נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Bereshit, Lech Lecha (2/3)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

Ce passage poursuit : Abram, « très lourd en troupeaux », porte l'afflux comme un fardeau et va vers sa racine ; Rachi, « il acquitta ses hakafot », parle de l'extériorité, et l'on bénit Celui qui vêt les nus quand Il redresse les courbés. « Et Abram alla comme Hachem le lui avait dit » : le Noam Elimele'h dit que Moché reçut la Torah du Sinaï par la soumission, Yehochoua par transmission. Abram est prêt à recevoir la parole, et Lot, le mauvais penchant, va avec lui. Il répare le hé du Nom et le degré de l'ayin : les yeux du Nom se revêtent dans le tsadik et brisent les décrets, et il sort de 'Haran, de la colère.

Aussi : « va pour toi » : servir sans se penser celui qui fait affluer ; la mitsva et la prière jusqu'à leur racine ; la récompense d'une mitsva est une mitsva, et Avraham compte la promesse comme tsedaka du Nom.

וזהו "ואברם כבד מאוד במקנה", ר"ל שהיה לו למשא מה שהשפיע לו השי"ת מקנה "כסף וזהב", "וילך למסעיו" פירוש לשורשו, וזהו פירוש רש"י ז"ל "שפרע הקפותיו", דהנה אנו מברכים בכל יום 'מלביש ערומים' ו'זוקף כפופים', כי כל אדם מוקף בחיצוניות של עולם הזה, וכשהוא במדריגה גדולה אזי הוא מופשט מחיצוניות של עוה"ז ונשאר ערום, וזה אמרם 'הוי ערום ביראה', עד שמלבישין אותו בחלוקא דרבנן מעולם העליון, וזה שאנו מברכין "מלביש ערומים" אימת? כשהוא "זוקף כפופים", דהיינו שהולך לעולם העליון. וזה פירוש רש"י ז"ל "פרע הקפותיו" מלשון 'ופרע את ראש האשה', דהיינו הקפותיו שמוקף מחיצוניות.

Et c'est [le sens de] 'et Abram était très lourd en troupeaux' (Genèse 13,2) : c'est-à-dire (ratsa lomar) que lui était un fardeau ce que le Nom, béni soit-Il, lui avait fait affluer en troupeaux, 'en argent et en or' ; 'et il alla selon ses étapes' (Genèse 13,3), explication : vers sa racine. Et c'est l'explication de Rachi, de mémoire bénie : 'qu'il acquitta ses achats à crédit (hakafotav)'.

Car voici, nous bénissons chaque jour 'Celui qui vêt les nus' (malbich aroumim) et 'Celui qui redresse les courbés' (zokef kefoufim) ; car tout homme est entouré (moukaf) de l'extériorité (hitsoniout) de ce monde-ci, et lorsqu'il est dans un grand degré, alors il est dépouillé de l'extériorité de ce monde-ci et reste nu, et c'est ce qu'ils ont dit : 'sois rusé (aroum, qui est aussi 'nu') dans la crainte' (Berakhot 17a), jusqu'à ce qu'on le revête du manteau des sages (halouka de-rabanan) du monde supérieur. Et voilà ce que nous bénissons, 'Celui qui vêt les nus' : quand ?

Lorsqu'Il 'redresse les courbés', c'est-à-dire lorsque [l'homme] va vers le monde supérieur. Et c'est l'explication de Rachi, de mémoire bénie, 'il acquitta ses hakafot', du langage de 'et il découvrira (oufara) la tête de la femme' (Nombres 5,18) : c'est-à-dire ses entourages (hakafot), ce dont il est entouré par l'extériorité.

או יאמר "לך לך כו׳", דהנה הצדיק שהוא יודע שהוא משפיע ומחמת זה הוא רוצה לפעמים להשפיע לקרוביו ולתלמידיו, אבל באמת רצונו של השי"ת שלא יעלה על מחשבתו כלל שהוא משפיע, רק שיעבוד השי"ת ב"ה בשלימות והשפע ממילא בא.

Ou bien il dira : 'Va pour toi, etc.' (Genèse 12,1). Car voici, le tsadik qui sait qu'il est celui qui fait affluer l'abondance (machpia), et à cause de cela il veut parfois faire affluer l'abondance sur ses proches et sur ses disciples ; mais en vérité la volonté du Nom, béni soit-Il, est qu'il ne monte pas du tout en sa pensée qu'il est celui qui fait affluer, mais seulement qu'il serve le Nom, béni soit-Il, dans la perfection, et l'abondance (chefa) vient d'elle-même.

וזהו "ויאמר כו׳ לך לך מארצך כו׳", ר"ל שלא יעלה במחשבתך כלל דבר הנוגע לארצך כו׳, רק "אל הארץ אשר אראך", ר"ל שכל עבודתך יהיה רק אל הארץ העליונה והשפע ממילא יבוא. וק"ל.

