נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Vayera (2/3)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et Sarah rit en elle-même » (Berechit 18,12) : comment Sarah a-t-elle pu rire de la parole du Nom, et comment a-t-elle pu nier ? Pour le Noam Elimele'h, une pensée qui n'est pas bonne passe parfois sur le tsadik, comme un oiseau ; il la repousse, mais la chose n'est pas bonne. Sarah croyait à la mission de l'ange, à l'entrée de la tente d'en haut ; malgré cela voltigeait, des ahorayim (faces d'arrière), « et mon maître est vieux ». Son rire est joie du miracle, comme Rachi pour Avraham ; elle nie, estimant n'avoir pas fauté. Le Nom compte cette pensée pour rire : le tsadik doit affiner sa pensée, sans aucune scorie.

Aussi : le pain qui soutient le cœur des tsadikim et fait passer l'influx ; Avraham, les cinq qui manquent à chaque dizaine et la prière avec les pécheurs d'Israël ; la ligature attribuée à Avraham qui renforce le service d'Its'hak

"ואקחה פת לחם וסעדו לבכם", דהצדיק הרוצה להשפיע לעולם, הוא צריך להשפיע ע"י צדיקים אחרים בהתחברו עמהם, וע"י אכילה שמאכיל אותם בקדושה נמשך השפעה גדולה על ידו, וזה שאמר 'ואקחה פת לחם וסעדו לבכם', דהיינו שתסעדו לבכם בקדושה ע"י אכילה זאת, ד'לב' הוא מקום לשכון בו הקדושה, ע"ד שאמר הכתוב 'ונביא לבב חכמה', ואז כשתעשו כן תשפיעו השפעות לאחרים, וזהו "אחר תעבורו", ר"ל שתעבירו השפעה לאחרים ג"כ. והבן.

"Et je prendrai un morceau de pain, et soutenez votre cœur" (Genèse 18,5). Car le tsadik (le juste) qui veut faire descendre l'influx sur le monde doit le faire par l'intermédiaire d'autres tsadikim, en s'unissant à eux ; et par le manger dont il les nourrit dans la sainteté, un grand influx (hashpaah) est attiré par lui.

Et c'est ce qu'il dit : "et je prendrai un morceau de pain, et soutenez votre cœur", c'est-à-dire : que vous souteniez votre cœur dans la sainteté par ce manger-ci, car le 'cœur' (lev) est le lieu où la sainteté vient demeurer, selon ce que dit le verset "et nous ferons venir un cœur de sagesse" (Psaumes 90,12). Et alors, quand vous ferez ainsi, vous ferez descendre des influx sur d'autres, et c'est "ensuite vous passerez" (Genèse 18,5) : cela veut dire que vous ferez passer l'influx à d'autres également.

Et comprends.

ויאמר שוב אשוב אליך כעת כו' ושרה שומעת פתח האהל, ותצחק שרה בקרבה לאמר אחרי בלותי כו' ותכחש שרה כו'. הדקדוקים מפורסמים איך עולה על דעת ששרה אמנו תצחק ח"ו על דבר ה'? ונוסף לזה איך עולה על דעת שתכחש שרה נגד ה'?

"Et il dit : Je reviendrai certainement vers toi au temps, etc., et Sarah entendait à l'entrée de la tente" (Genèse 18,10) ; "et Sarah rit en elle-même en disant : Après que je suis usée, etc." (Genèse 18,12) ; "et Sarah nia, etc." (Genèse 18,15). Les difficultés sont bien connues : comment peut-il venir à l'esprit que Sarah notre mère ait ri, à Dieu ne plaise, de la parole du Nom ?

Et de plus, comment peut-il venir à l'esprit que Sarah ait menti devant le Nom ?

אך הענין הוא לאדם שצריך להסתכל על עצמו תמיד בכל מעשיו ותנועותיו בלי הפסק, ואז כאשר יתמיד בהסתכלותו על עצמו יראו עיניו, גם אם הוא צדיק גמור, דלפעמים יעבור על מחשבתו איזה מחשבה לא טובה כמו עוף הפורח ברגע אחד, כן המחשבה הזאת פורחת ועוברת על המחשבת הצדיק, אך הצדיק דוחה ומרחק את המחשבה הזאת ואינו רוצה בה חלילה, אך אעפ"כ לא טוב הדבר הזה, והרוצה לדעת זאת שאמת אתי, ישכיל מאוד להסתכל בתמידות על כל תנועותיו ויראו עיניו כי דברי באמת, אבל מי שאינו משגיח ומסתכל על עצמו לא ידע מזה כלל, ויסבור שלא עלתה על מחשבתו מחשבה הזאת.

