Ce passage poursuit l'allusion « si un homme ouvre une fosse » : le tsadik ouvre les cœurs à la crainte, les kelipot y tombent, et le désir (kessef) lui revient. « Et Rivka dit à Yaakov, lemor » : les anciens ont scruté le double « lemor ». Pour le Noam Elimele'h, Its'hak voulait bénir Esav ici-bas et Yaakov dans le monde à venir ; Rivka voulait qu'Israël ait aussi un peu de ce monde-ci. Le tsadik vise, dans la matérialité, les étincelles (nitsotsot) des mondes supérieurs : les deux « lemor » disent cette autre intention. Esav dit « j'ai beaucoup (rav) », le monde de la séparation ; Yaakov dit « j'ai tout (kol) », la vitalité sainte à l'intérieur de la matérialité.
Aussi : Its'hak au torrent de Guérar rouvre les puits d'Avraham et répand l'influx par cent portes ; la Che'hina dite Rivka veut Yaakov béni ici-bas pour le Ciel ; Esav réclame Atsilout, Its'hak le bénit de la Assia.
וזה יש לומר רמז הכתוב "כי יפתח איש בור כו'", "כי" הוא לשון "אשר", דהיינו שהחיוב מוטל על הצדיק הנקרא "איש" שיפתח את ה"בור", רמז למעייני היראה והקדושה, לפתוח לבות בני אדם ביראה וקדושה רבה, "או כי יכרה איש בור", "יכרה" הוא לשון חפירה, שמתחיל לחפור ולחקוק בלבות בני אדם יראה וקדושה, "ונפל שמה שור או חמור" ר"ל אז בוודאי יפול שמה הקליפות, "בעל הבור ישלם" ר"ל זה שכרו של הצדיק הזה, שהשי"ת ב"ה שהוא בעל ואדון לכל הקדושות והיראות ישלם לו שכרו לעוה"ב, ולא עוד אלא "כסף ישיב לבעליו" פירוש דגם זה שכרו, שהיראה והקדושה הזאת שגורם לבני אדם תשוב אליו ויוסיף בו עוד יראה ואהבה ותשוקה לעבודתו ית"ש, וזהו "כסף" כו' לשון נכסף נכספת, דהיינו התשוקה והאהבה ישיב לבעליו. ועל דרך הזה פרשתי "דברים היוצאין מן הלב נכנסים ללב", פירוש לאותו לב עצמו שיצאו ממנו באמת, אותן הדברים חוזרים ונכנסים בלבו ומוסיפים לו עוד קדושה.
ומקשו בגמרא "אם על הפתיחה חייב על הכרייה לא כל שכן", פירושו לפי דרכינו הנ"ל, אם החיוב על הצדיק לפתוח לבות בני אדם במעייני היראה כ"ש על הכריה, ומשני "להביא כורה אחר כורה", דהיינו אם בפעם אחד לא יפעול לעורר לבם, יחזור ויוכיח ע"ד הוכח תוכיח.
Et l'on peut dire que c'est là l'allusion du verset 'si un homme ouvre une fosse etc.' (Exode 21,33) : 'ki' est ici au sens de 'acher' (celui qui), c'est-à-dire que l'obligation incombe au tsadik, appelé 'ich' (homme), d'ouvrir la 'fosse' - allusion aux sources de la crainte et de la sainteté - pour ouvrir les cœurs des hommes à la crainte et à une grande sainteté. 'Ou si un homme creuse une fosse' : 'yikhré' est un terme de creusement, c'est-à-dire qu'il commence à creuser et à graver dans les cœurs des hommes la crainte et la sainteté. 'Et qu'il y tombe un bœuf ou un âne' : c'est-à-dire qu'alors, assurément, y tomberont les kelipot (écorces, forces d'impureté). 'Le maître de la fosse paiera' : c'est-à-dire que telle est la récompense de ce tsadik, car ה' béni soit-Il, qui est le maître et le seigneur de toutes les saintetés et de toutes les craintes, lui paiera son salaire dans le monde à venir. Et non seulement cela, mais encore 'il rendra l'argent à son propriétaire' (Exode 21,34) : explication - cela aussi est sa récompense, car cette crainte et cette sainteté qu'il suscite chez les hommes reviendront à lui et ajouteront en lui encore de la crainte, de l'amour et du désir ardent pour Son service, béni soit Son Nom.
