נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Shemot, Shemot (1/4)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Voici les noms des enfants d'Israël venant en Égypte, chacun et sa maison ils vinrent » (Chemot 1,1) : le verset dit « venant » au présent puis « ils vinrent » au passé, et passe d'« Israël » à « Yaakov ». Pour le Noam Elimele'h, les grands tsadikim appelés Israël, piliers du monde, trouvent encore des manques et s'affligent pour l'exil ; ils montent sans interruption, et c'est « venant » au présent. Les tsadikim qui commencent le service, appelés Yaakov, pensent avoir achevé et trébuchent dans l'orgueil : c'est à eux que cela est arrivé. Il faut toujours regarder sa propre bassesse afin d'échapper à l'orgueil.

Aussi : le tsadik appelé Chabbat, qui délecte le Créateur, et l'âme supplémentaire ; deux degrés, Israël vers sa racine et Yaakov pour répandre le bien ; Reouven lié aux deux mondes

ואלה שמות בני ישראל הבאים מצרימה כו' איש וביתו באו. לתרץ השינוי לשון שמתחילה אומר "הבאים" בלשון הוה, וסיים בלשון עבר "באו", גם מתחילה קראם על שם "ישראל" ולבסוף קראם על שם "יעקב".

הכוונה בזה היות שהצדיק הגדול הנתחזק ונתיישן בצדקו ימים רבים, אזי אף שעושה דברים גדולים וצדקות רבות, אעפ"כ הוא ניצול מגדלות, כי אדרבה הוא מוצא בעצמו חסרונות לומר שהוא מקצר עדיין בעבודה והוא מיצר עצמו על זה, ומה גם שמצער עצמו על צורכי ישראל וגלותם המר במסים וארנונית וכל התלהבותו ודבקותו בעבודה אינו שוה לו כלל מרוב דאגתו עליהם כנ"ל, והמה עמודי עולם הנקראים בשם "ישראל". ואותן הצדיקים המתחילים בעבודה חדשים מקרוב באו, בהיותם עושים איזה דבר קדושה נתלהב בקרבם הגדלות והמה סוברים שכבר הגיעו לתכלית העבודה האמיתית, ואעפ"י שהם צדיקים המה נכשלים בעון הגדלות, המה אשר בשם "יעקב" יכונה.

"Voici les noms des enfants d'Israël venant en Égypte, etc., chacun et sa maison ils vinrent" (Chemot 1,1). C'est pour résoudre le changement de langue : au début il dit "venant" (ha-baim) au présent, et il termine au passé "ils vinrent" (bau) ; de même, au début il les appelle du nom d'"Israël" et à la fin il les appelle du nom de "Yaakov".

L'intention en ceci est la suivante : le grand tsadik (juste) qui s'est fortifié et a vieilli dans sa justice de longs jours, alors même qu'il accomplit de grandes choses et de nombreuses œuvres de justice, échappe malgré tout à l'orgueil (gadlout, le sentiment de sa propre grandeur) ; car au contraire il trouve en lui-même des manques, disant qu'il est encore en défaut dans le service, et il s'afflige à ce sujet. D'autant plus qu'il se peine pour les besoins d'Israël et pour leur exil amer, sous les impôts et les taxes, et que toute son ardeur et son attachement (devekout) dans le service ne valent rien à ses yeux, tant est grand son souci pour eux, comme ci-dessus.

Ceux-là sont les piliers du monde, appelés du nom d'"Israël". Mais ces tsadikim qui commencent le service, nouveaux venus depuis peu : lorsqu'ils accomplissent quelque chose de saint, l'orgueil s'enflamme en eux et ils pensent avoir déjà atteint le terme du service véritable ; et bien qu'ils soient des tsadikim, ils trébuchent dans la faute de l'orgueil.

Ce sont eux qui sont désignés du nom de "Yaakov".

‎וזהו רמז הכתוב באמרו "בני ישראל הבאים מצרימה", לומר שהצדיקים הגדולים המה תמיד במיצר ודאגה על העבודה לומר שהם מקצרים עדיין, ובזה הולכים למעלה תמיד בלי הפסק וזהו "הבאים" בלשון הוה. "את יעקב איש וביתו באו" - בעבר - לרמוז על אותן הסוברים שכבר שלמו בעבודה מבלי שום חסרון אליהם הגיע, שלא כן מדרגת האמת אלא להשגיח תמיד על שפלותו למען ינצל מגדלות ואז טוב להם.

