« Ainsi direz-vous à mon seigneur, à Esav » (Berechit 32,5) : pourquoi de vrais anges, pourquoi « à mon seigneur » dans la maison, et comment « j'ai séjourné chez Lavan » trouve grâce ? Pour le Noam Elimele'h, le tsadik parle à double sens : le sens simple pour l'homme, et, dans les mêmes paroles, prière cachée à l'accusateur (mekatreg). Yaakov envoie de vrais anges, Mikhael, Gavriel et Rafaël, avocats de justice : « à mon seigneur » vise le Créateur, « à Esav » apaise Esav. « Garti » dit à la fois les six cent treize commandements devant D.ieu et la soumission d'un homme peu important ; « bœuf et âne » rappellent Yossef et le Machia'h. En parlant aux anges, Yaakov prie : « afin de trouver grâce à Tes yeux ».
Aussi : le mauvais penchant comme une montagne ou un cheveu, selon le degré ; le premier Temple comme montagne et le second comme champ ; le présent de Yaakov comme prière de minha et adoucissement des rigueurs par les deux cents chèvres
הדקדוקים המה רבים. א.
שפירש"י ז"ל "מלאכים ממש", יש להבין למה באמת שלח יעקב מלאכים ממש אל עשו, והיה די לו בשליחות אנשים ולשום דבריו בפיהם איך יאמרו לעשיו ולא היה לו להטריח מלאכים. ב.
"כה תאמרון לאדוני לעשו", למה לו ליעקב לאמר בביתו בדברו עם המלאכים "לאדוני", בשלמא מה שהם יאמרו לעשו ניחא שיאמרו כה אמר עבדך כו', אבל מה שדבר עם המלאכים בביתו למה לו להזכיר לקראו אדוני. ג.
"לעשו" הלמ"ד אין לו שחר, כך היה לו לומר כה כו' "אדוני עשו". ד.
"עם לבן גרתי" פירש רש"י דבר אחר תרי"ג מצות שמרתי, וא"כ מה זה שאמר "למצוא חן בעיניך", וכי בשביל זה ישא חן בעיניו, אדרבה יכעיסו בדבר זה שהוא מתפאר בעצמו ששמר תרי"ג מצוות, והוא כדי שיבין עשו שאינו מפחד ממנו, בשלמא לפירוש ראשון שפירש"י ז"ל "לא נעשיתי שר וחשוב", הם דברי הכנעה עי"ז ימצא חן בעיניו, אבל לפי דבר אחר אינו עולה כהוגן "למצוא חן בעיניך". וגם לפי המדרש שפירש "שור זה יוסף כו'" ג"כ אינו עולה כהוגן "למצוא חן בעיניך", שדברים אלה הם ג"כ אזהרה שאין לו פחד כלל, שזכות הצדיקים יעמוד לו.
Les difficultés de lecture (dikdoukim) sont nombreuses. 1.
Ce qu'a expliqué Rachi de mémoire bénie, "de véritables anges" : il faut comprendre pourquoi en vérité Yaacov a envoyé de véritables anges à Esav, alors qu'il lui aurait suffi d'envoyer des hommes en mission et de mettre ses paroles dans leur bouche, en leur indiquant ce qu'ils diraient à Esav ; il n'avait pas à déranger des anges. 2.
"Ainsi direz-vous à mon seigneur, à Esav" (Bereshit 32,5) : pourquoi Yaacov devait-il dire, dans sa maison, en parlant avec les anges, "à mon seigneur" ? Passe encore pour ce qu'eux diront à Esav : il convient bien qu'ils disent "ainsi a dit ton serviteur, etc." ; mais dans ce qu'il disait aux anges dans sa maison, pourquoi devait-il mentionner de l'appeler "mon seigneur" ?
3. "le-Esav" (à Esav) : ce lamed n'a aucun sens ; il aurait dû dire ainsi : "ainsi, etc., mon seigneur Esav".
4. "J'ai séjourné chez Lavan" (Bereshit 32,5) : Rachi explique "autre explication : j'ai garde les six cent treize (taryag) commandements".
Si c'est ainsi, que signifie ce qu'il a dit "pour trouver grâce à tes yeux" ? Est-ce par cela qu'il trouvera grâce à ses yeux ?
Au contraire, cela l'irritera, qu'il se vante lui-même d'avoir garde les six cent treize commandements ; et c'est plutôt afin qu'Esav comprenne qu'il n'a pas peur de lui. Passe encore selon la première explication de Rachi de mémoire bénie, "je ne suis pas devenu prince ni homme important" : ce sont des paroles de soumission, par lesquelles il trouvera grâce à ses yeux ; mais selon "l'autre explication", "pour trouver grâce à tes yeux" ne s'accorde pas convenablement.
