נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayechi (1/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Yaakov vécut au pays d'Égypte » (Berechit 47,28). Le Noam Elimele'h l'éclaire par la Guemara : Rabbi 'Hanina ben Dossa sait sa prière agréée si elle est chegoura (courante) dans sa bouche. Maladie, prière et exaucement sont en puissance dans l'Ein Sof, sans changement. Le Lieu désire la prière, car le tsadik s'y attache à Lui. Comme deux voisins du Gan Éden, la prière courante est déjà là et elle est agréée ; sinon l'homme prie de lui-même et elle est repoussée. Sa vitalité vient de la prière pour la Che'hina : « Mitsrayim », metsar yam, est l'affliction de son exil, et les dix-sept ans valent le Nom, guematria tov.

Aussi : l'élagage des kelipot en katnout (petitesse), compté comme les années de gadlout (grandeur) ; le Nom attiré en bas, qui emplit la terre de ''hessed ; le salaire qui vient de briser le yetser hara.

ויחי יעקב בארץ מצרים. נ"ל ע"פ דאיתא בגמרא "אמרו עליו על רבי חנינא בן דוסא כשהיה מתפלל על החולה היה אומר זה חי כו', אמרו לו מנין אתה יודע, אמר אם תפלתי שגורה בפי היא מקובלת".

לכאורה מלת "שגורה בפי" אינו מובן, היה לו לומר "אם תפילתי יוצא מפי בלי גמגום בידוע שהיא מקובלת". אך הענין הוא, דהנה לכאורה יש להבין הסיבה הזאת שהצדיק מתפלל על החולה והוא מתרפא, ונראה הדבר כמו השתנות חלילה אצל הבורא האחד הפשוט האמיתי וחלילה לחשוב ולומר כך.

אך הענין דהנה כל העולמות וכל הנבראים היו מתחילה קודם בריאת העולם בכח א"ס ב"ה, ואח"כ כשעלה ברצונו הפשוט לבוראם הוציאם מכח אל הפועל, וכל מה שיהיה הוא שהיה בכח הא"ס ב"ה וב"ש, ונמצא אין כאן שום השתנות, כי כל זאת היה בכח הא"ס שזה יהיה חולה והצדיק יתפלל עליו ויעתר בתפילתו, והוא שהקב"ה מתאוה לתפילתן של צדיקים, שע"י התפילה הצדיק מתדבק בהבורא יתעלה, וזה תענוגו של מקום שהצדיק עולה ומתדבק בו. ואיתא בספרים הטעם שאנו רואים שלפעמים באים שני בני אדם ואוהבים זה את זה מאוד גם שלא היו מכירים זה את זה מקודם כי אם עתה מקרוב באו ונתוועדו יחד ושניהם דבקו יחדיו באהבה רבה, והטעם מחמת שהיו שכנים זה אצל זה בישיבתם בגן עדן יחד ועתה בבואם להדדי נתעורר בהם אהבה הישנה שהיתה בהם בגן עדן.

וזהו שאמר רבי חנינא בן דוסא "אם תפלתי שגורה", ר"ל התפילה הזאת שאני מתפלל עתה היא שגורה בפי, כמו דבר הרגיל שהורגל בה כבר, ומה הוא ההרגל? היינו מה שהזכרנו לעיל שהיה הדבר הזה והתפילה הזאת והצדיק היו כולם בכח הא"ס, על דרך שני צדיקים שאוהבים זא"ז מחמת שהיו ביחד, "בידוע שהיא מקובלת", מחמת שכבר היה בכח הא"ס ב"ה ואין השתנות לפניו חלילה, "ואם אין תפילתי שגורה בפי", נמצא לא היתה התפילה הזאת בכח הא"ס רק האדם מעצמו הוא מתפלל, "בידוע שהוא מטורף".

"Yaakov vécut au pays d'Égypte" (Genèse 47,28). Il me semble [l'expliquer] selon ce qui est enseigné dans la Guemara : "on a dit de Rabbi Hanina ben Dossa que, lorsqu'il priait pour le malade, il disait : celui-ci vivra, etc.

Ils lui dirent : d'où le sais-tu ? Il dit : si ma prière est courante (chegoura, littéralement 'fluide') dans ma bouche, je sais qu'elle est agréée" (Berakhot 34b).

À première vue, le mot "chegoura dans ma bouche" n'est pas compréhensible : il aurait dû dire "si ma prière sort de ma bouche sans bégaiement, on sait qu'elle est agréée". Mais voici la chose.