וק"ל.

Et c'est l'allusion du verset lorsqu'il dit "les enfants d'Israël venant en Égypte" : pour dire que les grands tsadikim sont toujours dans l'angoisse et le souci au sujet du service, disant qu'ils sont encore en défaut, et que par là ils montent toujours plus haut sans interruption ; et c'est "venant" (ha-baim) au présent. "Avec Yaakov, chacun et sa maison ils vinrent" - au passé - pour faire allusion à ceux qui pensent avoir déjà achevé le service sans aucun manque : c'est à eux que cela est arrivé.

Il n'en est pas ainsi du degré de vérité, mais il faut au contraire regarder toujours sa propre bassesse afin d'échapper à l'orgueil, et alors il leur sera bien. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ואלה שמות בני ישראל כו'". ומתחילה נפרש הגמרא "כל המענג את השבת נותנים לו נחלה בלי מצרים", והיה לו לומר המענג את עצמו בשבת, וגם השכר שנותנים לו נחלה בלי מצרים מה מדה כנגד מדה הוא, גם מה שדרשו חז"ל "נשמה יתירה נותנין לו לאדם בשבת ולמוצאי שבת נוטלין ממנו שנאמר שבת וינפש כיון ששבת ווי אבדה נפש", והקושיא מפורסמת מה אומרם כיון ששבת כו', הרי איבוד הנפש היתירה הוא אחר השבת כאמרם ולמוצאי שבת ניטלת הימנו.

Ou bien on peut dire "Voici les noms des enfants d'Israël, etc.". Expliquons d'abord la Guemara : "Quiconque délecte le Chabbat, on lui donne un héritage sans limites" (Chabbat 118a).

Or il aurait fallu dire : celui qui se délecte lui-même le Chabbat. De plus, la récompense qu'on lui donne, "un héritage sans limites" (nahala beli metsarim, littéralement : sans étroitesses), en quoi est-ce mesure pour mesure ?

De même, ce qu'ont exposé nos Sages de mémoire bénie : "Une âme supplémentaire (nechama yetera) est donnée à l'homme le Chabbat, et à l'issue du Chabbat on la lui retire, ainsi qu'il est dit : 'il cessa et se reposa (chavat va-yinafach)' (Chemot 31,17) - dès lors qu'il a cessé (chavat), malheur (vay), l'âme (nefech) est perdue" (Beitsa 16a). Et la difficulté est bien connue : que veulent-ils dire par "des lors qu'il a cessé, etc." ?

Car la perte de l'âme supplémentaire a lieu après le Chabbat, comme ils l'ont dit eux-mêmes : "et à l'issue du Chabbat on la lui retire".

‎אך הענין הוא, דאיתא בזוהר הקדוש דהצדיק נקרא "שבת", מחמת שיש לו בחול נשמה כשאר בני אדם בשבת, אך מה יש בו תוספות מעלה בשבת, יש לומר דהנשמה נתוספת בקדושה יתירה עד שהוא מענג להבורא יתברך, וזהו "כל המענג את השבת", דקב"ה נקרא שבת, ע"ד דאיתא שם מהו שבת שמא דקב"ה, "נותנין לו נחלה בלי מצרים", דהצדיק הזה הוא תמיד מקושר ודבוק בעולמות העליונים אשר אין להם סוף ומיצר וגבול, דעולם הזה יש לו גבול, וביד הצדיק הזה לקשר כל העולמות עד אין סוף ב"ה. וזהו שאמרו חז"ל "כיון ששבת", פירוש האדם שאין לו נשמה יתירה בחול רק בשבת נותנים לו נשמה יתירה, "ווי אבדה נפש", פירוש ווי שהנפש נאבד בחול, שאין לו בחול הנפש הזה, ולא זכה להקדושה הנוספת בשבת להצדיק שיש לו נשמה יתירה בחול.

Mais voici la chose. Il est dit dans le saint Zohar que le tsadik est appelé "Chabbat", parce qu'il possède déjà en semaine l'âme que les autres hommes n'ont que le Chabbat.

Mais alors, quel surcroît d'élévation a-t-il le Chabbat ? On peut dire que son âme reçoit un surcroît de sainteté au point qu'il procure une délectation au Créateur, béni soit-Il.

