« Et Yaakov sortit de Béer Chéva » (Berechit 28,10). Le Noam Elimele'h explique d'abord « et Yehochoua affaiblit Amalek et son peuple au fil de l'épée » : la domination d'Essav tient à la mitsva d'honorer son père, accomplie par son épée, et « sur ton épée tu vivras » s'entend en raison de ces mitsvot. Israël affaiblit cette force sans se dresser avec les six cent treize mitsvot, car Yaakov a honoré son père davantage, et Yehochoua l'affaiblit selon le degré de cette épée. Yaakov sort de Béer Chéva, allusion aux sept middot (attributs) qu'il a réparées, et va vers 'Haran avec leur force à eux, et il agit et réussit contre Essav et Lavan.
Aussi : le tsadik se figure ne rien faire et rencontre le Makom (le Lieu) ; le pain comme un rêve et l'échelle de la prière ; le puits dans le champ par nefech, roua'h et nechama (les trois niveaux de l'âme)
ויצא יעקב מבאר שבע כו׳. נ"ל בהקדים לפרש פסוק "ויחלוש יהושע את עמלק ואת עמו לפי חרב", היות שסיבת השליטה של עשיו על עם הקדוש הוא הכל בכח המצות כיבוד אב שעשה, ובמה היה כיבודו? בחרבו שהיה ציד בפיו של יצחק, ולזה אמר לו "על חרבך תחיה" פירוש בשביל מצוות שעשית בחרבך ע"י כך יהיה לך חיות קצת, ולזה לא כתב "ב"חרבך תחיה כי אם "על", פירוש כמו בשביל, וישראל כשרוצין להחליש כחו של עשיו אינם צריכים לעמוד נגדו בכח כל תרי"ג מצוות שמקיימין תמיד, כי אפילו בכח מצותו אין לו שליטה עליהם כי הם קיימו כבוד אב יותר ממנו, כמבואר בתורה הקדושה שיעקב כיבד את אביו יותר, כדאיתא במדרש שעשיו לא מצא ציד להביא וצד כלב ורצה להאכילו לאביו, ונמצא מניה וביה אבא ליזל ביה נרגא, וזהו "ויחלש יהושע כו׳ לפי חרב" פירוש לפי מדרגתו וכחו של חרבו, אשר לזה המציא עצמו ללחום עם ישראל, בזה עצמו החליש אותו כנ"ל.
'Et Yaakov sortit de Béer Chéva etc.' (Genèse 28,10). Il me semble qu'il faut commencer par expliquer le verset 'et Yehochoua affaiblit Amalek et son peuple au fil de l'épée' (Exode 17,13).
Car la cause de la domination d'Essav sur le peuple saint tient tout entière à la force de la mitsva d'honorer son père qu'il a accomplie. Et en quoi consistait cet honneur ?
Par son épée, car il était chasseur, 'du gibier dans sa bouche' pour Its'hak (Genèse 25,28). C'est pourquoi il lui a dit 'sur ton épée tu vivras' (Genèse 27,40), explication : en raison des mitsvot que tu as accomplies par ton épée, par cela tu auras quelque vitalité ; et c'est pourquoi il n'est pas écrit 'par ton épée tu vivras' mais 'sur', au sens de 'en raison de'.
Et Israël, lorsqu'ils veulent affaiblir la force d'Essav, n'ont pas besoin de se dresser contre lui avec la force des six cent treize mitsvot qu'ils accomplissent constamment, car même par la force de sa mitsva il n'a aucune domination sur eux, puisqu'eux ont accompli l'honneur du père plus que lui, comme il est exposé dans la sainte Torah que Yaakov a honoré son père davantage ; ainsi qu'il est rapporté dans le Midrach qu'Essav ne trouva pas de gibier à apporter, qu'il chassa un chien et voulut en nourrir son père. Il se trouve donc que c'est de lui-même et par lui-même, 'de la forêt elle-même vient le manche de la hache'.
Et c'est là 'et Yehochoua affaiblit etc. au fil de l'épée', explication : selon (lefi) le degré et la force de son épée, par laquelle il s'est avisé de faire la guerre à Israël ; par cela même il l'a affaibli, comme il a été dit.
