נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayeshev (1/4)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et Yaakov s'établit dans le pays des séjours de son père » (Berechit 37,1). Le Noam Elimele'h le joint à « Que la paix soit dans tes remparts, la tranquillité dans tes palais » (Tehilim 122,7). Avraham a le premier appelé le Saint béni soit-Il « Adon » : unifier Havaya et Ado-nai fait descendre les hassadim, et Il est Adon sur toutes les œuvres. L'essentiel du service est la contemplation de l'élévation de D.ieu, dans la crainte qui vient d'elle-même ; les six cent treize commandements occupent le corps afin que l'homme subsiste dans le devekout (attachement). Yaakov demeure dans cette crainte ; Canaan, le corps aux commandements, lui permet de s'y tenir et d'unifier le Nom.

Aussi : les influx du monde appelé Yaakov passent par la Che'hina appelée Yossef ; la Che'hina, Tamar mâle et femelle, plaide dans l'exil où l'unification n'est qu'un hitoun (alliance) ; elle demande pour gage qu'Israël soit scellé en D.ieu

וישב יעקב בארץ מגורי אביו כו'. נ"ל בצירוף הפסוק "יהי שלום בחילך שלוה בארמנותיך", דאיתא בגמרא "מיום שנברא העולם לא היה אדם שקרא להקב"ה אדון עד שבא אברהם אבינו ע"ה וקראו אדון", לכאורה מה רבותא בזה שקראו אדון? אך נראה דהנה אנחנו צריכין ליחד השני שמות הוי"ה ואדני ואז נקרא שמו יתברך אדון, ע"ד שאנו אומרים "אל אדון על כל המעשים", ד"אל" הוא חסד כמש"ה "חסד אל כל היום", וע"י שאנו מיחדים שמו יתברך, אנו גורמים וממשיכים החסדים והרחמים לעולם, וזהו "אל", ר"ל כאשר אנו מעוררים החסדים ע"י שאנו מיחדים שמו יתברך אז הוא "אדון על כל המעשים".

וזהו "ויהו"ה בהיכל קדשו הס מפניו כל הארץ", שהשם אדנ"י הוא ההיכל להשם הויה ב"ה כידוע, ובשעה שנתיחד שמו הגדול בהיכל קדשו, דהיינו היחוד בשם אדנ"י, "הס מפניו כל הארץ" ר"ל "הס" בגמטריא "אדנ"י", היינו שאז נקרא אדון על כל הארץ.

"Et Yaakov s'établit dans le pays des séjours de son père etc." (Genèse 37,1). Il me semble [l'expliquer] en le joignant au verset "Que la paix soit dans tes remparts, la tranquillité dans tes palais" (Psaumes 122,7).

Car il est dit dans la Guemara : "Depuis le jour où le monde fut créé, nul n'avait appelé le Saint béni soit-Il 'Adon' (Maître), jusqu'à ce que vienne Avraham notre père, la paix sur lui, qui L'appela Adon" (Berakhot 7b). À première vue, qu'y a-t-il de si remarquable à ce qu'il L'ait appelé Adon ?

Mais il semble [l'expliquer ainsi] : voici, nous devons unifier les deux Noms, Havaya (le Nom de quatre lettres) et Ado-nai, et alors Son Nom, béni soit-Il, est appelé Adon, à la manière de ce que nous disons "El Adon al kol hamaassim" (Dieu, Maître de toutes les œuvres) ; car "El" est 'hessed (bonté), comme il est écrit "la bonté de Dieu ('hessed El) dure tout le jour" (Psaumes 52,3). Et par le fait que nous unifions Son Nom béni soit-Il, nous causons et faisons descendre les hassadim (bontés) et les miséricordes dans le monde ; et c'est "El", c'est-à-dire : lorsque nous éveillons les hassadim en unifiant Son Nom béni soit-Il, alors Il est "Adon sur toutes les œuvres".

Et c'est le sens de "et ה' est dans Son sanctuaire saint : silence devant Lui, toute la terre !" (Habacuc 2,20) ; car le Nom Ado-nai est le sanctuaire (heikhal) du Nom Havaya, béni soit-Il, comme on le sait. Et à l'heure où Son grand Nom est unifié dans Son sanctuaire saint, c'est-à-dire l'unification dans le Nom Ado-nai, alors "silence (has) devant Lui, toute la terre" : c'est-à-dire que "has" (הס) a la valeur numérique (guematria) de "Ado-nai" (אדני), à savoir qu'alors Il est appelé Adon sur toute la terre.

