« Hachem lui apparut » (Berechit 18,1). Le Noam Elimele'h explique « Avraham était vieux, avancé en jours » (Berechit 24,1) : les mondes supérieurs sont appelés « jours », et le tsadik y parvient par sa sainteté ; « vieux » (zaken), c'est « celui-là a acquis la sagesse ». La vie d'ici n'est pour lui qu'un emprunt ; de ce fait il se renforce dans la sainteté et mérite « longueur de jours », le monde à venir. Même en bas, l'essentiel de la demeure d'Avraham est dans les mondes d'en haut : « à la chaleur du jour » est une chaleur de sainteté et une adhésion (devekout) semblables à celles du monde appelé « jour ».
Aussi : selon la mesure du service le Nom est appelé juste et les jugements se retournent en miséricorde ; contraction (tsimtsoum) dans les lettres de la Torah, qu'il rapporte de son maître ; les trois hommes sont crainte, amour et tiferet
וירא אליו ה' כו'. נקדים לפרש פסוק "ואברהם זקן בא בימים".
דהנה העולמות העליונים נקראים 'ימים', והצדיק בקדושתו מגיע עד העולמות העליונים, וזהו "ואברהם זקן" זה קנה חכמה, "בא בימים", ר"ל עד שהגיע אל העולמות העליונים, וכן בדוד המלך ע"ה נאמר "ודוד זקן בא בימים כו'", וזהו "חיים שאל ממך נתת לו אורך ימים", דהנה הצדיק, החיים שיש לו בעוה"ז אינו אצלו רק כמו דבר הנשאל לפי שעה, ומחמת זה הולך ומתגבר תמיד בקדושה מחמת שמחשב תמיד שמא היום הוא החזרת השאלה, וזהו "חיים שאל ממך", פירוש הצדיק שמחשב שהחיים אינם אלא שאלה ששאל ממך, לכן "נתת לו אורך ימים", עי"ז זוכה לאריכות ימים הוא עוה"ב.
"Et le Nom lui apparut, etc." (Genèse 18,1). Commençons par expliquer le verset "Et Abraham était vieux, avancé en jours" (Genèse 24,1).
Car voici : les mondes supérieurs sont appelés 'jours', et le tsadik (le juste), par sa sainteté, atteint jusqu'aux mondes supérieurs. Et c'est le sens de "et Abraham était vieux (zaken)" : celui-là a acquis la sagesse (zeh kanah hokhmah) ; "avancé en jours", c'est-à-dire qu'il parvint jusqu'aux mondes supérieurs.
Et de même il est dit de David le roi, la paix soit sur lui : "Et David était vieux, avancé en jours, etc." (I Rois 1,1). Et c'est le sens de "Il t'a demandé la vie, tu la lui as donnée, longueur de jours" (Psaumes 21,5).
Car voici : le tsadik, la vie qu'il possède en ce monde-ci n'est à ses yeux qu'une chose empruntée pour un temps ; et de ce fait il va se renforçant sans cesse dans la sainteté, parce qu'il pense toujours que peut-être aujourd'hui sera le jour où l'emprunt sera restitué. Et c'est "il t'a demandé la vie" : le tsadik qui pense que la vie n'est rien d'autre qu'un emprunt qu'il t'a demandé ; c'est pourquoi "tu lui as donné longueur de jours" : par cela il mérite la longueur des jours, qui est le monde à venir.
וזהו "וירא אליו ה' באלוני ממרא והוא יושב כו' כחום היום", ר"ל דגם שהיה אברהם למטה, אבל עיקר ישיבתו באמת היה בעולמות העליונים, וזה רמז 'כחום היום', ר"ל שהיה בחמימות קדושה ודביקות כמו החמימות והדביקות של עולם עליון הנקרא 'יום' כנ"ל. וק"ל.
Et c'est "Le Nom lui apparut dans les chênes de Mamré, et il était assis, etc., à la chaleur du jour" (Genèse 18,1) : cela veut dire que même si Abraham était en bas, l'essentiel de sa demeure était en vérité dans les mondes supérieurs. Et c'est l'allusion de 'à la chaleur du jour', c'est-à-dire qu'il était dans une chaleur de sainteté et une adhésion (devekout, attachement au divin) semblables à la chaleur et à l'adhésion du monde supérieur appelé 'jour', comme ci-dessus.
Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "וירא אליו ה'", ונקדים לפרש פסוק "כי צדיק ה' צדקות אהב כו'", דאיתא בגמרא האי דנחית קמיה דרב חנינא אמר האל כו' האמיץ כו' עיין שם, אמר לו סיימתינהו לשבחיה דמרא, ולכאורה הלא אנו משבחין להשי"ת שבחים רבים גם מה שלא אמרו אנשי כנסת הגדולה? אך נראה דהנה השי"ת ב"ה נקרא בשם רחום וחנון וצדיק, ובמדה שעובד אדם את הבורא, מעורר המדה זו למעלה בעולמות ונקרא הבורא בשם אותו המדה, וצריך האדם לעבוד את הבורא בכל המדות כדי לעורר אותו המדה למעלה, וכאשר מעורר האדם המדה הנקרא צדיק, אז השי"ת נקרא בשם צדיק וכדומה בכל העולמות, ואז נתעורר רחמים גדולים על כל העולם וכל הדינין נהפכין לרחמים ע"י הצדיק הזה, וזהו "צדיק ה'", ר"ל בעת שהשי"ת נקרא בשם 'צדיק' ע"י המשכת הצדיק בעבודתו, אז "צדקות אהב", דהיינו רחמים וצדקות לעולם, "ישר יחזה פנימו", פירוש הכתוב מפרש מי הוא זה הגורם זאת? "ישר כו'", ר"ל הוא הישר אשר יחזה תמיד להמשיך הבורא ב"ה להפנימיות של העולמות, אבל האי דנחית קמיה דרב חנינא שהיה מזכיר שבחים בכינוי אשר לא ברא הבורא ית' עולמות כאלו, לכן אמר סיימתינהו לשבחיה דמרא.
Ou bien on dira : "Le Nom lui apparut". Commençons par expliquer le verset "Car le Nom est juste (tsadik), il aime les actes de justice, etc." (Psaumes 11,7).
Car il est enseigné dans la Guemara : celui qui descendit devant l'arche en présence de Rav Hanina dit "le Dieu... le puissant...", vois là-bas ; Rav Hanina lui dit : "As-tu achevé toutes les louanges de ton Maître ?" (Berakhot 33b). À première vue, ne louons-nous pas le Nom, qu'il soit béni, par de nombreuses louanges, y compris celles que les hommes de la Grande Assemblée n'ont pas dites ?
Mais voici ce qu'il en semble : le Nom, béni soit-il, est appelé du nom de miséricordieux (rahoum), de gracieux (hanoun) et de juste (tsadik) ; et selon la mesure (midah, attribut divin) par laquelle l'homme sert le Créateur, il éveille cette mesure-là en haut dans les mondes, et le Créateur est appelé du nom de cette mesure. Et l'homme doit servir le Créateur par toutes les mesures afin d'éveiller chacune d'elles en haut.
Et lorsque l'homme éveille la mesure appelée 'juste', alors le Nom est appelé du nom de 'juste', et ainsi de suite dans tous les mondes ; et alors s'éveille une grande miséricorde sur le monde entier, et tous les jugements (dinin) se retournent en miséricorde par ce tsadik. Et c'est "juste est le Nom", c'est-à-dire : au moment où le Nom est appelé 'juste' par l'attraction que le tsadik opère dans son service, alors "il aime les actes de justice", c'est-à-dire miséricorde et bienfaits pour le monde.
"L'homme droit contemplera sa face (panimo)" : le verset explique qui est celui qui cause cela. "L'homme droit, etc.", c'est-à-dire : c'est le droit qui vise toujours à attirer le Créateur, béni soit-il, vers l'intériorité (penimiout) des mondes.
Mais celui qui descendit devant l'arche en présence de Rav Hanina mentionnait des louanges par des épithètes pour lesquelles le Créateur, qu'il soit exalté, n'a pas créé de tels mondes ; c'est pourquoi il lui dit : "As-tu achevé les louanges de ton Maître ?"
וזהו "אליו ה' באלוני", "אליו" ר"ל בשבילו, ע"י עבודתו היה נראה "ה'" במדת רחמים, "באלוני", היינו העולמות העליונים כאשר כתבתי לעיל, "ממרא" ר"ל ע"י אמרות הטהורות של אברהם אבינו ע"ה שהיו כדי להמשיך הבורא יתעלה לעולמות כנ"ל. וק"ל.
Et c'est "à lui le Nom, dans les chênes de". "À lui (élav)" veut dire : pour lui ; par son service le "Nom" se laissa voir dans la mesure de miséricorde.
"Dans les chênes (be-élonei)", ce sont les mondes supérieurs, comme je l'ai écrit plus haut. "Mamre" veut dire : par les paroles pures (imrot) d'Abraham notre père, la paix soit sur lui, qui visaient à attirer le Créateur, qu'il soit exalté, vers les mondes, comme ci-dessus.
Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "וירא כו'", דהנה כשעלה ברצונו ית' לברוא את העולם להטיב לברואיו, צמצם הקב"ה את עצמו, ולהיכן צמצם את עצמו? שמעתי מפי מורי ז"ל שצמצם עצמו בתוך האותיות התורה שבהם ברא העולם, ואמר שזה הפירוש שאמרו חז"ל "כביכול" ב"ה, ר"ל ע"י כ"ב אתווין יכול הקב"ה להיות בזה העולם, והצדיק העוסק בתורה לשמה בקדושה, הוא ממשיך את הבורא ב"ה ויתעלה בתוך האותיות של התורה כמו בשעת הבריאה.
Ou bien on dira : "Et il apparut, etc." Car voici : lorsqu'il monta dans sa volonté, qu'il soit exalté, de créer le monde pour faire du bien à ses créatures, le Saint, béni soit-il, se contracta lui-même (tsimtsoum, contraction de la lumière divine). Et où s'est-il contracté ?
J'ai entendu de la bouche de mon maître, de mémoire bénie, qu'il s'est contracté à l'intérieur des lettres de la Torah par lesquelles il a créé le monde. Et il disait que telle est l'explication de ce que nos sages, de mémoire bénie, ont dit "pour ainsi dire" (כביכול) : c'est-à-dire que par les vingt-deux lettres (כ"ב אתוון) le Saint, béni soit-il, peut (יכול) être dans ce monde-ci.
Et le tsadik qui s'occupe de la Torah pour elle-même, dans la sainteté, attire le Créateur, béni et exalté soit-il, à l'intérieur des lettres de la Torah, comme au moment de la création.
וזהו "וירא אליו ה' באלוני ממרא", הוא לשון אמירה כנ"ל, ו'אילן' הוא התורה, והמצוות הם ענפים, ואמר הכתוב שע"י אמרות הטהורות שעסקו בתורה, המשיך את הבורא אל תוך האותיות, וזהו "באלוני ממרא", ר"ל באילן של אמירותיו נראה ה' אליו. ואמר הכתוב מהיכן זכה זאת שנראה ה' אליו ע"י עסק תורתו? זאת היתה לו מחמת הכנעה גדולה שהיה בו, דהיינו "והוא יושב פתח האוהל", דהיינו אף שהיה צדיק גדול אעפ"כ החזיק עצמו בהכנעה גדולה שעדיין יושב בפתח והתחלה של הקדושה, ד'אהל' רמז על הקדושה, "כחום היום", ר"ל שיש בני אדם שנראים שהם מוכנעים אבל אין תוכו כברו, ואמר הכתוב שאברהם היה מוכנע גדול באמת בלב שלם ממש, וברור כשמש בעיניו שאינו אלא מתחיל בעבודתו יתברך, וזהו 'כחום היום'.
Et c'est "Le Nom lui apparut dans les chênes de Mamre" : Mamre est un terme de parole (amirah), comme ci-dessus ; et 'l'arbre' (ilan) est la Torah, et les mitsvot en sont les branches. Et le verset dit que par les paroles pures avec lesquelles ils s'occupaient de la Torah, il attira le Créateur à l'intérieur des lettres ; et c'est "dans les chênes de Mamre", c'est-à-dire : dans l'arbre de ses paroles le Nom lui apparut.
Et le verset dit : d'où lui vint de mériter que le Nom lui apparaisse par son étude de la Torah ? Cela lui vint de la grande humilité (hakhna'ah, effacement de soi) qui était en lui, à savoir "et il était assis à l'entrée de la tente" : bien qu'il fut un grand tsadik, il se tenait pourtant dans une grande humilité, comme s'il était encore assis à l'entrée et au commencement de la sainteté, car 'tente' fait allusion à la sainteté.
"À la chaleur du jour" veut dire : il y a des hommes qui paraissent humbles mais dont le dedans ne vaut pas le dehors ; et le verset dit qu'Abraham était véritablement d'une grande humilité, d'un cœur entier et parfait, et qu'il était clair comme le soleil à ses yeux qu'il ne faisait que commencer dans le service du Béni ; et c'est 'à la chaleur du jour'.
"וירא והנה שלשה אנשים נצבים עליו", רמז שראה אברהם שמוטל עליו לתקן ג' עולמות, דהיינו יראה אהבה ותפארת, כי הצדיק צריך לתקן את הששה קצוות שהם ששה ימי חול, והם ג' וג', דהיינו ג' לפני השבת וג' לאחר השבת, ולכן תפס הכתוב בלשונו רק "שלשה אנשים", והוא כולל יחד כל הששה קצוות, אותן שלפני השבת עם אותן שלאחר השבת. וזהו שאנו אומרים "ותן בלבנו לאהבה וליראה", הגם שבאמת צריך האדם להקדים היראה לאהבה, אך אנו מתפללים על היראה הבאה מתוך אהבה, דהיינו שלשה ימים שאחר השבת הם אהבה שהם שייכים לשבת העבר, וג' הימים שלפני השבת הם יראה שמתוכם באים אל אהבה שהוא השבת, ועל זה אנו מתפללים 'לאהבה וליראה' כסדר ימי החול שמתחילה אהבה והדר יראה, לתקן הששה קצוות.
