ליקוטי מוהר"ן

Likoutei Moharan — Part II (48/73)

Rabbi Nahman de Breslev
En bref

Ce passage poursuit : la mesira à la Malkhout (la royauté) est une contrainte, et Rabbi Chimon ben Yo'haï amènera Rabbi Akiva malgré lui à la gadlout (conscience élargie). Rabbi Na'hman enseigne que le Nom, qu'Il soit béni, est au-dessus du temps : le temps vient de ce que l'intellect est petit, et plus l'intellect grandit, plus le temps s'annule, comme soixante-dix années de rêve qui ne sont qu'un quart d'heure. C'est pourquoi le Machiah entendra : « Tu es Mon fils, Moi, aujourd'hui, Je t'ai engendré », tout le temps depuis la création devenant néant dans son intellect. Il en va de même du lieu, qui se réduit avec la force jusqu'à s'annuler.

Aussi : les voyages d'Israël expient l'idolâtrie et remettent la miséricorde entre nos mains ; Yaakov envoya à Yossef un nigoun de la terre d'Israël ; la mélodie du berger, née des herbes, fortifie le pâturage et le retient de l'animalité

וְזֶהוּ: וּמוֹסֶרְךָ לַמַּלְכוּת – מְסִירָה הוּא לְשׁוֹן בְּעַל־כָּרְחוֹ, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (במדבר ל״א:ה׳):

וַיִּמָּסְרוּ מֵאַלְפֵי יִשְׂרָאֵל – פֵּרֵשׁ רַשִׁ"י: שֶׁנִּמְסְרוּ בְּעַל־כָּרְחָם.

כִּי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי יָבִיא אֶת רַבִּי עֲקִיבָא בְּעַל־כָּרְחוֹ לִבְחִינַת גַּדְלוּת עַל־יְדֵי שֶׁהוּא יֹאמַר תּוֹרָה כַּנַּ"ל:

Et c'est cela : "et te livrer à la Malkhout (la royauté)" - la mesira (le fait d'être livré) est un terme qui indique la contrainte, comme il est écrit (Nombres 31,5) : "Et ils furent livrés d'entre les milliers d'Israël" - Rachi (Rabbi Chelomo Its'haki) explique : qu'ils furent livrés malgré eux. Car Rabbi Chimon ben Yohai amènera Rabbi Akiva malgré lui à l'aspect de gadlout (l'état de grandeur, la conscience élargie) par le fait qu'il dira de la Torah, comme mentionné plus haut :

הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הוּא לְמַעְלָה מֵהַזְּמַן, כַּמּוּבָא. וְזֶה הָעִנְיָן הוּא בֶּאֱמֶת דָּבָר נִפְלָא וְנֶעְלָם מְאֹד, וְאִי אֶפְשָׁר לְהָבִין זֹאת בְּשֵׂכֶל אֱנוֹשִׁי.

Le Nom, qu'Il soit béni, est au-dessus du temps, comme cela est rapporté. Et cette chose est en vérité une chose merveilleuse et très cachée, et il est impossible de la comprendre par un intellect humain.

אַךְ דַּע, שֶׁעִקָּר הַזְּמַן הוּא רַק מֵחֲמַת שֶׁאֵין מְבִינִים, דְּהַיְנוּ מֵחֲמַת שֶׁשִּׂכְלֵנוּ קָטָן, כִּי כָל מַה שֶּׁהַשֵּׂכֶל גָּדוֹל בְּיוֹתֵר, הַזְּמַן נִקְטָן וְנִתְבַּטֵּל בְּיוֹתֵר.

Mais sache que l'essentiel du temps ne vient que de ce que nous ne comprenons pas, c'est-à-dire de ce que notre intellect est petit ; car plus l'intellect est grand, plus le temps se réduit et s'annule.