Il y a d'abord lieu de comprendre cette cause même : que le tsadik prie pour le malade et que celui-ci guérisse ; la chose apparaît comme un changement, à Dieu ne plaise, auprès du Créateur Un, simple et véritable, et il est interdit de penser et de dire ainsi. Mais voici : tous les mondes et toutes les créatures étaient au commencement, avant la création du monde, en puissance dans l'Ein Sof (l'Infini) béni soit-Il ; et ensuite, lorsqu'il monta dans Sa volonté simple de les créer, Il les fit sortir de la puissance à l'acte.

Et tout ce qui sera était déjà en puissance dans l'Ein Sof béni et loué soit-Il. Il se trouve donc qu'il n'y a ici aucun changement, car tout cela était en puissance dans l'Ein Sof : que celui-ci soit malade, que le tsadik prie pour lui et qu'il soit exaucé dans sa prière.

Et c'est [le sens de] ce que le Saint béni soit-Il désire la prière des tsadikim : car par la prière le tsadik s'attache au Créateur exalté, et tel est le plaisir du Lieu (Makom, l'un des noms de Dieu), que le tsadik s'élève et s'attache à Lui. Et il est enseigné dans les livres la raison de ce que nous voyons parfois : deux hommes viennent et s'aiment l'un l'autre très fort, alors même qu'ils ne se connaissaient pas auparavant, mais qu'ils sont seulement venus récemment et se sont rencontrés ensemble, et tous deux s'attachent l'un à l'autre d'un grand amour.

La raison en est qu'ils étaient voisins l'un de l'autre lors de leur séjour ensemble au Gan Éden, et maintenant, en venant l'un vers l'autre, s'est éveillé en eux l'amour ancien qui était le leur au Gan Éden. Et c'est ce que dit Rabbi Hanina ben Dossa : "si ma prière est chegoura" - c'est-à-dire : cette prière que je prie maintenant est courante dans ma bouche, comme une chose habituelle à laquelle on est déjà accoutumé.

Et quelle est cette accoutumance ? C'est ce que nous avons mentionné plus haut : que cette chose, cette prière et le tsadik lui-même étaient tous en puissance dans l'Ein Sof, à la manière des deux tsadikim qui s'aiment l'un l'autre parce qu'ils avaient été ensemble.

"On sait qu'elle est agréée" - parce qu'elle était déjà en puissance dans l'Ein Sof béni soit-Il, et qu'il n'y a pas de changement devant Lui, à Dieu ne plaise. "Et si ma prière n'est pas courante dans ma bouche" - il se trouve alors que cette prière n'était pas en puissance dans l'Ein Sof, mais que c'est l'homme qui prie de lui-même : "on sait qu'elle est repoussée".

‎והנה עיקר החיות של הצדיק היא ע"י התפילה שעל ידה הוא מתדבק בהבורא יתעלה כנ"ל, וידוע שע"י שם הקדוש היוצא מפסוק 'את 'השמים 'ואת 'הארץ נברא העולם, והוא גימטריה טו"ב, ועיקר תפילת הצדיק היא על השכינה הקדושה, וזהו "ויחי יעקב בארץ מצרים", 'מצרים' לשון מיצר ים, דהיינו ע"י שהיה מצער עצמו על גלות השכינה הנקראת 'ים', עי"ז היה לו חיות שהיה מתדבק בהבורא ב"ה, "שבע עשרה שנה", פירוש שכל זאת היה בכח הא"ס בתחילת הבריאה כשברא כל הנבראים וכל עולמות ע"י שם הקדוש שהוא גימטריה י"ז כנ"ל שבו נברא העולם.

Et voici : la vitalité essentielle du tsadik vient de la prière, par laquelle il s'attache au Créateur exalté, comme ci-dessus. Et il est connu que c'est par le Nom saint qui sort du verset "'et 'les cieux 'et 'la terre" (את השמים ואת הארץ, Genèse 1,1 - les lettres initiales forment le Nom אהוה) que le monde fut créé, et ce Nom est en guematria טו"ב (tov, "bien", dix-sept).

Et la prière essentielle du tsadik porte sur la sainte Chekhina. Et c'est [le sens de] "Yaakov vécut au pays d'Égypte" : "Mitsrayim" (Égypte) est un terme de "metsar yam" (la détresse de la mer), c'est-à-dire que, par le fait qu'il s'affligeait sur l'exil de la Chekhina appelée "mer" (yam), il avait par cela la vitalité, s'attachant au Créateur béni soit-Il.

"Dix-sept ans" - explication : tout cela était en puissance dans l'Ein Sof au commencement de la création, lorsqu'Il créa toutes les créatures et tous les mondes par le Nom saint qui est en guematria dix-sept, comme ci-dessus, et par lequel le monde fut créé.