Et c'est [le sens de] 'Et Il dit, etc. : va pour toi, hors de ton pays, etc.' : c'est-à-dire qu'il ne monte pas du tout en ta pensée une chose qui touche à ton pays, etc., mais seulement 'vers la terre que Je te montrerai', c'est-à-dire que tout ton service soit uniquement vers la terre supérieure, et l'abondance viendra d'elle-même. Et cela est facile à comprendre.

וילך אברם כאשר דבר אליו כו׳. נראה לפרש, דכבר דקדקו קמאי על המשנה "משה קיבל תורה מסיני ומסרה ליהושע", למה שינה הלשון, דאצל משה נאמר לשון 'קבלה' ואצל יהושע נאמר לשון 'מסירה'.

'Et Abram alla comme le Nom le lui avait dit, etc.' (Genèse 12,4). Il me semble d'expliquer ainsi : les anciens (kamai) ont déjà scruté de près la Michna 'Moche reçut la Torah du Sinaï et la transmit à Yehochoua' (Avot 1,1) : pourquoi a-t-elle changé l'expression ?

Car à propos de Moche est employé le terme de 'réception' (kabala), et à propos de Yehochoua le terme de 'transmission' (mesira).

אך הענין הוא, דהתורה הניתנה על הר סיני לא קבלו ישראל בבחינה אחת, דהנה השי"ת ב"ה בחר בהר סיני מכל ההרים ליתן עליו את התורה מחמת שהוא נמוך מכל ההרים, דעיקר הוא לעסוק בתורה בהכנעה, ומשה רבינו ע"ה היה עניו מכל אדם והיה מוכשר ומוכן לקבל התורה ע"י הכנעה שבו, מהר סיני שהיה ג"כ בבחינת הכנעה, כדאיתא במדרש 'כשראה הר סיני את משה היה רץ לקראתו', והטעם מחמת שהיו שניהם בבחינת הכנעה. ולכן נאמר "משה קיבל תורה מסיני", ר"ל ממדריגת 'סיני' שהוא הכנעה, ולא כן שאר ישראל שלא היו בבחינת הכנעה, ולכן היו קולות וברקים כדי לשבר אותם ולהביאם אל הכנעה מחמת הפחד והמורא, ולכן יהושע שלא היה כל כך בבחינת משה, ע"ד דאיתא 'פני משה כפני חמה ופני יהושע כפני לבנה', לכן נאמר לשון 'מסירה'.

Mais la chose est ainsi : la Torah donnée sur le mont Sinaï, Israël ne la reçut pas selon un seul aspect (behina). Car voici, le Nom, béni soit-Il, a choisi le mont Sinaï entre toutes les montagnes pour y donner la Torah parce qu'il est le plus bas de toutes les montagnes, car l'essentiel est de s'occuper de la Torah dans la soumission (hakhnaa, l'abaissement de soi) ; et Moche notre maître, la paix soit sur lui, était le plus humble de tous les hommes, et il était apte et prêt à recevoir la Torah par la soumission qui était en lui, du mont Sinaï qui était lui aussi dans l'aspect de la soumission, comme il est rapporté dans le Midrach : 'lorsque le mont Sinaï vit Moche, il courait à sa rencontre' ; et la raison en est qu'ils étaient tous deux dans l'aspect de la soumission.

Et c'est pourquoi il est dit 'Moche reçut la Torah du Sinaï', c'est-à-dire du degré de 'Sinaï' qui est la soumission ; et il n'en fut pas ainsi du reste d'Israël, qui n'étaient pas dans l'aspect de la soumission, et c'est pourquoi il y eut des tonnerres et des éclairs, afin de les briser et de les amener à la soumission par la peur et par l'effroi. Et c'est pourquoi, Yehochoua n'étant pas tellement dans l'aspect de Moche, selon ce qui est rapporté : 'le visage de Moche était comme la face du soleil et le visage de Yehochoua comme la face de la lune' (Baba Batra 75a), pour cela est employé le terme de 'transmission'.

וזהו "וילך אברם כאשר דבר אליו ה׳", ר"ל שהוא היה מוכן לקבל דבר ה׳ מיד כשידבר אליו, שהיה צדיק גדול, ואעפ"כ "וילך אתו לוט" הוא היצה"ר שנקרא 'לוט', דהצדיק אף שהוא בבחינה גדולה צריך ליזהר מהיצה"ר שלא יחטיאו חלילה, "ואברם בן חמש כו׳", ר"ל שהיה מתקן הה"א של השם הקדוש, "ושבעים" רמז שהיה במדרגת עי"ן, ע"ד שפרשתי "עיני ה׳ משוטטות בכל", דהצדיק נקרא 'כל', ר"ל "עיני ה׳" הם מתלבשות "בכל", דהיינו בהצדיק, ובידו לפתוח עיני פקיחא מהבורא ב"ה על ישראל. וזהו "עיני כל אליך ישברו", ר"ל העינים המתלבשים ב'כל', דהיינו הצדיקים, הם משברים ומבטלים הגזירות שנגזר מאתו, וזהו "אליך ישברו", לשון שבירה, שהקב"ה גוזר והצדיק מבטל.