כִּי בַּחֲלוֹם, שֶׁאָז הַשֵּׂכֶל נִסְתַּלֵּק, וְאֵין לוֹ רַק כֹּחַ הַמְדַמֶּה, אֲזַי בְּרֶבַע שָׁעָה יְכוֹלִים לַעֲבֹר כָּל הַשִּׁבְעִים שָׁנָה, כַּאֲשֶׁר נִדְמֶה בַּחֲלוֹם, שֶׁעוֹבֵר וְהוֹלֵךְ כַּמָּה וְכַמָּה זְמַנִּים בְּשָׁעָה מוּעֶטֶת מְאֹד, וְאַחַר־כָּךְ כְּשֶׁנִּתְעוֹרְרִים מֵהַשֵּׁנָה, אֲזַי רוֹאִים, שֶׁכָּל אֵלּוּ הַזְּמַנִּים וְהַשִּׁבְעִים שָׁנָה שֶׁעָבְרוּ בַּחֲלוֹם, הוּא זְמַן מֻעָט מְאֹד בֶּאֱמֶת. וְזֶה מֵחֲמַת שֶׁאַחַר־כָּךְ בְּהָקִיץ אָז חוֹזֵר הַשֵּׂכֶל אֵלָיו, וְאֵצֶל הַשֵּׂכֶל כָּל אֵלּוּ הַשִּׁבְעִים שָׁנָה שֶׁעָבְרוּ בַּחֲלוֹם הֵם רַק רֶבַע שָׁעָה אֶצְלוֹ, רַק שִׁבְעִים שָׁנָה מַמָּשׁ, הֵם שִׁבְעִים שָׁנָה גַּם אֵצֶל הַשֵּׂכֶל שֶׁלָּנוּ.

Car dans le rêve, où l'intellect s'est retiré et où l'on n'a plus que la faculté imaginative (koah ha-medamé), alors en un quart d'heure peuvent s'écouler les soixante-dix années entières, comme il semble dans le rêve que passent et s'écoulent bien des temps en un laps très court. Et ensuite, quand on s'éveille du sommeil, on voit que tous ces temps et ces soixante-dix années qui se sont écoulés dans le rêve sont en vérité un temps très bref.

Et cela parce qu'ensuite, à l'état de veille, l'intellect lui revient ; et pour l'intellect, toutes ces soixante-dix années qui se sont écoulées dans le rêve ne sont chez lui qu'un quart d'heure ; seules des soixante-dix années réelles sont soixante-dix années aussi pour notre intellect.

וּבֶאֱמֶת בְּהַשֵּׂכֶל הַגָּבוֹהַּ לְמַעְלָה מִשִּׂכְלֵנוּ, גַּם מַה שֶּׁנֶּחֱשָׁב אֶצְלֵנוּ לְשִׁבְעִים שָׁנָה מַמָּשׁ הוּא גַם־כֵּן רַק רֶבַע שָׁעָה אוֹ פָּחוֹת. כִּי כְּמוֹ שֶׁאָנוּ רוֹאִין שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲבֹר שִׁבְעִים שָׁנָה בַּחֲלוֹם, וּבֶאֱמֶת אָנוּ יוֹדְעִין אַחַר־כָּךְ בַּשֵּׂכֶל שֶׁלָּנוּ שֶׁהוּא רַק רֶבַע שָׁעָה, כְּמוֹ־כֵן מַמָּשׁ, מַה שֶּׁנֶּחֱשָׁב לְפִי שִׂכְלֵנוּ שִׁבְעִים שָׁנָה מַמָּשׁ, הוּא בַּשֵּׂכֶל הַגָּבוֹהַּ לְמַעְלָה יוֹתֵר רַק רֶבַע שָׁעָה, רַק שֶׁאֵין אָנוּ מְבִינִים זֹאת.

Et en vérité, pour l'intellect élevé au-dessus de notre intellect, même ce qui est compté chez nous comme soixante-dix années réelles n'est lui aussi qu'un quart d'heure où moins. Car de même que nous voyons que soixante-dix années peuvent s'écouler dans un rêve, et qu'en vérité nous savons ensuite, avec notre intellect, que ce n'était qu'un quart d'heure, de même exactement, ce qui est compté selon notre intellect comme soixante-dix années réelles n'est, dans l'intellect plus élevé, qu'un quart d'heure ; seulement, nous ne comprenons pas cela.

