נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayishlach (1/3)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et Yaakov envoya des messagers devant lui » (Berechit 32,4). Pour le Noam Elimele'h, le service du tsadik est de s'attacher à D.ieu et de fixer son âme sous le Trône de Gloire ; le corps affiné s'y attache aussi. « Tefila » signifie cet attachement (devekout) : par des prières pures, le tsadik escorte les anges créés de ses paroles, et son corps les aide à monter. Par là Esav devient son frère en bas, au pays de Séir, et en haut, dans le champ d'Edom. « Ordonne » est un empressement : les paroles deviennent si fortes que la chose se dit d'elle-même, par le devekout du reste des prières.

Aussi : les pensées de la semaine qui ferment le Chabbat les portes des prières ; Lavan, yetser hara blanchi par la soumission d'étranger ; la confession qui rend beinoni et les deux camps, parole et pensée.

וישלח יעקב מלאכים לפניו כו'. נראה לפרש על דרך הרמז, דהנה הצדיק כל עבודתו הוא להיותו דבוק בו יתברך ויתעלה, ולדבק נשמתו תחת כסא הכבוד מקום שרשו, והצדיק המזכך את גופו ומטהר עצמו מכל התאוויות החיצונים אזי גם גופו הטהור דבוק בו יתברך.

וזה הוא לשון "תפילה", דהיינו דביקות כמו "נפתולי אלקים כו'", שע"י התפילות הזַכוֹת והצלולות במחשבות טהורות נתדבק בו ית'. וזהו "וישלח" לשון לוויה, כמו "ויצו פרעה אנשים וישלחו אותו" תרגום "וישלחו" - "ואלוויאו", ר"ל שהצדיק מלווה את המלאכים הנשלחים לפניו, דהיינו הדיבורים היוצאים מפי הצדיק נבראים מהם מלאכים, והיינו שגם גופו הטהור הוא מסייע להמלאכים שלו שיעלו למעלה, "לפניו אל עשו אחיו" ר"ל עי"ז גורם שעשו נעשה אחיו.

"ארצה שעיר שדה אדום" פירוש שנעשה אחיו למטה, לזה רמז "ארצה שעיר", וגם נעשה אחיו למעלה דהיינו בעולם שלו הנקרא "שדה אדום", השר של אדום נעשה ג"כ אחיו.

"Et Yaacov envoya des messagers devant lui, etc." (Bereshit 32,4). Il semble qu'on puisse l'expliquer par voie d'allusion (remez), car voici : tout le service du tsadik consiste à être attaché à Lui, béni et élevé soit-Il, et à attacher son âme sous le Trône de Gloire, lieu de sa racine ; et le tsadik qui affine son corps et se purifie de tous les désirs extérieurs, alors son corps purifié lui aussi est attaché à Lui, béni soit-Il.

Et c'est là le sens du mot "tefila" (prière), c'est-à-dire l'attachement (devekout), comme dans "les luttes (naftouley) d'Elok-im, etc." (Bereshit 30,8) : car par les prières pures et limpides, faites dans des pensées pures, il s'attache à Lui, béni soit-Il. Et c'est "vayishlah" (et il envoya), au sens d'accompagnement (levaya), comme dans "et Pharaon ordonna à des hommes et ils l'accompagnèrent (vayeshalhou)" (Bereshit 12,20), que le Targoum rend, pour "vayeshalhou", par "veilviouhi" (et ils l'escortèrent).

Cela veut dire que le tsadik escorte les anges envoyés devant lui, à savoir : des paroles qui sortent de la bouche du tsadik sont créés des anges ; et ainsi son corps purifié lui aussi aide ses anges à monter en haut. "Devant lui, vers Esav son frère" : cela veut dire que par ce moyen il fait qu'Esav devienne son frère.

"Vers le pays de Séir, le champ d'Edom" : cela signifie qu'il devient son frère en bas - c'est ce qu'allusionne "vers le pays de Séir" - et qu'il devient aussi son frère en haut, c'est-à-dire dans son monde à lui, appelé "le champ d'Edom" : le prince (sar, ange tutélaire) d'Edom devient lui aussi son frère.