‎וזהו "ואדם אין לעבוד האדמה", פירוש "אדמה" הוא לשון "אֶדַּמֶּה לעליון" (ישעיהו יד, יד), שצריך האדם לדמות הצורה ליוצרו, ליחד כל העולמות למעלה ליחדם לאחד ית"ש ויתעלה, וזהו "ואדם אין לעבוד האדמה", פירוש שלא היה עדיין אדם שיוכל ליחד העולמות כנ"ל, לכן "ואד יעלה מן הארץ", רמז שלא היה נקרא הקב"ה אז אדון, ולזה רמז "אד", שהוא רק ב' אותיות משם "אדני", עד שבא אברהם אבינו ע"ה והשכיל בשכלו הזך ועבד את השם באהבה וזכה ליחד שמו ית"ש הוי"ה באדני כנ"ל, ואז היה נקרא "אדון" כנ"ל.

Et c'est le sens de "et il n'y avait pas d'homme pour travailler le sol (adama)" (Genèse 2,5). Explication : "adama" est de la langue de "edameh la-Elyon" (je serai semblable au Très-Haut) (Isaie 14,14), car l'homme doit rendre la forme semblable à son Formateur, unifier tous les mondes d'en haut, les unifier à l'Unique, béni et exalté soit Son Nom.

Et c'est "et il n'y avait pas d'homme pour travailler l'adama" : explication, il n'y avait pas encore d'homme qui pût unifier les mondes comme ci-dessus. C'est pourquoi "une vapeur (ed) montait de la terre" (Genèse 2,6) : allusion au fait que le Saint béni soit-Il n'était pas alors appelé Adon ; et c'est ce qu'indique "ed" (אד), qui n'est que deux lettres du Nom "Ado-nai" (אדני).

Jusqu'à ce que vienne Avraham notre père, la paix sur lui, qui comprit par son intelligence limpide, servit le Nom avec amour et mérita d'unifier Son Nom béni soit-Il, Havaya dans Ado-nai comme ci-dessus ; et alors Il fut appelé "Adon" comme ci-dessus.

‎והנה עיקר העבודה שעל ידה יתיחד שמו יתברך, הוא ע"י הסתכלות ברוממות אל יתברך וגדולתו במורא ופחד הבא לאדם ממילא בהסתכלו נוראותיו ונפלאותיו, ואם תאמר למה נתן השי"ת כל התרי"ג מצוות לעסוק בהם, נעבוד אותו במורא ופחד ע"י הסתכלות ברוממותו ית"ש כיון שזה היא עיקר העבודה במחשבה? אך אם היה האדם מסתכל ברוממותו תמיד בלי הפסק, היה בטל מהמציאות מהמורא ופחד ורעדה הבא לאדם עי"ז, לכן השם ברחמיו נתן לנו התרי"ג מצוות שנעסוק בהם בגופינו לעבודתו, והם תועלת לאדם שיהיה אפשר לו לקיים בדביקותו יתברך.

Or voici : l'essentiel du service par lequel Son Nom béni soit-Il s'unifie, c'est par la contemplation de l'élévation de Dieu, béni soit-Il, et de Sa grandeur, dans la crainte et l'effroi qui viennent à l'homme d'eux-mêmes lorsqu'il contemple Ses actes redoutables et Ses merveilles. Et si tu dis : pourquoi le Nom, béni soit-Il, nous a-t-Il donne les six cent treize (taryag) commandements pour nous y occuper ?

Servons-Le donc dans la crainte et l'effroi par la contemplation de Son élévation, béni soit Son Nom, puisque c'est là l'essentiel du service, dans la pensée ! Mais si l'homme contemplait Son élévation en tout temps sans interruption, il serait annulé de l'existence par la crainte, l'effroi et le tremblement qui lui en viennent.

C'est pourquoi le Nom, dans Sa miséricorde, nous a donné les six cent treize commandements, afin que nous nous en occupions avec notre corps pour Son service ; et ils sont d'une utilité pour l'homme, en ce qu'il lui devient possible de subsister dans son attachement (devekout) à Lui, béni soit-Il.

‎וזהו "וישב יעקב בארץ מגורי אביו", "מגורי" לשון "ויגר מואב", דהיינו שהיה לו ישיבה ועכבה במדריגה זאת תמיד להיותו ביראה ופחד, יראת ה' אביו שבשמים, "בארץ כנען", ר"ל ע"י שהיה עובד בגופו ועסק בתורתו ובמצוותיו יתברך תמיד, "ארץ כנען" רמז להגוף, עי"ז היה באפשר לו שיתקיים בדביקותו והסתכלותו ברוממות אל יתברך במחשבה.

