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Mei HaShiloach — Tome I - Bamidbar - Beha'alotcha

Rabbi Mordechai Yosef Leiner d Izbica
En bref

« Quand tu feras monter les lampes, c'est vers la face du candélabre qu'éclaireront les sept lampes » (Bamidbar 8,2) : pourquoi « les sept lampes » et non six, puisque toutes étaient inclinées vers la lampe centrale ? Le Mei HaChiloa'h explique que, même là où l'intention de l'homme est pour le Ciel, il doit comprendre et discerner comment agir et quelle est la volonté de D.ieu. La septième lampe correspond à l'intention pour le Ciel, qu'il faut elle aussi incliner vers la Che'hina. À la fin de la sidra, une faute fut inscrite sur Moché, Aharon et Miriam : il fut convenu dans leur pensée qu'elle le serait, afin que s'accomplisse la volonté de D.ieu.

Aussi : Aharon accomplissait la mitsva comme une chose nouvelle, sans routine ; la barrière que l'homme se fait à lui-même tient bon à l'heure de l'épreuve ; le nazir laisse croître ses cheveux, les Lévites les rasent.

וַיְדַבֵּר ה' אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר דַּבֵּר אֶל אַהֲרֹן וְאָמַרְתָּ אֵלָיו בְּהַעֲלֹתְךָ אֶת הַנֵּרֹת אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת. וְהִנֵּה מַה שֶּׁנִּכְתַּב שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת וְלֹא שֵׁשֶׁת הַנֵּרוֹת, כִּי כָל הַנֵּרוֹת הָיוּ מְצַדְּדִים כְּלַפֵּי נֵר הָאֶמְצָעִי, אַךְ הָעִנְיָן בָּזֶה כִּי אַף בְּמָקוֹם שֶׁכַּוָּנַת הָאָדָם לְשֵׁם שָׁמַיִם צָרִיךְ לְהָבִין וּלְהַשְׂכִּיל אֵיךְ יַעֲשֶׂה וְאֵיךְ הוּא רְצוֹן הַש"י, וְזֶה שֶּׁכָּתוּב שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת, כִּי נֵר הַשְּׁבִיעִי הוּא נֶגֶד כַּוָּנָה לְשֵׁם שָׁמַיִם, וְגַם זֹאת צָרִיךְ לְהַטּוֹת כְּלַפֵּי שְׁכִינָה הַיְינוּ שֶׁיָּבִין עוֹמֶק רְצוֹן הַש"י לְהֵיכָן הוּא נוֹטֶה, וְזֶה נִתְבָּאֵר בְּסוֹף הַסִּדְרָה שֶׁנִּרְשַׁם חֵטְא עַל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם.

וְזֶה רוֹמֵז (קהלת י',א') "יָקָר מֵחָכְמָה מִכָּבוֹד סִכְלוּת מְעָט", הַיְינוּ שֶׁהוּסְכַּם בְּדַעְתָּם שֶׁיֵּרָשֵׁם חֵטְא עֲלֵיהֶם בִּכְדֵי שֶׁיִּשְׁלַם רְצוֹן הַש"י , כִּי בְּזֶה הַסִּדְרָה יָצָא לַפֹּעַל מַדְרֵגוֹת מרבע"ה כְּמוֹ שֶׁיִּתְבָּאֵר בְּפָסוּק "פֶּה אֶל פֶּה", וְהוּסְכַּם דַּעַת מִרְיָם וְאַהֲרֹן שֶׁיֵּרָשֵׁם עֲלֵיהֶם חֵטְא בִּכְדֵי שֶׁיֵּצֵא לָאוֹר שֶׁיּוּכַּר וְיוּבַן מַדְרֵגוֹת משרבע"ה, וְזֶה פֵּירוּשׁ וְטַהֵר לִבֵּנוּ לְעָבְדְּךָ בֶּאֱמֶת, כִּי אַף שֶׁנֶּאֱמַר לְעָבְדְּךָ וּבְאִם אֵינוֹ אֱמֶת לֹא נִקְרָא עֲבוֹדַת ה', אַךְ כִּי גַּם בַּעֲבוֹדַת ה' יִמָּצֵא עוֹמֶק עָמוֹק יוֹתֵר מֵהַשָּׂגַת הָאָדָם בְּדַעְתּוֹ שֶׁיַּשִּׂיג בְּכַוָּנָה לְשֵׁם שָׁמַיִם, כִּי נִמְצָא לִפְעָמִים סִכְלוּת מְעָט שֶׁיָּקָר מֵחָכְמָה וּמִכָּבוֹד, אַךְ נֶאֱמַר "סִכְלוּת מְעָט" שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לִרְאוֹת לְמַעֵט שֶׁלֹּא יֵצֵא לַפֹּעַל רַק דָּבָר מוּעָט מֵחֶסְרוֹנוֹ.

"ה' parla à Moché en disant: parle à Aharon et dis-lui: quand tu feras monter les lampes, c'est vers la face du candélabre qu'éclaireront les sept lampes" (Nombres 8,1-2). Or, voici: pourquoi est-il écrit "les sept lampes" et non "les six lampes", puisque toutes les lampes étaient inclinées vers la lampe centrale?

Mais le sujet en ceci est que, même la où l'intention de l'homme est pour le Ciel, il lui faut comprendre et discerner comment il agira et quelle est la volonté de ה' (הש"י, Hachem Yitbarakh, Hachem béni soit-Il). Et c'est ce qui est écrit "les sept lampes": car la septième lampe correspond à l'intention pour le Ciel, et celle-là aussi il faut l'incliner vers la Chekhina (la Présence divine), c'est-à-dire que l'homme comprenne la profondeur de la volonté du Nom béni soit-Il, vers où elle penche.

Cela est expliqué à la fin de la sidra, où une faute fut inscrite sur Moché, sur Aharon et sur Miriam. Et c'est ce à quoi il est fait allusion (Ecclésiaste 10,1): "plus précieux que la sagesse et que l'honneur est un peu de sottise", c'est-à-dire qu'il fut convenu dans leur pensée qu'une faute serait inscrite sur eux afin que s'accomplisse la volonté du Nom béni soit-Il.