"ויצו אותם לאמר" פירוש "צו" הוא לשון זירוז כדאיתא ין צו אלא זירוז, דהיינו שהצדיק מוציא דבריו מפיו הקדוש בקדושה ובזירוז כ"כ עד שהם נעשים חזקים כ"כ "לאמר" פירוש שייאמר ממילא הדבר הזה שיתהפך עשו לאחיו, כי בוודאי אין מן הנכון לעשות זאת עיקר התפילה, רק ע"י הדביקות בשאר תפילותיו ודיבוריו של הצדיק במחשבות טהורות וצלולות ממילא יוצא הדבר הזה לפעולתו שגם אויביו ישלים עמו.

"Et il leur ordonna en disant" (Bereshit 32,5). Le sens de "tsav" (ordonne) est un langage d'empressement (zerizout), comme il est enseigné : "tsav n'est rien d'autre qu'empressement" (Rachi sur Vayikra 6,2 ; Kidoushin 29a).

C'est-à-dire que le tsadik fait sortir ses paroles de sa bouche sainte avec sainteté et avec un tel empressement qu'elles deviennent tellement fortes que - "lemor" (pour dire) - cette chose se dira d'elle-même, à savoir qu'Esav se changera en son frère. Car assurément il ne convient pas de faire de cela l'essentiel de la prière ; c'est seulement par l'attachement (devekout) qui se trouve dans le reste des prières et des paroles du tsadik, dans des pensées pures et limpides, que cette chose sort d'elle-même à son effet, de sorte que même ses ennemis font la paix avec lui.

‎וזהו רמז שצוה ירמיהו הנביא (ירמיהו יז, כב) "ולא תוציאו משא מבתיכם ביום השבת", דהנה כפי הנהגתו של אדם כל ימי השבוע ימי החול במחשבות טהורות בתפילה, אזי בשבת קודש נתוספת בו קדושה יתירה יותר ויותר, וכן להיפוך ח"ו אם הולך שובב בדרך לבו במחשבות זרות ומעורבבות, אזי ביום השבת כל המחשבות של ימי החול במחשבות חוץ ופיגול וח"ו נסתמים שערי תפילות מלעלות תפילות ישראל, דהיינו שעומדים על פתח השערים העליונים ומעכבים תפילות שער ישראל. וזהו שהזהיר אותם הנביא "ולא תוציאו משא מבתיכם ביום השבת" דהיינו המחשבות זרות שהם כמשא גדול ועוברים לפניו ביום השבת מחמת שחשב בהם כל ימי החול, "והביאו אותם בשערי ירושלים" דהיינו שלא תביאו אותם התפילות המתפגלים במחשבות זרות בשערים העליונים ועומדים על פתח השער ומעכבים תפילת ישראל לעלות דרך השערים.

ואיך לא יעלה מורא על ראשו וחרדה גדולה בלב האדם השפל עד היכן גורם בעוונו לו ולאחרים.

Et c'est là l'allusion contenue dans ce qu'a ordonné le prophète Yirmiyahou (Yirmiyahou 17,22) : "et vous ne sortirez pas de fardeau de vos maisons le jour du Chabbat". Car voici : selon la conduite de l'homme durant tous les jours de la semaine, les jours profanes, avec des pensées pures dans la prière, alors au Chabbat saint s'ajoute en lui une sainteté supplémentaire, de plus en plus.

Et de même à l'inverse, à Dieu ne plaise : s'il va, dévoyé, suivant la voie de son cœur, avec des pensées étrangères et confuses, alors le jour du Chabbat toutes les pensées des jours profanes - pensées extérieures et souillées (pigoul) - à Dieu ne plaise, ferment les portes des prières et empêchent les prières d'Israël de monter ; c'est-à-dire qu'elles se tiennent à l'entrée des portes d'en haut et retiennent les prières à la porte d'Israël. Et c'est ce dont le prophète les a avertis : "et vous ne sortirez pas de fardeau de vos maisons le jour du Chabbat", c'est-à-dire les pensées étrangères, qui sont comme un lourd fardeau et qui passent devant lui le jour du Chabbat parce qu'il y a pensé tous les jours de la semaine ; "et vous les ferez entrer par les portes de Yerouchalayim" : c'est-à-dire, n'introduisez pas ces prières souillées par des pensées étrangères dans les portes d'en haut, où elles se tiennent à l'entrée de la porte et empêchent la prière d'Israël de monter par les portes.

Et comment la crainte ne monterait-elle pas sur sa tête, et un grand tremblement dans le cœur de l'homme vil, en voyant jusqu'où sa faute porte préjudice, à lui-même et à autrui !