Mais voici la chose. L'homme doit se regarder lui-même constamment, dans tous ses actes et tous ses mouvements, sans interruption ; et alors, lorsqu'il persévère dans ce regard porte sur lui-même, ses yeux verront - même s'il est un tsadik parfait - que parfois passe dans sa pensée quelque pensée qui n'est pas bonne : comme l'oiseau qui s'envole en un instant, ainsi cette pensée-là vole et passe sur la pensée du tsadik.

Certes, le tsadik repousse et éloigne cette pensée et n'en veut pas, à Dieu ne plaise ; mais malgré cela la chose n'est pas bonne. Et celui qui veut savoir que la vérité est avec moi, qu'il s'applique fortement à se regarder continuellement dans tous ses mouvements, et ses yeux verront que mes paroles sont vraies.

Mais celui qui ne veille pas et ne se regarde pas lui-même n'en saura rien du tout, et il croira qu'une telle pensée n'est jamais montée dans son esprit.

וזהו "ושרה שומעת", פירוש שהיתה מאמנת באמת לדברי שליחות מלאך ה', "פתח האהל", פירוש שהיתה שומעת במדריגה זאת שהיא פתח האהל העליון, שזה אשר ישמע האדם לקול דברי ה' גורם לעצמו שעושה פתח לאוהל העליון לכנוס בו לגן עדן, וזה היה צדקות של שרה אמנו באמת שהיתה מאמנת, אך מחמת שהאדם נברא בגוף הגשמי, ועכ"פ בלתי אפשרי שלא יבוא לו איזה נדנוד מחשבה לא טובה העוברת עליו כנ"ל מחמת אחוריים שבו, כידוע ליודעי חן שממקום אחוריים נמשך קצת מחשבות לא טובות, וזהו שאמר הכתוב "והוא אחריו", פירוש הגם שצדקה באמונתה באמת, אעפ"כ היתה לה מחשבה קצת מאחוריים, דהיינו שהיה עובר ופורח עליה המחשבה "ואדוני זקן", הגם שלא חששה למחשבה זאת ודחתה אותה ולא רצתה בה, אעפ"כ לא טוב הדבר.

Et c'est "et Sarah entendait" : l'explication est qu'elle croyait véritablement aux paroles de la mission de l'ange du Nom ; "à l'entrée de la tente" : l'explication est qu'elle entendait à ce degré-là, qui est l'entrée de la tente d'en haut ; car celui qui écoute la voix des paroles du Nom se fait à lui-même une entrée vers la tente d'en haut, pour y pénétrer, jusqu'au jardin d'Éden. Et telle était en vérité la justice de Sarah notre mère, qu'elle croyait.

Mais du fait que l'homme a été créé dans un corps matériel, il est de toute façon impossible qu'il ne lui vienne pas quelque ébranlement d'une pensée qui n'est pas bonne et qui passe sur lui, comme ci-dessus, à cause des ahorayim (les 'faces d'arrière', le revers, dans le langage de la sagesse cachée) qui sont en lui, comme il est connu de ceux qui connaissent la 'grâce' (hen, c'est-à-dire la sagesse cachée), que du lieu des ahorayim découlent quelques pensées qui ne sont pas bonnes. Et c'est ce que dit le verset "et il était derrière lui" (Genèse 18,10) : l'explication est que, bien qu'elle fut juste dans sa foi en vérité, malgré cela il y eut en elle un peu de pensée venant des ahorayim, c'est-à-dire que passait et voltigeait sur elle la pensée "et mon maître est vieux" (Genèse 18,12) ; et bien qu'elle n'ait pas prêté attention à cette pensée, qu'elle l'ait repoussée et n'en ait pas voulu, malgré cela la chose n'est pas bonne.