כִּי גַּם בַּחֲלוֹם אִם הָיָה אֶחָד בָּא אֶצְלוֹ בִּשְׁעַת הַחֲלוֹם וְהָיָה אוֹמֵר לוֹ, שֶׁכָּל זֶה שֶׁנִּדְמֶה לוֹ שֶׁעוֹבְרִים יָמִים וְשָׁנִים, שֶׁבֶּאֱמֶת אֵינָם כְּלוּם, וְהַכֹּל הוּא רַק רֶבַע שָׁעָה – בְּוַדַּאי לֹא הָיָה מַאֲמִין לוֹ כְּלָל, כִּי לְפִי הַדִּמְיוֹן שֶׁבַּחֲלוֹם נִדְמֶה לוֹ שֶׁעוֹבְרִים יָמִים וְשָׁנִים מַמָּשׁ; כְּמוֹ־כֵן מַמָּשׁ, אַף־עַל־פִּי שֶׁאֶצְלֵנוּ לְפִי שִׂכְלֵנוּ נִדְמֶה שֶׁזֶּהוּ זְמַן שֶׁל שִׁבְעִים שָׁנָה, בַּשֵּׂכֶל הַגָּדוֹל יוֹתֵר הוּא רַק רֶבַע שָׁעָה.

Car dans le rêve aussi, si quelqu'un venait auprès de lui pendant le rêve et lui disait que tout ce qui lui semble, à savoir que passent des jours et des années, n'est en vérité rien du tout, et que le tout n'est qu'un quart d'heure, certainement il ne le croirait pas du tout, car selon l'imagination du rêve il lui semble que passent réellement des jours et des années ; de même exactement, bien que chez nous, selon notre intellect, il semble que ce soit un temps de soixante-dix années, dans l'intellect plus grand ce n'est qu'un quart d'heure.

וְכֵן לְמַעְלָה מַעְלָה, שֶׁבַּשֵּׂכֶל שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ עוֹד יוֹתֵר לְמַעְלָה, גַּם אוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁבַּשֵּׂכֶל הַגָּבוֹהַּ מִשִּׂכְלֵנוּ אֵינוֹ נֶחֱשָׁב שָׁם, בַּשֵּׂכֶל הַגָּבוֹהַּ עוֹד יוֹתֵר, רַק לִזְמַן מֻעָט וּפָחוּת מְאֹד. וְכֵן לְמַעְלָה מַעְלָה עַד אֲשֶׁר יֵשׁ שֵׂכֶל גָּבוֹהַּ כָּל־כָּךְ, שֶׁשָּׁם כָּל הַזְּמַן כֻּלּוֹ אֵינוֹ נֶחֱשָׁב כְּלָל, כִּי מֵחֲמַת גֹּדֶל הַשֵּׂכֶל מְאֹד, כָּל הַזְּמַן אַיִן וָאֶפֶס לְגַמְרֵי, כְּמוֹ שֶׁאֶצְלֵנוּ הַשִּׁבְעִים שָׁנָה שֶׁעוֹבְרִים בַּחֲלוֹם הֵם רַק רֶבַע שָׁעָה בֶּאֱמֶת כַּנַּ"ל, כְּמוֹ־כֵן יֵשׁ שֵׂכֶל לְמַעְלָה מִשֵּׂכֶל, עַד שֶׁהַזְּמַן נִתְבַּטֵּל לְגַמְרֵי:

Et ainsi de plus en plus haut : dans l'intellect qui est encore plus élevé, même ce temps-là qui compte dans l'intellect élevé au-dessus du nôtre n'est pas compté là, dans l'intellect encore plus élevé, que comme un temps très bref et très minime. Et ainsi de plus en plus haut, jusqu'à ce qu'il y ait un intellect si élevé que là, tout le temps n'est absolument pas compté ; car en raison de l'immense grandeur de cet intellect, tout le temps est néant et nullité complète, de même que chez nous les soixante-dix années qui s'écoulent dans le rêve ne sont en vérité qu'un quart d'heure, comme mentionné plus haut ; de même il y a un intellect au-dessus de l'intellect, jusqu'à ce que le temps s'annule complètement :

וְעַל־כֵּן מָשִׁיחַ, שֶׁעָבַר עָלָיו מַה שֶּׁעָבַר מִיּוֹם בְּרִיאַת הָעוֹלָם וְסָבַל מַה שֶּׁסָּבַל, וְאַחַר כָּל זֶה, בַּסּוֹף יֹאמַר לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ: בְּנִי אַתָּה, אֲנִי הַיּוֹם יְלִדְתִּיךָ (תהילים ב׳:ז׳).