"כה תאמרון לאדוני לעשו", הנה התורה הקדושה מלמדת אותנו איך להתנהג בגלות המר הזה אשר אנחנו נתונים תחת יד האומות ואנחנו מוכרחים לקבל הגלות באהבה עד ירחם ה' עלינו ויגאלנו גאולת עולם במהרה, ובעוד שאנחנו בגלות המר אנו מוכרחים להיות נכנעים לפניהם ולקוראם אדונים. וזהו "כה תאמרון לאדוני לעשו", ר"ל שתקראו אותו אדון בדברכם עמו, ואז כאשר יוסיף להרע לכם יותר מן הראוי במסים וארנוניות - גזל יהיה בידם, ועל ידי זה ירחם ה' עלינו, כי די לו בזה שאנחנו נכנעים לפניו וחולקים לו כבוד.

"Ainsi vous direz à mon seigneur, à Esav" (Bereshit 32,5). Voici que la Torah sainte nous enseigne comment nous conduire dans cet exil amer où nous sommes livrés sous la main des nations, et où nous sommes contraints de recevoir l'exil avec amour, jusqu'à ce que le Nom ait pitié de nous et nous délivre d'une délivrance éternelle, promptement.

Et tant que nous sommes dans l'exil amer, nous sommes contraints de nous soumettre devant elles et de les appeler "seigneurs". Et c'est "ainsi vous direz à mon seigneur, à Esav" : cela veut dire que vous l'appellerez seigneur en lui parlant ; et alors, lorsqu'il continuera à vous faire du mal plus qu'il ne convient, par des impôts et des taxes, ce sera un vol dans leur main, et par cela le Nom aura pitié de nous - car il lui suffit que nous soyons soumis devant lui et que nous lui rendions honneur.

"עם לבן גרתי ואחר עד עתה", דהנה "לבן" אותיות "נבל", דהיינו היצר הרע נקרא נבל, ואחר שיזכה האדם לעבוד בשני יצרים כאמור "בכל לבבך - בשני יצריך", אזי היצה"ר נהפך ללבן דהיינו לובן העליון. ואימת יזכה אדם לזה? העיקר הוא ע"י הכנעה שיחזיק עצמו בזה העולם כגר, וזהו "עם לבן" פירוש שזכיתי שיהיה היצה"ר נהפך מנבל ללבן, היתה הסיבה לזה, "גרתי" לשון גירות, דהיינו שהחזקתי עצמי כגר בהכנעה גדולה, ובכל זאת לא עלתה בידי בימים מועטים, כי אם "ואחר עד עתה" פירוש שאחרתי בעבודה הזאת יום אחר יום ושנה אחר שנה, וזהו שאמרתי (משנה יומא כ, ב) "וכבר אמר אנא השם ונשמע קולו", פירוש שזמן ארוך צריך האדם לצעוק "אנא השם עזרני שאזכה לעבדך באמת" ואז ונשמע קולו, אבל לא בימים מועטים.

"J'ai séjourné chez Lavan et je me suis attardé jusqu'à maintenant" (Bereshit 32,5). Car voici : "Lavan" (לבן) a les mêmes lettres que "naval" (נבל, vil), c'est-à-dire que le mauvais penchant (yetser hara) est appelé "naval".

Et lorsque l'homme mérite de servir avec ses deux penchants, selon ce qui est dit "de tout ton cœur - avec tes deux penchants", alors le mauvais penchant se change en "lavan" (blanc), c'est-à-dire en la Blancheur supérieure (loven haélyon). Et quand l'homme mérite-t-il cela ?

L'essentiel est par la soumission, en se tenant lui-même dans ce monde comme un étranger (guer). Et c'est "avec Lavan" : ce qui signifie, j'ai mérité que le mauvais penchant se change de "naval" en "lavan" ; et la cause en fut "garti" (j'ai séjourné), du langage de "guerout" (condition d'étranger), c'est-à-dire que je me suis tenu moi-même comme un étranger, dans une grande soumission.

Et malgré tout cela je n'y suis pas parvenu en peu de jours, mais bien "et je me suis attardé jusqu'à maintenant" : ce qui signifie que je me suis attardé à ce service jour après jour et année après année. Et c'est ce que j'ai dit (Michna Yoma 20,2) : "et il a déjà dit : de grâce, ô Nom - et sa voix fut entendue" ; ce qui signifie que l'homme doit crier longtemps "de grâce, ô Nom, aide-moi à mériter de Te servir en vérité", et alors sa voix est entendue - mais non en peu de jours.