Et de même selon le Midrach qui explique "ce bœuf, c'est Yossef, etc.", "pour trouver grâce à tes yeux" ne s'accorde pas non plus convenablement, car ces paroles sont elles aussi un avertissement disant qu'il n'a aucune crainte, puisque le mérite des tsadikim se tiendra pour lui.
אך הענין הוא, דהנה דרך הצדיק בדברו עם אנשים, אזי הוא מדקדק בדבריו להשכיל שיהיו דבריו נשמעים במשמעותיהם אחד דברים כפשוטן לאיש המדבר עמו, שנית הוא עיקר תוכן דבר שמכווין באותן הדיבורים שיהיו תפילה ותחנונים לפני המקום ב"ה וב"ש. והכוונה בזה שמסתיר דבריו של התפילה בהדיבורים שמדבר עם האדם, ואינו מתפלל תפילתו הצורך לו בפירוש, הוא למען המקטרג שלא יבין כוונתו בדבריו שמכניס בהם תפילה ולא יקטרג עליו, כי אינו יודע שזה הוא מתפלל.
Mais voici la chose : la voie du tsadik, lorsqu'il parle avec des gens, est d'être précis dans ses paroles, avec discernement, afin que ses paroles soient entendues selon deux sens. Premièrement, des paroles selon leur sens simple, pour l'homme qui parle avec lui.
Deuxièmement, et c'est l'essentiel du contenu qu'il vise dans ces mêmes paroles, qu'elles soient prière et supplications devant l'Omniprésent (haMakom), béni soit-Il et loué soit-Il. L'intention en cela est qu'il cache les paroles de la prière à l'intérieur des paroles qu'il adresse à l'homme, et qu'il ne prie pas explicitement la prière dont il a besoin : cela à cause de l'accusateur (mekatreg), afin qu'il ne comprenne pas son intention dans ces paroles où il introduit une prière, et qu'il ne l'accuse pas, car il ne sait pas que celui-ci est en train de prier.
ועל פי הדברים האלה יעלה הכל על נכון. זה ששלח מלאכים ממש ולא אנשים שלוחים, כי כוונתו של יעקב היה שהמלאכים ידברו אל עשו דברים כאלה שיהיו דברי ריצוי אל עשו וגם שיהיו דברי רצון בתפילה ובתחנונים לפני המקום להיותם מליצי יושר לפני המקום ב"ה עבורו, ולכן היה נוח לו וטוב ליעקב לשלוח מלאכים ממש, כי מי הוא האיש שיוכל להיות מליץ יושר לפני ה' כמלאך ה' צבאות, וכדאיתא באמת במדרש שהמלאכים האלה היו מיכאל גבריאל רפאל שהם מליצי יושר תמיד על ישראל, וזהו שאמר יעקב אל המלאכים "כה תאמרון" ר"ל באופן זה ובכוונה זאת תאמרון כל דבריכם אשר תדברון, דהיינו "לאדוני" ר"ל שיהיה כוונתם לאדון הכל הוא הבורא יתעלה זכרו לעד, וגם דברים כפשוטן "לעשו" שיהיה דברי ריצוי לעשו.
Et selon ces paroles, tout s'accorde parfaitement. Ce qu'il a envoyé de véritables anges et non des hommes en mission, c'est que l'intention de Yaacov était que les anges disent à Esav des paroles telles qu'elles soient des paroles d'apaisement envers Esav, et qu'elles soient en même temps des paroles de faveur, en prière et en supplications devant l'Omniprésent, en sorte qu'ils soient pour lui des avocats de justice (melitsei yosher) devant l'Omniprésent, béni soit-Il.
C'est pourquoi il était commode et bon pour Yaacov d'envoyer de véritables anges, car quel homme pourrait être avocat de justice devant le Nom comme un ange du Nom des armées ? Et de fait il est rapporté dans le Midrach que ces anges étaient Mikhael, Gavriel et Rafaël, qui sont toujours avocats de justice pour Israël.
Et c'est ce que Yaacov a dit aux anges, "ainsi direz-vous", c'est-à-dire : de cette manière et avec cette intention vous direz toutes les paroles que vous direz, à savoir "à mon seigneur", c'est-à-dire que leur intention soit dirigée vers le Maître de tout, le Créateur, qu'Il soit exalté, Son souvenir à jamais ; et aussi des paroles selon leur sens simple, "à Esav", qu'elles soient des paroles d'apaisement pour Esav.
