« Et la vie de Sara fut » (Berechit 23,1) : Rachi dit « à cent ans comme à vingt ans, comme à sept ans pour la beauté ». Le Noam Elimele'h y voit deux degrés pour chaque jour : se garder de toute faute, des commandements positifs et négatifs ; et faire entrer même le permis, manger, boire et vêtements, dans la sainteté, l'intention vers le Ciel pour parer l'image du Roi (dyokna de-malka). À vingt ans Sara se pare comme un enfant de sept ans, sans se glorifier, toute son intention pour le Ciel. Alors tout lui suffit et sa vie est vraiment sa vie.
Aussi : les cent bénédictions, la soumission et les cent socles du Sanctuaire ; l'étude dès l'enfance et le repentir dès vingt ans, selon les 'Hovot haLevavot ; Éphron comme yetser de la poussière, et Rabbi 'Hanina ben Dossa qui ouvre un sentier
ויהיו חיי שרה כו׳. פירש"י "בת ק׳ כבת כ' כו׳ כבת ז׳ ליופי".
ולכאורה מה נפקא מינה שהיתה כבת ז׳ ליופי. ונראה דרש"י ז"ל כיון בדבריו לרמז על ב׳ מדרגות שמחויב האדם להתנהג בהם כל ימי חייו.
דהיינו האחד להזהר ולהשמר במאוד מאוד מכל חטא ועון שלא יעבור ח"ו על שום מ"ע ול"ת, ומדרגה ב׳ דהיינו גם דברים המותרים כמו אכילה ושתיה ומלבושים וכדומה, צריך להכניס הכל אל הקדושה לכוין בהם לשמים, דהיינו אדם שמלביש עצמו ומקשט עצמו במלבושים וקשוטים יפים ונאים, יהיה כוונתו לקשט דיוקנא דמלכא כמבואר בגמ׳, וכן בכל דבר יהיה כוונתו לשמים, וכאשר יתנהג כך אזי כל מה שיהיה לו הן ממון והן מלבושים יספיק את עצמו במה שיש לו וישמח בהם וחייו חיים שלו, אבל אם אין כוונתו בכל הנ"ל לשמים, אזי תמיד יחסר לו ולא יהיה לו די וסיפוק לעולם, ונמצא חייו אינן חיים ואין החיים שלו.
"Et la vie de Sara fut..." (Genèse 23,1). Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki) explique : "à cent ans comme à vingt ans... comme à sept ans pour la beauté".
À première vue, quelle importance cela a-t-il qu'elle ait été belle comme à sept ans ? Il apparaît que Rachi, de mémoire bénie, a voulu par ses paroles faire allusion à deux degrés selon lesquels l'homme est tenu de se conduire tous les jours de sa vie.
Le premier : prendre garde et se préserver extrêmement de toute faute et de toute transgression, ne transgresser, à Dieu ne plaise, aucun commandement positif ni négatif. Le deuxième degré : même les choses permises, comme le manger, le boire, les vêtements et le reste, il faut tout faire entrer dans la sainteté, en y dirigeant l'intention vers le Ciel.
C'est-à-dire que l'homme qui se vêt et se pare de vêtements et d'ornements beaux et agréables aura pour intention de parer l'image du Roi (dyokna de-malka), comme il est expliqué dans la Guemara ; et de même en toute chose son intention sera pour le Ciel. Et lorsqu'il se conduira ainsi, alors tout ce qu'il aura, argent ou vêtements, lui suffira, il s'en réjouira, et sa vie sera vraiment sa vie.
Mais si son intention en tout cela n'est pas pour le Ciel, alors il lui manquera toujours quelque chose, jamais il n'aura assez ni de quoi se satisfaire, et il se trouve que sa vie n'est pas une vie et que cette vie n'est pas la sienne.
וזה רמז פשוט "בת קו"ף כבת כ'" שלא היה בה שום חטא ממצות עשה ול"ת, "ובת כ׳ כבת ז׳ ליופי" רמז למדרגה ב׳, דהיינו כמו תינוק שהוא מקשט עצמו אין יודע להתפאר עצמו ולחשוק להתקשט בקישוט יקר, כך היתה שרה כשהיתה בת כ׳ שאז הוא עיקר התגברות לאדם לתאוות ליפות עצמו ולהתקשט ושאר עניני עולם, והיא היתה כל כוונתה בכל קישוטה והתיפותה רק לשמים.
Et telle est l'allusion simple : "à cent ans (kouf, ק, cent) comme à vingt ans" : il n'y avait en elle aucune faute, ni des commandements positifs ni des commandements négatifs. "Et à vingt ans comme à sept ans pour la beauté" : allusion au deuxième degré.
