« Et Juda s'approcha de lui » (Berechit 44,18). Le Noam Elimele'h introduit « et selon Ta crainte, Ton courroux » (Tehilim 90,11) : nulle crainte ne s'applique au Créateur ; Il craint que l'homme ne pèche, par amour, pour lui faire du bien en sa fin. Le châtiment vient de cet amour : Il affine par les souffrances afin qu'il reçoive le bien du monde à venir. L'homme s'attache à Ses attributs : crainte issue de l'amour, car la crainte vise ce que les yeux voient, et l'amour est dans le cœur. On compte les jours par le Chabbat pour que la crainte procède de l'amour ; « de grâce, mon seigneur » enseigne que la rigueur d'Adonaï est pour son bien.
Aussi : le tsadik s'approche, pensée tantôt comme les tsadikim, tantôt comme Pharaon (kelipa) ; Yaakov adoucit Elokim et ne s'interrompt que d'un cinquième ; approche pour la guerre et la prière, oreilles de Yehochoua.
ויגש אליו יהודה ויאמר בי אדוני. נקדים לפרש הפסוק בתהלים "וכיראתך עברתך כו'", דהנה הבורא ב"ה אין שייך בו שום יראה, רק היראה הזאת יש לו להשם יתעלה שמתיירא שלא יחטא האדם, מחמת אהבתו שאוהב את האדם להטיבו באחריתו, כי דרכו יתברך להטיב לכל ברואיו ולכן מתירא שלא יחטא, ונמצא יראת הבורא ב"ה היא יראה מתוך אהבה, וכן העונש שמעניש לאדם הוא ג"כ מחמת שרוצה להטיב באחריתו הוא מצרפו ביסורין בעוה"ז כדי שיוכל לקבל הטוב לעוה"ב, וזהו "וכיראתך עברתך", פירוש כמו שהיראה שלך היא מתוך אהבת האדם, כן עברתך שאתה מעניש לאדם הוא ג"כ מחמת אהבה להטיבו באחריתו.
"Et Juda s'approcha de lui et dit : de grâce, mon seigneur" (Genèse 44,18). Introduisons l'explication du verset des Psaumes : "et selon Ta crainte, Ton courroux, etc." (Psaumes 90,11).
Car voici, au Créateur, béni soit-Il, aucune crainte ne saurait s'appliquer ; seulement, cette crainte-ci se trouve chez le Nom exalté : Il craint que l'homme ne pèche, à cause de l'amour dont Il aime l'homme, pour lui faire du bien en sa fin. Car c'est Sa voie, béni soit-Il, de faire du bien à toutes Ses créatures, et c'est pourquoi Il craint que l'homme ne pèche.
Il se trouve donc que la crainte du Créateur, béni soit-Il, est une crainte issue de l'amour. Et de même le châtiment dont Il punit l'homme est lui aussi motivé par le fait qu'Il veut lui faire du bien en sa fin : Il l'affine par les souffrances en ce monde-ci afin qu'il puisse recevoir le bien du monde à venir.
Et c'est "et selon Ta crainte, Ton courroux" : l'explication est que, de même que Ta crainte procède de l'amour de l'homme, ainsi Ton courroux, lorsque Tu punis l'homme, procède lui aussi de l'amour, pour lui faire du bien en sa fin.
"למנות ימינו כן הודע", כי האדם צריך לדבק במדותיו יתברך, כמו שהשי"ת יראתו מתוך אהבה, כן האדם צריך להיות ירא [יראה] כזו מחמת אהבת הבורא יתעלה, שיעלה מורא על ראשו לחטוא מחמת אהבה שאוהב להבורא ב"ה והאיך יחטא ויפריד אהבתו ממנו חלילה, כי השורש הדבר הוא שיראה אין שייך אלא ממה שעיניו רואות, אבל ממה שאינו נראה אין שייך יראה כי ממה מתירא, אבל אהבה היא בלב ובלב יכול לצייר [ל]עצמו אפילו דבר שאינו נראה כלל, ולכן הבורא ב"ה בוודאי הרואה ואינו נראה וצריך האדם לצייר בלבו את גודל ממשלתו ונוראותיו ונפלאותיו ית', ועי"ז יבוא לו אהבה רבה בלבו להבורא ית', ומה גם שבמחשבה יכול האדם להשיג השגות גדולות לאין קץ, כי המחשבה היא ג"כ אין סוף, וא"כ צריך האדם לקשר עצמו בעבותות אהבה ומתוך אהבה יהיה לו היראה לחטוא חלילה פן יפריד אהבה חלילה.