וזהו פירוש הפסוקים "ותצחק שרה בקרבה", הפירוש שאינו לשון שחוק והיתול ח"ו, רק לשון שמחה כמו שפירש רש"י גבי אברהם "ויפול על פניו ויצחק", שהיה שמח שנעשה לו נס כזה לבן מאה שנה יולד, וכמו כן הפירוש כאן שהיתה משמחת עצמה על הנס גדול כזה שנעשה לה, ש"אחרי בלותי היתה לי עדנה", ובודאי הוא אמת שיהיה לה בן, רק "ואדוני זקן", דהיינו שהיה עובר על מחשבתה המחשבה זאת 'ואדוני זקן', ודחתה המחשבה הזאת כדרך הצדיקים, וסברה שאין זה חטא מאחר שאינה רוצה במחשבה זאת, "ויאמר ה' למה זה צחקה שרה לאמר האף אמנם אלד", פירוש הגם שהיתה מאמנת באמת שתלד, אעפ"כ זה נחשב לצחוק והיתול העברת המחשבה כנ"ל, והיא לא עלתה על דעתה שזה נחשב לנדנוד עבירה וחטא כנ"ל, מאחר שלא חששה ודחתה המחשבה הזאת, לכן "ותכחש שרה לאמר לא צחקתי", פי' שהיתה מתנצלת לאמר שלא צחקה, "כי יראה", פירוש מחמת שראתה שהיתה יראה ממחשבה זאת ולא היתה חוששת עליה ודחתה אותה, וסברה שאין זה חטא ולא נחשב לצחוק והיתול ח"ו, "ויאמר לא כי צחקת", פירוש לא כמו שאת סוברת שאין זה חטא, אלא גם זה נחשב לצחוק, שגם זה לא טוב לצדיק שיעבור על מחשבתו ויפרח איזה מחשבה לא טובה, רק צריך לעבוד הצדיק עד שיזדכך ויתטהר מחשבתו בזיכוך גדול וטהור בלי שום סיג.

Et voici l'explication des versets. "Et Sarah rit en elle-même" (Genèse 18,12) : l'explication est que ce n'est pas un terme de moquerie et de raillerie, à Dieu ne plaise, mais un terme de joie, comme l'a expliqué Rachi a propos d'Abraham : "et il tomba sur sa face et il rit" (Genèse 17,17), à savoir qu'il se réjouissait qu'un tel miracle lui fut fait, qu'à un homme de cent ans il naisse un fils.

Et de même l'explication ici : elle se réjouissait d'un si grand miracle qui lui était fait, à savoir qu'"après que je suis usée, j'ai eu un rajeunissement" (Genèse 18,12) ; et certainement il était vrai qu'elle aurait un fils. Seulement, "et mon maître est vieux" : c'est-à-dire que passait sur sa pensée cette pensée-là, 'et mon maître est vieux', et elle repoussa cette pensée à la manière des tsadikim, et elle estima que ce n'était pas une faute, puisqu'elle ne voulait pas de cette pensée.

"Et le Nom dit : Pourquoi donc Sarah a-t-elle ri, en disant : Est-ce que vraiment j'enfanterai ?" (Genèse 18,13) : l'explication est que, bien qu'elle crût véritablement qu'elle enfanterait, malgré cela le passage de cette pensée est compté pour rire et raillerie, comme ci-dessus ; et elle, il ne lui était pas venu à l'esprit que cela fut compté pour un ébranlement de transgression et une faute, comme ci-dessus, puisqu'elle n'y avait pas prêté attention et avait repoussé cette pensée. C'est pourquoi "et Sarah nia, en disant : Je n'ai pas ri" (Genèse 18,15) : l'explication est qu'elle se justifiait en disant qu'elle n'avait pas ri ; "car elle eut peur" : l'explication est que c'était parce qu'elle voyait qu'elle craignait cette pensée, qu'elle n'y prenait pas garde et l'avait repoussée, et qu'elle estimait que ce n'était pas une faute et que cela n'était pas compté pour rire et raillerie, à Dieu ne plaise.

"Et il dit : Non, car tu as ri" : l'explication est : il n'en est pas comme tu le penses, que ce ne soit pas une faute ; au contraire, cela aussi est compté pour rire, car cela non plus n'est pas bon pour le tsadik, qu'il passe sur sa pensée et qu'y voltige quelque pensée qui n'est pas bonne ; mais le tsadik doit servir jusqu'à ce que sa pensée soit affinée et purifiée d'une purification grande et pure, sans aucune scorie.