Et c'est "quiconque délecte le Chabbat", car le Saint béni soit-Il est appelé Chabbat, selon ce qui est dit là-bas : "Qu'est-ce que Chabbat ? Le Nom du Saint béni soit-Il." "On lui donne un héritage sans limites" : car ce tsadik-là est toujours lié et attaché aux mondes supérieurs, lesquels n'ont ni fin, ni étroitesse, ni limite, alors que ce monde-ci a une limite ; et il est au pouvoir de ce tsadik de relier tous les mondes jusqu'à l'Ein Sof (l'Infini), béni soit-Il.

Et c'est ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "dès lors qu'il a cessé (chavat)", c'est-à-dire l'homme qui n'a pas d'âme supplémentaire en semaine et à qui, seulement le Chabbat, on donne une âme supplémentaire ; "malheur, l'âme est perdue", c'est-à-dire : malheur, car cette âme est perdue pour lui en semaine, puisqu'il ne possède pas cette âme-là en semaine, et qu'il n'a pas mérité la sainteté surajoutée du Chabbat qui échoit au tsadik, lequel possède une âme supplémentaire même en semaine.

‎והנה יש צדיק שאינו דבוק תמיד בעולמות עליונים, מחמת שצריך עדיין לתקן את מידותיו ביראה וענווה, וצריך לירד מדביקותו כדי לתקן, אך אעפ"כ הוא תמיד בפנימיותו שאינו נכשל חלילה בשום חטא בירדו למטה ממדריגתו. וזהו "ואלה שמות בני ישראל הבאים מצרימה", פירוש הצדיקים הנקראים בשם "ישראל" היורדים לפעמים ממדריגתם ובאים אל מצרימה, דהיינו בירידתם למטה נקרא "מצר ים", שהוא כדי לתקן את מידותיו ביראה וענווה, וזהו "את יעקב" רמז לענווה ויראת חטא כמו שאמר הכתוב עקב ענווה יראת חטא.

"איש וביתו באו", פירוש הצדיק הזה הוא בטוח שלא יכשל בשום חטא ויבוא יחד איש וביתו, ד"איש" נקרא הדבוק, ו"ביתו" היינו פנימיותו, דהיינו היראה והענווה שבו שניהם יחד יבואו וכאלו כבר באו. וזהו "ויעקב איש תם יושב אהלים", ופירש רש"י ז"ל "מי שאינו יודע לרמות נקרא תם", רמז לדברינו הנ"ל, שהצדיק שהוא ביראה וענווה הוא איש תם בשני אוהלים, דהיינו אז ביורדו מדביקותו למטה, אעפ"כ הוא תם שאין יודע לרמות, שאינו נכשל בשום חטא, דיש צדיק אשר לפעמים כשנופל ממדריגתו יכול להכשל באיזה חטא חלילה, אבל הצדיק היורד בכדי לתקן את ביתו ביראה וענווה לא יכשל לעולם.

Or voici, il est un tsadik qui n'est pas toujours attaché aux mondes supérieurs, parce qu'il doit encore réparer ses traits de caractère par la crainte et l'humilité, et qu'il lui faut descendre de son attachement afin de réparer ; mais malgré cela il demeure toujours dans son intériorité, de sorte qu'il ne trébuche, à Dieu ne plaise, en aucune faute lorsqu'il descend au-dessous de son degré. Et c'est "Voici les noms des enfants d'Israël venant en Égypte" : c'est-à-dire les tsadikim appelés du nom d'"Israël", qui descendent parfois de leur degré et viennent "en Égypte" (Mitsrayma) ; car leur descente vers le bas est appelée "metsar yam" (l'étroitesse de la mer), descente qui a pour but de réparer leurs traits par la crainte et l'humilité.

Et c'est "avec Yaakov" (et Yaakov) : allusion à l'humilité et à la crainte de la faute, ainsi que le dit le verset "la conséquence (ekev) de l'humilité est la crainte de la faute" (cf. Michle 22,4).

"Chacun et sa maison ils vinrent" : c'est-à-dire que ce tsadik est assuré de ne trébucher en aucune faute, et qu'ils viendront ensemble, l'homme et sa maison ; car "l'homme" (ich) désigne celui qui est attaché, et "sa maison" désigne son intériorité, c'est-à-dire la crainte et l'humilité qui sont en lui : tous deux viendront ensemble, et c'est comme s'ils étaient déjà venus. Et c'est "Et Yaakov était un homme intègre (tam), habitant les tentes" (Bereshit 25,27), que Rachi de mémoire bénie explique ainsi : "celui qui ne sait pas tromper est appelé tam".