וזהו ג"כ פירוש "ויצא יעקב מבאר שבע", שידוע שבאר שבע רמז למדריגות גדולות אשר היו ליעקב אבינו שתיקן כל השבע מדות כמבואר בספרי קודש, לזה כשהצריך להתייצב נגד עשו ולבן, לא הלחים נגדם בכל מדריגותיו הגדולות, אלא יצא מבחינה זאת הנקראת באר שבע, "וילך חרנה" פירוש שהיה הולך בכח שלהם, וזהו וילך חרנה ועשה והצליח נגדם. וק"ל.
Et c'est là aussi l'explication de 'et Yaakov sortit de Béer Chéva' : car il est connu que Béer Chéva (le puits des sept) fait allusion aux grands degrés qu'avait Yaakov notre père, lui qui a réparé toutes les sept middot (attributs), comme cela est exposé dans les livres saints. Aussi, lorsqu'il lui fallut se dresser face à Essav et à Lavan, il ne les combattit pas avec tous ses grands degrés, mais il sortit de cet aspect appelé Béer Chéva ; 'et il alla vers 'Haran', explication : il allait avec leur force à eux.
Et c'est là 'et il alla vers 'Haran', et il agit et réussit contre eux. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "ויצא יעקב מבאר שבע ויפגע במקום כו׳", נ"ל דהנה הצדיק הגמור אף שהלך ממדרגה למדרגה צריך שידמה בעיניו כאילו הוא אינו עושה כלום כי אם הכל הוא מהשי"ת ב"ה. וזהו "כי עמך מקור חיים כו'", פירוש דוד המע"ה אמר מה שאני מתפלל על החולה ונתרפא, זו אינו מחמתי אלא כי עמך מקור חיים, ו"באורך נראה אור" ר"ל והאור הנראה לי הוא הכל אורך שאתה נותן בחסדך הגדול.
וזהו "ויצא יעקב מבאר שבע", דהצדיק מתחילה מתקן הששה קצוות ונקרא הוא שבעה, ויצא ממדרגות אלו "וילך חרנה" ר"ל שמוליך ומבטל החרון אף מישראל, וגם פירוש "וילך [חרנה]" שמוליך ומביא חירות.
Ou bien il dira : 'et Yaakov sortit de Béer Chéva et il rencontra le lieu etc.' (Genèse 28,10-11). Il me semble que voici : le tsadik parfait, même s'il est allé de degré en degré, doit se figurer à ses propres yeux comme s'il ne faisait rien du tout, car tout vient du Nom béni soit-Il.
Et c'est là 'car auprès de Toi est la source de la vie etc.' (Psaumes 36,10), explication : David, roi d'Israël, la paix sur lui, a dit : ce que je prie pour le malade et qu'il guérit, cela ne vient pas de moi, mais 'car auprès de Toi est la source de la vie' ; et 'par Ta lumière nous voyons la lumière', c'est-à-dire : la lumière qui m'apparaît est tout entière Ta lumière, que Tu donnes dans Ta grande bonté. Et c'est là 'et Yaakov sortit de Béer Chéva' : le tsadik répare d'abord les six extrémités et il est alors appelé sept, et il sortit de ces degrés ; 'et il alla vers 'Haran' (חרנה), c'est-à-dire qu'il emporte et annule le 'haron af (חרון אף, l'ardeur de la colère) de dessus Israël ; et il y a aussi cette explication de 'et il alla vers 'Haran' : qu'il conduit et apporte la liberté ('heirout, חירות).
"ויפגע במקום" ר"ל אף שהיה בכל המדרגות האלו היה חושב שכל תפילותיו שהוא מתפלל הכל הוא מאת המקום ב"ה. או יש לומר הפירוש "ויפגע במקום" שכל תפלותיו לא היו רק על השכינה שנקראת מקום.
"וילן שם כי בא השמש" ר"ל בכל עת אשר בא לו השמש דהיינו הבהירות ודביקות היה עושה לינה דהיינו לילה וחושך, בחשבו שאין זה מעצמי ומחמתי בא לי הבהירות כי אם הכל מאתו יתברך.
'Et il rencontra le lieu' (vayifga ba-Makom), c'est-à-dire que même s'il se tenait dans tous ces degrés, il pensait que toutes les prières qu'il priait venaient entièrement du Makom (le Lieu, nom divin), béni soit-Il. Ou bien on peut dire que l'explication de 'et il rencontra le lieu' est que toutes ses prières n'étaient que pour la Chekhina, qui est appelée 'lieu'. 'Et il y passa la nuit car le soleil s'était couché', c'est-à-dire : chaque fois que le soleil venait à lui, c'est-à-dire la clarté et la devekout (attachement à Dieu), il se faisait à lui-même une halte de nuit, c'est-à-dire nuit et obscurité, en pensant que ce n'est pas de moi-même ni par mon mérite que la clarté m'est venue, mais que tout vient de Lui, béni soit-Il.