Et c'est là 'l'argent (kessef, כסף)' etc., du terme 'nikhsaf nikhsafta (נכסף נכספת)', tu as ardemment désiré (Genèse 31,30) : c'est-à-dire que le désir et l'amour 'reviendront à son propriétaire'. Et c'est de cette manière que j'ai expliqué 'les paroles qui sortent du cœur entrent dans le cœur' : explication - c'est dans ce cœur même d'où elles sont sorties en vérité que ces paroles reviennent et entrent, et elles lui ajoutent encore de la sainteté.
Et l'on demande dans la Guemara : 'si pour l'ouverture il est responsable, pour le creusement à plus forte raison' ; son explication selon notre voie ci-dessus : si l'obligation incombe au tsadik d'ouvrir les cœurs des hommes aux sources de la crainte, à plus forte raison pour le creusement ; et l'on répond : 'pour inclure celui qui creuse après un autre qui a creusé', c'est-à-dire que si en une seule fois il ne parvient pas à éveiller leur cœur, il reviendra et reprochera de nouveau, selon 'tu reprocheras, oui, tu reprocheras' (Lévitique 19,17).
וזהו "ויחן בנחל גרר" ר"ל כאשר ראה יצחק שאינם פונים אל יראתו ללמוד ממנו, היה הוא מתגבר והולך בקדושתו עד הנחל העליון שהוא נחל ה' והמשיך משם יראה והתעוררות עליהם, כי כן דרך הצדיק להמשיך התעוררות יראה רוממות מעולמות העליונים על כל בני אדם, וזהו "וישב יצחק ויחפור את בארות המים אשר חפרו בימי אברהם ויסתמום פלשתים", היה הוא חוזר והעיר את רוחם ביראה שלימה, והעיר היראה הקודמת שהכניס בהם אברהם אבינו ע"ה.
Et c'est là 'et il campa dans la vallée (nahal, torrent) de Guérar' (Genèse 26,17) : c'est-à-dire que lorsqu'Its'hak vit qu'ils ne se tournaient pas vers sa crainte pour apprendre de lui, il allait se renforçant dans sa sainteté jusqu'au torrent supérieur, qui est le torrent de ה', et il fit descendre de là sur eux la crainte et l'éveil ; car telle est la voie du tsadik : faire descendre l'éveil de la crainte et de l'élévation depuis les mondes supérieurs sur tous les hommes. Et c'est là 'et Its'hak revint et creusa les puits d'eau que l'on avait creusés aux jours d'Abraham et que les Pelichtim avaient comblés' (Genèse 26,18) : il revenait et éveillait leur esprit d'une crainte parfaite, et il éveilla la crainte antérieure qu'Abraham notre père, la paix sur lui, avait introduite en eux.
או יאמר "ויזרע יצחק בארץ כו' מאה שערים", רמז לעולמות העליונים כאשר מבואר לעיל, דהיינו ע"י שהיה משפיע לעולמות העליונים, "ויברכהו ה'", עי"ז היה גורם שיתברך ע"י השם הקדוש, דעיקר ההשפעות באים ע"י שם הקדוש, וזהו "תהילה לדוד ארוממך כו'", פירוש ע"י שאני מרומם אותך וגורם השפעה בעולמות, עי"ז "ואברכה שמך לעולם" אני גורם שיתברך שמך להשפיע ע"י השם הקדוש. וק"ל.
Ou bien il dira : 'Et Its'hak sema dans ce pays etc. cent mesures (chéarim, portes)' (Genèse 26,12) - allusion aux mondes supérieurs comme cela a été expliqué plus haut, c'est-à-dire que par le fait qu'il répandait l'influx (chefa) dans les mondes supérieurs, 'et ה' le bénit' : par cela il faisait qu'il soit béni par le Nom saint, car l'essentiel des influx vient par le Nom saint. Et c'est là 'Louange de David : je T'exalterai etc.' (Psaumes 145,1), explication : par le fait que je T'exalte et que je cause l'influx dans les mondes, par cela 'et je bénirai Ton Nom à jamais' - je fais que Ton Nom soit béni pour répandre l'influx par le Nom saint.