"Compter nos jours, fais-le ainsi savoir" (Psaumes 90,12). Car l'homme doit s'attacher à Ses attributs, béni soit-Il : de même que la crainte du Nom, béni soit-Il, procède de l'amour, ainsi l'homme doit avoir une crainte pareille, à cause de l'amour du Créateur exalté ; que la crainte de pécher monte sur sa tête à cause de l'amour dont il aime le Créateur, béni soit-Il - car comment pécherait-il et séparerait-il de Lui son amour, à Dieu ne plaise ?
Car la racine de la chose est que la crainte ne s'applique qu'à ce que les yeux voient ; mais de ce qui n'est pas vu la crainte ne s'applique pas, car de quoi craindrait-il ? Tandis que l'amour est dans le cœur, et dans le cœur l'homme peut se représenter même une chose qui n'est aucunement visible.
C'est pourquoi le Créateur, béni soit-Il, est assurément Celui qui voit et n'est pas vu, et l'homme doit se représenter en son cœur la grandeur de Sa domination, Ses redoutables merveilles et Ses prodiges, béni soit-Il ; et par cela lui viendra un grand amour en son cœur pour le Créateur, béni soit-Il. D'autant plus que par la pensée l'homme peut atteindre des saisies (hassagot) grandes et sans fin, car la pensée elle aussi est sans fin (ein sof).
S'il en est ainsi, l'homme doit se lier lui-même par les liens de l'amour, et de l'amour lui viendra la crainte de pécher, à Dieu ne plaise, de peur qu'il ne sépare l'amour, à Dieu ne plaise.
וזהו פירוש "את שבתותי תשמורו", ולכאורה היה לו לומר את שַבָתִי תשמרו [ו]מה זה כפל התוו"ין? ונראה כי השבת הוא רק אהבה, והאדם צריך לקשר ימי החול בשבת, כי ימי החול הם יראה וכתבנו שהיראה צריכה להיות מתוך אהבה, ולכן מטעם זה אנו מונים ימי החול ע"י השבת - "היום יום ראשון בשבת", וכן כל יום ויום, כדי לקשר השבת בימי החול, שגם בימי החול יהיה אהבה ויהיה יראה מתוך אהבה, וכשהיראה היא מתוך אהבה אזי גם ימי החול נקראים שבת כי הם גם כן מדרגות אהבה, אבל אינם כמו השבת עצמו, כי השבת הוא רק אהבה לבד אבל ימי החול הם יראה מחמת אהבה, וזה נקרא מקצת שבת. וזה רמז בפסוק "את שבתותי כו'", ר"ל שני שבתות, היינו ימי החול ויום השבת, כי ימי החול נקראין ג"כ שבת כנ"ל, ומרמז ימי החול בכפל התווין להראות שאינם כמו שבת עצמו שהוא כולו אהבה, "תשמורו" רמז על המחשבה כמו 'ואביו שמר את הדבר', דהיינו דעיקר אהבה היא במחשבה בלב כנ"ל, והיוצא לנו מזה שאנחנו צריכין לקשר ימי החול בשבת כדי להמשיך אהבה משבת על ימי החול ויהיה יראה מתוך אהבה.
Et c'est l'explication de "vous garderez Mes chabbats" (Lévitique 19,3). À première vue il aurait fallu dire "vous garderez Mon chabbat" (chabati) ; pourquoi ce redoublement des lettres tav (dans שבתותי) ?
Et il semble que le chabbat n'est qu'amour, et que l'homme doit lier les jours de la semaine au chabbat ; car les jours de la semaine sont crainte, et nous avons écrit que la crainte doit procéder de l'amour. C'est pour cette raison que nous comptons les jours de la semaine par le chabbat - "aujourd'hui est le premier jour du chabbat", et ainsi chaque jour - afin de lier le chabbat aux jours de la semaine, pour que dans les jours de la semaine aussi il y ait de l'amour et que la crainte procède de l'amour.
Et lorsque la crainte procède de l'amour, alors les jours de la semaine eux aussi sont appelés chabbat, car ils sont eux aussi des degrés d'amour ; mais ils ne sont pas comme le chabbat lui-même, car le chabbat n'est qu'amour seul, tandis que les jours de la semaine sont crainte à cause de l'amour, et cela s'appelle une part de chabbat. Et c'est ce qui est suggéré dans le verset "Mes chabbats, etc.", c'est-à-dire deux chabbats, à savoir les jours de la semaine et le jour du chabbat, car les jours de la semaine sont eux aussi appelés chabbat comme ci-dessus ; et il fait allusion aux jours de la semaine par le redoublement des tav, pour montrer qu'ils ne sont pas comme le chabbat lui-même, qui est tout entier amour.