או יאמר "ותצחק שרה" דהענין הוא כך, שהצדיק צריך לקדש עצמו כ"כ ולהכיר נפלאות וגדולות הבורא ב"ה, עד שיבוא למדריגה כזו שגם אם יראה איזה פלא, לא יפליא בעיניו לחידוש גדול נגד נפלאות הבורא יתעלה שבידו לעשות פלאי פלאות יותר ויותר אין קץ, ונמצא מה שיתפלא האדם על איזה פלא שהוא חידוש גדול בעיניו, הוא מיעוט קילוס המקום ב"ה, ע"ד שאמרו חז"ל סיימתינהו לשבחא דמרא משל למלך שמקלסין אותו כו', וזהו "ותצחק שרה", פירוש לשון שמחה, שהיתה משמחת על גודל הפלא שעשה לה השי"ת ב"ה דהיינו "אחרי בלותי כו'", "ויאמר ה' למה זה צחקה שרה לאמר האף אמנם אלד", פירוש מה זה חידוש ופלא גדול בעיניה הדבר הזה, "היפלא מה' דבר", ר"ל וכי יש לך דבר שיהא פלא לנגד כחי שיש בידי לעשות נפלאות גדולות יותר ויותר, ושרה היתה יראה שלא יהא סובר אברהם שהיא היתה משחקת ומהתלת, דצחקה הוא ג"כ לשון שחוק והיתול, לכן "ותכחש שרה לאמר לא צחקתי כי יראה", דהיינו שלא היה לשחוק בעיני, והאמת כן היה, רק שהיתה משמחת על גודל הפלא שנעשה לה כנ"ל, "ויאמר אברהם לא כי צחקת", ר"ל גם השמחה שהיית משמחת, נחשב לשחוק והיתול ח"ו, כי אין זה חידוש לפניו יתברך וכאילו סיימתינהו לשבחא דמרא, ואין זה דרך הנכון להצדיק שיתפלא כנ"ל. וק"ל.

Ou bien on dira "et Sarah rit", et voici la chose. Le tsadik doit se sanctifier à ce point et reconnaître les merveilles et les grandeurs du Créateur, béni soit-il, jusqu'à parvenir à un degré tel que, même s'il voit quelque merveille, elle ne lui paraisse pas une grande nouveauté au regard des merveilles du Créateur, qu'il soit exalté, qui a le pouvoir de faire des merveilles des merveilles, toujours plus, sans fin.

Il se trouve donc que ce dont l'homme s'étonne, quelque merveille qui soit à ses yeux une grande nouveauté, cela diminue la louange de l'Omniprésent, béni soit-il ; selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : "As-tu achevé toutes les louanges de ton Maître ?", parabole d'un roi que l'on loue, etc. (Berakhot 33b).

Et c'est "et Sarah rit", l'explication étant un terme de joie : elle se réjouissait de la grandeur de la merveille que le Nom, béni soit-il, lui avait faite, c'est-à-dire "après que je suis usée, etc.". "Et le Nom dit : Pourquoi donc Sarah a-t-elle ri, en disant : Est-ce que vraiment j'enfanterai ?" : l'explication est : en quoi cette chose est-elle à ses yeux une si grande nouveauté et une si grande merveille ?

"Y a-t-il rien de trop merveilleux pour le Nom ?" (Genèse 18,14) : cela veut dire : y a-t-il pour toi quelque chose qui soit une merveille au regard de ma puissance, moi qui ai le pouvoir de faire des merveilles plus grandes encore, toujours plus ? Et Sarah craignait qu'Abraham ne pensât qu'elle s'était moquée et avait raillé, car 'elle rit' (tsahakah) est aussi un terme de moquerie et de raillerie ; c'est pourquoi "et Sarah nia, en disant : Je n'ai pas ri, car elle eut peur", c'est-à-dire : ce ne fut pas une moquerie à mes yeux - et c'était bien la vérité, seulement elle se réjouissait de la grandeur de la merveille qui lui avait été faite, comme ci-dessus.

"Et Abraham dit : Non, car tu as ri" : cela veut dire que même la joie dont tu te réjouissais est comptée pour moquerie et raillerie, à Dieu ne plaise, car ce n'est pas une nouveauté devant Lui, qu'il soit béni, et c'est comme si l'on avait achevé les louanges du Maître ; et ce n'est pas la voie droite pour le tsadik que de s'étonner, comme ci-dessus. Et cela est facile à comprendre.

ויען אברהם כו' אולי יחסרון כו' ויאמר כו' ארבעים וחמשה. יש לדקדק הלשון 'אולי יחסרון' כי היה לו לומר 'אולי ימצאון ארבעים וחמשה' כמו שהשיב השי"ת.

ונראה, דכבר כתבנו דהצדיק הוא המשפיע לישראל את שלש אלה בני חיי ומזוני, אך ברצותו להשפיע, צריך הצדיק שירד קצת מדביקותו ולהטות עצמו לראות צרכי העולם.

"Et Abraham répondit, etc. : Peut-être en manquera-t-il, etc. ; et il dit, etc. : quarante-cinq" (Genèse 18,27-28). Il y a lieu de scruter l'expression 'peut-être en manquera-t-il', car il aurait dû dire 'peut-être s'en trouvera-t-il quarante-cinq', comme a répondu le Nom, qu'il soit béni.

Et il semble que - nous l'avons déjà écrit - le tsadik est celui qui fait descendre sur Israël ces trois choses : les enfants, la vie et la subsistance (bané, hayé ou-mezoné) ; mais lorsqu'il veut faire descendre l'influx, le tsadik doit descendre un peu de son adhésion (devekout, attachement au divin) et s'incliner pour regarder les besoins du monde.

