« Les jours d'Israël approchèrent de la mort » (Berechit 47,29) : selon le Noam Elimele'h, Yaakov tenait tous ses jours pour proches de la mort, purifiait son corps, et même dans « son fils » ses pensées allaient vers Joseph, le monde supérieur appelé Yossef. Ou bien l'essentiel est d'unifier Son grand Nom en livrant son âme, comme le Chema, en se représentant que l'âme est livrée à l'instant même. Être « fils » de l'Omniprésent, c'est se faire des haies et ajouter, « Joseph » celui qui ajoute. « Mets donc ta main sous ma cuisse » : toute ta force sous l'allusion à la faute d'émission séminale, pour se garder de l'orgueil ; « ne m'enterre pas en Égypte », les kelipot.
Aussi : Ephraim et Manassé, deux tsadikim, l'un aux unifications, l'autre aux besoins du monde, et Yaakov place Ephraim avant Manassé ; crainte et amour, frère et père, dans « Yehouda, toi » ; le tsadik dissimule sa prière entre les lèvres
וזהו "ויקרבו ימי ישראל למות", פירוש יעקב אבינו ע"ה היה מחשב תמיד את יום המיתה שהוא קרוב ושמא ימות היום, וזהו "ויקרבו כו'", ר"ל שכל ימיו היו בעיניו קרובים למיתה, ועי"ז היה מזכך את גופו והיו כל מחשבותיו בעולמות העליונים, וזהו "ויקרא לבנו ליוסף", פירוש זה רמז אף כשהיה בעניני עוה"ז, דהיינו "לבנו" וכדומה, אף על פי כן היו כל מחשבותיו "ליוסף", דהיינו עולם העליון הנקרא 'יוסף'.
Et c'est le sens de "Les jours d'Israël approchèrent de la mort" (Bereshit 47,29) : notre père Yaakov, la paix soit sur lui, pensait toujours au jour de la mort, qu'il est proche et que peut-être il mourra aujourd'hui ; et c'est "et ils approchèrent, etc.", c'est-à-dire que tous ses jours étaient à ses yeux proches de la mort, et par là il purifiait son corps, et toutes ses pensées étaient dans les mondes supérieurs. Et c'est "il appela son fils, Joseph" : cela fait allusion à ce que, même lorsqu'il était dans les affaires de ce monde-ci, c'est-à-dire "son fils" et choses semblables, malgré cela toutes ses pensées étaient "vers Joseph", c'est-à-dire le monde supérieur appelé 'Yossef'.
או יאמר "ויקרבו ימי ישראל כו' שים נא ידך תחת ירכי", נראה דהנה העיקר הוא ליחד שמו הגדול באמת, והוא שימסור אדם נפשו על קדושת שמו יתברך ויתעלה, ולכן מצות עשה בתורה לקרות ק"ש ערב ובוקר, שזה יחוד שמו שאנו מוסרים נפשינו לשמו הגדול יתברך, רק שצריך האדם לדמות בנפשו באמת כאילו עתה נמסר נפשו על יחוד שמו הגדול, וכן הוא דרך הצדיקים.
Ou bien on peut dire : "Les jours d'Israël approchèrent, etc. Mets donc ta main sous ma cuisse" (Bereshit 47,29).
Il semble que voici : l'essentiel est d'unifier Son grand Nom en vérité, c'est-à-dire que l'homme livre son âme pour la sainteté de Son Nom, béni et exalté soit-Il ; et c'est pourquoi il y a un commandement positif dans la Torah de réciter le Chema soir et matin, car c'est là l'unification de Son Nom, par laquelle nous livrons notre âme pour Son grand Nom béni. Seulement, l'homme doit se représenter en son âme, véritablement, comme si à l'instant même son âme était livrée pour l'unification de Son grand Nom ; et telle est la voie des tsadikim (justes).
