Le Mei HaChiloa'h explique pourquoi Avraham, qui accomplit toutes les mitsvot avant d'en recevoir l'ordre, attend l'ordre pour la circoncision. Les mitsvot gardent l'homme sur la voie médiane. La circoncision est un tikoun (rectification) de la création de D.ieu, où l'homme est créé avec un manque ; la faire de son propre chef ressemblerait à dire : « Comme est laid cet objet que Tu as fait ! » D.ieu lui montre la naissance de Yichmael, dont les actes ne sont pas bons ; Avraham comprend que le manque est placé pour que l'homme le rectifie, et D.ieu lui donne alors la mitsva par une parole explicite.
Aussi : « Ne crains pas, Avram » : Avraham a très peur après avoir tué les rois, et D.ieu lui montre que leur vie n'est rien devant celle d'Israël, venue d'une source supérieure ; la richesse d'Avram est une charge pour lui.
וְאַבְרָם כָּבֵד מְאֹד. לְשׁוֹן כְּבֵידוּת כִּי הָיָה לוֹ לְטִרְחָא כְּמוֹ שֶׁאוֹמֵר לָמָּה לִי רוֹב עֹשֶׁר כָּזֶה, [וְזֶה שֶׁאָמַר לוֹ הַשי"ת אַחֲרֵי הִפָּרֵד לוֹט מֵעִמּוֹ קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ כִּי לְךָ אֶתְּנֶנָּה שֶׁיִּתֵּן לוֹ מָקוֹם בִּקְדֻשָּׁה לְהִתְפַּשֵּׁט לְהַרְאוֹת שֶׁמִּכָּל קִנְיָנָיו יִהְיֶה כְּבוֹד שָׁמַיִם].
"Et Avram était très lourd." C'est un langage de lourdeur, car cette richesse était pour lui une charge, comme s'il disait : "Pourquoi me faut-il une telle abondance de richesses ?" [Et c'est ce que Hachem lui dit, après que Lot se fut séparé de lui : "Lève-toi, parcours le pays en sa longueur et en sa largeur, car Je te le donnerai" (Genèse 13,17), afin de lui donner un lieu, dans la sainteté, où s'étendre, et de montrer que de tous ses biens résulterait la gloire du Ciel.]
אַל תִּירָא אַבְרָם. אִיתָא בַּמִּדְרָשׁ (רבה וישלח פע"ו,ס"א) אֵינוֹ אוֹמֵר אַל תִּירָא אֶלָּא לְמִי שֶׁנִּתְיָרֵא, כִּי כַּאֲשֶׁר הָרַג אַבְרָהָם אֶת הַמְּלָכִים פָּחַד מְאֹד, כִּי מַה שֶּׁאָדָם מַצְלִיחַ יוֹתֵר מֵחֲבֵרוֹ הוּא מֵחֲמַת שֶׁיֵּשׁ בְּקִרְבּוֹ יוֹתֵר עֲבוֹדָה וּמַעֲשִׂים טוֹבִים, אֲבָל אִם חַיֵּי חֲבֵרוֹ יְבֻטְּלוּ עֲבוּרוֹ מִזֶּה יֵשׁ לְאָדָם פַּחַד עָצוּם שֶׁהֲרֵי הַשי"ת בָּרָא גַּם אוֹתוֹ וְנָתַן לוֹ הֲוָיָה וְכָל זְמַן שֶׁהוּא קַיָּם וַדַּאי יֵשׁ לוֹ לְהַשי"ת אֵיזֶה צֹרֶךְ בּוֹ, וּמִזֶּה פָּחַד מְאֹד, עַד שֶׁאָמַר לוֹ הַשי"ת אַל תִּירָא, כִּי בֶּאֱמֶת חַיֵּיהֶם אַיִן וָאֶפֶס נֶגֶד חַיֵּי יִשְׂרָאֵל כִּי מַחְצָבָם מִמָּקוֹר עֶלְיוֹן, וְזֶה נִקְרָא כְּרִיתַת בְּרִית עִמּוֹ שֶׁהֶרְאָה לוֹ מַחְצָבוֹ.
"Ne crains pas, Avram" (Genèse 15,1). Il est rapporté dans le Midrach (Bereshit Rabba, section Vayishlah 76,1) : "Il ne dit 'Ne crains pas' qu'à celui qui a eu peur." Car, lorsqu'Avraham tua les rois, il eut très peur.
Car, si un homme réussit davantage que son prochain, c'est parce qu'il a en lui davantage de service du Nom et de bonnes actions. Mais si la vie de son prochain est annulée à son profit, l'homme en ressent une crainte immense, car Hachem l'a aussi créé et lui a donné l'existence.
Tant qu'il existe, Hachem à certainement quelque besoin de lui. C'est de cela qu'il eut très peur, jusqu'à ce que Hachem lui dise : "Ne crains pas." Car, en vérité, leurs vies ne sont que néant et rien devant la vie d'Israël, car leur origine est tirée d'une source supérieure.
C'est cela qui s'appelle conclure une alliance avec lui : Hachem lui montra son origine.