"ויחלום והנה סלם כו׳", דהנה הצדיק הוא מושך השפעה ופרנסה, וצריך שיהא הפרנסה והלחם אצלו כחלום, דהיינו שלא יהא הלחם אצלו רק מצד ההכרח שבלתי אפשרי לעולם בלא לחם, ולזה אותיות לחם הוא חלם. וגם צריך להיות תמיד נגד עיניו שפלות עצמו ורוממות אל יתברך, ואז תפילתו עולה לפניו יתברך וגורם לעצמו שיבוא לו קדושה, ע"ד שפרשתי לעיל בפרשת תולדות "דברים היוצאים מן הלב" כו׳, דהיינו שדברי קדושה היוצא מלב האדם נכנסין ללב אותו אדם עצמו, ומרבים ומוסיפים קדושה רבה יתירה, וכן להיפוך ח"ו, וזהו "ויחלום" ר"ל שהיה אצלו השפעות הלחם כחלום, ועוד "והנה סלם מוצב ארצה" ר"ל התפילה שהיא עולה למעלה, לזה רומז סלם, היה מוצב ארצה דהיינו שהתחלתו היתה מוצב ארצה שהיה מסתכל בשפלותו, "וראשו מגיע השמימה" היינו רוממות אל, ופעל עי"ז "והנה מלאכי אלקים עולים" ר"ל התפילות והדיבורים הקדושים שעולים למעלה לעולמות העליונים שהם נקראים מלאכים, "ויורדים בו" ר"ל אותם הדיבורים עצמם ירדו "בו", דהיינו בקרבו, שנתוסף לו קדושה כנ"ל.
וק"ל.
'Et il rêva, et voici une échelle etc.' (Genèse 28,12). Car voici : le tsadik attire l'influx (chefa) et la subsistance, et il faut que la subsistance et le pain soient à ses yeux comme un rêve, c'est-à-dire que le pain ne soit chez lui que du côté de la nécessité, puisqu'il est impossible de vivre jamais sans pain ; et c'est pourquoi les lettres de pain (לחם) sont celles de rêve ('halam, חלם).
Et il faut aussi qu'il ait toujours devant les yeux son propre abaissement et l'élévation de Dieu béni soit-Il, et alors sa prière monte devant Lui et il fait venir sur lui-même la sainteté, à la manière de ce que j'ai expliqué plus haut dans la paracha Toldot : 'les paroles qui sortent du cœur' etc., c'est-à-dire que les paroles de sainteté qui sortent du cœur de l'homme entrent dans le cœur de ce même homme, et multiplient et ajoutent une grande sainteté supplémentaire ; et de même à l'inverse, à Dieu ne plaise. Et c'est là 'et il rêva', c'est-à-dire que l'influx du pain était chez lui comme un rêve.
Et encore 'et voici une échelle dressée à terre', c'est-à-dire : la prière qui monte en haut, c'est à elle que l'échelle fait allusion, était 'dressée à terre', c'est-à-dire que son commencement était dressé à terre, car il regardait son propre abaissement ; 'et son sommet atteignait les cieux', c'est-à-dire l'élévation de Dieu ; et il obtint par là 'et voici des anges d'Elokim montant', c'est-à-dire les prières et les paroles saintes qui montent en haut vers les mondes supérieurs, lesquelles sont appelées anges ; 'et descendant en lui', c'est-à-dire que ces paroles mêmes descendaient 'en lui', c'est-à-dire au-dedans de lui, de sorte qu'une sainteté lui était ajoutée, comme il a été dit. Et cela est facile à comprendre.
וישא יעקב רגליו כו׳, ע"ד הרמז, דהנה צדיק הוא כוללות ישראל והוא מעלה כל השפלות אשר נעשה בישראל חלילה להביאם אל הקדושה, וזהו "וישא יעקב רגליו" ר"ל דגם פושעי ישראל מלאים מצוות כרמון רק שאין כח בהמצוה שתעלה במעלות קדושים מחמת עבירות המכבים אותה והורידו אותה לרגלים למטה, והצדיק העובד באמת מוציא הקדושה מהקליפה ומעלה אותה להשי"ת ב"ה, וזה הוא "וישא יעקב" הוא הצדיק הנקרא בשם יעקב, הוא מעלה ומנשא למעלה את "רגליו", ר"ל הקדושה שנפלה אל הרגלים "וילך ארצה בני קדם" ר"ל נעשה הולך עם הארציות, "בני קדם" ר"ל הנוגע להבורא ב"ה שהוא קדמונו של עולם.