‎וזהו "ברוך ה' אשר לא הסיר תפילתי" שאני מתפלל, לא הסיר אותה ממני מחמת שהיה אז בכח הא"ס ב"ה וממילא היא מקובלת, "וחסדו מאתי", פירוש ועל כל זאת אודה יה, מאחר שהיה התפילה הזאת בכח הא"ס, נמצא שאין זה מחמתי מצד פעולתי שיהיה ראוי להנתן לי שכר על זה, ואעפ"כ נותן לי השי"ת שכר כאילו היתה הפעולה ממני, "וזהו וחסדו מאתי", שאודה לו ית"ש על חסדו הגדול שמעלה עלי כאילו היה מאתי. והבן.

Et c'est [le sens de] "Béni soit ה', qui n'a pas écarté ma prière" (Psaumes 66,20) : la prière que je prie, Il ne l'a pas écartée de moi, parce qu'elle était alors en puissance dans l'Ein Sof béni soit-Il, et par conséquent elle est agréée. "Ni Sa bonté ('hessed) d'auprès de moi" - explication : et pour tout cela je rendrai grâce au Nom (יה) ; car puisque cette prière était en puissance dans l'Ein Sof, il se trouve que ce n'est pas grâce à moi, du fait de mon action, qu'il serait juste qu'un salaire me soit donné pour cela ; et malgré cela le Saint béni soit-Il me donne un salaire comme si l'action venait de moi.

Et c'est [le sens de] "et Sa bonté d'auprès de moi" : que je Lui rende grâce, que Son Nom soit béni, pour Sa grande bonté, du fait qu'Il porte à mon compte comme si cela venait de moi. Et comprends bien.

או יאמר "ויחי כו'" ע"פ הפסוק "זמרו כבוד שמו שימו כבוד תהלתו", נראה פירושו היות התחלות אדם בעבדות הבורא ב"ה בוודאי אינו יכול תיכף בהתחלתו [ל]עלות במדרגת עליונים, כי עדיין סבבוהו זרים במחשבתו הדבוקה בעוה"ז השפל ובהבליו, אבל צריך אדם מקודם לפנות מחשבתו ולזמר עריצים, המה הקליפות המבלבלים אותו מעבודתו, ולזה צריך עבודה רבה, ואח"כ יפנה עצמו לעלות במחשבת קדושים ביחודים וכוונות עליונים, ואז נחשב לו אותה העבודה שעבד בתחילתו והיא לזמר עריצים כאותה העבודה החשובה העיקרית שעולה בה לתכליתו, כיון שכוונתו הכל לשם שמים והכל אחד, וזהו "זמרו כבוד וכו'", פירושו כנ"ל שהעבודה של זמיר עריצים הוא חשוב כמו "שימו כבוד תהלתו", ש'תהלה' נקרא המדריגה הגדולה של הצדיק שמאיר לעולמות עליונים, ותהלה הוא לשון אור, כמו עטישותיו תהל אור.

Ou bien l'on dira "Vayehi (et il vécut), etc." selon le verset "Chantez la gloire de Son Nom, rendez glorieuse Sa louange" (Psaumes 66,2). Il semble que son explication soit celle-ci : lorsque l'homme commence à servir le Créateur béni soit-Il, il ne peut certainement pas, dès son commencement, monter au degré des êtres supérieurs, car des étrangers l'entourent encore dans sa pensée attachée à ce monde bas et à ses vanités.

Il faut d'abord que l'homme vide sa pensée et "élague les tyrans" (lezamer aritsim, expression tirée d'Isaie 25,5 - "zamrou" pouvant se lire aussi comme "élaguer") : ce sont les kelipot (les écorces, les forces d'impureté) qui le troublent dans son service ; et cela exige un grand travail. Ensuite il se tournera vers l'élévation dans la pensée des saints, par les yihoudim (unifications) et les intentions supérieures.

Et alors ce service qu'il a accompli au commencement, qui est d'élaguer les tyrans, lui est compté comme ce service important et essentiel par lequel il monte à son but, puisque son intention est toute entière pour le Ciel et que tout est un. Et c'est [le sens de] "Chantez la gloire, etc." : son explication est comme ci-dessus, que le service de l'élagage des tyrans (zamir aritsim) est aussi important que "rendez glorieuse Sa louange (tehila)" ; car "tehila" désigne le grand degré du tsadik qui illumine les mondes supérieurs, et "tehila" est un terme de lumière, comme dans "ses éternuements font resplendir (tahel) la lumière" (Job 41,10).

‎וזהו ג"כ הפירוש כאן, "ויחי יעקב בארץ מצרים", ששם היה עבודתו במדריגת קטנות, וזה רמז "שבע עשרה שנה" גימטריה טו"ב, שהוא השם הקדוש במספר קטן, מחמת שהיה בארץ מצרים מקום הקליפות והיה עיקר העבדות לזמר עריצים, אעפ"כ היה נחשב לו זה כשאר שנותיו שהיה עובד בהם במדריגת גדלות, וזהו "ויהי ימי יעקב שני חייו", פירוש שזה היה נחשב לו במנין שאר שנותיו בשוה כנ"ל.