וזהו "ויקרבו ימי ישראל למות", פירוש שתמיד היה מוסר נפשו כ"כ באמת שהיה קרוב למיתה, "ויקרא לבנו ליוסף", לכאורה היה לו לומר 'לבנו יוסף'? אך הענין הוא מה שהאדם מקיים התורה שאינו עובר על מצוותיו, אינו אלא במדריגת 'עבד' שאינו עובר על מצות אדוניו, אבל להיות נקרא 'בן' למקום, צריך לעשות לעצמו גדרים וסייגים ולהוסיף בעבודה לפי שכלו הזך ממדריגה למדריגה, וזהו "ויקרא לבנו" פירוש מי הוא בנו? "ליוסף" שמוסיף תמיד כנ"ל, "שים נא ידך", לפי שהצדיק הגדול המוסיף תמיד בעבודה צריך לשמור עצמו שלא יפול לגאות מחמת שיסבור שהוא טוב ומטיב בעבודה להוסיף בה תמיד, והתקנה לזה הוא לזכור תמיד ולחשוב שכל זכויותיו אינם כדאי להנצל פעם אחד מחטא קרי ר"ל אם נזדמן לו, ובזה יכנע וישפל, וזהו "ויקרא לבנו ליוסף" כנ"ל, "שים נא ידך", פירוש כל כחך, הם התורה והמצוות שאתה מקיים, שים הכל "תחת ירכי" רמז על החטא הנ"ל, אם ח"ו נזדמן לך אז הכל חלף ועבר ח"ו, ובזה תנצל מן הגאוה, וזהו "אל תקברני במצרים", הם הקליפות הנקרא מצרים. וק"ל.
Et c'est "Les jours d'Israël approchèrent de la mort" : cela signifie qu'il livrait toujours son âme si véritablement qu'il était proche de la mort. "Il appela son fils, Joseph" : à première vue, il aurait fallu dire 'son fils Joseph' ?
Mais voici la chose : ce que l'homme accomplit de la Torah, en ne transgressant pas Ses commandements, n'est que le degré de 'serviteur', qui ne transgresse pas l'ordre de son maître ; mais pour être appelé 'fils' de l'Omniprésent, il faut se faire à soi-même des barrières et des haies, et ajouter dans le service selon son intelligence pure, de degré en degré. Et c'est "il appela son fils" : qui est son fils ?
"Joseph" (Yossef), celui qui ajoute (mossif) toujours, comme ci-dessus. "Mets donc ta main" : car le grand tsadik qui ajoute toujours dans le service doit se garder de tomber dans l'orgueil, parce qu'il pourrait penser qu'il est bon et qu'il fait le bien dans le service en y ajoutant toujours ; et le remède à cela est de se souvenir toujours et de penser que tous ses mérites ne suffisent pas à le sauver une seule fois de la faute d'émission séminale, que le Miséricordieux nous en préserve, si elle lui arrivait ; et par là il sera soumis et abaissé.
Et c'est "il appela son fils, Joseph" comme ci-dessus. "Mets donc ta main" : cela signifie toute ta force, ce sont la Torah et les commandements que tu accomplis, mets tout cela "sous ma cuisse", allusion à la faute mentionnée : si, à D-ieu ne plaise, elle t'arrivait, alors tout serait passé et évanoui, à D-ieu ne plaise ; et par là tu seras sauvé de l'orgueil.
Et c'est "né m'enterre pas en Égypte" : ce sont les kelipot (écorces, forces d'impureté) appelées Égypte (Mitsrayim). Et cela se comprend aisément.
ויקח יוסף את שניהם את אפרים בימינו כו' מימין ישראל וישלח כו' והוא הצעיר כו' שכל את ידיו כי מנשה הבכור. ויש לדקדק הלא עיקר כוונת הכתוב הוא לפרש שהבכור היה מימין ישראל והצעיר משמאלו, וימין ושמאל של יוסף הוא מיותר.
"Joseph les prit tous deux, Ephraim de sa droite, etc., à la droite d'Israël, et il étendit, etc., et lui est le cadet, etc., il croisa ses mains, car Manassé était l'aîné" (Bereshit 48,13-14). Et il y a lieu d'examiner : l'intention essentielle du verset n'est-elle pas d'expliquer que l'aîné se trouvait à la droite d'Israël et le cadet à sa gauche ?
La droite et la gauche de Joseph sont donc superflues.