Et c'est [le sens de] 'Et Abram alla comme le Nom le lui avait dit' : c'est-à-dire qu'il était prêt à recevoir la parole du Nom aussitôt qu'Il lui parlerait, car il était un grand tsadik ; et malgré cela, 'et Lot alla avec lui' : c'est le mauvais penchant (yetser hara) qui est appelé 'Lot' (loute, ce qui enveloppe) ; car le tsadik, même s'il est dans un grand aspect, doit se garder du mauvais penchant, de peur que celui-ci ne le fasse fauter, à Dieu ne plaise. 'Et Abram était âgé de cinq [et soixante-dix] ans, etc.' : c'est-à-dire qu'il réparait (metaken) le hé (ה) du Nom saint, dont la valeur est cinq ; 'et soixante-dix' est une allusion à ce qu'il était au degré de ayin (עין), car la lettre ע vaut soixante-dix et 'ayin' signifie 'œil' ; selon ce que j'ai expliqué sur 'les yeux du Nom parcourent toute [la terre]' (cf. Zacharie 4,10), car le tsadik est appelé 'tout' (kol) : c'est-à-dire que 'les yeux du Nom' se revêtent 'dans tout' (be-khôl), à savoir dans le tsadik, et il est en son pouvoir d'ouvrir des yeux grands ouverts (einei pekiha) de la part du Créateur, béni soit-Il, sur Israël.

Et c'est [le sens de] 'les yeux de tous espèrent vers Toi' (Psaumes 145,15) : c'est-à-dire que les yeux qui se revêtent dans 'tout', à savoir les tsadikim, brisent et annulent les décrets décrétés par Lui ; et c'est [le sens de] 'eleikha yesabberou', du langage de 'brisure' (chevira), car le Saint, béni soit-Il, décrète et le tsadik annule.

ונחזור לביאור הכתוב, "ואברם בן כו׳ בצאתו מחרן", פירוש ואז יצא מהחרון, דהיינו שביטל הגזירות וחרון, "ויקח אברם את שרי אשתו", ר"ל שלקח גם המדריגה של נקבות והעלה אותה, "ואת לוט" הוא היצה"ר, הפך גם אותו לטוב עד שהיה גם הוא "בן אחיו" דהיינו תולדה של יצר טוב הנקרא 'אחיו', ע"ד שאמרו חז"ל 'בכל לבבך בשני יצריך'.

Et revenons à l'explication du verset : 'Et Abram était âgé de, etc., lors de sa sortie de Harane' (Genèse 12,4), explication : et alors il sortit de la colère (haron), c'est-à-dire qu'il annula les décrets et la colère. 'Et Abram prit Sarai sa femme' (Genèse 12,5) : c'est-à-dire qu'il prit aussi le degré de la féminité (noukva) et l'éleva ; 'et Lot', c'est le mauvais penchant : il le retourna lui aussi vers le bien, jusqu'à ce que lui aussi fut 'fils de son frère', c'est-à-dire une production du bon penchant (yetser tov) qui est appelé 'son frère', selon ce qu'ont dit nos sages, de mémoire bénie : ''de tout ton cœur' (Deutéronome 6,5), avec tes deux penchants' (Berakhot 54a).

או יאמר "וילך אברם כאשר דבר כו׳", ר"ל הצדיק רצונו לילך בדרכי השם בבחינה זאת "כאשר דבר ה׳", דהיינו באותה הבחינה ממש שדיבר ה׳, בודאי הדיבור ההוא בקדושה ובטהרה ובדביקות, כן דרך הצדיק הרוצה לעשות ולקיים מצוותיו יתברך שיעשה ג"כ בבחינה זו.

Ou bien il dira : 'Et Abram alla comme [le Nom] avait parlé, etc.' : c'est-à-dire que la volonté du tsadik est d'aller dans les voies du Nom selon cet aspect-ci, 'comme le Nom avait parlé', à savoir dans ce même aspect exactement dont le Nom a parlé ; car assurément cette parole-là fut dans la sainteté, dans la pureté et dans l'attachement (devekout). Ainsi est la voie du tsadik qui veut accomplir et réaliser Ses commandements, béni soit-Il : qu'il les fasse lui aussi selon cet aspect.