‎ואם תאמר ומהיכן יהיה פרנסתו של אדם? לזה אמר "ויהי לי שור וחמור" דהיינו שהפרנסה בא ממילא אם עושים רצונו של מקום. "ואשלחה להגיד לאדוני למצוא חן בעיניך", ר"ל כי כן דרך האומות בראותם כבוד ועושר ישראל אזי הוא חביב ונושא חן בעיניהם אף שאינו נהנה מישראל אעפ"כ נושא חן בעיניהם.

"וישובו המלאכים אל יעקב לאמר באנו אל אחיך כו'", ר"ל הרמז הגם שהדיבורים של הצדיק פועלים ונכנסים בלב עשו שיתהפך לאחיו כנ"ל, אעפ"כ "וגם הולך לקראתך" פירוש אעפ"כ הוא מתנגד והולך לקראתך ומעשיו הם התנגדות והיפך מעשיך הטובים. "וארבע מאות איש עמו" רמז שגם שעושה כל מעשים רעים אעפ"כ אומר שהוא בן עולם הבא, שיש לו ת' עלמין דכסופין, וזהו "עמו" שאומר שעמו הם ארבע מאות רמז לת' עלמין כנ"ל.

Et si tu dis : d'où viendra donc la subsistance de l'homme ? À cela il est dit "et j'ai eu bœuf et âne" (Bereshit 32,6), c'est-à-dire que la subsistance vient d'elle-même si l'on accomplit la volonté du Lieu (Hamakom, le Saint béni soit-Il).

"Et j'envoie l'annoncer à mon seigneur, afin de trouver grâce à tes yeux" : cela veut dire que telle est la voie des nations - quand elles voient l'honneur et la richesse d'Israël, alors il leur est cher et trouve grâce à leurs yeux ; même si elles ne tirent aucun profit d'Israël, malgré cela il trouve grâce à leurs yeux. "Et les messagers revinrent vers Yaacov en disant : nous sommes allés vers ton frère, etc." (Bereshit 32,7) : l'allusion veut dire que, bien que les paroles du tsadik agissent et entrent dans le cœur d'Esav pour qu'il se change en son frère, comme ci-dessus, malgré cela "et même il vient à ta rencontre" - ce qui signifie que, malgré cela, il s'oppose et vient à ta rencontre, et ses actes sont opposition et contraire à tes bonnes actions.

"Et quatre cents hommes avec lui" : allusion au fait que, bien qu'il commette toutes les mauvaises actions, il dit malgré tout qu'il a part au monde à venir, qu'il possède les quatre cents (ת') "olamin dikhsoufin" (mondes de délice). Et c'est "avec lui" : il dit qu'avec lui il y a quatre cents, allusion aux quatre cents mondes mentionnés.

או יאמר "ויהי לי שור וחמור" דהנה כתיב "ויאמר אלקים ישרצו המים שרץ נפש חיה ועוף יעופף על הארץ". יש לומר הרמז שע"י התורה הקדושה הנקראת "מים" יזכה האדם ל"נפש חיה" דהיינו לנשמה עליונה, "ועוף יעופף על הארץ" ר"ל שיעופף עם מחשבתו בעולמות העליונים, "ויברא אלקים את התנינים הגדולים" ופירש"י ובדברי אגדה הוא לוויתן שבראם זכר ונקבה, יש לומר שרש"י ז"ל רומז בדבריו לתרץ לשון הכתוב "ויברא" שהוא מיותר לכאורה, וגם השינוי לשון שהיה לו לומר ג"כ "ויאמר יהי תנינים כו'", אך לפי הענין הנ"ל יבואר שזה רמז על הצדיק הדבוק בו ית' הנקרא "לוויתן" לשון לווייה ודיבוק בהשי"ת ב"ה, שזה בלתי אפשרי שיבוא לאדם כי אם מאתו יתב"ש, דמעיקרא ציוה השי"ת שיעבוד אדם מעצמו המדריגה הזאת שיזכה לנשמה ולכן נאמר "ויאמר כו'", אבל המדריגה שנית שיזכה אדם לדביקות בו ית' שיהא נקרא בשם לוויתן, שיהיה בדביקות כ"כ שכמעט יהיה בטל מהמציאות עד שהשי"ת מצנן אותו, וזהו "צינן את הזכר", רמז הדביקות הנ"ל שהשי"ת מצנן בו הדביקות שלא יתבטל מהמציאות, "זכר" רמז לדביקות, "והרג את הנקבה" רמז שהוא צדיק כזה שהצד הנקבות שבו הוא היצה"ר הרג אותו לגמרי, "ומלחום לצדיקים לעתיד לבא" רמז שלהצדיקים הבאים אחריו קל להם לעבוד השי"ת ע"י שגורם הצדיק הנ"ל במעשיו "ומלחום" לשון המתקה, שהמלח ממתיק את הבשר, כמו כן המתיק הצדיק הנ"ל את היצה"ר עד שהוא קל לצדיקים העתידים לבוא לעבוד השי"ת בלי שום עמל ויגיעה, והב' מדריגות הללו נותן השי"ת להצדיק במתנה.