אך נראה שעיקר מחשבת יעקב אבינו ע"ה היה להמשיך לישראל אחריו כל הימים השפעות והברכות כולם להיותם קיימים תמיד, ורצה להמשיך ע"י ב' צדיקים הללו אפרים ומנשה, כאומרו "בך יברך ישראל כו' כאפרים וכמנשה", והטעם למה דוקא ע"י אלו הצדיקים? היות שהעולם צריך תמיד לב' מיני צדיקים, האחד הוא שיחשוב תמיד בעולמות העליונים וביחודים להוסיף אור תמיד למעלה למעלה, ואחד לחשוב בצורכי עולם, מה שהעולם צריכין פרנסה וברכה וחיים ושאר הצטרכותם, ובב' מיני צדיקים הללו הוא קיום העולם, ולזה רצה להמשיך ולפעול זאת על ידם, "כי מנשה הבכור" היה במדריגתו לעלות תמיד ממדריגה למדריגה ולא לחשוב בעניני העוה"ז כלל, ואפרים היה צעיר ממנו בעבודה שלא היה כ"כ הולך במדריגות, כי אם שהיה חושב תמיד המשכת השפעה על ישראל, וזה היה חשוב בעיני ישראל אבינו יותר, כי עיקר מגמתו היה למשוך טוב על ישראל, וכוונת יוסף היה היפך, שהיה סבר שמנשה חשוב מחמת רוב כוונתו ועלייתו, ולזה לקח את אפרים לימין עצמו, כי כוונתו היתה ג"כ בשביל ישראל להמשיך הברכות ע"י ב' הצדיקים הללו, אך שסבר שדי לאפרים כח ימינו במה שהעמידו לימין עצמו, בזה יהיה די לפעול הברכות לישראל וכנ"ל, ועיקר היה אצלו מנשה לפי שהיה עובד במדריגות גדולות ולכך העמידו לימין אביו, ולא כן היה דעת יעקב אבינו ע"ה, אדרבה להיפך, לפי שהיה אפרים הצעיר לכך שכל את ידיו לברכו בימין, כי זה היה עיקר פעולת יעקב להטיב אחריו לדורותיו שיהיו מזומנים כל טוב השפעה ורחמים, וזה היה מדריגת אפרים.
Mais il semble que l'intention essentielle de notre père Yaakov, la paix soit sur lui, était d'attirer sur Israël après lui, tous les jours, toutes les effusions et toutes les bénédictions, afin qu'elles subsistent toujours ; et il voulut les attirer par ces deux tsadikim, Ephraim et Manassé, comme il est dit "par toi Israël bénira, etc., comme Ephraim et comme Manassé" (Bereshit 48,20). Et pourquoi précisément par ces tsadikim-là ?
Parce que le monde à toujours besoin de deux sortes de tsadikim : l'un qui pense toujours aux mondes supérieurs et aux unifications, pour ajouter toujours de la lumière de plus en plus haut ; et l'autre qui pense aux besoins du monde, à ce dont les créatures ont besoin : subsistance, bénédiction, vie et le reste de leurs nécessités. Et c'est par ces deux sortes de tsadikim que le monde subsiste ; c'est pourquoi il voulut attirer et opérer cela par eux.
"Car Manassé était l'aîné" : il était, en son degré, de ceux qui montent toujours de degré en degré et ne pensent aucunement aux affaires de ce monde-ci ; et Ephraim était plus jeune que lui dans le service, en ce qu'il ne s'élevait pas autant dans les degrés, mais pensait toujours à attirer l'effusion sur Israël ; et cela était plus important aux yeux d'Israël notre père, car son but essentiel était d'attirer le bien sur Israël. Or l'intention de Joseph était à l'opposé : il pensait que Manassé était le plus important, à cause de la grandeur de son intention et de son élévation, et c'est pourquoi il prit Ephraim à sa propre droite ; car son intention à lui aussi était, pour Israël, d'attirer les bénédictions par ces deux tsadikim, seulement il pensait qu'il suffisait à Ephraim de la force de sa droite à lui, en le plaçant à sa propre droite, et que cela suffirait à opérer les bénédictions pour Israël comme ci-dessus ; et l'essentiel était pour lui Manassé, parce qu'il servait dans de grands degrés, et c'est pourquoi il le plaça à la droite de son père.
Mais tel n'était pas l'avis de notre père Yaakov, la paix soit sur lui, bien au contraire : parce qu'Ephraim était le cadet, c'est pourquoi il croisa ses mains pour le bénir de la droite ; car c'était là l'action essentielle de Yaakov, de faire du bien après lui à ses générations, afin que soient prêts pour elles tout le bien de l'effusion et la miséricorde ; et c'était là le degré d'Ephraim.
