נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayigash (2/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et il envoya Juda devant lui, pour indiquer devant lui vers Gochen » (Berechit 46,28) : Rachi y voit une maison d'étude d'où sort l'enseignement. Le Noam Elimele'h rapporte le Midrach : Pharaon écrivit Gochen dans la ketouba de Sara. Avraham répare les exils d'Égypte et de Babylone par « dis donc que tu es ma sœur » : la Che'hina, Sara, est saisie deux fois, et Gochen lui reste un lieu de sainteté. Its'hak institue la subsistance dans l'exil d'Édom : « dis de moi : il est mon frère », et Rébécca n'est pas prise. Yaakov s'attache à la Che'hina par de bonnes actions et l'étude lichma ; des années de vie seront ajoutées à la venue du Messie.

Aussi : sefer : la Torah est frontière pour s'attacher au Créateur, la Che'hina y réside « aux oreilles de Yehochoua » ; Juda voit la sainteté de Joseph, « de grâce, mon seigneur », oreilles limpides, sainteté face à Pharaon dans la kelipa

‎והנה יש ליתן טעם לשבח מה זה לשון 'ספר', שהתורה נקראת ספר. ונראה שהספר הוא לשון מדינות העומדים על הספר, כמו שהספר שומרת את המדינה שלא יבוא שום שונא על המדינה, ואם צריך אדם למדינה צריך לילך דרך הספר, כך התורה היא הספר שלנו, שהיא משמרת אותנו כו', וכשצריכין אנחנו לדבק עצמינו בהבורא יתעלה, צריכין אנחנו לדבק עצמינו דרך התורה שהיא הספר.

וידוע ד'זאת' נקראת השכינה, וזהו שאמר הקב"ה למשה "כתוב זאת זכרון בספר", ר"ל כשתלמוד בתורה תראה שתשרה השכינה בתורה הנקראת ספר כנ"ל, "ושים באזני יהושע", ר"ל שלא תלמוד התורה עם מי שאין לו אזנים ברורים כמו יהושע, והוא דרך רמז כמו באזני יהושע.

Et voici, il y a lieu de donner une raison à la louange : que signifie ce terme de 'sefer' (ספר, livre), du fait que la Torah est appelée 'sefer' ? Et il semble que 'sefer' soit un terme désignant les contrées qui se tiennent sur la frontière (sfar, ספר) : de même que la frontière garde le pays afin qu'aucun ennemi ne vienne sur le pays, et que si un homme a besoin du pays il lui faut passer par la frontière, ainsi la Torah est notre frontière, elle qui nous garde, etc. ; et lorsque nous avons besoin de nous attacher au Créateur exalté, nous devons nous attacher par la voie de la Torah, qui est la frontière.

Et il est connu que 'zot' (זאת, ceci) désigne la Chekhina (la Présence divine). Et c'est ce que le Saint, béni soit-Il, a dit à Moché : "écris ceci ('zot') en souvenir dans le livre (sefer)" (Exode 17,14), c'est-à-dire : lorsque tu étudieras la Torah, veille à ce que la Chekhina réside dans la Torah appelée 'sefer' comme ci-dessus ; "et mets-le aux oreilles de Josue", c'est-à-dire que tu n'étudies pas la Torah avec celui qui n'a pas des oreilles limpides comme Josue ; et cela est dit par voie d'allusion, comme "aux oreilles de Josue".

‎וזהו ג"כ הפירוש כאן, כי יהודה ראה בראייתו הזכה שזה הוא מדריגת יוסף, אע"פ שלא ידע שזה יוסף עצמו, אעפ"כ ראה והבין בעין השכל קדושתו הגדולה, לפיכך אמר לו "בי אדוני", פירוש דבר עמי, ואם יקשה לך איך אתה יכול לדבר עמי שאני מדבר במדריגתי הגדולה עד מאוד ואיך אפשר שתדבר עמי? לזה אמר לו "ידבר נא עבדך דבר באזני אדוני", פירוש אני רואה שיש לך אזנים ברורים ויכנסו דברי באזניך, " כי כמוך כפרעה", ולכאורה למה לא אמר 'כי אתה כפרעה'? אך הענין כך, אמר לו שהקדושה שלך היא זה לעומת זה של פרעה, כמו שפרעה הוא בקליפה, כן אתה לעומתו בהקדושה, ולכן יודע אני שיכנסו דברי באזניך. והבן.