Et c'est le sens de "Et Yaakov s'établit dans le pays des séjours (megourei) de son père" : "megourei" est de la langue de "et Moav eut peur (vayagor)" (Nombres 22,3), à savoir qu'il avait une assise et une permanence dans ce degré en tout temps, étant dans la crainte et l'effroi, la crainte de ה' son Père qui est aux cieux. "Dans le pays de Canaan" : c'est-à-dire, par le fait qu'il servait avec son corps et s'occupait en tout temps de Sa Torah et de Ses commandements, béni soit-Il - "le pays de Canaan" est une allusion au corps - par cela il lui devenait possible de subsister dans son attachement et sa contemplation de l'élévation de Dieu, béni soit-Il, dans la pensée.

‎וזהו "יהי שלום בחילך", ר"ל שתראה שיהיה השם שלם ליחדם לאחד כנ"ל, "חילך" רמז לעולמות העליונים נקראים "חיל", על שם ששם כל חיל צבא מרום, "ושלוה בארמנותיך", ר"ל ע"י שיהיה "שלוה בארמנותיך" דהיינו בגופך בכל אברים לעסוק במצוותיו יתברך, עי"ז תהיה דבוק בו יתברך ליחד שמו יתברך ויתעלה לעד ולנצח נצחים אמן. והבן.

Et c'est le sens de "Que la paix (shalom) soit dans tes remparts (heilekh)" : c'est-à-dire que tu veilles à ce que le Nom soit complet (shalem), à les unifier en un seul comme ci-dessus. "Heilekh" est une allusion aux mondes supérieurs, appelés "hayil" (armée), parce que là se trouve toute l'armée des hauteurs.

"Et la tranquillité dans tes palais" : c'est-à-dire, par le fait qu'il y aura "tranquillité dans tes palais", c'est-à-dire dans ton corps, dans tous tes membres, pour t'occuper de Ses commandements, béni soit-Il - par cela tu seras attaché à Lui, béni soit-Il, pour unifier Son Nom, béni et exalté à jamais et pour l'éternité des éternités, amen. Et comprends.

אלה תולדות יעקב יוסף. נראה לפרש ע"ד הרמז, דהנה אנחנו בגלות המר הזה דוויין וסחופים ודחוקים בדוחק השפעות שנתמעטו מישראל בעוונותינו הרבים, והשי"ת ברוב רחמיו כביכול "עמו אנכי בצרה", והשכין שכינתו בתוכינו והיא המקיימת אותנו בהשפעה הניתן על ידה, כמו שהבטיח השם יתברך לאברהם אבינו ע"ה "כה יהיה זרעך", פירוש השכינה נקראת "כה", תהיה עם זרעך תמיד.

וזהו שאמר השי"ת לאדם הראשון "איכה" - "אי כה", דהיינו איך גרמת גלות השכינה, ואיה תפנה עצמה בגלות.

"Voici les engendrements de Yaakov : Yossef" (Genèse 37,2). Il semble l'expliquer par voie d'allusion (remez).

Car voici, nous sommes dans cet exil amer, affligés, ballottés et opprimés, dans l'étroitesse des influx (hashpaot) qui se sont amoindris pour Israël, à cause de nos nombreuses fautes ; et le Nom, béni soit-Il, dans Son immense miséricorde, pour ainsi dire, "Je suis avec lui dans la détresse" (Psaumes 91,15) : Il a fait demeurer Sa Chekhina (Présence divine) parmi nous, et c'est elle qui nous maintient par l'influx qui est donné par son intermédiaire, comme le Nom béni soit-Il l'a promis à Avraham notre père, la paix sur lui : "ainsi (ko) sera ta descendance" (Genèse 15,5). Explication : la Chekhina est appelée "ko", elle sera avec ta descendance en tout temps.

Et c'est ce que le Nom, béni soit-Il, dit à Adam, le premier homme : "Ayeka" (où es-tu ?) (Genèse 3,9) - "ai ko" (où est le 'ko' ?), c'est-à-dire : comment as-tu causé l'exil de la Chekhina, et où se tournera-t-elle dans l'exil ?

‎וזהו "אלה תולדות יעקב", ר"ל ההשפעות הבאות מעולם הנקרא "יעקב", הם באים ע"י השכינה הנקרא "יוסף", והוא תפילת "מוסף" לשון הוספה, מחמת שהשפעה באה בקושי בכח גדול, שאנחנו מוסיפים כח על כח להוריד השפעה אלינו, "בן שבע עשרה שנה", ר"ל בגלות המר אשר בכל צרתם לו צר, שצער גדול לשכינה שאנחנו דחוקים כנ"ל, והשם הוי"ה הוא בקטנות גימטריה שבע עשרה, ואעפ"כ הוא גימטריא "טוב" להשפיע עלינו כל טוב.