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל אַבְרָהָם וְאַתָּה אֶת בְּרִיתִי תִשְׁמֹר אַתָּה וְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ לְדֹרֹתָם. הָעִנְיָן שֶׁלֹּא קִיֵּם אַבְרָהָם מִצְוַת מִילָה קוֹדֶם שֶׁנִּצְטַוָּה כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בַּגְּמָרָא (יומא כ"ח:) קִיֵּם אַבְרָהָם אָבִינוּ אֲפִילּוּ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין, אָכֵן כָּל הַמִּצְוֹת הֵמָּה שְׁמִירָה לָאָדָם שֶׁיֵּלֵךְ כְּפִי אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים אֶת הָאָדָם יָשָׁר וְלֹא יִטֶּה לְצַד אֶחָד רַק יֵלֵךְ בְּדֶרֶךְ הַמְמֻצָּע, כִּי בְּאִם יִהְיֶה מְשֻׁקָּע בְּדָבָר אֶחָד אֲזַי יְשַׁנֶּה אֶת דֶּרֶךְ הַיָּשָׁר וְיָסוּר מִמֶּנּוּ, לָכֵן קִיֵּם אַבְרָהָם אָבִינוּ כָּל הַמִּצְוֹת קוֹדֶם שֶׁנִּצְטַוָּה עֲלֵיהֶם, אֲבָל מִצְוַת מִילָה הוּא שֶׁהָאָדָם יְתַקֵּן בְּרִיאַת הַשי"ת שֶׁנִּבְרָא בְּחֶסְרוֹן, לָכֵן קוֹדֶם שֶׁנִּצְטַוָּה לֹא הָיָה יָכוֹל מִצִּדּוֹ לְשַׁנּוֹת וּלְתַקֵּן בְּרִיאַת הַשי"ת כִּי הָיָה דּוֹמֶה חָלִילָה כְּאוֹמֵר כַּמָּה מְכֹעָר כְּלִי זֶה שֶׁעָשִׂיתָ, לָכֵן הֶרְאָה לוֹ הַשי"ת לֵידַת יִשְׁמָעֵאל כִּי גַּם בְּלֵידָתוֹ קִיֵּם רְצוֹן הַשי"ת, כִּי אֵצֶל אַבְרָהָם אָבִינוּ לֹא הָיָה שׁוּם דָּבָר רְשׁוּת, רַק כָּל פְּעֻלּוֹתָיו עָשָׂה כִּרְצוֹן הַשי"ת, וְאַחַר כָּךְ רָאָה שֶׁמַּעֲשֵׂי יִשְׁמָעֵאל אֵינָם טוֹבִים וּמִזֶּה הֵבִין שֶׁבִּמְכֻוָּן הִצִּיב הַשי"ת חֶסְרוֹן שֶׁהָאָדָם יְתַקְּנוֹ וְיִהְיֶה נִקְרָא עַל שֵׁם הָאָדָם, וּמִזֶּה הֵבִין שֶׁנִּמְצָא מָקוֹם לְמִצְוַת מִילָה, וְזֶה לֹא רָאָה עַד שֶׁיִּשְׁמָעֵאל הָיָה גָּדוֹל בֶּן י"ג שָׁנָה, וְתֵיכֶף כְּשֶׁהֵבִין שֶׁיֵּשׁ מָקוֹם לְמִצְוַת מִילָה הֵאִיר לוֹ הַשי"ת וְנָתַן לוֹ הַמִּצְוָה תֵּכֶף בְּמַאֲמָר מְפֹרָשׁ, שֶׁכֵּן רְצוֹנוֹ שֶׁיִּתְרָאֶה פְּעוּלּוֹת אָדָם וִיגִיעַ כַּפָּיו יֹאכֵל.
"É-lokim dit à Avraham : 'Et toi, tu garderas Mon alliance, toi et ta descendance après toi, dans leurs générations'" (Genèse 17,9). Le fait qu'Avraham n'ait pas accompli la mitsva (commandement) de la circoncision avant d'en avoir reçu l'ordre, comme nous le trouvons dans la Guemara (Yoma 28b) : "Avraham notre père accomplit même l'erouv tavchilin (association rituelle de mets cuits)", s'explique ainsi.
Toutes les mitsvot sont une garde pour l'homme, afin qu'il marche comme É-lokim a fait l'homme droit (Qohelet 7,29), et qu'il ne penche pas d'un côté, mais marche dans la voie médiane. Car, s'il est absorbé dans une seule chose, il changera la voie droite et s'en écartera.
C'est pourquoi Avraham notre père accomplit toutes les mitsvot avant d'en avoir reçu l'ordre. Mais la mitsva de la circoncision consiste en ce que l'homme fasse un tikoun (rectification) de la création du Nom, lui qui fut créé avec un manque.
Aussi, avant d'en avoir reçu l'ordre, ne pouvait-il pas, de son propre chef, changer et rectifier la création du Nom; car cela aurait ressemble, à D.ieu ne plaise, à quelqu'un qui dirait : "Comme est laid cet objet que Tu as fait !" C'est pourquoi Hachem lui montra la naissance de Yichmael : que, dans cette naissance aussi, Avraham avait accompli la volonté du Nom. Car chez Avraham notre père, aucune chose n'était facultative; toutes ses actions, il les accomplissait selon la volonté du Nom.
Après cela, il vit que les actes de Yichmael n'étaient pas bons; il comprit alors que Hachem avait intentionnellement place un manque, afin que l'homme le rectifie et qu'il soit appelé du nom de l'homme. Il comprit par cela qu'il y avait place pour la mitsva de la circoncision.
Il ne vit pas cela avant que Yichmael ne fut devenu grand, âge de treize ans. Et aussitôt qu'il comprit qu'il y avait place pour la mitsva de la circoncision, Hachem l'éclaira et lui donna aussitôt la mitsva, par une parole explicite, car telle est Sa volonté : que les actes de l'homme apparaissent et qu'il mange le labeur de ses mains (Psaumes 128,2).