Allusion à nos paroles ci-dessus : le tsadik qui se tient dans la crainte et l'humilité est un homme intègre dans les deux tentes, c'est-à-dire que même alors, lorsqu'il descend de son attachement vers le bas, il reste malgré tout intègre, ne sachant pas tromper, car il ne trébuche en aucune faute. Car il est un tsadik qui, parfois, lorsqu'il tombe de son degré, peut trébucher en quelque faute, à Dieu ne plaise ; mais le tsadik qui descend afin de réparer sa maison par la crainte et l'humilité ne trébuchera jamais.

‎וזהו פירוש המשנה "איזה תם ואיזה מועד וכו'", יש לומר שהתנא מרמז לדברינו הנ"ל, "איזה תם", ר"ל התם הנקרא בשם תם יושב אהלים, "ואיזה מועד", כבר כתבנו "מועד" הוא רמז לעולמות העליונים, לשון מוֹעֵד בחולם, ואמר "איזה מועד" פירוש איזה הוא הצדיק שהוא תמיד מקושר ודבוק בעולמות העליונים, "מועד כל שהעידו בו שלשה ימים", דאיתא במקרא ומשנה ותלמוד הם מעוררים את הנפש ורוח ונשמה, וזה רמז "שהעידו בו וכו'" , פירוש שנתעורר בו הנפש רוח ונשמה לעלות לעולמות להיות תמיד דבוק בהם, "ותם משיחזור בו שלשה ימים", דהיינו כנ"ל, גם שיורד ממדריגתו הוא חוזר לתמותו שאינו נכשל חלילה, וצד תמותו במקומה עומדת. וק"ל.

Et c'est là l'explication de la Michna : "Qu'est-ce qu'un [bœuf] tam et qu'est-ce qu'un mouad, etc." (Bava Kama 2,4 ; tam : la bête inoffensive dont les dommages sont payés à demi ; mouad : la bête reconnue coutumière du fait). On peut dire que le Tana fait allusion à nos paroles ci-dessus.

"Qu'est-ce que tam" : il veut dire le tam appelé "homme intègre habitant les tentes". "Et qu'est-ce que mouad" : nous avons déjà écrit que "mouad" fait allusion aux mondes supérieurs, au sens de moed (avec un holam : le temps fixé, l'assemblée).

Et il dit "qu'est-ce que mouad", c'est-à-dire : quel est le tsadik qui est toujours lié et attaché aux mondes supérieurs ? "Mouad : toute bête au sujet de laquelle on a témoigné trois jours" ; car il est enseigné que l'Écriture, la Michna et le Talmud éveillent le nefech, le roua'h et la nechama (les trois niveaux de l'âme).

Et c'est l'allusion de "au sujet de laquelle on a témoigné (hé'idou), etc." : c'est-à-dire que se sont éveillés en lui le nefech, le roua'h et la nechama, pour monter vers les mondes et y demeurer toujours attachés. "Et elle redevient tam dès lors qu'elle se rétracte pendant trois jours", c'est-à-dire comme ci-dessus : même lorsqu'il descend de son degré, il revient à son intégrité (tamout) et ne trébuche pas, à Dieu ne plaise, et le côté de son intégrité demeure à sa place.

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ואלה שמות כו'", דהנה יש שני מדריגות צדיקים, יש צדיק שאינו משגיח כלל על העולם רק כל עבודתו כדי לזכך ולתקן את נשמתו להעלותה לשורשה למקום מחצבתה, ויש צדיק קדוש וטהור שהוא דואג ומיצר תמיד על צרות ישראל וכל מגמותיו ומחשבותיו לעולם כל טוב להשפיע, ואיתא בגמרא ברכות "כל הקורא לאברהם אברם עובר בעשה ולא תעשה" ומקשה הגמרא "אלא מעתה הקורא ליעקב יעקב יהא עובר בלא תעשה דכתיב לא יקרא כו'", ומשני "שאני התם דאהדריה קרא", גם זה יש להבין למה באמת אהדריה קרא. ועוד איתא במסכת תענית דף ה' "יעקב אבינו לא מת" ומקשה הגמרא "וכי בכדי חנטוהו וספוד ספדינהו א"ל מקרא אני דורש שנאמר ואתה אל תירא עבדי יעקב כי הנני גואלך מרחוק וזרעך מארץ שבים.

מקיש הוא לזרעו, מה זרעו בחיים אף הוא בחיים". ומקשים מכל מקום קשיא וכי בכדי חנטוהו כו'.