Et c'est "Voici les engendrements de Yaakov" : c'est-à-dire que les influx qui viennent du monde appelé "Yaakov" viennent par la Chekhina appelée "Yossef" ; et c'est la prière de "Moussaf", de la langue de "hossafa" (ajout), parce que l'influx vient avec difficulté, par une grande force, car nous ajoutons force sur force pour faire descendre l'influx jusqu'à nous. "Âge de dix-sept ans" : c'est-à-dire dans l'exil amer, où "dans toute leur détresse Il est en détresse" (Isaie 63,9), car c'est une grande peine pour la Chekhina que nous soyons opprimés comme ci-dessus ; et le Nom Havaya, en katnout (état de petitesse, compte réduit des lettres), a la guematria dix-sept ; et malgré cela c'est aussi la guematria de "tov" (טוב, le bien), pour répandre sur nous tout bien.

‎וזהו "ויוגד לתמר לאמר כו'", דהשכינה נקראת "תמר", דאיתא בזוהר הקדוש דתמר הוא דכר ונוקבא, וי"ל דמשום הכי נקראת תמר ע"ש תמר, דהשכינה היא המשפעת לעולמות העליונים המעשים טובים של ישראל, ואחר כך מקבלת השפעה מעולמות העליונים ומשפעת לישראל, ולכן נקראת תמר דהיא דכר ונוקבא, שמשפעת לעולמות העליונים ומקבלת השפעה לישראל. וזהו שרמזו חז"ל (יבמות לד, ב) "מועכות של בית רבי תמר שמן", דרבי ע"ה היה דואג תמיד ולא היה נהנה מעוה"ז, דאיתא בגמרא "יומא דמחיך רבי אתיא פורענותא על שונאי ישראל" ר"ל, והוא מחמת שבימי רבי היה צריך להיות התיקון להשכינה באופן זה, והצדיקים ההולכים בעקבותיו, שהם ממעכים עצמם ונדחקים ומצערים על גלות השכינה וצרות ישראל, הם נקראים על שם בית רבי, וזהו "מועכות של בית רבי", ר"ל לשון מעוך וכתות, "תמר שמן", שהם משתתפים עצמם בצער השכינה הנקראת תמר כנ"ל.

Et c'est "Et il fut annoncé à Tamar, disant etc." (Genèse 38,13), car la Chekhina est appelée "Tamar" (palmier). Car il est dit dans le saint Zohar que le tamar est mâle et femelle (dakhar ve-noukva) ; et l'on peut dire que c'est pour cela qu'elle est appelée Tamar, du nom du palmier : car la Chekhina est celle qui fait affluer vers les mondes supérieurs les bonnes actions d'Israël, et ensuite elle reçoit l'influx des mondes supérieurs et le fait affluer vers Israël ; c'est pourquoi elle est appelée Tamar, qui est mâle et femelle, car elle fait affluer vers les mondes supérieurs et reçoit l'influx pour Israël.

Et c'est ce qu'ont indiqué nos Sages, de mémoire bénie (Yevamot 34b) : "les moukhot (celles que l'on presse) de la maison de Rabbi, tamar shemen (palmier d'huile)". Car Rabbi, la paix sur lui, était toujours dans le souci et ne jouissait pas de ce monde-ci ; il est dit dans la Guemara : "le jour où Rabbi riait, un châtiment venait sur les ennemis d'Israël" - c'est-à-dire [sur Israël lui-même, par euphémisme].

Et cela parce qu'aux jours de Rabbi, le tikoun (réparation) de la Chekhina devait se faire de cette manière. Et les justes qui marchent sur ses traces, qui se pressent et se serrent eux-mêmes et s'affligent sur l'exil de la Chekhina et les détresses d'Israël, sont appelés du nom de "la maison de Rabbi" ; et c'est "les moukhot de la maison de Rabbi", c'est-à-dire de la langue de "pressé et broyé" (maoukh ve-katout), "tamar shemen" : ils s'associent eux-mêmes à la peine de la Chekhina appelée Tamar comme ci-dessus.

‎וזהו "ויוגד לתמר לאמר הנה חמיך עולה תמנתה", דהנה היחוד והזיווג השמות הקדושים הנקראים "אבא ואמא", עתה בגלות המר בעוה"ר אינו יחוד וזיווג גמור אלא כמו חיתון, עד שיבוא משיח צדקינו במהרה בימינו אז יהיה הזיווג שלם. וי"ל שמטעם זה נאסר לנו חיתון עכו"ם, למען לא יזיק לנו לזה שאנחנו צריכין ליחד קב"ה ושכינתיה ע"י חיתון בגלות המר, וזהו "הנה חמיך" ר"ל בגלות המר, "עולה תמנתה", תמנתה הוא לשון "תמנה", דהיינו דרום, הרוצה להחכים ידרים, ששם במדת "חכמה" היא שורש הרחמים, והיינו שהשי"ת עולה להמידה זאת להתנהג עמנו במדת רחמים הגם שאנו דחוקים ונגושים בגלות המר, וזהו "לגוז צאנו", רמז לישראל הנקראים "צאן קדשים" הם כרחל לפני גוזזיה מדוחק הגלות המר, אעפ"כ הוא ברחמים גדולים, שאינו אלא למען ליראנו ולא בפועל ממש חלילה, והשכינה תשוקתה מאוד באהבה אותנו שלא יחסר לנו כל טוב, וגם בזאת אין רצונה שיעלה מורא על ראשינו ולא יעלה עלינו קול נוגש, וזהו "ויוגד לתמר" ר"ל שזה קשה כגידין להשכינה הנקרא תמר, "לאמר הנה חמיך עולה תמנתה לגוז צאנו" למען ליראם כנ"ל, גם זה קשה לה מאוד כגידין, ותמיד היא מעוררת רחמים ומלמדת זכות עלינו.