C'est-à-dire, de même qu'un petit enfant qui se pare ne sait pas se glorifier lui-même ni désirer se parer d'un ornement précieux, ainsi était Sara à vingt ans, âge où l'homme est surtout saisi par le désir de s'embellir, de se parer et par les autres affaires de ce monde : et toute son intention, dans toute sa parure et tout son embellissement, n'était que pour le Ciel.
או יאמר ויהיו חיי שרה כו׳, ע"ד דאיתא בגמרא "חייב אדם לברך מאה ברכות בכל יום, מקרא מה ה׳ א-להיך שואל מעמך כו׳ אל תיקרי מה אלא מאה", ויש לומר הפירוש דעיקר השורש לאדם שיהיה בהכנעה גדולה ושפל בעיני עצמו ובמה נחשב, ואז יכול לפעול במעשיו כמו בזמן המקדש, וזה הרמז מאה ברכות נגד מאה אדנים שהיו במקדש, וזה פירוש הגמרא "אל תקרי מה אלא מאה" ר"ל כאשר תהיה במדרגה "מה" בהכנעה, תתקן גם כן מאה האדנים, שתפעול במעשיך כמו בזמן המקדש.
Ou bien on dira "Et la vie de Sara fut..." selon ce qui est enseigné dans la Guemara : "L'homme est tenu de réciter cent bénédictions chaque jour ; d'où l'apprend-on ? Du verset : Et maintenant, Israël, que (ma) ה' ton Dieu demande-t-il de toi ?
(Deutéronome 10,12) ; ne lis pas ma (que) mais mea (cent)" (Menahot 43b). Et l'on peut dire que l'explication est la suivante : la racine essentielle pour l'homme est d'être dans une grande soumission, humble à ses propres yeux, se disant : que suis-je (ma) et que vaux-je ?
Alors il peut agir par ses actes comme au temps du Temple. Telle est l'allusion des cent bénédictions, face aux cent socles (adanim) qui étaient au Sanctuaire.
Et telle est l'explication de la Guemara "ne lis pas ma mais mea" : c'est-à-dire, lorsque tu seras au degré de ma, dans la soumission, tu répareras aussi les cent socles, car tu agiras par tes actes comme au temps du Temple.
וזהו "ויהיו חיי שרה מאה שנה", ו"שרה" רמז כשהצדיק הוא במדרגת נוקבא, יראה עכ"פ להיות שפל ומוכנע, לזה רמז "מאה שנה" נגד מאה אדנים, ו"עשרים שנה" (חסר כאן), ו"שבע שנים" רמז שיתקן ז׳ ימי הבנין, כי "שנה" בגימטריה "ספירה" והבן.
Et c'est "Et la vie de Sara fut de cent ans" ; et "Sara" fait allusion à ceci : lorsque le juste se trouve au degré de Noukva (l'aspect féminin récepteur de la Divinité), qu'il veille en tout cas à être humble et soumis. C'est à cela que fait allusion "cent ans", face aux cent socles ; et "vingt ans" (il manque ici quelque chose) ; et "sept ans" fait allusion à ce qu'il répare les sept jours de la construction (les sept sefirot inférieures), car "shana" (שנה, année) a la même valeur numérique (guematria) que "sefira" (ספירה).
Et comprends bien.
או יאמר דרש"י ז"ל מרמז בדבריו ללמד לאדם דרכי ה׳. דהנה יש שני מדרגות בדרכי בני אדם.
דהיינו אחד האדם בילדותו הוא מתחזק בלימודו ולומד בהתמדה, והלימוד נקרא "יופי", שזה הוא היופי של הבורא ב"ה, וכאשר האדם בא בשנים, דהיינו מעשרים ולמעלה שאז שכלו של אדם מתגבר לדעת את ה׳, אזי הוא מתחיל לפשפש במעשיו ורואה בהם אם נעשים כהוגן לכבודו יתברך באמת, ורואה ומבין בעצמו שלא יצא ידי חובתו כלל בשום עסק תורתו ומצוותיו שעשה ולמד עד הנה, ומבין שחיסר וחטא בהם, דהיינו שלמד לאיזה פניה או להתפאר או באיזה אופן אחר להנאת עצמו, ויחרד האיש ומתחרט על הקודם, ומתחזק לתקן עצמו בכל מעשיו ולימוד התורה שיהיה הכל שוין לטובה לשמו יתברך ויתעלה ולא להנאת עצמו.
Ou bien on dira que Rachi, de mémoire bénie, fait allusion par ses paroles à enseigner à l'homme les voies de ה'. Car il y a deux degrés dans les conduites des hommes.
