נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayera (3/3)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

Ce passage poursuit l'explication. Le Créateur n'a nul besoin de l'accomplissement de Ses commandements ; seulement, c'est un parfum agréable devant Lui qu'Il ait parlé et que Sa volonté ait été faite. Pour le Noam Elimele'h, l'essentiel est que l'homme ait une volonté pleine de faire Sa volonté : « les choses suivent l'intention du cœur », et une intention parfaite est aussitôt comptée, mais l'homme doit achever l'acte, car la matière du corps l'empêche de s'assurer de son intention. Avraham, dont le cœur brûle lorsqu'il lui est dit de prendre son fils et de le faire monter en holocauste, craint de retomber de ce désir sur un chemin de trois jours et fend aussitôt les bois.

Aussi : celui qu'une force majeure empêche d'accomplir un commandement pensé, l'Écriture le lui compte comme accompli ; sans crainte ni amour l'acte ne s'est pas envolé vers le haut ; Its'hak nomme « le feu » et « les bois » avec le hé de détermination

אך הענין הוא, דהנה הבורא ב"ה וב"ש יתעלה אשר קדשנו במצוותיו וציונו לקיים מצוותיו, אין צורך לו יתברך עשיית מצוותיו, רק שזה ריח ניחוח לפניו יתברך שאמר ונעשה רצונו, שעיקר רצון הבורא יתברך הוא שיהיה לאדם רצון מלא ושלם לעשות רצונו יתברך, ונמצא 'אחר כוונת הלב הן הן הדברים', אם כיוון לבו לעשות איזה מצוה לשמו יתברך ברצון מלא ושלם, חשוב לפניו יתברך מיד כאילו כבר עשאה מאחר שכוונתו שלימה, ואעפ"כ ההכרחי לאדם לעשות ולגמור המצוה במעשה, כי זה בלתי אפשרי לאדם שיעמוד על כוונתו בבירור שיהא בכוונה שלימה ברצון מלא, גם אם ידמה לו לאדם שכוונתו כוונה שלימה לעשות המצוה לשמו יתברך, לא יאמין לעצמו עד שיגמור המצוה, כי כן טבע חומר גוף האדם למנעו מלחשוב מחשבות ברצון מלא ושלם.

Mais voici l'explication. Le Créateur, béni soit-Il et béni soit Son Nom, qu'Il soit exalté, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d'accomplir Ses commandements, n'a nul besoin, béni soit-Il, de l'accomplissement de Ses commandements ; seulement, c'est un parfum agréable devant Lui, béni soit-Il, qu'Il ait parlé et que Sa volonté ait été faite.

Car l'essentiel de la volonté du Créateur, béni soit-Il, est que l'homme ait une volonté pleine et entière de faire Sa volonté, béni soit-Il. Il se trouve donc que 'les choses suivent l'intention du cœur' (dicton des Sages : la valeur d'un acte se mesure à l'intention qui l'anime) : si l'homme a dirigé son cœur pour accomplir quelque commandement pour Son Nom, béni soit-Il, avec une volonté pleine et entière, cela est aussitôt compté devant Lui, béni soit-Il, comme s'il l'avait déjà accompli, puisque son intention est parfaite.

Et malgré cela, il est indispensable à l'homme de faire et d'achever le commandement en acte, car il est impossible à l'homme de s'assurer clairement de son intention, qu'elle soit une intention parfaite avec une volonté pleine. Même s'il semble à l'homme que son intention est une intention parfaite, d'accomplir le commandement pour Son Nom, béni soit-Il, qu'il ne se fie pas à lui-même jusqu'à ce qu'il achève le commandement, car telle est la nature de la matière du corps de l'homme : de l'empêcher de penser des pensées avec une volonté pleine et entière.

ובאמת אמרו חז"ל "חשב לעשות מצוה ונאנס ולא עשאה מעלה עליו הכתוב כאילו עשאה", והטעם הוא כדברינו הנ"ל, שעיקר הוא כוונת הלב, והבורא ב"ה הבוחן לבבות וחוקר כליות יודע מחשבות זה האדם שהיה כוונתו לשמו ברצון שלם, לכן חושב לו כאילו עשאה. בשלמא מלך בשר ודם הרוצה לבחון את עבדיו ומצוה להם איזה עבודה לעשות אם יעשה בשלימות, לא יבחון את לבבם אם כוונתם שלימה לעבדו באמת וברצון, רק אחר שיעשו ויקיימו את מצות עבודתו אשר צוה עליהם, יראה לפי המעשה אשר עשו ויבחון קצת כוונתם, אבל הבורא יתעלה, החופש כל חדרי בטן ובוחן כליות ולב, יודע תוכן כוונתו, אם היא שלימה אזי חשוב לפניו יתברך כאילו עשאה, וכן להיפך, אם יעשה אדם מצוה במעשה ולא יכוין לבו לעשות בדחילו ורחימו, לא פרחת לעילא.

Et en vérité nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : "Celui qui a pensé accomplir un commandement mais en a été empêché par force majeure et ne l'a pas accompli, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait accompli" (Berakhot 6a). Et la raison en est conforme à nos paroles ci-dessus : l'essentiel est l'intention du cœur, et le Créateur, béni soit-Il, qui éprouve les cœurs et scrute les reins, connaît les pensées de cet homme, dont l'intention était pour Son Nom avec une volonté parfaite ; c'est pourquoi Il le lui compte comme s'il l'avait accompli.