וזהו שאמר שיאמרו "כה אמר עבדך כו' עם לבן גרתי", שמלת "גרתי" משתמע לתרי אפי. דהיינו שהוא דברי מליצה לפניו ית"ש ששמר תרי"ג מצוות וזכות זה יעמוד לו שינצל מעשו, וגם דברים כפשוטן דברי ריצוי והכנעה לעשו שלא נעשיתי שר וחשוב.
וזהו "דבר אחר כו' תרי"ג כו'", ר"ל שתכניסו ותכוונו בדבריכם שתאמרו לעשו "עם לבן גרתי", שהוא יבין כפשוטו כנ"ל, ואתם תכוונו עוד "דבר אחר", דהיינו להמליץ עבורי שתרי"ג מצות שמרתי.
Et c'est ce qu'il a dit, qu'ils diraient "ainsi a dit ton serviteur, etc. : j'ai séjourné chez Lavan", car le mot "garti" (j'ai séjourné) s'entend de deux façons. À savoir : ce sont des paroles d'intercession devant Lui, que Son nom soit béni, disant qu'il a garde les six cent treize commandements et que ce mérite se tiendra pour lui afin qu'il soit sauvé d'Esav ; et ce sont aussi des paroles selon leur sens simple, paroles d'apaisement et de soumission envers Esav, disant que "je ne suis pas devenu prince ni homme important".
Et c'est "autre explication, etc., les six cent treize, etc.", c'est-à-dire : vous introduirez et vous viserez dans les paroles que vous direz à Esav, "j'ai séjourné chez Lavan", qu'il comprenne, lui, selon le sens simple comme ci-dessus, tandis que vous viserez encore "une autre chose", à savoir intercéder pour moi en disant que j'ai garde les six cent treize commandements.
וכן "ויהי לי שור וחמור" ג"כ על הכוונה שלעשו יהיה משתמע כפשוטו שלא נתקיים בי ברכות אבי, אבל אתם תכוונו להזכיר לפניו יתברך שמו זכות הצדיקים הגדולים יוסף ומשיח בן דוד, "ואשלחה להגיד לאדוני למצוא חן" ר"ל ויעקב היה ג"כ מתפלל לפניו עתה בדברו עם המלאכים, ואמר זה ש"אשלחה" הוא העיקר כוונתי "להגיד לאדוני" בוראי ויוצרי, להזכיר לפניך זכותי וזכות הצדיקים "למצוא חן בעיניך". והזוכר חסדי אבות יעלה זכרונינו לפניו לרחמים ולרצון אמן.
Et de même "et j'ai acquis bœuf et âne" (Bereshit 32,6) est aussi selon cette intention : que pour Esav cela s'entende selon le sens simple, à savoir que les bénédictions de mon père ne se sont pas réalisées en moi ; mais vous, vous viserez à mentionner devant Lui, béni soit Son nom, le mérite des grands tsadikim, Yossef et le Machiah fils de David. "Et j'ai envoyé pour l'annoncer à mon seigneur, afin de trouver grâce" : c'est-à-dire que Yaacov, lui aussi, priait alors devant Lui tout en parlant avec les anges, et il a dit que ce "j'ai envoyé" a pour intention essentielle "de l'annoncer à mon seigneur", mon Créateur et mon Formateur, de mentionner devant Toi mon mérite et le mérite des tsadikim, "afin de trouver grâce à Tes yeux".
Et que Celui qui se souvient des bontés des pères fasse monter notre souvenir devant Lui pour la miséricorde et pour la faveur, amen.
או יאמר "וישלח כו'", דאיתא בגמרא "לעתיד היצר הרע לצדיקים נדמה כהר ולרשעים כחוט השערה", ומדקדקים העולם למה נדמה לכל אחד היפך האמת, דלצדיקים מהראוי שידמה להם כחוט השערה, שלהם היה קל לכבוש את יצרם, ולרשעים בהיפך היה קשה להם לכבוש את יצרם כהר.
Ou bien on dira "et il envoya, etc." ainsi : il est rapporté dans la Guemara que "à l'avenir, le mauvais penchant (yetser hara) apparaîtra aux tsadikim comme une montagne, et aux méchants comme un fil de cheveu" (Souca 52a). Et les gens s'interrogent avec précision : pourquoi apparaît-il à chacun à l'inverse de la vérité ?
Car aux tsadikim il conviendrait qu'il apparaisse comme un fil de cheveu, puisqu'il leur était facile de dominer leur penchant ; et aux méchants, l'inverse, puisqu'il leur était difficile, comme une montagne, de dominer leur penchant.
