ליקוטי מוהר"ן

Likoutei Moharan — Part II (35/73)

Rabbi Nahman de Breslev
En bref

Ce passage poursuit : par les sibouvim (détours) la subsistance vient en son temps, et l'on voit le roi dans sa beauté, non à l'heure de la katnout (petitesse). Rabbi Na'hman enseigne que le but ultime consiste à servir le Nom avec une simplicité entière, sans subtilité. Les me'hakrim (chercheurs) disent que le monde à venir consiste à connaître chaque chose telle qu'elle est, et que le maskil, le mouskal et le sekhel deviennent un. Chez nous, on l'obtient par la foi et les mitsvot pratiques, dans la temimout (simplicité). Le roi Chelomo enseigne : « crains Elokim et garde Ses commandements, car c'est là tout l'homme » : tout homme peut accomplir cela et atteindre le but ultime.

Aussi : la joie du Chabbat, liberté et daat, crainte sans sottise ; regarder seulement le bien, nature et providence ; le danger d'être célèbre et de diriger le monde.

וְהַכְּלָל – שֶׁצְּרִיכִין לִרְאוֹת אֶת הַמֶּלֶךְ, בִּבְחִינַת (ישעיהו ל״ג:י״ז): מֶלֶךְ בְּיָפְיוֹ תֶחֱזֶינָה עֵינֶךָ, דְּהַיְנוּ כְּשֶׁהוּא בְּיָפְיוֹ וּגְדֻלָּתוֹ, וְלֹא בִּשְׁעַת קַטְנּוּת.

וְאִם הָיוּ נוֹתְנִין לוֹ פַּרְנָסָתוֹ תֵּכֶף וּמִיָּד, לֶחֶם מְזֻמָּן, הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיִּרְאֶה אֶת הַמֶּלֶךְ בִּשְׁעַת קַטְנוּת, כְּגוֹן בְּשָׁעָה שֶׁמַּקְטִין אֶת עַצְמוֹ וּמְחַשֵּׁב אֶת עַצְמוֹ שֶׁקֻּפָּה שֶׁל שְׁרָצִים תְּלוּיָה מֵאֲחוֹרָיו וְכַיּוֹצֵא כַּנַּ"ל,

Et la règle générale est qu'il faut voir le roi, selon l'aspect de (Isaie 33,17) : 'Tes yeux contempleront le roi dans sa beauté' - c'est-à-dire lorsqu'il est dans sa beauté et sa grandeur, et non à l'heure de la katnout (petitesse, état de conscience amoindrie). Et si on lui donnait sa subsistance aussitôt et immédiatement, du pain tout prêt, il serait possible qu'il voie le roi à l'heure de la katnout, par exemple à l'heure où celui-ci se fait petit lui-même et pense de lui-même qu'une corbeille de reptiles impurs (image talmudique d'une ascendance entachée) est suspendue derrière lui, et choses semblables, comme mentionné plus haut,

אֲבָל עַכְשָׁו שֶׁנּוֹתְנִין הַפַּרְנָסָה עַל־יְדֵי סִבּוּבִים, נִמְצָא שֶׁבָּאָה בָּעִתִּים מְיֻחָדִים, כִּי לְכָל סִבָּה צְרִיכָה עֵת מְיֻחָד, עַד שֶׁתֵּצֵא הַפַּרְנָסָה אֵלָיו. וְעַל־כֵּן לֹא יָבוֹא לִרְאוֹת אֶת הַמֶּלֶךְ בְּקַטְנוּתוֹ, רַק בְּיָפְיוֹ כַּנַּ"ל, כִּי אֵין נוֹתְנִין לוֹ הַפַּרְנָסָה תֵּכֶף, רַק בְּעֵת מְיֻחָד, בְּאֹפֶן שֶׁלֹּא יִרְאֵהוּ רַק בְּיָפְיוֹ, בִּבְחִינַת:

מֶלֶךְ בְּיָפְיוֹ וְכוּ'. כִּי עַל־יְדֵי הַפַּרְנָסָה רוֹאִין הַמֶּלֶךְ בָּעֲטָרָה כַּנַּ"ל.

mais maintenant que l'on donne la subsistance par le moyen de sibouvim (détours, chaînes de causes indirectes), il se trouve qu'elle vient à des temps déterminés, car chaque cause a besoin d'un temps qui lui est propre jusqu'à ce que la subsistance sorte vers lui. C'est pourquoi il n'en viendra pas à voir le roi dans sa katnout, mais seulement dans sa beauté, comme mentionné plus haut, car on ne lui donne pas la subsistance aussitôt, mais seulement en un temps déterminé, de telle sorte qu'il ne le voie que dans sa beauté, selon l'aspect de : 'le roi dans sa beauté', etc.