"Vous garderez" (tichmorou) est une allusion à la pensée, comme dans "et son père garda la chose" (Genèse 37,11), c'est-à-dire que l'essentiel de l'amour est dans la pensée, dans le cœur, comme ci-dessus. Et ce qui en ressort pour nous, c'est que nous devons lier les jours de la semaine au chabbat afin d'attirer l'amour du chabbat sur les jours de la semaine, et qu'il y ait une crainte issue de l'amour.
וזהו "למנות ימינו כן הודע", ר"ל שהשי"ת הודיע לנו ברחמיו שנמנה ימי החול עם השבת, היום יום ראשון בשבת כו' כדי שיהיה יראה מתוך אהבה, כמו מדת הקב"ה שיראתו היא מתוך אהבת האדם, וזהו פירוש "בי אדני", ר"ל גם הדין - דשם 'אדני' רמז על הדין - הוא ג"כ לטובתי כנ"ל, "וכיראתך עברתך", והכל הוא לטובה כדי להנחיל שכר טוב לעוה"ב. ברוך ה' לעולם אמן ואמן.
Et c'est "compter nos jours, fais-le ainsi savoir", cela veut dire que le Nom, béni soit-Il, nous a fait savoir dans Sa miséricorde que nous devions compter les jours de la semaine avec le chabbat - "aujourd'hui est le premier jour du chabbat", etc. - afin qu'il y ait une crainte issue de l'amour, à l'image de l'attribut du Saint, béni soit-Il, dont la crainte procède de l'amour de l'homme. Et c'est l'explication de "de grâce (bi, littéralement 'en moi'), mon seigneur (Adonaï)", cela veut dire que la rigueur elle aussi - car le Nom 'Adonaï' fait allusion à la rigueur (din) - est elle aussi pour mon bien, comme ci-dessus ; "et selon Ta crainte, Ton courroux", et tout est pour le bien, afin de faire hériter une bonne récompense pour le monde à venir.
Béni soit ה' pour toujours, amen et amen.
או יאמר "ויגש כו' כי כמוך כפרעה". יש לומר מאחר דסתם הכתוב ולא נאמר אל מי גש רק "אליו" סתמא, נוכל לומר דקאי על הקב"ה, שהצדיק נקרא יהודה והוא מגיש אליו ית"ש בתפילה להתפלל על עצמו, "ויאמר בי אדוני כו' ואל יחר אפך בעבדך", רק תמיד תגדיל חסדך עמי ואל תדקדק אחר מעשי, "כי כמוך כפרעה", פירוש למה תדקדק עמי מאחר שבלתי אפשרי לכונן את מחשבותי לדבר אחד, ולפעמים תחזק מחשבתי לעלות במחשבתי למעלות גדולות העליונים במדריגת צדיקים שהם "כמוך" שהצדיק גוזר והקב"ה מקיים, ולפעמים תחלש מחשבתי ולהבל דמה מעשה תעתועים "כפרעה" שהוא אותיות עור"ף שהיא רמז לקליפה, וכי על זה תפקח עיניך לדקדק אחר מעשי, לכן עשה עמי צדקה וחסד.
וק"ל.
Ou bien on dira : "Et il s'approcha, etc., car tu es comme Pharaon" (Genèse 44,18). On peut dire que, puisque l'Écriture s'exprime de façon indéterminée et ne dit pas de qui il s'approcha, mais seulement "de lui" sans préciser, nous pouvons dire que cela se rapporte au Saint, béni soit-Il : le tsadik est appelé "Juda", et il s'approche de Lui, béni soit Son Nom, par la prière, pour prier sur lui-même.
"Et il dit : de grâce, mon seigneur, etc., et que ta colère ne s'enflamme pas contre ton serviteur" - seulement, accrois toujours Ta bonté envers moi et ne sois pas pointilleux sur mes actes. "Car tu es comme Pharaon" : l'explication est - pourquoi serais-Tu pointilleux avec moi, puisqu'il m'est impossible d'affermir mes pensées sur une seule chose ?
Parfois ma pensée se renforce pour monter en mon esprit vers les grands degrés supérieurs, au niveau des tsadikim qui sont "comme Toi", car le tsadik décrète et le Saint, béni soit-Il, accomplit ; et parfois ma pensée s'affaiblit, et elle se compare à un souffle, une œuvre d'égarements, "comme Pharaon" (פרעה), qui est les mêmes lettres que 'la nuque' (עורף), ce qui fait allusion à la kelipa (l'écorce, la force d'impureté). Est-ce sur cela que Tu ouvrirais les yeux, pour être pointilleux sur mes actes ?