'Et Yaakov leva ses pieds etc.' (Genèse 29,1), par voie d'allusion. Car voici : le tsadik est la totalité d'Israël, et il élève tout l'abaissement qui s'est produit en Israël, à Dieu ne plaise, pour l'amener à la sainteté.
Et c'est là 'et Yaakov leva ses pieds', c'est-à-dire que même les fauteurs d'Israël sont pleins de mitsvot comme une grenade, seulement que la mitsva n'a pas la force de monter aux degrés des saints, à cause des transgressions qui l'éteignent et qui l'ont fait descendre aux pieds, en bas ; et le tsadik qui sert en vérité fait sortir la sainteté de la kelipa (écorce, force d'impureté) et l'élève vers le Nom béni soit-Il. Et c'est là 'et Yaakov leva' : c'est le tsadik, appelé du nom de Yaakov, qui élève et exalte vers le haut 'ses pieds', c'est-à-dire la sainteté qui est tombée aux pieds ; 'et il alla vers le pays des fils de Kedem', c'est-à-dire qu'il devient un qui marche avec la matérialité (artsiout) ; 'les fils de Kedem', c'est-à-dire ce qui touche au Créateur béni soit-Il, qui est l'Antique (kadmono) du monde.
"וירא והנה באר בשדה", דהנה הכתוב הורה לנו את הדרך אשר יבוא בו הצדיק אל המדרגה הנ"ל, הוא ע"י שהצדיק רואה תמיד על הפנימיות התורה הקדושה, דהתורה נקראת "באר", באר חפרוה שרים, והפנימיות נקרא "שדה" שהוא חקל תפוחים, וזהו "וירא והנה באר בשדה", ר"ל שעיקר התורה היא בשביל השדה שהוא הפנימיות הנקרא שדה חקל תפוחים כנ"ל, והסיבה אשר על ידו ישיג פנימיות התורה הוא ע"י ג׳ בחינות שנתן השי"ת באדם, דהיינו נפש רוח ונשמה, והיינו אחר שישבר האדם הנפש הבהמיות יזכה לנפש השכליות, ואח"ז יזכה לרוח, ואחר אשר יחזיק במעוזו בעבודת הבורא באמת יזכה לנשמה, וע"י ג׳ בחינות אלו יזכה להשיג פנימיות התורה הקדושה. וזה רמז "שלשה עדרי צאן רובצים עליה כו׳", רמז לג׳ בחינות הנ"ל אשר על ידן יזכה לפנימיות התורה, ועוד נוסף לזה שישפיע השפעות טובות לישראל, וזה "כי מן הבאר ההוא ישקו העדרים" הם ישראל הקדושים, עדרי צאן קדשים.
"והאבן גדולה על פי הבאר", ר"ל דהכתוב מפרש דשורש מקום קדושה הוא למעלה, ואותיות הקדושים נקראים "אבנים" כדאיתא בספר יצירה, ובעולמות עליונים שם האותיות גדולים ולנו נתן השי"ת אותיות זעירין, כדאיתא בזוהר הקדוש אית אתווין רברבין ואתווין זעירין, ואנו מחויבין לקדש ולטהר עצמינו ולקשר אותיות זעירין באתווין רברבין העליונים, והוא ע"י נפש רוח נשמה שיזכה האדם, וזהו "והאבן גדולה" ר"ל האותיות גדולים הוא "על פי הבאר", ר"ל בעולם העליון הנקרא פי הבאר שם הוא שורש הקדושה.
'Et il vit, et voici un puits dans le champ' (Genèse 29,2). Car voici : l'Écriture nous a enseigné la voie par laquelle le tsadik parvient au degré susdit : c'est par le fait que le tsadik regarde toujours l'intériorité (penimiout) de la sainte Torah, car la Torah est appelée 'puits' (béer), 'un puits que des princes ont creusé' (Nombres 21,18), et l'intériorité est appelée 'champ' (sade), qui est le 'champ des pommiers' ('hakal tapou'hin).