וזהו שאמר יעקב "ידעתי בני ידעתי", פירוש שאמר ליוסף הידיעה של בני, ידעתי מזה ג"כ שמנשה הוא היותר גדול במדירגתו, "ואולם אחיו הקטן" במדריגתו "יגדל ממנו וזרעו יהיה מלא הגוים", שיהיה כל העולם מלא מהשפעותיו וטובו, ולכך הוא חביב בעיני יותר, לזה "וישם את אפרים לפני מנשה".
Et c'est ce que dit Yaakov : "Je sais, mon fils, je sais" (Bereshit 48,19) : cela signifie qu'il dit à Joseph : ce que sait mon fils, je le sais moi aussi, que Manassé est le plus grand en son degré ; "mais son frère cadet" en son degré "sera plus grand que lui, et sa descendance remplira les nations", car le monde entier sera rempli de ses effusions et de son bien ; c'est pourquoi il m'est plus cher. Pour cela, "il plaça Ephraim avant Manassé" (Bereshit 48,20).
וזהו "סוד ה' ליראיו (ובריתו להודיעם)", פירוש היראים - הם הצדיקים הממשיכים השפעות, צריכין לעשות בסוד בהסתר מפני הקטרוג שלא יקטרג על הטוב ההוא, "ובריתו" הוא צדיק המתנהג ע"פ הברית והתורה, "להודיעם" פירוש שיודיע זאת לבני אדם שילמדו ממנו הדרך הטוב ההוא.
Et c'est "le secret de ה' est pour ceux qui Le craignent (et Son alliance, pour la leur faire connaître)" (Tehilim 25,14) : cela signifie que ceux qui craignent, ce sont les tsadikim qui attirent les effusions, doivent agir dans le secret et de manière cachée à cause de l'accusation, afin que l'on n'accuse pas ce bien-là. "Et Son alliance" (ouvritô) : c'est le tsadik qui se conduit selon l'alliance et selon la Torah.
"Pour la leur faire connaître" : cela signifie qu'il fera connaître cela aux hommes, afin qu'ils apprennent de lui cette bonne voie.
שכל את ידיו כי מנשה הבכור. ולכאורה הטעם הוא ההיפך של עשיה, אלא למדה תורה דרך ארץ שינהוג אדם כבוד בחבירו לפי הראוי לו, ואעפ"י שהיה יכול יעקב אבינו ע"ה לחזור ולהעמידם כרצונו זה לימינו וזה לשמאלו, אלא שכוונתו היה שלא לבייש את מנשה ולכך שכל את ידיו בראשם.
וק"ל.
"Il croisa ses mains, car Manassé était l'aîné" (Bereshit 48,14). À première vue, la raison donnée est l'inverse de l'acte accompli ; mais la Torah a enseigné la bonne conduite (derekh erets), à savoir que l'homme traite son prochain avec l'honneur qui lui convient.
Et bien que notre père Yaakov, la paix soit sur lui, eût pu les replacer à sa guise, celui-ci à sa droite et celui-là à sa gauche, son intention fut cependant de ne pas faire honte à Manassé, et c'est pourquoi il croisa ses mains sur leurs têtes. Et cela se comprend aisément.
או יאמר "אם עד שלא פרעו כו'", דהנה כל אדם יש בו חלק אלקי ממעל, וגם בשעה שעושה עבירה חלילה אילולי החלק אלקי שבו לא היה בו כח להתנענע בשום תנועה בשום אבר לעשות, וההכרח לחלק א-להי להתלבש בלבושים על גבי לבושים לסבול הצער הגדול של העבירה, וזהו סוד גלות השכינה, ואח"כ כשאדם חוזר בתשובה ובוכה על עוונותיו, זה הוא שבוכה על גלות השכינה, ועי"ז הוא משבר את הלבושים שהוכרח החלק אלקי להתלבש בהם ונתגלה בתיקונו כשמתקן עוונו, וזהו "עד שלא פרעו", ר"ל שעדיין לא הסיר וגילה את הלבושים מחלק אלקי, שעדיין לא עשה תשובה כהוגן "חייב", "ואם משפרעו פטור", כנ"ל, "ר"י אומר (וכו')", כנ"ל.
