Ce passage poursuit la part double de l'aîné. Le Noam Elimele'h appelle le tsadik aîné : il prend une part double, une prise dans les deux mondes, s'il est affermi dans sa justice. La 'hazaka naît de l'habitude des mesures et des haies, jusqu'à ce qu'elles deviennent nature. Études et prières montent alors vers la mer du Talmud, pourvu qu'il se tienne pour n'avoir encore rien fait : « la mer n'est point remplie ». « Voici les noms des enfants d'Israël venant en Égypte » : Israël lie au monde supérieur par l'étroit des haies, metsar yam ; Yaakov lie au monde inférieur, dans l'intégrité de toute la maison.
Aussi : la fécondité, la soumission et l'humilité faite essence ; les accoucheuses, amour qui engendre et crainte qui répand enfants, vie et subsistance ; la sœur qui élève le mal jusqu'à la ''Hokhma, où il devient ayin.
וזה נקרא "פי שנים" מה שאמרו חז"ל "בכור נוטל פי שנים", רצה לומר הצדיק נקרא "בכור", בני בכורי ישראל, הוא "נוטל פי שנים", פירוש שיש לו אחיזה בשני עולמות, אבל צריך לזה שיהא צדיק גמור בכל מעשיו ומוחזק בצדקו לבל יתמוטט עוד, וזה נקרא חזקה, וזה רמז מה שאמרו חז"ל ש"אין הבכור נוטל בראוי כבמוחזק", וע"י דבר מה יהיה מוחזק בצדקתו? הוא ע"י שמרגיל עצמו בכל מידה ומידה שעושה ובכל גדר אשר יגדור לעצמו עד שנעשה אצלו כטבע, אז הוא מוחזק במעשיו הישרים. וזהו פירוש מה שאמרו חז"ל "מאימתי הוי חזקה מכי דייש אמצרי", ר"ל אחר שמורגל בגדריו שגדר, "דייש" הוא לשון "כיון דדש דש".
Et voilà ce qui est appelé "part double" (pi chnayim), ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "l'aîné prend une part double". Cela veut dire : le tsadik (le juste) est appelé "aîné", selon "Mon fils, Mon aîné, Israël" (Chemot 4,22) ; il "prend une part double", c'est-à-dire qu'il a une prise dans les deux mondes.
Mais il faut pour cela qu'il soit un tsadik parfait dans tous ses actes et affermi (mouhzak) dans sa justice, de sorte qu'il ne chancelle plus jamais ; et cela s'appelle "hazaka" (possession établie par l'usage prolongé). Et c'est l'allusion de ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "l'aîné ne prend pas double part sur ce qui est seulement dû (raouy) comme sur ce qui est déjà en possession (mouhzak)".
Et par quelle chose sera-t-il affermi dans sa justice ? C'est en s'habituant à chaque mesure (mida, trait de caractère et de conduite) qu'il accomplit et à chaque haie (gueder, barrière que l'on se fixe à soi-même) qu'il dresse pour lui-même, jusqu'à ce que cela devienne chez lui comme une nature ; alors il est affermi dans ses actions droites.
Et c'est l'explication de ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "À partir de quand y a-t-il hazaka ? Dès lors qu'il a foulé les limites du champ (mi-khi dayich a-mitsrei)" - c'est-à-dire après qu'il est habitué aux haies qu'il s'est fixées ; "dayich" (il foule) est du langage de "dès lors qu'il a foulé, il foule" (keivan de-dach dach : une fois l'habitude prise, la chose ne pèse plus).
ואחר שיהיה הצדיק מקושר בשני עולמות ומוחזק במעשיו הקדושים, אזי כל התורות והתפילות והעובדות שלו הולכים אל הים העליון הנקרא ים התלמוד, אך באופן שבכל זאת ידע בבירור שעדיין לא עשה כלום להבורא יתברך כראוי לעבוד אליו יתברך שמו הגדול, שאם ח"ו יחשוב בעשותו איזה דבר טוב שעשאו בתכלית השלימות ויהנה במעשיו, אזי כל מעשיו אין נחשבין לכלום, וזהו פירוש "כל הנחלים הולכים אל הים" ר"ל כל המידות טובות הנקראים "נחל", שעל ידם הולכים כל השפעות והחסדים כנחל המתפשט ממעלה למטה, כל המידות האלה הולכים אל הים העליון, ובאופן "והים איננו מלא", פירוש שיחשוב בעצמו שפלותו ולא יהיה מלא ממעשיו.