"Il vit, et voici trois hommes se tenaient sur lui" (Genèse 18,2) : allusion à ce qu'Abraham vit qu'il lui incombait de réparer (tikoun) trois mondes, à savoir la crainte (yirah), l'amour (ahavah) et la splendeur (tiferet) ; car le tsadik doit réparer les six extrémités (ketsavot), qui sont les six jours ouvrables, et elles sont trois et trois : trois avant le Chabbat et trois après le Chabbat. C'est pourquoi le verset n'a saisi dans son expression que "trois hommes", et cela inclut ensemble les six extrémités, celles d'avant le Chabbat avec celles d'après le Chabbat.
Et c'est ce que nous disons : "Mets en notre cœur d'aimer et de craindre" ; bien qu'en vérité l'homme doive faire précéder la crainte à l'amour, nous prions pour la crainte qui vient de l'intérieur de l'amour, à savoir : les trois jours qui suivent le Chabbat sont amour, car ils se rattachent au Chabbat passé, et les trois jours qui précèdent le Chabbat sont crainte, et c'est par eux que l'on vient à l'amour, qui est le Chabbat. Et c'est sur cela que nous prions 'd'aimer et de craindre', selon l'ordre des jours ouvrables où vient d'abord l'amour puis la crainte, afin de réparer les six extrémités.
"וירא וירץ לקראתם כו'", פירוש דאחר שמתקן הג' עולמות כנ"ל, עי"ז באה ההשפעה לעולם הזה, והעיקר צריך להיות אתערותא דלתתא, וזהו "וירא וירץ לקראתם", דהיינו בזריזות, שזה הוא עיקר כמו שאמר התנא 'זריזות מביא לידי נקיות' כו', "לקראתם", ר"ל נגד העולמות לתקנם, והיינו אתערותא דלתתא, "וישתחו ארצה", דהשתחוואה הוא כדי להמשיך השפעות למטה, וזהו 'וישתחו ארצה', ר"ל שהמשיך השפעות למטה.
"Il vit et courut à leur rencontre, etc." (Genèse 18,2) : explication - après qu'il a réparé les trois mondes comme ci-dessus, par cela l'influx (hachpa'ah) vient en ce monde-ci ; et l'essentiel est qu'il y ait un éveil d'en bas (itarouta di-letata). Et c'est "il vit et courut à leur rencontre", c'est-à-dire avec empressement (zerizout), car c'est là l'essentiel, comme l'a dit le Tana : 'l'empressement conduit à la propreté', etc.
(Sotah 9,15). "À leur rencontre" veut dire : face aux mondes, pour les réparer, et c'est là l'éveil d'en bas.
"Et il se prosterna à terre" : la prosternation vise à attirer les influx en bas ; et c'est 'il se prosterna à terre', c'est-à-dire qu'il attira les influx en bas.
"ויאמר אל נא תעבור מעל עבדך", פירוש שהתפלל להשי"ת תפילה קצרה שאל יעבור מאתנו, "יוקח נא מעט מים", פירוש שיוקח מלעילא לתתא חסדים מעט, שכן דרך הצדיקים אומרים מעט ועושים הרבה, "ורחצו רגליכם", פירוש שלא יהיה שום נגיעה ואחיזה להרגלים, דהיינו להחיצונים, להנות מהקדושה, "והשענו תחת העץ", ר"ל שלא יהיה להם השפעה רק מהתמצית וכל השפעה יהיה לישראל. והבן.
"Il dit : de grâce, ne passe pas outre au-dessus de ton serviteur" (Genèse 18,3) : explication - il pria le Nom une courte prière, pour qu'il ne passe pas loin de nous. "Qu'on prenne un peu d'eau" (Genèse 18,4) : explication - que l'on prenne d'en haut vers en bas un peu de hassadim (les bontés, forces de miséricorde), car telle est la voie des tsadikim : ils disent peu et font beaucoup.
"Et lavez vos pieds" : explication - qu'il n'y ait aucun contact ni aucune prise pour les 'pieds', c'est-à-dire pour les forces extérieures (hitsonim, les kelipot, écorces impures), afin qu'elles ne tirent pas jouissance de la sainteté. "Et appuyez-vous sous l'arbre" veut dire : qu'elles n'aient d'influx que du résidu, et que tout l'influx aille à Israël.
Comprends bien.