Et cela est facile à comprendre.
ורבקה אמרה אל יעקב בנה לאמר הנה שמעתי את אביך מדבר אל עשיו אחיך לאמר. כבר דקדקו קמאי על מלת "לאמר" אין לו שחר כאן כמו בכל מקום שפירשו לאמר לזולתו.
וגם לאמר שני פעמים.
'Et Rivka dit à Yaakov son fils, en disant (lemor) : voici, j'ai entendu ton père parler à Esav ton frère, en disant (lemor)' (Genèse 27,6). Les anciens ont déjà scruté le mot 'lemor' : il n'a ici aucun sens, comme il en a partout ailleurs, où l'on explique 'lemor' comme un dire adressé à un autre.
Et de plus, 'lemor' revient deux fois.
ונ"ל לפרש "לאמר" הראשון ויתורץ ממילא האידך, עפ"י דאיתא בספרים שאיך עולה על דעת שיצחק אבינו ע"ה ירצה לברך את עשו ולא את יעקב, ופירשו דבאמת היה רוצה לברך את עשו בעוה"ז, בגשמיות, ואת יעקב היה רוצה לברך בעוה"ב, והיה רוצה יצחק שכל ד' גליות יהיו תחת יד עשו יעו"ש. והנה רבקה אמנו היתה רוצה לקיים את בני ישראל בגלות שיהיה להם ג"כ מעט בעוה"ז, ודרך הצדיק אף שמדבר בגשמיות, אבל כוונתו בעולמות העליונים ברוחניות.
וזהו הוא "ורבקה אמרה אל יעקב בנה לאמר", ר"ל מה שאמרה אל יעקב שיקבל ברכות גשמיות מאביו, היתה כוונתה בעולמות העליונים, בשביל הרוחניות שבתוך הגשמיות, כי אין לך גשמיות שאין בו ניצוצות רוחניות, וזהו "לאמר", דהיינו שהיה כוונתה על אמירה אחרת, בשביל הרוחניות כנ"ל.
Et il me semble d'expliquer le premier 'lemor', et par là même se résoudra l'autre, d'après ce qui est rapporté dans les livres : comment concevoir qu'Its'hak notre père, la paix sur lui, ait voulu bénir Esav et non Yaakov ? Et ils ont expliqué qu'en vérité il voulait bénir Esav dans ce monde-ci, dans la matérialité, et qu'il voulait bénir Yaakov dans le monde à venir ; et Its'hak voulait que les quatre exils soient sous la main d'Esav - voir là-bas.
Or Rivka notre mère voulait maintenir Israël dans l'exil, en sorte qu'ils aient eux aussi un peu de ce monde-ci. Et la voie du tsadik est que, même lorsqu'il parle de choses matérielles, son intention porte sur les mondes supérieurs, dans la spiritualité.
Et c'est là 'et Rivka dit à Yaakov son fils, lemor' : c'est-à-dire que ce qu'elle a dit à Yaakov - qu'il reçoive de son père des bénédictions matérielles - son intention en portait sur les mondes supérieurs, en vue de la spiritualité qui est à l'intérieur de la matérialité ; car il n'est pas de matérialité qui ne contienne des étincelles spirituelles (nitsotsot). Et c'est là 'lemor', c'est-à-dire que son intention visait un autre dire, en vue de la spiritualité comme ci-dessus.
"מדבר אל עשו אחיך לאמר", שהנה רבקה היתה מעלה מורא על ראשה פן לא ירצה יעקב לקבל ברכות הגשמיות, כי אין חפץ לצדיק בגשמיות, ולכן אמרה רבקה "שמעתי את אביך כו'" ג"כ "לאמר", דהיינו מה שאביך מדבר שרוצה לברכו בגשמיות, הוא ג"כ כוונתו לאמר אמירה אחרת, בשביל רוחניות כנ"ל, שיהיה בגשמיות ג"כ ניצוצות רוחניות, כי אין לך דבר גשמיות בעולם שיהא לו חיות בלא נ"ק מעולמות העליונים.