Ou bien on peut dire "Voici les noms, etc.". Car voici, il y a deux degrés de tsadikim.

Il est un tsadik qui ne se soucie nullement du monde, tout son service ne visant qu'à purifier et réparer son âme pour l'élever vers sa racine, au lieu d'où elle fut taillée. Et il est un tsadik saint et pur qui se soucie et s'afflige toujours des malheurs d'Israël, et dont toutes les visées et les pensées tendent à répandre sur le monde tout bien.

Or il est dit dans la Guemara Berakhot : "Quiconque appelle Abraham 'Abram' transgresse un commandement positif et un commandement négatif" ; et la Guemara objecte : "S'il en est ainsi, celui qui appelle Yaakov 'Yaakov' transgresserait un commandement négatif, puisqu'il est écrit 'ton nom ne sera plus appelé, etc.' (Bereshit 35,10)" ; et elle répond : "Là c'est différent, car l'Écriture l'a rétabli" (Berakhot 13a). Cela aussi demande à être compris : pourquoi en vérité l'Écriture l'a-t-elle rétabli ?

Et il est dit encore au traité Taanit, page 5 : "Notre père Yaakov n'est pas mort" ; et la Guemara objecte : "Est-ce donc en vain qu'ils l'ont embaumé et qu'ils l'ont pleuré ? Il lui dit : C'est d'un verset que je le déduis, ainsi qu'il est dit 'Et toi, ne crains pas, mon serviteur Yaakov, car me voici qui te sauve de loin, et ta descendance du pays de leur captivité' (Yirmeya 30,10) : il est comparé à sa descendance - de même que sa descendance est en vie, de même lui est en vie" (Taanit 5b).

Et l'on objecte : de toute façon la difficulté demeure, est-ce donc en vain qu'ils l'ont embaumé, etc. ?

‎ונראה דכך הוא פירוש הגמרא, דאיתא בבבא בתרא גבי דוד נאמר וישכב דוד לפי שהיה מניח בן ממלא את מקומו ע"ש, והכי פירושו "מה זרעו בחיים", דהיינו שהם צדיקים הנקראים חיים כמש"ה "ועמך כולם צדיקים", אלא מי מעכב שאור שבעיסה מעכב ושעבוד מלכיות, "אף הוא בחיים" כאילו לא מת, וכמו שיעקב אבינו ע"ה היה לו צער גידול בנים, וכל מגמותיו היה על בניו להשפיע להם כל טוב למען יהיו צדיקים גמורים שלא יהיה להם שום מניעה בעבודת הבורא יתברך שמו, כן הצדיק ההולך בעקבותיו המשגיח על העולם להשפיע להם תמיד נקרא בשם "יעקב". ונוכל לומר להכי אהדריה קרא וקראו יעקב, לרמז שצורך הוא המדריגה הזאת להשפיע לישראל כל צורכיהם, אבל אברהם כשהוסיף לו השי"ת אות ה' על שמו, היה נשאר קשור בעולמות העליונים ולא ירד שוב ממדריגתו.

Et il semble que telle soit l'explication de la Guemara. Car il est dit dans Bava Batra, au sujet de David, qu'il est écrit "David se coucha [avec ses pères]" parce qu'il laissait un fils qui remplissait sa place - vois-y.

Et voici le sens : "de même que sa descendance est en vie", c'est-à-dire qu'ils sont des tsadikim, lesquels sont appelés "vivants", comme le dit le verset "et ton peuple, tous sont des tsadikim" (Yechaya 60,21) ; et qu'est-ce qui empêche ? Le levain dans la pâte (le penchant au mal) empêche, ainsi que l'asservissement aux royaumes (Berakhot 17a).

"De même lui est en vie", comme s'il n'était pas mort. Et de même que notre père Yaakov, la paix soit sur lui, eut la peine d'élever des enfants, et que toutes ses visées portaient sur ses fils pour répandre sur eux tout bien afin qu'ils fussent des tsadikim parfaits, sans aucun empêchement dans le service du Créateur, que Son Nom soit béni - ainsi le tsadik qui marche sur ses traces, qui veille sur le monde pour répandre sur lui toujours l'abondance, est appelé du nom de "Yaakov".

Et nous pouvons dire que c'est pour cela que l'Écriture l'a rétabli et l'a appelé "Yaakov" : pour faire allusion au fait que ce degré est nécessaire, afin de répandre sur Israël tous leurs besoins. Mais Abraham, lorsque le Saint béni soit-Il lui ajouta la lettre hé à son nom, demeura lié aux mondes supérieurs et ne redescendit plus de son degré.