או יאמר "וירא אליו ה' כו'", דהנה הגם שענר אשכול וממרא היו בעלי ברית אברהם, אעפ"כ היו כנענים, וזה שמתמה הכתוב "וירא אליו ה' באלוני ממרא", ר"ל האיך אפשר שיתראה השי"ת אליו באלוני ממרא שהיה מן הכנענים ואין הקב"ה משרה שכינתו במקום הגוים? ואמר הכתוב אל תתמה על זה, כי "והוא יושב פתח האוהל", פירוש שכן דרך הצדיק, הגם שהוא למטה אבל עיקר ישיבתו הוא למעלה בעולמות העליונים, דהם נקראים 'אוהל מועד' מחמת שהם תמיד בחדוה ושמחה כמו יו"ט, והצדיק המשתוקק תמיד עם מחשבתו ומתגבר לעלות עם מחשבתו לעולם העליון נקרא 'יושב פתח האוהל', ואם תאמר האיך אפשר שיהיה למטה ולמעלה בעולמות העליונים? לזה אמר הכתוב קח לך ראיה מחום היום, דהיינו מהשמש שהיא למעלה בשמים ואורה מזריח למטה ונדמה כאילו היא למטה, כן הצדיק הוא "כחום היום", שהוא למטה ואור תורתו וקדושתו מזריח למעלה בעולמות העליונים. וזהו "אשרי תבחר ותקרב ישכון חצריך", ר"ל בעולם העליון.
Ou bien on dira : "Le Nom lui apparut, etc." Car voici : bien que Aner, Echkol et Mamre fussent alliés d'Abraham (Genèse 14,13), ils étaient malgré tout des Cananéens. Et c'est ce dont le verset s'étonne : "Le Nom lui apparut dans les chênes de Mamre" - c'est-à-dire : comment est-il possible que le Nom se laisse voir à lui dans les chênes de Mamre, qui était d'entre les Cananéens, alors que le Saint, béni soit-il, ne fait pas reposer sa Chekhinah dans un lieu de nations idolâtres ?
Et le verset dit : ne t'étonne pas de cela, car "et il était assis à l'entrée de la tente" - explication : telle est la voie du tsadik ; bien qu'il soit en bas, l'essentiel de sa demeure est en haut, dans les mondes supérieurs, qui sont appelés 'tente d'assignation' (ohel mo'ed) parce qu'ils sont toujours dans l'allégresse et la joie comme un jour de fête (yom tov) ; et le tsadik qui aspire toujours par sa pensée et se renforce pour monter par sa pensée vers le monde supérieur est appelé 'assis à l'entrée de la tente'. Et si tu dis : comment est-il possible qu'il soit en bas et en haut dans les mondes supérieurs ?
À cela le verset dit : prends-en la preuve de 'la chaleur du jour', c'est-à-dire du soleil qui est en haut dans le ciel et dont la lumière brille en bas, si bien qu'il semble être en bas. Ainsi le tsadik est "à la chaleur du jour" : il est en bas, et la lumière de sa Torah et de sa sainteté brille en haut dans les mondes supérieurs.
Et c'est "Heureux celui que tu choisis et rapproches, il habitera tes parvis" (Psaumes 65,5), c'est-à-dire dans le monde supérieur.
או יאמר "אשרי תבחר כו'", דהנה יש ג' גווני צדיקים, יש צדיק אשר נפשו חושק ומתלהב לעבוד השי"ת ב"ה אלא שאין יכול להעלות עצמו ולהתחזק בעבודתו ית' מחמת איזה מניעה שבו, ויש צדיק שהוא עובד השי"ת בתורה ובתפילה רק שהוא יודע מזה שהוא עובד השם ומחזיק עצמו לעובד השם, ויש צדיק שעובד באמת להשי"ת ובכל עבודתו שעובד מחזיק עצמו שאינו עובד כלל שאינו אלא כמתחיל בעבודתו יתעלה, וזהו "וירא" כנ"ל, "והוא יושב פתח האהל" כנ"ל, שהיה נדמה בעיניו שאינו אלא על פתח האוהל הקדושה, "כחום היום" פירושו ג"כ כנ"ל, שהיה מוחלט אצלו בתום לבבו שאינו אלא כמתחיל. וזהו "אשרי תבחר ותקרב", ר"ל שאתה השם בוחר בו ומקרבו ואעפ"כ בעיני עצמו אינו חשוב, ודומה לו שאינו אלא "שוכן חצריך", היינו בחצר שלפני הבית, שלא נכנס כלל אל הקדושה, כן חושב הצדיק האמתי תמיד.
וק"ל.
Ou bien on dira : "Heureux celui que tu choisis, etc." Car voici, il y a trois sortes de tsadikim. Il y a le tsadik dont l'âme désire et s'enflamme pour servir le Nom, béni soit-il, mais qui ne parvient pas à s'élever ni à se renforcer dans son service, qu'il soit exalté, à cause de quelque empêchement qui est en lui.