Le premier : l'homme, dans son enfance, se renforce dans son étude et apprend avec assiduité, et l'étude est appelée "beauté", car c'est la beauté du Créateur, béni soit-Il. Et lorsque l'homme avance en années, c'est-à-dire à partir de vingt ans et au-delà, quand l'intelligence de l'homme se fortifie pour connaître ה', alors il commence à scruter ses actes et à examiner s'ils ont été accomplis comme il convient, véritablement pour Son honneur, béni soit-Il.
Il voit et comprend de lui-même qu'il ne s'est aucunement acquitté de son devoir, dans aucune de ses occupations de Torah ni dans les commandements qu'il a accomplis et étudiés jusqu'ici, et il comprend qu'il y a en eux manque et faute : à savoir qu'il a étudié pour quelque intérêt personnel, ou pour se glorifier, ou de quelque autre manière pour son propre agrément. Alors l'homme tremble et se repent du passé, et il se renforce pour se corriger dans tous ses actes et dans son étude de la Torah, afin que tout soit également pour le bien, pour Son Nom béni et exalté, et non pour son propre agrément.
והנה ידוע דאיתא בספר הקדוש חובת הלבבות "אין לך חסידות כתחילתו", כי כל דבר בהתחלה ראשונה נעשה בחשק ואומץ רב בכל התאמצות האפשרי. וזה שפירש רש"י ז"ל "בת ק׳ כבת כ׳ לחטא", ר"ל כמו כשהיתה בת כ׳ כשאז הוא דרכו של אדם לפשפש במעשיו ומוצא בהם חטאים שחיסר בעבודתו יתברך שמו ותופש הדרך הזה בחיזוק גדול שהוא ההתחלה ראשונה כנ"ל, כך כשהיתה בת קו"ף היתה ג"כ במדריגה זאת, "ובת כ׳ כבת ז׳ ליופי" הוא ג"כ על דרך הנ"ל, דהיינו בלימוד צריך ג"כ להיות התפישה מרובה להגות בתורתו הקדושה כמו בעודו בילדותו בשנים הרכים.
והצדיק הזה שמתנהג עצמו כך כנ"ל זוכה לחיים הנצחיים. וזהו "ויהיו חיי שרה" לשון הוי"ה וקישור בחיים הנצחיים, "שני חיי שרה, כולן שוין לטובה", רמז אחר שיזכה הצדיק למדרגה זאת אזי הכל שוה לו לטובה.
Or il est connu qu'il est écrit dans le livre saint Hovot ha-Levavot (Les Devoirs des Cœurs) : "Il n'y a pas de piété comme celle du commencement", car toute chose, à son tout premier commencement, se fait avec un désir et une vigueur immenses, avec tout l'effort possible. Et c'est ce qu'a expliqué Rachi, de mémoire bénie : "à cent ans comme à vingt ans quant à la faute", c'est-à-dire : de même qu'à vingt ans, âge où il est dans la voie de l'homme de scruter ses actes, d'y trouver les fautes et ce qui a manqué à son service envers Lui, béni soit Son Nom, et de saisir cette voie avec une grande force, puisque c'est le tout premier commencement comme il a été dit, ainsi, lorsqu'elle était âgée de cent ans (kouf), elle se trouvait également à ce degré.
"Et à vingt ans comme à sept ans pour la beauté" se comprend aussi de la même façon : dans l'étude aussi, il faut une prise ardente pour méditer Sa sainte Torah, comme au temps de l'enfance, dans les années tendres. Et ce juste qui se conduit ainsi, comme il a été dit, mérite la vie éternelle.
Et c'est "Et furent (vayihyou) les vies de Sara" : expression de Havaya (le Nom) et d'attachement à la vie éternelle. "Les années de la vie de Sara, toutes égales pour le bien" : allusion à ce qu'après que le juste a mérité ce degré, tout devient pour lui également bon.
והנה יותר צריך האדם להתחזק לקדש עצמו באכילתו ושתיתו בקדושה ובטהרה, שעל ידי זה הוא מוציא ניצוצות קדושות ועל ידי זה זוכה לחיים הנצחיים. וזהו שאמר אברהם אבינו ע"ה להמלאכים "והשענו תחת העץ" ר"ל תחת עץ החיים, על ידי זאת "ואקחה פת לחם" דהיינו ע"י אכילה כנ"ל.
