Dans l'anthologie du Mei HaChiloa'h, le Sod Yécharim rapporte de son aïeul une explication de la tour à partir du Zohar, qui ouvre cette section par le verset sur la construction du Temple : les bâtisseurs voulaient unir tous les hommes d'un seul cœur pour que la volonté divine réside auprès d'eux, mais par contrainte. Israël, au Temple, ne regarde que la volonté simple de D.ieu, en un lieu plus élevé que tout le monde ; eux bâtissent dans une vallée, au pays de Chinear, le plus bas. D.ieu leur montre que l'unité des cœurs dépend de Sa volonté : celle qu'ils font par contrainte est une séparation complète, et ils sont dispersés.
Aussi : le Temple est bâti de pierre entière, car même l'inerte aide à la construction, la volonté étant complète ; les bâtisseurs de la tour voulaient échapper à l'anéantissement des morts du déluge.
וַיֹּאמְרוּ הָבָה נִבְנֶה לָּנוּ עִיר וּמִגְדָּל וְרֹאשׁוֹ בַשָּׁמַיִם וְנַעֲשֶׂה לָּנוּ שֵׁם. עִנְיַן הַמִּגְדָּל הָיָה כְּמוֹ שֶׁבֵּאֵר אאזמו"ר הַגה"ק זצללה"ה עַל זֶה שֶׁעָשָׂה הַזוה"ק (נח ע"ד.) פְּתִיחָה לְפָרָשַׁת הַמִּגְדָּל מֵהַפָּסוּק "וְהַבַּיִת בְּהִבָּנֹתוֹ אֶבֶן שְׁלֵמָה מַסָּע נִבְנָה" וְכוּ', הַנֶּאֱמַר גַּבֵּי בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, לִרְמֹז בְּזֹאת הַפְּתִיחָה שֶׁכַּוָּנָתָם בְּבִנְיַן הַמִּגְדָּל הָיָה מַמָּשׁ לְעֻמַּת בִּנְיַן הַמִּקְדָּשׁ, כִּי כַּוָּנַת בִּנְיַן הַמִּקְדָּשׁ הוּא כְּדֵי שֶׁיִּתְאַחֲדוּ שָׁם כָּל יִשְׂרָאֵל בְּיַחַד כְּאִישׁ אֶחָד וּבְלֵב אֶחָד וְעַל יְדֵי זֶה יִהְיֶה שׁוֹכֵן אֶצְלָם רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ בְּהִתְגַּלּוּת מְפֹרָשׁ לְעֵינֵי כֹל.
כָּךְ הָיָה כַּוָּנַת דּוֹר הַפַּלָּגָה נַמֵּי לַעֲשׂוֹת עִיר וּמִגְדָּל, כְּדֵי שֶׁיִּתְאַסְּפוּ שָׁם יַחַד וְיִתְאַחֲדוּ כֻּלָּם כְּאֶחָד בְּלֵב אֶחָד, וְעַל יְדֵי זֶה הָאַחְדוּת יִהְיֶה מֻכְרָח רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ לִשְׁכֹּן אֶצְלָם. כִּי זֶה הָיוּ יוֹדְעִים שַׁפִּיר שֶׁכָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ אַחְדוּת בִּשְׁלֵמוּת שָׁם נִמְשָׁךְ רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ.