'Parlant à Esav ton frère, lemor' : voici que Rivka portait sur sa tête la crainte que Yaakov ne veuille pas recevoir les bénédictions matérielles, car le tsadik n'a nul désir de la matérialité ; c'est pourquoi Rivka dit 'j'ai entendu ton père etc.' également 'lemor', c'est-à-dire : ce que ton père dit, qu'il veut le bénir dans la matérialité, son intention à lui aussi est de dire un autre dire, en vue de la spiritualité comme ci-dessus, car dans la matérialité il y a aussi des étincelles spirituelles ; car il n'est au monde aucune chose matérielle qui possède une vitalité sans les étincelles saintes (nitsotsot kedochot) venues des mondes supérieurs.
וזהו שאמר עשו ליעקב "יש לי רב", פירשתי שאמר לו "רב" - היינו העוה"ז - הוא שלי, וחלקי דעוה"ז הוא עולם הפירוד לכן נקרא רב, ואין לך חלק בעוה"ז, "יהי לך אשר לך", דהיינו חלקך העוה"ב השייך [לך] יהי לך ולא עוה"ז. והשיב לו יעקב אבינו ע"ה "יש לי כל", רמז לו על הכוללות שבתוך הגשמיות, שהיא החיות המקיימו שייך לי, כנ"ל שאין לך דבר גשמי שיהיה לו חיות וקיום בלא קדושה, ואם אקח את חלקי דהיינו הנ"ק שבתוך הגשמיות, אזי אתה בטל כעפרא דארעא לגמרי, לכן גם לי שייך בחלקך העוה"ז עבור חלקי שיש לך מחלקי הרוחניות.
Et c'est là ce qu'Esav dit à Yaakov : 'j'ai beaucoup (rav)' (Genèse 33,9). J'ai expliqué qu'il lui disait : 'rav' - c'est-à-dire ce monde-ci - est à moi ; et ma part, celle de ce monde-ci, est le monde de la séparation (olam ha-pirud), c'est pourquoi il est appelé 'rav' (multiple), et toi tu n'as aucune part dans ce monde-ci ; 'que soit à toi ce qui est à toi', c'est-à-dire que ta part, le monde à venir qui t'appartient, soit à toi, et non ce monde-ci.
Et Yaakov notre père, la paix sur lui, lui répondit : 'j'ai tout (kol)' (Genèse 33,11) - il lui fit allusion à la totalité (kelalout) qui est à l'intérieur de la matérialité, à savoir que la vitalité qui la maintient m'appartient, comme ci-dessus, car il n'est pas de chose matérielle qui ait vie et subsistance sans sainteté ; et si je prends ma part, c'est-à-dire les étincelles saintes qui sont à l'intérieur de la matérialité, alors tu es totalement annulé comme la poussière de la terre. C'est pourquoi, dans ta part qui est ce monde-ci, une part me revient à moi aussi, en raison de ma part de spiritualité que tu détiens.
וזהו "כל עצמותי תאמרנה ה' מי כמוך", ר"ל כל עצמותי, דהיינו הגשמיות שאני מדבר בהם, הוא ג"כ באותו כוונה ה' מי כמוך, דהיינו שכוונתי להעולמות העליונים לפעול פעולות רבות רפואות והשפעות, ע"ד שאמרו חז"ל "באומות אין כמוך אבל בישראל יש כמוך, הקב"ה מחיה מתים אף הצדיק כן, כמו שמצינו באלישע" ע"ש. וזהו "זאת מנוחתי עדי עד", ר"ל שאמר דוד המלך ע"ה שגם מנוחתי זאת שאני חונה למטה, הוא "עדי עד" דהיינו לעולמות העליונים, כנ"ל שגם בגשמיות וכוונת הצדיק לרוחניות העליונים.
והבן.