Et c'est là 'et il vit, et voici un puits dans le champ', c'est-à-dire que l'essentiel de la Torah est en vue du champ, qui est l'intériorité appelée champ, champ des pommiers, comme il a été dit. Et la cause par laquelle il atteindra l'intériorité de la Torah, c'est par les trois aspects que le Nom béni soit-Il a placés dans l'homme, à savoir nefech, roua'h et nechama (les trois niveaux de l'âme) : c'est-à-dire qu'après que l'homme aura brisé le nefech animal, il méritera le nefech intellectuel ; et après cela il méritera le roua'h ; et après qu'il se sera fortifié dans sa forteresse au service du Créateur en vérité, il méritera la nechama ; et par ces trois aspects il méritera d'atteindre l'intériorité de la sainte Torah.
Et c'est l'allusion de 'trois troupeaux de brebis couchés auprès de lui etc.' : allusion aux trois aspects susdits, par lesquels il méritera l'intériorité de la Torah ; et en outre il répandra de bons influx sur Israël, et c'est là 'car c'est de ce puits-là que l'on abreuve les troupeaux' : ce sont les saints d'Israël, troupeaux de brebis saintes. 'Et la pierre était grande sur la bouche du puits', c'est-à-dire que l'Écriture explique que la racine du lieu de la sainteté est en haut ; et les lettres saintes sont appelées 'pierres', comme il est rapporté dans le Sefer Yetsira ; et dans les mondes supérieurs, là, les lettres sont grandes, tandis qu'à nous le Nom béni soit-Il a donné des lettres petites, comme il est rapporté dans le saint Zohar : il y a des lettres grandes et des lettres petites ; et nous sommes tenus de nous sanctifier et de nous purifier, et de relier les lettres petites aux grandes lettres supérieures, et cela par le nefech, le roua'h et la nechama que l'homme méritera. Et c'est là 'et la pierre était grande', c'est-à-dire que les lettres sont grandes, et cela 'sur la bouche du puits', c'est-à-dire : dans le monde supérieur appelé la bouche du puits, là se trouve la racine de la sainteté.
"ונאספו שמה כל העדרים", ר"ל אחר אשר יאסוף יחד כל הג׳ בחינות נפש רוח נשמה הנ"ל, אז "וגללו את האבן" ר"ל גלילה והפיכה, דהיינו שעם הקדושה הזאת הם מהפכים מדת הדין למדת הרחמים וממתיקים הדינים בשורשם, "והשקו את הצאן" פירוש אזי הם גורמים השפעות לישראל צאן קדשים, "והשיבו את האבן למקומה" ר"ל שגם הם גורמים קישור ויחוד האתווין זעירין לאתווין רברבין העליונים ששם הוא עיקר מקומם.
'Et tous les troupeaux s'y rassemblaient', c'est-à-dire : après qu'il aura rassemblé ensemble les trois aspects nefech, roua'h et nechama susdits, alors 'et ils roulaient la pierre', c'est-à-dire roulement et renversement, à savoir que par cette sainteté ils renversent la mesure de rigueur en mesure de miséricorde et adoucissent les rigueurs (dinim) à leur racine ; 'et ils abreuvaient les brebis', explication : alors ils causent les influx pour Israël, brebis saintes ; 'et ils remettaient la pierre à sa place', c'est-à-dire qu'ils causent aussi la liaison et l'union des lettres petites aux grandes lettres supérieures, là où est leur place essentielle.
"ויאמר להם יעקב אחי מאין אתם", דהנה הצדיק רעיוניו סליקו עליו תמיד לחשוב תמיד יראת ה׳, ולדרוש ולחקור כל אופני יראת ה׳ ועבודתו יתברך ויתעלה כאילו מחשבותיו מדברים זה לזה לומר לו איזו סיבה ופעולה היא לאדם שיתעורר לבו לעבודתו יתברך, וזהו "ויאמר כו׳ אחי מאין אתם", היינו מאיזה אופן וסיבה בא לכם התעוררות לעבודתו יתברך, "ויאמרו מהרן אנחנו" דהיינו סעיפיו ומחשבותיו ישיבוהו שבא להם עיקר התחלת התעוררות יראה מחמת שהזכרנו החרון שהכעסנו שמו הגדול יתברך ויתעלה, ובפרט בעוון המצוי בעו"ה, כאשר יוכשל האדם בטומאת קרי אזי יחרד האיש וילפת, אחזתו חיל ורעדה ופלצות, ועל ידי זה יתעורר לב האדם לעבודתו יתברך באומרו איך הכעסתי את השם הגדול והנורא במעשי הרעים וכשלתי בעווני.