Et après que le tsadik est lié aux deux mondes et affermi dans ses actes saints, alors toutes ses études de Torah, toutes ses prières et tous ses services montent vers la mer supérieure appelée "la mer du Talmud" - mais à condition qu'avec tout cela il sache clairement qu'il n'a encore rien fait pour le Créateur béni soit-Il comme il conviendrait de servir Son grand Nom béni. Car si, à Dieu ne plaise, il pense en accomplissant quelque bonne chose qu'il l'a accomplie au comble de la perfection, et qu'il se délecte de ses œuvres, alors toutes ses œuvres ne comptent pour rien.
Et c'est l'explication de "tous les torrents vont à la mer" (Kohelet 1,7) : c'est-à-dire toutes les bonnes mesures (midot), qui sont appelées "torrent" (nahal), par lesquelles vont toutes les effusions et toutes les bontés (hassadim) comme un torrent qui se répand d'en haut vers en bas - toutes ces mesures vont vers la mer supérieure ; et cela de cette manière : "et la mer n'est point remplie" (ibid.), c'est-à-dire qu'il pensera en lui-même à sa propre bassesse et ne sera pas rempli de ses œuvres.
וזהו "ואלה שמות כו'", דידוע ד"ישראל" הוא מדריגה עליונה הנקרא ישראל כידוע, ו"יעקב" הוא מדריגה תחתונה, וזהו שאמרו חז"ל "לא שיעקר שם יעקב ממקומו אלא ישראל עיקר" כו' ע"ש, דשני השמות הוצרכו, שם ישראל בשביל קישור העולם העליון, ושם יעקב בשביל קישור עולם התחתון כנ"ל, והצדיק גמור אשר בשם ישראל יכונה הוא מקושר בעולם העליון, והצדיק שאינו במדריגה ישראל יש לו אחיזה בשם יעקב שהוא מדריגה תחתונה, ובלבד שילך עכ"פ בתמימות אעפ"י שאינו יכול להשיג מדריגה העליונה הנקרא ישראל, וזהו "ואלה שמות בני ישראל", ר"ל אותן הצדיקים שבשם ישראל מכונים שיש להם אחיזה בשם ישראל, "הבאים מצרימה", פירוש הם באים ע"י המיצר, דהיינו ע"י הגדרים שגדרו לעצמם, והם מוחזקים בהם בכשרותם בטבע, ועולים במדריגתם אל הים העליון, וגורמים השפעות טובות לעולם, וזהו מצרימה - "מיצר ים", "מיצר" לשון מכי דייש אמצרי כנ"ל, ו"ים" רמז לים התלמוד.
Et c'est "Voici les noms, etc." (Chemot 1,1). Car il est connu qu'"Israël" est un degré supérieur appelé Israël, comme on le sait, et que "Yaakov" est un degré inférieur.
Et c'est ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "Non pas que le nom de Yaakov soit déraciné de sa place, mais Israël est l'essentiel", etc. - vois-y. Car les deux noms étaient nécessaires : le nom d'Israël pour le lien avec le monde supérieur, et le nom de Yaakov pour le lien avec le monde inférieur, comme ci-dessus.
Et le tsadik parfait, qui est désigné du nom d'Israël, est lié au monde supérieur ; et le tsadik qui n'est pas au degré d'Israël a une prise dans le nom de Yaakov, qui est le degré inférieur - à la seule condition qu'il marche en tout cas dans l'intégrité (temimout), quand bien même il ne peut atteindre le degré supérieur appelé Israël. Et c'est "Voici les noms des enfants d'Israël" : c'est-à-dire ces tsadikim qui sont désignés du nom d'Israël, qui ont une prise dans le nom d'Israël.
"Venant en Égypte" (ha-baïm Mitsrayma) : ils viennent par l'étroit (metsar), c'est-à-dire par les haies qu'ils se sont fixées à eux-mêmes, et ils y sont affermis, leur droiture devenue nature ; et ils montent dans leur degré vers la mer supérieure et causent de bonnes effusions au monde. Et c'est "Mitsrayma" - "metsar yam" (l'étroit de la mer) : "metsar" au sens de "dès lors qu'il a foulé les limites du champ" comme ci-dessus, et "yam" (mer) fait allusion à la mer du Talmud.
"את יעקב", פירוש אותן הצדיקים שיש להם אחיזה בשם יעקב שהיא מדריגה תחתונה, "איש וביתו באו", פירוש צריך שיבוא בכל ביתו, דהיינו בכל גופו ותמימות כנ"ל, וזהו "והאכלתיך נחלת יעקב אביך", ר"ל שהשי"ת ברוב רחמיו מבטיח לנו שגם מי שיחזיק במדריגת יעקב, אעפ"כ יגרום השפעות מנחל העליון, "כי פי ה' דבר", פירוש רק שיהיה בתמימותו, שכל אשר יצא מפיו יהיה דבר ה' דהיינו תמימות, ואז גם הוא ישפיע השפעות טובות וברכות מנחל העליון לישראל לעולם. אמן.