וְזֶהוּ דְּאִיתָא (שם) בַּזוה"ק תָּא חֲזֵי בְּגִין זְעֵירֵי דְּחָכְמְתָא דְּאַשְׁכָּחוּ אִלֵּין מֵהַהִיא חָכְמְתָא דְּקַדְמָאֵי אִתְגָּרוּ בֵּיהּ בְּקֻדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא וּבְנוֹ מִגְדָּל וַעֲבַדוּ כָּל מַה דַּעֲבַדוּ וְכוּ' הַיְנוּ מִשּׁוּם שֶׁהָיוּ יוֹדְעִים שֶׁיִּהְיֶה גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל מָקוֹם כָּזֶה שֶׁיִּתְאַחֲדוּ יַחַד בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, לָכֵן הָיוּ הֵמָּה רוֹצִים לְהַקְדִּים אֶת עַצְמָם וְלַחְטֹף אֶת רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ בְּיָד חֲזָקָה וְלִמְשֹׁךְ אוֹתוֹ שֶׁיִּשְׁכֹּן אֶצְלָם בְּהֶכְרֵחַ, וְכִדְאִיתָא בַּזוה"ק (שם) עִיר וּמִגְדָּל דָּא חָכְמְתָא עִלָּאָה דְּהָא הֲווֹ יָדְעֵי דִּשְׁמָא קַדִּישָׁא לָא אִתְתַּקַּף בְּאַרְעָא אֶלָּא בְּעִיר וּמִגְדָּל עִיר דִּכְתִיב "עִיר דָּוִד הִיא צִיּוֹן" וְגוֹ' מִגְדָּל דִּכְתִיב "כְּמִגְדַּל דָּוִיד צַוָּארֵךְ" וּבְחָכְמְתָא עָבְדֵי לְמֶהֱוֵי שֻׁלְטָנָא דְּסִטְרָא אָחֳרָא בְּאַרְעָא וּלְדַחְיֵיהּ אֲדוֹן כָּל הָאָרֶץ מֵאַתְרֵיהּ וְכוּ', הַיְנוּ שֶׁהָיוּ רוֹצִים שֶׁזֶּה הָרָצוֹן שֶׁיִּהְיֶה שׁוֹכֵן בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ יִהְיֶה שׁוֹכֵן אֶצְלָם בְּהֶכְרֵחַ. אָמְנָם הַחִלּוּק הוּא שֶׁגַּבֵּי יִשְׂרָאֵל בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה מְקוֹם הַמִּקְדָּשׁ גָּבוֹהַּ מִכָּל הָעוֹלָם, כִּדְאִיתָא בַּגְּמָרָא (מנחות) "וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ" וְגוֹ' מְלַמֵּד שֶׁאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל גָּבוֹהַּ מִכָּל הָאֲרָצוֹת וְכוּ' וְהַר הַבַּיִת גָּבוֹהַּ מִכָּל הָעוֹלָם וְזֶה מוֹרֶה שֶׁיִּשְׂרָאֵל מִסְתַּכְּלִין תָּמִיד רַק לִרְצוֹנוֹ הַפָּשׁוּט יִתְבָּרַךְ וְאֵינָם רוֹצִים בְּשׁוּם הֶכְרֵחַ ח"ו כְּלָל, אֲבָל הָעִיר וְהַמִּגְדָּל הָיוּ בּוֹנִים בְּבִקְעָה בְּמָקוֹם שֶׁהוּא נָמוּךְ מִכָּל הָעוֹלָם וּבְאֶרֶץ שִׁנְעָר שֶׁהוּא נָמוּךְ מִכָּל הָאֲרָצוֹת וְכִדְאִיתָא בַּגְּמָרָא אֶרֶץ שִׁנְעָר שֶׁנִּנְעֲרוּ שָׁם מֵתֵי מַבּוּל, כִּי כָל כַּוָּנָתָם הָיָה בְּזֶה הַבִּנְיָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַגִּיעַ לָהֶם כִּלָּיוֹן כְּמוֹ בְּמֵתֵי מַבּוּל, לָזֶה הָיוּ בּוֹנִים בְּמָקוֹם שֶׁנִּנְעֲרוּ שָׁם מֵתֵי מַבּוּל, כִּי כָּל חֶפְצָם הָיָה לִקַּח אֶת רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ בְּיָד חֲזָקָה שֶׁיִּהְיֶה שׁוֹכֵן אֶצְלָם לְמַעַן יִהְיֶה לָהֶם קִיּוּם הֲוָיָה בְּהֶכְרֵחַ בְּחֻצְפָּא כְּלַפֵּי שְׁמַיָּא, וְלָכֵן הֶרְאָה לָהֶם הַשי"ת הֲגַם שֶׁאֱמֶת וְיַצִּיב הַדָּבָר שֶׁבְּמָקוֹם שֶׁהַבְּרוּאִים מִתְאַחֲדִים בְּיַחַד בְּלֵב אֶחָד שׁוֹכֵן