'Et Yaakov leur dit : mes frères, d'où êtes-vous ?' (Genèse 29,4). Car voici : les pensées du tsadik s'élèvent constamment en lui pour penser toujours à la crainte de ה', et pour rechercher et scruter tous les modes de la crainte de ה' et de Son service, béni et exalté soit-Il, comme si ses pensées se parlaient l'une à l'autre pour lui dire quelle cause et quelle action il y a pour l'homme afin que son cœur s'éveille à Son service béni soit-Il.
Et c'est là 'et il dit etc. : mes frères, d'où êtes-vous ?', c'est-à-dire : de quel mode et de quelle cause vous est venu l'éveil à Son service béni soit-Il. 'Et ils dirent : nous sommes de 'Haran' : c'est-à-dire que ses ramifications et ses pensées lui répondent que le commencement essentiel de l'éveil de la crainte leur est venu du fait que nous avons rappelé le 'haron (l'ardeur de la colère) par lequel nous avons irrité Son grand Nom, béni et exalté soit-Il ; et particulièrement par la faute qui est répandue, dans nos nombreuses fautes : lorsque l'homme trébuche dans l'impureté de keri (l'émission nocturne), alors l'homme s'effraie et se trouble, saisi de tremblement, de frisson et d'épouvante ; et par cela le cœur de l'homme s'éveille à Son service béni soit-Il, en disant : comment ai-je irrité le Nom grand et redoutable par mes actes mauvais, et ai-je trébuché dans ma faute.
וזה שאמר התנא "הסתכל בשלשה דברים ואין אתה בא לידי עבירה דע מאין באת מטיפה סרוחה", פירוש מאין באת להתחיל בעבודת הבורא יתברך, דהיינו שתזכור איך נכשלת בעוונך במקרה בלתי טהור, וזהו מטיפה סרוחה. "ולאן אתה הולך", ר"ל איזה סיבה ואופן יביאך שתהיה הולך בעבודתו יתברך, בזוכרך שתשוב "לעפר רימה ותולעה", הסיבה הזאת מביא לאדם הכנעה גדולה, והוא העיקר ושורש לאדם שע"י הכנעה יהיה הולך ומתגבר ביראת ה׳ ובתורתו הקדושה.
"ולפני מי אתה עתיד ליתן דין וחשבון כו׳", דהיינו אחר שתזכור שני דברים הנ"ל תזכה לרוממות אל יתברך. וזהו "וירא והנה סלם מוצב ארצה כו׳", "סלם" בלא וי"ו גימטריא סיני, דהיינו הסיבה הגורמת לאדם שישיג את התורה הניתנה בסיני, הוא העיקר הכנעה, וזהו מוצב ארצה רמז להכנעה גדולה, "וראשו" היינו הקדושה שישיג עי"ז "מגיע השמימה", וצריך שיהיה השתוקקותו מאוד מאוד שיגיע בקדושתו למעלה למעלה עד אין קץ ותכלית, וישתוקק תמיד לאמר מתי אגיע למקום אבותי, "והנה מלאכי אלקים עולים כו׳", דהנה הדיבורים של אדם המדבר בקדושה, נברא מכל דיבור ודיבור שיצא בקדושה מלאך קדוש, וזהו "מלאכי כו׳ עולים", ר"ל הם מעוררים אתערותא דלתתא, "ויורדים בו" היינו אתערותא דלעילא בהשפעות טובות על ישראל.
Et c'est ce qu'a dit le Tanna : 'Considère trois choses et tu ne viendras pas à la transgression : sache d'où tu es venu - d'une goutte putride' (Avot 3,1). Explication : 'd'où tu es venu' pour commencer le service du Créateur béni soit-Il, à savoir que tu te souviennes comment tu as trébuché dans ta faute par un accident impur, et c'est là 'd'une goutte putride'. 'Et où tu vas', c'est-à-dire : quelle cause et quel mode t'amènera à marcher dans Son service béni soit-Il ?