Car c'est par la subsistance que l'on voit le roi avec sa couronne, comme mentionné plus haut.

וְזֶה הַסּוֹד מְרֻמָּז בַּפָּסוּק (תהילים קמ״ה:ט״ו-ט״ז): עֵינֵי כֹל אֵלֶיךָ יְשַׂבֵּרוּ וְאַתָּה נוֹתֵן לָהֶם אֶת אָכְלָם בְּעִתּוֹ, פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וְכוּ'.

עֵינֵי כֹל וְכוּ' – זֶהוּ הַקֻּשְׁיָא הַנַּ"ל, הַיְנוּ: עֵינֵי כֹל אֵלֶיךָ יְשַׂבֵּרוּ, וְאַתָּה נוֹתֵן לָהֶם אֶת אָכְלָם בְּעִתּוֹ, דְּהַיְנוּ שֶׁמְּבַקְּשִׁין עַל פַּרְנָסָה, וְאֵין נוֹתְנִין תֵּכֶף, רַק בְּעִתּוֹ כַּנַּ"ל.

וְהַתֵּרוּץ: פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן (וְלֹא סִיֵּם):

Et ce secret est suggéré dans le verset (Psaumes 145,15-16) : 'Les yeux de tous espèrent en Toi, et Toi Tu leur donnes leur nourriture en son temps ; Tu ouvres Ta main', etc. 'Les yeux de tous', etc. - c'est la question mentionnée plus haut, à savoir : 'Les yeux de tous espèrent en Toi, et Toi Tu leur donnes leur nourriture en son temps', c'est-à-dire que l'on demande la subsistance et qu'on ne la donne pas aussitôt, mais seulement en son temps, comme mentionné plus haut. Et la réponse est : 'Tu ouvres Ta main et Tu rassasies de faveur tout vivant' (et il n'a pas achevé) :

צָרִיךְ לִזָּהֵר מְאֹד לִהְיוֹת שָׂמֵחַ וְטוֹב לֵב בְּשַׁבָּת, כִּי מַעֲלוֹת וּקְדֻשּׁוֹת שַׁבָּת גְּדוֹלָה וִיקָרָה מְאֹד, כַּמּוּבָא, וּבִפְרָט בְּ"רֵאשִׁית־חָכְמָה" בְּשַׁעַר הַקְּדֻשָּׁה בִּתְחִלָּתוֹ, עַיֵּן שָׁם.

Il faut prendre grand soin d'être joyeux et le cœur bon durant le Chabbat, car les degrés élevés et les saintetés du Chabbat sont très grands et très précieux, comme cela est rapporté, et en particulier dans le Rechit ''Hokhma (ouvrage de mousar de rabbi Eliahou de Vidas), au Chaar ha-Kedoucha (la Porte de la sainteté), à son commencement ; vois-y.

וְרָאוּי וְנָכוֹן לִלְמֹד בְּרֵאשִׁית־חָכְמָה בַּשַּׁעַר הַנַּ"ל, וְלָשׂוּם לִבּוֹ הֵיטֵב עַל כָּל הַדְּבָרִים הַנֶּאֱמָרִים שָׁם בְּעִנְיַן קְדֻשַּׁת וּמַעֲלוֹת שַׁבַּת־קֹדֶשׁ. כִּי יֵשׁ שָׁם כַּמָּה דְּבָרִים פְּרָטִיִּים יְקָרִים מִקְּדֻשַּׁת וּמַעֲלוֹת שַׁבָּת.

כִּי כָל עִנְיָן וּמַעֲלָה הַנֶּאֱמָר שָׁם עַל שַׁבָּת הוּא דָּבָר בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְהָבֵן שָׁם הֵיטֵב, כְּדֵי שֶׁיִּתְלַהֵב לִבּוֹ לְקַבֵּל שַׁבָּת בְּשִׂמְחָה גְּדוֹלָה וַעֲצוּמָה כָּרָאוּי.

Et il convient et il est juste d'étudier le Rechit ''Hokhma dans la porte mentionnée plus haut, et d'appliquer bien son cœur à toutes les paroles qui y sont dites au sujet de la sainteté et des degrés élevés du saint Chabbat. Car il y a là plusieurs points particuliers et précieux touchant la sainteté et les degrés élevés du Chabbat, car chaque sujet et chaque élévation qui y est dit à propos du Chabbat est une chose en soi.

Et comprends bien ce qui est dit là, afin que son cœur s'enflamme pour recevoir le Chabbat avec une joie grande et puissante, comme il convient.