"וילך אתו לוט", ר"ל החלק הרע שבאדם המעורב בטוב ורע מעת חטא אדם הראשון מתחיל להתגבר עליו להדיחו מדרכו הטוב, והתקנה להכניע חלק הרע הוא שיהיה האדם שפל מאוד בעיני עצמו כלא נחשב רק כדבר הנוסף, וזהו "ואברם", כלומר כדבר הטפל והנוסף, עי"ז פועל "בן חמש ושבעים שנה בצאתו מחרן", דעיקר שנותיו של אדם שעובד האדם את בוראו, התחלתם מחמש שנים למקרא עד סוף שנותיו והם שבעים שנה, כי החמש שנים של מקרא רומזים לדברים גדולים, לרמז ה׳ חסדים הממתיקים ה׳ גבורות כידוע ליודעי חן, ואמר הכתוב שעי"ז שיכניע וישבר כח הרע שבו, יהיה טהור בכל שנותיו מחמש ועד שבעים, וזהו "בצאתו מחרן", ר"ל בצאתו מן החרון, הוא החלק הרע שבו.

'Et Lot alla avec lui' : c'est-à-dire que la part mauvaise qui est dans l'homme, mélangée de bien et de mal depuis le moment de la faute d'Adam le premier homme, commence à prendre le dessus sur lui pour le repousser de sa bonne voie. Et le remède (takana) pour soumettre la part mauvaise, c'est que l'homme soit très bas à ses propres yeux, compté pour rien, seulement comme une chose surajoutée.

Et c'est [le sens de] 've-Abram' (ואברם, 'et Abram'), c'est-à-dire comme une chose secondaire et surajoutée, ainsi que l'indique le vav de liaison ; par cela il opère 'âgé de cinq et soixante-dix ans, lors de sa sortie de Harane'. Car l'essentiel des années de l'homme, celles où l'homme sert son Créateur, commence à cinq ans pour l'Écriture (mikra) et va jusqu'à la fin de ses années, et ce sont soixante-dix années ; car les cinq années de l'Écriture font allusion à de grandes choses, elles font allusion aux cinq hassadim (bontés) qui adoucissent les cinq guevourot (rigueurs), comme cela est connu de ceux qui connaissent la grâce cachée (yodei hen, les kabbalistes).

Et le verset dit que par cela qu'il soumettra et brisera la force du mal qui est en lui, il sera pur dans toutes ses années, depuis cinq et jusqu'à soixante-dix ; et c'est [le sens de] 'lors de sa sortie de Harane', c'est-à-dire lors de sa sortie de la colère (haron), qui est la part mauvaise en lui.

"ויעבר אברם בארץ עד מקום שכם", ר"ל שאברהם היה עובד והולך בקדושה "עד מקום שכם" רמז להתורה, שזכה להשיג כל התורה, ע"ד 'ויט שכמו לסבול' עול תורה, "עד אלון מורה", דהנה באילן יש כמה וכמה ענפים, וכל הענפים הם מחוברים אל העיקר האילן, כן כל מצוה ומצוה יש לה שורש ועיקר למעלה באילן העליון, וצריך האדם להשכיל לדעת שורש העיקר של המצוה ולא כמצות אנשים מלומדה, וזהו "עד אלון מורה", שהשיג כל מצוה ומצוה עד השורש שהוא העיקר האילן.

'Et Abram traversa le pays jusqu'au lieu de Chekhem' (Genèse 12,6) : c'est-à-dire qu'Abraham servait et allait dans la sainteté 'jusqu'au lieu de Chekhem', allusion à la Torah, car il mérita d'atteindre toute la Torah, selon 'il inclina son épaule (chikhmo) pour porter' (Genèse 49,15) le joug de la Torah. 'Jusqu'au chêne de Moré' : car voici, dans un arbre il y a quantité de branches, et toutes les branches sont reliées à l'essentiel de l'arbre ; de même, chaque commandement (mitsva) a une racine et un principe en haut, dans l'arbre supérieur, et l'homme doit s'appliquer à connaître la racine et le principe du commandement, et non pas [l'accomplir] 'comme un commandement d'hommes appris par routine' (Isaie 29,13). Et c'est [le sens de] 'jusqu'au chêne de Moré' : qu'il atteignit chaque commandement jusqu'à la racine qui est l'essentiel de l'arbre.

וזהו שאמר התנא "ההולך בדרך", פירוש בדרך ה׳, "והיה מכיר אילן", ר"ל שהיה מכיר שורש האילן של המצוות, "או גדר", פירוש והיה מכיר הגדרים, שצריך האדם לעשות גדרים לעצמו בדבר המותר כדי שלא יבוא אל האיסור, "ואמר שביתתי תחתיו", ר"ל שאומר שישבות תחת האילן אבל אינו משכיל להשיג השורש לעשות המצוה בשורשה, "לא אמר כלום", "ואם אמר שביתתי בעיקרו", פירוש שהוא משכיל לדעת לעשות המצוה בעיקרה ושורשה, "יש לו ב׳ אלפין", דהיינו שעושה יחוד גמור באלפין, דהיינו אלף של אדני ואל"ף של אק"י כידוע ליודעי חן. והבן.