Car c'est dans cette sidra que sortirent à l'acte les degrés de Moché Rabbenu (מרבע"ה, Moché Rabbenou alav hachalom, notre maître Moché, que la paix soit sur lui), comme il sera expliqué sur le verset "bouche à bouche"; et il fut convenu dans la pensée de Miriam et d'Aharon qu'une faute serait inscrite sur eux afin que vienne à la lumière, que soient reconnus et compris les degrés de Moché notre maître. Et c'est la l'explication de "purifie notre cœur pour Te servir en vérité": car bien qu'il soit dit "pour Te servir" - et si ce n'est pas en vérité cela ne s'appelle pas service de ה' -, il reste que même dans le service de ה' se trouve une profondeur plus profonde que ce que l'homme peut saisir par son propre entendement lorsqu'il vise l'intention pour le Ciel; car il se trouve parfois "un peu de sottise" qui est plus précieux que la sagesse et que l'honneur.

Mais il est dit "un peu de sottise", car l'homme doit veiller à amoindrir, de sorte qu'il ne sorte à l'acte qu'une part minime de son manque.

וַיַּעַשׂ כֵּן אַהֲרֹן. פירש"י לְהַגִּיד שִׁבְחוֹ שֶׁל אַהֲרֹן שֶׁלֹּא שִׁינָּה, שִׁינָּה פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא הָיָה אֶצְלוֹ כִּדְבַר וְשׁוֹנֶה בָּהּ, שֶׁעָשָׂה כְּדַעַת הָאָדָם בְּהֶרְגֵּל, רַק תָּמִיד הָיָה עוֹשֶׂה אֶת הַמִּצְוָה כְּדָבָר חָדָשׁ שֶׁאָדָם עוֹשֶׂה בְּשִׂמְחָה וּבִזְרִיזוּת, וְזֶה שֶׁאָמַר בַּגְּמָרָא (ר"ה ט"ז:) חַיָּיב אָדָם לְטַהֵר אֶת עַצְמוֹ בָּרֶגֶל שֶׁנֶּאֱמַר "וּבְנִבְלָתָם לֹא תִגָּעוּ", כִּי נְבֵלָה מוֹרָה עַל דָּבָר שֶׁיָּצָא מֵאִתָּהּ הַחַיִּים וְכֵן הוּא הָעוֹשֶׂה מִצְוָה בְּלֹא שִׂמְחָה וּזְרִיזוּת, רַק כְּמִצְוַת אֲנָשִׁים מְלוּמָּדָה דּוֹמֶה שֶׁאֵין בָּהּ חַיִּים, וְלָכֵן בָּרֶגֶל לְפִי שֶׁהַש"י מַשְׁפִּיעַ חַיִּים לְיִשְׂרָאֵל צָרִיךְ הָאָדָם לְקַבֵּל הַחַיִּים בְּשִׂמְחָה.

"Et Aharon fit ainsi" (Nombres 8,3). Rachi explique: pour dire la louange d'Aharon, qu'il ne dévia pas (chelo chinna).

"Chinna" signifie que la chose n'était pas chez lui comme une matière que l'on répété et rabâche (chone bah), qu'il aurait accomplie selon l'esprit ordinaire de l'homme, par habitude; mais il accomplissait toujours la mitsva comme une chose nouvelle, que l'homme fait avec joie et empressement. Et c'est ce que dit la Guemara (Roch Hachana 16b): l'homme est tenu de se purifier pour la fête (reguel), ainsi qu'il est dit "et vous ne toucherez pas leurs cadavres" (Lévitique 11,8).

Car la nevela (la charogne) indique une chose dont la vie est sortie; et ainsi en est-il de celui qui accomplit une mitsva sans joie ni empressement, mais seulement "comme un commandement d'hommes appris par routine" (Isaie 29,13): elle a l'apparence d'une chose sans vie. C'est pourquoi, lors de la fête (reguel, qui évoque aussi hergel, l'habitude), puisque Hachem béni soit-Il fait affluer la vie sur Israël, l'homme doit recevoir cette vie avec joie.

וַיַּעַשׂ כֵּן אַהֲרֹן. לְהַגִּיד שִׁבְחוֹ שֶׁל אַהֲרֹן שֶׁלֹּא שִׁינָּה.

אִיתָא בְּלִיקּוּטֵי תּוֹרָה מֵהָאֲרִ"י ז"ל [פרשת בהעלותך] שֶׁעַל זֶה נֶאֱמַר "וַיַּעַשׂ כֵּן" לְפִי שֶׁהָיָה נִרְאֶה שֶׁשִּׁינָּה, מֵחֲמַת שֶׁבַּצִּוּוּי נֶאֱמַר "יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת", פֵּירוּשׁ שֶׁמֵּעַצְמוֹ יָאִירוּ וְלֹא שֶׁיַּעֲשֶׂה הוּא גְּמַר הַדְלָקָתָן, וְאַחַר כָּךְ נֶאֱמַר "הֶעֱלָה נֵרֹתֶיהָ" וּמַשְׁמַע שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה כָּל הַהַדְלָקָה וְעַל זֶה נֶאֱמַר "וַיַּעַשׂ כֵּן אַהֲרֹן". וְהָעִנְיָן בָּזֶה כִּי עֵסֶק הַכֹּהֵן הָיָה תָּמִיד לְזַכּוֹת וּלְבָרֵר אֶת מַעֲשֵׂה בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַמָּקוֹם וּלְתַקֵּן אֶת מַעֲשֵׂיהֶם שֶׁעָשׂוּ, אַף שֶׁהָיוּ נִרְאִים כְּאֵינָם מְהוּגָּנִים הָיָה אַהֲרֹן הַכֹּהֵן מַעֲלֶה אוֹתָם בִּקְדוּשָּׁתוֹ וּבִתְפִילָּתוֹ עַד שֶׁנַּעֲשׂוּ כְּזָכִיּוֹת וְזֶה הוּא דַּוְקָא אַחַר הַמַּעֲשֶׂה, אַךְ קוֹדֶם הַמַּעֲשֶׂה לֹא יִסְמוֹךְ הָאָדָם עַל זֶה רַק צָרִיךְ לְהִזָּהֵר עַד מְקוֹם שֶׁיָּדוֹ מַגַּעַת.