Et c'est "Et il fut annoncé à Tamar, disant : voici ton beau-père qui monte à Timna" (Genèse 38,13). Car voici : l'unification (yihoud) et l'accouplement (zivoug) des Noms saints appelés "Abba et Imma" (Père et Mère) ne sont pas maintenant, dans l'exil amer, à cause de nos nombreuses fautes, une unification et un zivoug complets, mais seulement comme un hitoun (alliance par mariage) ; jusqu'à ce que vienne le Messie notre juste, promptement et de nos jours, alors le zivoug sera complet.

Et l'on peut dire que c'est pour cette raison que nous a été interdit le mariage avec les idolâtres, afin que cela ne nous nuise pas quant à ce que nous devons faire : unifier le Saint béni soit-Il et Sa Chekhina par voie de hitoun dans l'exil amer. Et c'est "voici ton beau-père", c'est-à-dire dans l'exil amer ; "qui monte à Timna" - "timnata" est de la langue de "teiman", c'est-à-dire le sud : "celui qui veut devenir sage, qu'il se tourne vers le sud", car là, dans la midda (attribut) de "'hokhma" (sagesse), est la racine des miséricordes ; à savoir que le Nom, béni soit-Il, monte vers cette midda pour se conduire avec nous dans la mesure de miséricorde, bien que nous soyons opprimés et pourchassés dans l'exil amer.

Et c'est "pour tondre son menu bétail" : allusion à Israël, appelés "brebis saintes" (tson kodashim), qui sont comme la brebis devant celle qui la tond, du fait de l'oppression de l'exil amer ; et malgré tout Il est dans une grande miséricorde, car ce n'est que pour nous faire craindre, et non en acte réellement, à Dieu ne plaise. Et la Chekhina a un très grand désir, dans son amour pour nous, que rien de bon ne nous manque ; et en cela non plus elle ne veut pas que la peur monte sur nos têtes, ni que monte sur nous la voix de l'oppresseur.

Et c'est "et il fut annoncé (vayougad) à Tamar" : c'est-à-dire que cela est dur comme des tendons (guidin) pour la Chekhina appelée Tamar. "Disant : voici ton beau-père qui monte à Timna pour tondre son menu bétail", afin de les faire craindre comme ci-dessus : cela aussi lui est très dur comme des tendons, et elle éveille constamment les miséricordes et plaide en notre faveur.

"ותסר את בגדי אלמנותה", דאיתא בגמרא "אלמנה על שם מנה", דהנה עם בני ישראל הקדושים הם מלאים מצוות כרימון, רק זה לפעמים חסרונם קצת על עסקי ממון, יש ביניהם פירוד קצת מחמת ממון, והשכינה מסירה מישראל הקטרוג שעל הבגידה זאת, ע"י שהיא מלמדת זכות עליהם בהראות את מעשיהם הטובים והקדושים לפני השי"ת, וזהו "ותסר בגדי אלמנותה", שהיא מסירה הבגידה שהוא החסרון של ממון, "ותכס בצעיף" תרגומו רדידין כמו "וירקעו פחי זהב" שהוא לשון דקות, דהיינו שהיא מתלבשת בקדושה מהדברים הדקים והרוחניים של ישראל הקדושים הפועלים במעשיהם הקדושים שזה כל תענוגה, "ותתעלף" לשון עייפות, מלשון "ולא יכנס למרחץ שמא יתעלף", והיינו דהשכינה בגלות המר הזה היא עייפה ויגיעה, וע"י התפילות והתורה והמצוות ומעשים טובים אנו נותנים חיות ותענוג להשכינה כדאיתא בכתבים, למשל החולה שהוא חלש מאוד ומריחים לו ריח בשמים למען לא יתעלף, כן השכינה בגלות המר הזה כביכול מתעלפת, ואנו נותנים לה ריח ניחוח בתפילתינו ובתורתינו הקדושה, וזהו "ותתעלף".