Et telle est aussi l'explication ici : "Yaakov vécut au pays d'Égypte" - là, son service était au degré de katnout (petitesse, état de conscience réduite), et c'est ce qu'indique "dix-sept ans", en guematria טו"ב (tov, "bien"), qui est le Nom saint en mispar katan (petit compte), parce qu'il se trouvait au pays d'Égypte, lieu des kelipot, et que le service essentiel y était d'élaguer les tyrans. Malgré cela, cela lui fut compté comme le reste de ses années, durant lesquelles il servait au degré de gadlout (grandeur, conscience élargie).

Et c'est [le sens de] "et les jours de Yaakov furent, les années de sa vie" (Genèse 47,28) - explication : cela lui fut compté à égalité dans le compte de ses autres années, comme ci-dessus.

או יאמר "ימי יעקב שני חייו כו'", לפי שעיקר החיות של הצדיק הם אותן הימים שמוסיף בהם אור העבודה, והם נקראים 'ימים' ע"ד שנאמר "ויקרא א-להים לאור יום", וזהו "ויהי ימי יעקב", פירוש הימים שהיה מוסיף בהם אור, הם היו עיקר "שני חייו". וק"ל.

Ou bien l'on dira "les jours de Yaakov, les années de sa vie, etc.", puisque la vitalité essentielle du tsadik, ce sont ces jours où il ajoute à la lumière du service ; et ils sont appelés "jours" selon ce qui est dit : "et Elokim appela la lumière jour" (Genèse 1,5). Et c'est [le sens de] "et les jours de Yaakov furent" - explication : les jours où il ajoutait de la lumière, ce sont eux qui étaient l'essentiel des "années de sa vie".

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ויחי כו'", ונקדים לפרש הפסוק "הודו לה' כי טוב כו'", דהנה הצדיק ע"י תפילתו הזכה והצלולה הוא ממשיך את הבורא ב"ה וב"ש לעוה"ז, והרי הוא כמו שמביא שמו הגדול אל הקטנות, כי עיקר גדולתו על השמים כבודו, וגדולתו על כל העולמות, והצדיק ממשיכו לזה העולם הוא כמו קטנות, והשם הקדוש בקטנות גימטריה י"ז, אך עי"ז שממשיך את הבורא לעוה"ז אזי מלאה הארץ חסדו בהשפעות וברכות וטובות הרבה, וזה "הודו לה'", היינו שתתפללו לפניו והודו לו, "כי טוב", ר"ל הגם שתביאו אותו ית"ש ויתעלה כמו אל הקטנות, דהיינו השם הקדוש הויה ב"ה בקטנות גימטריה טוב כנ"ל, "כי לעולם חסדו", ר"ל כי עי"ז תפעלו להמשיך לעוה"ז חסדו, היינו השפעות חסדים וטובות.

Ou bien l'on dira "Vayehi, etc.", et nous ferons précéder l'explication du verset "Rendez grâce à ה' car Il est bon, etc." (Psaumes 118,1). Car voici : le tsadik, par sa prière pure et limpide, attire le Créateur béni et loué soit-Il vers ce monde-ci ; et il est comme celui qui amène Son grand Nom à la katnout, car Sa grandeur essentielle est telle que "au-dessus des cieux est Sa gloire" (Psaumes 113,4) et que Sa grandeur est au-dessus de tous les mondes ; or le tsadik L'attire vers ce monde-ci, ce qui est comme la katnout, et le Nom saint en katnout est en guematria dix-sept.

Mais par le fait même qu'il attire le Créateur vers ce monde-ci, alors la terre est remplie de Sa bonté, par des influx, des bénédictions et de nombreux bienfaits. Et c'est [le sens de] "Rendez grâce à ה'", c'est-à-dire : priez devant Lui et rendez-Lui grâce ; "car Il est bon (tov)" - c'est-à-dire : bien que vous L'ameniez, que Son Nom soit béni et exalté, comme vers la katnout, c'est-à-dire le Nom saint Havaya (הויה) béni soit-Il en katnout, dont la guematria est tov (טוב, dix-sept), comme ci-dessus ; "car éternelle est Sa bonté" - c'est-à-dire : car par cela vous agirez pour attirer vers ce monde-ci Sa bonté, c'est-à-dire les influx de hassadim (bontés) et de bienfaits.

