ליקוטי מוהר"ן

Likoutei Moharan — Part II (39/73)

Rabbi Nahman de Breslev
En bref

Ce passage poursuit : c'est un bien que les livres saints soient dissimulés et brûlés, car sans cela on ne pourrait se rapprocher du Nom béni, les livres d'hérétiques s'étant répandus. Rabbi Na'hman enseigne que chacun doit garder l'aspect de Machia'h qu'il possède, qui dépend de la préservation de la débauche ; Machia'h est l'aspect du nez, et son esprit plane sur les faces de la Torah, les livres saints. Cet esprit devient esprit de jalousie ; les grands justes brûlent leur Torah pour qu'il se retire et ne corrompe pas la paix du couple saint, unification inférieure dont dépend l'unification supérieure. Alors les livres des hérétiques sont déracinés, et l'on peut se rapprocher de Lui.

Aussi : Yitro se réjouit de tout le bien même en regardant la fin ; du côté de l'âme la mort est très bonne ; le juste se réjouit aussi avec son corps, le converti ne le peut

אַךְ הוּא טוֹבָה לְהָעוֹלָם, כִּי אִם לֹא הָיָה זֹאת, לֹא הָיָה אֶפְשָׁר לָנוּ כְּלָל לְהִתְקָרֵב לְהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ. כִּי יֵשׁ הַרְבֵּה סִפְרֵי מִינִין, שֶׁאִם הָיוּ, חַס וְשָׁלוֹם, מִתְפַּשְּׁטִין בָּעוֹלָם, לֹא הָיָה אֶפְשָׁר כְּלָל לְהִתְקָרֵב לְהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ.

כִּי יָרָבְעָם בֶּן נְבָט, שֶׁעָשָׂה שְׁנֵי עֶגְלֵי זָהָב וְאָמַר: הִנֵּה אֱלֹקֶיךָ יִשְׂרָאֵל וְכוּ' (מלכים־א יב), וְהִטְעָה כָּל יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵיהֶם – הֲיַעֲלֶה עַל הַדַּעַת, שֶׁהִטְעָה עַם רָב בִּשְׁטוּת כָּזֶה לַעֲבֹד עֲגָלִים, אַךְ בְּוַדַּאי הָיָה בָּזֶה חָכְמוֹת גְּדוֹלוֹת מְאֹד מְאֹד שֶׁל אֶפִּיקוֹרְסוּת, וְאִם הָיָה, חַס וְשָׁלוֹם חַס וְשָׁלוֹם, רַחֲמָנָא לִצְלָן, נִמְצָא עַתָּה דַף אֶחָד מִסְּפָרִים הַלָּלוּ, חַס וְשָׁלוֹם, הָיוּ מִתְרַחֲקִים מְאֹד מֵהַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וְלֹא הָיָה אֶפְשָׁר לְהִתְקָרֵב אֵלָיו יִתְבָּרַךְ כְּלָל.

וּבִשְׁבִיל זֶה הוּא טוֹבָה מַה שֶּׁנִּתְעַלְּמִין וְנִשְׂרָפִין הַסְּפָרִים הַקְּדוֹשִׁים הַנַּ"ל:

Mais cela est un bien pour le monde, car si cela n'était pas, il ne nous serait absolument pas possible de nous rapprocher du Nom béni. Car il existe beaucoup de livres d'hérétiques (minim), qui, s'ils s'étaient répandus dans le monde, à Dieu ne plaise, il n'aurait pas été possible du tout de se rapprocher du Nom béni.

Car Yarovam ben Nevat, qui fit deux veaux d'or et dit : Voici tes dieux, Israël, etc. (Rois I 12), et qui égara tout Israël à leur suite - est-il concevable qu'il ait égaré un peuple si nombreux par une sottise pareille, adorer des veaux ?