ולזה נוכל לומר טעם למה שאמרו חז"ל "כל תפילה שאין בה פושעי ישראל אינה נשמעת", וצריך לתת טעם לשבח על זה למה הוא כך, אך עפ"י הדברים הנ"ל יבואר, דהיינו שהצדיק כשהוא בדביקות גדול אז בלתי אפשר לו שיפסיק מדביקותו להשפיע לישראל, וכשיש פושעי ישראל, דהיינו שפשע במדריגות ישראל, אף שאינו רשע גמור כי אם שפשע באותה מדריגה הנקרא 'ישראל', אז הוא גורם להפסיק הצדיק מדביקותו, וגורם בזה שמטה הצדיק עצמו לצרכי העולם מה שהם צריכין להשפיע להם, ואז תפילתו נשמעת עבורם לכל צרכיהם, נמצא בכל תפילה צריך פושעי ישראל אחד למנין עשרה כדי שיפעול את ההשפעה בנטיית הצדיק.

Et par là nous pouvons donner la raison de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : "Toute prière dans laquelle ne se trouvent pas les pécheurs d'Israël n'est pas exaucée" (Keritot 6b). Et il faut en donner une bonne raison : pourquoi en est-il ainsi ?

Mais d'après les paroles ci-dessus cela s'explique. C'est-à-dire que le tsadik, lorsqu'il est dans une grande adhésion, il lui est alors impossible d'interrompre son adhésion pour faire descendre l'influx sur Israël ; et lorsqu'il y a des pécheurs d'Israël - c'est-à-dire celui qui a failli (pasha) au degré d'Israël, même s'il n'est pas un mécréant complet, mais seulement qu'il a failli à ce degré-là appelé 'Israël' - alors il fait que le tsadik interrompe son adhésion, et il cause par là que le tsadik s'incline vers les besoins du monde, vers ce dont ils ont besoin qu'on fasse descendre sur eux ; et alors sa prière est exaucée pour eux, pour tous leurs besoins.

Il se trouve donc que dans toute prière il faut un pécheur d'Israël dans le quorum de dix, afin qu'il opère l'influx par l'inclinaison du tsadik.

וזה שאמר אברהם בצחות לשונו "אולי יחסרון", ורמז על אותם המחסרים הצדיקים, ולזה אמר "חמשה", פירוש לחמשים בודאי יחסרון חמשה, כי לכל עשרה יש א' שהוא מדריגת פושעי ישראל, ולזה דייק בלשונו הטוב "אולי יחסרון", פירוש שלא תביא אותם בחשבון החמשים צדיקים מחמת שאינם במדריגת הצדיקים גמורים, ועל זה השיב לו השי"ת אף שלא אחשב אותם, אעפ"כ "לא אשחית אם אמצא שם ארבעים וחמישה".

Et c'est ce qu'a dit Abraham dans l'élégance de son langage : "peut-être en manquera-t-il", faisant allusion à ceux-là qui font manquer les tsadikim ; et c'est pourquoi il a dit "cinq" : l'explication est que sur cinquante il en manquera certainement cinq, car pour chaque dizaine il y en a un qui est au degré des pécheurs d'Israël. Et c'est pourquoi il s'est exprimé avec précision dans son beau langage : "peut-être en manquera-t-il", l'explication étant : ne les compte pas dans le nombre des cinquante tsadikim, puisqu'ils ne sont pas au degré des tsadikim parfaits.

Et sur cela le Nom, qu'il soit béni, lui répondit : même si je ne les compte pas, malgré cela "je ne détruirai pas si j'en trouve là quarante-cinq" (Genèse 18,28).

וזהו "שמש בשבת צדקה לעניים", דהנה עיקר ההשפעות הם הולכים ע"י הצדיקים הגדולים בהדרגתם מאוד בדביקות גדול ובהירות תמיד לא יפסיק, וזה הצדיק נקרא בשם 'שבת', ששבת רמז לדביקות ובהירות הגדול השורה על הצדיקים, אך כשהצדיק הוא כ"כ בהפשטתו מן העולם הזה והוא דבוק תמיד בעולמות עליונים, אינו יודע צרכי העולם כלל ומה להשפיע להם, ולזה הטביע השם הטוב ברחמיו בחינה בצדיק הנ"ל שיהיה לו ג"כ איזה תענוג ורצון בעוה"ז, ונותן לו קצת הנאה גשמית ג"כ כדי שידע צרכי העולם, וכשהצדיק הוא במדריגתו כך אז נקרא בשם 'שמש', כשם שהשמש הוא בבהירות ותענוג ג"כ שבא ממנה הנאה לבני אדם, כן הצדיק הזה הוא בבהירותו ומשפיע להעולם ג"כ, וזו היא "שמש בשבת", ר"ל מה שהשי"ת ב"ה הטביע בנפש הצדיק הגדול הנקרא 'שבת' שיהיה לפעמים בבחינת שמש, הוא בשביל "צדקה לעניים", שיעשה צדקה עם עניי עמו להשפיע להם כל צרכיהם ע"י הצדיק הגדול שהשפעות הולכין על ידו.