Et c'est ce qu'a dit le tana (maître de la Michna) : 'celui qui va sur le chemin' (Erouvin 4,7), explication : sur le chemin du Nom ; 'et il reconnaissait un arbre', c'est-à-dire qu'il reconnaissait la racine de l'arbre des commandements ; 'ou une clôture (gader)', explication : et il reconnaissait les barrières, car l'homme doit se faire à lui-même des barrières dans ce qui est permis, afin de ne pas en venir à l'interdit ; 'et il a dit : mon repos [du chabbat] sera sous lui', c'est-à-dire qu'il dit qu'il se reposera sous l'arbre, mais il ne s'applique pas à atteindre la racine pour accomplir le commandement en sa racine : 'il n'a rien dit' ; 'et s'il a dit : mon repos sera à son principe (be-ikaro, à son tronc)', explication : il s'applique à savoir accomplir le commandement en son principe et en sa racine, [alors] 'il a deux mille [coudées]' (yech lo bet alpin, littéralement 'deux alef'), c'est-à-dire qu'il opère une union parfaite dans les alef : à savoir le alef de אדנ'י (Adonaï) et le alef de אק'י (graphie pieuse d'un Nom divin), comme cela est connu de ceux qui connaissent la grâce cachée. Et comprends.

או יאמר "ויעבור אברם בארץ עד מקום שכם", לכאורה מלת 'מקום' הוא מיותר. ונ"ל מקודם דהנה אנו אומרים "הכל יודוך והכל ישבחוך כו׳", דהיינו שיש עולמות הנקראים 'הכל', ויש עולם ששייך בו הודיות ויש עולם ששייך בו שבחים, וכן כולם מרומזים על עולם השייך בו ונוגע אל שורשו.

וזהו "דעת קנה הכל קנה", ר"ל שמתחילה צריך האדם שיהיה לו ידיעה על ידי לימוד כל העולמות, ואז "הכל קנה", ר"ל שיוכל לעלות ולבוא למדריגה לכווין העולמות העליונים הנקראים 'הכל', וזהו עיקר בתפילתו, דהיינו שיתפלל בשורש השייך לאותו תפילה. וזה שאמר הכתוב "וכל אשר יקרא לו האדם נפש חיה הוא שמו", ולכאורה קשה בוודאי כאשר קרא להם שמות כך היה שמם, אלא הפירוש הוא כך הוא שמו בעולם העליון, בשורש השייך לאותו חיה או לאותו בהמה, שאדם הראשון כיוון לקרותם באלה שמות שיש להם שורש בהשם הזה בעולם העליון.

Ou bien il dira : 'Et Abram traversa le pays jusqu'au lieu de Chekhem' : à première vue le mot 'lieu' (makom) est superflu. Et il me semble [de dire] d'abord ceci : voici, nous disons [dans la prière] 'Tous (ha-kol) Te rendront grâce et tous Te loueront, etc.', c'est-à-dire qu'il existe des mondes appelés 'tous' (ha-kol), et il y a un monde auquel se rapportent les actions de grâce, et il y a un monde auquel se rapportent les louanges ; et de même tous [ces termes] font allusion au monde auquel [chacun] se rapporte et qui touche à sa racine.

Et c'est [le sens de] 'celui qui a acquis la connaissance (daat) a tout acquis' (Nedarim 41a) : c'est-à-dire qu'au commencement l'homme doit avoir une connaissance, par l'étude, de tous les mondes, et alors 'il a tout acquis', c'est-à-dire qu'il pourra monter et parvenir au degré où il dirige son intention (kavana) vers les mondes supérieurs appelés 'tous' ; et c'est l'essentiel dans sa prière, à savoir qu'il prie dans la racine qui se rapporte à cette prière-là. Et c'est ce qu'a dit le verset : 'et tout ce que l'homme appellerait âme vivante, tel était son nom' (Genèse 2,19) ; à première vue c'est difficile : assurément, comme il leur a donné des noms, tel était leur nom !

Mais l'explication est ainsi : tel est son nom dans le monde supérieur, dans la racine qui se rapporte à cet animal-là ou à cette bête-là ; car Adam le premier homme dirigea son intention pour les appeler de ces noms-là, qui ont une racine sous ce nom-là dans le monde supérieur.