Et c'est pourquoi le Machiah, sur qui a passé ce qui a passé depuis le jour de la création du monde et qui a souffert ce qu'il a souffert, après tout cela, à la fin, le Nom, qu'Il soit béni, lui dira : "Tu es Mon fils, Moi, aujourd'hui, Je t'ai engendré" (Psaumes 2,7).

וְהַדָּבָר תָּמוּהַּ וְנִפְלָא מְאֹד, לִכְאוֹרָה, אַךְ כָּל זֶה מֵחֲמַת גֹּדֶל עֹצֶם שִׂכְלוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, לְפִי גֹּדֶל מַדְרֵגָתוֹ שֶׁיֹּאחַז אָז, וּמֵחֲמַת הַפְלָגַת עֹצֶם מַעֲלַת שִׂכְלוֹ, שֶׁיִּגְדַּל אָז מְאֹד מְאֹד. עַל־כֵּן יִהְיֶה כָּל הַזְּמַן שֶׁעָבַר עָלָיו מִיּוֹם בְּרִיאַת הָעוֹלָם עַד אוֹתוֹ הַזְּמַן, כֻּלּוֹ אַיִן וָאֶפֶס מַמָּשׁ, וְיִהְיֶה מַמָּשׁ כְּאִלּוּ נוֹלָד הַיּוֹם, כִּי יִתְבַּטֵּל כָּל הַזְּמַן בְּשִׂכְלוֹ, שֶׁיִּהְיֶה גָּדוֹל מְאֹד.

וְעַל־כֵּן יֹאמַר לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ: אֲנִי הַיּוֹם יְלִדְתִּיךָ – הַיּוֹם מַמָּשׁ, כִּי כָל הַזְּמַן שֶׁעָבַר, אַיִן וָאֶפֶס לְגַמְרֵי כַּנַּ"ל:

Et la chose est étonnante et très surprenante, à première vue ; mais tout cela vient de l'immense puissance de l'intellect du Machiah, selon la grandeur du degré qu'il tiendra alors, et en raison de l'extraordinaire élévation de son intellect, qui grandira alors énormément. C'est pourquoi tout le temps qui a passé sur lui depuis le jour de la création du monde jusqu'à ce temps-là sera entièrement néant et nullité réelle, et ce sera réellement comme s'il était né aujourd'hui, car tout le temps s'annulera dans son intellect, qui sera très grand.

Et c'est pourquoi le Nom, qu'Il soit béni, lui dira : "Moi, aujourd'hui, Je t'ai engendré" - aujourd'hui réellement, car tout le temps qui a passé est néant et nullité complète, comme mentionné plus haut :

וְכֵן אָנוּ רוֹאִים בְּמָקוֹם גַם־כֵּן, שֶׁהַבַּעַל־כֹּחַ יָכוֹל לַעֲבֹר מָקוֹם גָּדוֹל בְּשָׁעָה מוּעֶטֶת. נִמְצָא שֶׁאֶצְלוֹ כָּל זֶה הַמָּקוֹם הוּא קָטָן, וְאֵצֶל הַחֲלוּשֵׁי־כֹחַ נֶחֱשָׁב זֶה הַמָּקוֹם גָּדוֹל, וּצְרִיכִים לֵילֵךְ שָׁעָה מְרֻבָּה עַד שֶׁעוֹבְרִים אוֹתוֹ הַמָּקוֹם.

וּכְמוֹ־כֵן לְמַעְלָה מַעְלָה, כָּל מַה שֶּׁהַכֹּחַ גָּדוֹל יוֹתֵר, הַמָּקוֹם נִקְטָן אֶצְלוֹ יוֹתֵר,

Et de même nous voyons cela aussi pour le lieu : celui qui a de la force peut parcourir un grand espace en peu de temps. Il en résulte que pour lui tout cet espace est petit, tandis que pour ceux dont la force est faible cet espace est compté comme grand, et il leur faut marcher longtemps avant de parcourir ce même espace.