Ou bien on dira : "et j'ai eu bœuf et âne". Car voici, il est écrit : "et Elok-im dit : que les eaux grouillent d'un grouillement d'âme vivante, et que l'oiseau vole au-dessus de la terre" (Bereshit 1,20).

On peut dire que l'allusion est que, par la Torah sainte appelée "eaux", l'homme mérite une "âme vivante", c'est-à-dire une âme supérieure ; "et que l'oiseau vole au-dessus de la terre" veut dire qu'il volera par sa pensée dans les mondes supérieurs. "Et Elok-im créa les grands monstres marins" (Bereshit 1,21), et Rachi explique : "et selon les paroles de la aggada, c'est le Léviathan, qu'Il créa mâle et femelle" (Bava Batra 74b).

On peut dire que Rachi, de mémoire bénie, fait allusion par ses paroles à la résolution de l'expression du verset "et Il créa" (vayivra), qui paraît à première vue superflue, ainsi que du changement de formulation - car il aurait fallu dire là aussi "et Il dit : qu'il y ait des monstres marins, etc.". Mais selon le sujet exposé plus haut cela s'explique : c'est une allusion au tsadik attaché à Lui, béni soit-Il, qui est appelé "Léviathan" (livyatan), du langage de "levaya" (accompagnement) et d'attachement au Nom, béni soit-Il ; chose qu'il est impossible à l'homme d'obtenir si ce n'est de Lui, béni et sanctifié soit-Il.

Car au départ le Nom, béni soit-Il, a ordonné que l'homme travaille de lui-même pour ce degré-là, celui de mériter une âme - c'est pourquoi il est dit "et Il dit, etc.". Mais pour le second degré, celui où l'homme mérite l'attachement à Lui, béni soit-Il, au point d'être appelé du nom de Léviathan, où il est dans un attachement tel qu'il est presque annulé de l'existence, jusqu'à ce que le Nom, béni soit-Il, le refroidisse - et c'est "Il a refroidi le mâle", allusion à l'attachement mentionné : le Nom, béni soit-Il, refroidit en lui cet attachement afin qu'il ne s'annule pas de l'existence ; "mâle" est une allusion à l'attachement.

"Et Il a tué la femelle" : allusion au fait qu'il s'agit d'un tsadik tel que le côté féminin en lui, qui est le mauvais penchant, il l'a tué entièrement. "Et Il l'a salée pour les tsadikim pour le temps à venir" : allusion au fait qu'aux tsadikim qui viennent après lui il est facile de servir le Nom, béni soit-Il, grâce à ce que ce tsadik a produit par ses actes ; "oumalhoum" (et Il l'a salée) est du langage d'adoucissement, car le sel adoucit la viande - de même ce tsadik a adouci le mauvais penchant, au point qu'il est facile aux tsadikim qui viendront à l'avenir de servir le Nom, béni soit-Il, sans aucune peine ni effort.

Et ces deux degrés, le Nom, béni soit-Il, les donne au tsadik en cadeau.

‎וזהו "ויהי לי שור וחמור", דהיינו שבא לי המדריגה הזאת ממילא שנתן לי השי"ת, ד"שור" הוא לשון הסתכלות וראיה, דאחר שהצדיק מזכך גופו לגמרי אז נותן לו השי"ת שרואה ומסתכל תמיד בשמו הגדול והשם הויה ב"ה הולך לפניו תמיד, וזהו "ויהי לי שור" דהיינו מדריגה עליונה הנ"ל היה לי ממילא בחסד האל יתברך שמו, "וחמור" רמז שגם גוף החומר נזדכך היטב, "צאן כו'" רמז לכל מיני מדריגות כאשר נזכר בדברינו פעמים רבות. "ואשלחה להגיד לאדוני" פירוש ובזה אני פועל המשכה להמשיך לב עשו "למצוא חן" בעיניו.