"Avec Yaakov" (Chemot 1,1) : c'est-à-dire ces tsadikim qui ont une prise dans le nom de Yaakov, lequel est le degré inférieur. "Chacun et sa maison ils vinrent" : il faut qu'il vienne avec toute sa maison, c'est-à-dire avec tout son corps et dans l'intégrité, comme ci-dessus.
Et c'est "Je te nourrirai de l'héritage de Yaakov ton père" (Yechayahou 58,14) : cela veut dire que le Saint béni soit-Il, dans Son abondante miséricorde, nous promet que même celui qui se tient au degré de Yaakov causera malgré tout des effusions depuis le torrent supérieur. "Car la bouche de ה' a parlé" (ibid.) : à la seule condition qu'il demeure dans son intégrité, que tout ce qui sort de sa bouche soit parole de ה', c'est-à-dire intégrité ; et alors lui aussi répandra de bonnes effusions et des bénédictions depuis le torrent supérieur sur Israël, à jamais.
Amen.
ובני ישראל פרו וישרצו כו'. "פרו" יש לומר הוא לשון פירות, דהיינו ע"י קדושתם עשו פירות, "וישרצו", דהנה כתיב "ישרצו המים נפש חיה ועוף יעופף על הארץ", יש לומר הפירוש דעיקר הוא באדם יסוד המים מהארבעה יסודות שבאדם, ומים נקרא התורה, ור"ל שציוה השי"ת שהעסק התורה יהיה בהכנעה, וזה רמז "ישרצו" דהיינו דבר השורץ על הארץ בנמוך והכנעה, "נפש חיה" פירוש וע"י זה יבוא לו חיות לנפשו, "ועוף יעופף על הארץ", ר"ל שגם הגוף והחומר של אדם יעופף ויעלה בקדושה רבה.
וזהו "וישרצו", היינו שהיה להם הכנעה כנ"ל.
"Et les enfants d'Israël furent féconds et prolifèrent, etc." (Chemot 1,7). "Parou" (ils furent féconds) : on peut dire que c'est du langage de "perot" (fruits), c'est-à-dire que par leur sainteté ils ont produit des fruits.
"Va-yichretsou" (et ils grouillèrent) : or il est écrit "Que les eaux fassent grouiller une âme vivante, et que l'oiseau vole au-dessus de la terre" (Berechit 1,20). On peut dire que l'explication est celle-ci : l'essentiel, chez l'homme, est l'élément de l'eau parmi les quatre éléments qui sont en lui, et l'eau est appelée la Torah ; cela veut dire que le Saint béni soit-Il a ordonné que l'occupation de la Torah se fasse dans la soumission (hakhnaa, l'effacement de soi).
Et c'est l'allusion de "va-yichretsou" : la chose qui grouille sur la terre, en bas et dans la soumission. "Une âme vivante" : par cela viendra la vitalité à son âme.
"Et que l'oiseau vole au-dessus de la terre" : cela veut dire que même le corps et la matière de l'homme s'envoleront et s'élèveront dans une grande sainteté. Et c'est "va-yichretsou" : ils avaient de la soumission, comme ci-dessus.
או יאמר "וישרצו" ופירש"י ז"ל שהיו יולדות ששה בכרס אחד, נוכל לומר שזה רמז שעשו הולדה בששה קצוות, שהצדיקים ע"י קדושתם עושים הולדה בששה קצוות הנקראים ומכונים בשם "כרס", שיהיו מתגדלים על ידם. והבן זה.
Ou bien on peut dire ainsi de "va-yichretsou", que Rachi de mémoire bénie explique : elles enfantaient six d'une seule portée (littéralement : d'un seul ventre). Nous pouvons dire que ceci fait allusion à ce qu'ils ont produit un engendrement dans les six extrémités (chech ketsavot, les six dimensions de l'édifice supérieur), car les tsadikim, par leur sainteté, produisent un engendrement dans ces six extrémités, qui sont appelées et désignées du nom de "ventre" (kres), afin qu'elles soient agrandies par eux.
Et comprends ceci.