וְזֶהוּ בֵּיאוּר הַפָּסוּק "בְּהַעֲלוֹתְךָ אֶת הַנֵּרוֹת", כִּי אַף שֶׁהָיָה אַהֲרֹן מְתַקֵּן וּמַעֲלֶה אֶת מַעֲשֵׂה בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְהוּא מַשְׁפִּיעַ לָהֶם אוֹר, וְעכ"ז "אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה יָאִירוּ", הַיְינוּ שֶׁיַּזְהִיר אוֹתָם כִּי קוֹדֶם הַמַּעֲשֶׂה יִרְאוּ שֶׁיָּאִירוּ מֵעַצְמָם, הַיְינוּ שֶׁיַּעֲשׂוּ מַעֲשִׂים כְּשֵׁרִים וּמְבוֹרָרִים וְלֹא יִסְמְכוּ עַל זֶה שֶׁאַהֲרֹן מַעֲלֶה אוֹתָם, וְזֶה "וַיַּעַשׂ כֵּן אַהֲרֹן", כִּי קוֹדֶם רָאָה שֶׁהִזְהִיר שֶׁלֹּא יִסְמְכוּ עָלָיו שֶׁיְּתַקֵּן כָּל אֶחָד וְאֶחָד עַד מְקוֹם שֶׁיָּדוֹ מַגַּעַת, וְעַל מַעֲשִׂים הַנַּעֲשִׂים כְּבָר תִּקֵּן אַהֲרֹן אֶת הַכֹּל, וְזֶה "הֶעֱלָה נֵרֹתֶיהָ" הֶעֱלָה הוּא לְשׁוֹן עָבָר, וְזֶהוּ שֶׁלֹּא שִׁינָּה.

"Et Aharon fit ainsi": pour dire la louange d'Aharon, qu'il ne dévia pas. Il est rapporté dans le Likoutei Tora du Ari za"l (Rabbi Its'hak Louria, sa mémoire soit une bénédiction) [paracha Behaalotekha] que c'est à ce sujet qu'il est dit "et il fit ainsi", parce qu'il paraissait qu'il avait dévié.

Car dans l'ordre il est dit "les sept lampes éclaireront", ce qui signifie qu'elles eclaireraient d'elles-mêmes et que ce n'est pas lui qui accomplirait l'achèvement de leur allumage; et ensuite il est dit "il fit monter ses lampes", ce qui laisse entendre qu'il faisait tout l'allumage; et c'est sur cela qu'il est dit "et Aharon fit ainsi". Le sujet en ceci est que l'occupation du Cohen était constamment de rendre méritoires et de clarifier les actes des enfants d'Israël devant l'Omniprésent, et de réparer les actes qu'ils avaient accomplis: même s'ils paraissaient inconvenants, Aharon le Cohen les élevait par sa sainteté et par sa prière jusqu'à ce qu'ils devinssent des mérites.

Et cela vaut précisément après l'acte; mais avant l'acte, que l'homme ne s'appuie pas sur cela: il lui faut au contraire prendre garde jusqu'au point où sa main atteint. Et telle est l'explication du verset "quand tu feras monter les lampes": car bien qu'Aharon reparat et élevât les actes des enfants d'Israël et qu'il fasse affluer sur eux la lumière, malgré tout "vers la face du candélabre elles éclaireront", c'est-à-dire qu'il les avertirait que, avant l'acte, ils veillent à éclairer d'eux-mêmes, autrement dit qu'ils accomplissent des actes propres et clarifiés et ne s'appuient pas sur le fait qu'Aharon les élève.

Et c'est la "et Aharon fit ainsi": car auparavant il veilla à les avertir de ne pas s'appuyer sur lui, mais que chacun réparé jusqu'au point où sa main atteint; et sur les actes déjà accomplis, Aharon réparait tout. Et c'est "il fit monter ses lampes" - "il fit monter" est au passé; et c'est cela "qu'il ne dévia pas".

וְכֹה תַעֲשֶׂה לָהֶם לְטַהֲרָם הַזֵּה עֲלֵיהֶם מֵי חַטָּאת וְהֶעֱבִירוּ תַעַר עַל כָּל בְּשָׂרָם וְכִבְּסוּ בִגְדֵיהֶם וְהִטֶּהָרוּ. הַשְּׁלֹשָׁה דְּבָרִים הָאֵלֶּה הֵם נֶגֶד שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁהִזְהִירוּ חֲזַ"ל בְּמַסֶּכֶת אָבוֹת [פ"ג מ"א] "הִסְתַּכֵּל בִּשְׁלֹשָׁה דְבָרִים וְאֵין אַתָּה בָּא לִידֵי עֲבֵרָה, דַּע מֵאַיִן בָּאתָ, וּלְאָן אַתָּה הוֹלֵךְ, וְלִפְנֵי מִי אַתָּה עָתִיד לִיתֵּן דִּין וְחֶשְׁבּוֹן".

מֵאַיִן בָּאתָ הוּא נֶגֶד "וְהֶעֱבִירוּ תַעַר", כִּי שְׂעָרוֹת מוֹרֶה עַל כַּעַס (זוהר במדבר קנ"א:) וְהוּא נֶגֶד מֵאַיִן בָּאתָ, כִּי הָאָדָם כְּשֶׁיָּבִין מֵאַיִן בָּא לֹא יוּכַל לִכְעוֹס אַף עַל בְּרִיָּה קְטַנָּה כִּי יָבִין עֶרְכּוֹ. וְ"הַזֵּה עֲלֵיהֶם מֵי חַטָּאת" הוּא נֶגֶד לְאָן אַתָּה הוֹלֵךְ, שֶׁיִּהְיֶה לָאָדָם יִשּׁוּב הַדַּעַת בְּכָל דָּבָר שֶׁיַּעֲשֶׂה בְּאִם יִהְיֶה מֵהַמַּעֲשֶׂה הַזֶּה קִיּוּם וְחַיִּים נִצְחִיִּים אַף כְּשֶׁיֵּעָדֵר הַגּוּף, וְזֶהוּ מוֹרֶה הַזָּאוֹת מֵי חַטָּאת שֶׁכְּבָר נִשְׂרַף וְנַעֲשָׂה אֵפֶר.

"וְכִבְּסוּ בִגְדֵיהֶם" הוּא נֶגֶד לִפְנֵי מִי אַתָּה עָתִיד לִיתֵּן דִּין וְחֶשְׁבּוֹן, הַיְינוּ שֶׁהָאָדָם יְבָרֵר וִיצָרֵף מַעֲשָׂיו תָּמִיד שֶׁיִּהְיוּ מְזֻכָּכִים כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (קהלת ט',ח') "בְּכָל עֵת יִהְיוּ בְגָדֶיךָ לְבָנִים", [שֶׁגָּוֶון לָבָן הוּא רָחוֹק וּמֻשְׁלָל מִכָּל גָּוֶון הַנִּצְבָּע, כִּי הַרְבֵּה דְּבָרִים הֵם בְּגָוֶון לָבָן בְּלֹא שׁוּם פְּעוּלָּה רַק נִבְרְאוּ כָּךְ, כִּי הַגָּוֶון הַלָּבָן הוּא הֲכָנָה לִצְבּוֹעַ בְּהַדָּבָר כָּל הַגְּוָונִים, כֵּן יִהְיֶה הָאָדָם תָּמִיד מוּכָן וִיצַפֶּה לִישׁוּעַת הַשי"ת. תַּשְׁלוּם.].