"להגיד" הוא לשון המשכה.

Et c'est "et j'ai eu bœuf et âne" : c'est-à-dire que ce degré m'est venu de lui-même, car le Nom, béni soit-Il, me l'a donné. Car "shor" (bœuf) est un langage de contemplation et de vision : après que le tsadik a affiné son corps entièrement, alors le Nom, béni soit-Il, lui donne de voir et de contempler constamment Son grand Nom, et le Nom Havaya, béni soit-Il, va devant lui constamment.

Et c'est "et j'ai eu shor" : c'est-à-dire que le degré supérieur mentionné m'est venu de lui-même, par la bonté du Dieu béni soit Son Nom. "Et âne" (hamor) : allusion au fait que même le corps de matière (homer) a été bien affiné.

"Menu bétail, etc." : allusion à toutes sortes de degrés, comme nous l'avons mentionné bien des fois dans nos propos. "Et j'envoie l'annoncer à mon seigneur" : cela signifie que par cela j'opère une attraction, pour attirer le cœur d'Esav, "afin de trouver grâce" à ses yeux.

"Lehaguid" (annoncer) est un langage d'attraction (hamshakha).

"ויירא יעקב כו' ויצר לו", דהנה הצדיק השלם העובד ה' בתמימות בכל לבו אין כל אומה ולשון יכולים לשלוט בו להרע לו ח"ו, וכאשר רואה הצדיק שהוא מתירא ומפחד אזי "ויצר לו", הדבר הזה צער הוא לו, וזהו "ויירא יעקב" פירוש שהיה מתירא ולכן "ויצר לו", דאין זה מדרך הצדיק שיפחד ויירא משום דבר. ומה עשה? "ויחץ את העם" דהיינו שמיד חזר בתשובה והתוודה לפניו יתברך.

דהנה אנחנו אומרים בהווידוי "אנחנו ואבותינו חטאנו", ויש ליתן טעם למה אנו מזכירים חטא אבותינו, ויש לומר הענין הוא דגם אם חטא אדם אין לעשות עצמו רשע ממש נגד המקטרג, רק ירשיע עצמו במקצת ויצדיק עצמו במקצת, וזהו שאנו תולים קצת החטא באבותינו, דהיינו מה שאנחנו חטאנו הוא ע"י אבותינו שלא קדשו אותנו בקדושה שלימה וגם זה גרמה לנו שחטאנו, ובאמת אבותינו כבר הם בגן עדן ולא יזיק להם הקטרוג, רק שאנו תולין בהם כדי שלא ליתן פתחון פה להמקטרג שאנחנו עצמינו חלילה עושים עצמינו רשעים, ונמצא בהתוודות אדם חטאיו עושה עצמו בינוני, וזהו שאמר "כגון אנו בינונים". וזהו "ויחץ את העם" פירוש דהיינו שלימד את העם אשר אתו שיתוודו ויעשו עצמם בינונים כנ"ל דהיינו מחצה על מחצה, כי להצדיק את עצמו בוודאי אי אפשר רק להעשות בינונים.

ואחר הווידוי והחרטה של הצדיק אזי הוא חוזר לאיתנו הראשון, לקדושתו ומדריגתו לדיבורו בקדוש ומחשבתו בקדושה, וזה נקרא שני מחנות, דהיינו מחנה אחת למטה הוא הדיבור הקדוש ומחנה השנית למעלה בעולם המחשבות. וזהו "אם יבא עשו אל המחנה האחת והכהו והיה המחנה הנשאר לפליטה", ולכאורה מלת "לפליטה" הוא מיותר, שהיה לומר "השנית תשאר".

"Et Yaacov eut très peur, etc., et il fut angoissé" (Bereshit 32,8). Car voici : le tsadik parfait, qui sert le Nom avec intégrité de tout son cœur, aucune nation ni aucune langue ne peut le dominer pour lui faire du mal, à Dieu ne plaise.

Et lorsque le tsadik voit qu'il craint et qu'il a peur, alors "il fut angoissé" : cette chose même lui est une peine. Et c'est "et Yaacov eut peur", ce qui signifie qu'il craignait, et c'est pourquoi "il fut angoissé" - car il n'est pas dans la voie du tsadik d'avoir peur et de craindre quoi que ce soit.

