon signe pour l'homme lorsqu'il entend raconter les vertus des tsadikim et leur service dans la sainteté pour Son Nom béni, en vérité : si à ce moment-là son cœur désire et s'enflamme très fort de mériter lui aussi de servir ה' qu'Il soit béni en vérité, c'est là un bon signe que le Nom est avec lui et que c'est parole de ה'. Et c'est "ceci est pour toi le signe" que Je te dis : "quand tu feras sortir etc., vous servirez sur cette montagne" - ceci sera pour toi un signe et une marque : si ton cœur brûle et s'enflamme pour Mon service en entendant cela, par là tu sauras que Je suis avec toi.
וזהו שהתפלל דוד המלך ע"ה "השיבה לי ששון ישעך", ר"ל זכני להשיבני אליך, ושיהיה לי סימן טוב דהיינו ששון ישעך, ר"ל כשאשמע מספרים "ישעך", דהיינו מעוסקי תורתיך ומצוותיך שזה הוא הישועה להשי"ת, כאשר יהיה לי זאת לששון ולשמחה, בזה אדע כי אתה עמדי. וה' יזכנו להיות מעובדי ה' באמת ולשמוח עם הצדיקים.
אמן.
Et c'est ce que pria David le roi, la paix sur lui : "Rends-moi la joie de Ton salut (hachiva li sesson yich'ekha)" (Tehilim 51,14), c'est-à-dire : fais-moi mériter de me ramener à Toi, et que j'aie un bon signe, à savoir "la joie de Ton salut", c'est-à-dire : lorsque j'entendrai raconter "Ton salut", c'est-à-dire ceux qui s'occupent de Ta Torah et de Tes mitsvot - car c'est là le salut pour ה' qu'Il soit béni - et que cela sera pour moi joie et allégresse, par là je saurai que Tu es avec moi. Et que ה' nous fasse mériter d'être de ceux qui servent ה' en vérité et de nous réjouir avec les tsadikim.
Amen.
ויאמר משה כו' ואמרו לי מה שמו מה אומר אליהם ויאמר אלקים כו' אהיה אשר אהיה ויאמר אהיה שלחני כו' ויאמר עוד כו' ה' אלקי אבותיכם כו'. ופירש רש"י ז"ל שאמר משה רבינו ע"ה די לצרה בשעתה כו', ופירשו קמאי לא שהשכיל משה מה' כו'.
"Moché dit etc. : et ils me diront : quel est Son Nom ? que leur dirai-je ? Et Elokim dit etc. : Ehyeh acher Ehyeh (Je serai qui Je serai) ; et Il dit : Ehyeh m'a envoyé etc. ; et Il dit encore etc. : ה' le Dieu de vos pères etc." (Chemot 3,13-15).
Et Rachi de mémoire bénie a expliqué que Moché notre maître, la paix sur lui, a dit : c'est assez pour la détresse en son temps, etc. ; et les anciens ont expliqué : non pas que Moché ait compris de ה' etc.
וגם אנכי אענה חלקי, דאיתא במדרש דשמותיו של הקב"ה הם רבים, והשי"ת אמר שמי הוי"ה היה הוה ויהיה, שדי שמי שאמרתי לעולמי די ע"ש, והנה כל עבודתינו הוא לתקן ולטהר העולמות ולקשרם יחד, ולכן תיקנו לנו אנשי כנסת הגדולה בשלש ברכות הראשונות אלקי אברהם כו', מחמת שהאבות בחרו להם ועבדו ותיקנו שלש מדריגות, וע"י זה אנו מקשרים עצמינו בהם ועל פיהם אנו חיים, ולמעלה מהם יש עוד שלש מדריגות כידוע. וזהו "כל מעשיך יהיו לשם שמים", ר"ל לתקן העולמות העליונים.
Et moi aussi je répondrai ma part : il est rapporté dans le Midrach que les Noms du Saint béni soit-Il sont nombreux, et ה' qu'Il soit béni a dit : "Mon Nom est Havaya (הוי"ה, permutation des lettres du Nom : Il était, Il est, Il sera) - haya, hovéh ve-yihyeh ; Chaddai est Mon Nom, car J'ai dit à Mon monde : assez (dai)", voir là-bas. Et voici, tout notre service consiste à réparer et purifier les mondes et à les relier ensemble ; c'est pourquoi les hommes de la Grande Assemblée nous ont institué, dans les trois premières bénédictions, "Dieu d'Avraham" etc., parce que les Patriarches ont choisi pour eux, ont servi et ont réparé trois degrés, et par cela nous nous relions à eux et c'est par eux que nous vivons ; et au-dessus d'eux il y a encore trois degrés, comme on le sait.
Et c'est [le sens de] "que toutes tes actions soient pour le Nom du Ciel" (Avot 2,12), c'est-à-dire : afin de réparer les mondes supérieurs.
וזהו שאמר משה רבינו ע"ה "ואמרו לי מה שמו", פירוש אם יאמרו לי באיזה בחינה נעבוד אותו יתברך? "ויאמר אלקים אהיה אשר אהיה", היא המדריגה העליונה כידוע ליודעי חן מלת "אשר", וכתיב עוד "ויאמר כו' אהיה", היא מדריגה למטה מזו, "ויאמר עוד כו' כה תאמר ה' אלקי אבותיכם א-להי אברהם כו' זה שמי לעולם וזה זכרי לדור דור", דהיינו באותה מדריגה אנחנו חיים וקיימים לעולם על ידי שכבר תיקנו לנו אבותינו המדריגה הזאת ואנו מקשרים עצמינו כנ"ל ועל פיהם אנו חיים לעולם בכל דור ודור. והבן.
Et c'est ce que dit Moché notre maître, la paix sur lui : "et ils me diront : quel est Son Nom ?", l'explication étant : s'ils me disent, par quel niveau (behina) Le servirons-nous, qu'Il soit béni ? "Et Elokim dit : Ehyeh acher Ehyeh" : c'est le degré supérieur, comme le savent, quant au mot "acher", ceux qui connaissent la sagesse cachée (yodééi hen, allusion à la sagesse ésotérique).
Et il est écrit encore "Il dit etc. : Ehyeh" : c'est un degré inférieur à celui-là. "Et Il dit encore etc. : ainsi tu diras : ה' le Dieu de vos pères, le Dieu d'Avraham etc. ; c'est là Mon Nom pour toujours et c'est là Mon souvenir de génération en génération" : c'est-à-dire que c'est par ce degré-là que nous vivons et subsistons à jamais, du fait que nos pères ont déjà réparé pour nous ce degré-là et que nous nous relions à eux comme ci-dessus, et c'est par eux que nous vivons à jamais, en chaque génération.
Et comprends.