Et de même de plus en plus haut : plus la force est grande, plus l'espace se réduit pour lui,

וְכֵן לְמַעְלָה מַעְלָה, עַד שֶׁהַמָּקוֹם נִתְבַּטֵּל לְגַמְרֵי, רַק שֶׁבְּשִׂכְלֵנוּ אִי אֶפְשָׁר לְהָבִין כָּל זֶה, כְּמוֹ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהָבִין בַּחֲלוֹם אֶת הָאֱמֶת, שֶׁכָּל אוֹתוֹ הַזְּמַן שֶׁנִּדְמֶה בַּחֲלוֹם אֵינוֹ כְּלוּם בֶּאֱמֶת, כְּמוֹ־כֵן גַּם אָנוּ אִי אֶפְשָׁר לָנוּ לְהָבִין, שֶׁכָּל הַזְּמַן שֶׁלָּנוּ אֵינוֹ כְּלוּם לְמַעְלָה בַּשֵּׂכֶל הַגָּבוֹהַּ כַּנַּ"ל:

Et ainsi de plus en plus haut, jusqu'à ce que le lieu s'annule complètement ; seulement, avec notre intellect il est impossible de comprendre tout cela, de même qu'il est impossible de comprendre dans le rêve la vérité, à savoir que tout ce temps qui semble s'écouler dans le rêve n'est en vérité rien du tout ; de même, il nous est impossible de comprendre que tout notre temps n'est rien du tout en haut, dans l'intellect élevé, comme mentionné plus haut :

אֵלֶּה מַסְעֵי בְנֵי יִשְׂרָאֵל (במדבר ל״ג:א׳).

"Voici les étapes des enfants d'Israël" (Nombres 33,1).

אִיתָא בַּמִּדְרָשׁ, שֶׁמַּסְעֵי בְנֵי יִשְׂרָאֵל, דְּהַיְנוּ הַנְּסִיעוֹת שֶׁבְּנֵי יִשְׂרָאֵל נוֹסְעִין מִמָּקוֹם לְמָקוֹם, הֵם מְכַפְּרִין עַל אֵלֶּה אֱלֹקֶיךָ יִשְׂרָאֵל, הַיְנוּ עַל פְּגַם עֲבוֹדָה־זָרָה.

Il est enseigné dans le Midrach que les étapes des enfants d'Israël, c'est-à-dire les voyages que les enfants d'Israël accomplissent d'un lieu à un autre, expient pour "Voici tes dieux, Israël" (Exode 32,4), c'est-à-dire pour le pegam (l'atteinte, la souillure) de l'avoda zara (l'idolâtrie).

כִּי אֲפִלּוּ כְּשֶׁאֵין עוֹבְדִין עֲבוֹדָה־זָרָה, יֵשׁ פְּגַם עֲבוֹדָה־זָרָה, כִּי קִלְקוּל הָאֱמוּנָה הִיא גַם־כֵּן בְּחִינַת עֲבוֹדָה־זָרָה, וּכְמוֹ שֶׁמּוּבָא (בְּשֵׁם הַבַּעַל־שֵׁם־טוֹב) עַל פָּסוּק (דברים י״א:ט״ז): וְסַרְתֶּם וַעֲבַדְתֶּם אֱלֹקִים אֲחֵרִים, שֶׁתֵּכֶף כְּשֶׁסָּרִים מֵהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ הוּא בְּחִינַת עֲבוֹדָה־זָרָה, וְעַל־יְדֵי הַנְּסִיעוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל נִתְכַּפֵּר.

Car même lorsqu'on ne pratique pas l'idolâtrie, il y a une atteinte d'idolâtrie ; car l'altération de la emouna (la foi) est elle aussi un aspect d'idolâtrie, comme cela est rapporté (au nom du Baal Chem Tov) sur le verset (Deutéronome 11,16) : "Et vous vous détournerez et vous servirez d'autres dieux" - car dès l'instant où l'on se détourne du Nom, qu'Il soit béni, c'est un aspect d'idolâtrie. Et par les voyages d'Israël, cela est expié.

וְכָל זְמַן שֶׁיֵּשׁ עֲבוֹדָה־זָרָה בָּעוֹלָם, חֲרוֹן־אַף בָּעוֹלָם (ספרי פ' ראה והובא בפירש"י שם). נִמְצָא כְּשֶׁנִּתְכַּפֵּר פְּגַם עֲבוֹדָה־זָרָה כַּנַּ"ל, נִמְתָּק הַחֲרוֹן־אַף, וְנִמְשָׁךְ רַחֲמָנוּת.