Et que fit-il ? "Et il divisa le peuple" : c'est-à-dire qu'aussitôt il revint en techouva et se confessa devant Lui, béni soit-Il.

Car voici, nous disons dans la confession (vidouy) : "nous et nos pères avons fauté", et il faut donner une raison pour laquelle nous mentionnons la faute de nos pères. On peut dire que la chose est ainsi : même si l'homme a fauté, il ne doit pas se rendre lui-même absolument coupable face à l'accusateur (mekatreg), mais se déclarer coupable en partie et se déclarer juste en partie ; et c'est pourquoi nous imputons une partie de la faute à nos pères, c'est-à-dire que ce que nous avons fauté, c'est par nos pères qui ne nous ont pas sanctifiés d'une sainteté complète, et cela aussi à cause que nous fautions.

Et en vérité nos pères sont déjà au Gan Éden et l'accusation ne peut leur nuire ; nous la leur imputons seulement pour ne pas donner prise à l'accusateur, en nous rendant nous-mêmes coupables, à Dieu ne plaise. Il se trouve donc qu'en confessant ses fautes l'homme se rend "beinoni" (intermédiaire), et c'est ce qui est dit : "des gens comme nous sont des beinonim" (Berakhot 61b).

Et c'est "et il divisa le peuple" : cela signifie qu'il enseigna au peuple qui était avec lui à se confesser et à se rendre beinonim comme ci-dessus, c'est-à-dire moitié-moitié - car se déclarer entièrement juste est assurément impossible, on ne peut que devenir beinoni. Et après la confession et le regret du tsadik, alors il revient à sa vigueur première, à sa sainteté et à son degré, à sa parole dans la sainteté et à sa pensée dans la sainteté ; et cela s'appelle "deux camps", c'est-à-dire un camp en bas, qui est la parole sainte, et un second camp en haut, dans le monde des pensées.

Et c'est "si Esav vient vers l'un des camps et le frappe, le camp restant sera un rescapé (lifleita)" (Bereshit 32,9) - et à première vue le mot "lifleita" paraît superflu, car il aurait fallu dire "le second restera".

‎אך הענין יבואר ע"י הפסוקים המאוחרים, והיינו שהתחיל יעקב אבינו ע"ה להתפלל "קטונתי מכל החסדים כו' כי במקלי עברתי כו'", רמז "במקלי" הוא לשון קול, שמתחילה לא היה לי רק הקול קול יעקב, ולא זכיתי עדיין לעולם המחשבות, "ועתה הייתי לשני מחנות" רמז כנ"ל, שזכיתי עתה לשני מדריגות לעולם הדיבור ולעולם המחשבות, ולכן אני מתפלל "הצילני נא כו' פן יבא והכני אם על בנים", דהנה הצדיק צריך לעבוד השי"ת בכלל ובפרט, הכלל הוא היראה שהיא השורש והיא נקראת "אם", וגם המחשבה נקראת "אם", והמצוות והדיבורים של הצדיק נקראים "בנים", והם הפרט שכל דיבור ודיבור הוא פרט בפני עצמו. וזהו "פן יבא והכני אם על בנים", פירוש שאני מתירא שלא יבוא ח"ו ויבלבל את מחשבותי ויראתי שהם האם על הבנים כנ"ל.

Mais la chose s'expliquera par les versets qui suivent. À savoir que Yaacov notre père, la paix soit sur lui, se mit à prier : "je suis trop petit pour toutes les bontés, etc., car avec mon bâton (bemakli) j'ai traversé, etc." (Bereshit 32,11).

L'allusion de "bemakli" est un langage de voix (kol) : au début je n'avais que "la voix, la voix de Yaacov", et je n'avais pas encore mérité le monde des pensées. "Et maintenant je suis devenu deux camps" : allusion comme ci-dessus, que j'ai mérité maintenant deux degrés, le monde de la parole et le monde des pensées.

Et c'est pourquoi je prie : "délivre-moi donc, etc., de peur qu'il ne vienne et ne me frappe, la mère sur les enfants" (Bereshit 32,12). Car voici, le tsadik doit servir le Nom, béni soit-Il, dans le général et dans le particulier : le général, c'est la crainte, qui est la racine et qui est appelée "mère" ; et la pensée aussi est appelée "mère" ; et les commandements et les paroles du tsadik sont appelés "enfants", et ils sont le particulier, car chaque parole est un particulier en soi.