"Et elle ôta ses vêtements de veuvage" (Genèse 38,14). Car il est dit dans la Guemara : "'almana' (veuve) est ainsi nommée à cause de la 'mane' (la mine, la somme qui lui manque)".

Car voici : le peuple des enfants d'Israël, les saints, sont pleins de mitsvot comme une grenade ; seulement, parfois leur manque porte un peu sur les affaires d'argent (mamon), il y a entre eux un peu de division à cause de l'argent. Et la Chekhina ôte d'Israël l'accusation qui porte sur cette trahison (beguida), par le fait qu'elle plaide en leur faveur en montrant leurs actions bonnes et saintes devant le Nom, béni soit-Il.

Et c'est "et elle ôta ses vêtements (bigdei) de veuvage" : elle ôte la trahison (beguida) qui est le manque relatif à l'argent. "Et elle se couvrit d'un voile (tsaif)", que le Targoum traduit par "redidin", comme dans "ils battirent en lames minces des feuilles d'or" (Exode 39,3), qui est une expression de finesse ; à savoir qu'elle se revêt en sainteté des choses fines et spirituelles des saints d'Israël, qui les opèrent par leurs actions saintes, car c'est là toute sa jouissance.

"Vatitalaf" est de la langue de la lassitude (ayefout), comme dans "qu'il n'entre pas au bain de peur qu'il ne défaille (yitalef)" ; à savoir que la Chekhina, dans cet exil amer, est lasse et fatiguée. Et par les prières, la Torah, les mitsvot et les bonnes actions, nous donnons vie et jouissance à la Chekhina, comme il est dit dans les écrits [de l'Ari].

Par exemple, le malade qui est très faible et à qui l'on fait respirer un parfum d'aromates afin qu'il ne défaille pas : ainsi la Chekhina, dans cet exil amer, pour ainsi dire, défaille, et nous lui donnons un parfum agréable par nos prières et par notre sainte Torah ; et c'est "vatitalaf".

"ותשב בפתח עינים", דהיינו שהיא מחזרת תמיד על לומדי תורה לשמה, וזה רמז "עינים", שהם לומדי תורה הנקראים "עיני העדה", והיא יושבת בפתחיהם לקבל ריח ניחוח להשיב את נפשה כביכול ע"י תורתם לשמה ליחד קב"ה ושכינתיה. וזה רמז "אל יתפלל אדם אלא אם כן יכנוס שיעור שני פתחים", רמז ליחד שני שמות הויה ואדנ"י, וזה "אשר על דרך תמנתה", ר"ל על איזה לומדי תורה מחזרת לישב בפתחיהם? הם ההולכים בדרך תמנתה, רמז שלומדים תורה לשמה והולכים בדרך חכמה כנ"ל, תמנתה - הרוצה להחכים ידרים, "כי ראתה כי גדל שלה", ר"ל שהשכינה רואה שגדול השכחה שאנו נשכחים בגלות המר זה ימים רבים ושנים רבים, "שלה" מלשון שול תשולו, ופירש רש"י ז"ל לשון שכחה, וגם י"ל הפירוש שני של רש"י ז"ל מלשון וישל זיתך, דהנה בגלות הזה בעוה"ר שנתמעט ההשפעה מישראל, וכל השפעות נוטלים האומות ואין אנו יונקים אלא מהתמצית, דהיינו בדוחק כמו זריקה שזורקים לנו השפעה קצת, וזהו "כי גדל שלה", שגדול אריכות הגלות ומיעוט ההשפעות לישראל בעוה"ר, "והיא לא ניתנה לו לאשה", ר"ל שזה זמן רב שהשכינה בגלות שאינה ביחוד הגמור האמיתי כי אם ע"י חיתון כנ"ל.

"Et elle s'assit à l'entrée des yeux (petah einayim)" (Genèse 38,14) : à savoir qu'elle fait constamment le tour de ceux qui étudient la Torah pour elle-même (lishma) ; et c'est l'allusion de "einayim" (yeux), qui sont les étudiants de la Torah appelés "les yeux de la communauté" (Nombres 15,24) ; et elle se tient assise à leurs entrées pour recevoir un parfum agréable, afin de restaurer son âme, pour ainsi dire, par leur Torah étudiée lishma, pour unifier le Saint béni soit-Il et Sa Chekhina. Et c'est l'allusion de "que l'homme ne prie qu'après être entré de la mesure de deux entrées (petahim)" (Berakhot 8a) : allusion à l'unification des deux Noms, Havaya et Ado-nai.