Mais assurément il y avait là des sagesses très très grandes d'hérésie (épicuréisme) ; et si, à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise, que le Miséricordieux nous en préserve, il se trouvait aujourd'hui une seule page de ces livres-là, à Dieu ne plaise, on s'éloignerait beaucoup du Nom béni, et il ne serait pas possible du tout de se rapprocher de Lui, béni soit-Il. Et c'est pour cela que c'est un bien que soient dissimulés et brûlés les livres saints mentionnés plus haut :

כִּי הַסֵּפֶר הוּא בְּחִינַת שֵׁם ה', בִּבְחִינַת: מִגְדַּל עֹז שֵׁם ה', בּוֹ יָרוּץ צַדִּיק וְנִשְׂגָּב (משלי י״ח:י׳).

וְאִיתָא בַּזֹּהַר (בראשית דף לז:): שֵׁם ה' – דָּא סֵפֶר, כִּי סֵפֶר בְּמִסְפַּר שֵׁם, כַּמּוּבָא.

כִּי הַסֵּפֶר הוּא בְּחִינַת שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻשָּׁה, וְנִתְפַּשֵּׁט בָּעוֹלָם וְעוֹשֶׂה שֵׁם.

Car le livre est l'aspect du Nom de ה', selon l'aspect : Une tour forte est le Nom de ה', le juste y court et il est élevé en hauteur (Proverbes 18,10). Et il est enseigné dans le Zohar (Berechit page 37b) : le Nom de ה' - c'est le livre ; car sefer (livre, ספר) a la même valeur numérique que chem (nom, שם), comme cela est rapporté.

Car le livre est l'aspect de Mon Nom qui a été écrit en sainteté, qui se répand dans le monde et fait un nom.

וְדַע, שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד צָרִיךְ לִשְׁמֹר אֶת בְּחִינַת מָשִׁיחַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ. כִּי כָל אֶחָד כְּפִי קְדֻשָּׁתוֹ וְטָהֳרָתוֹ, כֵּן יֵשׁ לוֹ בְּחִינַת מָשִׁיחַ, וְצָרִיךְ לִשְׁמֹר מְאֹד, שֶׁלֹּא יִתְקַלְקֵל בְּחִינַת מָשִׁיחַ שֶׁלּוֹ.

וְעִקָּר הַדָּבָר שֶׁבּוֹ תָּלוּי בְּחִינוֹת מָשִׁיחַ הוּא שְׁמִירָה מִנִּאוּף.

Et sache que chacun doit garder l'aspect de Machiah qu'il possède. Car chacun, selon sa sainteté et sa pureté, possède un aspect de Machiah, et il doit veiller très fort à ce que son aspect de Machiah ne se corrompe pas.

Et l'essentiel de ce dont dépend l'aspect de Machiah, c'est la préservation de la débauche (niouf, l'immoralité sexuelle).

כִּי מָשִׁיחַ הוּא בְּחִינוֹת חֹטֶם, בִּבְחִינוֹת (איכה ד׳:כ׳): רוּחַ אַפֵּינוּ מְשִׁיחַ ה'; וְנִאוּף תָּלוּי בַּחֹטֶם, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (שמות כ):

לֹא תִנְאָף, וְאִיתָא בַּמִּדְרָשׁ (רבה פ' נשא פ' י): לֹא תֵהָנֶה אַף.

וְצָרִיךְ לִשְׁמֹר עַצְמוֹ מְאֹד אֲפִלּוּ מֵרֵיחַ נִאוּף, כִּי הוּא פּוֹגֵם בְּחִינַת מָשִׁיחַ שֶׁלּוֹ, שֶׁהוּא בְּחִינַת חֹטֶם כַּנַּ"ל.

Car Machiah est l'aspect du nez (hotem), selon l'aspect (Lamentations 4,20) : Le souffle de nos narines (roua'h apenou), l'oint de ה' ; et la débauche dépend du nez, comme il est écrit (Exode 20) : Tu ne commettras pas d'adultère (lo tin'af, לא תנאף), et il est enseigné dans le Midrach (Rabba, parachat Nasso, ch. 10) : que le nez n'en tire pas de jouissance (lo tehane af, לא תהנה אף), le calcul portant sur les mêmes lettres.

Et il faut se garder très fort même de l'odeur (reah) de la débauche, car elle porte atteinte à son aspect de Machiah, qui est l'aspect du nez comme dit plus haut.