Et c'est aussi l'explication ici. Car Juda vit, par sa vision limpide, que tel était le degré de Joseph ; bien qu'il ne sût pas que c'était Joseph lui-même, il vit et comprit malgré tout, avec l'œil de l'intellect, sa grande sainteté.

C'est pourquoi il lui dit "de grâce (bi, littéralement 'en moi'), mon seigneur" (Genèse 44,18), dont l'explication est : parle avec moi. Et si tu objectes : comment peux-tu parler avec moi, alors que je parle depuis mon degré extrêmement grand, et comment est-il possible que tu parles avec moi ?

À cela il lui dit : "que ton serviteur dise donc une parole aux oreilles de mon seigneur", c'est-à-dire : je vois que tu as des oreilles limpides et que mes paroles entreront dans tes oreilles ; "car comme toi, ainsi Pharaon" (ki khamokha khe-Pharo). Et à première vue, pourquoi n'a-t-il pas dit 'car toi, tu es comme Pharaon' ?

Mais la chose est ainsi : il lui dit que ta sainteté est 'celle-ci en face de celle-là' (ze leoumat ze) à l'égard de Pharaon : de même que Pharaon est dans la kelipa (l'écorce, la force d'impureté), ainsi toi tu es en face de lui dans la sainteté ; c'est pourquoi je sais que mes paroles entreront dans tes oreilles. Et comprends.

ואת יהודה שלח לפניו להורות לפניו גושנה. פירש רש"י ז"ל "לתקן שם בית תלמוד שמשם תצא הוראה", נראה לפרש דאיתא במדרש "בשעה שלקח פרעה את שרה והחזיר אותה לאברהם כתב לה ארץ גושן בכתובתה".

"Et il envoya Juda devant lui, pour indiquer devant lui vers Gochen" (Genèse 46,28). Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : "pour y établir une maison d'étude, d'où sortirait l'enseignement (horaa)".

Il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : car il est enseigné dans le Midrach : "à l'heure où Pharaon prit Sara et la rendit à Abraham, il lui écrivit le pays de Gochen dans sa ketouba (son contrat de mariage)".

‎ואגב נבאר הענין שאמר אברהם אבינו ע"ה לשרה "אמרי לי אחותי את וחיתה נפשי בגללך ותוקח האשה בית פרעה כו'", ואח"כ באבימלך חזר ואמר לה "אמרי לי אחותי את וישלח אבימלך ויקח את שרה", ויצחק אמר אל רבקה "אמרי לי אחי הוא", וכתיב "וישקף אבימלך והנה יצחק מצחק את רבקה אשתו", לכאורה יש להבין הענין מה שנלקחה שרה שני פעמים לפרעה ולאבימלך, ואצל יצחק נתוודע לאבימלך שהיא אשתו ולא לקחה, גם השינוי לשון שאמר לה 'אמרי לי אחי הוא' ולא אמר כאברהם.

Et en passant, expliquons le sujet de ce qu'Abraham notre père, la paix sur lui, dit à Sara : "dis donc que tu es ma sœur, afin que mon âme vive grâce à toi", "et la femme fut prise dans la maison de Pharaon, etc." (Genèse 12,13-15) ; puis, ensuite, chez Abimélekh, il redit encore : "dis donc que tu es ma sœur", "et Abimélekh envoya et prit Sara" (Genèse 20,2). Et Its'hak dit à Rebecca : "dis de moi : il est mon frère" ; et il est écrit : "et Abimélekh regarda, et voici Its'hak qui se réjouissait avec Rebecca sa femme" (Genèse 26,7-8).

À première vue il y a lieu de comprendre la chose : pourquoi Sara fut-elle prise deux fois, par Pharaon et par Abimélekh, tandis que chez Its'hak il fut fait connaître à Abimélekh qu'elle était sa femme et qu'il ne la prit pas ? Et aussi le changement de langage, qu'il lui dit 'dis de moi : il est mon frère' et qu'il ne dit pas comme Abraham.