Il y a le tsadik qui sert le Nom par la Torah et par la prière, mais qui sait qu'il sert le Nom et se tient lui-même pour un serviteur du Nom. Et il y a le tsadik qui sert véritablement le Nom, et qui, dans tout le service qu'il accomplit, se tient lui-même pour ne servir en rien, comme s'il n'était qu'un débutant dans le service du Très-Haut.
Et c'est "il apparut", comme ci-dessus ; "et il était assis à l'entrée de la tente", comme ci-dessus : il lui semblait à ses yeux qu'il n'était qu'à l'entrée de la tente de la sainteté. "À la chaleur du jour" s'explique aussi comme ci-dessus : il tenait pour certain, dans l'intégrité de son cœur, qu'il n'était qu'un débutant.
Et c'est "Heureux celui que tu choisis et rapproches", c'est-à-dire : toi, le Nom, tu le choisis et le rapproches, et malgré cela il n'a aucune importance à ses propres yeux, et il lui semble n'être que "celui qui habite tes parvis", c'est-à-dire dans la cour qui est devant la maison, n'étant pas entré du tout dans la sainteté. Ainsi pense toujours le tsadik véritable.
Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "אשרי תבחר ותקרב כו'", ע"ד שאמרתי הפירוש על מה שדרשו חז"ל "שמעו נא אבירי לב אלו הצדיקים, כולם ניזונים בצדקה והם נוטלים בזרוע", ואמרתי הפירוש "בזרוע" היינו הצדיקים שהם קרובים לעולמות העליונים, ומוכן לפניהם ליטול השפעות בידם, כאדם שהוא קרוב אצל איזה דבר ונוח לו בקל ליטול בידו, כן הצדיקים, וזהו "ישכון חצריך", דהיינו הצדיק הוא שוכן בחצרות קדשך העליונים, ונוטל משם השפעות להשפיע לנו, וזהו "נשבעה בטוב ביתך", שעי"ז גם אנחנו נשבעים בכל טוב ביתך העליון. והבן.
Ou bien on dira : "Heureux celui que tu choisis et rapproches, etc.", selon ce que j'ai dit comme explication de ce que nos sages, de mémoire bénie, ont exposé : "Écoutez-moi, cœurs puissants (abirei lev) - ce sont les tsadikim ; tous sont nourris par charité (tsedakah), et eux prennent de vive force (bi-zroa)". Et j'ai dit que l'explication de "de vive force (bi-zroa, littéralement : par le bras)" désigne les tsadikim qui sont proches des mondes supérieurs, et pour qui il est tout prêt de prendre les influx de leur main, comme un homme qui se trouve près de quelque chose et à qui il est aisé de la prendre en main : ainsi en est-il des tsadikim.
Et c'est "il habitera tes parvis" : le tsadik demeure dans les parvis de ta sainteté d'en haut, et il y prend les influx pour nous les dispenser. Et c'est "nous nous rassasierons du bien de ta maison" (Psaumes 65,5) : par cela, nous aussi nous sommes rassasiés de tout le bien de ta maison d'en haut.
Comprends bien.
ונחזור לביאור הכתוב, שהצדיק חושב תמיד שאינו עובד השם כלל, ואח"ז זוכה למדריגה גדולה, דהיינו "וישא עיניו וירא", פירוש ע"י ראייתו שרואה ומסתכל תמיד על עצמו כנ"ל, זוכה יותר, "והנה שלשה אנשים נצבים עליו", רמז לשלש המדריגות שצריך הצדיק לעבוד בהם, דהיינו יראה ואהבה והתפארת, דהיינו שמפאר השי"ת במעשיו ברוממותו וגדולתו יתעלה, והג' מדריגות אלו עומדים נצבים על עמדם ומכונם ולא יזיזו ממנו, וזהו הפירוש "אלקים נצב בעדת אל", ר"ל שהצדיק מהפך מדת הדין עד שהשם 'אלקים' שהוא מדת הדין עומד 'נצב' על עומדו 'בעדת אל' שהוא חסד אל כל היום. ועוד יש לומר 'נצב' הוא לשון כלי כמו 'וילך הנצב אחר הלהב', דהיינו שהשם אלקים נעשה כלי של חסד.