וזהו "ויאמר ה׳ הן האדם כו' ועתה פן ישלח ידו ולקח גם מעץ החיים ואכל וחי לעולם", יש לומר הפירוש כך, דהנה השי"ת ב"ה ברוב רחמיו רוצה בתשובה שיתקן אדם את אשר קלקל, ואמר השי"ת "ועתה" ר"ל עתה שחטא אדם הראשון ובמה יתקן את חטאו? פן ואולי יהיה לו תקנה שישלח ידו ליקח ולאחוז בעץ החיים ע"י סיבת אכילה שיוציא ניצוצות קדושות באכילתו בקדושה, וזהו "ואכל וחי לעולם" ר"ל ע"י אכילה יהיה לו אחיזה בחיי עולם הנצחיים, ולכן "וישלחהו ה׳ מגן עדן לעבוד את האדמה", כי עוה"ב אין בו לא אכילה ולא שתיה כי אם בזה העולם יוכל לתקן להוציא ניצוצות קדושים כנ"ל. והצדיק הזה המתנהג בקדושה בתורה ובאכילה ובשתיה ובכל מעשיו הוא מושך השפעות חסדים לעולם.
Or l'homme doit se renforcer davantage encore pour se sanctifier dans son manger et son boire, dans la sainteté et la pureté, car par cela il fait sortir des étincelles saintes, et par cela il mérite la vie éternelle. Et c'est ce qu'a dit Abraham notre père, paix sur lui, aux anges : "Et appuyez-vous sous l'arbre" (Genèse 18,4), c'est-à-dire sous l'Arbre de vie ; et par cela, "et je prendrai un morceau de pain" (Genèse 18,5), c'est-à-dire par le manger, comme il a été dit.
Et c'est "Et ה' dit : voici, l'homme... et maintenant, de peur qu'il n'étende sa main et ne prenne aussi de l'Arbre de vie, et qu'il n'en mange et vive à jamais" (Genèse 3,22). On peut expliquer ainsi : le Saint, béni soit-Il, dans Sa grande miséricorde, veut le repentir, que l'homme répare ce qu'il a abîmé.
Il a donc dit "et maintenant", c'est-à-dire : maintenant que le premier homme a fauté, par quoi réparera-t-il sa faute ? "De peur", c'est-à-dire : peut-être y aura-t-il pour lui une réparation, qu'il étende sa main pour prendre et saisir l'Arbre de vie par le moyen du manger, en faisant sortir des étincelles saintes dans son manger accompli en sainteté.
Et c'est "et il mangera et vivra à jamais", c'est-à-dire : par le manger il aura prise sur la vie du monde éternel. C'est pourquoi "et ה' le renvoya du jardin d'Éden pour travailler la terre" (Genèse 3,23), car dans le monde à venir il n'y a ni manger ni boire ; c'est seulement dans ce monde-ci qu'il peut réparer et faire sortir des étincelles saintes, comme il a été dit.
Et ce juste qui se conduit avec sainteté dans la Torah, dans le manger, dans le boire et dans tous ses actes, attire les effusions de hassadim (bontés, l'aspect de la générosité divine) vers le monde.
וזהו "ואברהם זקן בא בימים" ר"ל "זקן" זה קנה חכמה, ובא למדרגת "ימים" להמשיך השפעות חסדים הנקרא ימים, ע"ד יומם יצוה ה׳ חסדו, "וה׳ ברך את אברהם בכל", דהצדיק המושך השפעות צריך שיהיה כל כוונתו לכללות ישראל, ולא יחוש על עצמו כלל כאילו אינו בעולם, רק השי"ת הוא המשגיח על הצדיק ומברכו בכללות ישראל הגם שהוא אינו משגיח על עצמו, וזהו וה׳ ברך כו׳ "בכל" פירוש בכללות ישראל.
Et c'est "Et Abraham était vieux (zaken), avancé en jours" (Genèse 24,1) : "zaken", c'est-à-dire celui-ci a acquis la sagesse (ze kana 'hokhma) ; et il est venu au degré des "jours", pour attirer les effusions de hassadim qui sont appelées "jours", selon "le jour, ה' ordonne Sa bonté" (Psaumes 42,9). "Et ה' bénit Abraham en tout" (Genèse 24,1) : car le juste qui attire les effusions doit avoir toute son intention tournée vers la collectivité d'Israël, et ne pas se soucier de lui-même du tout, comme s'il n'était pas au monde ; c'est le Saint, béni soit-Il, qui veille sur le juste et le bénit dans la collectivité d'Israël, bien que lui-même ne veille pas sur lui-même.
Et c'est "et ה' bénit... en tout", ce qui signifie : dans la collectivité d'Israël.