‎אך הענין הוא, שהתורה רמזה לנו האיך אבותינו הקדושים נתנו דעתם עלינו, ולתקן לנו להיות לנו קיום בגלותינו, דהיינו אברהם תיקן עול ב' גלויות, דהיינו גלות מצרים וגלות בבל, וזהו "ויהי כאשר הקריב לבא מצרימה", ר"ל כאשר ראה שגלות מצרים היא קרובה לבוא כמו שאמר לו השי"ת ידוע תדע כו', התחיל אברהם להתפלל שיהיה לנו קיום בגלות, שתהיה השכינה עמנו, וזהו שאמר אברהם "אמרי לי אחותי את", ע"ד שפירש האלשיך הקדוש על פסוק "מי יתנך כאח לי כו' אמצאך בחוץ אשקך גם לא יבוזו לי", פירש ע"ד המשל, דהנה אהבת איש לאשתו אין אהבתו בפרסום לכל לחבקה ולנשקה בשוק כי בוז יבוזו לו, אבל אהבת אח לאחותו גם אם יחבקנה וינשקנה בשוק לא יבוזו לו, וזהו "מי יתנך כאח לי", כנסת ישראל אמרה מי יתנך כו', ע"ש הלשון. וי"ל לפי דרכינו הפירוש כך, "אמצאך בחוץ" הוא רמז על הגלות, השכינה אומרת לישראל "מי יתנך כאח לי אמצאך בחוץ" ר"ל בגלות בחוץ לארץ, "אשקך כו'", דהנה בזמן שישראל שרויים על אדמתם השכינה נקראת "אשה בעולת בעל", ולא כן בחוץ לארץ, וזהו מי יתנך כאח לי עכ"פ, וז"ש אברהם "אמרי לי אחותי את", ר"ל שאמר אל השכינה אמרי לי אחותי את בגלות מצרים.

Mais la chose est ainsi : la Torah nous a fait allusion à la manière dont nos saints Pères ont porte leur attention sur nous, et ont institué pour nous d'avoir subsistance dans notre exil. À savoir : Abraham répara le joug de deux exils, l'exil d'Égypte et l'exil de Babylone.

Et c'est "et il advint, comme il approchait d'entrer en Égypte" (Genèse 12,11), c'est-à-dire : lorsqu'il vit que l'exil d'Égypte était proche de venir, comme le Nom, béni soit-Il, le lui avait dit "sache bien, etc." (Genèse 15,13), Abraham se mit à prier pour que nous ayons subsistance dans l'exil, pour que la Chekhina soit avec nous. Et c'est ce qu'Abraham dit : "dis donc que tu es ma sœur", selon ce qu'a expliqué le saint Alchikh sur le verset "qui te donnerait d'être pour moi comme un frère, etc. ; je te trouverais dehors, je t'embrasserais, et l'on ne me mépriserait pas" (Cantique 8,1).

Il a expliqué par voie de parabole : voici, l'amour d'un homme pour sa femme, son amour ne se manifeste pas publiquement devant tous au point de l'étreindre et de l'embrasser sur la place, car on le mépriserait ; mais l'amour d'un frère pour sa sœur, même s'il l'étreint et l'embrasse sur la place, on ne le méprisera pas. Et c'est "qui te donnerait d'être pour moi comme un frère" : c'est l'Assemblée d'Israël (Kenesset Israël) qui a dit "qui te donnerait, etc." ; vois-y le texte.

Et l'on peut dire, selon notre voie, que l'explication est ainsi : "je te trouverais dehors" est une allusion à l'exil ; la Chekhina dit à Israël "qui te donnerait d'être pour moi comme un frère, je te trouverais dehors", c'est-à-dire dans l'exil, hors de la Terre, "je t'embrasserais, etc.". Car voici, au temps où Israël demeure sur sa terre, la Chekhina est appelée "femme mariée à un mari" (Genèse 20,3), et il n'en va pas ainsi hors de la Terre ; et c'est 'qui te donnerait d'être pour moi comme un frère', à tout le moins.