Et tant qu'il y a de l'idolâtrie dans le monde, il y a de la colère ardente dans le monde (Sifri, section Réé, cité dans le commentaire de Rachi sur place). Il en résulte que lorsque l'atteinte d'idolâtrie est expiée, comme mentionné plus haut, la colère ardente est adoucie et la miséricorde est attirée.

וְעִקָּר רַחֲמָנוּת הוּא בִּבְחִינַת (בראשית מ״ג:י״ד): וְאֵל שַׁדַּי יִתֵּן לָכֶם רַחֲמִים – לָכֶם דַּיְקָא.

הַיְנוּ שֶׁהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יִתֵּן לָנוּ הָרַחֲמָנוּת, שֶׁיִּמְסֹר אֶת הָרַחֲמָנוּת בְּיָדֵינוּ. כִּי אֶצְלוֹ יִתְבָּרַךְ יָכוֹל לִהְיוֹת, שֶׁגַּם הַחוֹלַאַת הַקָּשָׁה וְכָל הַיִּסּוּרִין הֵם הָרַחֲמָנוּת שֶׁלּוֹ, כִּי בְּוַדַּאי כָּל מַה שֶּׁהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ עוֹשֶׂה לְהָאָדָם, אֲפִלּוּ יִסּוּרִין קָשִׁים, הַכֹּל הוּא רַק רַחֲמָנוּת,

Et l'essentiel de la miséricorde est dans l'aspect de (Genèse 43,14) : "Et que Él Chadaï vous donne miséricorde" - "vous" précisément. C'est-à-dire que le Nom, qu'Il soit béni, nous donne la miséricorde, qu'Il remette la miséricorde entre nos mains.

Car chez Lui, qu'Il soit béni, il se peut que même la maladie grave et toutes les souffrances soient Sa miséricorde ; car certainement tout ce que le Nom, qu'Il soit béni, fait à l'homme, même des souffrances dures, tout cela n'est que miséricorde,

אֲבָל אָנוּ מְבַקְּשִׁים, שֶׁיִּתֵּן וְיִמְסֹר בְּיָדֵינוּ אֶת הָרַחֲמָנוּת, כִּי אֵין אָנוּ מְבִינִים הָרַחֲמָנוּת שֶׁלּוֹ, וְגַם אֵין אָנוּ יְכוֹלִין לְקַבֵּל אוֹתוֹ הָרַחֲמָנוּת שֶׁלּוֹ הַנַּ"ל, רַק שֶׁהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ יִתֵּן בְּיָדֵינוּ אֶת הָרַחֲמָנוּת, שֶׁאֲנַחְנוּ בְּעַצְמֵנוּ נְרַחֵם עָלֵינוּ, וְאֶצְלֵנוּ הָרַחֲמָנוּת בִּפְשִׁיטוּת, לְהִתְרַפֵּא מִן הַחֹלִי וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה.

Mais nous, nous demandons qu'Il donne et remette entre nos mains la miséricorde, car nous ne comprenons pas Sa miséricorde, et nous ne pouvons pas non plus recevoir cette miséricorde qui est la Sienne, mentionnée plus haut ; nous demandons seulement que le Nom, qu'Il soit béni, remette entre nos mains la miséricorde, afin que nous ayons nous-mêmes pitié de nous ; et chez nous la miséricorde est chose simple : guérir de la maladie et choses semblables.

וְזֶהוּ יִשְׂרָאֵל – רָאשֵׁי־תֵבוֹת: אֵל שַׁדַּי יִתֵּן לָכֶם רַחֲמִים, כַּנַּ"ל, כִּי הָרַחֲמָנוּת נַעֲשָׂה עַל־יְדֵי מַסְעֵי בְנֵי יִשְׂרָאֵל כַּנַּ"ל:

Et c'est cela Israël (יִשְׂרָאֵל) - acronyme de : "Él Chadaï Yiten Lakhem Rahamim" (אֵל שַׁדַּי יִתֵּן לָכֶם רַחֲמִים, "Que Él Chadaï vous donne miséricorde"), comme mentionné plus haut ; car la miséricorde se fait par les étapes des enfants d'Israël, comme mentionné plus haut :

דַּע, כִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ, כְּשֶׁשָּׁלַח אֶת בָּנָיו עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים לְיוֹסֵף, שָׁלַח עִמָּהֶם נִגּוּן שֶׁל אֶרֶץ־יִשְׂרָאֵל. וְזֶה סוֹד:

קְחוּ מִזִּמְרַת הָאָרֶץ בִּכְלֵיכֶם וְכוּ' (בראשית מ״ג:י״א), בְּחִינַת זֶמֶר וְנִגּוּן, שֶׁשָּׁלַח עַל־יָדָם לְיוֹסֵף, וּכְמוֹ שֶׁפֵּרֵשׁ רַשִׁ"י: מִזִּמְרַת – לְשׁוֹן זֶמֶר וְכוּ'.