וזהו "ויעבור אברם בארץ עד מקום שכם", שעלה בתפילתו שהתפלל על בני יעקב כפירוש רש"י ז"ל, והיה מכווין ועולה בתפילתו עד עולם העליון שהוא נגד שכם, והיינו "מקום שכם", כי כל דבר למטה יש לו שורש למעלה, "עד אלון מורה", כבר פירשתי דאדם הוא נקרא 'אילן' ע"ד שאמרו 'למה אדם דומה לאילן הנטוע' כו׳, והיינו מחמת שאדם שורשו למעלה, וכל דיבור ודיבור היוצא מפיו בקדושה ובטהרה, הדיבור הזה נעשה ג"כ אילן, דהיינו ענפים לשורש האילן, והיינו "וישב באלוני ממרא", פירוש 'ממרא' הוא לשון אמירה, דהיינו כל אמירה ואמירה שיצא מפיו, היה נעשה מהם אילנות, וזהו "עד אלון מורה", מורה הוא לשון יראה, ר"ל שע"י יראתו שהיה מקדש עצמו ומטהר נעשה מהם אילנות.

Et c'est [le sens de] 'Et Abram traversa le pays jusqu'au lieu de Chekhem' : qu'il monta dans sa prière, lorsqu'il pria pour les fils de Yaacov, comme l'explique Rachi, de mémoire bénie ; et il dirigeait son intention et montait dans sa prière jusqu'au monde supérieur qui correspond à Chekhem, et c'est cela 'le lieu de Chekhem', car toute chose d'en bas a une racine en haut. 'Jusqu'au chêne de Moré' : j'ai déjà expliqué que l'homme est appelé 'arbre', selon ce qu'ils ont dit : 'à quoi l'homme ressemble-t-il ? À un arbre planté, etc.' ; et cela parce que la racine de l'homme est en haut.

Et chaque parole qui sort de sa bouche dans la sainteté et dans la pureté, cette parole devient elle aussi un arbre, c'est-à-dire des branches pour la racine de l'arbre. Et c'est [le sens de] 'et il demeura dans les chênes de Mamré' (Genèse 14,13), explication : 'Mamré' est du langage de 'dire' (amira), c'est-à-dire que de chaque parole qui sortait de sa bouche il se faisait des arbres.

Et c'est [le sens de] 'jusqu'au chêne de Moré' : 'Moré' est du langage de crainte (mora), c'est-à-dire que par sa crainte, par laquelle il se sanctifiait et se purifiait, il s'en faisait des arbres.

"ויעתק משם ההרה", הוא רמז לעולמות העליונים הנקראים 'אבות', דאבות נקראים 'הרים', והיינו שהמדריגה הנ"ל היה מתגבר והולך עוד לעולמות העליונים, "מקדם לבית אל", ר"ל שהיה משתוקק כ"כ ומתחזק עצמו לבוא אל מדריגה גדולה הקדומה בקדושה יותר מבית אל, דהיינו יותר מקדושת בית המקדש ששם היה עיקר הקדושה, כי כן צריך האדם להשתוקק ולהתאוות שיגיע בעבודת הבורא עד אין קץ ותכלית, "ויט אהלו", פירוש שאברהם אבינו היה נוטה אהלו, דהיינו יראתו ועבודתו שהיה עובד להשי"ת, היה נוטה לכאן ולכאן להכריע בהכרעה אמיתית אם הוא בשלימות או לאו, וראה "בית אל מים", ר"ל וחישב בעצמו שהקדושה רחוקה ממנו מאוד, "והעי מקדם", פירוש שזה היה לפני אברהם תמיד שאינו עובד השי"ת ב"ה כראוי, והיה מוצא חסרונות ועוונות בעצמו, ד'העי' רמז על עונות, ששם נמצא עון שמעל עכן בחרם, כי כן דרך הצדיק שאין מעשיו נוחים בעיניו ורואה תמיד בשפלותו.

'Et il se transporta de là vers la montagne' (Genèse 12,8) : c'est une allusion aux mondes supérieurs appelés 'pères' (avot), car les pères sont appelés 'montagnes' ; c'est-à-dire que le degré mentionné ci-dessus allait se renforçant et montait encore vers les mondes supérieurs. 'À l'orient de Beth-El' : c'est-à-dire qu'il aspirait tellement et se renforçait pour parvenir à un grand degré, antérieur (kadoum) en sainteté à Beth-El, c'est-à-dire plus [élevé] que la sainteté du Temple, où était l'essentiel de la sainteté ; car ainsi l'homme doit-il aspirer et désirer parvenir, dans le service du Créateur, jusqu'à l'infini et sans terme. 'Et il tendit sa tente', explication : Abraham notre père tendait sa tente, c'est-à-dire que sa crainte et son service, par lesquels il servait le Nom, béni soit-Il, penchaient de-ci de-là pour trancher d'une décision véritable s'il était dans la perfection ou non ; et il vit 'Beth-El à l'occident' (bet El mi-yam), c'est-à-dire qu'il pensait en lui-même que la sainteté était très éloignée de lui ; 'et Aï à l'orient', explication : cela était devant Abraham en permanence, [le sentiment] qu'il ne servait pas le Nom, béni soit-Il, comme il convient, et il trouvait en lui-même des manques et des fautes ; car 'ha-Aï' (העי) est une allusion aux fautes (avonot), puisque c'est là que se trouva la faute d'Akhan, qui détourna de ce qui était voué par interdit (herem) (cf. Josue 7) ; car telle est la voie du tsadik : ses actes ne lui agréent pas à ses propres yeux, et il se voit toujours dans sa bassesse.