‎ואיתא בגמרא (ברכות ז, ב) "מנלן דשְמָא גָרִים שנאמר (תהלים מו, ט) לכו חזו מפעלות אלקים אשר שם שמות בארץ אל תקרי שַמות אלא שֵמות", ואיתא בזוהר הקדוש דשם זה הקוראים לאדם ביום המילה הוא השם עצמו שבשרשו, ונמצא הצדיק שאינו משגיח על העולם להשפיע להם אלא על נשמתו להעלותה לשורשה, הוא נקרא בשם "ישראל", שזה הוא עיקר השם בשורשו. וזהו "ואלה שמות", רצה לומר הצדיקים הללו שאינם משגיחים אלא [על] העלותם לשורש שמשם באו להם נשמתם ושמותם, "בני ישראל" הם מכונים בשם "ישראל" לבד, אבל "הבאים מצרימה", דהיינו אותם הצדיקים הבאים במיצר ודאגה תמיד על כללות ישראל, "את יעקב" פירוש הם ג"כ במדריגת יעקב כנ"ל, "איש וביתו באו" פירוש כל איש מישראל וביתו, דהיינו בני ביתו, באו כולם כאחד שווין לטובה לפניו להשגיח עליהם, ודעתו ומחשבתו על כולם להתפלל עליהם ולהשפיע להם ברכה ורחמים וחיים וכל טוב.

וק"ל.

Et il est dit dans la Guemara (Berakhot 7b) : "D'où savons-nous que le nom détermine (chema garim) ? De ce qu'il est dit (Tehilim 46,9) 'Allez, contemplez les œuvres d'Elokim, qui a mis des dévastations (chamot) sur la terre' - ne lis pas chamot (dévastations) mais chemot (noms)." Et il est dit dans le saint Zohar que ce nom qu'on donne à l'homme le jour de la circoncision est le nom même qu'il porte dans sa racine.

Il se trouve donc que le tsadik qui ne se soucie pas du monde pour répandre sur lui, mais seulement de son âme pour l'élever vers sa racine, celui-là est appelé du nom d'"Israël", car c'est là l'essence du nom dans sa racine. Et c'est "Voici les noms (ve-ele chemot)", il veut dire ces tsadikim qui ne se soucient que de leur élévation vers la racine, d'où leur sont venus leur âme et leurs noms : "les enfants d'Israël", ils sont désignés du nom d'"Israël" seulement.

Mais "venant en Égypte", c'est-à-dire ces tsadikim qui viennent dans l'angoisse et le souci constants pour l'ensemble d'Israël ; "avec Yaakov", c'est-à-dire qu'ils sont eux aussi au degré de Yaakov, comme ci-dessus ; "chacun et sa maison ils vinrent", c'est-à-dire que tout homme d'Israël et sa maison, c'est-à-dire les gens de sa maison, tous sont venus comme un seul, égaux pour le bien devant lui, afin qu'il veille sur eux ; et son attention et sa pensée sont sur eux tous, pour prier en leur faveur et répandre sur eux bénédiction, miséricorde, vie et tout bien. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר ע"פ דאיתא דהרוחניות והנשמה של אדם נקראים בשם 'שמות', דעיקר השם הנקרא לאדם כגון ראובן או שמעון זה השם הוא להנשמה ולא להגוף, והחקירה לזאת הוא שאנו רואים אדם שהוא ישן ורוצים להקיצו משינתו, אם דוחפים את גופו לבלתי יקראו אותו בשמו הוא יותר בקושי להעירו מאם היו קוראים אותו בשמו, וזהו מחמת כשאדם ישן אזי נשמתו עולה למעלה ויוצאת מגופו ולכן בקושי להקיצו משינתו ע"י דחיפת הגוף, משא"כ אם קוראים אותו בשמו. וזהו שמתמה הכתוב ואמר "ואלה שמות בני ישראל", ר"ל הצדיקים הקדושים אשר בשם "ישראל" מכונים שהיא מדריגה גדולה, "הבאים מצרימה", פירוש מאחר שהם במדריגה גדולה, מהיכן בא להם זאת שנופלים לפעמים ממדריגתם ובאים אל מצרימה, רמז שבאים אל מדריגה קטנה, ואמר הכתוב "את יעקב", פירוש בשביל "יעקב" דהיינו הפשוטי עם הנקראים בשם יעקב, בעבורם ההכרח שיפול ממדריגתו, שיהא לו שייכות וחיבור עם פשוטי עם כדי להעלותם אל הקדושה, דאילולי זאת לא היה שום שייכות להצדיק עמהם.