C'est pourquoi agis envers moi avec charité et bonté. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "ויגש אליו יהודה כו'", ונקדים לפרש פסוק [ב]פרשת ויצא, "וידר יעקב כו' לאמר אם יהיה אלקים עמדי כו' וכל אשר תתן לי עשר כו'", והוא תמוה דיעקב אבינו ע"ה מובחר שבאבות יהא מתנה עם השי"ת ב"ה כאשר יעשה לו כל הטובות האמורים בפרשה יתן לו מעשר. אך נ"ל דהנה דוד המלך ע"ה אמר "שמש ומגן ה' אלקים", י"ל הפירוש כמו שהשמש כשהיא מאירה בבהירות גדול, בלתי אפשרי להסתכל בה ולקבל אורה כי אם ע"י מגן, דהיינו חלוני הבית החוצצים בפניה והם להשמש כמו צל, ועי"ז אנו יכולים לקבל הנאת אורה להסתכל בה, כמו כן השם הוי"ה ב"ה וב"ש, מחמת גודל הרחמים והקדושה לא היה באפשרי לקבל השפעות הרחמים הגדולים והקדושה, רק על ידי שם אלקים שהוא הצל להשם הרחמים שם הוי"ה ב"ה, על ידו אנו מקבלים השפעות הרחמים והקדושה, והיינו שהצדיק ממתיק לשם אלקים ומהפכו ומכניסו לרחמים.
וזהו "ה' שומרך ה' צילך" פירוש השומר ישראל הוא השם הוי"ה ב"ה שם הרחמים, "ה' צילך" פירוש וגם הצל שהוא השם אלקים שהוא הצל להשם הוי"ה ב"ה, גם הוא נעשה מדת הרחמים ע"י הצדיק הממתיקו וגם הוא מסכים לשמור אותנו.
Ou bien on dira : "Et Juda s'approcha de lui, etc.". Introduisons l'explication d'un verset de la paracha Vayetse : "Et Yaakov fit un vœu, etc., en disant : si Elokim est avec moi, etc., et de tout ce que Tu me donneras je dîmerai, etc." (Genèse 28,20-22).
Et cela est étonnant : Yaakov notre père, la paix sur lui, le choisi des Patriarches, poserait-il des conditions avec le Nom, béni soit-Il, disant que s'Il lui fait tous les biens énoncés dans la paracha, alors il Lui donnera la dîme ? Mais il me semble que voici : le roi David, la paix sur lui, a dit "car soleil et bouclier sont ה' Elokim" (Psaumes 84,12).
On peut expliquer ainsi : de même que le soleil, lorsqu'il brille d'un grand éclat, il est impossible de le regarder et de recevoir sa lumière si ce n'est au moyen d'un bouclier, c'est-à-dire les fenêtres de la maison qui font écran devant lui et qui sont pour le soleil comme une ombre, et par cela nous pouvons recevoir le plaisir de sa lumière et le regarder ; de même le Nom Havaya (le Tétragramme), béni soit-Il et béni soit Son Nom : à cause de la grandeur de la miséricorde et de la sainteté, il n'était pas possible de recevoir les effusions de la grande miséricorde et de la sainteté, si ce n'est par le Nom Elokim, qui est l'ombre du Nom de la miséricorde, le Nom Havaya, béni soit-Il ; par son intermédiaire nous recevons les effusions de la miséricorde et de la sainteté. Et c'est ainsi que le tsadik adoucit le Nom Elokim, le retourne et le fait entrer dans la miséricorde.
Et c'est "ה' est ton gardien, ה' est ton ombre" (Psaumes 121,5) : l'explication est que le gardien d'Israël est le Nom Havaya, béni soit-Il, le Nom de la miséricorde ; "ה' est ton ombre", l'explication étant : et aussi l'ombre, qui est le Nom Elokim, lequel est l'ombre du Nom Havaya, béni soit-Il, lui aussi devient attribut de miséricorde par le tsadik qui l'adoucit, et lui aussi consent à nous garder.
וזהו שאמר יעקב אבינו ע"ה "אם יהיה אלקים עמדי", דהיינו שיסכים עמדי שאמתיקנו, "ושמרני בדרך כו'" שגם הוא יהיה לי לשומר כנ"ל, "ונתן לי לחם לאכול", דהנה הגשמיות נקראים 'דינים', ולכן ניתן רשות להנות מעוה"ז מעניני גשמי, דהיינו אכילה ושתיה ושאר ענייני גשמי, כדי שהצדיקים ימתיקום ויוציאו מהם ניצוצות קדושות להכניסם אל הקדושה, ואלולי זאת לא היה רשאי הצדיק להפסיק ולהפריד אף רגע אחת מהקדושה והדביקות ולהטות עצמו לדברי גשמי, רק כדי להכניסם אל הקדושה רשאי קצת לירד ולהפסיק קצת מדביקותו, וח"ו אין רשאי להפריד עצמו רק מעט אל הכוונה הנ"ל, ועיקר הוא לאחוז עצמו בקדושה ודביקות, וזהו "ונתן לי לחם לאכול" באופן "ושבתי בשלום אל בית אבי", פירוש שח"ו לא אפריד את עצמי מהקדושה עי"ז, רק שאוציא הניצוצות הקדושה מהם ומיד להשיב אל אבי שבשמים בשלום.