Et c'est là 'tous mes os diront : ה', qui est comme Toi ?' (Psaumes 35,10) : c'est-à-dire, 'tous mes os (atsamotaï)', à savoir les choses matérielles dont je parle, c'est aussi avec cette même intention - 'ה', qui est comme Toi' - c'est-à-dire que mon intention vise les mondes supérieurs, pour y opérer de nombreuses actions, des guérisons et des influx ; selon ce qu'ont dit nos sages, de mémoire bénie : 'parmi les nations nul n'est comme Toi, mais en Israël il y a comme Toi : le Saint, béni soit-Il, fait revivre les morts, et le tsadik aussi, comme nous le trouvons chez Élisée' - voir là-bas. Et c'est là 'voici mon repos à tout jamais (adei ad)' (Psaumes 132,14) : c'est-à-dire que David le roi, la paix sur lui, a dit que même ce repos qui est le mien, où je campe ici-bas, est 'adei ad', c'est-à-dire tourné vers les mondes supérieurs, comme ci-dessus - même dans la matérialité, l'intention du tsadik vise les spiritualités supérieures.
Et comprends.
או יאמר "ורבקה אמרה כו'", דאיתא בזוהר הקדוש דהשכינה נקראת "רבקה" ועם בני ישראל נקראים בשם "יעקב", ויש לפרש בדרך הזה, דיצחק היה רוצה לברך את עשו בגשמיות בעוה"ז, והשכינה הקדושה היא האם המרחמת על בניה ישראל ובכל צרתם לה צר, והיה תשוקתה מאוד שיברך יצחק את יעקב גם בעוה"ז, כי האיך תוכל לראות בעני עמה בצער להם בעוה"ז, ולכן אמרה אל יעקב שילך ויקבל הברכות מיצחק.
Ou bien il dira 'et Rivka dit etc.' : il est rapporté dans le saint Zohar que la Chekhina est appelée 'Rivka' et que le peuple d'Israël est appelé du nom de 'Yaakov'. Et l'on peut expliquer de cette manière : Its'hak voulait bénir Esav dans la matérialité, en ce monde-ci ; or la sainte Chekhina est la mère qui a pitié de ses enfants Israël, et dans toute leur détresse elle est en détresse (cf.
Isaie 63,9) ; et son désir était très grand qu'Its'hak bénisse Yaakov aussi dans ce monde-ci, car comment pourrait-elle voir la pauvreté de son peuple et sa peine dans ce monde-ci ? C'est pourquoi elle dit à Yaakov d'aller recevoir les bénédictions d'Its'hak.
ויעקב היה מתירא מאוד שיתברך בעניני גשמיות, כי מורא עלה על ראשו פן ואולי ע"י הגשמיות יתגשם ויופרד ח"ו מעבודתו יתברך, כמו שאמר הכתוב "פן תאכל כו' ורם לבבך", לזה אמר אל רבקה אמו, היא השכינה הקדושה, האיך אוכל לקבל ברכות עוה"ז, "הן עשו איש שעיר", ר"ל לו ראוי עוה"ז לפי מדתו שהוא איש מעורב בערבוביא הולך בדרך לבו, וכל הבא לידו לא ימנע עצמו מלעשות אם טוב ואם רע, אבל "אנכי איש חלק" ר"ל שאני צריך להיות חלק ומצוחצח, צח בעבודתו יתברך ויתעלה בלי שום סיג ופסולת, ופן ואולי ח"ו ע"י הגשמיות יומשך לבי מעבודתו יתברך כנ"ל, ו"אולי ימושני אבי" שבשמים, הבורא יתעלה ימשמש ויפשפש במעשי "והייתי בעיניו כמתעתע והבאתי עלי קללה ולא ברכה", שע"י זאת הברכה יצמיח קללה חלילה וחלילה.