בֵּינֵיהֶם רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ, אֲבָל זֹאת הָאַחְדוּת וְהַחִבּוּר בְּיַחַד תָּלוּי נַמֵּי בִּרְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ בְּמָקוֹם שֶׁחָפֵץ הַשי"ת לִשְׁכֹּן שָׁם הוּא מְאַחֵד אֶת הַלְּבָבוֹת וְשׁוֹכֵן בֵּינֵיהֶם אֲבָל אֵין זֹאת בְּיַד אָדָם לְאַחֵד אֶת הַלְּבָבוֹת מֵהַבְּרוּאִים, כִּי בִּרְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ אֵין שׁוּם הֶכְרֵחַ ח"ו, לָכֵן הָאַחְדוּת שֶׁהֵם הָיוּ עוֹשִׂים נֶגֶד רְצוֹנוֹ יִתְבָּרַךְ וּבְהֶכְרֵחַ הָיוּ מִתְאַסְּפִין בְּיַחַד, אַחְדוּת כָּזֹאת הוּא בֶּאֱמֶת פֵּרוּד גָּמוּר, לְכָךְ נֶאֱמַר "וַיָּפֶץ ה' אֹתָם מִשָּׁם עַל פְּנֵי כָל הָאָרֶץ", הַיְנוּ שֶׁהָיָה מַרְאֶה לָהֶם בָּזֶה שֶׁהֵם בְּפֵרוּד גָּמוּר, אֲבָל בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה כְּדִכְתִיב "אֶבֶן שְׁלֵמָה מַסָּע נִבְנָה", הַיְנוּ שֶׁאַף הַדּוֹמֵם הָיָה מְסַיֵּעַ לְאוֹתוֹ הַבִּנְיָן כִּי הָיָה רָצוֹן גָּמוּר.(סוד ישרים ראש השנה ס')
"Et ils dirent : allons, bâtissons-nous une ville et une tour, et son sommet dans les cieux, et faisons-nous un nom." (Genèse 11,4). Le sujet de la tour était comme l'a expliqué אאזמו"ר (adoni avi zekeni mori verabbi : mon seigneur, mon père, mon aïeul, mon maître et mon rabbin) הגה"ק (hagaon hakadoch : le saint Gaon) זצללה"ה (zekher tsadik livrakha lehaye haolam haba : que le souvenir du juste soit pour bénédiction, pour la vie du monde à venir) sur ceci : que le זוה"ק (Zohar hakadoch : le saint Zohar) (Noa'h 74à) à fait une ouverture (petiha) à la section de la tour depuis le verset "Et la Maison, dans sa construction, pierre entière extraite de la carrière fut bâtie" etc.
(1 Rois 6,7), dit auprès de la construction du Temple (Beit haMikdach), pour faire allusion, par cette ouverture, que leur intention dans la construction de la tour était exactement en regard de la construction du Temple. Car l'intention de la construction du Temple est afin que s'unissent la tous Israël ensemble comme un seul homme et d'un seul cœur, et que par cela réside auprès d'eux Sa volonté, qu'Il soit béni, en une révélation explicite aux yeux de tous.
Ainsi était aussi l'intention de la génération de la dispersion (dor hapalaga) de faire une ville et une tour, afin qu'ils s'assemblent la ensemble et que tous s'unissent comme un, d'un seul cœur, et que par cette unité Sa volonté, qu'Il soit béni, soit contrainte de résider auprès d'eux. Car ceci, ils le savaient bien : que tout lieu où il y a une unité en plénitude, la est attirée Sa volonté, qu'Il soit béni.