Et c'est ce qu'a dit Yaakov notre père, la paix sur lui : "si Elokim est avec moi", c'est-à-dire qu'Il consente avec moi à ce que je l'adoucisse ; "et qu'Il me garde sur le chemin, etc.", que lui aussi soit pour moi un gardien, comme ci-dessus ; "et qu'Il me donne du pain à manger". Car voici, les choses matérielles sont appelées 'rigueurs' (dinim), et c'est pourquoi permission a été donnée de jouir de ce monde-ci quant aux affaires matérielles, c'est-à-dire le manger, le boire et les autres affaires matérielles, afin que les tsadikim les adoucissent et en fassent sortir des étincelles saintes pour les faire entrer dans la sainteté.
Sans cela, il ne serait pas permis au tsadik d'interrompre et de se séparer, ne fut-ce qu'un seul instant, de la sainteté et de l'attachement (devekout), et de se tourner vers des choses matérielles ; c'est seulement afin de les faire entrer dans la sainteté qu'il lui est permis de descendre un peu et d'interrompre un peu son attachement ; et à Dieu ne plaise, il ne lui est permis de se séparer qu'un peu, et pour l'intention mentionnée ci-dessus ; l'essentiel est de se tenir dans la sainteté et l'attachement. Et c'est "et qu'Il me donne du pain à manger" de telle manière que "je revienne en paix à la maison de mon père" : l'explication est qu'à Dieu ne plaise je ne me séparerai pas de la sainteté par cela, mais que j'en ferai sortir les étincelles saintes pour aussitôt les ramener en paix vers mon Père qui est aux cieux.
"וכל אשר תתן לי עשר כו'", ולמדו חז"ל מכאן "המבזבז אל יבזבז יותר מחומש", ולכאורה מה זה הלשון 'המבזבז', היה לו לומר 'הנותן'? ולפי דרכינו יבואר בעז"ה, ד"המבזבז" הוא לשון בזיון, דהיינו שהצדיק מבזה את עצמו להפסיק מהדביקות אל דברי הגשמי, "אל יבזבז יותר מחומש", ר"ל שלא יפסוק מכל וכל רק מעט, דהיינו ארבעה חלקים ישאר בהקדושה ודביקות, רק חלק חמישי ניתן לו רשות לפסוק רמז דבר מועט, וגם זה יעלה ויכניס אל הקדושה כנ"ל, להעלות נ"ק כנ"ל, ויליף לה הגמרא מיעקב אבינו ע"ה שאמר "וכל אשר תתן לי", דהיינו מעניני גשמיות, לא אטה את עצמי כי אם מעט כנ"ל, וזהו "עשר אעשרנו" דהיינו חומש כנ"ל, ומדלא נכתב 'חומש', רמז ג"כ בדבריו שגם המעט הזה אעלה לך ג"כ אל הקדושה כי 'עשר' רמז להקדושה.
"Et de tout ce que Tu me donneras je dîmerai, etc." (Genèse 28,22). Et nos Sages, de mémoire bénie, ont appris de là : "celui qui dilapide (hamévazbez), qu'il ne dilapide pas plus d'un cinquième" (Ketoubot 50a).
À première vue, pourquoi ce terme de 'mévazbez' ? Il aurait fallu dire 'celui qui donne' (hanotèn).
Et selon notre voie cela s'expliquera, avec l'aide de Dieu : "hamévazbez" est un terme de mépris (bizayon), c'est-à-dire que le tsadik se rabaisse lui-même en interrompant son attachement pour des choses matérielles ; "qu'il ne dilapide pas plus d'un cinquième", cela veut dire qu'il ne s'interrompe pas totalement mais seulement un peu, c'est-à-dire que quatre parts demeureront dans la sainteté et l'attachement, et que seule la cinquième part - il lui est donné permission de s'interrompre, allusion à une chose menue ; et cela aussi, il l'élèvera et le fera entrer dans la sainteté comme ci-dessus, pour élever les étincelles saintes comme ci-dessus. Et la guemara le déduit de Yaakov notre père, la paix sur lui, qui a dit "et tout ce que Tu me donneras", c'est-à-dire des affaires matérielles : je ne me tournerai vers elles qu'un peu, comme ci-dessus ; et c'est "asser aasserénou" (je dîmerai la dîme), c'est-à-dire un cinquième comme ci-dessus.