"וירבו" ר"ל שהמשיכו השפעות עוה"ז שזה נקרא "רב", דעוה"ז הוא עולם הפירוד לכן נקרא בשם רב, "ויעצמו במאוד מאוד", דאמר התנא "מאוד מאוד הוי שפל רוח", ולכאורה היה לו לומר מאוד תשפיל רוחך, אך הפשוט שהתנא הזהיר שיהא האדם תמיד שפל רוח בלי הפסק, וזהו "מאוד הוי שפל רוח" - "הוי" לשון דבר ההוה תמיד. וזהו "ויעצמו במאוד מאוד", ר"ל שעשו עצמיות במידה הזאת, שלא היה מקריות אצלם לפעמים כך ולפעמים כך, רק תמיד היו במידת שפלות בעצם הנקרא עצמיות, "ותמלא הארץ אותם", ר"ל שגם הארציות דהיינו החומר והגוף שלהם מילא אותם את קדושתם, שהיו כ"כ צדיקים וקדושים עד שהיה הגוף מזכירם ומסייעם לעבודת הבורא יתברך.
וק"ל.
"Va-yirbou" (et ils se multiplièrent) : cela veut dire qu'ils ont attiré les effusions de ce monde-ci, ce qui est appelé "rav" (nombreux) ; car ce monde-ci est le monde de la séparation, c'est pourquoi il est appelé du nom de "rav" (le multiple). "Va-yaatsmou bi-meod meod" (et ils devinrent très très puissants) : le Tana (maître de la Michna) a dit "Sois très très humble d'esprit" (Avot 4,4) ; à première vue il aurait dû dire : "abaisse fortement ton esprit".
Mais l'explication simple est que le Tana a averti que l'homme soit toujours humble d'esprit, sans interruption ; et c'est "meod hevei chefal roua'h" - "hevei" (sois) est du langage d'une chose qui est en permanence. Et c'est "va-yaatsmou bi-meod meod" : cela veut dire qu'ils ont fait de cette mesure leur essence même (atsmiout), qu'il n'y avait chez eux rien d'accidentel - tantôt ainsi, tantôt autrement - mais qu'ils étaient toujours dans la mesure de l'humilité par essence, ce qu'on appelle "atsmiout" (essentialité).
"Et la terre en fut remplie" : cela veut dire que même la terrestreité, c'est-à-dire leur matière et leur corps, fut remplie de leur sainteté ; ils étaient tsadikim et saints à un tel point que le corps lui-même leur rappelait le service du Créateur béni soit-Il et les y aidait. Et c'est facile à comprendre.
ויבן ערי מסכנות לפרעה. נ"ל ע"ד המוסר, דלשון "מסכנות" הוא לשון הנאה, כמו דדרשינן בגמרא לך נא אל הסוכן כו' ויליף לה מקרא ותהי לו סוכנת, וזהו הפירוש כאן, מי שהוא בעל הנאות אזי הוא בונה ערים לפרעה, דהיינו להקליפה שנקרא פרעה, אבל מי שמסגף עצמו ומענה עצמו מהנאות יתירות, אזי יכול לבוא למדריגה גדולה, וזהו "וכאשר יענו אותו", ר"ל כנ"ל שמענה עצמו, "כן ירבה וכן יפרוץ" בקדושה ובכל העולמות.
וק"ל.
"Et il bâtit des villes de réserves (arei miskenot) pour Pharaon" (Chemot 1,11). Il me semble, selon la voie de la morale (moussar), que le terme "miskenot" est un terme de jouissance, comme on l'expose dans la Guemara sur "Va donc vers cet intendant (ha-sokhen)" (Yechayahou 22,15), qu'on déduit du verset "et qu'elle lui serve d'intendante (sokhenet)" (Melakhim I 1,4).
Et telle est l'explication ici : celui qui est homme de jouissances, celui-là bâtit des villes pour Pharaon, c'est-à-dire pour la kelipa (l'écorce, la force d'impureté ; pluriel kelipot) qui est appelée Pharaon. Mais celui qui se mortifie et s'afflige lui-même en se privant des jouissances superflues, celui-là peut parvenir à un grand degré.
Et c'est "et à mesure qu'on l'affligeait" (Chemot 1,12) : c'est-à-dire, comme ci-dessus, qu'il s'afflige lui-même, "ainsi il se multipliait et ainsi il se répandait" (ibid.) dans la sainteté et dans tous les mondes. Et c'est facile à comprendre.