Sache que notre père Yaakov, lorsqu'il envoya ses fils, les dix tribus, vers Yossef, envoya avec eux un nigoun (une mélodie) de la terre d'Israël. Et c'est là le secret de : "Prenez des produits choisis (mi-zimrat) du pays dans vos bagages", etc.

(Genèse 43,11) - l'aspect du zemer (le chant) et du nigoun, qu'il envoya par eux à Yossef ; et comme l'explique Rachi : mi-zimrat - c'est un terme de zemer, etc.

כִּי דַּע, כִּי כָל רוֹעֶה וְרוֹעֶה יֵשׁ לוֹ נִגּוּן מְיֻחָד לְפִי הָעֲשָׂבִים וּלְפִי הַמָּקוֹם שֶׁהוּא רוֹעֶה שָׁם, כִּי כָל בְּהֵמָה וּבְהֵמָה יֵשׁ לָהּ עֵשֶׂב מְיֻחָד, שֶׁהִיא צְרִיכָה לְאָכְלוֹ. גַּם אֵינוֹ רוֹעֶה תָּמִיד בְּמָקוֹם אֶחָד.

וּלְפִי הָעֲשָׂבִים וְהַמָּקוֹם שֶׁרוֹעֶה שָׁם, כֵּן יֵשׁ לוֹ נִגּוּן. כִּי כָל עֵשֶׂב וָעֵשֶׂב יֵשׁ לוֹ שִׁירָה שֶׁאוֹמֵר, שֶׁזֶּה בְּחִינַת פֶּרֶק שִׁירָה, וּמִשִּׁירַת הָעֲשָׂבִים נַעֲשֶׂה נִגּוּן שֶׁל הָרוֹעֶה.

Car sache que chaque berger a une mélodie particulière selon les herbes et selon le lieu où il fait paître ; car chaque bête à une herbe particulière qu'il lui faut manger. De plus, il ne fait pas toujours paître au même endroit.

Et selon les herbes et le lieu où il fait paître, ainsi est sa mélodie. Car chaque herbe a un chant qu'elle dit, ce qui est l'aspect du Perek Chira (le "Chapitre du chant", où chaque créature loue son Créateur) ; et du chant des herbes se fait la mélodie du berger.

וְזֶה סוֹד מַה שֶּׁכָּתוּב (שם ד): וַתֵּלֵד עָדָה אֶת יָבָל, הוּא הָיָה אֲבִי יֹשֵׁב אֹהֶל וּמִקְנֶה, וְשֵׁם אָחִיו יוּבָל, הוּא הָיָה אֲבִי כָּל תֹּפֵשׂ כִּנּוֹר וְעוּגָב.

כִּי תֵּכֶף כְּשֶׁהָיָה בָּעוֹלָם רוֹעֵה מִקְנֶה, הָיָה תֵּכֶף כְּלֵי־זֶמֶר כַּנַּ"ל. וְעַל־כֵּן דָּוִד הַמֶּלֶךְ, עָלָיו הַשָּׁלוֹם, שֶׁהָיָה יֹדֵעַ נַגֵּן (שמואל־א טז), עַל־כֵּן הָיָה רוֹעֶה (שם) כַּנַּ"ל.

(גַּם מָצִינוּ בַּאֲבוֹת הָעוֹלָם כֻּלָּם, שֶׁהָיוּ רוֹעֵי מִקְנֶה).

Et c'est là le secret de ce qui est écrit (ibid., chapitre 4) : "Et Ada enfanta Yaval ; il fut le père de ceux qui habitent sous la tente et ont du bétail. Et le nom de son frère était Youval ; il fut le père de tous ceux qui manient la harpe et la flûte" (Genèse 4,20-21).