Ou bien on peut dire : "si c'est avant qu'on ne l'ait découvert (paraou), etc." Car voici : tout homme possède en lui une part divine d'en haut ; et même à l'heure où il commet une transgression, à D-ieu ne plaise, sans la part divine qui est en lui il n'aurait pas la force de se mouvoir d'aucun mouvement ni d'aucun membre pour agir ; et la part divine est alors contrainte de se revêtir de vêtements par-dessus vêtements pour supporter la grande douleur de la transgression, et c'est là le secret de l'exil de la Chekhina. Ensuite, quand l'homme revient en techouva (repentir) et pleure sur ses fautes, c'est en réalité sur l'exil de la Chekhina qu'il pleure, et par là il brise les vêtements dont la part divine a été contrainte de se revêtir, et elle se révèle dans sa réparation (tikoun) lorsqu'il répare sa faute.
Et c'est "avant qu'on ne l'ait découvert" : c'est-à-dire qu'il n'a pas encore ôté ni dévoilé les vêtements de dessus la part divine, qu'il n'a pas encore fait techouva comme il convient, et alors "il est coupable" ; "et si c'est après qu'on l'a découvert, il est exempt", comme ci-dessus. "Rabbi Yehouda (ר"י) dit (etc.)", comme ci-dessus.
יהודה אתה יודוך כו'. דהנה אנו מתפללים בברכת אהבה רבה "ותן בלבנו לאהבה וליראה את שמך", ולכאורה הוא ההיפך, היראה מביאה לידי אהבה.
אך אמנם האמת שניהם צדקו יחדיו, דאית יראה ואית יראה, אית יראה תתאה הנקרא 'אימא תתאה', וממדריגה זו בא לידי אהבה, ואהבה זו נקראת בשם 'אח' שעדיין אינה אהבה שלימה, וממדריגת אהבה זאת בא לידי אהבה שלימה הנקרא בשם 'אב', וממדריגת אהבה זאת בא לידי יראה עילאה הנקרא בשם 'אם', וזהו שנאמר "איש אמו ואביו תיראו", רמז ליראה תתאה, נאמר אם קודם לאב, ואצל כיבוד שהיא אהבה נאמר אב קודם לאם.
"Yehouda, toi, tes frères te loueront, etc." (Bereshit 49,8). Car voici : nous prions dans la bénédiction Ahava Rabba : "Mets en notre cœur d'aimer et de craindre Ton Nom" ; et à première vue c'est l'inverse, car la crainte conduit à l'amour.
Mais en vérité les deux sont justes ensemble, car il y a crainte et il y a crainte : il y a la crainte inférieure (yira tataa), appelée 'Ima tataa' (la mère inférieure), et de ce degré on parvient à l'amour ; et cet amour est appelé du nom de 'frère' (ah), car ce n'est pas encore un amour complet ; et du degré de cet amour on parvient à l'amour complet, appelé du nom de 'père' (av) ; et du degré de cet amour on parvient à la crainte supérieure (yira ilaa), appelée du nom de 'mère' (em). Et c'est ce qui est dit : "Chacun craindra sa mère et son père" (Vayikra 19,3), allusion à la crainte inférieure : la mère y est nommée avant le père ; tandis qu'à propos de l'honneur, qui est l'amour, le père est nommé avant la mère (Chemot 20,12).
וזהו שאמר אברהם אבינו ע"ה לאבימלך "וגם אמנם אחותי בת אבי", פירוש מחמת שהיה בדרך לא היה יכול להשיג מדריגת אהבה עילאה הנקרא בשם 'אב', ולא היה כי אם במדריגת אהבה תתאה הנקרא בשם 'אח', שהיא כמו בת למדירגת אהבה עילאה, "אך לא בת אמי", שאינו במדריגת אהבה שהיא כמו 'בת' ליראה עילאה הנקרא בשם 'אם', "ואומר לה בכל מקום אשר נבוא שמה אמרי לי אחי הוא", רמז שאני במדריגת אהבה הנקרא בשם 'אח'.
Et c'est ce que dit notre père Abraham, la paix soit sur lui, à Avimelekh : "Et de plus, elle est vraiment ma sœur, fille de mon père" (Bereshit 20,12) : cela signifie que, du fait qu'il était en chemin, il ne pouvait atteindre le degré de l'amour supérieur appelé du nom de 'père' (av), et il n'était qu'au degré de l'amour inférieur appelé du nom de 'frère' (ah), qui est comme une fille par rapport au degré de l'amour supérieur. "Mais non fille de ma mère" : car il n'était pas au degré de l'amour qui est comme une 'fille' de la crainte supérieure appelée du nom de 'mère' (em).