Et du fait qu'il n'a pas écrit 'un cinquième' (homech), il a aussi fait allusion dans ses paroles à ceci : que même ce peu, je l'élèverai lui aussi vers Toi, vers la sainteté, car 'asser' (la dîme) fait allusion à la sainteté.
וזהו שאמר יוסף "ה"א לכם זרע", כי ידוע דיוסף היה מל ומגייר את המצרים, ואמר להם הזריעה שלכם, דהיינו העובדות שלכם, תעשו לשם ה"א אחרונה היא השכינה, "ונתתם חמישית לפרעה", פירוש כשתטו עצמכם לדברי גשמי, אל תטו רק חלק חמישית, כי 'פרעה' אותיות 'הערף', רמז לעוה"ז לעניני גשמיות, "וארבע הידות יהיה לכם", שתשארו בהקדושה ותאחזו ארבע ידות בהקדושה ולא תפסיקו לגמרי, ואח"כ תכניסו הכל אל הקדושה.
Et c'est ce que dit Joseph : "voici (hé-a) pour vous de la semence" (Genèse 47,23). Car il est connu que Joseph circoncisait et convertissait les Égyptiens, et il leur dit : votre semaille, c'est-à-dire vos œuvres, faites-les pour le nom de la lettre hé finale, qui est la Chekhina (la Présence divine).
"Et vous donnerez un cinquième à Pharaon" (Genèse 47,24), l'explication étant : lorsque vous vous tournerez vers des choses matérielles, ne vous tournez que d'une cinquième part, car 'Pharaon' (פרעה) est les mêmes lettres que 'la nuque' (הערף), allusion à ce monde-ci et aux affaires matérielles. "Et les quatre autres parts seront à vous", que vous demeuriez dans la sainteté et que vous vous teniez par quatre parts dans la sainteté et n'interrompiez pas entièrement ; et ensuite vous ferez tout entrer dans la sainteté.
וזהו "ויגש אליו יהודה ויאמר בי אדני", פירוש שהשם 'אדני' הוא 'בי', דהיינו שהמתקתיו לרחמים, "ואל יחר אפך כו'", שלא יוכל לבוא לידי חרון אף ח"ו, כי גם השם אדני הומתק לרחמים. וק"ל.
Et c'est "et Juda s'approcha de lui et dit : de grâce (bi), mon seigneur (Adonaï)", l'explication étant que le Nom 'Adonaï' est 'en moi' (bi), c'est-à-dire que je l'ai adouci en miséricorde ; "et que ta colère ne s'enflamme pas, etc.", qu'il ne puisse pas en venir à l'embrasement de la colère, à Dieu ne plaise, car le Nom Adonaï lui aussi a été adouci en miséricorde. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "ויגש כו'", דאיתא במדרש "הגשה למלחמה הגשה לתפילה", י"ל הפירוש דהנה הצדיק "תגזר אומר ויקם, הקב"ה גוזר והצדיק מבטל", ובאיזה סיבה יכול לבטל? הוא מחמת הגבורה שבו שהוא גבור ואיש מלחמה ללחום מלחמת ה', ומחמת תפילה, וזהו 'הגשה למלחמה הגשה לתפילה', וזהו "ויגש אליו יהודה", רמז להצדיק נקרא בשם 'יהודה', הוא יגש להקב"ה במלחמה דהיינו בגבורה, ובתפילה.
Ou bien on dira : "et il s'approcha, etc.". Car il est enseigné dans le Midrach : "approche pour la guerre, approche pour la prière" (Bereshit Rabba 93,6).
On peut expliquer ainsi : voici, il est dit du tsadik "tu décréteras une parole et elle se réalisera" (Job 22,28), et "le Saint, béni soit-Il, décrète et le tsadik annule" (Moed Katan 16b). Et par quel moyen peut-il annuler ?
C'est à cause de la guevoura (la rigueur, la force) qui est en lui, car il est un vaillant et un homme de guerre pour mener les guerres de ה', et c'est aussi par la prière. Et c'est "approche pour la guerre, approche pour la prière".
Et c'est "et Juda s'approcha de lui" : allusion au tsadik, qui est appelé du nom de 'Juda' ; c'est lui qui s'approche du Saint, béni soit-Il, par la guerre, c'est-à-dire par la guevoura, et par la prière.