ואמינא לפרש שכן הוא האמת לצדיקים כהר ולרשעים כשערה, דאיתא בגמרא "לא כאברהם שקרא לבית המקדש הר - בהר ה' יראה, ולא כיצחק שקראו שדה - ויצא יצחק לשוח כו', אלא כיעקב שקראו בית". ולהבין באמת הטעם שאברהם קראו הר ויצחק קראו שדה, יש לומר דהנה האבות רמזו על מקדש ראשון ושני ועל העתיד שיבנה במהרה בימינו, דהיינו אברהם קראו "הר", זה המקדש ראשון שאז היו צדיקים גדולים ההולכים תמיד בדביקות, ע"ד שאמרו חז"ל טובים צפורנן של ראשונים מכריסן של אחרונים, והר הוא רמז לעולמות העליונים אשר לית בהם תפיסה כלל כי אם במחשבה, ודביקות הוא עולם המחשבה, ולכן אמר אברהם בהר ה' יראה, דהיינו הצדיקים שיהיו במקדש ראשון יהיו יכולים לתקן הכל בדביקות שלהם, שזה רמז ראייה, דהיינו עיוני שכליות ודביקות.
Et je dis, pour expliquer, qu'ainsi est bien la vérité : aux tsadikim comme une montagne et aux méchants comme un cheveu. Car il est rapporté dans la Guemara : "Non pas comme Avraham, qui a appelé le Temple 'montagne' - 'sur la montagne du Nom il sera vu' (Bereshit 22,14) ; ni comme Yitshak, qui l'a appelé 'champ' - 'et Yitshak sortit converser dans le champ, etc.' (Bereshit 24,63) ; mais comme Yaacov, qui l'a appelé 'maison'" (Pessahim 88a).
Et pour comprendre en vérité la raison pour laquelle Avraham l'a appelé "montagne" et Yitshak l'a appelé "champ", on peut dire ceci : les patriarches ont fait allusion au premier et au second Temple, ainsi qu'à celui de l'avenir, qui sera bâti bientôt et de nos jours. À savoir : Avraham l'a appelé "montagne", et c'est le premier Temple, où il y avait alors de grands tsadikim qui marchaient constamment dans l'attachement (devekout), selon ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : "meilleurs sont les ongles des premiers que le ventre des derniers" (Yoma 9b).
Et la montagne est une allusion aux mondes supérieurs, dans lesquels il n'y a aucune prise, sinon par la pensée ; or l'attachement est le monde de la pensée. C'est pourquoi Avraham a dit "sur la montagne du Nom il sera vu", à savoir que les tsadikim qui seraient au premier Temple pourraient tout réparer (tikoun) par leur attachement, ce à quoi fait allusion la "vision", c'est-à-dire la contemplation intellectuelle et l'attachement.
וזהו "אשא עיני אל ההרים" ר"ל לעולמות העליונים, "מאין יבא עזרי" ר"ל מעולם המחשבה הנקרא "אין" יבא עזרי. וזהו "ועלו מושיעים בהר ציון לשפוט את הר עשו" דאת זה לעומת זה עשה אלקים ובמדרגת הר ציון ישפוט את הר עשו.
ובזה יתורץ מה שיש לדקדק בפסוק "ויקרא אברהם כו' בהר ה' יראה" שלכאורה מתחילה היה ראוי לומר בכתוב השני שליחות של שני המלאכים בזה אחר זה, ואח"כ ויקרא אברהם כו', ולפי דרכינו ניחא, דכוונת אברהם אבינו ע"ה הוא שיהיו יכולים לתקן הכל בדביקות ולכן קראו הר כנ"ל, "ויקרא מלאך ה' שנית ויאמר הרבה ארבה את זרעך" ובוודאי לא יהיו יכולים להיות כולם במדריגה אחת גדולה, וצריכין איזה אופן אחר לתקן במדריגה קטנה לפי מדרגתם.
Et c'est "je lève mes yeux vers les montagnes" (Tehilim 121,1), c'est-à-dire vers les mondes supérieurs ; "d'où viendra mon secours", c'est-à-dire : du monde de la pensée, appelé "Ayin" (le Néant), viendra mon secours. Et c'est "et des sauveurs monteront sur la montagne de Tsion pour juger la montagne d'Esav" (Ovadia 1,21), car "l'un en face de l'autre Él-kim les a faits" (Kohelet 7,14), et c'est au degré de la montagne de Tsion qu'il jugera la montagne d'Esav.