Car dès l'instant où il y eut dans le monde un berger de troupeaux, il y eut aussitôt des instruments de musique, comme mentionné plus haut. Et c'est pourquoi le roi David, la paix sur lui, qui "savait jouer" (1 Samuel 16,18), était pour cela berger (ibid.

16,11), comme mentionné plus haut. (Nous trouvons également que tous les pères du monde étaient bergers de troupeaux.)

וְזֶה בְּחִינַת (ישעיהו כ״ד:ט״ז): מִכְּנַף הָאָרֶץ זְמִירוֹת שָׁמַעְנוּ, הַיְנוּ שֶׁזְּמִירוֹת וְנִגּוּנִים יוֹצְאִים מִכְּנַף הָאָרֶץ, כִּי עַל־יְדֵי הָעֲשָׂבִים הַגְּדֵלִים בָּאָרֶץ נַעֲשֶׂה נִגּוּן כַּנַּ"ל.

וְעַל־יְדֵי שֶׁהָרוֹעֶה יוֹדֵעַ הַנִּגּוּן, עַל־יְדֵי־זֶה הוּא נוֹתֵן כֹּחַ בְּהָעֲשָׂבִים, וַאֲזַי יֵשׁ לַבְּהֵמוֹת לֶאֱכֹל.

Et c'est l'aspect de (Isaie 24,16) : "Du bout de la terre nous avons entendu des chants", c'est-à-dire que des chants et des mélodies sortent du bout de la terre, car c'est par les herbes qui poussent dans la terre que se fait la mélodie, comme mentionné plus haut. Et par le fait que le berger connaît la mélodie, il donne par cela de la force aux herbes, et alors les bêtes ont de quoi manger.

וְזֶה בְּחִינַת (שׁה"ש ב): הַנִּצָּנִים נִרְאוּ בָאָרֶץ, עֵת הַזָּמִיר הִגִּיעַ, הַיְנוּ שֶׁהַנִּצָּנִים גְּדֵלִים בָּאָרֶץ עַל־יְדֵי הַזֶּמֶר וְהַנִּגּוּן הַשַּׁיָּךְ לָהֶם כַּנַּ"ל.

נִמְצָא שֶׁעַל־יְדֵי הַזֶּמֶר וְהַנִּגּוּן שֶׁהָרוֹעֶה יוֹדֵעַ, הוּא נוֹתֵן כֹּחַ בָּעֲשָׂבִים, וְיֵשׁ מִרְעֶה לַבְּהֵמוֹת.

Et c'est l'aspect de (Cantique des cantiques 2,12) : "Les bourgeons sont apparus dans le pays, le temps du zamir (du chant) est arrivé", c'est-à-dire que les bourgeons poussent dans la terre par le zemer et le nigoun qui leur correspondent, comme mentionné plus haut. Il en résulte que par le chant et la mélodie que connaît le berger, il donne de la force aux herbes, et il y a du pâturage pour les bêtes.

גַּם הַנִּגּוּן הוּא טוֹבָה לְהָרוֹעֶה בְּעַצְמוֹ, כִּי מֵחֲמַת שֶׁהָרוֹעֶה הוּא תָּמִיד בֵּין בְּהֵמוֹת, הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיַּמְשִׁיכוּ וְיוֹרִידוּ אֶת הָרוֹעֶה מִבְּחִינַת רוּחַ הָאָדָם לְרוּחַ הַבַּהֲמִיּוּת, עַד שֶׁיִּרְעֶה הָרוֹעֶה אֶת עַצְמוֹ, בִּבְחִינַת (בראשית ל״ז:י״ב): וַיֵּלְכוּ לִרְעוֹת אֶת צֹאן אֲבִיהֶם וְכוּ', וּפֵרֵשׁ רַשִׁ"י:

שֶׁהָלְכוּ לִרְעוֹת אֶת עַצְמָן.

La mélodie est aussi un bien pour le berger lui-même ; car du fait que le berger se trouve constamment parmi les bêtes, il serait possible qu'elles l'entraînent et le fassent descendre de l'aspect de l'esprit de l'homme à l'esprit de l'animalité, au point que le berger se fasse paître lui-même, dans l'aspect de (Genèse 37,12) : "Et ils allèrent paître le troupeau de leur père", etc., que Rachi explique ainsi : qu'ils allèrent se paître eux-mêmes.

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