"ויאמר בי אדני", דכבר כתבתי מזה דאיתא בגמרא "לא היה אדם שקראו להקב"ה אדון עד שבא אברהם וקראו [אדון]", ולכאורה מה רבותא שקראו אדון? אך הענין הוא, דאיתא "לא כשאני נכתב אני נקרא, נכתב בי"ה ונקרא בא"ד", והענין הוא דעוה"ב מתנהג ע"י [שם] הויה ב"ה ועוה"ז מתנהג ע"י שם אדנ"י, וזה שאנו אומרים "אל אדון על כל המעשים", דהיינו כל המעשים הנעשים בזה העולם הוא ע"י 'אדני', וע"פ "חסד 'אל' כל היום". והנה הצדיקים הקודמים לאברהם דהיינו מתושלח ונח ובניו היתה עבודתם ע"י שם הוי"ה ב"ה, ואברהם אבינו ע"ה בא למדריגה שהוא הנהיג את העולם ע"פ 'אדני' כרצונו ויגזר אומר ויקם, וזהו "ויאמר בי אדני", פירוש שהיה מתפאר עצמו שהשם 'אדני' מתנהג על פיו, שכן דרך הצדיק שהוא תמיד בהכנעה גדולה, אבל כשרוצה לפעול איזה דבר או לבטל איזו גזירה, אזי מתלבש עצמו בהתפאר[ו]ת שהוא צדיק, וזהו שאנו מתפללים "אדני שפתי תפתח", פירוש שם של "אדני" שהוא המנהיג עוה"ז, יהי רצון ע"י "שפתי".
"Et il dit : de grâce, mon seigneur". J'ai déjà écrit à ce sujet qu'il est enseigné dans la guemara : "nul homme n'avait appelé le Saint, béni soit-Il, 'Maître' (Adon), jusqu'à ce que vienne Abraham et qu'il L'appelle ainsi" (Berakhot 7b).
À première vue, quelle grandeur y a-t-il à L'avoir appelé 'Maître' ? Mais voici la chose : il est enseigné "ce n'est pas comme Je suis écrit que Je suis lu : Je suis écrit par youd-hé et Je suis lu par alef-dalet" (Pessahim 50a).
Et voici la chose : le monde à venir est conduit par le Nom Havaya (le Tétragramme), béni soit-Il, et ce monde-ci est conduit par le Nom Adonaï. Et c'est ce que nous disons : "Dieu, Maître de toutes les œuvres", c'est-à-dire que toutes les œuvres qui se font en ce monde-ci le sont par 'Adonaï' ; et selon le verset "la bonté de Dieu ('El') dure tout le jour" (Psaumes 52,3).
Or les tsadikim antérieurs à Abraham, c'est-à-dire Metouchelah, Noé et ses fils, leur service se faisait par le Nom Havaya, béni soit-Il ; et Abraham notre père, la paix sur lui, parvint au degré où il conduisait le monde selon 'Adonaï' à sa volonté, et il décrétait une parole et elle se réalisait. Et c'est "et il dit : de grâce (bi), Adonaï", l'explication étant qu'il se glorifiait de ce que le Nom 'Adonaï' se conduit selon sa parole.
Car telle est la voie du tsadik : il est toujours dans une grande humilité, mais lorsqu'il veut opérer quelque chose ou annuler quelque décret, alors il se revêt de la glorification d'être un tsadik. Et c'est ce que nous prions : "Adonaï, ouvre mes lèvres" (Psaumes 51,17), l'explication étant : que le Nom 'Adonaï', qui conduit ce monde-ci, qu'il soit Sa volonté qu'il agisse par "mes lèvres".
"ידבר נא דבר באזני אדני", דהיינו הגשה לתפילה, שמתפלל להשי"ת שיקבל תפלתינו ברחמים, "כי כמוך כפרעה", דהנה העולמות בשעה שיש להם עלייה, אזי הם מתגלים ומשפיעים למטה, וז"ש הצדיק תשוקתי להיות 'כמוך' בשעה שהעולמות מתגלים ונותנין השפעה, וזהו 'כפרעה' לשון גלוי, כמו כן תשוקתי תמיד להשפיע למטה ע"י שם 'אדני' שפע ברכה והצלחה וחיים לנו ולכל ישראל. אמן כן יהי רצון.
"Qu'il dise donc une parole aux oreilles de mon seigneur" (Genèse 44,18) - c'est-à-dire l'approche pour la prière : il prie le Nom, béni soit-Il, pour qu'Il reçoive notre prière avec miséricorde. "Car tu es comme Pharaon" : car voici, lorsque les mondes connaissent une élévation, alors ils se dévoilent et répandent l'influx vers le bas.
Et c'est ce que dit le tsadik : mon désir est d'être "comme Toi" à l'heure où les mondes se dévoilent et donnent l'influx ; et c'est "comme Pharaon", terme qui signifie dévoilement (de la racine para, découvrir) : ainsi mon désir est toujours de répandre vers le bas, par le Nom 'Adonaï', l'influx de bénédiction, de réussite et de vie, pour nous et pour tout Israël. Amen, qu'ainsi soit Sa volonté.