"וְהִטֶּהָרוּ" מוֹרֶה שֶׁיַּעֲשׂוּ לְעַצְמָם גְּדָרִים וִיקַדְּשׁוּ עַצְמָם אַף בַּמֻּתָּר לָהֶם, שֶׁהַגָּדֵר שֶׁהָאָדָם עוֹשֶׂה לְעַצְמוֹ יוֹעִיל לוֹ לְהַצִּילוֹ מִכָּל דָּבָר רַע יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁאַזְהָרוֹת הָאִסּוּר מוֹעִיל, כִּדְאִיתָא בַּגְּמָרָא (נדרים ח'.) מִנַּיִן שֶׁנִּשְׁבָּעִין לְדָבָר מִצְוָה שֶׁנֶּאֱמַר "נִשְׁבַּעְתִּי וַאֲקַיֵּמָה" וְכוּ׳, וְהוּא שֶׁעוֹמֵד לוֹ אַף בִּשְׁעַת הַנִּסָּיוֹן כִּדְאִיתָא בַּגְּמָרָא (נדרים ל"ב:) בְּעִידָּנָא דְּיֵצֶר הָרָע לֵית מַאן דְּמַדְכַּר לְיֵצֶר טוֹב, כִּי אָז נִשְׁכָּח מֵאָדָם כָּל חוֹמֶר הָאִסּוּר שֶׁיֵּשׁ בְּהַמַּעֲשֶׂה כַּמְבוֹאָר עַל פָּסוּק "מַה בֶּצַע" [לעיל פ' וישב ד"ה ויאמר], אַךְ הַגָּדֵר שֶׁהָאָדָם עוֹשֶׂה לְעַצְמוֹ לֹא יִשָּׁכַח מִמֶּנּוּ וְיַעֲמוֹד לוֹ אַף בִּשְׁעַת הַנִּסָּיוֹן. כַּאֲשֶׁר סִיפֵּר רַב וְקָדוֹשׁ אֶחָד בְּעַצְמוֹ, שֶׁאֵרַע לוֹ נִסָּיוֹן וְנִסְתַּם מִמֶּנּוּ חוֹמֶר הָאִסּוּר שֶׁבַּדָּבָר הַזֶּה, אַךְ זֹאת זָכַר שֶׁעָשָׂה לְעַצְמוֹ גָּדֵר שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה דָּבָר שֶׁלֹּא יַגִּיעַ מִמֶּנָּה נַחַת רוּחַ לְהַש"י, וְאָמַר אֶל לִבּוֹ אַף שֶׁאֵין בְּכָאן אִסּוּר, מִכָּל מָקוֹם מַה נַּחַת רוּחַ יִהְיֶה לְהַש"י מֵהַמַּעֲשֶׂה הַזֶּה, וְתֵיכֶף שֶׁנָּתַן זֹאת אֶל לִבּוֹ זָכַר חוֹמֶר הָאִסּוּר שֶׁהָיָה בְּהַמַּעֲשֶׂה.

"Et voici ce que tu leur feras pour les purifier: asperge sur eux de l'eau lustrale (mei hatat, eau mêlée des cendres de la vache rousse), et qu'ils passent le rasoir sur toute leur chair, et qu'ils lavent leurs vêtements, et qu'ils se purifient" (Nombres 8,7). Ces trois choses correspondent aux trois choses dont nos maîtres, de mémoire bénie (חז"ל, Hazal, nos sages de mémoire bénie), ont averti dans le traité Avot [3,1]: "Considère trois choses et tu ne viendras pas à la faute: sache d'où tu es venu, où tu vas, et devant Qui tu es appelé à rendre compte et raison." "D'où tu es venu" correspond à "qu'ils passent le rasoir", car les cheveux indiquent la colère (Zohar Bamidbar 151b), et cela correspond à "d'où tu es venu": car l'homme, lorsqu'il comprend d'où il est venu, ne peut plus se mettre en colère, même contre la plus petite créature, car il comprend sa propre valeur.

Et "asperge sur eux de l'eau lustrale" correspond à "où tu vas": que l'homme ait la sérénité de l'esprit (yichouv hadaat) en toute chose qu'il fait, pour voir si de cet acte résultera une permanence et une vie éternelle, même lorsque le corps aura disparu; et c'est ce qu'indique l'aspersion des eaux lustrales, faites de ce qui a déjà été brûle et réduit en cendre. "Et qu'ils lavent leurs vêtements" correspond à "devant Qui tu es appelé à rendre compte et raison", c'est-à-dire que l'homme clarifié et affine constamment ses actes afin qu'ils soient limpides, comme il est écrit (Ecclésiaste 9,8): "qu'en tout temps tes vêtements soient blancs".

[Car la couleur blanche est éloignée et dépouillée de toute couleur teinte: beaucoup de choses sont de couleur blanche sans aucune opération, ayant été créées ainsi, car la couleur blanche est la disposition qui permet de teindre la chose de toutes les couleurs. Ainsi l'homme sera-t-il toujours prêt et dans l'attente du salut du Nom béni soit-Il.

Tachloum (complément à venir).] "Et qu'ils se purifient" indique qu'ils se feront à eux-mêmes des barrières (guedarim, cloisons préventives) et se sanctifieront même dans ce qui leur est permis; car la barrière que l'homme se fait à lui-même lui sera plus utile pour le sauver de toute chose mauvaise que ne le sont les avertissements de l'interdit, comme il est rapporté dans la Guemara (Nedarim 8à): d'où savons-nous que l'on prête serment d'accomplir une chose de mitsva? De ce qu'il est dit "j'ai juré et je tiendrai" (Psaumes 119,106), etc.

Et c'est cela qui tient bon pour lui même à l'heure de l'épreuve, comme il est rapporté dans la Guemara (Nedarim 32b): "à l'heure du penchant au mal, nul ne fait mention du bon penchant"; car alors l'homme oublié toute la gravité de l'interdit contenu dans l'acte, comme cela est expliqué sur le verset "quel profit" [ci-dessus, paracha Vayechev, s.v. Vayomer].

Mais la barrière que l'homme s'est faite à lui-même ne sera pas oubliée de lui et tiendra bon pour lui même à l'heure de l'épreuve. Ainsi que le raconta sur lui-même un maître saint: il lui advint une épreuve, et la gravité de l'interdit contenu dans cette chose lui fut occultée; mais il se souvint de ceci, qu'il s'était fait à lui-même une barrière de ne rien faire dont ne résulterait pas un contentement (nahat roua'h, satisfaction) pour Hachem béni soit-Il.