Et c'est "qui est sur le chemin de Timna" : c'est-à-dire, autour de quels étudiants de la Torah fait-elle le tour pour s'asseoir à leurs entrées ? Ce sont ceux qui marchent sur le chemin de Timna - allusion à ce qu'ils étudient la Torah lishma et marchent sur le chemin de la 'hokhma comme ci-dessus : "timnata", car celui qui veut devenir sage, qu'il se tourne vers le sud.

"Car elle vit que Chela avait grandi" : c'est-à-dire que la Chekhina voit combien est grand l'oubli dont nous sommes oubliés dans cet exil amer, depuis de longs jours et de longues années. "Chela" (shela) est de la langue de "shol tacholou" (Ruth 2,16), que Rachi, de mémoire bénie, explique comme une expression d'oubli.

Et l'on peut aussi donner la seconde explication de Rachi, de mémoire bénie, de la langue de "ton olivier se dépouillera (vayishal zeitekha)" (Deutéronome 28,40) : car voici, dans cet exil, à cause de nos nombreuses fautes, l'influx s'est amoindri pour Israël, et toutes les effusions, ce sont les nations qui les prennent, et nous ne tétons que du résidu (tamtsit), c'est-à-dire dans l'étroitesse, comme un jet par lequel on nous jette un peu d'influx. Et c'est "car Chela avait grandi" : car grande est la longueur de l'exil et l'amoindrissement des influx pour Israël, à cause de nos nombreuses fautes.

"Et elle ne lui avait pas été donnée pour femme" : c'est-à-dire que voilà longtemps que la Chekhina est en exil, qu'elle n'est pas dans l'unification complète et véritable, mais seulement par voie de hitoun comme ci-dessus.

"ויראה יהודה ויחשבה לזונה", דאיתא בזוהר הקדוש על פסוק "נפלה ולא תוסיף קום בתולת ישראל", ואיתא בגמרא במערבא מתרצי הכי נפלה ולא תוסיף לנפול עוד, קום בתולת ישראל, ובזוהר הקדוש פירשו בענין אחר, ומאריך שם בדרך המשל למלכות שהיה לו מטרוניתא, ומחמת שלא היו בניו מתנהגים כשורה גרש אותם מאתו וגרש אתם את המטרוניתא, ואח"כ נכמרו רחמיו עליהם ושלח ולקח אותם בהסתר מחמת בושה שעדיין לא היו מתנהגים כשורה, ואח"כ הוסיפו בסרחונם וגרש אותם עם המטרוניתא, ואמר אל המטרוניתא לא אשוב לקחת אותך בהסתר כאשר בתחילה, עד אשר אראה שתקנו מעשיהם, אז אבוא בעצמי אליך, כן הנמשל, בימי עזרא שהיה ראוי לישראל לעשות להם נס כבימי משה, רק מחמת החטא שהיה להם נשים נכריות, לקח אותם מגלות בבל בהסתר, ע"ש הלשון בזוהר הקדוש, וזהו "נפלה ולא תוסיף קום בתולת ישראל", ר"ל לא אוסיף עוד להקים את ישראל כאשר בתחילה שלקחתי אותם בהסתר, רק כאשר יתקנו את מעשיהם אז אבוא בעצמי אליהם ע"ש. וזהו "ויראה יהודה ויחשבה לזונה", ר"ל שהשי"ת ראה שעדיין אין מעשיהם מתוקנים ושהיו להם נשים נכריות, "כי כסתה פניה", פירוש והוכרח ליקח אותם בהסתר מחמת בושה, לכן "ויט אליה אל הדרך", פירוש השי"ת הטה עצמו אליה, "ויאמר הבה נא", ר"ל תראי להיות מוכנת אז כאשר יתקנו את מעשיהם ו"אבוא נא אליך", ר"ל אז אבוא בעצמי אליך כנ"ל, לא כבתחילה שלקחתי אותך בהסתר, "כי לא ידע כי כלתו היא", "ידע" מלשון "כי ידעתיו" לשון אהבה, פירוש שהשי"ת ב"ה אין לו בזה אהבה, "כי כלתו היא", ר"ל שהיא אצלו ככלה, דהיינו בגלות המר שהיחוד הוא ע"י חיתון כנ"ל.

"Et Yehouda la vit et la prit pour une prostituée" (Genèse 38,15). Car il est dit dans le saint Zohar sur le verset "elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d'Israël" (Amos 5,2) ; et il est dit dans la Guemara qu'en Terre d'Israël on l'explique ainsi : "elle est tombée et ne tombera plus - relève-toi, vierge d'Israël !" (Berakhot 4b).

Mais dans le saint Zohar ils l'ont expliqué d'une autre manière, et il s'y étend par voie de parabole : un roi avait une reine (matronita) ; et parce que ses fils ne se conduisaient pas comme il faut, il les chassa de devant lui, et il chassa avec eux la matronita. Ensuite sa miséricorde s'émut sur eux, il envoya et les reprit en secret, à cause de la honte, car ils ne se conduisaient pas encore comme il faut.