Certes, un roi de chair et de sang qui veut éprouver ses serviteurs et leur ordonne quelque travail à faire, pour voir s'ils l'accompliront parfaitement, ne peut pas éprouver leur cœur pour savoir si leur intention est entière de le servir en vérité et de bon gré ; c'est seulement après qu'ils auront fait et accompli l'ordre de service qu'il leur a prescrit qu'il verra, d'après l'acte qu'ils auront fait, et discernera un peu leur intention. Mais le Créateur, qu'Il soit exalté, qui fouille toutes les chambres du ventre (Proverbes 20,27) et qui éprouve les reins et le cœur (Jérémie 11,20), connaît le contenu de son intention : si elle est parfaite, alors c'est compté devant Lui, béni soit-Il, comme s'il l'avait accompli.

Et de même à l'inverse : si un homme accomplit un commandement en acte mais ne dirige pas son cœur pour le faire bidhilou ourhimou (en araméen : dans la crainte et l'amour), cela ne s'est pas envolé vers le haut.

והנה מדרך בני אדם כשיעלה על מחשבתם לעשות איזה מצוה, אזי תחילת המחשבה הוא בחשק גדול כל אחד לפי מדריגתו, והצדיק גמור אשר יעלה מחשבתו ורצונו לעשות מצוה, הוא ג"כ לפי גודל צדקתו כן גודל חשקו והשתוקקותו בחמימות, והתלהבות אש ה' תבער בו לעשות המצוה בתוכן השלימות. וזה היה כוונת אברהם אבינו ע"ה כאשר אמר לו השי"ת "קח את בנך כו' והעלהו לעולה", היה מתחיל לבו לבעור כגחלת אש ושלהבת, אך אחר המשכה ועכבה שיתמהמה האדם לעשות המצוה ולגומרה במעשה, נופל האדם מתשוקתו הגדולה שהיה לו מתחילה בעלותו על מחשבתו, ומזה היה מתירא אברהם שיפול מתשוקתו הגדולה הזאת הבוער בלבו בהתמהמה בדרך שלשה ימים, לכן מיד "ויבקע עצי עולה", כדי שיהיה המעשה מיד ג"כ בשלהבת הגדול הזה, וזהו ג"כ שאמר לו יצחק "הנה האש" בה"א הידיעה, כלומר מאחר שראיתי שהיה לך האש הגדול הזה הידוע כדרך הצדיקים, והראיה שאש ה' בער בך, דהנה "והעצים", דאני ראיתי בבקיעת העצים שבקעת מיד לכוונה זאת שתעשה מעשה מיד כאילו נכון לפניך להעלות עולה מיד, וזהו 'והעצים' בה"א הידיעה, "ואיה השה לעולה", ר"ל למה לך לקחת אותי לעולה, די היה בשה, "ויאמר לו אברהם א-להים יראה לו השה לעולה בני", ר"ל אז יראה השה, כאשר תעשה גם אתה מעשה רב שתהיה לעולה.

Or il est dans la voie des hommes que, lorsqu'il leur monte à la pensée d'accomplir quelque commandement, le commencement de la pensée se fait avec un grand désir, chacun selon son niveau. Et le juste parfait (tsadik gamour), à qui montent la pensée et la volonté d'accomplir un commandement, lui aussi : à la mesure de la grandeur de sa justice, telle est la grandeur de son désir et de son élan brûlant, et l'embrasement du feu du Nom brûle en lui pour accomplir le commandement dans sa perfection.

Et telle était l'intention d'Abraham notre père, que la paix soit sur lui, lorsque le Nom, béni soit-Il, lui dit : "Prends ton fils... et fais-le monter en holocauste" (Genèse 22,2) : son cœur se mettait à brûler comme une braise de feu et une flamme. Mais après un délai et un retard, quand l'homme tarde à accomplir le commandement et à l'achever en acte, l'homme retombe du grand désir qu'il avait au commencement, lorsque cela lui était monté à la pensée.

Et c'est de cela qu'Abraham avait peur : de retomber de ce grand désir qui brûlait dans son cœur, en tardant sur un chemin de trois jours. C'est pourquoi aussitôt "il fendit les bois de l'holocauste" (Genèse 22,3), afin que l'acte lui aussi soit accompli immédiatement dans cette grande flamme.

Et c'est aussi ce que lui dit Its'hak : "voici le feu" (Genèse 22,7), avec le hé de détermination (le hé de l'article défini, ha-yedia, qui désigne une chose connue), c'est-à-dire : puisque j'ai vu que tu avais ce grand feu connu, à la manière des justes, et la preuve que le feu du Nom brûlait en toi, c'est "et les bois" : moi j'ai vu, dans le fendage des bois que tu as fendus aussitôt, que c'était dans cette intention-là, que tu ferais l'acte immédiatement, comme s'il était déjà prêt devant toi de faire monter un holocauste sur-le-champ ; et c'est cela 'et les bois' avec le hé de détermination. "Et où est l'agneau pour l'holocauste ?", c'est-à-dire : pourquoi te faut-il me prendre moi pour holocauste ?

Un agneau eût suffi. "Et Abraham dit : Elokim se pourvoira de l'agneau pour l'holocauste, mon fils" (Genèse 22,8), c'est-à-dire : alors il verra l'agneau, lorsque toi aussi tu feras un acte grand, celui d'être toi-même l'holocauste.

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