וּבְחִינַת מָשִׁיחַ הוּא שׁוֹרֶה עַל אַנְפֵּי אוֹרַיְתָא, דְּהַיְנוּ הַסְּפָרִים הַקְּדוֹשִׁים שֶׁמְּגַלִּין הַפָּנִים שֶׁל תּוֹרָה, וְשָׁם מְרָחֵף רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, בִּבְחִינַת (בראשית א׳:ב׳-ג׳): וְרוּחַ אֱלֹקִים מְרַחֶפֶת עַל פְּנֵי הַמָּיִם.

רוּחַ אֱלֹקִים – דָּא רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ (זוהר ויחי דף רמ.), שֶׁמְּרַחֵף עַל פְּנֵי הַמַּיִם, וּמַיִם הוּא הַתּוֹרָה, כַּמּוּבָא:

Et l'aspect de Machiah réside sur les faces de la Torah (anpei oraita, les visages dévoilés de la Torah), c'est-à-dire les livres saints qui dévoilent les faces de la Torah, et c'est là que plane l'esprit de Machiah, selon l'aspect (Genèse 1,2-3) : et le souffle d'Elok-im planait sur la face des eaux. Le souffle d'Elok-im - c'est l'esprit de Machiah (Zohar Vayehi page 240a), qui plane sur la face des eaux ; et les eaux, c'est la Torah, comme cela est rapporté :

וְדַע, שֶׁבְּחִינַת רוּחַ אַפֵּינוּ מְשִׁיחַ ה' נַעֲשֶׂה רוּחַ־קִנְאָה, שֶׁהוֹלֵךְ וּמְקַנֵּא; בְּכָל מָקוֹם שֶׁמּוֹצֵא שָׁם נִאוּף, הוּא נַעֲשֶׂה רוּחַ־קִנְאָה וּמְקַנֵּא עַל זֶה לְגֹדֶל קְדֻשָּׁתוֹ וְטָהֳרָתוֹ. וּפְעָמִים מְקַנֵּא וְהִיא נִטְמָאָה, אוֹ עָבַר עָלָיו רוּחַ־קִנְאָה וְכוּ' וְהִיא לֹא נִטְמָאָה (במדבר ה׳:י״ד), כִּי לְגֹדֶל עֹצֶם קְדֻשָּׁתוֹ וְטָהֳרָתוֹ, אַף־עַל־פִּי שֶׁלֹּא נִטְמְאָה, הוּא מְקַנֵּא עַל הַסְּתִירָה לְבַד, כִּי נֶחֱשָׁב פְּגָם כְּנֶגֶד עֹצֶם טָהֳרָתוֹ שֶׁל הָרוּחַ־קִנְאָה, וְנַעֲשֶׂה עַל־יְדֵי־זֶה לִפְעָמִים גֵּט.

Et sache que l'aspect du souffle de nos narines, l'oint de ה', devient un esprit de jalousie (roua'h kin'a), qui va et qui jalouse ; en tout lieu où il trouve de la débauche, il devient un esprit de jalousie et s'indigne à ce sujet, en raison de la grandeur de sa sainteté et de sa pureté. Et parfois il s'indigne alors qu'elle s'est rendue impure, ou bien un esprit de jalousie a passé sur lui, etc., et elle ne s'est pas rendue impure (Nombres 5,14) ; car en raison de l'immensité de sa sainteté et de sa pureté, même si elle ne s'est pas rendue impure, il s'indigne pour le seul fait de l'isolement (setira, le fait de s'être isolée), car cela est compté comme une atteinte au regard de l'immensité de la pureté de cet esprit de jalousie, et il en résulte parfois un acte de divorce (guet).