Et Yaakov craignait fort d'être béni dans les choses matérielles, car la crainte était montée sur sa tête que peut-être, par la matérialité, il ne se matérialise et ne se sépare, à Dieu ne plaise, de Son service, béni soit-Il, comme le dit le verset 'de peur que tu ne manges etc. et que ton cœur ne s'élève' (Deutéronome 8,12-14). C'est pourquoi il dit à Rivka sa mère, qui est la sainte Chekhina : comment puis-je recevoir les bénédictions de ce monde-ci ? 'Voici, Esav mon frère est un homme velu (saïr)' (Genèse 27,11), c'est-à-dire : à lui convient ce monde-ci selon sa mesure, car il est un homme mêlé, dans la confusion, qui va selon son cœur, et tout ce qui lui tombe sous la main il ne s'abstient pas de le faire, que ce soit bien ou mal ; mais 'moi je suis un homme lisse (halak)', c'est-à-dire que je dois être lisse et poli, limpide dans Son service, béni et exalté soit-Il, sans aucune scorie ni aucun déchet ; et peut-être, à Dieu ne plaise, mon cœur sera-t-il entraîné par la matérialité loin de Son service, béni soit-Il, comme ci-dessus.
Et 'peut-être mon père me tâtera' (Genèse 27,12) - mon Père qui est aux cieux, le Créateur exalté, palpera et scrutera mes actes, 'et je serai à ses yeux comme un imposteur, et j'attirerai sur moi une malédiction et non une bénédiction' : car par cette bénédiction même germerait une malédiction, à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise.
"ותאמר לו אמו" היא השכינה הקדושה, "עלי קללתך בני", ר"ל עלי מוטל לשמור אותך מקללה, "אך שמע בקולי ולך קח לי", ר"ל שתקבל הברכות העוה"ז ג"כ שיהיה "לי", ר"ל ג"כ לעבודתו לשמו הגדול, שתהיה כוונתך בכל עניני עוה"ז, הן באכילה ושתיה ושאר גשמיות, רק לשמים, להוציא ניצוצות קדושות מתוך המאכל באוכלך בקדושה ובטהרה, ושיהיה לך כח לעבוד לו יתברך ולעסוק בתורתו ובמצותו, וכן בכל דבר יהיה כוונתך לשמים. "וילך ויקח ויבא לאמו" מובן ממילא, שעשה מצות השכינה לקבל הברכות באופן הזה לשמו הגדול יתברך ויתעלה זכרו לעד ולנצח נצחים.
אמן.
'Et sa mère lui dit' - c'est la sainte Chekhina - 'sur moi ta malédiction, mon fils' (Genèse 27,13) : c'est-à-dire, il m'incombe à moi de te garder de la malédiction. 'Écoute seulement ma voix, et va me prendre' : c'est-à-dire que tu recevras aussi les bénédictions de ce monde-ci, mais qu'elles soient 'pour moi (li)', c'est-à-dire elles aussi pour Son service, pour Son grand Nom - que ton intention, dans toutes les affaires de ce monde-ci, tant dans le manger et le boire que dans le reste de la matérialité, soit uniquement pour le Ciel : pour extraire les étincelles saintes du milieu de l'aliment lorsque tu manges dans la sainteté et la pureté, et pour que tu aies la force de Le servir, béni soit-Il, et de t'occuper de Sa Torah et de Ses commandements ; et de même, en toute chose, que ton intention soit pour le Ciel. 'Et il alla, et il prit, et il apporta à sa mère' (Genèse 27,14) se comprend de soi-même : il accomplit l'ordre de la Chekhina et reçut les bénédictions de cette manière, pour Son grand Nom, béni et exalté soit-Il, que Son souvenir soit à jamais et pour les siècles des siècles. Amen.
ויען יצחק ויאמר לעשו הן גביר שמתיו לך ואת כל אחיו נתתי לו לעבדים ודגן ותירוש סמכתיו ולכה אפוא מה אעשה בני, ויאמר עשו אל אביו הברכה אחת היא לך אבי ברכני גם אני אבי כו', ויאמר אליו הנה משמני ארץ כו'. ויש לדקדק למה המתין יצחק עד שאמר עשו "הברכה אחת" כו', ולא בירך אותו מיד כשאמר לו עשו "הלא אצלת לי ברכה".
גם לכאורה כמו זר נחשב שיצחק ירצה לברך את עשו ולא את יעקב.