‎וזהו "ויחי יעקב בארץ מצרים שבע עשרה שנה", ר"ל ע"י שם הקדוש שהמשיך למטה והוא גימטריה י"ז כנ"ל, עי"ז היה לו חיות והשפעות טובות בארץ מצרים. וזהו "ברוך ה' אשר כו' וחסדו מאתי", דהיינו שע"י תפילתי אני גורם להמשיך חסדו לעולם כנ"ל.

וק"ל.

Et c'est [le sens de] "Yaakov vécut au pays d'Égypte dix-sept ans" - c'est-à-dire : par le Nom saint qu'il attirait vers le bas, lequel est en guematria dix-sept comme ci-dessus, il avait par cela la vitalité et des influx de bienfaits au pays d'Égypte. Et c'est [le sens de] "Béni soit ה' qui, etc., ni Sa bonté d'auprès de moi" : c'est-à-dire que, par ma prière, je suis cause que Sa bonté soit attirée vers le monde, comme ci-dessus.

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "ויחי יעקב כו'", דהנה ראוי להשכיל ולהבין על קבלת שכר המצוות, הנה מצד השכל והדין אינו מחמת קיום המצוות, כי מאחר שהבורא ית"ש ויתעלה בראנו לכבודו, ואין אנו מספיקים להודות על אחת מאלף כו' על הטובות כו' שעשה עמנו, וראוי ונכון היותינו מקיימים מצוותיו הקדושים כמאמר התנא "אם למדת תורה הרבה אל תחזיק כו' כי לכך נוצרת", אך עיקר קבלת שכרינו הוא מצד שהבורא ית"ש נתן בנו יצה"ר המסית אותנו בכל עת ורגע ומתגבר עלינו להתאוות תאוה ולהרהר חלילה בעבירה וכל יצר מחשבותיו רק רע כל היום, והאדם עומד כנגדו ובתחבולות יעשה מלחמה נגדו להזהר ולהשמר מכל דבר רע, מחניפות ושקרים וליצנות ולשון הרע ותאוות והרהורים והדומה להם, לזה צריך מלחמה ועבודה רבה לשבר כח התאוות היצה"ר, וזהו עינוי וסיגוף גדול, עי"ז הקב"ה מקדשו ומטהרו כאילו עשה מצוה, כי ע"י המצוות אנו מתקדשים ומתטהרים כאמור "אשר קדשנו במצותיו", וזהו דאמרינן בגמרא "היושב בטל ואינו עובר עבירה מעלה עליו הכתוב כאלו עשה מצוה", והיינו כנ"ל, ע"י שהוא משבר כח התאוה של היצה"ר שלא לחטוא חלילה עי"ז והוא מתקדש כאילו עשה מצוה.

Ou bien l'on dira "Yaakov vécut, etc.". Car voici, il convient de considérer et de comprendre ce qu'il en est de la réception du salaire des mitsvot.

Du point de vue de l'intelligence et du droit strict (din), ce salaire n'est pas dû à l'accomplissement des mitsvot : puisque le Créateur, que Son Nom soit béni et exalté, nous a créés pour Sa gloire, et que nous ne suffisons pas à Lui rendre grâce pour une sur mille, etc., des bontés, etc., qu'Il a faites avec nous, il est juste et convenable que nous accomplissions Ses saintes mitsvot, comme le dit le Tana (maître de la Michna) : "si tu as étudié beaucoup de Torah, ne t'en attribue pas [le mérite], etc., car c'est pour cela que tu as été créé" (Avot 2,8). Mais l'essentiel de la réception de notre salaire tient à ce que le Créateur, que Son Nom soit béni, a placé en nous le yetser hara (le penchant au mal), qui nous incite à tout moment et à tout instant, qui l'emporte sur nous pour nous faire désirer un désir et penser, à Dieu ne plaise, à la transgression, et dont "tout le penchant des pensées n'est que mal tout le jour" (Genèse 6,5).

Et l'homme se tient contre lui et lui fait la guerre par des stratagèmes, pour prendre garde et se garder de toute chose mauvaise : de la flatterie, des mensonges, de la moquerie, de la médisance (lachon hara), des désirs, des mauvaises pensées et de ce qui leur ressemble. Pour cela il faut une guerre et un grand labeur, afin de briser la force des désirs du yetser hara, et c'est une grande affliction et une grande mortification ; par cela, le Saint béni soit-Il le sanctifie et le purifie comme s'il avait accompli une mitsva, car c'est par les mitsvot que nous sommes sanctifiés et purifiés, ainsi qu'il est dit : "qui nous a sanctifiés par Ses commandements".