וע"י שלש המדריגות הנ"ל ממשיך הצדיק השפעות חיי מזוני בני, דלאו בזכותא תליא מילתא אלא במזלא תליא מילתא, דהיינו העולם העליון הנקרא 'מזלא' נתעורר ע"י הצדיק ומשפיע השלש אלה הנ"ל. ויש לומר הפירוש הכתוב "לא על הלחם לבדו יחיה האדם כי על כל מוצא פי ה' יחיה האדם", ר"ל לא על ה'לחם' גימטריה 'מזלא', חושבנא דדין כחושבנא דדין, ואמר הכתוב לא על זה בלבד שהצדיק מעורר עולם העליון הנקרא מזלא, מושך השפעות חיי כו', "כי על כל מוצא פי ה'", פירוש אלא גם אם הצדיק מוציא בפיו שם הקדוש כראוי בקדושה ובטהרה, אזי ג"כ מושך השפעה כנ"ל.
Et revenons à l'explication du verset : le tsadik pense toujours qu'il ne sert pas du tout le Nom, et après cela il mérite un grand degré, à savoir "il leva les yeux et vit" - explication : par sa vision, du fait qu'il se regarde et s'examine toujours lui-même comme ci-dessus, il mérite davantage. "Et voici trois hommes se tenaient sur lui" : allusion aux trois degrés dans lesquels le tsadik doit servir, à savoir la crainte, l'amour et la splendeur (tiferet), c'est-à-dire qu'il glorifie le Nom par ses actes, dans son élévation et sa grandeur, qu'il soit exalté.
Et ces trois degrés se tiennent fermes (nitsavim) à leur place et sur leur base et ne bougent pas de là. Et c'est l'explication de "Elokim se tient (nitsav) dans l'assemblée de Dieu" (Psaumes 82,1), c'est-à-dire : le tsadik retourne la mesure de rigueur, si bien que le nom 'Elokim', qui est la mesure de rigueur, se tient ferme (nitsav) à sa place 'dans l'assemblée de Dieu (El)', qui est 'la bonté de Dieu tout le jour' (Psaumes 52,3).
Et l'on peut encore dire que 'nitsav' est un terme désignant un manche, comme dans "et le manche (ha-nitsav) entra aussi après la lame" (Juges 3,22) : à savoir que le nom Elokim devient un ustensile (keli) de bonté. Et par les trois degrés ci-dessus, le tsadik attire les influx de vie, de subsistance et d'enfants (hayei, mezonei, banei), car "la chose ne dépend pas du mérite mais du mazal" (Moed Katan 28a) : le monde supérieur appelé 'mazal' est éveillé par le tsadik et fait couler ces trois choses.
Et l'on peut dire que telle est l'explication du verset "Ce n'est pas de pain seul que vit l'homme, mais de tout ce qui sort de la bouche du Nom vit l'homme" (Deutéronome 8,3), c'est-à-dire : ce n'est pas par le seul 'pain' (לחם), dont la valeur numérique (guematria) est celle de 'mazal' (מזלא) - le compte de l'un est comme le compte de l'autre. Et le verset dit : ce n'est pas par cela seulement, à savoir que le tsadik éveille le monde supérieur appelé mazal et attire les influx de vie, etc., "mais de tout ce qui sort de la bouche du Nom" : explication - mais aussi, si le tsadik prononce de sa bouche le Nom saint comme il convient, dans la sainteté et la pureté, alors lui aussi attire l'influx comme ci-dessus.
ונחזור לביאור הכתוב, "וירא וירץ לקראתם", פירוש אחר שהצדיק מתגבר עוד ורואה ומסתכל על עצמו יותר, ולכן נאמר 'וירא' שני פעמים, "וירץ לקראתם", ר"ל אזי בלתי אפשרי להצדיק הזה להשקיט ולנוח ולהפסיק עצמו מאהבתו ויראתו ותפארתו יתברך, רק תמיד רודף רץ אחר רץ לקראת המדריגות האלו תמיד, וכל זה זוכה "מפתח", ע"י שמחזיק עצמו בהכנעה, "וישתחו ארצה כו'" כנ"ל, "ויאמר אל נא תעבור", פירוש אחר כל העבודות ומדריגות האלו שיזכה, צריך חיזוק בתפילה ובתחנונים לחלות ולחנן מהשי"ת ב"ה שאל יעבור ממנו ולא יסור ממנו לעולם, כי בכל יום צריך לדאוג על יום המחרת שלא יפול ח"ו מקדושתו, כי עבודתו יתברך הם כהררים התלויים בשערה, שאם לא יזהר בעבודתו ויחסר בה כחוט השערה, אזי מיד והשטן על ימינו לשטנו ח"ו ומפילו ממדריגתו, ולכן צריך חיזוק מאוד בתפילה ובתחנונים יומם ולילה להשי"ת שיעזרהו ולא יעבור ממנו.