"Et je lui ai dit : en tout lieu où nous viendrons, dis de moi : il est mon frère" (Bereshit 20,13), allusion à ce que je suis au degré de l'amour appelé du nom de 'frère' (ah).
וזהו "יהודה אתה", דהיינו כשאתה בנגלות, דהיינו מדריגת 'אתה' שהוא הנגלה, כמו שאנו אומרים 'ברוך אתה' הוא הנגלה, 'אשר קדשנו' הוא הנסתר, ובמדריגה הזאת "יודוך אחיך" ר"ל אותם שהם במדרגת 'אח' כנ"ל, אבל "ידך בעורף אויביך", פירוש כשתהיה במדריגה עליונה שיש כח בידך לכלות האויבים והדינים, אז "וישתחוו לך בני אביך", אותם שהם במדרגת 'אב'. והבן מאוד.
Et c'est "Yehouda, toi" : c'est-à-dire lorsque tu es dans le révélé, soit le degré de 'Toi' (Ata), qui est le révélé, comme nous disons 'Béni sois-Tu' (baroukh Ata), qui est le révélé, alors que 'qui nous a sanctifiés' est le caché ; et à ce degré-là, "tes frères te loueront", c'est-à-dire ceux qui sont au degré de 'frère' (ah) comme ci-dessus. Mais "ta main sera sur la nuque de tes ennemis" : cela signifie que lorsque tu seras à un degré supérieur, où tu auras la force en ta main d'anéantir les ennemis et les rigueurs, alors "les fils de ton père se prosterneront devant toi", ceux qui sont au degré de 'père' (av).
Et comprends bien cela.
יששכר חמור גרם כו'. נראה לפרש, דהנה הצדיק המתפלל צריך להסתיר דבריו בכדי שלא יבין המקטרג לקטרג חלילה, ואילולי הקטרוג היה הצדיק יכול להוציא בשפתיו כל דבריו שירצה, רק מחמת הקטרוג צריך לכחד דבריו תחת לשונו ושפתיו, וזהו "יששכר חמור גרם רובץ בין המשפתים", פירוש הגוף, הוא החומר, גורם לצדיק שמוכרח להיות רובץ את דבריו בין השפתים, 'משפתים' לשון 'שפתים', היינו כנ"ל שצריך להסתיר את דבריו בין שפתיו שלא לדברם בפירוש מפני המקטרג שיכול לקטרג על הצדיק מחמת גוף החומר, ולכן חכם בדעת ידבר ויתפלל, ותפילתו יעלה לרחמים ולרצון.
אמן.
"Issakhar est un âne osseux, etc." (Bereshit 49,14). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, le tsadik qui prie doit cacher ses paroles afin que l'accusateur ne comprenne pas et n'accuse pas, à D-ieu ne plaise ; et sans l'accusation, le tsadik pourrait faire sortir de ses lèvres toutes les paroles qu'il voudrait, seulement, à cause de l'accusation, il doit dissimuler ses paroles sous sa langue et sous ses lèvres.
Et c'est "Issakhar est un âne osseux, couché entre les limites (mishpetayim)" : cela signifie que le corps, qui est la matière (homer, apparenté à hamor, l'âne), fait que le tsadik est contraint de faire coucher ses paroles entre les lèvres, 'mishpetayim' étant un terme apparenté à 'sefatayim' (les lèvres), c'est-à-dire, comme ci-dessus, qu'il doit cacher ses paroles entre ses lèvres et ne pas les dire explicitement, à cause de l'accusateur qui peut accuser le tsadik à cause du corps matériel. C'est pourquoi le sage, dans son savoir, parlera et priera, et sa prière montera pour la miséricorde et pour la faveur.
Amen.
לא תראה חמור אחיך רובץ תחת משאו כו'. דהאדם העוסק בעניני ועסקי עוה"ז, הרי העולם עליו כמשא ורובץ תחת משאו, ואמר הכתוב "לא תוכל להתעלם", אזהרה לצדיק שיתפלל עליו.
וק"ל.
"Tu ne verras pas l'âne de ton frère couché sous sa charge, etc." (cf. Chemot 23,5 ; Devarim 22,3-4).
Car l'homme qui s'occupe des affaires et des négoces de ce monde-ci, voici que le monde est sur lui comme une charge et qu'il est couché sous son fardeau ; et l'Écriture dit : "tu ne pourras pas te dérober", avertissement au tsadik de prier pour lui. Et cela se comprend aisément.