וזהו שנאמר באברהם "והאמין בה׳ ויחשבה לו צדקה", ולכאורה מה רבותא בזה שהאמין בה׳? ועפ"י דברינו הנ"ל יבואר ג"כ, ד"ויחשבה לו צדקה" קאי על אברהם, דהיינו שאברהם היה רואה ומסתכל על עצמו תמיד וראה תמיד חוב לעצמו, וכאשר אמר לו השי"ת "כה יהיה זרעך כו׳", האמין בה׳ והיה מתמה על עצמו באיזה זכות יגיע לו זה, וחישב שאין זה אלא צדקת ה׳. והבן.

Et c'est ce qui est dit à propos d'Abraham : 'et il eut foi dans le Nom, et Il le lui compta comme justice (tsedaka)' (Genèse 15,6). À première vue, quelle grandeur y a-t-il en cela, qu'il ait eu foi dans le Nom ?

Et selon nos paroles ci-dessus cela s'explique aussi : car 'et il le lui compta comme tsedaka' se rapporte à Abraham [c'est lui qui compta ainsi], c'est-à-dire qu'Abraham se regardait et s'examinait lui-même constamment, et voyait toujours en lui-même de la dette (hov) ; et lorsque le Nom, béni soit-Il, lui dit 'ainsi sera ta descendance, etc.', il eut foi dans le Nom et il s'étonnait sur lui-même : par quel mérite cela lui parviendrait-il ? Et il calcula que cela n'était rien d'autre que la bienveillance (tsidkat) du Nom.

Et comprends.

אחר הדברים האלה היה דבר ה׳ אל אברם במחזה לאמר אל תירא אברם אנכי מגן לך שכרך הרבה מאד כו׳ ואנכי הולך וכו' ויאמר אברם הן לי לא נתת זרע כו׳. ולכאורה 'ויאמר' השני הוא מיותר, שנראה כאילו הוא דבר בפני עצמו.

'Après ces événements, la parole du Nom fut adressée à Abram dans une vision, en disant : ne crains pas, Abram, Je suis un bouclier pour toi, ta récompense est très grande, etc. ; et moi je m'en vais, etc. ; et Abram dit : voici, à moi Tu n'as pas donné de descendance, etc.' (Genèse 15,1-3). À première vue, le second 'et il dit' est superflu, car il apparaît comme s'il était une chose en soi.

ונראה דהנה שכר מצוה בהאי עלמא ליכא, והשכר הבא לו לאדם ע"י איזה מצוות שעשה, למשל כשהשי"ת נותן לאדם ממון עבור איזה מצוה שעשה, אין זה עיקר השכר, כי שכר מצוה בהאי עלמא ליכא, רק שנתן השי"ת הממון הזה כדי שיעשה עוד מצוה, וזהו פירוש "שכר מצוה מצוה", ר"ל כנ"ל כדי שיעשה עוד מצוה אחרת, וכשנותן השי"ת לאדם בנים עבור איזה מצוה, הוא ג"כ כדי שיעשה עוד מצוה לגדלם לתורה לעבודת השי"ת ב"ה.

Et il semble [d'expliquer ainsi] : voici, 'il n'y a pas de récompense d'un commandement en ce monde-ci' (Kidouchin 39b) ; et la récompense qui vient à l'homme par quelque commandement qu'il a accompli, par exemple lorsque le Nom, béni soit-Il, donne à l'homme de l'argent pour quelque commandement qu'il a accompli, ce n'est pas là la récompense essentielle, car il n'y a pas de récompense d'un commandement en ce monde-ci ; mais le Nom, béni soit-Il, a donné cet argent afin qu'il accomplisse encore un commandement. Et c'est l'explication de 'la récompense d'un commandement est un commandement' (Avot 4,2), c'est-à-dire comme ci-dessus : afin qu'il accomplisse encore un autre commandement.

Et lorsque le Nom, béni soit-Il, donne à l'homme des enfants pour quelque commandement, c'est aussi afin qu'il accomplisse encore un commandement : les élever à la Torah, au service du Nom, béni soit-Il.