Puis ils accrurent leur corruption, et il les chassa avec la matronita, et il dit à la matronita : je ne reviendrai plus te reprendre en secret comme au commencement, jusqu'à ce que je voie qu'ils ont réparé leurs actions ; alors je viendrai moi-même vers toi. Ainsi en est-il de ce que la parabole signifie : aux jours d'Ezra, il aurait été convenable qu'un miracle fut fait pour Israël comme aux jours de Moché ; seulement, à cause de la faute qu'ils avaient - des femmes étrangères - Il les prit de l'exil de Bavel en secret ; vois-le là, dans le langage du saint Zohar.

Et c'est "elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d'Israël" : c'est-à-dire, Je ne recommencerai plus à relever Israël comme au commencement, où Je les ai pris en secret, mais seulement lorsqu'ils répareront leurs actions, alors Je viendrai moi-même vers eux ; vois-le là. Et c'est "et Yehouda la vit et la prit pour une prostituée" : c'est-à-dire que le Nom, béni soit-Il, vit que leurs actions n'étaient pas encore réparées et qu'ils avaient des femmes étrangères.

"Car elle avait couvert son visage" : explication, Il fut contraint de les prendre en secret, à cause de la honte. C'est pourquoi "il se détourna vers elle sur le chemin" : explication, le Nom, béni soit-Il, s'inclina vers elle.

"Et il dit : permets donc" : c'est-à-dire, veille à être prête alors, lorsqu'ils répareront leurs actions, et "que je vienne donc vers toi" : c'est-à-dire, alors Je viendrai moi-même vers toi comme ci-dessus, et non comme au commencement où Je t'ai prise en secret. "Car il ne savait pas qu'elle était sa belle-fille" : "il savait (yada)" est de la langue de "car Je l'ai connu (ki yedativ)" (Genèse 18,19), une expression d'amour ; explication : le Nom béni soit-Il n'a pas en cela d'amour plein, "car elle était sa belle-fille (kalato)", c'est-à-dire qu'elle est auprès de Lui comme une fiancée (kala), à savoir dans l'exil amer où l'unification se fait par voie de hitoun comme ci-dessus.

"ותאמר מה תתן לי כי תבא אלי", פירוש השכינה אומרת להקב"ה מה תתן לי אז יותר כי תבוא אלי במהרה שאתה מבטיח לי, ואיזה דבר טוב תתן לי אז יותר מקיבוץ הגלות הראשון? "ויאמר אנכי אשלח גדי עזים מן הצאן", פירוש כי אז אשלח ואסיר כל הקליפות והס"א המרומז ב"גדי עזים", אסיר הכל מה"צאן", פירוש מישראל צאן קדשים, "ותאמר אם תתן ערבון עד שלחך", ר"ל השכינה היא מבקשת מהשי"ת שיתן לה איזה עריבות ומתיקות בתוך כך בגלות המר קודם שיגיע העת שתשלח הס"א, "ויאמר מה הערבון אשר אתן לך", פירוש השי"ת אומר להשכינה באיזה מתיקות היא מבקשת, "ותאמר חותמך כו'", פירוש זה ערב לי שנהיה אנחנו חתומים ורשומים בך כחותם על לבך כחותם על זרועך.

"Et elle dit : que me donneras-tu si tu viens vers moi ?" (Genèse 38,16). Explication : la Chekhina dit au Saint béni soit-Il : que me donneras-tu alors de plus, lorsque tu viendras vers moi promptement, comme tu me le promets ?

Et quelle chose bonne me donneras-tu alors, de plus que le premier rassemblement de l'exil ? "Et il dit : j'enverrai un chevreau du troupeau" (Genèse 38,17) : explication, car alors J'enverrai et J'ôterai toutes les kelipot (écorces, forces impures) et la sitra a'hra (l'autre côté, le côté impur), qui sont évoquées par "un chevreau" ; J'ôterai tout du "troupeau", explication : d'Israël, brebis saintes.

"Et elle dit : si tu donnes un gage (eravon) jusqu'à ce que tu l'envoies" : c'est-à-dire que la Chekhina demande au Nom, béni soit-Il, qu'Il lui donne quelque douceur et suavité (arevout) entre-temps, dans l'exil amer, avant que ne vienne le temps où Il enverra la sitra a'hra. "Et il dit : quel est le gage que je te donnerai ?" : explication, le Nom, béni soit-Il, dit à la Chekhina : quelle douceur demande-t-elle ?

"Et elle dit : ton sceau etc." (Genèse 38,18) : explication, ceci m'est doux (arev), que nous soyons scellés et gravés en toi, "comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras" (Cantique 8,6).

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