והנה הצדיק גמור כנ"ל הוא הולך בהתגלות, אבל מי שאינו עדיין במדרגה הנ"ל צריך להיות הצנע לכת לתקן כל פנימיותיו, וזהו "ויאמר אל עבדו זקן ביתו", פירוש הצדיק גמור הנ"ל אומר אל הצדיק השני שעדיין אינו במדרגה זו, ואינו אלא כעבד במדרגה זאת שצריך להיות עוד הצנע לכת כנ"ל לתקן הפנימיות, וזהו "זקן ביתו", "המושל בכל אשר לו" פירוש ועכ"פ הוא במדרגה זו שהוא מושל במידה זאת שלא להתקנא עצמו בחבירו, שאינו חומד ומתאווה להתקנא בממון של אחרים, שזה הוא עיקר מי שרוצה לילך בדרכי ה׳ להוציא מלבו הקנאה וחמדת ממון שהיא עיקר המונע מעבודת הבורא, וזהו "המושל בכל אשר לו" שדי לו במה שיש לו, ואינו חומד בשל אחרים. והצדיק הגמור הרוצה להביאו ג"כ במדרגה גדולה, אומר לו "שים נא ידך תחת ירכי" ר"ל שיתקשר עמו.
לזה רמז "ירכי" הנקרא "יסוד" שהוא התקשרות כידוע.
Or le juste parfait dont il a été question marche dans la révélation ; mais celui qui n'est pas encore à ce degré doit marcher humblement (Michee 6,8) pour réparer toute son intériorité. Et c'est "Et il dit à son serviteur, l'ancien de sa maison" (Genèse 24,2) : cela signifie que le juste parfait dont il a été question parle au second juste, qui n'est pas encore à ce degré et n'est à ce niveau que comme un serviteur, qui doit encore marcher humblement, comme il a été dit, pour réparer l'intériorité ; et c'est "l'ancien de sa maison".
"Qui gouvernait tout ce qui était à lui" : cela signifie qu'il est du moins à ce degré-là, gouvernant cette mesure de ne pas jalouser son prochain, ne convoitant ni ne désirant l'argent d'autrui. Car c'est l'essentiel pour qui veut marcher dans les voies de ה' : faire sortir de son cœur la jalousie et la convoitise de l'argent, qui sont l'obstacle principal au service du Créateur.
Et c'est "qui gouvernait tout ce qui était à lui" : il se contente de ce qu'il a et ne convoite pas ce qui est à autrui. Et le juste parfait, voulant l'amener lui aussi à un grand degré, lui dit : "Place, je te prie, ta main sous ma cuisse" (Genèse 24,2), c'est-à-dire qu'il s'attache à lui.
C'est à cela que fait allusion "ma cuisse", appelée "Yesod" (le Fondement, la sefira de l'attachement), qui est le lien, comme on le sait.
וזה שנאמר ביעקב אבינו ע"ה "ויזרח לו השמש כאשר עבר את פנואל", ר"ל ה"שמש" היא הבהירות והקדושה רבה, היה זורח ומאיר לו כאשר עבר את פנואל, פירוש "פנואל" לשון פנו אל, והוא כשאדם מסיח דעתו מהקדושה, אזי מיד "והוא צולע על ירכו", היינו שיש לו חסרון בהירך, וכאשר עבר את פנואל, ר"ל שאינו מסיח דעתו כלל מהקדושה, אז ויזרח לו השמש.
Et c'est ce qui est dit de Yaakov notre père, paix sur lui : "Et le soleil se leva pour lui lorsqu'il eut passé Penouel" (Genèse 32,32). Cela signifie que le "soleil", qui est la clarté et la grande sainteté, se levait et l'illuminait lorsqu'il eut passé Penouel.
"Penouel" est de l'expression panou el (ils se sont détournés de Dieu) : lorsque l'homme détourne sa pensée de la sainteté, aussitôt "et il boitait de la cuisse" (Genèse 32,32), c'est-à-dire qu'il a un manque dans la cuisse. Mais "lorsqu'il eut passé Penouel", c'est-à-dire qu'il ne détourne pas du tout sa pensée de la sainteté, alors "le soleil se leva pour lui".
נמצא שצריך האדם לקשר עצמו עם צדיקים גמורים בקדושתם ובהירתם, ולשמור עצמו לבל יפנה אל מדעתו, ולקדש עצמו בכל המידות כנ"ל. והשם יעזרנו לעבדו באמת, ויהי ה׳ עמנו כאשר היה עם אבותינו.
אמן כי יהי רצון.
Il en résulte que l'homme doit s'attacher aux justes parfaits, à leur sainteté et à leur clarté, se garder de détourner sa pensée, et se sanctifier dans toutes les mesures, comme il a été dit. Et que le Nom nous aide à Le servir en vérité, et que ה' soit avec nous comme Il fut avec nos pères.
Amen, qu'ainsi soit Sa volonté.