Par là se résout aussi ce qu'il y a à relever avec précision dans le verset "et Avraham appela, etc., sur la montagne du Nom il sera vu" (Bereshit 22,14) : car à première vue il aurait convenu de rapporter d'abord, dans le second passage, les deux appels de l'ange l'un après l'autre, et ensuite seulement "et Avraham appela, etc.". Mais selon notre voie cela s'accorde bien, car l'intention d'Avraham notre père, la paix soit sur lui, est qu'ils puissent tout réparer par l'attachement, et c'est pourquoi il l'a appelé "montagne" comme ci-dessus.
"Et l'ange du Nom appela une seconde fois et dit : je multiplierai grandement ta descendance" (Bereshit 22,15-17) : et assurément ils ne pourront pas tous se tenir à un seul et même degré élevé, et il faut alors quelque autre manière de réparer, à un degré moindre, selon leur niveau.
וזה שקראו יצחק "שדה", דהיינו בית המקדש שני שלא היו צדיקים כראשונים, היו צריכין לתקן שיהיה להם קיום ע"י הדיבור, ובבית שני היו בו שנאת חנם ועל ידי זה היה כח בעשו להיות לו אחיזה בהשדה דהיינו בבהמ"ק ע"ד "ועשו יודע ציד איש שדה", וזה שהיה עשו "איש שעיר" הוא רמז שכחו היה ע"י שנאת חנם, כמו שמצינו שאמר איוב להקב"ה שמא נתחלף לך בין איוב לאויב, והשיב לו הקב"ה "מי פלג לשטף תעלה" ודרשו חז"ל בין שער לשער לא נתחלף לי, שאלמלא שני שערות יוצאות בגומא אחת היו מכחישים מאור עינים ע"ש, וזה רמז השער לשנאת חנם, דהיינו פירוד כמו השערות שהם מפורדים כל אחד בגומא לעצמה. והיה יצחק אבינו ע"ה רוצה לתקן לישראל לשבר את כח עשו ע"י הדיבור, וזהו "ויצא יצחק לשוח בשדה", "שיח" הוא לשון דיבור, מחמת שבבית שני לא היו צדיקים כ"כ כראשונים והיו צריכין לתקן במדריגה שהיא למטה מהראשונה, ולכן קראו "שדה" רמז למדריגה תחתונה הנקרא שדה שהיא למטה ממדרגת הר הנ"ל.
Et c'est ce que Yitshak a appelé "champ", à savoir le second Temple, où les tsadikim n'étaient pas comme les premiers : ils avaient besoin de réparer de façon à avoir un maintien par la parole. Et dans le second Temple il y avait la haine gratuite (sinat hinam), et par cela Esav avait la force d'avoir une prise dans le champ, c'est-à-dire dans le Temple, selon "et Esav était un homme sachant chasser, un homme des champs" (Bereshit 25,27).
Et ce qu'Esav était "un homme velu" (ish saïr) (Bereshit 27,11) fait allusion à ce que sa force lui venait par la haine gratuite. Ainsi que nous trouvons qu'Iyov dit au Saint béni soit-Il : peut-être as-Tu confondu entre "Iyov" (איוב) et "oyev" (אויב, l'ennemi) ?
Et le Saint béni soit-Il lui répondit : "qui a fendu un canal pour le torrent" (Iyov 38,25) ; et nos maîtres de mémoire bénie ont expliqué : entre un cheveu (sear) et un cheveu Je n'ai pas confondu, car si deux cheveux sortaient d'un même follicule, ils affaibliraient la lumière des yeux - vois-y (Bava Batra 16a). Et c'est là l'allusion du "cheveu" à la haine gratuite, c'est-à-dire à la séparation, comme les cheveux qui sont séparés, chacun dans son follicule propre.
Et Yitshak notre père, la paix soit sur lui, voulait réparer pour Israël et briser la force d'Esav par la parole ; et c'est "et Yitshak sortit converser (lasouah) dans le champ" (Bereshit 24,63), car "siah" est un terme de parole. Parce qu'au second Temple les tsadikim n'étaient pas autant que les premiers, et qu'il fallait réparer à un degré inférieur au premier, c'est pourquoi il l'a appelé "champ", allusion au degré inférieur appelé "champ", qui est au-dessous du degré de la "montagne" mentionné ci-dessus.
וזהו "וישלח יעקב מלאכים" ר"ל דיבורים של הצדיק נקראים מלאכים, "לפניו" ר"ל במדריגה תחתונה שהיה לפניו תיקן יעקב, "אל עשו אחיו" רמז שהיפך הדינים לרחמים ע"י הדיבור שלו, "ארצה שעיר" ר"ל שע"י שנאת חנם בעוה"ר הנרמז במלת שעיר כנ"ל, היה לו אחיזה בהשדה להיות שדה אדום.