ידבר נא עבדך דבר באזני אדני ואל יחר אפך כו'. ופירש רש"י ז"ל "יכנסו דברי באזניך", וקשה מה זה לשון הכנסה באזנים, ולא מצינו בכל התורה שאמר משה לישראל או בשאר דברים שיכתוב הלשון הזה הכנסת אזנים.
"Que ton serviteur dise donc une parole aux oreilles de mon seigneur, et que ta colère ne s'enflamme pas, etc." (Genèse 44,18). Et Rachi, de mémoire bénie, a expliqué : "que mes paroles entrent dans tes oreilles".
Et il y a une difficulté : que signifie ce terme d'entrée dans les oreilles ? Et nous ne trouvons dans toute la Torah, ni la où Moché parle à Israël ni en d'autres endroits, que soit écrit ce langage d'entrée dans les oreilles.
ונראה דהנה מצינו שאמר הקב"ה למשה "כתוב זאת זכרון בספר ושים באזני יהושע", ולכאורה יש להבין, כיון שיהיה כתוב בספר א"כ כל מי שירצה יקרא בו והאיך שייך 'ושים באזני יהושע'? וכן מה זה לשון באזני כו', וכי יניחום באזניו?
Et il semble que voici : nous trouvons que le Saint, béni soit-Il, a dit à Moché "écris ceci en souvenir dans le livre et mets-le aux oreilles de Josue" (Exode 17,14). À première vue il y a à comprendre : puisque ce sera écrit dans un livre, alors quiconque le voudra y lira - comment donc s'applique "et mets-le aux oreilles de Josue" ?
Et de même, que signifie ce terme "aux oreilles, etc." - va-t-on le déposer dans ses oreilles ?
ונראה לפרש דהנה כתיב "ויאמר אין קול ענות גבורה ואין קול ענות חלושה קול ענות אנכי שומע", ולכאורה הלא יכול להבין אם זה קול חדוה שהוא קול נצחון, או אם הוא קול חלושה שהוא ניסה וצעקת הוי? אלא נראה שיהושע היה משמר אזנים שלו שלא ישמע דבר שאינו הגון כלל, והנה 'גבורה' נקראים פסוקי דזמרה שהוא כדי לזמר עריצים והגבורות וצריך להמתיקם ג"כ בגבורה בשורשם, לזה נקראו גבורות, ו'חלושה' רמז לתפילה, ע"ד שאמרו חז"ל "המתפלל על חבירו צריך שיחלה עליו" שהיא חלישת כח, כמ"ש "ויחל משה - מלמד שהחלה עצמו", וזהו שאמר יהושע למשה קול אני שומע במחנה, "אין זה קול ענות גבורה", דהיינו זמר עריצים שהיא המתקת הדינים, "ואין כו' קול חלושה" היא תפילה שצריך להחלות עצמו, "קול ענות אנכי שומע", ר"ל שאיני מבין, שמעולם לא שמעתי קול כזה, שהיה משמר אזניו שלא ישמע דבר שאינו הגון.
Et il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi. Voici, il est écrit : "et il dit : ce n'est pas une voix de chant de victoire (guevoura), ni une voix de chant de défaite (halousha) ; c'est une voix de chant que j'entends" (Exode 32,18).
À première vue, ne pouvait-il pas comprendre s'il s'agissait d'une voix de joie, qui est une voix de victoire, ou bien d'une voix de défaite, qui est une fuite et un cri de détresse ? Mais il semble que Josue gardait ses oreilles de façon à ne rien entendre qui ne fut convenable.
Et voici, sont appelés 'guevourot' les Pessoukei de-zimra (les versets de louange du matin), car ils servent à retrancher les tyrans (lezamer aritsim) et les guevourot (les rigueurs), et il faut aussi les adoucir par la guevoura en leur racine - c'est pourquoi ils sont appelés guevourot. Et 'halousha' (défaillance) fait allusion à la prière, selon ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : "celui qui prie pour son compagnon doit se rendre malade pour lui" (Berakhot 12b), ce qui est un affaiblissement de la force, comme il est écrit "et Moché implora (vayehal)" - cela enseigne qu'il se rendit lui-même malade (Berakhot 32a).
Et c'est ce que dit Josue à Moché : j'entends une voix dans le camp ; "ce n'est pas une voix de chant de guevoura", c'est-à-dire le retranchement des tyrans, qui est l'adoucissement des rigueurs ; "et ce n'est pas, etc., une voix de halousha", qui est la prière où l'on doit se rendre malade ; "c'est une voix de chant que j'entends", cela veut dire que je ne comprends pas, car jamais je n'ai entendu une voix pareille - car il gardait ses oreilles de façon à ne rien entendre qui ne fut convenable.