Et c'est "le soleil au jour du chabbat est une charité pour les pauvres" (Chabbat 10a). Car voici : l'essentiel des influx passe par les grands tsadikim, dans leur degré très élevé, dans une grande adhésion et une clarté constante qui ne s'interrompt pas ; et ce tsadik-là est appelé du nom de 'chabbat', car chabbat fait allusion à l'adhésion et à la grande clarté qui reposent sur les tsadikim.

Mais lorsque le tsadik est à ce point dépouillé de ce monde-ci et qu'il adhère constamment aux mondes supérieurs, il ne connaît pas du tout les besoins du monde ni ce qu'il faut faire descendre sur eux ; c'est pourquoi le Nom bon, dans sa miséricorde, a imprimé dans ce tsadik-là un aspect (béhinah) tel qu'il ait lui aussi quelque plaisir et quelque désir en ce monde-ci, et il lui donne un peu de jouissance matérielle également, afin qu'il connaisse les besoins du monde. Et lorsque le tsadik se tient ainsi dans son degré, il est alors appelé du nom de 'soleil' : de même que le soleil est dans la clarté et aussi dans le plaisir, puisque de lui vient de la jouissance aux fils de l'homme, ainsi ce tsadik-là est dans sa clarté et fait descendre l'influx sur le monde également.

Et c'est "le soleil au jour du chabbat" : cela veut dire que ce que le Nom, béni soit-il, a imprimé dans l'âme du grand tsadik appelé 'chabbat', à savoir qu'il soit parfois dans l'aspect du soleil, c'est en vue de "la charité pour les pauvres", afin qu'il fasse charité avec les pauvres de son peuple, en faisant descendre sur eux tous leurs besoins par le grand tsadik par qui passent les influx.

וזהו "וישא עיניו וירא והנה שלשה אנשים כו'", יבואר ג"כ בדרך הנ"ל, גם מלת 'וירא וירא' שני פעמים יבואר היטב, דהיינו שאברהם אבינו ע"ה היה נושא עיניו לזה ש"שלשה אנשים", ר"ל בני חיי ומזוני המרומז במלת שלשה אנשים, "נצבים עליו", ר"ל שזה מוטל עליו להשפיע לישראל, אלא שלזה היה צריך לירד מדביקותו, והיה מסופק בדבר אם מותר לו להפסיק מדביקותו בשביל צרכי ישראל או לאו. ויש לומר שלזה כיוונו חז"ל בלשונם "כד חזו דהוי שרי ואסר", ר"ל כנ"ל, שהיה מסופק אי שרי להפסיק או אסור, "מיד פירשו הימנו", ר"ל המדריגה הזאת לפעול שלש אלה הנ"ל להשפיע לישראל פירש ממנו שלא היה יכול לפעול, כנ"ל שבלתי אפשרי להשפיע כי אם בהפסיקו לירד קצת מדביקותו.

מיד "וירא וירץ לקראתם", ר"ל מאחר שראה שאינו יכול זאת כי אם שצריך להטות עצמו לראות מה שהעולם צריכין להשפיע להם די צרכם, לזה התחזק עצמו לעשות כן, וזהו "וירא", ר"ל מה שצריך לעולם, "וירץ לקראתם", ר"ל להשפיע להם כל צרכם. וק"ל.

Et c'est "et il leva ses yeux et il vit, et voici trois hommes, etc." (Genèse 18,2), qui s'expliquera aussi selon la voie ci-dessus ; et le mot 'et il vit, et il vit', dit par deux fois, s'expliquera bien lui aussi. C'est-à-dire qu'Abraham notre père, la paix soit sur lui, levait ses yeux vers ces "trois hommes", c'est-à-dire les enfants, la vie et la subsistance, auxquels il est fait allusion par le mot 'trois hommes' ; "se tenant sur lui", c'est-à-dire que cela lui incombe, de faire descendre l'influx sur Israël ; seulement, pour cela il lui fallait descendre de son adhésion, et il était dans le doute à ce sujet : lui est-il permis d'interrompre son adhésion en vue des besoins d'Israël, ou non ?