Et c'est "et Yaacov envoya des messagers (malakhim)", c'est-à-dire que les paroles du tsadik sont appelées "malakhim" (anges, messagers) ; "devant lui", c'est-à-dire qu'au degré inférieur qui était devant lui, Yaacov a réparé ; "vers Esav son frère", allusion à ce qu'il a retourné les rigueurs (dinim) en miséricordes par sa parole ; "vers le pays de Séir", c'est-à-dire que par la haine gratuite, pour nos nombreux péchés, à laquelle fait allusion le mot "Séir" comme ci-dessus, il avait une prise dans le champ, en sorte que ce soit un champ d'Edom.
ונמצא צדקו דברי חז"ל, "צדיקים נדמה להם כהר", דהיינו הצדיקים הגדולים שעבדו את השם בדביקות תמיד הנקרא בשם הר כנ"ל, נדמה להם כפי מדרגתם כהר, "ולהרשעים" שקלקלו ונתנו כח להשעיר הוא עשו, "נדמה להם כשער" לפי מדרגתם שקלקלו.
Il se trouve ainsi que les paroles de nos maîtres de mémoire bénie sont justes : "aux tsadikim il apparaît comme une montagne", à savoir les grands tsadikim qui ont servi le Nom constamment dans l'attachement, ce qui est appelé du nom de "montagne" comme ci-dessus : il leur apparaît, selon leur degré, comme une montagne. "Et aux méchants", qui ont corrompu et ont donné force au "saïr", c'est-à-dire Esav, "il leur apparaît comme un cheveu", selon leur degré, à eux qui ont corrompu.
וזה שאמר יצחק "ראה ריח בני כריח שדה", דלכאורה מלת "ראה" אינו מובן כלל פירושו. אך לפי דרכינו יבואר ג"כ פירושו בדרך הנ"ל.
דהיינו יצחק אבינו ע"ה היה רוצה ג"כ לתקן בגלות המר, אם יהיה צדיק כזה שיעבוד בדביקות שזה נקרא בן להשי"ת, יהיה כח בידו לתקן את השדה ע"י הראייה היינו הדביקות כנ"ל, וזהו "ראה ריח בני" ר"ל ע"ד הכתוב "הדודאים נתנו ריח - אלו בחורי ישראל שלא טעמו טעם חטא".
Et c'est ce qu'a dit Yitshak : "vois, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ" (Bereshit 27,27) : car à première vue le sens du mot "vois" (reeh) n'est pas du tout compréhensible. Mais selon notre voie, son sens s'expliquera lui aussi de la manière indiquée ci-dessus.
À savoir : Yitshak notre père, la paix soit sur lui, voulait lui aussi réparer dans l'exil amer ; s'il se trouve un tsadik tel qu'il serve dans l'attachement, ce qui est appelé "fils" pour le Nom béni soit-Il, il aura le pouvoir de réparer le champ par la "vision", c'est-à-dire par l'attachement comme ci-dessus. Et c'est "vois l'odeur de mon fils", c'est-à-dire selon le verset "les mandragores ont donné leur odeur" (Shir haShirim 7,14) - "ce sont les jeunes gens d'Israël qui n'ont pas goûté le goût de la faute".
וזהו שאמר יעקב "כי יפגשך עשו אחי ושאלך לאמר למי אתה כו'", דרש"י ז"ל פירש התקין עצמו לג' דברים לדורון לתפילה ולמלחמה. ולכאורה הוא בהיפך, שמתחילה היה מתפלל ואח"כ לקח דורון לשלוח, ואם לא יועיל הדורון יערוך עמו מלחמה.
אך כוונת יעקב היה ג"כ לתקן דורות הבאים וללמדם איך יתקיימו בגלות המר בין האומות, דמעשה אבות הם סימן לבנים שיעשו כמותם, וכיוון יעקב בשליחות הדורון במינים הללו עיזים רחלים כו', שיהא מרומז בדורון הזה כוונת תפלה שלימה להשי"ת ב"ה, וזהו "כי יפגשך עשו אחי כו'", ר"ל אם ירצה הקטרוג לקטרג חלילה על ישראל לאמר "למי אתה", ר"ל מי בכם בישראל שיוכל לומר "אתה", דהיינו שיברך ברכה כתקנה דהיינו ברוך אתה, "ואנה תלך" ר"ל ואנה הוא המעשים טובים אשר תהיה בהם הולך בעבודתו יתברך שמו, "ולמי אלה לפניך" ר"ל מי בכם שיוכל לשבר את כח הע"ז המרומז במלת "אלה אלקיך ישראל".