וייטב א-להים למילדות וירב העם ויהי כי יראו המילדות כו', ויעש להם בתים. יש לדקדק הלא הטובה היתה למילדות שעשה להם בתים כהונה ולויה כפירש"י ז"ל, ולמה הפסיק בוירב העם? ונראה לפרש דהנה כתבנו מזה פעמים הרבה דהצדיק צריך להיות עובד השם באהבה וביראה, אהבה היא רוממות אל יתברך, ונקרא בשם "ישראל" שמודה ומשבח להבורא יתברך ויתעלה בשירות ותשבחות, וזהו "ישר אל", והיראה נקרא בשם "יעקב" כמבואר לעיל, והצדיק הנקרא בשם יעקב משגיח תמיד על העולם להשפיע להם כמדת יעקב כנ"ל, הוא יכול להשפיע לעולם את שלש אלה, דהיינו בני חיי ומזוני, והמשכת שלשתם הוא ע"י מדריגת הנקרא בשם "יוסף", כמ"ש ברחל "יוסף ה' לי בן אחר", דהיינו שהיתה מרמזת למדריגה זו להמשיך לאותו מדריגה "בני", ויוסף אמר "העוד אבי חי" רמז להמשיך "חיי" ע"י מדריגה זו, כי למעלה מזו יש מדריגה הנקרא בשם אב והיה ממשיך משם חיי, ונאמר "ויכלכל יוסף את אחיו", היינו "מזוני" הוא ג"כ ע"י מדריגה זו, ושלש אלה הם נשפעים על ידי הצדיק הנקרא בשם יעקב.
"Elokim fit du bien aux accoucheuses, et le peuple se multiplia ; et il advint, parce que les accoucheuses craignaient Elokim, etc., qu'Il leur fit des maisons" (Chemot 1,20-21). Il y a lieu de scruter : le bien fait aux accoucheuses était qu'Il leur fit des maisons de sacerdoce et de lévitat, comme l'explique Rachi de mémoire bénie ; pourquoi donc a-t-Il interrompu par "et le peuple se multiplia" ?
Il semble qu'on doive expliquer ainsi. Nous avons écrit à ce sujet de nombreuses fois que le tsadik doit servir le Nom dans l'amour et dans la crainte.
L'amour, c'est l'exaltation de Dieu béni soit-Il, et cela est appelé du nom d'"Israël", car il rend grâce et loue le Créateur béni et exalte par des chants et des louanges - et c'est "yachar El" (droit vers Dieu). Et la crainte est appelée du nom de "Yaakov", comme il a été expliqué plus haut.
Et le tsadik appelé du nom de Yaakov veille constamment sur le monde pour répandre sur lui selon la mesure de Yaakov, comme ci-dessus ; celui-là peut répandre sur le monde ces trois choses, à savoir les enfants, la vie et la subsistance (banei, hayei ou-mezonei). Et l'attirance de ces trois se fait par le degré appelé du nom de "Joseph", ainsi qu'il est dit au sujet de Rachel : "Que ה' m'ajoute (yossef) un autre fils" (Berechit 30,24) - c'est-à-dire qu'elle faisait allusion à ce degré, pour attirer par lui les "enfants".
Et Joseph a dit : "Mon père vit-il encore ?" (Berechit 45,3), allusion à l'attirance de la "vie" par ce même degré, car au-dessus de celui-ci il y a un degré appelé du nom de "père" (av), et c'est de là qu'il attirait la vie. Et il est dit : "Et Joseph sustenta ses frères" (Berechit 47,12), c'est-à-dire que la "subsistance" aussi vient par ce degré.
Et ces trois choses sont répandues par le tsadik appelé du nom de Yaakov.
והנה רש"י ז"ל פירש "אלה תולדות נח - עיקר תולדותיהם הם מעשים טובים", יש לומר הכוונה ע"י שהם מתקנים את העולמות העליונים הנקראים טובים, ע"י זה הוא עיקר התולדות בעולם שהם ממשיכים, והוא ע"י אהבה, דהיינו שירות ותשבחות כנ"ל, אבל הצדיק שהוא ג"כ במדריגת יעקב הנקרא בשם יראה, והוא תמיד משגיח ומטה את עצמו לעולם להשפיע להם, יכול להשפיע להם כל השלש הנ"ל דהיינו בני חיי ומזוני.
Or Rachi de mémoire bénie a expliqué : "Voici les engendrements de Noé" (Berechit 6,9) - l'essentiel de leurs engendrements, ce sont les bonnes actions. On peut dire que l'intention est celle-ci : parce qu'ils réparent (metaknim) les mondes supérieurs, qui sont appelés "bons", par cela même se fait l'essentiel des engendrements dans le monde, qu'ils attirent ; et cela se fait par l'amour, c'est-à-dire par les chants et les louanges, comme ci-dessus.
Mais le tsadik qui est aussi au degré de Yaakov, lequel est appelé du nom de crainte, et qui veille toujours et s'incline vers le monde pour répandre sur lui, celui-là peut leur répandre les trois choses susdites, à savoir les enfants, la vie et la subsistance.