Et revenons à l'explication du verset : "il vit et courut à leur rencontre" - explication : après que le tsadik se renforce encore et se regarde et s'examine lui-même davantage, c'est pourquoi il est dit deux fois 'il vit' ; "il courut à leur rencontre", c'est-à-dire : alors il est impossible à ce tsadik de se taire, de se reposer et de s'interrompre de son amour, de sa crainte et de la splendeur du Béni ; il ne fait au contraire que poursuivre toujours, course après course, à la rencontre de ces degrés, sans cesse. Et tout cela il le mérite "depuis l'entrée (mi-petah)", par le fait qu'il se tient dans l'humilité ; "et il se prosterna à terre, etc.", comme ci-dessus.
"Il dit : de grâce, ne passe pas outre" - explication : après tous ces services et ces degrés qu'il mérite, il a besoin d'un renforcement par la prière et les supplications, pour implorer et demander grâce au Nom, béni soit-il, afin qu'il ne s'éloigne pas de lui et ne se retire jamais de lui ; car chaque jour il faut s'inquiéter du lendemain, de peur de tomber, à Dieu ne plaise, de sa sainteté. Car les services du Béni sont comme des montagnes suspendues à un cheveu : si l'homme ne prend pas garde dans son service et qu'il y manque l'épaisseur d'un cheveu, aussitôt "le Satan est à sa droite pour l'accuser" (Zacharie 3,1), à Dieu ne plaise, et il le fait tomber de son degré.
C'est pourquoi il a grand besoin de se renforcer par la prière et les supplications, jour et nuit, envers le Nom, pour qu'il l'aide et ne s'éloigne pas de lui.
ואחר שיזכה הצדיק לכל המדריגות הנ"ל, אזי הוא מוכרח להוכיח אחרים, והמוכיח אחרים אזי הוא דרך שהמחשבות זרות של אחרים נופלים על המוכיח הזה, ולכן אמר בלשון הזה "יוקח נא מעט מים", דהיינו כמו ע"י שליח, ולא התקרב אליהם בתוכחתו בכל גופו ומדריגתו, רק היה זהיר ונשמר שלא יפול מקדושתו, "ורחצו רגליכם", דהיינו האבק שברגלים הם החטאים והדקדוקים הקלים שהם כאבק ואעפ"כ צריך כפרה ווידוי וחרטה, וזהו שנאמר ביעקב אבינו ע"ה "ויאבק איש עמו" ודרשו חז"ל "שהיו מעלים אבק עד כסא הכבוד", יש לומר שכוונו ג"כ לדברינו הנ"ל, שהיו מעלים החטאים שהם כאבק עד כסא הכבוד, רמז ע"י תשובה וחרטה, כמו שאמרו חז"ל "גדולה תשובה שמגעת עד כסא הכבוד", ("והשענו תחת העץ", ע"ד שאמרו לו "עולמך תראה בחייך", יש לומר ע"י שיתקדש אדם בקדושה גדולה, אזי הוא מרגיש תענוג עוה"ב בחייו, וזה 'והשענו תחת העץ', ר"ל שתתענגו ותרגישו גודל התענוג שתחת עץ החיים).
Et après que le tsadik a mérité tous les degrés ci-dessus, il lui incombe alors de réprimander les autres ; or celui qui réprimande les autres, il arrive par cette voie que les pensées étrangères des autres tombent sur ce réprimandeur. C'est pourquoi il s'exprima ainsi : "Qu'on prenne un peu d'eau", c'est-à-dire comme par un envoyé : il ne s'approcha pas d'eux dans sa réprimande avec tout son corps ni avec tout son degré, mais il fut vigilant et se garda de tomber de sa sainteté.
"Et lavez vos pieds" : à savoir que la poussière qui est aux pieds, ce sont les fautes et les manquements légers aux détails, qui sont comme de la poussière et qui exigent pourtant expiation, aveu et regret. Et c'est ce qui est dit de Yaakov notre père, la paix soit sur lui : "et un homme lutta (va-ye'avek) avec lui" (Genèse 32,25), et nos sages, de mémoire bénie, ont exposé : "ils faisaient monter de la poussière (avak) jusqu'au trône de gloire" (Houlin 91a).
On peut dire qu'ils visaient aussi ce que nous avons dit ci-dessus : ils faisaient monter les fautes, qui sont comme de la poussière, jusqu'au trône de gloire - allusion à ce qui se fait par le repentir et le regret, comme nos sages, de mémoire bénie, ont dit : "Grand est le repentir, car il atteint jusqu'au trône de gloire" (Yoma 86a). ("Et appuyez-vous sous l'arbre" : selon ce qu'on lui dit "tu verras ton monde de ton vivant" (Berakhot 17a), on peut dire que lorsque l'homme se sanctifie d'une grande sainteté, il ressent alors le délice du monde à venir de son vivant ; et c'est 'et appuyez-vous sous l'arbre', c'est-à-dire : vous jouirez et ressentirez la grandeur du délice qui est sous l'arbre de vie.)