וְעַל־כֵּן נִקְרָא הַגֵּט סֵפֶר כְּרִיתוּת (דברים כ״ד:א׳), כִּי נַעֲשֶׂה עַל־יְדֵי הַסֵּפֶר, שֶׁשָּׁם שׁוֹרָה רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, שֶׁהוּא הָרוּחַ־קִנְאָה כַּנַּ"ל. אוֹ שֶׁמַּשְׁקֶה אוֹתָהּ מַיִם מְאָרְרִים, וַאֲזַי נִבְדֶּקֶת אִם נִטְמְאָה וְכוּ', וְאִם לָאו, אֲזַי אַדְּרַבָּא:

וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זָרַע וְכוּ':

Et c'est pourquoi le guet est appelé livre de rupture, sefer keritout (Deutéronome 24,1), car il se fait par le moyen du livre (sefer), où réside l'esprit de Machiah, qui est l'esprit de jalousie comme dit plus haut. Ou bien il lui fait boire les eaux amères qui maudissent, et alors elle est examinée, pour savoir si elle s'est rendue impure, etc. ; et si non, alors au contraire : elle sera déclarée innocente et elle portera une semence, etc.

(Nombres 5,28) :

וְדַע, שֶׁיֵּשׁ יִחוּדָא תַּתָּאָה שֶׁבְּזֶה הָעוֹלָם, שֶׁהוּא בְּכַשְׁרוּת גָּדוֹל בִּקְדֻשָּׁה וּבְטָהֳרָה כָּל־כָּךְ, עַד שֶׁבּוֹ תָּלוּי יִחוּדָא עִלָּאָה. שֶׁהַזּוּג, דְּהַיְנוּ הָאִישׁ וְהָאִשָּׁה, כְּשֵׁרִים כָּל־כָּךְ, שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה מְאֹד וְאֵין בָּהּ שׁוּם שֶׁמֶץ פְּסוּל, וְגַם הוּא כָּשֵׁר מְאֹד, וְזִוּוּגָם בְּכַשְׁרוּת וּבִקְדֻשָּׁה כָּל־כָּךְ, שֶׁבּוֹ תָּלוּי יִחוּדָא עִלָּאָה.

כִּי אִישׁ וְאִשָּׁה, זָכוּ – שְׁכִינָה שְׁרוּיָה בֵּינֵיהֶם (כשרז"ל סוטה יז), כִּי יֵשׁ בּוֹ יוּ"ד וּבָהּ הֵ"א, שֶׁזֶּהוּ יִחוּדָא עִלָּאָה. וְזֶה הַזִּוּוּג וְהַיִּחוּדָא תַּתָּאָה הוּא יָקָר מְאֹד מְאֹד, מֵאַחַר שֶׁבְּזֶה הָעוֹלָם נַעֲשֶׂה יִחוּדָא תַּתָּאָה בִּקְדֻשָּׁה כָּזוֹ, שֶׁבּוֹ תָּלוּי יִחוּדָא עִלָּאָה.

Et sache qu'il existe une unification inférieure (yihouda tataa) dans ce monde-ci, qui se fait avec une si grande intégrité, dans une telle sainteté et une telle pureté, que l'unification supérieure (yihouda ilaa) en dépend. Car le couple, c'est-à-dire l'homme et la femme, sont à ce point intègres : elle est très intègre et il n'y a en elle aucune trace de disqualification, et lui aussi est très intègre, et leur union se fait avec une telle intégrité et une telle sainteté, que l'unification supérieure en dépend.

Car un homme (ich, איש) et une femme (icha, אשה), s'ils en sont dignes, la Chekhina réside entre eux (comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, Sota 17a), car il y a en lui un youd et en elle un hé, et c'est cela l'unification supérieure. Et cette union et cette unification inférieure sont extrêmement précieuses, puisque dans ce monde-ci se réalise une unification inférieure dans une sainteté telle que l'unification supérieure en dépend.

וְהִנֵּה הָרוּחַ־קִנְאָה שֶׁהוּא בְּחִינַת רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ כַּנַּ"ל, שֶׁהוּא מְקַנֵּא עַל נִאוּף, מַה הוּא עוֹשֶׂה כָּאן, מֵאַחַר שֶׁהֵם קְדוֹשִׁים וּטְהוֹרִים מְאֹד, אַךְ דַּע, שֶׁכָּאן בָּא הָרוּחַ־קִנְאָה בִּשְׁבִיל אַהֲבָה. כִּי אִיתָא בַּזֹּהַר (ויחי דף רמה.):

כָּל רְחִימוּתָא דְּלָא קְשִׁיר עִמָּהּ קִנְאָה, לַאו רְחִימוּתָא רְחִימָא, הַדָּא הוּא דִּכְתִיב: כִּי עַזָּה כַמָּוֶת אַהֲבָה, קָשָׁה כִּשְׁאוֹל קִנְאָה.