Et c'est ce qu'a dit Abraham : "dis donc que tu es ma sœur", c'est-à-dire qu'il dit à la Chekhina : dis-moi que tu es ma sœur dans l'exil d'Égypte.

‎ואח"כ באבימלך אמר ג"כ "אמרי לי אחותי כו'", רמז על גלות בבל, ובאותן ב' גלויות היה כח לפרעה ולנבוכדנצר שהיו עושין עצמן אלקות, מחמת שבמצרים היו עובדי ע"ז בישראל כדאיתא בגמרא "הללו עובדי ע"ז והללו כו'", ובגלות בבל היה להם נשים נכריות, וגם שהשתחוו לצלם ונתנו כח לאלקותם, והוא גלות השכינה 'עבד כי ימלוך ושפחה כי תירש גבירתה', וזה רמז שנלקחה שרה, היא השכינה הנקראת 'שרה', ונלקחה ב' פעמים לפרעה ולאבימלך, שנתפשה ונאחזה השכינה ב' פעמים, ואברהם אבינו ע"ה היה רוצה לתקן גם גלות בבל, ע"ד שפרשתי כבר לעיל שאברהם קראו לבית המקדש 'הר', שרמז על מקדש שנחרב. וזה הענין נתינת גושן לכתובת שרה, רמז אף שנתפשה השכינה אל פרעה, אעפ"כ נשאר לה מקום קדושה לאחוז בקדושה בארץ גושן.

ונמצא זה רמז בלקיחת שרה ב' פעמים והחזירה, דהיינו ע"ד 'חיל בלע ויקיאנו'.

Et ensuite, chez Abimélekh, il dit lui aussi "dis donc que tu es ma sœur, etc." : allusion à l'exil de Babylone. Et dans ces deux exils, Pharaon et Nabuchodonosor eurent la force de se faire eux-mêmes divinités, parce qu'en Égypte il y avait parmi Israël des adorateurs d'idoles, comme il est enseigné dans la guemara : "ceux-ci sont des adorateurs d'idoles et ceux-là, etc." ; et dans l'exil de Babylone ils avaient des femmes étrangères, et de plus ils se prosternèrent devant la statue et donnèrent force à leur divinité.

Et c'est l'exil de la Chekhina : 'un esclave lorsqu'il règne, et une servante lorsqu'elle hérite de sa maîtresse' (Proverbes 30,22-23). Et c'est l'allusion contenue dans le fait que Sara fut prise : elle est la Chekhina, qui est appelée 'Sara', et elle fut prise deux fois, par Pharaon et par Abimélekh, car la Chekhina fut saisie et retenue deux fois.

Et Abraham notre père, la paix sur lui, voulait réparer aussi l'exil de Babylone, selon ce que j'ai déjà expliqué plus haut, qu'Abraham a appelé le Temple 'montagne' (har), ce qui fait allusion au Temple qui fut détruit. Et c'est le sens du don de Gochen pour la ketouba de Sara : allusion à ce que, bien que la Chekhina ait été saisie par Pharaon, malgré tout il lui est resté un lieu de sainteté où se tenir dans la sainteté, au pays de Gochen.

Et il se trouve que cela est fait allusion dans la prise de Sara deux fois et son retour, à savoir selon 'il a englouti une fortune, il la vomira' (Job 20,15).