Et c'est [le sens de] ce que nous disons dans la Guemara : "celui qui reste assis sans rien faire et ne commet pas de transgression, l'Écriture le lui compte comme s'il avait accompli une mitsva" (Kidouchin 39b) - et c'est comme ci-dessus : par le fait qu'il brise la force du désir du yetser hara pour ne pas fauter, à Dieu ne plaise, par cela il est sanctifié comme s'il avait accompli une mitsva.

‎וזהו שהתפלל משה רבינו ע"ה "שמחינו כימות עניתנו", פירוש שתשמחנו בקדושתך כימות עניתנו ע"י היצה"ר שאנחנו מוכרחים לשבר כח תאוותו, "שנות ראינו רעה", פירוש כל השנים אשר ראינו והסתכלנו ברעה להזהר ולהשמר ממנו, עי"ז "יראה אל עבדיך פעליך", ר"ל יחשב לפניך כאילו עשינו כל מצוותיך ופעליך, כנ"ל שע"י עינויים וסיגופים מהיצה"ר לשבר כחו, יחשב כאילו עשיתי כל המצוות.

Et c'est ce que pria Moche notre maître, que la paix soit sur lui : "Réjouis-nous selon les jours où Tu nous as affligés" (Psaumes 90,15) - explication : que Tu nous réjouisses dans Ta sainteté comme les jours où nous avons été affligés par le yetser hara, dont nous sommes contraints de briser la force du désir ; "les années où nous avons vu le mal" - explication : toutes les années durant lesquelles nous avons vu et regardé le mal afin d'y prendre garde et de nous en garder ; par cela, "que Ton œuvre apparaisse à Tes serviteurs" (Psaumes 90,16) - c'est-à-dire : qu'il soit compté devant Toi comme si nous avions accompli tous Tes commandements et toutes Tes œuvres, comme ci-dessus : que par les afflictions et les mortifications subies du fait du yetser hara, pour briser sa force, il soit compté comme si j'avais accompli toutes les mitsvot.

‎תהו "תאות לבו נתת לו כו'", זה שנתת לאדם הבחירה שיעשה כתאות לבו, "וארשת שפתיו בל מנעת סלה", שלא מנעת ממנו לדבר בשפתיו כרצונו, כל זאת עשית לטובת האדם, "כי תקדמנו ברכות טוב", פירוש עי"ז שהבחירה לאדם והיצה"ר מסיתו והוא כובש את יצרו, עי"ז יקדמנו השי"ת ברכות ושכר גדול, ע"י השם הקדוש שם הויה ב"ה שהוא גימטריה טוב, והיינו אפילו בגלות המר שהשם הוא בקטנות, כי לעתיד שיהיה השם בגדלות, בוודאי אין קץ וסוף להשפעתו, וזהו "הודו לה'", ר"ל להשם הויה שמו הגדול ית"ש, "כי טוב", ר"ל אף בגלות המר שהשם בקטנות, אעפ"כ הוא בגימטריה טוב, וזהו "כי לעולם חסדו".

Et c'est [le sens de] "Tu lui as donné le désir de son cœur, etc." (Psaumes 21,3) : c'est ce que Tu as donné à l'homme, le libre choix, pour qu'il agisse selon le désir de son cœur ; "et Tu n'as pas refusé l'expression de ses lèvres, sela" : Tu ne l'as pas empêché de parler de ses lèvres selon sa volonté. Tout cela, Tu l'as fait pour le bien de l'homme : "car Tu le préviens de bénédictions de bien (tov)" (Psaumes 21,4) - explication : par le fait que le choix appartient à l'homme, que le yetser hara l'incite et qu'il maîtrise son penchant, par cela le Saint béni soit-Il le préviendra de bénédictions et d'un grand salaire, au moyen du Nom saint, le Nom Havaya béni soit-Il, dont la guematria est tov (טוב, dix-sept) ; et cela même dans l'exil amer, où le Nom est en katnout ; car dans l'avenir, lorsque le Nom sera en gadlout, il n'y aura certainement ni fin ni terme à Son influx.

Et c'est [le sens de] "Rendez grâce à ה'" - c'est-à-dire au Nom Havaya, Son grand Nom, que Son Nom soit béni ; "car Il est bon (tov)" - c'est-à-dire : même dans l'exil amer, où le Nom est en katnout, il est malgré tout en guematria tov ; et c'est [le sens de] "car éternelle est Sa bonté".

‎וזהו "יששכר חמור גרם כו'", פירוש "יש שכר" לאדם ע"י שהחמור - הוא הגוף החומר - החומד ומתאווה והאדם משבר כח תאוותו, הוא גורם לו לשכר הגדול, "רובץ בין המשפתים", פירוש הלשון, שהוא רובץ בין המשפתים, שהבחירה בידו לדבר בלשונו כרצונו, "וירא מנוחה", פירוש ואדם משבר כח תאוותו ואין רואה רק שיהיה לו מנוחה מהתאוות והמחשבות זרות, עי"ז גורם לו "כי 'טוב'", פירוש שיש לו השפעות משם הרחמים שהוא גימטריה טוב.