כִּי הַקִּנְאָה מוֹרָה עַל אַהֲבָה. כִּי מֵחֲמַת גֹּדֶל הָאַהֲבָה הוּא מְקַנֵּא בָּהּ:

אַל תִּסָּתְרִי, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְקַלְקֵל הָאַהֲבָה, חַס וְשָׁלוֹם, וְזֶה פּוֹעֵל כָּאן הָרוּחַ־קִנְאָה הַנַּ"ל בִּשְׁבִיל אַהֲבָה כַּנַּ"ל.

Or l'esprit de jalousie, qui est l'aspect de l'esprit de Machiah comme dit plus haut, et qui s'indigne contre la débauche, que fait-il ici, puisqu'ils sont très saints et très purs ? Mais sache qu'ici l'esprit de jalousie vient pour l'amour.

Car il est enseigné dans le Zohar (Vayehi page 245a) : tout amour auquel n'est pas liée la jalousie n'est pas un amour véritable ; c'est ce qui est écrit : car l'amour est fort comme la mort, la jalousie est dure comme le chéol (Cantique des cantiques 8,6). Car la jalousie indique l'amour.

Car c'est en raison de la grandeur de l'amour qu'il est jaloux d'elle : ne t'isole pas - afin que l'amour ne se corrompe pas, à Dieu ne plaise ; et voilà ce qu'accomplit ici l'esprit de jalousie mentionné, pour l'amour, comme dit plus haut.

אַךְ מֵחֲמַת שֶׁאַף־עַל־פִּי־כֵן זֶה הַיִּחוּדָא תַתָּאָה הוּא בְּזֶה הָעוֹלָם, יוּכַל לְהִתְקַלְקֵל הַשָּׁלוֹם שֶׁבֵּינֵיהֶם, חַס וְשָׁלוֹם, עַל־יְדֵי הָרוּחַ־קִנְאָה. כִּי הַקִּנְאָה, אַף־עַל־פִּי שֶׁהִיא בִּשְׁבִיל אַהֲבָה, יְכוֹלָה לְהַטִּיל מַחֲלֹקֶת, חַס וְשָׁלוֹם, עַל־יְדֵי שֶׁמְּקַנֵּא לָהּ וְכוּ':

Mais parce que, malgré tout, cette unification inférieure se trouve dans ce monde-ci, la paix entre eux peut se corrompre, à Dieu ne plaise, par l'esprit de jalousie. Car la jalousie, bien qu'elle soit pour l'amour, peut jeter la discorde, à Dieu ne plaise, du fait qu'il est jaloux d'elle, etc. :

וְעַל־כֵּן דַּע, שֶׁבִּשְׁבִיל זֶה צְרִיכִין הַצַּדִּיקִים הַגְּדוֹלִים לְהַעֲלִים תּוֹרָתָם, לְשָׂרְפָן וּלְהַאֲבִידָן כַּנַּ"ל, כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה נִסְתַּלֵּק הָרוּחַ־קִנְאָה, שֶׁלֹּא יְקַלְקֵל, חַס וְשָׁלוֹם, שְׁלוֹם הַזּוּג הַקָּדוֹשׁ הַנַּ"ל.

Et c'est pourquoi, sache que pour cette raison les grands justes doivent dissimuler leur Torah, la brûler et la faire disparaître comme dit plus haut, afin que l'esprit de jalousie se retire et ne corrompe pas, à Dieu ne plaise, la paix du couple saint mentionné plus haut.

כִּי יִחוּדָא תַּתָּאָה שֶׁלָּהֶם יָקָר מְאֹד, וּכְשֶׁנִּתְקַלְקֵל שָׁלוֹם שֶׁבֵּינֵיהֶם עַל־יְדֵי הָרוּחַ־קִנְאָה כַּנַּ"ל, הוּא הֶפְסֵד גָּדוֹל מְאֹד. וְעַל־כֵּן מֻכְרָחִין שֶׁיִּהְיוּ נֶאֱבָדִין הַתּוֹרוֹת וְהַסְּפָרִים הַנַּ"ל, כְּדֵי לְסַלֵּק הָרוּחַ־קִנְאָה.