‎ויצחק אבינו ע"ה תיקן לנו להיות לנו קיום בגלות השלישי הוא גלות אדום, וז"ש "אמרי לי אחי הוא" ולא אמר כאברהם 'אמרי לי אחותי את', מחמת שעתה בגלות המר הזה, אף שקשה עלינו השעבוד ועול הגלות, אעפ"כ השכינה היא בינינו ויש בנו כח לדבק עם השכינה, וזה רמז שלא נלקחה רבקה לאבימלך, לרמז על השכינה הנקראת 'רבקה' לא נלקחה, רצה לומר שאין להם אחיזה בה, ואמר לה "אמרי לי אחי", ר"ל שהשכינה תשתעשע עמנו כמו אח, וזהו "ויהי כי ארכו לו הימים", ר"ל אחר שאנחנו בגלות המר הזה ימים רבים, "וישקף אבימלך בעד החלון", רמז ע"פ מה דאיתא בספרים אצל סיסרא "ונשקפה בעד החלון", ואיתא בספרים שהיה לה ראיה על זה שנתפס במלחמה, וזהו ג"כ הפירוש כאן "וישקף אבימלך", ר"ל שגם החיצוניים יש להם ראיה על זאת ש"הנה יצחק מצחק את רבקה אשתו", שהם רואים שגם בגלות המר יש לנו שעשועים עם השכינה ואנחנו דבוקים בה והיא בנו.

Et Its'hak notre père, la paix sur lui, a institué pour nous d'avoir subsistance dans le troisième exil, qui est l'exil d'Edom. Et c'est ce qu'il dit : "dis de moi : il est mon frère", et il n'a pas dit comme Abraham 'dis donc que tu es ma sœur', parce que maintenant, dans cet exil amer, bien que l'asservissement et le joug de l'exil nous soient pénibles, malgré tout la Chekhina est parmi nous et il y a en nous la force de nous attacher à la Chekhina.

Et c'est l'allusion contenue dans le fait que Rébécca ne fut pas prise par Abimélekh : pour faire allusion à ce que la Chekhina, appelée 'Rébécca', ne fut pas prise, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas de prise sur elle ; et il lui dit "dis de moi : il est mon frère", c'est-à-dire que la Chekhina se délectera avec nous comme un frère. Et c'est "et il advint que les jours se prolongèrent pour lui" (Genèse 26,8), c'est-à-dire : après que nous sommes dans cet exil amer depuis de longs jours ; "et Abimélekh regarda par la fenêtre" : allusion selon ce qui est rapporté dans les livres à propos de Sisra, "elle regarda par la fenêtre" (Juges 5,28), et il est rapporté dans les livres qu'elle eut à ce sujet une vision, qu'il avait été pris à la guerre.

Et c'est aussi l'explication ici, "et Abimélekh regarda", c'est-à-dire que les forces extérieures (hitsonim) elles aussi ont une vision de ceci, que "voici Its'hak qui se réjouit avec Rébécca sa femme" : car ils voient que même dans l'exil amer nous avons des délices avec la Chekhina, que nous sommes attachés à elle et qu'elle est en nous.

‎וזהו "ותאמר שרה צחוק עשה לי אלקים כל השומע יצחק לי", דיצחק רמז על הגלות, שהוא אותיות קץ חי, שאנחנו קצים בחיינו בגלות המר, ואומרת השכינה "כל השומע", ר"ל מי שישמע לי להחזיק בי ובקדושתי, "[ישחק לי]", יכול לבא לידי שחוק ושמחה וחדוה וקדושה גם בגלות המר.

Et c'est "et Sara dit : Elokim m'a fait un rire ; quiconque l'entendra rira de moi" (Genèse 21,6). Car 'Yitshak' (יצחק) fait allusion à l'exil, étant les lettres de 'kets haï' (קץ חי, dégoût de la vie), car nous avons notre vie en dégoût dans l'exil amer.

Et la Chekhina dit : "quiconque l'entendra", c'est-à-dire celui qui m'écoutera pour s'attacher fermement à moi et à ma sainteté, "[rira de moi]", il peut parvenir au rire, à la joie, à l'allégresse et à la sainteté, même dans l'exil amer.