Et l'on peut dire que c'est à cela qu'ont visé nos maîtres, de mémoire bénie, dans leur langage : "quand ils virent qu'il déliait et qu'il liait" (Baba Metsia 86b) - shari ve-assar, expression qui se dit aussi 'il permettait et il interdisait' - cela veut dire comme ci-dessus : il était dans le doute, est-il permis d'interrompre, ou est-ce interdit ? "Aussitôt ils se séparèrent de lui" : cela veut dire que ce degré-là, celui d'opérer les trois choses ci-dessus pour faire descendre l'influx sur Israël, se sépara de lui, car il ne pouvait pas l'opérer, comme ci-dessus, puisqu'il est impossible de faire descendre l'influx sinon en interrompant, en descendant un peu de son adhésion.

Aussitôt "et il vit et il courut à leur rencontre" : cela veut dire que, dès lors qu'il vit qu'il ne le pouvait pas sinon en s'inclinant pour regarder ce dont le monde à besoin qu'on fasse descendre sur eux de quoi suffire à leurs besoins, il se fortifia pour faire ainsi. Et c'est "et il vit", c'est-à-dire : ce dont le monde à besoin ; "et il courut à leur rencontre", c'est-à-dire : pour faire descendre sur eux tous leurs besoins.

Et cela est facile à comprendre.

וזהו שאמר דוד המלך ע"ה "ה' רועי לא אחסר כו'", ר"ל שהיה מתפלל ה' יהיה רועי, דהיינו מה שמוטל עלי להשפיע, זה יעשה השי"ת לבדו, שישפיע לישראל בלעדיו, ולכן "לא אחסר", ר"ל שלא אהיה צריך להחסיר עצמי לירד ממדרגתי ומדביקותי, אלא "בנאות דשא כו' על מי מנוחות ינהלני", ר"ל בעולמות עליונים ודביקותו. וק"ל.

Et c'est ce qu'a dit David le roi, la paix soit sur lui : "Le Nom est mon berger, je ne manquerai de rien, etc." (Psaumes 23,1) : cela veut dire qu'il priait ainsi : que le Nom soit mon berger, c'est-à-dire : ce qui m'incombe de faire descendre comme influx, que le Nom, qu'il soit béni, le fasse seul, qu'il fasse descendre l'influx sur Israël sans moi ; et c'est pourquoi "je ne manquerai de rien" (lo ehsar), cela veut dire : que je n'aie pas besoin de me diminuer moi-même en descendant de mon degré et de mon adhésion ; mais plutôt "dans des près d'herbe, etc., auprès des eaux du repos il me conduira" (Psaumes 23,2), c'est-à-dire dans les mondes supérieurs et dans son adhésion. Et cela est facile à comprendre.

ויאמר הנה האש והעצים ואיה השה לעולה ויאמר אברהם אלקים יראה לו השה לעולה בני. כבר דקדקו קמאי מדוע מייחס העקידה לאברהם ולא ליצחק.

ונראה לפרש דהנה באמת אברהם ויצחק ידעו שלא היה דעת הקב"ה לשוחטו, ואברהם שהיה מדתו מדת חסד, הלך בבטחונו שישובו שניהם, כמ"ש "ונשתחוה ונשובה אליכם", רק שאעפ"כ היו הולכים במסירת נפשם כאילו לשחוט אותו באמת, וזהו "וירא את המקום מרחוק", פירוש 'המקום' רמז הגם שהיה רואה שיצא ממנו יעקב שנאמר בו 'ויפגע במקום', אעפ"כ היה מרחיק מלבו המחשבה זאת, מחמת שהיה הולך בשלימותו כנ"ל.

"Et il dit : Voici le feu et le bois, et où est l'agneau pour l'holocauste ? Et Abraham dit : Elokim verra pour lui l'agneau pour l'holocauste, mon fils" (Genèse 22,7-8).

Les anciens ont déjà scruté ceci : pourquoi l'Écriture attribue-t-elle la ligature (akedah) à Abraham et non à Its'hak ? Et il semble qu'on peut l'expliquer ainsi.