ואמר הכתוב באיזה סיבה יכול להעלותם אל הקדושה, דהיינו "איש וביתו באו", ר"ל הצדיק נקרא איש וביתו, היינו פנימיותו, דהיינו ע"י שהוא מעורר הפנימיות שלו נתעורר ג"כ הפנימיות שלהם ובאים יחד אל הקדושה, וזהו "איש וביתו באו".

Ou bien on peut dire selon ce qui est enseigné : la spiritualité et l'âme de l'homme sont appelées du nom de "noms" (chemot) ; car l'essentiel du nom dont on appelle un homme, comme Reouven ou Chimon, ce nom appartient à l'âme et non au corps. Et la preuve en est ceci : nous voyons qu'un homme qui dort et qu'on veut réveiller de son sommeil, si l'on pousse son corps sans l'appeler par son nom, est plus difficile à éveiller que si on l'appelait par son nom.

Et cela parce que, lorsque l'homme dort, son âme monte en haut et sort de son corps, et c'est pourquoi il est difficile de le réveiller de son sommeil en poussant le corps, ce qui n'est pas le cas si on l'appelle par son nom. Et c'est ce dont le verset s'étonne en disant "Voici les noms des enfants d'Israël" : il veut dire les saints tsadikim qui sont désignés du nom d'"Israël", ce qui est un grand degré ; "venant en Égypte", c'est-à-dire : puisqu'ils sont à un si grand degré, d'où leur vient cela, qu'ils tombent parfois de leur degré et viennent en Égypte ?

Allusion à ce qu'ils viennent à un petit degré. Et le verset dit "avec Yaakov", c'est-à-dire : à cause de "Yaakov", c'est-à-dire les gens simples du peuple, qui sont appelés du nom de Yaakov ; c'est pour eux qu'il est nécessaire qu'il tombe de son degré, afin qu'il ait un rapport et un lien avec les gens simples pour les élever vers la sainteté, car sans cela le tsadik n'aurait aucun rapport avec eux.

Et le verset dit par quel moyen il peut les élever vers la sainteté : "chacun et sa maison ils vinrent", il veut dire que le tsadik est appelé "l'homme", et "sa maison" est son intériorité ; c'est-à-dire que par le fait qu'il éveille sa propre intériorité s'éveille aussi leur intériorité à eux, et ils viennent ensemble vers la sainteté. Et c'est "chacun et sa maison ils vinrent".

‎וזהו (תהילים קט, ל) "אודה ה' מאוד בפי", דהנה הכל הולך אחר המחשבה, ויכול אדם לתפוס במחשבתו דברים הרבה מה שאין הפה יכול לדבר, ואמר דוד המלך ע"ה "אודה ה' בפי", ר"ל הגם שאי אפשר להוציא בשפתים כל מה שבמחשבתי, אעפ"כ אודנו בפי שהיא מדריגה קטנה. כי כוונתי "ובתוך רבים אהללנו" פירוש כדי שיתהלל שמו בתוך רבים כנ"ל, כשהצדיק הוא במדריגה קטנה יכול להעלות גם את פשוטי עם אל הקדושה.

וק"ל.

Et c'est (Tehilim 109,30) "Je louerai ה' grandement de ma bouche [et au milieu de la multitude je Le célébrerai]". Car voici, tout va d'après la pensée, et l'homme peut saisir dans sa pensée bien des choses que la bouche ne peut exprimer.

Et le roi David, la paix soit sur lui, a dit : "Je louerai ה' de ma bouche", il veut dire : bien qu'il soit impossible de faire sortir par les lèvres tout ce qui est dans ma pensée, malgré cela je Le louerai de ma bouche, qui est un petit degré. Car mon intention est "et au milieu de la multitude je Le célébrerai", c'est-à-dire afin que Son Nom soit célébré au milieu de la multitude, comme ci-dessus : lorsque le tsadik est à un petit degré, il peut élever aussi les gens simples du peuple vers la sainteté.

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ואלה שמות", לתרץ הדקדוק שהיה לו לומר "הבאים עמו". דהנה יש לדקדק בפסוק "ותקרא שמו ראובן כי ראה ה' בעניי", ופירשו רבותינו ז"ל שאמרה לאה ראו מה בין בני לבן חמי, ולכאורה הלא הטעם מפורש בפסוק כי אמרה כי ראה כו', ומה ראו רבותינו לדרוש טעם אחר בדברים.