Et c'est ce qu'a dit Yaacov : "si Esav mon frère te rencontre et t'interroge en disant : à qui es-tu, etc." (Bereshit 32,18), verset sur lequel Rachi de mémoire bénie a expliqué qu'il s'est préparé à trois choses : au présent (doron), à la prière et à la guerre (Rachi sur Bereshit 32,9). Et à première vue c'est l'inverse, car d'abord il priait, puis il a pris un présent à envoyer, et si le présent n'est d'aucun secours il lui livrera bataille.
Mais l'intention de Yaacov était aussi de réparer pour les générations à venir et de leur enseigner comment subsister dans l'exil amer parmi les nations, car les actes des pères sont un signe pour les fils, afin qu'ils fassent comme eux. Et Yaacov a visé, en envoyant le présent avec ces espèces-là, chèvres, brebis, etc., qu'il soit fait allusion dans ce présent à l'intention d'une prière parfaite au Nom, béni soit-Il.
Et c'est "si Esav mon frère te rencontre, etc.", c'est-à-dire : si l'accusation veut accuser, à Dieu ne plaise, Israël, en disant "à qui es-tu (lemi ata)", c'est-à-dire : qui parmi vous, en Israël, peut dire "Ata" (Toi), à savoir réciter une bénédiction selon la règle, c'est-à-dire "Baroukh Ata" ; "et où vas-tu", c'est-à-dire : où sont les bonnes actions dans lesquelles tu marcherais dans Son service, béni soit Son nom ; "et à qui sont ceux-là (éleh) devant toi", c'est-à-dire : qui parmi vous peut briser la force de l'idolâtrie (avoda zara), a laquelle fait allusion le mot "éleh" dans "voici (éleh) tes dieux, Israël" (Shemot 32,4).
"ואמרתם מנחה היא שלוחה" ר"ל דבר גדול יש לנו, דהיינו תפילת מנחה שאנו שולחים להשי"ת ב"ה, דאליהו לא נענה אלא בתפלת מנחה, "לאדוני לעשו" ר"ל בעת תפילת המנחה אז הוא התגברות כח הדינים שרוצים להיות אדונים עלינו חלילה, וזהו "לאדוני לעשו" דהיינו הדינים המכונים בשם עשו, רוצים להתגבר ולהיות אדונים, אנו משברים אותם ע"י תפילת מנחה. "והנה גם הוא אחרינו" ר"ל עוד דבר גדול יש לנו בשעת תפילת מנחה, שאז הוא הזיווג העליון למעלה למעלה בקומה שלימה כידוע, ואף שהזיווג הוא אחור באחור כידוע, דבבוקר הזיווג הוא פנים בפנים אבל הוא למטה, אבל בעת תפילת מנחה הוא בקומה שלימה, ובזה יפה כחנו לשבר כח הקליפות והדינים, וזהו "והנה גם הוא אחרינו" ר"ל הגם שהזיווג הוא אז באחוריים כנ"ל, אבל הוא במדרגת 'הוא', דהיינו זיווג עליון הנקרא 'הוא'.
והבן.
"Et vous direz : c'est un présent (minha) envoyé" (Bereshit 32,19), c'est-à-dire : nous avons une grande chose, à savoir la prière de minha que nous envoyons au Nom, béni soit-Il, car Eliyahou ne fut exaucé qu'à la prière de minha (Berakhot 6b). "À mon seigneur, à Esav", c'est-à-dire : à l'heure de la prière de minha, c'est alors le renforcement de la force des rigueurs (dinim), qui veulent devenir nos maîtres, à Dieu ne plaise ; et c'est "à mon seigneur, à Esav", à savoir les rigueurs désignées du nom d'Esav, qui veulent prévaloir et devenir maîtres, et nous les brisons par la prière de minha.
"Et voici, lui aussi est derrière nous", c'est-à-dire : nous avons encore une grande chose à l'heure de la prière de minha, car c'est alors qu'a lieu l'union supérieure (zivoug), tout en haut, en stature entière (koma shelema), comme cela est connu. Et bien que cette union soit dos à dos (a'hor be-a'hor), comme cela est connu - car le matin l'union est face à face, mais elle est en bas, tandis qu'à l'heure de la prière de minha elle est en stature entière - par cela notre force est belle pour briser la force des kelipot (écorces) et des rigueurs.