Car en vérité Abraham et Its'hak savaient que l'intention du Saint, béni soit-il, n'était pas de l'égorger ; et Abraham, dont la mesure était la mesure de bonté (hésed), allait dans sa confiance qu'ils reviendraient tous les deux, comme il est écrit "et nous nous prosternerons et nous reviendrons vers vous" (Genèse 22,5) ; seulement, malgré cela, ils allaient dans le don de leur âme, comme si on allait l'égorger réellement. Et c'est "et il vit le lieu de loin" (Genèse 22,4) : l'explication est que 'le lieu' (ha-makom) est une allusion - bien qu'il vit que de lui sortirait Yaakov, dont il est dit 'et il rencontra le lieu' (Genèse 28,11), malgré cela il éloignait de son cœur cette pensée, parce qu'il allait dans sa perfection, comme ci-dessus.

וזה שאמר יצחק "הנה האש והעצים", ר"ל מאחר שעשית עבודתך וכוונתך בשלימות כראוי לפי מדתך, "ואיה השה לעולה", ר"ל היכן הוא השה שהיה ראוי להיות מוכן כבר, "ויאמר אברהם אלקים יראה לו כו'", דהנה יצחק הלך במדתו מדת גבורה, והיה רוצה שיהא אפרו צבור לעולם, ואמר לו אברהם אז "יראה השה" כאשר יהיה "לעולה בני", ר"ל לפי מדתך שאתה הולך בגבורה, לא יראה השה עד שתעלה ע"ג המזבח לעולה, אז יגמור מחשבתך שיהיה אפרך צבור לעולם, וההכרח לעקוד אותך ע"ג המזבח ותפשוט צווארך, ולכן מייחס הכתוב העקידה לאברהם מחמת שהוא השיאו ליצחק שיעשה עבודתו בהתגברות גדול יותר ממה שהיה במחשבת יצחק מתחילה. ועקידת יצחק ברחמים יזכור לנו.

אמן כן יהי רצון.

Et c'est ce qu'a dit Its'hak : "Voici le feu et le bois", c'est-à-dire : puisque tu as accompli ton service et ton intention dans la perfection, comme il convient selon ta mesure, "et où est l'agneau pour l'holocauste ?", c'est-à-dire : où est l'agneau qui aurait déjà dû être prêt ? "Et Abraham dit : Elokim verra pour lui, etc." Car voici : Its'hak allait dans sa mesure, la mesure de rigueur (guevourah), et il voulait que sa cendre fut amoncelée à jamais ; et Abraham lui dit alors : "il verra l'agneau" quand ce sera "pour l'holocauste, mon fils", c'est-à-dire : selon ta mesure, toi qui vas dans la rigueur, l'agneau ne se verra pas avant que tu ne montes sur l'autel en holocauste ; alors s'accomplira ta pensée, que ta cendre soit amoncelée à jamais, et il faudra nécessairement te lier sur l'autel et que tu tendes ton cou.

Et c'est pourquoi l'Écriture attribue la ligature à Abraham, parce que c'est lui qui a induit Its'hak à accomplir son service avec un renforcement plus grand que ce qui était dans la pensée d'Its'hak au début. Et que la ligature d'Its'hak nous soit rappelée avec miséricorde.

Amen, qu'ainsi soit la volonté.

או יאמר פירוש הפסוקים בדרך אחר. דלכאורה יש לדקדק בפסוק "ויאמר יצחק כו' הנה האש והעצים", למה אמר בה' הידיעה, היה לו לומר 'הנה אש ועצים' כו'.

אך נראה דהנה עוד יש להבין, למה היה לו לאברהם ליקח עצים מביתו לשאת המשא זאת דרך שלשת ימים, וכי לא היה עצים בכל הדרך הזה? גם אם תאמר שהיה חושש פן ואולי לא יהיה מצוי עצים בכל הדרך, עכ"פ למה היה לו לבקע את העצים כאן, היה לו לבקע במקום שהעלהו לעולה? גם למה אמר יצחק "ואיה השה לעולה", היה לו לומר סתם 'ואיה עולה'?

Ou bien on expliquera les versets d'une autre manière. Car à première vue il y a lieu de scruter dans le verset "et Its'hak dit, etc. : Voici le feu et le bois" : pourquoi a-t-il parlé avec l'article défini ?

Il aurait dû dire 'voici du feu et du bois', etc. Mais il semble que voici encore ce qu'il faut comprendre : pourquoi Abraham devait-il prendre du bois de sa maison pour porter cette charge durant un chemin de trois jours ?

N'y avait-il donc pas de bois sur toute cette route ? Et même si tu dis qu'il craignait que peut-être il ne se trouvât pas de bois sur toute la route, en tout cas pourquoi devait-il fendre le bois ici ?

Il aurait dû le fendre à l'endroit où il le fit monter en holocauste. Et de même, pourquoi Its'hak a-t-il dit "et où est l'agneau pour l'holocauste ?" ?

Il aurait dû dire simplement 'et où est l'holocauste' ?

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