'Et Its'hak répondit et dit à Esav : voici, je l'ai établi ton maître, et tous ses frères je les lui ai donnés pour serviteurs, et de blé et de vin je l'ai pourvu ; et pour toi donc, que ferai-je, mon fils ? Et Esav dit à son père : n'as-tu qu'une seule bénédiction, mon père ?
Bénis-moi, moi aussi, mon père etc. Et il lui dit : voici, des lieux gras de la terre etc.' (Genèse 27,37-39).
Il y a lieu de scruter : pourquoi Its'hak a-t-il attendu qu'Esav dise 'n'as-tu qu'une seule bénédiction' etc., et ne l'a-t-il pas béni immédiatement lorsqu'Esav lui a dit 'n'as-tu donc pas réservé pour moi une bénédiction ?' (Genèse 27,36). De plus, il semble à première vue étrange qu'Its'hak veuille bénir Esav et non Yaakov.
אך הענין, דיצחק היה רוצה לברך את עשו בגשמיות ואת יעקב ברוחניות כידוע, וכשראה עשו שבירך יצחק את יעקב בברכה הראויה לו לעשו, צוח ואמר לאביו "הלא אצלת כו'", עכשיו שברכת את יעקב בגשמיות, דהיינו שהם נשפעים מג' עולמות עב"י, הלא ברכה שהיא מעולם אצילות מגיע לי, וזהו אצלת לי וכו'. והשיב לו אביו "הן גביר שמתיו כו' וכל אחיו כו' ודגן ותירוש כו'", רמז השלשה ברכות הוא נגד שלשה עולמות הנ"ל נתתי ליעקב אחיך, "ולך אפוא מה אעשה בני", פירוש היא הברכה מעולם העשיה שאברך אותך בה, וזהו מה "אעשה" דווקא, ר"ל מעולם עשיה.
ואמר לו עשו בנו "הברכה אחת היא לך אבי", פירוש שגם בגשמיות בעולם עשיה תמצא עוד ברכה לברכני ג"כ, ומיד ברכו בברכת גשמיות, אבל כשאמר לו תחילה לברכו בברכת רוחניות כנ"ל "הלא אצלת", לא היה פונה כלל לדבריו ולא השיב לו כלום ועשה עצמו כלא ידעו והשיב לו "מה אעשה". וק"ל.
Mais voici la chose : Its'hak voulait bénir Esav dans la matérialité et Yaakov dans la spiritualité, comme on sait. Et lorsqu'Esav vit qu'Its'hak avait béni Yaakov de la bénédiction qui lui revenait, à lui Esav, il cria et dit à son père 'n'as-tu donc pas réservé (atsalta) etc.' : maintenant que tu as béni Yaakov dans la matérialité, c'est-à-dire de ce qui s'épanche des trois mondes Assia, Beria, Yetsira (עב"י), n'est-ce pas que la bénédiction qui vient du monde d'Atsilout me revient ?
Et c'est là 'tu as réservé (atsalta) pour moi' etc., du même terme qu'Atsilout. Et son père lui répondit : 'voici, je l'ai établi ton maître etc., et tous ses frères etc., et de blé et de vin etc.' - il fit allusion aux trois bénédictions qui correspondent aux trois mondes susdits : je les ai données à Yaakov ton frère ; 'et pour toi donc, que ferai-je, mon fils ?', explication : c'est la bénédiction du monde de la Assia dont je te bénirai, et c'est pourquoi il dit précisément 'que ferai-je (à'asse)', c'est-à-dire du monde de la Assia.
Et Esav son fils lui dit : 'n'as-tu qu'une seule bénédiction, mon père ?', explication : que même dans la matérialité, dans le monde de la Assia, tu trouveras encore une bénédiction pour me bénir moi aussi ; et aussitôt il le bénit d'une bénédiction matérielle. Mais lorsqu'il lui avait dit d'abord de le bénir d'une bénédiction spirituelle comme ci-dessus, 'n'as-tu donc pas réservé', il ne prit nullement garde à ses paroles, ne lui répondit rien, fit comme s'il ne le savait pas, et lui répondit 'que ferai-je'.
Et cela est facile à comprendre.