Et c'est "et voici, lui aussi (hou) est derrière nous", c'est-à-dire : bien que l'union se fasse alors par les arrières (ahorayim) comme ci-dessus, elle est cependant au degré de "Hou" (Lui), à savoir l'union supérieure appelée "Hou". Et comprends.
וזה שרמז יעקב בהדורון ששלח עיזים מאתים, דאיתא בגמרא "מאי טעמא עיזין מסגין ברישא", יש לומד שרמזו חז"ל על ראשי עם המתגאים על הציבור שלא לשם שמים, וזהו "עיזין" לשון עזי פנים, "מסגין ברישא" ר"ל שהן ראשי עם, "כברייתא של עולם חשוכא והדר נהורא", דהיינו בביאת משיח צדקינו אז יהיה נהורא דהיינו צדיקים, והוא יהיה לנו לראש. וזהו הפירוש כאן "עיזים" ר"ל זה טענה לשבר כח הקליפות וכח הקטרוג דהיינו שהם עזי פנים, "מאתים" ר"ל יש בנו כח להמתיקם, דהנה הקליפה היא עשתי עשר וכל המוסיף גורע, דהיינו העי"ן הניתוסף אל תיבת "שתי", נעשה מנין פחות, וגם כאן תיבת "מאתים" אם נוסיף לו אות אלף בתחילתה יהיה "אמתים", ונמצא האל"ף הוא מגרע שפירושו ב' אמות דהיינו סך מועט, דעם אות אלף נמתקים הדינים, דהיינו אל"ף של אדני נמתקים הג' אותיות די"ן.
Et c'est ce à quoi Yaacov a fait allusion dans le présent qu'il a envoyé, "deux cents chèvres" (Bereshit 32,15), car il est rapporté dans la Guemara : "pour quelle raison les chèvres marchent-elles en tête ?" (Chabbat 77b). On peut dire que nos maîtres de mémoire bénie ont fait la allusion aux chefs du peuple qui s'enorgueillissent au-dessus de la communauté, non pour l'amour du Ciel.
Et c'est "izin" (chèvres), au sens de "azei panim" (effrontés) ; "mesgan berisha" (elles marchent en tête), c'est-à-dire qu'ils sont les chefs du peuple ; "comme à la création du monde : d'abord l'obscurité, puis la lumière", à savoir qu'à la venue de notre Machiah juste, alors il y aura la lumière, c'est-à-dire les tsadikim, et lui sera pour nous a la tête. Et voici l'explication ici de "izim" (chèvres) : c'est-à-dire que c'est là un argument pour briser la force des kelipot et la force de l'accusation, à savoir qu'ils sont des effrontés ; "matayim" (deux cents), c'est-à-dire qu'il y a en nous la force de les adoucir.
Car voici, la kelipa est "onze" (עשתי עשר), et "quiconque ajoute retranche" : le ayin ajoute au mot "shtei" (שתי, deux, qui donnerait douze) fait un nombre moindre. Et ici de même, le mot "matayim" (מאתים), si nous lui ajoutons la lettre alef au début, devient "amatayim" (אמתים) : il se trouve que le alef diminue, puisque son sens est alors deux coudées, c'est-à-dire une petite quantité.
Car par la lettre alef les rigueurs sont adoucies, à savoir que le alef du Nom "Ad-nay" (אדנ-י) adoucit les trois lettres qui forment "din" (די"ן, rigueur).
או יאמר "מ"ט עיזין מסגין ברישא", דהנה קודם כל מעשינו שאנו עושים להשי"ת צריכין אנו מתחילה להתוודות על עונותינו, וזהו "עיזין" ר"ל חטאים העזין, הן "מסגין ברישא", אנו מתוודים בתחילה, "כברייתא של עולם חשוכא והדר נהורא", וזהו ג"כ הפירוש "עיזים", ר"ל החטאים, הם נמתקים ע"י מאתים, כנ"ל ע"י אות אל"ף הם נמתקים.
Ou bien on dira : "pour quelle raison les chèvres marchent-elles en tête ?" Car voici, avant tous les actes que nous accomplissons pour le Nom béni soit-Il, nous devons d'abord confesser nos fautes. Et c'est "izin", c'est-à-dire les fautes effrontées (azin) ; elles "marchent en tête", à savoir que nous les confessons en premier ; "comme à la création du monde : d'abord l'obscurité, puis la lumière".
Et c'est aussi l'explication de "izim" (chèvres), c'est-à-dire les fautes : elles sont adoucies par "matayim", comme ci-dessus, c'est-à-dire qu'elles sont adoucies par la lettre alef.