Et c'est [le sens de] "Issakhar est un âne ossu, etc." (Genèse 49,14) - explication : "il y a salaire" (yech sakhar, יש שכר, jeu de mots sur le nom יששכר) pour l'homme, du fait que l'âne (hamor) - c'est-à-dire le corps, la matière (homer) - convoite et désire, et que l'homme brise la force de son désir : cela lui procure le grand salaire. "Couché entre les enclos (michpetayim)" - explication : c'est la langue, qui est couchée entre les deux lèvres, car le choix est en sa main de parler de sa langue selon sa volonté.

"Et il vit que le repos était bon" - explication : et l'homme brise la force de son désir, et il ne cherche à voir qu'une chose : avoir le repos des désirs et des pensées étrangères ; par cela il se procure "car [c'est] bon (tov)" - explication : qu'il ait des influx venant du Nom de miséricorde, dont la guematria est tov.

‎וזהו "ויחי יעקב בארץ מצרים", פירוש ע"י שהיה משבר כח התאוויות היצה"ר הנקראים 'ארץ מצרים' שהיא הקליפה, עי"ז היה לו חיות והשפעה מהשם הרחמים שהוא גימטריה "שבע עשרה" כנ"ל. וק"ל.

Et c'est [le sens de] "Yaakov vécut au pays d'Égypte" - explication : par le fait qu'il brisait la force des désirs du yetser hara, appelés "pays d'Égypte", qui est la kelipa, il avait par cela la vitalité et l'influx venant du Nom de miséricorde, dont la guematria est "dix-sept", comme ci-dessus. Et cela est facile à comprendre.

ויקרבו ימי ישראל כו'. ונקדים לפרש הפסוק "שבענו בבוקר חסדך", ולכאורה הלא טוב לנו להתפלל שישבענו בחסדו חסד אל כל היום? אך נראה דהנה החסדים נקראים 'בוקר', וזהו "וישכם אברהם בבוקר", פירוש דאברהם אבינו ע"ה שהיה צדיק גדול והקדים ע"י מעשיו הטובים להשכים ולהקדים את הבוקר, היינו לעורר החסדים הנקראים בוקר, אבל אנחנו דלי מעש וחסרי לב, אנו מתפללין להשי"ת ב"ה שהוא ישבענו בבוקר חסדיו, שהוא יעורר עלינו החסדים, והשי"ת ברוב רחמיו שומע תפילת עמו ישראל ומקבל ברחמים וברצון את תפילתינו.

"Et les jours d'Israël approchèrent, etc." (Genèse 47,29). Nous ferons précéder l'explication du verset "Rassasie-nous au matin de Ta bonté" (Psaumes 90,14).

À première vue, ne vaudrait-il pas mieux pour nous prier qu'Il nous rassasie de Sa bonté, bonté de Dieu, tout le jour ? Mais il semble que voici : les hassadim (les bontés) sont appelés "matin" (boker), et c'est [le sens de] "Abraham se leva de bon matin" (Genèse 22,3) - explication : Abraham notre père, que la paix soit sur lui, qui était un grand tsadik, devançait par ses bonnes actions, se levant tôt et devançant le matin, c'est-à-dire éveillant les hassadim appelés matin.

Mais nous, pauvres en actions et manquant de cœur, nous prions le Saint béni soit-Il pour qu'Il nous rassasie au matin de Ses bontés, c'est-à-dire qu'Il éveille sur nous les hassadim ; et le Saint béni soit-Il, dans Sa grande miséricorde, entend la prière de Son peuple Israël et reçoit notre prière avec miséricorde et bienveillance.

‎ויש לכוון הפירוש במה שתקנו לנו בשלש ברכות ראשונות לומר "גומל חסדים טובים", ר"ל 'חסדים טובים', היינו החסדים שהשי"ת נותן להצדיקים הנקראים טובים, ו'גומל' הוא מלשון ויגמל אברהם כו', פירוש השי"ת הוא גומל את החסדים טובים ואינו ממתין עד שיתעוררו החסדים ע"י צדיקים, רק "קונה הכל", פירוש השי"ת ברוב רחמיו מקבל את כולנו, ולא עוד אלא "וזוכר חסדי אבות", דשלש ברכות הראשונות נקרא 'אבות', והם השלש מוחין הנקראים 'ראש', ובאותן שלש ברכות אין שם תפילה כמבואר בשו"ע או"ח, ויש ליתן טעם לשבח לזה, מפני ששלש ברכות הראשונות הם בעולמות העליונים ושם אין קטרוג כלל, לכן אין צריך שום תפילה רק תהלות ותשבחות, כי אין תפילה אלא במקום קטרוג, וזהו "וזוכר חסדי כו'", פירוש תיכף ומיד בהתחלותנו שבחין, הם הג' ראשונות, מיד הוא זוכר את חסדיו לעשות כל צרכינו מיד ב'אבות', היינו שלש ראשונות, קודם גמר תפילתינו הוא יעננו טרם נקרא.