‎וזהו "מאימתי קורין את שמע (בערבית)", ר"ל אימתי אפשר לנו שנהיה יכולים לקרות להשי"ת שישמע לנו את כל תפילותינו "בערבית", ר"ל בגלות המר שהוא חושך וערב לילה, "בשעה שהכהנים נכנסים לאכול בתרומתם", פירוש הכהנים היינו צדיקים, בשעה שיכנסו במדריגה זאת לשאוב קדושה ודביקות, 'בתרומתם', שיעלו את השכינה, שרמז "תרומה" - תרו"ם ה"א, וזה נקרא אכילה, ע"ד שנאמר באברהם אבינו ע"ה "והוא עומד עליהם תחת העץ (ויאכלו)", דהמלאכים לא נתנה להם תורה, וכשבאו אצל אברהם שהיו שומעים מפיו דברי תורה שהוא עץ החיים, "ויאכלו", פירוש הקדושה הזאת שהיו שואבים היתה אכילתם. ומקשה הגמרא "מכדי כהנים אימת אוכלים בתרומה (משעת צאת הכוכבים)", ר"ל אימת יהיה המדריגה זאת שיהיו שואבים קדושה ודביקות גמור? "משעת צאת הכוכבים", פירוש כשיבוא משיח צדקינו ויתנשא מזלם של ישראל, ע"ד 'דרך כוכב מיעקב' שזה רמז על משיח צדקינו שיבוא במהרה, "ליתני צאת הכוכבים", כי גם שעה שהכהנים נכנסים לאכול בתרומתם היא בשעת צאת הכוכבים כנ"ל, ומשני "מלתא אגב אורחא קמ"ל", פירוש התנא משמיענו שע"י שילך אדם באורח מישור בדרכי ה' ותורתו הקדושה, וזהו אגב אורחא, ר"ל אגב שילך באורחות הצדיקים, יכול ג"כ לשאוב קדושה גדולה ולהגיע לרוח הקודש גם עתה בגלות, וזהו "אימת הכהנים כו' משעת צאת הכוכבים", ר"ל באמת עיקר הקדושה והדביקות יהיה אי"ה בביאת משיח צדקינו, אז יהיה עיקר הקדושה ע"י 'תרומה' - תרו"ם ה"א, ואז יהיה שפה ברורה יחד בקדושה ודביקות, "והא קמ"ל ביאת שמשו מעכבתו מלאכול בתרומה", פירוש זה שאינו הולך באמת בדרכי ה', שאין לו בהירות השמש, דהיינו הקדושה, זה מעכבו מלאכול בתרומה, "ואין כפרתו כו'", ר"ל 'כפרה' רמז על ביאת משיח שהוא ע"י תשובה וכפרה על עוונותינו כדאיתא בזוהר הקדוש דבתשובה תליא מלתא, זה "אין מעכבו מלאכול בתרומה", דהיינו לשאוב הקדושה והדביקות, כי גם בגלות המר, אם יחזיק בעבודתו יתברך וישוב בתשובה שלימה על עוונותיו לתקן את כל איבריו וגידיו לקדש ולטהר אותם במאכלים כשרים, ושלא להכניס לתוך מעיו מאכלים אסורים, ויקדש אבריו בכל אופנים, יזכה גם עתה בגלות לידי רוח הקודש.

Et c'est "à partir de quand récite-t-on le Chema (le soir)" (Berakhot 2a), c'est-à-dire : à partir de quand nous est-il possible d'appeler le Nom, béni soit-Il, pour qu'Il entende toutes nos prières "le soir (be-arvit)", c'est-à-dire dans l'exil amer, qui est ténèbres et soir de nuit ? "À l'heure où les kohanim entrent pour manger de leur prélèvement (terouma)" : l'explication est que les kohanim, ce sont les tsadikim ; à l'heure où ils entrent dans ce degré-là pour puiser sainteté et attachement (devekout), 'de leur terouma', c'est-à-dire qu'ils élèvent la Chekhina, car 'terouma' (תרומה) fait allusion à 'tarom hé' (תרום הא, ils élèveront la lettre hé).

Et cela s'appelle 'manger', selon ce qui est dit d'Abraham notre père, la paix sur lui : "et il se tenait auprès d'eux sous l'arbre (et ils mangèrent)" (Genèse 18,8) ; car aux anges la Torah n'a pas été donnée, et lorsqu'ils vinrent chez Abraham et qu'ils entendaient de sa bouche des paroles de Torah, qui est l'arbre de vie, "et ils mangèrent" : l'explication est que cette sainteté qu'ils puisaient était leur nourriture. Et la guemara objecte : "or, quand donc les kohanim mangent-ils de la terouma ?