ויען עפרון כו׳ אדוני שמעני ארץ ארבע מאות כו׳ וישקול אברהם לעפרון כו׳. נראה לפרש דהנה האמת הוא השורש שיהיה האדם כעפר לכל, אך היסוד העפר הוא המושך את האדם לעצלות ושפלות גם אם הוא צדיק, באומרו היצה"ר אליו שאינו צריך לעבוד עוד כי כבר תיקן את עצמו במה שהוא במדריגת עפר ועל ידי זה מביאו לעצלות בעבודת הבורא ית׳, וצריך האדם להתחזק נגדו אז בשמעו את דברי היצה"ר המביאו לעצלות, להתחיל בעבודת הבורא מחדש כאילו לא עשה עדיין כלום, וזהו שאנו מתפללין "ונפשי כעפר לכל תהיה ובמצותיך תרדוף נפשי", ר"ל שלא יביאני היצר לעצלות לבטל מצוותיך חלילה, אלא אדרבה במצותיך תרדוף נפשי.
"Et Ephron répondit... : Mon seigneur, écoute-moi : une terre de quatre cents... Et Abraham pesa pour Ephron..." (Genèse 23,14-16).
Il semble qu'on puisse expliquer ainsi. En vérité, la racine est que l'homme soit comme poussière (afar) à l'égard de tous ; mais l'élément de la poussière est aussi ce qui entraîne l'homme à la paresse et à l'abattement, même s'il est juste, car le mauvais penchant (yetser ha-ra) lui dit qu'il n'a plus besoin de servir, puisqu'il s'est déjà réparé lui-même en se tenant au degré de la poussière, et par là il l'amène à la paresse dans le service du Créateur, béni soit-Il.
L'homme doit alors se renforcer contre lui : en entendant les paroles du mauvais penchant qui l'entraîne à la paresse, il doit recommencer le service du Créateur à neuf, comme s'il n'avait encore rien fait du tout. Et c'est ce que nous prions : "Que mon âme soit comme la poussière pour tous, et que mon âme poursuive Tes commandements", c'est-à-dire : que le penchant ne m'amène pas à la paresse au point d'annuler Tes commandements, à Dieu ne plaise ; au contraire, que mon âme poursuive Tes commandements.
לזה אפשר רמז הכתוב ג"כ כאן, כי "אברהם" רמז לצדיק ו"עפרון" רמז ליצה"ר של מדריגות עפר כנ"ל, וזה "ויען עפרון כו׳ אדוני שמעני ארץ ארבע מאות כו׳", פירוש שלהצדיק אומר לו היצה"ר שהוא אדון בדבר עבודתו ית"ש שכבר תיקן הכל, וזה רמז "ד׳ מאות שקל כסף" הם ת׳ עלמין דכסיפין שהצדיק צריך לתקן, אומר לו היצה"ר כבר תקנת הכל ומה זה "ביני ובינך", וצריך הצדיק להתחזק נגדו, וזהו "וישקול אברהם" ר"ל שצריך לשקול הדרך ה׳ בעבודתו מחדש לתקן ארבע מאות שקל כסף הם ת׳ עלמין כו׳ כנ"ל, וזהו "עובר לסוחר" מלשון "סחור סחור לכרמא", צריך לסבב את דרכו מחדש. וק"ל.
C'est peut-être à cela que le verset fait allusion ici également, car "Abraham" fait allusion au juste, et "Ephron" (עפרון) au mauvais penchant du degré de la poussière (afar), comme il a été dit. Et c'est "Et Ephron répondit... : Mon seigneur, écoute-moi : une terre de quatre cents..." : cela signifie que le mauvais penchant dit au juste qu'il est maître (adon) dans l'affaire de son service envers Lui, béni soit Son Nom, ayant déjà tout réparé.
Telle est l'allusion des "quatre cents sicles d'argent" : ce sont les quatre cents mondes du désir ardent (ת' עלמין דכסיפין), que le juste doit réparer. Le mauvais penchant lui dit : tu as déjà tout réparé, et "qu'est-ce que cela entre moi et toi ?" (Genèse 23,15).
Or le juste doit se renforcer contre lui, et c'est "Et Abraham pesa", c'est-à-dire qu'il doit peser à neuf la voie de ה' dans son service, afin de réparer les quatre cents sicles d'argent qui sont les quatre cents mondes, comme il a été dit. Et c'est "ayant cours chez le marchand (over la-soher)", de l'expression "tourne, tourne autour de la vigne (sehor sehor le-karma)" : il doit reprendre à neuf le tour de sa voie.
Et cela est facile à comprendre.