Il dit à son cœur: même s'il n'y a ici aucun interdit, quel contentement Hachem béni soit-Il aura-t-il de cet acte? Et aussitôt qu'il mit cela dans son cœur, il se souvint de la gravité de l'interdit qu'il y avait dans cet acte.

וְהֶעֱבִירוּ תַעַר עַל כָּל בְּשָׂרָם. עִנְיַן קְדֻשַּׁת הַלְוִיִּם שֶׁהָיָה בְּהַעֲבָרַת שֵׂעָר, וּבְנָזִיר כְּתִיב "גַּדֵּל פֶּרַע שְׂעַר רֹאשׁוֹ", כִּי שְׂעָרוֹת מוֹרֶה עַל כַּעַס כַּמְבוֹאָר בַּזוה"ק (במדבר קנ"א:) וְהַלְוִיִּם הָיוּ מְנוּקִים וּמְזֻכָּכִים מִתַּאֲוָה לָכֵן צְרִיכִים לְהַעֲבִיר הַשֵּׂעָר, וְנָזִיר הַיְינוּ שֶׁנִּכְנַס חֶסְרוֹנוֹ בְּמִדּוֹת הַתַּאֲוָה כַּמְבוֹאָר בַּגְּמָרָא (נדרים ט':) מַעֲשֶׂה בְּשִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, וְנֶגֶד תַּאֲוָה יֵשׁ עֵצָה שֶׁהָאָדָם יַכְנִיס עַצְמוֹ בְּכַעַס כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּגְּמָרָא [קידושין מ'.] "יִלְבַּשׁ שְׁחוֹרִים" הַיְינוּ מָרָה שְׁחוֹרָה וְהוּא גַּם כֵּן עִנְיַן כַּעַס, וְזֶה עֵצָה לְהִנָּצֵל מִתַּאֲוָה לִכְנוֹס עַצְמוֹ בְּכַעַס, וְזֶה שֶׁנִּצְטַוָּה לְגַדֵּל פֶּרַע כְּמוֹ שֶׁמְּבוֹאָר עַל פָּסוּק "וַיְשַׁלַּח אֶת הָעֹרֵב" [לעיל פ' נח].

"Et qu'ils passent le rasoir sur toute leur chair" (Nombres 8,7). Le sujet de la sainteté des Leviim tenait à l'enlèvement du poil, tandis qu'au sujet du nazir il est écrit "il laissera croître librement la chevelure de sa tête" (Nombres 6,5).

Car les cheveux indiquent la colère, comme il est expliqué dans le Zohar saint (זוה"ק, Zohar hakadoch, Bamidbar 151b); et les Leviim étaient nets et purifiés du désir, c'est pourquoi ils devaient enlever le poil. Le nazir, quant à lui, c'est que son manque est entre dans les mesures du désir, comme il est expliqué dans la Guemara (Nedarim 9b), dans l'épisode de Chimon le Juste.

Et contre le désir il existe un conseil: que l'homme se fasse entrer dans la colère, comme il est écrit dans la Guemara [Kidouchin 40a] "qu'il revête des habits noirs", c'est-à-dire la mélancolie (mara chehora, littéralement bile noire), qui relève elle aussi du thème de la colère; et c'est un conseil pour échapper au désir que d'entrer en colère. Et c'est pourquoi il fut ordonné au nazir de laisser croître sa chevelure, comme cela est expliqué sur le verset "et il envoya le corbeau" [ci-dessus, paracha Noa'h].

וַיְהִי בִּנְסוֹעַ הָאָרֹן וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה קוּמָה ה' כוּ׳. כִּי נְסִיעָה הוּא שֶׁהָאָדָם יוֹצֵא לַדֶּרֶךְ וְלֹא יוֹדֵעַ מַה יִּוָּלֵד לוֹ צָרִיךְ לְהַרְעִים וְלִצְעוֹק לַה', וְזֶה שֶׁקֹּדֶם כָּל נְסִיעָה הָיוּ תּוֹקְעִין תְּרוּעָה, כִּי תְּרוּעָה הַיְינוּ קוֹל רַעַם וְגַם בְּיוֹם טוֹב הָיוּ תּוֹקְעִים, כִּי בְּשִׁינּוּי הַזְּמַן צָרִיךְ הָאָדָם לִצְעוֹק לַה' שֶׁיִּשְׁמְרוֹ מִכָּל דָּבָר רַע שֶׁיָּבֹא נֶגְדּוֹ, וְעַתָּה שֶׁהִתְחִילוּ לִנְסוֹעַ לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְנָסַע הָאָרוֹן, קֹדֶם כְּתִיב "וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה קוּמָה ה'" הַיְינוּ שֶׁהִתְחִיל לְהִתְפַּלֵּל שֶׁיִּהְיֶה נְסִיעָה הַזּוֹ לְשָׁלוֹם מִכָּל פֶּגַע רַע בַּדֶּרֶךְ.

"Et il advint, quand l'arche partait, que Moché disait: lève-toi ה', etc." (Nombres 10,35). Car le départ en voyage (nessia), c'est que l'homme sort sur le chemin sans savoir ce qui va lui advenir: il lui faut alors gronder et crier vers ה'.

Et c'est pourquoi, avant chaque départ, on sonnait une terouah, car la terouah est une voix de tonnerre. Et lors des jours de fête aussi on sonnait, car dans le changement du temps l'homme doit crier vers ה' afin qu'Il le garde de toute chose mauvaise qui viendrait contre lui.

Et maintenant qu'ils commençaient à partir vers la terre d'Israël et que l'arche partait, il est écrit auparavant "et Moché dit: lève-toi ה'", c'est-à-dire qu'il commença à prier pour que ce voyage se fasse en paix, exempt de toute atteinte mauvaise sur le chemin.

וַיְהִי הָעָם כְּמִתְאוֹנְנִים. [וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה לְחוֹבָב.