כִּי הָרוּחַ־קִנְאָה הוּא רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, שֶׁהוּא שׁוֹרֶה עַל אַנְפֵּי אוֹרַיְתָא, דְּהַיְנוּ הַסְּפָרִים כַּנַּ"ל; נִמְצָא, כְּשֶׁנִּשְׂרָפִין וְנֶאֱבָדִין הַסְּפָרִים, מִמֵילָא נִסְתַּלֵּק הָרוּחַ־קִנְאָה, שֶׁהוּא רוּחוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ, שֶׁשּׁוֹרֶה עַל הַסְּפָרִים כַּנַּ"ל.

Car leur unification inférieure est très précieuse, et lorsque la paix entre eux se corrompt par l'esprit de jalousie comme dit plus haut, c'est une très grande perte. Et c'est pourquoi il est indispensable que soient perdus les enseignements et les livres mentionnés plus haut, afin d'écarter l'esprit de jalousie.

Car l'esprit de jalousie est l'esprit de Machiah, qui réside sur les faces de la Torah, c'est-à-dire sur les livres comme dit plus haut ; il se trouve donc que lorsque les livres sont brûlés et perdus, l'esprit de jalousie, qui est l'esprit de Machiah résidant sur les livres, se retire de lui-même, comme dit plus haut.

וְזֶהוּ סוֹד שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻשָּׁה יִמָּחֶה, כִּי הַסֵּפֶר הוּא בְּחִינַת שֵׁם ה', בְּחִינַת שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻשָּׁה כַּנַּ"ל. וְאָמְרָה תּוֹרָה, שֶׁיִּמָּחֶה וְיֵאָבֵד כְּדֵי לְהַטִּיל שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ, דְּהַיְנוּ זוּג הַקָּדוֹשׁ הַנַּ"ל, שֶׁבִּשְׁבִיל הַשָּׁלוֹם שֶׁבֵּינֵיהֶן נִמְחִין וְנֶאֱבָדִין הַסְּפָרִים, שֶׁהֵם בְּחִינַת שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְּדֻשָּׁה כַּנַּ"ל.

Et c'est là le secret de : Mon Nom qui a été écrit en sainteté sera effacé. Car le livre est l'aspect du Nom de ה', l'aspect de Mon Nom qui a été écrit en sainteté comme dit plus haut.

Et la Torah a dit qu'il soit effacé et détruit afin d'instaurer la paix entre un homme et sa femme, c'est-à-dire le couple saint mentionné plus haut : c'est pour la paix qui est entre eux que sont effacés et perdus les livres, qui sont l'aspect de Mon Nom qui a été écrit en sainteté comme dit plus haut.

וַאֲזַי נוֹשְׂאִין קַל־וָחֹמֶר לְמַעְלָה (כשארז"ל שבת קטז): וּמָה שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻשָּׁה, שֶׁהוּא הַסְּפָרִים הַקְּדוֹשִׁים הַנַּ"ל, אָמְרָה תּוֹרָה יִמָּחֶה בִּשְׁבִיל לְהַטִּיל שָׁלוֹם וְכוּ', סִפְרֵי הַמִּינִין שֶׁהֵם מַטִּילִין שִׂנְאָה וְתַחֲרוּת בֵּין יִשְׂרָאֵל וְכוּ', עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁיִּמָּחוּ וְיֵאָבְדוּ וְיֵעָקְרוּ מִן הָעוֹלָם, שֶׁיִּמַח וְיֵעָקֵר זִכְרָם מִן הָעוֹלָם.