En te souvenant que tu retourneras 'à la poussière, à la vermine et aux vers' ; cette cause amène à l'homme une grande soumission (hakhna'a), et c'est là l'essentiel et la racine pour l'homme, car par la soumission il ira se renforçant dans la crainte de ה' et dans Sa sainte Torah. 'Et devant qui tu es destiné à rendre compte et raison etc.', c'est-à-dire : après que tu te seras souvenu des deux choses susdites, tu mériteras l'élévation de Dieu béni soit-Il. Et c'est là 'et il vit, et voici une échelle dressée à terre etc.' : 'échelle' (סלם) sans vav a la valeur numérique (guematria) de Sinaï (סיני), c'est-à-dire que la cause qui fait que l'homme atteint la Torah donnée au Sinaï, c'est essentiellement la soumission, et c'est là 'dressée à terre', allusion à une grande soumission ; 'et son sommet', c'est-à-dire la sainteté qu'il atteint par là, 'atteignait les cieux' ; et il faut que son désir ardent soit très très grand, que par sa sainteté il atteigne toujours plus haut, sans fin ni terme, et qu'il aspire toujours en disant : quand parviendrai-je au lieu de mes pères ? 'Et voici des anges d'Elokim montant etc.' : car voici, des paroles de l'homme qui parle en sainteté, de chaque parole qui sort en sainteté est créé un ange saint, et c'est là 'des anges etc. montant', c'est-à-dire qu'ils éveillent l'éveil d'en bas (itarouta diletata) ; 'et descendant en lui', c'est-à-dire l'éveil d'en haut (itarouta dile'ela), par de bons influx sur Israël.
ונחזור לביאור הכתוב, "ויאמר להם הידעתם את לבן בן נחור", ר"ל שמחשבותיו שואלים זה לזה אם נתנו לב לדעת המחשבות ופניות שבאים לאדם בשעת הלימוד התורה הקדושה הנתנה אש שחורה ע"ג אש לבנה, וזהו רמז "לבן" דהיינו התורה, "בן נחור" לשון בני אמי נחרו בי, דהיינו הפניות והסתות המחשבות זרות שבא בתוך לימוד, "ויאמרו ידענו" שמחשבותיו ישיבוהו אמנם כן הוא, ידענו, שנתננו לבנו להסתכל תמיד על זה. "ויאמר להם השלום לו" פירוש הן אמת שאתם נותנים דעתכם להסתכל על הפניות והמחשבות זרות, אבל זאת אני שואל אתכם אם תקנתם והשלמתם את המדה הזאת להיות הלימוד שלכם בשלימות בלי שום פניה, "ויאמרו שלום והנה רחל בתו באה עם הצאן", ר"ל עי"ז שאנחנו תמיד מזדעזעים ויראים כרחל לפני גוזזה, בזה השלמנו מדותינו בלימוד התורה הקדושה, ולזה רמז "רחל בתו" רומז ליראה הנקרא בת, דאהבה נקרא בן.
Et revenons à l'explication du verset : 'et il leur dit : connaissez-vous Lavan fils de Na'hor ?' (Genèse 29,5), c'est-à-dire que ses pensées se demandent l'une à l'autre si elles ont pris à cœur de connaître les pensées et les arrière-pensées (peniot) qui viennent à l'homme à l'heure de l'étude de la sainte Torah, laquelle fut donnée comme feu noir sur feu blanc ; et c'est l'allusion de 'Lavan' (le blanc), à savoir la Torah ; 'fils de Na'hor', terme du verset 'les fils de ma mère se sont irrités contre moi' (Cantique des cantiques 1,6), à savoir les arrière-pensées et les incitations, les pensées étrangères qui viennent au milieu de l'étude. 'Et ils dirent : nous le connaissons', c'est-à-dire que ses pensées lui répondent : en vérité il en est ainsi, nous le connaissons, car nous avons pris à cœur de regarder toujours cela. 'Et il leur dit : va-t-il bien ?', explication : il est vrai que vous donnez votre attention à regarder les arrière-pensées et les pensées étrangères, mais voici ce que je vous demande : avez-vous réparé et parfait cette mesure, en sorte que votre étude soit dans la perfection, sans aucune arrière-pensée ? 'Et ils dirent : il va bien, et voici Ra'hel sa fille qui vient avec les brebis', c'est-à-dire : par le fait que nous tremblons et craignons toujours, comme une brebis (ra'hel) devant celui qui la tond (Isaie 53,7), par cela nous avons parfait nos mesures dans l'étude de la sainte Torah ; et c'est à cela que fait allusion 'Ra'hel sa fille' : allusion à la crainte, qui est appelée 'fille', car l'amour est appelé 'fils'.