עִנְיַן הַסֵּדֶר מֵאֵלּוּ הָעִנְיָנִים כִּי כַּאֲשֶׁר נִסְדְּרוּ הַדְּגָלִים וְהָיוּ קְרוֹבִים לִיכָּנֵס לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חָלְשָׁה דַּעְתּוֹ שֶׁל מֹשֶׁה כִּי יָדַע שֶׁהוּא לֹא יְבִיאֵם לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּמֵחֲמַת זֶה רָצָה לְקָרֵב אֶת יִתְרוֹ וּמֵחֲמַת. תַּשְׁלוּם.] שֶׁקָּשִׁים גֵּרִים לְיִשְׂרָאֵל כוּ' [נדה י"ג:], כִּי יִשְׂרָאֵל נִקְרְאוּ גַּחֶלֶת וְהָאֻמּוֹת לֶהָבָה הַיְינוּ כִּי לִבּוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מְלֵאִים שִׂמְחָה, וְהָאֻמּוֹת אַף שֶׁנִּרְאִים שְׂמֵחִים אַךְ בֶּאֱמֶת לִבָּם מָלֵא עַצְבוּת, וְכַאֲשֶׁר נֶאֱמַר לְיִתְרוֹ "וְהָיָה הַטּוֹב הַהוּא כוּ' וְהֵטַבְנוּ לָךְ", וְנִכְנַס בְּלִבּוֹ דִּבְרֵי תּוֹרָה הָאֵלּוּ אָז יָצָא הָעַצְבוּת שֶׁבְּלִבּוֹ וְהָיָה קָשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל, עַל כֵּן נֶאֱמַר תֵּכֶף אַחַר זֶה "וַיְהִי הָעָם כְּמִתְאוֹנְנִים" כְּמוֹ שֶׁנֶּעְכַּר מַיִם צְלוּלִים, וְאַחַר זֶה שָׁבוּ כְּבָרִאשׁוֹנָה.

"Et le peuple fut comme se plaignant" (Nombres 11,1). ["Et Moché dit à Hovav" (Nombres 10,29).

Le sujet de l'ordre de ces passages: lorsque les étendards furent rangés et qu'ils furent proches d'entrer en terre d'Israël, l'esprit de Moché faiblit, car il savait que ce n'est pas lui qui les ferait entrer en terre d'Israël; et pour cette raison il voulut rapprocher Yitro, et pour cette raison... Tachloum (complément à venir).] ...que les convertis sont pénibles pour Israël, etc.

[Nidda 13b]. Car Israël sont appelés braise et les nations flamme, c'est-à-dire que les cœurs des enfants d'Israël sont pleins de joie, tandis que les nations, bien qu'elles paraissent joyeuses, ont en vérité le cœur plein de tristesse.

Et lorsqu'il fut dit à Yitro "et il adviendra que ce bien-la, etc., nous t'en ferons du bien" (Nombres 10,32), et que ces paroles de Tora entrèrent dans son cœur, alors sortit la tristesse qui était dans son cœur, et cela fut pénible pour Israël. C'est pourquoi il est dit aussitôt après cela "et le peuple fut comme se plaignant", comme lorsque des eaux limpides sont troublées; et après cela ils revinrent à leur état premier.

En bref

« D'où aurais-je de la viande ? » (Bamidbar 11,13) : le Mei HaChiloa'h explique que l'aspect de Moché est la manne, le pain « depuis les cieux », d'une clarté plus grande que tous les biens de ce monde-ci. La viande est le bien qui dépasse le pain, car elle est élargissement ; elle n'appartenait pas à l'aspect de Moché dans ce monde-ci, mais à la vie du monde à venir. C'est pourquoi Moché dit « le peuple au milieu duquel je suis » : depuis son aspect, comment leur donnerait-il de la viande ? Mais commençait alors l'aspect de Yehochoua, et la viande leur fut donnée ; Eldad et Meidad prophétisèrent : « Moché meurt et Yehochoua fait entrer ».

Aussi : Moché n'est pas jaloux des prophètes, même si leur esprit ne venait pas de lui ; les degrés de Moché furent montrés à Miriam et Aharon ; jouir sans bénédiction, c'est détourner un bien consacré.

מֵאַיִן לִי בָּשָׂר. הַיְינוּ כִּי בְּחִינַת מֹשֶׁה הוּא הַמָּן כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (שמות ט"ז,ד') "הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן הַשָּׁמָיִם".

"מִן הַשָּׁמָיִם" הַיְינוּ בִּבְהִירוּת וּמִצִּדּוֹ הָיָה הַלֶּחֶם בִּבְהִירוּת גָּדוֹל מִכָּל הַטּוֹבוֹת שֶׁבָּעוֹלָם הַזֶּה. וּבָשָׂר הַיְינוּ הַטּוֹבָה מִלֶּחֶם כִּי בָּשָׂר הוּא הַרְחָבָה כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (דברים י"ב,כ') "כִּי יַרְחִיב" כוּ', לֹא הָיָה מִבְּחִינַת מֹשֶׁה כְּלָל בָּעוֹלָם הַזֶּה רַק בְּחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא.

וְלָכֵן אָמַר "הָעָם אֲשֶׁר אָנֹכִי בְּקִרְבּוֹ" הַיְינוּ מִבְּחִינָה שֶׁלִּי אֵיךְ אֶתֵּן לָהֶם בָּשָׂר, אַךְ לַאֲשֶׁר אָז הֵחֵל בְּחִינַת יְהוֹשֻׁעַ לָכֵן נִתַּן לָהֶם בָּשָׂר, כִּי אֵצֶל יְהוֹשֻׁעַ נִקְרָא בָּשָׂר הַחֵירוּת מִשִּׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת, וְלָכֵן הִתְנַבְּאוּ אֶלְדָּד וּמֵידָד "מֹשֶׁה מֵת וִיהוֹשֻׁעַ מַכְנִיס", וְגַם בָּזֶה הַבָּשָׂר הָיָה הַרְחָבָה מֵעֵין הָעוֹלָם הַבָּא, כִּי אַף כְּשֶׁרָאוּ שֶׁחַבְרֵיהֶם מֵתִים עכ"ז לֹא הִנִּיחוּ מִלֶּאֱכֹל כִּי יָפָה שָׁעָה אַחַת שֶׁל קוֹרַת רוּחַ בָּעוֹלָם הַבָּא מִכָּל חַיֵּי הָעוֹלָם הַזֶּה.

"D'où aurais-je de la viande?" (Nombres 11,13). C'est-à-dire que l'aspect (be'hina) de Moché est la manne, comme il est écrit (Exode 16,4) "me voici faisant pleuvoir pour vous du pain depuis les cieux".

"Depuis les cieux", c'est-à-dire dans la clarté; et de son côté à lui, ce pain était d'une clarté plus grande que tous les biens qui sont dans ce monde-ci. Et la viande, c'est-à-dire le bien qui dépasse le pain, car la viande est élargissement, comme il est écrit (Deutéronome 12,20) "lorsqu'Il élargira" etc.: cela n'était aucunement de l'aspect de Moché dans ce monde-ci, mais seulement dans la vie du monde à venir.