והנה אברהם [אבינו] עליו השלום היה תמיד מדבק ומקשר עצמו להבורא ב"ה, כאדם הנושא מגן בפניו דבוק עליו, כן היה מדבק את השי"ת על עצמו תמיד, וזהו "אנכי מגן לך", פירוש עבור שעשית אותי כמגן לך, שהמשכת והדבקת אותי עליך, לכן "שכרך הרבה מאד". "ויאמר אברם ה׳ מה תתן לי", פירוש איזה שכר יכול להיות לי בעולם הזה, הלא שכר מצוה בהאי עלמא ליכא, רק כנ"ל שכר מצוה, ומה הוא השכר שלי "ואנכי הולד ערירי" שאין לי בן, ואם תאמר זה שכרי ש"בן משק ביתי", ר"ל אליעזר שהיה משקה מתורתו לאחרים, שזה נחשב לי לבן ע"ד שאמרו 'המלמד בן חבירו תורה כאלו יולדו', 'משק' הוא לשון משקה מתורתו, זה אינו, ד"הוא דמשק אליעזר", פירוש זה שאליעזר הוא צדיק ודולה ומשקה מתורתי לאחרים, אין זה מחמתי, רק שלפעמים שמא גורם, היינו השם שהוא נקרא כשם אדם כשר וישר, זה גורם לאדם שיהיה צדיק, למשל מי ששמו 'אברהם' ורוצה לעבוד השי"ת ב"ה, אזי השם הזה גורם ומסייע לו שיהיה צדיק.

זה היה טענה אחת.

Et voici, Abraham [notre père], la paix soit sur lui, s'attachait et se liait constamment au Créateur, béni soit-Il : comme un homme qui porte un bouclier devant lui, collé à lui, ainsi attachait-il le Nom, béni soit-Il, sur lui-même constamment. Et c'est [le sens de] 'Je suis un bouclier pour toi', explication : parce que tu as fait de Moi comme un bouclier pour toi, que tu M'as attiré et attaché sur toi, c'est pourquoi 'ta récompense est très grande'. 'Et Abram dit : Nom [de Dieu], que me donneras-Tu ?', explication : quelle récompense peut-il y avoir pour moi en ce monde-ci ?

N'est-il pas vrai qu'il n'y a pas de récompense d'un commandement en ce monde-ci, mais seulement, comme ci-dessus, que la récompense d'un commandement est un commandement ? Et quelle est ma récompense, alors que 'je m'en vais sans enfant' (ariri), que je n'ai pas de fils ?

Et si tu dis : voici ma récompense, que 'le fils de l'intendance de ma maison' (ben méchek béti), c'est-à-dire Eliezer, qui abreuvait (machké) les autres de sa Torah, m'est compté comme un fils, selon ce qu'ils ont dit : 'celui qui enseigne la Torah au fils de son prochain, c'est comme s'il l'avait engendré' (Sanhédrin 19b), 'méchek' étant du langage de 'abreuver de sa Torah' ; il n'en est pas ainsi, car [il est écrit] 'lui, c'est Damések Eliezer' (Genèse 15,2), explication : ceci, qu'Eliezer soit un tsadik qui puise (dolé) et abreuve (machké) les autres de ma Torah, cela ne vient pas de moi, mais parfois 'le nom est cause' (chema garim), à savoir que le nom dont il est appelé, qui est le nom d'un homme intègre et droit, cela est cause pour l'homme qu'il soit un tsadik ; par exemple, celui dont le nom est 'Abraham' et qui veut servir le Nom, béni soit-Il, alors ce nom est cause et l'assiste pour qu'il soit un tsadik. Ce fut là une première objection.

ועוד בא בטענה, "ויאמר אברם הן לי לא נתת זרע", דאיתא בגמרא 'מי שאינו מניח בן ליורשו הקב"ה מלא עליו עברה', ואמר אברם גם הממון שנתת לי אין זה נתינה לטובה לשכר, מאחר שאין לי זרע "ובן ביתי יורש אותי", ומי שאין מניח בן הקב"ה מלא עליו עברה.

Et il vint encore avec une [autre] objection : 'Et Abram dit : voici, à moi Tu n'as pas donné de descendance', car il est rapporté dans la Guemara : 'celui qui ne laisse pas de fils pour hériter de lui, le Saint, béni soit-Il, est rempli de courroux contre lui' (Baba Batra 116a). Et Abram dit : même l'argent que Tu m'as donné, ce n'est pas là un don pour le bien, en guise de récompense, puisque je n'ai pas de descendance et que 'le fils de ma maison héritera de moi' ; et celui qui ne laisse pas de fils, le Saint, béni soit-Il, est rempli de courroux contre lui.

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