נִמְצָא שֶׁעַל־יְדֵי אֲבֵדַת הַסְּפָרִים הַקְּדוֹשִׁים בָּא טוֹבָה, שֶׁנֶּאֱבָדִין וְנֶעֱקָרִין סִפְרֵי הַמִּינִין, וַאֲזַי יְכוֹלִים לְהִתְקָרֵב אֵלָיו יִתְבָּרַךְ, אָמֵן:

Et alors on tire un raisonnement a fortiori (kal vahomer) en haut (comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, Chabbat 116a) : si Mon Nom qui a été écrit en sainteté, c'est-à-dire les livres saints mentionnés plus haut, la Torah a dit qu'il soit effacé afin d'instaurer la paix, etc., les livres des hérétiques (minim), qui jettent la haine et la rivalité entre les enfants d'Israël, etc., à combien plus forte raison doivent-ils être effacés, perdus et déracinés du monde, que leur souvenir soit effacé et déraciné du monde. Il se trouve donc que par la perte des livres saints vient un bien : les livres des hérétiques sont perdus et déracinés, et alors on peut se rapprocher de Lui, béni soit-Il, amen :

וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ עַל כָּל הַטּוֹבָה וְכוּ' (שמות י״ח:ט׳),

Et Yitro se réjouit (vayihad, ויחד) de tout le bien, etc. (Exode 18,9),

וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְרוֹנָם לִבְרָכָה (סנהדרין צד), שֶׁנַּעֲשָׂה בְּשָׂרוֹ חִדּוּדִין חִדּוּדִין.

Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Sanhédrin 94a) que sa chair se couvrit de picotements (hidoudin hidoudin, la chair de poule), le calcul portant sur les lettres de vayihad (ויחד).

כִּי כָל הַשְּׂמָחוֹת הֵם רַק בִּשְׁעָתָן, כְּגוֹן, לְמָשָׁל שִׂמְחָה שֶׁל חֲתֻנָּה אוֹ בְּרִית, הַשִּׂמְחָה הוּא רַק בִּשְׁעָתָן, וְאִם יִסְתַּכֵּל עַל הַסּוֹף, אֵין שׁוּם שִׂמְחָה בָּעוֹלָם, כִּי סוֹף אָדָם וְכוּ' (ברכות יז). אֲבָל אִם יִסְתַּכֵּל עַל הַסּוֹף שֶׁל הַסּוֹף, אָז יֵשׁ לוֹ לִשְׂמֹחַ מְאֹד, כִּי סוֹף כָּל סוֹף, דְּהַיְנוּ הַתַּכְלִית, הוּא טוֹב מְאֹד.

Car toutes les joies ne sont qu'à leur heure : par exemple la joie d'un mariage ou d'une brit-mila, la joie n'est qu'à son heure ; et si l'on regarde la fin, il n'y a aucune joie au monde, car la fin de l'homme, etc. (Berakhot 17a).

Mais si l'on regarde la fin de la fin, alors on a de quoi se réjouir grandement, car la fin de toute fin, c'est-à-dire le but ultime (takhlit), est très bonne.

וְהִנֵּה זֶהוּ רַק מִצַּד הַנְּשָׁמָה, שֶׁמִּצִּדָּהּ הַמָּוֶת טוֹב מְאֹד, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְרוֹנָם לִבְרָכָה (ב"ר פ' ט): וְהִנֵּה טוֹב מְאֹד – זֶה וְכוּ', כִּי הוּא טוֹב מְאֹד, שֶׁעַל־יָדוֹ בָּאִין לְתַכְלִית הַטּוֹב.

Or cela n'est ainsi que du côté de l'âme, du côté de laquelle la mort est très bonne, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Berechit Rabba, ch. 9) : et voici, c'était très bon - cela désigne la mort, etc.

(Genèse 1,31) ; car elle est très bonne, puisque c'est par elle que l'on parvient au bien ultime.

אַךְ מִי שֶׁהוּא צַדִּיק, וַאֲפִלּוּ גּוּפוֹ נָקִי וְקָדוֹשׁ מְאֹד, אֲזַי יָכוֹל לִשְׂמֹחַ גַּם עִם גּוּפוֹ, אֲפִלּוּ אִם מִסְתַּכֵּל עַל הַסּוֹף, מֵאַחַר שֶׁגַּם גּוּפוֹ טָהוֹר וְקָדוֹשׁ. כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (תהילים נ״ו:ה׳):