"ויאמר הן עוד היום גדול", ר"ל דגם זאת אומר הצדיק פן תאמר עוד היום גדול לעסוק בעבודתו יתברך, כאשר אפנה מעסקי עניני עוה"ז אז אתחיל בעבודתו יתברך, אל תאמר כן "כי לא עת האסף המקנה", ר"ל שאין עת לאסוף קניני עוה"ז כי צל ימינו עלי ארץ, אך כן תעשו ותצליחו, "השקו את הצאן" ר"ל עניני עוה"ז דברים הגשמיים יהיה לכם כמו נשיקה, כדרך המנשקים שאינו אלא נגיעה בעלמא, כן יהיה מחשבותיכם על עסקי עניני עוה"ז כמו נגיעה בעלמא ודבר הכרחי, "ולכו רעו", פירוש ועיקר לדבק עצמו בבורא יתברך בדביקות ושלימות גמור, וזהו "ותישק ערפה לחמותה" רמז לדברים הגשמיים הנקראת בשם "עורף" יהיה כמו נשיקה, "ורות דבקה בה", רמז בעניני עבודתו, דהיינו לרוותו בשירות ותשבחות, צריך לזה דביקות גמור.
'Et il dit : voici, le jour est encore grand' (Genèse 29,7), c'est-à-dire que le tsadik dit encore ceci : de peur que tu ne dises 'le jour est encore grand' pour s'occuper de Son service béni soit-Il, et que lorsque je me serai libéré des occupations des affaires de ce monde, alors je commencerai Son service béni soit-Il - ne dis pas ainsi, 'car ce n'est pas le temps de rassembler le troupeau', c'est-à-dire qu'il n'est pas temps de rassembler les acquisitions de ce monde, car nos jours sur terre sont une ombre ; mais faites ainsi et vous réussirez : 'abreuvez les brebis', c'est-à-dire que les affaires de ce monde, les choses matérielles, seront pour vous comme un baiser (nechika), à la manière de ceux qui embrassent, ce qui n'est qu'un simple contact ; ainsi vos pensées sur les occupations des affaires de ce monde seront comme un simple contact et une chose de nécessité ; 'et allez faire paître', explication : et l'essentiel est de s'attacher soi-même au Créateur béni soit-Il, dans la devekout et une perfection entière. Et c'est là 'et Orpa embrassa sa belle-mère' (Ruth 1,14) : allusion aux choses matérielles, appelées du nom de 'nuque' ('oref), qui seront comme un baiser ; 'et Rout s'attacha à elle' : allusion aux affaires de Son service, à savoir Le désaltérer par des chants et des louanges - cela requiert une devekout entière.
"ויאמרו לא נוכל עד כו׳", ר"ל שמחשבותיו ישיבוהו כי תאמר הרי לא נוכל להתחיל בעבודתו יתברך "עד אשר יאספו כל העדרים" כנ"ל, כי אם בג' בחינות נפש רוח נשמה והדבר קשה עלינו עד מאוד, אני נותן לך עצה דהיינו "עודנו מדבר עמם" ר"ל בעת שתתחיל לדבר בדברי תורה, "ורחל באה עם הצאן" ר"ל אז תראה לדבר ביראה ופחד כנ"ל, "אשר לאביה" היא היראה השלימה, יראת הבורא ב"ה וב"ש ויתעלה, הוא אבינו שבשמים, יעשה עמנו חסד וישם בלבנו אהבתו ויראתו לעד ולנצח נצחים. אמן.
'Et ils dirent : nous ne pouvons pas, jusqu'à etc.' (Genèse 29,8), c'est-à-dire que ses pensées lui répondent : car tu diras, voici, nous ne pouvons pas commencer Son service béni soit-Il 'jusqu'à ce que tous les troupeaux soient rassemblés', comme il a été dit, c'est-à-dire seulement par les trois aspects nefech, roua'h et nechama, et la chose nous est extrêmement difficile. Je te donne un conseil, à savoir 'il parlait encore avec eux', c'est-à-dire : au moment où tu commenceras à parler des paroles de Torah, 'et Ra'hel vint avec les brebis', c'est-à-dire : alors veille à parler avec crainte et tremblement, comme il a été dit ; 'qui étaient à son père' : c'est la crainte parfaite, la crainte du Créateur, béni soit-Il et béni soit Son Nom et exalté soit-Il, Il est notre Père qui est aux cieux ; qu'Il agisse avec nous avec bonté et qu'Il place en nos cœurs Son amour et Sa crainte à jamais et pour l'éternité des éternités.
Amen.