Et c'est ce qui est rapporté (la) dans le Zohar hakadoch : "Viens et vois : à cause du peu de sagesse que ceux-ci trouvèrent de cette sagesse des anciens, ils se sont dressés contre le Saint, béni soit-Il, et ont bâti une tour, et ont fait tout ce qu'ils ont fait, etc." C'est-à-dire : parce qu'ils savaient qu'il y aurait auprès d'Israël un tel lieu où ils s'uniraient ensemble dans le Temple, c'est pourquoi eux voulaient se précéder et arracher Sa volonté, qu'Il soit béni, d'une main forte, et L'attirer afin qu'Il réside auprès d'eux par contrainte. Et comme il est rapporté dans le Zohar hakadoch (la) : "Ville et tour : ceci est la sagesse supérieure ('hokhma ilaah), car ils savaient que le Nom saint ne se fortifie pas sur la terre sinon par une ville et une tour.
Ville, ainsi qu'il est écrit : 'la ville de David, c'est Tsion' etc. (2 Chroniques 5,2).
Tour, ainsi qu'il est écrit : 'comme la tour de David est ton cou' (Cantique 4,4). Et par la sagesse ils firent pour que soit la souveraineté du sitra ahara (l'autre côté) sur la terre, et pour pousser le Maître de toute la terre hors de Son lieu, etc." C'est-à-dire qu'ils voulaient que cette volonté qui résiderait dans le Temple réside auprès d'eux par contrainte.
Toutefois la différence est que, auprès d'Israël dans le Temple, le lieu du Temple était plus élevé que tout le monde, comme il est rapporté dans la Guemara (Menahot) : "Et tu te lèveras et tu monteras" etc. (Deutéronome 17,8) ; cela enseigne que le pays d'Israël est plus élevé que tous les pays, etc., et que le mont du Temple (Har haBayit) est plus élevé que tout le monde.
Et ceci enseigné qu'Israël regardent toujours seulement vers Sa volonté simple (ratson pashut), qu'Il soit béni, et qu'ils ne veulent aucune contrainte, ח"ו (has vechalila : à D.ieu ne plaise), du tout. Mais la ville et la tour, ils les bâtissaient dans une vallée, en un lieu plus bas que tout le monde, et dans le pays de Chinear, qui est plus bas que tous les pays, et comme il est rapporté dans la Guemara : pays de Chinear, où furent secoués (nin'aru) les morts du déluge.
Car toute leur intention, dans cette construction, était afin qu'il ne leur arrive pas d'anéantissement comme aux morts du déluge ; pour cela ils bâtissaient au lieu où furent secoués les morts du déluge. Car tout leur désir était de prendre Sa volonté, qu'Il soit béni, d'une main forte, afin qu'elle réside auprès d'eux, pour qu'ils aient une existence (kiyoum havayah) par contrainte, avec houtspa (audace) envers le Ciel.
Et c'est pourquoi השי"ת (Hachem yitbarakh : Hachem, qu'Il soit béni) leur montra : bien que la chose soit vraie et ferme, qu'au lieu où les créatures s'unissent ensemble d'un seul cœur, Sa volonté, qu'Il soit béni, réside entre elles, mais cette unité et cette jonction ensemble dépendent aussi de Sa volonté, qu'Il soit béni : au lieu où השי"ת désire résider, Il unit les cœurs et réside entre eux ; mais cela n'est pas en la main de l'homme d'unir les cœurs des créatures, car dans Sa volonté, qu'Il soit béni, il n'y a aucune contrainte, has vechalila. C'est pourquoi l'unité qu'ils faisaient contre Sa volonté, qu'Il soit béni, et par contrainte ils s'assemblaient ensemble : une telle unité est en vérité une séparation complète.
C'est pourquoi il est dit : "Et ה' les dispersa de la sur la face de toute la terre" (Genèse 11,8), c'est-à-dire qu'Il leur montrait par cela qu'ils sont en une séparation complète. Mais la construction du Temple était comme il est écrit : "pierre entière, extraite de la carrière, elle fut bâtie" (1 Rois 6,7), c'est-à-dire que même l'inerte (domem) aidait à cette construction, car c'était une volonté complète.
(Sod Yesharim, Roch Hachana 60)