Et c'est pourquoi il dit "le peuple au milieu duquel je suis" (Nombres 11,21), c'est-à-dire: depuis mon aspect à moi, comment leur donnerais-je de la viande? Mais parce que commençait alors l'aspect de Yehochoua, c'est pourquoi la viande leur fut donnée; car chez Yehochoua la viande s'appelle la liberté hors de l'asservissement aux royaumes.

Et c'est pourquoi Eldad et Meidad prophétisèrent: "Moché meurt et Yehochoua fait entrer". Et dans cette viande aussi il y avait un élargissement qui tenait du monde à venir; car même lorsqu'ils virent que leurs compagnons mouraient, malgré tout ils ne cessèrent pas de manger, car mieux vaut une seule heure de contentement de l'esprit (korat roua'h, aisé et satisfaction) dans le monde à venir que toute la vie de ce monde-ci.

וַיֹּאמֶר לוֹ מֹשֶׁה הַמְקַנֵּא אַתָּה לִי. "לִי" הוּא דָּבָר שֶׁהוּא מִמֶּנִּי, כִּי אוֹתָהּ הַנְּבוּאָה הָיְתָה לָהֶם מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב "וַיָּאצֶל מִן הָרוּחַ אֲשֶׁר עָלָיו וַיִּתֵּן עַל שִׁבְעִים אִישׁ", "וּמִי יִתֵּן כָּל עַם ה' וכו' כִּי יִתֵּן ה' אֶת רוּחוֹ עֲלֵיהֶם".

הַיְינוּ אַף כִּי יִתֵּן ה' מֵרוּחוֹ עֲלֵיהֶם וְלֹא יִהְיֶה מִצִּדִּי, גַּם כֵּן לֹא הָיִיתִי מְקַנֵּא לָהֶם.

"Et Moché lui dit: est-ce pour moi que tu es jaloux?" (Nombres 11,29). "Pour moi" (li) désigne une chose qui vient de moi, car cette prophétie-la leur venait de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui, comme il est écrit "et Il préleva de l'esprit qui était sur lui et le mit sur les soixante-dix hommes" (Nombres 11,25).

"Et qui donnera que tout le peuple de ה' etc., car ה' donnera Son esprit sur eux": c'est-à-dire, même si ה' donnait de Son esprit sur eux et que cela ne vienne pas de mon côté, la non plus je ne serais pas jaloux d'eux.

וַתְּדַבֵּר מִרְיָם וְאַהֲרֹן בְּמֹשֶׁה כוּ׳ אִם יִהְיֶה נְבִיאֲכֶם ה׳ בַּמַּרְאָה כוּ׳ לֹא כֵן עַבְדִּי מֹשֶׁה פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר בּוֹ בְּמַרְאֶה וְלֹא בְחִידֹת וּתְמֻנַת ה׳ יַבִּיט. הָעִנְיָן מָצִינוּ בַּגְּמָרָא אַף שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ בִּקְשׁוּ לִמְנוֹת כוּ׳ לִהֲטָה אֵשׁ סְבִיבָם כוּ׳ עַד שֶׁיָּצְתָה בַּת קוֹל "הַמֵּעִמְּךָ יְשַׁלְּמֶנָּה" כוּ׳ (סנהדרין ק"ד:).

הָעִנְיָן בָּזֶה כִּי בֶּאֱמֶת נִמְסַר לְאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה כָּל הַהֲלָכוֹת כְּפִי אֲשֶׁר יָצָא מֵאִתָּם, וְלָכֵן כְּפִי הַהֲלָכָה רָצוּ לִפְסֹק לִהְיוֹת שְׁלֹמֹה נִמְנֶה כוּ׳, עַד שֶׁיָּצְתָה בַּת קוֹל "הַמֵּעִמְּךָ יְשַׁלְּמֶנָּה", הַיְינוּ שֶׁנִּפְתַּח לָהֶם הָאוֹר בְּפֵרוּשׁ שֶׁל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ וְאָז רָאוּ מְפֹרָשׁ הָאוֹר שֶׁלּוֹ אֲשֶׁר הוּא יוֹתֵר וְיוֹתֵר מִכְּפִי הַשָּׂגָתָם, אֲזַי עוֹד לֹא אָמְרוּ וְלֹא מִידִי, וְכֵן כְּשֶׁאָמַר הַש"י לָהֶם כָּאן, "לֹא כֵן עַבְדִּי מֹשֶׁה", וּבְאָמְרוֹ אֲלֵיהֶם "פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר", הַיְינוּ תֵּכֶף כְּשֶׁיָּצָא הַדִּבּוּר מִן הַש"י הַמִּלּוֹת הָאֵלּוּ אָז רָאוּ מְפֹרָשׁ הָאוֹר וְהַהַשָּׂגָה שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם עַיִן בְּעַיִן, וְכַאֲשֶׁר אָמַר הַש"י תֵּיבוֹת "בּוֹ", נֶעֱלַם מֵהֶם וְאָז הֵבִינוּ מַדְרֵגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם, וּכְמוֹ כֵן כְּשֶׁאָמַר הַש"י "וּתְמוּנַת ה׳" נִכְנַס בְּלִבָּם הָאוֹר וְהַהַשָּׂגָה שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם וְכַאֲשֶׁר אָמַר תֵּיבַת "יַבִּיט" נִסְתַּם מֵהֶם, וְגַם אַחַר כָּךְ נִשְׁאַר בְּלִבָּם זֹאת הַהַשָּׂגָה שֶׁהָיוּ מַשִּׂיגִים לִפְעָמִים כְּהַשָּׂגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם, אַךְ שֶׁהָיוּ יוֹדְעִים שֶׁזֶּה אֵין שַׁיָּךְ לָהֶם רַק לְמַדְרֵגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם וְהִשִּׂיגוּ מַה שֶּׁחָסֵר לָהֶם נֶגֶד מַדְרֵגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם, כִּי קֹדֶם זֶה הָיוּ סוֹבְרִים שֶׁאֵין שׁוּם מַדְרֵגָה לְמַעְלָה מִמַּדְרֵגוֹתָם, וְאַחַר זֶה נוֹדַע לָהֶם שֶׁיֵּשׁ לְמַעְלָה, אַךְ בִּשְׁעַת הַחֵטְא לֹא הֵבִינוּ שֶׁזֶּה הָאוֹר אֵין שַׁיָּךְ לְחֶלְקָם כִּי הָיָה בְּדַעְתָּם שֶׁזֶּה הַהַשָּׂגָה הוּא מִצִּדָּם וְלֹא מִצַּד הַש"י שֶׁיִּרְצֶה לְהַרְאוֹת לָהֶם מַדְרֵגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם, וְלָכֵן טָעֲמוּ אוֹר גָּדוֹל יוֹתֵר מִכְּפִי אֲשֶׁר הָיוּ יְכוֹלִים לִטְעוֹם כַּאֲשֶׁר הָיוּ יוֹדְעִים שֶׁאֵין שַׁיָּךְ לְחֶלְקָם, כִּי אָז לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לִטְעוֹם רַק כְּפִי אֲשֶׁר יִתְבּוֹנֵן הָאָדָם בְּחֵלֶק חֲבֵרוֹ וְלֹא כַּאֲשֶׁר יֵהָנֶה בְּשֶׁלּוֹ, וְכַאֲשֶׁר הָיָה דֶּרֶךְ חֵטְא וְסָבְרוּ שֶׁזֶּה הוּא חֶלְקָם אָז טָעֲמוּ כְּאָדָם הַנֶּהֱנֶה מִשֶּׁלּוֹ, וְזֶהוּ לְפִי שֶׁרָצָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַרְאוֹת לָהֶם מַדְרֵגוֹת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ עָלָיו הַשָּׁלוֹם בְּלִי מִגְרַעַת בִּכְדֵי שֶׁיַּכִּירוּ אֶת עֶרְכּוֹ, וְזֶה פֵּרוּשׁ הַגְּמָרָא (ברכות ל"ה.) "כָּל הַנֶּהֱנֶה מֵעוֹלָם הַזֶּה בְּלֹא בְרָכָה כְּאִלּוּ מָעַל", כִּי הַנֶּהֱנֶה בִּבְרָכָה הַיְינוּ שֶׁמַּכִּיר שֶׁאֵין שַׁיָּךְ לוֹ הַדָּבָר רַק לַה׳ וְלָכֵן לֹא יַגִּיעַ לוֹ הֲנָאָה מִקְּדֻשַּׁת הַדָּבָר רַק כְּאָדָם הָרוֹאֶה, וְכַאֲשֶׁר יְאֻנֶּה לְאָדָם שֶׁיֵּהָנֶה בְּלֹא בְרָכָה אָז כְּאִלּוּ נֶהֱנֶה מִקָּדְשֵׁי שָׁמַיִם בִּשְׁלֵמוּת, וְזֶהוּ כְּאִלּוּ מָעַל, וְדוֹק כִּי עָמוֹק עָמוֹק הוּא.