(à partir de la sortie des étoiles)", c'est-à-dire : quand sera ce degré où ils puiseront sainteté et attachement parfait ? "À partir de la sortie des étoiles" : l'explication est, lorsque viendra le Messie notre juste et que se relèvera la fortune (mazal) d'Israël, selon 'une étoile s'avance de Yaakov' (Nombres 24,17), ce qui fait allusion au Messie notre juste, qui viendra promptement.

"Qu'il enseigne donc : la sortie des étoiles" : car l'heure où les kohanim entrent pour manger de leur terouma est elle aussi à l'heure de la sortie des étoiles, comme ci-dessus. Et il répond : "il nous enseigne une chose en passant (milta agav ourha)", l'explication étant que le tana nous fait entendre que, du fait que l'homme marche sur un sentier droit dans les voies de ה' et de Sa sainte Torah - et c'est 'agav ourha', c'est-à-dire du fait qu'il marchera sur les sentiers des tsadikim - il peut lui aussi puiser une grande sainteté et parvenir à l'esprit saint (roua'h hakodech) même maintenant, dans l'exil.

Et c'est "quand les kohanim, etc. ? À partir de la sortie des étoiles", c'est-à-dire : en vérité l'essentiel de la sainteté et de l'attachement sera, s'il plaît à Dieu, à la venue du Messie notre juste ; alors l'essentiel de la sainteté se fera par 'terouma', 'tarom hé' ; et alors il y aura une langue limpide, ensemble, dans la sainteté et l'attachement.

"Et voici ce qu'il nous enseigne : le coucher de son soleil l'empêche de manger de la terouma" : l'explication est que celui qui ne marche pas véritablement dans les voies de ה', qui n'a pas la clarté du soleil, c'est-à-dire la sainteté, cela l'empêche de manger de la terouma. "Et son expiation ne l'empêche pas, etc.", c'est-à-dire que 'l'expiation (kapara)' fait allusion à la venue du Messie, laquelle se fait par la techouva (le retour) et l'expiation de nos fautes, comme il est rapporté dans le saint Zohar que la chose dépend du retour ; cela "ne l'empêche pas de manger de la terouma", c'est-à-dire de puiser la sainteté et l'attachement.

Car même dans l'exil amer, s'il s'affermit dans le service du Nom, béni soit-Il, et revient d'un retour parfait sur ses fautes, pour réparer tous ses membres et tous ses tendons, les sanctifier et les purifier par des aliments cachers, et pour ne pas faire entrer dans ses entrailles des aliments interdits, et s'il sanctifie ses membres de toutes manières, il méritera, même maintenant dans l'exil, de parvenir à l'esprit saint.

‎וזהו דאמרינן "תפילות אבות תקנום" ואיתא "כנגד תמידין תקנו", והכל אחד, דאברהם תיקן תפילת השחר ויצחק תפילת מנחה והן כנגד תמידין, "את הכבש אחד תעשה בבוקר כו'", דהיינו שהם תיקנו לנו שיהיה לנו קיום בגלות ע"י כבשא דרחמנא, דהיינו סודות התורה ואורות גדולים שנלך בהם להגות בהם תמיד יומם ולילה, ויעקב תיקן תפלת ערבית כנגד אברים ופדרים, רמז אחר שנתקן את אברי[נ]ו החיצונים והפנימים במאכלים כשרים כנ"ל, נוכל ג"כ להתקיים ולאחוז בהקדושה.

Et c'est ce que nous disons : "les prières, ce sont les Pères qui les ont instituées" (Berakhot 26b), et il est enseigné aussi "c'est en correspondance des sacrifices perpétuels (temidin) qu'on les a instituées" ; et tout est un. Car Abraham a institué la prière du matin et Its'hak la prière de minha, et elles correspondent aux temidin : "tu feras l'un des agneaux (kevess) le matin, etc." (Nombres 28,4) ; c'est-à-dire qu'ils ont institué pour nous d'avoir subsistance dans l'exil par 'kivcha derahamana' (ce qui est caché du Miséricordieux), a savoir les secrets de la Torah et les grandes lumières, dans lesquels nous marchons pour les méditer toujours, jour et nuit.