בֵּאלֹקִים בָּטַחְתִּי מַה יַּעֲשֶׂה בָשָׂר לִי – שֶׁהַבָּשָׂר, דְּהַיְנוּ הַגּוּף, אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲשׂוֹת לוֹ שׁוּם הֶזֵּק, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב (תהילים ט״ז:ט׳): אַף בְּשָׂרִי יִשְׁכֹּן לָבֶטַח – שֶׁהַצַּדִּיק בָּטוּחַ, שֶׁגַּם לְהַגּוּף יִהְיֶה טוֹב מְאֹד, וְעַל־כֵּן יָכוֹל לִשְׂמֹחַ גַּם עִם גּוּפוֹ, אֲפִלּוּ כְּשֶׁמִּסְתַּכֵּל עַל הַסּוֹף.

Mais celui qui est un juste, et dont même le corps est net et très saint, celui-là peut se réjouir aussi avec son corps, même lorsqu'il regarde la fin, puisque son corps aussi est pur et saint. Comme il est écrit (Psaumes 56,5) : en Elok-im je me confie, que me fera la chair ? - car la chair, c'est-à-dire le corps, ne peut lui causer aucun dommage ; et comme il est écrit (Psaumes 16,9) : ma chair aussi reposera en sécurité - car le juste est assuré que pour le corps aussi ce sera très bon ; et c'est pourquoi il peut se réjouir aussi avec son corps, même lorsqu'il regarde la fin.

אֲבָל מִי שֶׁאֵין גּוּפוֹ קָדוֹשׁ כָּל־כָּךְ, בִּפְרָט גֵּר, שֶׁאַף־עַל־פִּי שֶׁנִּשְׁמָתוֹ גָּבוֹהַּ מְאֹד, אַף־עַל־פִּי־כֵן גּוּפוֹ נוֹצַר מִטִּפָּה טְמֵאָה, וְאֵיךְ אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת זֹאת. נִמְצָא שֶׁזֶּה הָאִישׁ שֶׁאֵין גּוּפוֹ קָדוֹשׁ כָּל־כָּךְ, בִּפְרָט גֵּר, אִי אֶפְשָׁר לוֹ לִשְׂמֹחַ עִם גּוּפוֹ כְּשֶׁמִּסְתַּכֵּל עַל הַתַּכְלִית.

Mais celui dont le corps n'est pas si saint, en particulier un converti (guer) : bien que son âme soit très élevée, néanmoins son corps a été formé d'une goutte impure, et comment serait-il possible de changer cela ? Il se trouve donc que cet homme dont le corps n'est pas si saint, en particulier un converti, ne peut pas se réjouir avec son corps lorsqu'il regarde le but ultime.

וְזֶהוּ: וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ עַל כָּל הַטּוֹבָה – שֶׁיִּתְרוֹ הָיָה שָׂמֵחַ עַל כָּל הַטּוֹבָה, פֵּרוּשׁ, אֲפִלּוּ כְּשֶׁהִסְתַּכֵּל לְהָלְאָה מִן הַטּוֹבָה.

וְזֶהוּ: עַל כָּל הַטּוֹבָה – לְמַעְלָה וּלְהָלְאָה עַל הַטּוֹבָה, אַף־עַל־פִּי שֶׁהִסְתַּכֵּל עַל זֶה, הַיְנוּ לְהָלְאָה מִן הַטּוֹבָה, הַיְנוּ עַל הַסּוֹף, אַף־עַל־פִּי־כֵן הָיָה שָׂמֵחַ מְאֹד.

כִּי מִצַּד הַנְּשָׁמָה, אַף כְּשֶׁמִּסְתַּכֵּל עַל הַסּוֹף, הוּא טוֹב מְאֹד כַּנַּ"ל,

Et c'est cela : Et Yitro se réjouit de tout le bien - car Yitro se réjouissait de tout le bien, c'est-à-dire même lorsqu'il regardait au-delà du bien. Et c'est cela : de tout le bien - au-dessus et au-delà du bien ; bien qu'il ait regardé cela, c'est-à-dire au-delà du bien, autrement dit la fin, il était néanmoins très joyeux.

Car du côté de l'âme, même lorsque l'on regarde la fin, c'est très bon comme dit plus haut,

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