וזהו "וייטב אלקים למילדות", דהיינו כשהיו המילדות במדריגה זו של הטבה, שהיו מתקנים את העולמות העליונים כנ"ל, "וירב העם ויעצמו מאד", פירוש היה זה לבד שהמשיכו תולדות לעולם, אבל "ויהי כי יראו המילדות", פירוש שירדו ממדריגתם קצת להטות את עצמם להשגיח ג"כ על העולם, והיינו מדריגת יראה הנקרא בשם יעקב כנ"ל, "ויעש להם בתים", כהונה לויה מלכות, דהיינו שהמשיכו כל הנ"ל, "כהונה" רמז לבני, דע"י הכהן הוא "ונקתה ונזרעה זרע", "לויה" רמז למזוני, דלווים ניתן להם את המעשר, "מלכות" רמז לחיי, דמאן מלכי רבנן והתורה היא נותנת חיים לעושיה בעולם הזה ובעולם הבא. וק"ל.
Et c'est "Elokim fit du bien (va-yeitev) aux accoucheuses" : c'est-à-dire lorsque les accoucheuses étaient à ce degré du bien-faire (hatava), réparant les mondes supérieurs comme ci-dessus. "Et le peuple se multiplia et devint très puissant" : cela signifie que cela seul fit qu'elles attirèrent des engendrements dans le monde.
Mais "et il advint, parce que les accoucheuses craignaient" : cela signifie qu'elles descendirent quelque peu de leur degré pour s'incliner et veiller aussi sur le monde - et c'est le degré de la crainte, appelé du nom de Yaakov, comme ci-dessus. "Et Il leur fit des maisons" : sacerdoce (kehouna), lévitat (leviya) et royauté (malkhout), c'est-à-dire qu'elles attirèrent tout ce qui a été dit.
"Kehouna" fait allusion aux enfants, car par le kohen il advient qu'"elle sera innocentée et concevra une semence" (Bamidbar 5,28) ; "leviya" fait allusion à la subsistance, car aux lévites fut donnée la dîme ; "malkhout" fait allusion à la vie, car "qui sont les rois ? Les Sages", et la Torah donne la vie à ceux qui l'accomplissent, en ce monde-ci et dans le monde à venir.
Et c'est facile à comprendre.
ותתצב אחותו מרחוק כו', איתא בגמרא "כל הפסוק הזה נאמר על השכינה, ותתצב אחותו שנאמר אמור לחכמה אחותי את, מרחוק דכתיב מרחוק ה' נראה לי". נ"ל ע"פ הדברים שכתבנו לעיל דהצדיק צריך להיות ג"כ במדריגה זו להשפיע על ישראל ולבטל מהם כל הרעות והשפלות, והוא ע"י שהצדיק מעלה אותו הדבר עד מדריגות חכמה ושם נעשה "אין" וכלא היה, וזהו "החכמה מאין תמצא", והצדיק הזה נקרא בשם דוכרא, כי כל דבר שבקדושה יש לו דכר ונוקבא, והצדיק המשפיע נקרא בשם זכר, אבל הצדיק שאינו במדריגה זו להשפיע נקרא בשם נוקבא.
וזה שאמר פרעה "כל הבן הילוד כו'", כי פרעה אמר "לי יאורי", דהיינו שהיאור היה לו לאלקות, והקליפה אין כח בידה להיותה יונקת מהקדושה רק מצד הנוקבא של הקדושה, כי הקליפה נקראת ג"כ בשם נוקבא, אבל מצד דוכרא אין לה רשות כלל וכלל לנגוע ולינק, והיה פרעה רוצה להכריח חלילה להיות יונק מצד דוכרא, ואמר "כל הבן הילוד" דהיינו צד דוכרא, היה רוצה לכפות ולהכניע חלילה, וזהו "היאורה תשליכוהו", "וכל הבת תחיון", דהיינו צד הנקבות, משם הוא מקום חיותו.
"Et sa sœur se posta à distance, etc." (Chemot 2,4). Il est enseigné dans la Guemara : "Tout ce verset a été dit au sujet de la Chekhina (Présence divine) : 'et sa sœur se posta', ainsi qu'il est dit 'Dis à la sagesse : tu es ma sœur' (Michlei 7,4) ; 'à distance', car il est écrit 'De loin ה' m'est apparu' (Yirmiyahou 31,2)." Il me semble, d'après ce que nous avons écrit plus haut, que le tsadik doit lui aussi être à ce degré : répandre sur Israël et annuler d'eux tous les maux et tous les abaissements.