"Et Miriam et Aharon parlèrent contre Moché etc.; si votre prophète est ה', c'est dans une vision etc.; il n'en est pas ainsi de Mon serviteur Moché: bouche à bouche Je parle en lui, dans une apparition et non par énigmes, et il contemple l'image de ה'" (Nombres 12,1-8). Le sujet: nous trouvons dans la Guemara que même le roi Chelomo, on voulut le compter [parmi ceux qui n'ont pas de part au monde à venir] etc.; un feu flamboya autour d'eux etc., jusqu'à ce que sortit une voix céleste (bat kol) disant "est-ce selon ton avis qu'Il devra rétribuer?" (המעמך ישלמנה, Job 34,33) etc.

(Sanhédrin 104b). Le sujet en ceci est que, en vérité, toutes les halakhot furent remises aux hommes de la Grande Assemblée telles qu'elles sortaient d'eux; et c'est pourquoi, selon la halakha, ils voulurent trancher que Chelomo soit compté etc., jusqu'à ce que sortit la voix céleste "est-ce selon ton avis qu'Il devra rétribuer?", c'est-à-dire que la lumière leur fut ouverte de façon explicite quant au roi Chelomo, et alors ils virent en clair sa lumière, laquelle dépassait de beaucoup ce que portait leur saisie (hassaga); des lors ils ne dirent plus rien du tout.

Et de même lorsque Hachem béni soit-Il (הש"י, Hachem Yitbarakh) leur dit ici "il n'en est pas ainsi de Mon serviteur Moché", et lorsqu'Il leur dit "bouche à bouche Je parle", c'est-à-dire: aussitôt que ces mots-la sortirent du Nom béni soit-Il, alors ils virent en clair, d'œil à œil, la lumière et la saisie de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui; et lorsque Hachem béni soit-Il dit le mot "en lui" (בו), cela leur fut occulte, et alors ils comprirent les degrés de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui. Et de même, lorsque Hachem béni soit-Il dit "et l'image de ה'", la lumière et la saisie de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui, entrèrent dans leur cœur; et lorsqu'Il dit le mot "il contemple" (יביט), cela leur fut ferme.

Et ensuite encore il resta dans leur cœur cette saisie, de sorte qu'ils saisissaient parfois à la manière des saisies de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui; sauf qu'ils savaient que cela ne leur appartenait pas, mais relevait seulement des degrés de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui, et ils saisirent ce qui leur manquait au regard des degrés de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui. Car auparavant ils pensaient qu'il n'existait aucun degré au-dessus de leurs degrés, et après cela il leur fut connu qu'il y a plus haut.

Mais à l'heure de la faute ils ne comprirent pas que cette lumière n'appartenait pas à leur part, car il était dans leur pensée que cette saisie venait de leur côté à eux, et non du côté du Nom béni soit-Il qui voulait leur montrer les degrés de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui. Et c'est pourquoi ils goûtèrent une lumière plus grande que celle qu'ils auraient pu goûter s'ils avaient su que cela n'appartenait pas à leur part; car alors ils n'auraient pu goûter que selon ce que l'homme discerne dans la part de son compagnon, et non comme lorsqu'il jouit de ce qui est sien.

Et parce que ce fut par la voie de la faute et qu'ils pensèrent que cela était leur part, alors ils goûtèrent comme un homme qui jouit de ce qui est sien. Et cela, parce que le Saint, béni soit-Il, voulut leur montrer les degrés de Moché Rabbenu, que la paix soit sur lui, sans amoindrissement, afin qu'ils reconnaissent sa valeur.

Et telle est l'explication de la Guemara (Berakhot 35a): "quiconque jouit de ce monde-ci sans bénédiction, c'est comme s'il avait détourne un bien consacré (meila)"; car celui qui jouit avec bénédiction, c'est-à-dire qu'il reconnaît que la chose ne lui appartient pas mais appartient à ה', et c'est pourquoi il ne lui parviendra pas de jouissance de la sainteté de la chose, sinon comme à un homme qui regarde. Et lorsqu'il advient à l'homme qu'il jouisse sans bénédiction, alors c'est comme s'il jouissait pleinement des saintetés du Ciel, et c'est cela "comme s'il avait détourne un bien consacré".

Et scrute bien, car cela est profond, profond.

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