Et c'est "de peur qu'il ne vienne et ne me frappe, la mère sur les enfants" : ce qui signifie que je crains qu'il ne vienne, à Dieu ne plaise, et n'embrouille mes pensées et ma crainte, qui sont la mère sur les enfants, comme ci-dessus.

‎וזהו ביאור הכתוב כנ"ל, "ויאמר אם יבא עשו אל המחנה האחת והכהו" פירוש הגם שיכה אותי במחנה אחת דהיינו במחשבה שיבלבל אותי ח"ו, "והיה המחנה הנשאר" ר"ל אזי עכ"פ ישאר לי מחנה אחת דהיינו הדיבור, ואז ע"י הדיבור אתחזק לחזור למחנתי הראשונה דהיינו לעולם המחשבה, וזהו "לפליטה" לשון דבר הנפלט מבליעתו, דהיינו ע"י הדיבור אוכל לפלוט המדריגה הראשונה. וזהו שפירש"י ז"ל:

"על כרחו כי אלחם עמו", דהיינו עם הדיבור אוכל להלחם ולהתחזק ולחזור לקדושתי ולמחשבתי כבתחילה, כן דרך הנהגת הצדיק, ואעפ"כ הוא מתפלל תמיד שלא יפסוק מקדושתו ומחשבתו העליונה לעולם. וק"ל.

Et telle est l'explication du verset comme ci-dessus : "et il dit : si Esav vient vers l'un des camps et le frappe" - ce qui signifie : même s'il me frappe dans un camp, c'est-à-dire dans la pensée, en m'embrouillant, à Dieu ne plaise, "et le camp restant sera" - cela veut dire qu'alors il me restera en tout cas un camp, à savoir la parole ; et alors, par la parole, je me renforcerai pour revenir à mon premier camp, c'est-à-dire au monde de la pensée. Et c'est "lifleita", du langage d'une chose qui est rejetée (niflat) de ce qui l'avait engloutie : c'est-à-dire que par la parole je pourrai faire ressortir (liflot) le premier degré.

Et c'est ce qu'a expliqué Rachi, de mémoire bénie : "malgré lui, car je combattrai contre lui" - c'est-à-dire qu'avec la parole je pourrai combattre, me renforcer et revenir à ma sainteté et à ma pensée comme au début. Telle est la voie de la conduite du tsadik ; et malgré cela il prie constamment pour que jamais il ne soit interrompu de sa sainteté et de sa pensée supérieure.

Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "וישלח כו' מלאכים" פירש"י ז"ל מלאכים ממש, "אל עשו כו' ויצו אותם לאמר כה תאמרון לאדוני לעשו כה אמר עבדך יעקב עם לבן גרתי" פירש רש"י ז"ל לא נעשיתי שר וחשוב, דבר אחר גרתי תרי"ג מצות שמרתי, "ויהי לי שור וחמור", פירש"י ז"ל אבא אמר לי מטל השמים ומשמני ארץ וזו אינו לא משמים ולא מן ארץ, ובתנחומא איתא שור זה יוסף שנאמר בכור שורו הדר לו חמור זה משיח בן דוד שנאמר עני רוכב על החמור, "ואשלחה להגיד לאדוני למצוא חן בעיניך".

Ou bien on dira : "et il envoya, etc., des messagers" - Rachi, de mémoire bénie, explique : des anges véritables. "Vers Esav, etc.

Et il leur ordonna en disant : ainsi vous direz à mon seigneur, à Esav : ainsi a parlé ton serviteur Yaacov, j'ai séjourné (garti) chez Lavan" - Rachi, de mémoire bénie, explique : je ne suis pas devenu prince ni notable ; autre explication : "garti" (גרתי) - j'ai garde les six cent treize (taryag, תרי"ג) commandements. "Et j'ai eu bœuf et âne" - Rachi, de mémoire bénie, explique : mon père m'a dit "de la rosée des cieux et des graisses de la terre" (Bereshit 27,28), or ceci n'est ni des cieux ni de la terre.

Et dans le Tan'houma il est enseigné : "bœuf", c'est Yossef, ainsi qu'il est dit "son taureau premier-né, à lui la splendeur" (Devarim 33,17) ; "âne", c'est le Machiah fils de David, ainsi qu'il est dit "pauvre et monté sur un âne" (Zekharia 9,9). "Et j'envoie l'annoncer à mon seigneur, afin de trouver grâce à tes yeux."

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