Et il y a lieu d'orienter ainsi l'explication de ce que nos maîtres ont institué pour nous de dire dans les trois premières bénédictions [de la Amida] : "qui dispense (gômel) de bonnes bontés (hassadim tovim)". C'est-à-dire "hassadim tovim" : ce sont les bontés que le Saint béni soit-Il donne aux tsadikim, lesquels sont appelés "bons" ; et "gômel" est du langage de "et Abraham sevra (vayigmal), etc." (Genèse 21,8) - explication : le Saint béni soit-Il fait mûrir de Lui-même les bonnes bontés et n'attend pas que les hassadim soient éveillés par les tsadikim, mais "Il possède tout (koné ha-kol)" - explication : le Saint béni soit-Il, dans Sa grande miséricorde, nous reçoit tous.

Et non seulement cela, mais "et Il se souvient des bontés des pères (hassdéi avot)" : car les trois premières bénédictions sont appelées "avot" (pères), et elles sont les trois mohin (cerveaux, lumières de l'intellect) appelés "roch" (tête). Et dans ces trois bénédictions il n'y a aucune demande de prière, comme cela est exposé dans le Choulhan Aroukh, Orah Haim.

Et il y a lieu d'en donner une belle raison : parce que les trois premières bénédictions se tiennent dans les mondes supérieurs, et que là il n'y a aucune accusation (kitroug), c'est pourquoi il n'y faut aucune prière, mais seulement des louanges et des glorifications ; car il n'y a de prière qu'en un lieu d'accusation. Et c'est [le sens de] "et Il se souvient des bontés, etc." - explication : aussitôt, dès le commencement de nos louanges, qui sont les trois premières, aussitôt Il se souvient de Ses bontés pour pourvoir à tous nos besoins, immédiatement dans les "avot", c'est-à-dire les trois premières, avant l'achèvement de notre prière : Il nous répond avant que nous appelions.

‎וזהו פירוש "תאות לבו נתת לו", דהתאוה והתשוקה של הצדיק תמיד שיהיו כל ישראל מלאים ושבעים כל טוב, והשי"ת נותן התאוות האלו בלב הצדיק כדי שיתפלל לפניו, שהקב"ה מתאוה לתפילתן כו', "וארשת שפתיו בל מנעת סלה", פירוש והשי"ת שומע תפילתו של הצדיק, ולא עוד אלא "כי תקדמנו ברכות טוב", פירוש וקודם שיתפלל עדיין, הוא מקדים כל ברכות טוב על ידי ש"תשית לראשו עטרת פז", פירוש מחמת שמיד בהתחלת שלש ראשונות הנקראים 'ראש' אתה עושה מהם עטרת פז, ולכן טרם יקרא אתה תענה, כי שם אין צריך לתפילה כנ"ל. וזהו "התהללו בשם", פירוש בעולמות ששם רק תהילה, וממילא "ישמח לב מבקשי ה'" מיד קודם שיתפללו.

Et telle est l'explication de "Tu lui as donné le désir de son cœur" : car le désir et l'aspiration du tsadik sont toujours que tout Israël soit comblé et rassasié de tout bien ; et le Saint béni soit-Il place ces désirs dans le cœur du tsadik afin qu'il prie devant Lui, car le Saint béni soit-Il désire leur prière, etc. "Et Tu n'as pas refusé l'expression de ses lèvres, sela" - explication : et le Saint béni soit-Il entend la prière du tsadik.

Et non seulement cela, mais "car Tu le préviens de bénédictions de bien" - explication : avant même qu'il ait prié, Il fait précéder toutes les bénédictions de bien, par le fait que "Tu poses sur sa tête une couronne d'or fin" (Psaumes 21,4) - explication : parce que, dès le commencement des trois premières [bénédictions], appelées "roch" (tête), Tu en fais aussitôt une couronne d'or fin ; et c'est pourquoi, avant qu'il appelle, Tu réponds, car là il n'est pas besoin de prière, comme ci-dessus. Et c'est [le sens de] "glorifiez-vous de Son Nom saint" (Psaumes 105,3) - explication : dans les mondes où il n'y a que louange (tehila) ; et par conséquent "que se réjouisse le cœur de ceux qui cherchent ה'", aussitôt, avant même qu'ils prient.

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