Et cela se fait parce que le tsadik élève la chose jusqu'aux degrés de la 'Hokhma (la Sagesse, sefira supérieure), et là elle devient "ayin" (néant) et comme si elle n'avait jamais été ; et c'est "la 'Hokhma, d'où (me-ayin, littéralement : du néant) se trouve-t-elle ?" (Iyov 28,12). Et ce tsadik est appelé du nom de "doukhra" (le masculin, en araméen), car toute chose de sainteté a un masculin (dakhar) et un féminin (noukva) ; et le tsadik qui répand est appelé du nom de masculin, tandis que le tsadik qui n'est pas à ce degré de répandre est appelé du nom de Noukva.
Et c'est ce qu'a dit Pharaon : "Tout fils qui naîtra, etc." (Chemot 1,22) ; car Pharaon a dit "À moi mon fleuve" (Ye'hezkel 29,3), c'est-à-dire que le fleuve lui tenait lieu de divinité. Or la kelipa n'a pas le pouvoir de téter de la sainteté sinon du côté de la Noukva de la sainteté, car la kelipa aussi est appelée du nom de noukva ; mais du côté du doukhra elle n'a absolument aucune permission de toucher ni de téter.
Et Pharaon voulait contraindre, à Dieu ne plaise, à téter du côté du doukhra ; il a dit "tout fils qui naîtra", c'est-à-dire le côté du doukhra, qu'il voulait forcer et soumettre, à Dieu ne plaise - et c'est "jetez-le dans le fleuve" ; "et toute fille, vous la laisserez vivre", c'est-à-dire le côté féminin, car c'est de là qu'est le lieu de sa vitalité.
ונחזור לענינינו, דהצדיק שהוא במדריגה לבטל כל הרעות והשפלות מישראל, הוא ע"י שמעלה את הדבר עד החכמה ונעשה "אין", וזהו דאמרינן בגמרא "אחות לנו קטנה זו עילם שזכתה ללמוד ולא זכתה ללמד", והיינו כנ"ל, כי הלומד תורה לשמה זוכה לדברים הרבה, פירוש שזוכה לפעול דברים הרבה, להטיב ולהשפיע ולבטל גזירות רעות ושפלות, ועילם לא זכתה ללמד דהיינו להטיב לאחרים, וזהו "אחות לנו קטנה זו עילם" שהיה לימודם בקטנות, "ושדים אין לה" שלא היתה יכולה להשפיע לאחרים, ואמר שלמה המלך ע"ה "מה נעשה לאחותינו", פירוש שאנחנו צריכין לעשות את אחותינו, דהיינו לימודינו, עד שיעלה למדריגת "מה" דהיינו חכמה, "ביום שידובר בה", פירוש כשאנו צריכין לדבר לפעול איזה דבר ידובר בה באותה מדריגה. וז"ש משה רבינו ע"ה "ונחנו מ"ה כי תלינו עלינו", דהיינו שהוא היה מדבר עמהם למטה וכוונתו היתה אף כי תלינו עלינו אנחנו יכולים להביא אותו הדבר עד מדריגת מ"ה, ונמצא שם בטל ומבוטל ונעשה "אין".
Et revenons à notre propos : le tsadik qui est au degré d'annuler d'Israël tous les maux et tous les abaissements le fait en élevant la chose jusqu'à la 'Hokhma, où elle devient "ayin". Et c'est ce que nous disons dans la Guemara : "'Nous avons une petite sœur' (Chir ha-Chirim 8,8) - c'est Elam, qui a mérité d'apprendre mais n'a pas mérité d'enseigner." Et c'est comme ci-dessus, car celui qui étudie la Torah pour elle-même (lichma) mérite beaucoup de choses - c'est-à-dire qu'il mérite d'opérer beaucoup de choses : faire du bien, répandre, et annuler les décrets mauvais et les abaissements.
Et Elam n'a pas mérité d'enseigner, c'est-à-dire de faire du bien à autrui. Et c'est "'Nous avons une petite sœur' - c'est Elam", car leur étude était dans la petitesse (katnout) ; "et elle n'a point de seins" (ibid.), car elle ne pouvait pas répandre sur autrui.
Et le roi Salomon, la paix sur lui, a dit : "Que ferons-nous pour notre sœur ?" (ibid.) - c'est-à-dire que nous devons faire notre sœur, à savoir notre étude, jusqu'à ce qu'elle monte au degré de "ma" (מ"ה, "quoi"), c'est-à-dire la 'Hokhma. "Au jour où l'on parlera d'elle" (ibid.) : c'est-à-dire, lorsque nous avons besoin de parler pour opérer quelque chose, qu'il en soit parlé à ce degré-là.
Et c'est ce qu'a dit Moche notre maître, la paix sur lui : "Et nous, que sommes-nous (ve-nahnou ma) pour que vous murmuriez contre nous ?" (Chemot 16,7) - c'est-à-dire qu'il leur parlait en bas, et son intention était celle-ci : même si vous murmurez contre nous, nous pouvons porter cette chose jusqu'au degré de "ma" (מ"ה), et là elle se trouve annulée et abolie et devient "ayin".