ואברהם זקן בא בימים כו׳. נ"ל ע"פ דאיתא בגמרא "כל העולם כולו ניזון בשביל חנינא בני כו'", ושמעתי אומרים הפירוש "בשביל" ר"ל ע"י שרבי חנינא בן דוסא עשה שביל ודרך ופתח הצינורות, עי"ז ניזון כל העולם, ויש לומר ג"כ לפי דרכינו בענין עבודת הבורא ב"ה, שאנו רואים כמה צדיקים מסגפים עצמם בסיגופים גדולים כמה שנים ובאים למדרגת חסידות, ויש בני אדם שאינם מסגפים עצמם כ"כ ואעפ"כ זוכים לחסידות ושלימות זה ג"כ, ע"י סיבת הצדיק שסיגף עצמו והסיר המסך המבדיל הגדול החרולים והקוצים והברקנים החיצונים המעכבים את האדם לבוא לדרכי ה׳ ועושה שביל ודרך בעבודתו ית', אזי בקל לקרב אל הקדושה ולילך בדרכי ה׳.
"Et Abraham était vieux, avancé en jours..." (Genèse 24,1). Il me semble qu'on peut l'expliquer d'après ce qui est enseigné dans la Guemara : "Le monde entier n'est nourri que grâce à (bishvil) Hanina mon fils..." (Berakhot 17b).
Et j'ai entendu dire que l'explication de "bishvil" est la suivante : parce que Rabbi Hanina ben Dossa a fait un sentier (shvil) et un chemin, et a ouvert les canaux, par cela le monde entier est nourri. Et l'on peut le dire aussi selon notre voie, en matière de service du Créateur, béni soit-Il : nous voyons combien de justes se mortifient par de grandes mortifications durant nombre d'années et parviennent au degré de la piété, tandis qu'il est des hommes qui ne se mortifient pas autant et qui pourtant méritent eux aussi cette piété et cette perfection.
Cela vient du juste qui s'est mortifié et a écarté le grand rideau séparateur, les ronces, les épines et les chardons extérieurs (les kelipot, les écorces impures) qui empêchent l'homme de venir aux voies de ה' ; il fait un sentier et un chemin dans Son service, et alors il est facile de s'approcher de la sainteté et de marcher dans les voies de ה'.
וזהו "והחליל מכה לפניהם", ר"ל ע"י המצוה של הבאת ביכורים, הכו החלל ואויר העולם שהוא מלא חיצונים, הכו ובערו אותם ע"י מצוה זאת, "חליל" הוא לשון חלל ואויר. וזהו "כל העולם ניזון בשביל חנינא בני", דהיינו שע"י מעשיו הקדושים כבר נתעורר רחמים ופתח שער הקדושה ע"י שהסיר המסך המבדיל כנ"ל, והיה קל לכל אדם לעבוד השי"ת ב"ה, "וחנינא בני די לו בקב חרובים", רמז "די" כאדם האומר יש לי די, דהיינו כמו רב לי שמחה וחדוה בדבר זה שהיה כח בידו לשבר ה"קב חרובים" המה המקטריגים, שמרמז קב חרובים לעולם החרוב, והוא במעשיו הקדושים הפכם לרחמים.
Et c'est "et la flûte (halil) frappait devant eux" (Michna Bikourim 3,4) : cela signifie que, par le commandement d'apporter les prémices, on frappait l'espace vide et l'air du monde, qui est rempli de forces extérieures ; on les frappait et on les brûlait par ce commandement. "Halil" est de l'expression halal (espace vide) et air.
Et c'est "le monde entier est nourri grâce à Hanina mon fils" : c'est-à-dire que, par ses actes saints, la miséricorde a déjà été éveillée et la porte de la sainteté ouverte, puisqu'il a écarté le rideau séparateur comme il a été dit, et il devenait facile à tout homme de servir le Saint, béni soit-Il. "Et Hanina mon fils se contente d'un qab de caroubes" : allusion au mot "di" (assez), comme un homme qui dit : j'en ai assez, c'est-à-dire : grande est ma joie et mon allégresse en cela, d'avoir eu la force de briser le "qab de caroubes", qui sont les accusateurs, car "qab de caroubes" (קב חרובים) fait allusion au monde en ruine (harev) ; et lui, par ses actes saints, les a transformés en miséricorde.
וזהו מה דאיתא "ברבי חנינא בן דוסא שהלך בדרך ואתא מיטרא, אמר כל העולם בנחת וחנינא בצער פסק מיטרא, וכשבא לביתו אמר כל העולם בצער וחנינא בנחת אתא מיטרא". ולכאורה וכי לא ניחא ליה לר׳ חנינא שיהיה העולם בנחת שאמר כל העולם בנחת, ולא היה לו לומר רק חנינא בצער כדי שיפסוק המטר שלא יהא לו צער בדרך.