Et Yaakov a institué la prière du soir, en correspondance des membres et des graisses (évarim ou-fedarim) : allusion à ce qu'après que nous aurons réparé nos membres extérieurs et intérieurs par des aliments cachers comme ci-dessus, nous pourrons nous aussi subsister et nous tenir à la sainteté.

‎היוצא לנו מזה, שאנחנו צריכין לדבק עצמינו בהשכינה הקדושה ע"י מעשים טובים, וע"י התורה הקדושה ללמדה לשמה. וזהו "ואת יהודה", רמז לשם הקדוש, שם הויה ב"ה וב"ש, "שלח להורות לפניו גושנה", דשם היה מקום וחלק בשכינה, שורש שכינתא, כאשר פרשנו דברי המדרש שנתן לה לכתובתה, והיינו שיעקב אבינו ע"ה היה מדבק עצמו בהשכינה ע"י מעשיו הטובים שהיה מקדש עצמו לשמו הגדול, וזהו שפירש רש"י "לתקן לו בית תלמוד", ר"ל שיהיה הלימוד מתוקן לשמה, "שמשם תצא הוראה", ועי"ז אנחנו חיים וקיימים בגלות המר הזה.

Ce qui en ressort pour nous, c'est que nous devons nous attacher à la sainte Chekhina par de bonnes actions et par la sainte Torah, en l'étudiant pour elle-même (lichma). Et c'est "et Juda" : allusion au Nom saint, le Nom Havaya (le Tétragramme, dont les lettres sont contenues dans 'Yehouda', יהודה), béni soit-Il et béni soit Son Nom ; "il l'envoya pour indiquer devant lui vers Gochen", car là se trouvait un lieu et une part dans la Chekhina, la racine de la Chekhina (chorèch chekhinta), comme nous avons expliqué les paroles du Midrach, qu'il la lui donna pour sa ketouba.

Et cela signifie que Yaakov notre père, la paix sur lui, s'attachait à la Chekhina par ses bonnes actions, en se sanctifiant pour Son grand Nom. Et c'est ce qu'a expliqué Rachi : "pour lui établir une maison d'étude", c'est-à-dire que l'étude soit réparée pour elle-même (lichma) ; "d'où sortirait l'enseignement" ; et par cela nous vivons et subsistons dans cet exil amer.

‎וזהו "כי בי ירבו ימיך", ר"ל אם ירבו ימיך בגלות חלילה, ויהיה באופן שתהיו דבוקים בי כנ"ל, אזי "ויוסיפו לך שנות חיים", דאיתא בגמרא "שיתא אלפי שני הוי כו' שני אלפים ימות המשיח, ובעו"ה יצאו מה שיצאו", ומבשר לנו הכתוב שיתוספו לנו השנים אי"ה בביאת משיחנו במהרה, דהיינו ששנה אחת יתגדל ויאריך כמו שנים הרבה, ושנות חיים ושלום יוסיפו לנו בגאולתינו קרובה במהרה בימינו. אמן כן יהי רצון.

Et c'est "car par moi (bi) tes jours se multiplieront" (Proverbes 9,11), c'est-à-dire : si tes jours se multiplient dans l'exil, à Dieu ne plaise, et que ce soit de telle manière que vous soyez attachés à moi comme ci-dessus, alors "et l'on t'ajoutera des années de vie". Car il est enseigné dans la guemara : "six mille ans dure le monde, etc. ; deux mille, les jours du Messie ; et par nos nombreuses fautes, il en est sorti ce qui en est sorti" (Sanhédrin 97a).

Et l'Écriture nous annonce que les années nous seront ajoutées, s'il plaît à Dieu, à la venue de notre Messie, promptement : à savoir qu'une seule année grandira et s'allongera comme de nombreuses années ; et des années de vie et de paix nous seront ajoutées lors de notre délivrance proche, promptement et de nos jours. Amen, qu'ainsi soit Sa volonté.

💬
✉ Signaler une erreur de traduction