וזהו "ותתצב אחותו - זהו שנאמר אמור לחכמה אחותי את", פירוש שתהיה במדריגה זו להעלות התורה עד החכמה, "מרחוק - דכתיב מרחוק ה' נראה לי", פירוש ע"י זה הוא בא לאותו המדריגה הנ"ל, ע"י שידאג תמיד ומחשב שעדיין ה' רחוק ממנו, ומחמת זה הוא מוסיף והולך בקדושה יתירה, "לדעת מה יעשה לו", דהצדיק שרוצה לבטל ומעלה אותו דבר עד מדריגת חכמה, צריך מתחילה להעלות עד מדריגת דעת, ומדעת לחכמה, וזהו "דעת קנה הכל קנה", דהצדיק נקרא "הכל", שהוא כללות ישראל להשפיע להם, והיינו "דעת" כשבא למדריגת דעת, "הכל קנה", פירוש הצדיק הנקרא "כל" קנה הכל, ר"ל שפועל ועושה הכל. וזהו "לדעת מ"ה", פירוש כשמעלה את דבריו עד דעת ומדעת לחכמה הנקרא מ"ה, אז "יעשה לו" הכל מה שחשקה נפשו ורצונו.
והבן.
Et c'est "'et sa sœur se posta' - c'est ce qui est dit : 'Dis à la sagesse : tu es ma sœur'" : cela signifie qu'il soit à ce degré d'élever la Torah jusqu'à la 'Hokhma. "'À distance' - car il est écrit 'De loin ה' m'est apparu'" : cela signifie que c'est par cela qu'il parvient au degré susdit, en s'inquiétant toujours et en pensant que ה' est encore loin de lui ; et à cause de cela il va croissant dans un surcroît de sainteté.
"Pour savoir ce qui lui serait fait" (Chemot 2,4) : le tsadik qui veut annuler et qui élève cette chose jusqu'au degré de la 'Hokhma doit d'abord l'élever jusqu'au degré du Daat (la connaissance), et du Daat vers la 'Hokhma. Et c'est "celui qui a acquis le daat a tout acquis" : car le tsadik est appelé "le tout" (ha-kol), étant la totalité d'Israël pour répandre sur eux ; et c'est "daat" - lorsqu'il parvient au degré du Daat, "il a tout acquis", c'est-à-dire que le tsadik appelé "kol" a acquis le tout, ce qui veut dire qu'il opère et accomplit tout.
Et c'est "pour savoir (la-daat) ma" : c'est-à-dire, lorsqu'il élève ses paroles jusqu'au Daat, et du Daat vers la 'Hokhma qui est appelée "ma" (מ"ה), alors "il lui sera fait" tout ce que son âme a désiré et voulu. Et comprends.
ויהי בימים כו' וימת מלך מצרים. נ"ל ד"מלך מצרים" נקרא היצר הרע, ואמר הכתוב שמדרך בני אדם ברוב הימים אשר יגיעו ויתעורר לבבם בקרבם ויהרהרו בתשובה ויתחרטו על מעשיהם ורוצים להמית היצה"ר, ויש שאינו משכיל לעשות תשובה כהוגן ולתקן העיקר הם המידות רעות ולטהר מחשבותיו שיתפלל בלי מחשבות זרות, רק אחר שיהרהר בתשובה אמר יאמר בלבו שבזה הוא מתוקן כראוי, ומרפה עצמו מן התורה ומן התפילה שהיא עיקר עבודה שהיא בלב זו תפילה.
"Et il advint en ces jours nombreux, etc., que le roi d'Égypte mourut" (Chemot 2,23). Il me semble que "le roi d'Égypte" désigne le mauvais penchant (yetser hara).
Et le verset dit qu'il est dans la voie des hommes qu'au bout de la multitude des jours qui leur adviennent, leur cœur s'éveille au-dedans d'eux, ils songent au repentir (techouva) et se repentent de leurs actes, et veulent faire mourir le mauvais penchant. Mais il en est qui ne sont pas assez avisés pour faire une techouva convenable, pour réparer l'essentiel - qui sont les mauvaises mesures (midot raot, les mauvais traits de caractère) - et pour purifier leurs pensées afin de prier sans pensées étrangères ; au contraire, après n'avoir fait que songer au repentir, un tel homme se dit et se redit dans son cœur qu'il est par cela réparé comme il faut, et il se relâche de la Torah et de la prière, laquelle est l'essentiel du service, selon "le service qui est dans le cœur, c'est la prière".