Ou bien on peut dire "Voici les noms", pour résoudre la difficulté de style : il aurait fallu dire "venant avec lui". Car voici, il y a lieu de s'interroger sur le verset "Elle appela son nom Reouven, car elle dit : ה' à vu mon affliction" (Bereshit 29,32) ; et nos maîtres de mémoire bénie ont expliqué que Léa dit : "Voyez (reou) la différence entre mon fils (béni) et le fils de mon beau-père" (Berakhot 7b).

Or à première vue, la raison est explicitée dans le verset, "car elle dit : il a vu, etc." ; qu'est-ce donc qui a conduit nos maîtres à exposer une autre raison dans ces paroles ?

‎אך נראה כונת רז"ל דהנה כל הנשמות הנבראים צריכין להיות מקושרים למעלה בעולם העליון, וגם למטה בעולם התחתון, דכל נשמת אדם בשעת ביאתה לעולם נברא עמה עולם למעלה למען תהיה קשורה באותו עולם למעלה, וגם צריכה להיות קשורה למטה בעולם התחתון, והטעם צורך קשירתה למעלה הוא למען יעלו למעלה כל העבודות והתורות והתפילות ממטה למעלה ע"י התקשרותה בעולם העליון, והצורך שתהא קשורה למטה הוא ממילא, דאילולי זאת לא היה באפשרי שתהיה הנשמה העליונה הרוחנית בעולם השפל, לכן צריך לה קישור בעולם השפל. והתורה שבכתב היא כנגד עולם העליון, ותורה שבעל פה היא כנגד עולם התחתון.

Mais il semble que l'intention de nos Sages de mémoire bénie soit celle-ci. Voici : toutes les âmes créées doivent être liées en haut, au monde supérieur, et aussi en bas, au monde inférieur.

Car pour toute âme d'homme, à l'heure de sa venue au monde, un monde est créé avec elle en haut, afin qu'elle soit liée à ce monde-là en haut ; et elle doit aussi être liée en bas, au monde inférieur. Et la raison de la nécessité de son lien en haut, c'est afin que montent en haut tous les services, les études de la Torah et les prières, du bas vers le haut, par son attachement au monde supérieur.

Et la nécessité qu'elle soit liée en bas va de soi, car sans cela il ne serait pas possible que l'âme supérieure et spirituelle se trouve dans le monde d'en bas ; c'est pourquoi il lui faut un lien dans le monde d'en bas. Et la Torah écrite correspond au monde supérieur, et la Torah orale correspond au monde inférieur.

‎ולכן קראה שמו ראובן בכדי שיהא מקושר בשני עולמות כנ"ל, וזהו שכתוב בתורה "כי אמרה כי ראה ה' כו'" הוא התקשרותו בעולם העליון כמ"ש כי ראה ה' דייקא, והוקשה לרבותינו ז"ל הלא גם בעולם התחתון צריך התקשרות והאיך נתקשר ע"י שם זה, ולכן אמרו שבשם זה נכלל גם ההתקשרות העוה"ז, ופירשו "ראו מה בין בני כו'", כי בעוה"ז אנחנו רואים שיש הפרש בין ישראל ובין האומות, אבל בעולם העליון אין להאומות שום אחיזה ואין ניכר ההפרש שביניהם, ונמצא ע"י שם זה נתקשר בשני עולמות.

C'est pourquoi elle l'appela du nom de Reouven, afin qu'il fut lié aux deux mondes, comme ci-dessus. Et c'est ce qui est écrit dans la Torah, "car elle dit : ה' à vu, etc." : c'est son lien avec le monde supérieur, comme il est dit précisément "car il a vu".

Et nos maîtres de mémoire bénie ont trouvé difficile : n'a-t-il pas besoin aussi d'un lien avec le monde inférieur, et comment est-il lié par ce nom-là ? C'est pourquoi ils ont dit que dans ce nom est inclus aussi le lien avec ce monde-ci, et ils ont expliqué "Voyez (reou) la différence entre mon fils, etc." : car en ce monde-ci nous voyons qu'il y a une différence entre Israël et les nations, tandis que dans le monde supérieur les nations n'ont aucune prise et la différence qui les sépare n'y est pas perceptible.

Il se trouve donc que par ce nom il est lié aux deux mondes.

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