ולפי דברינו הנ"ל יבואר היטב, דהיינו שדבריו היו בלשון תימה איך אפשר שזה הוא גשמי ברכה וכל העולם בנחת ממטר הזה, הלא חנינא בצער, והכל הוא בשביל הצדיק כנ"ל, וראויה הוא שיהיה הנחת מקודם להצדיק, ואח"כ אמר כל העולם בצער וחנינא בנחת, ר"ל היתכן שיהא אפשר שיהיה העולם בצער מאחר שחנינא בנחת ובידו הכח לשבר המקטריגים והחיצונים ולהפכם לרחמים, וההכרח שיהיה עולם בנחת ולא בצער.
Et c'est ce qui est rapporté au sujet de Rabbi Hanina ben Dossa : "Il marchait en chemin et la pluie survint ; il dit : le monde entier est à l'aise et Hanina est dans la peine, et la pluie cessa. Et lorsqu'il rentra chez lui, il dit : le monde entier est dans la peine et Hanina est à l'aise, et la pluie revint" (Taanit 24b).
À première vue, Rabbi Hanina n'agréait-il donc pas que le monde fut à l'aise, puisqu'il a dit "le monde entier est à l'aise" ? Il n'aurait dû dire que "Hanina est dans la peine", afin que la pluie cesse et qu'il n'ait pas de peine en chemin.
Mais selon nos paroles ci-dessus, cela s'explique fort bien : ses paroles étaient dites sur le ton de l'étonnement, à savoir comment il est possible que ce soit là une pluie de bénédiction et que le monde entier soit à l'aise par cette pluie, alors que Hanina est dans la peine ; or tout est grâce au juste, comme il a été dit, et il convient que l'aise soit d'abord pour le juste. Et ensuite il dit : le monde entier est dans la peine et Hanina est à l'aise, c'est-à-dire : est-il concevable que le monde soit dans la peine alors que Hanina est à l'aise et qu'il a en main la force de briser les accusateurs et les forces extérieures et de les transformer en miséricorde ?
Il est nécessaire que le monde soit à l'aise et non dans la peine.
וזהו "ואברהם זקן בא בימים", "זקן" זה קנה חכמה, "בא בימים" פעל ועשה רחמים שיהיה תמיד בלי הפסק, "ימים" רמז לרחמים כידוע, "וה׳ ברך את אברהם בכל", דהנה את זה לעומת זה עשה ה', דיש בהקליפה הנקרא "כלב" ויש נקרא "בהמה" שהוא ג"כ גימטריה כלב, וע"י השם הקדוש הנקרא "בכל" נשברים הקליפות הנ"ל, ונמצא אחר שתיקן אברהם אבינו ע"ה שהסיר המסך המבדיל, היה בקל לאחרים לבוא לעבדות הבורא, וזהו חשקו ותשוקתו של הצדיק שכולם ילכו בדרך ה׳, וזהו "ויאמר אל עבדו" ר"ל שהוא מורה דרך ה׳ להעבד הזה העובד על ידו, והיינו "זקן ביתו" שקנה חכמה ע"י ביתו, ואומר לו "שים נא ידך תחת ירכי" כנ"ל ויתקשר עמו. וק"ל.
Et c'est "Et Abraham était vieux, avancé en jours" : "vieux (zaken)", celui-ci a acquis la sagesse ; "avancé en jours", il a agi et fait que la miséricorde soit permanente, sans interruption, car "jours" fait allusion à la miséricorde, comme on le sait. "Et ה' bénit Abraham en tout" : car "celui-ci en face de celui-là, Dieu les a faits" (Ecclésiaste 7,14) ; il y a dans la kelipa (l'écorce, la force impure) ce qui est appelé "kelev" (chien, כלב), et ce qui est appelé "behema" (bête, בהמה), qui a lui aussi la même valeur numérique que kelev ; et par le Nom saint appelé "ba-kol" (בכל, en tout), ces kelipot sont brisées.
Il se trouve donc qu'après qu'Abraham notre père, paix sur lui, eut accompli sa réparation et écarté le rideau séparateur, il devint facile aux autres de venir au service du Créateur. Et tel est le désir et l'aspiration du juste : que tous marchent dans la voie de ה'.
Et c'est "Et il dit à son serviteur", c'est-à-dire qu'il enseigne la voie de ה' à ce serviteur qui sert par son intermédiaire ; et c'est "l'ancien de sa maison", qui a acquis la sagesse par sa maison ; et il lui dit "Place, je te prie, ta main sous ma cuisse", comme il a été dit, afin qu'il s'attache à lui. Et cela est facile à comprendre.