וְעַל־יְדֵי־זֶה הַיִּרְאָה בִּשְׁלֵמוּת, דְּהַיְנוּ עִם דַּעַת, כִּי בְּחֹל אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה הַיִּרְאָה עִם כְּסִילוּת, בִּבְחִינַת (איוב ד׳:ו׳): הֲלֹא יִרְאָתְךָ כִּסְלָתֶךָ.

וְעִקָּר הַכְּסִילוּת הוּא מֵחֲמַת הַשִּׁעְבּוּד שֶׁיֵּשׁ בְּחֹל, כִּי עַל־יְדֵי הַשִּׁעְבּוּד אֵין הַדַּעַת שָׁלֵם. וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּמוֹאָב (ירמיהו מ״ח:י״א):

שַׁאֲנַן מוֹאָב מִנְּעוּרָיו וְכוּ' וּבַגּוֹלָה לֹא הָלָךְ, עַל־כֵּן עָמַד טַעְמוֹ בּוֹ וְכוּ'; וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְרוֹנָם לִבְרָכָה (מגילה יב:), כִּי עַל־יְדֵי שִׁעְבּוּד וְגָלוּת הַדַּעַת מְבֻלְבָּל.

Et par cela la crainte est dans sa plénitude, c'est-à-dire avec le daat (la connaissance, la conscience profonde), car les jours ordinaires il est possible que la crainte soit mêlée de sottise, selon l'aspect de (Job 4,6) : 'Ta crainte n'est-elle pas ta sottise ?'. Et l'essentiel de la sottise provient de l'asservissement qui existe les jours ordinaires, car par l'asservissement le daat n'est pas complet.

Et comme il est écrit au sujet de Moav (Jérémie 48,11) : 'Moav a été tranquille depuis sa jeunesse', etc., 'et il n'est pas allé en exil, c'est pourquoi son goût s'est maintenu en lui', etc. ; et comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Meguila 12b), que par l'asservissement et l'exil le daat est troublé.

אֲבָל בְּשַׁבָּת הוּא חֵרוּת, וּכְשֶׁיֵּשׁ חֵרוּת וְאֵין שִׁעְבּוּד וְגָלוּת, אֲזַי הַדַּעַת שָׁלֵם כַּנַּ"ל. וְעִקָּר הַחֵרוּת – עַל־יְדֵי הַתַּעֲנוּג וְהַשִׂמְחָה שֶׁל שַׁבָּת, בְּחִינַת (ישעיהו נ״ח:י״ד):

אָז תִּתְעַנַּג עַל ה', הַנֶּאֱמָר בְּשַׁבָּת. וְעַל־יְדֵי־זֶה נַעֲשֶׂה חֵרוּת, בִּבְחִינַת (שם נה):

כִּי בְּשִׂמְחָה תֵצֵאוּ, שֶׁעַל־יְדֵי שִׂמְחָה יוֹצְאִין לְחֵרוּת.

Mais le Chabbat est liberté, et lorsqu'il y a liberté et qu'il n'y a ni asservissement ni exil, alors le daat est complet, comme mentionné plus haut. Et l'essentiel de la liberté vient du délice et de la joie du Chabbat, selon l'aspect de (Isaie 58,14) : 'Alors tu te délecteras sur le Nom', qui est dit à propos du Chabbat.

Et par cela se fait la liberté, selon l'aspect de (ibid. 55,12) : 'Car c'est dans la joie que vous sortirez', car c'est par la joie que l'on sort vers la liberté.

וּכְשֶׁיֵּשׁ חֵרוּת, הַדַּעַת בִּשְׁלֵמוּת כַּנַּ"ל, וַאֲזַי הַיִּרְאָה כָּרָאוּי, בִּבְחִינַת יָרֵא שַׁבָּת (ת"ז תי' ט), כִּי אָז הַיִּרְאָה בְּלִי כְּסִילוּת שֶׁיֵּשׁ בִּימֵי הַחֹל, כִּי עִקָּר הַכְּסִילוּת – מֵחֲמַת הַשִּׁעְבּוּד כַּנַּ"ל. וּבָזֶה מַעֲלִין הַיִרְאוֹת הַנְּפוּלוֹת, דְּהַיְנוּ מַה שֶּׁיְרֵאִים לִפְעָמִים מִשַּׂר וְכַדּוֹמֶה, כִּי עַל־יְדֵי הַדַּעַת מְרִימִין אוֹתָן.

וְעִקָּר הַדַּעַת הוּא בְּשַׁבָּת עַל־יְדֵי הַשִּׂמְחָה, שֶׁעַל־יְדֵי־זֶה יֵשׁ חֵרוּת, וַאֲזַי הַדַּעַת בִּשְׁלֵמוּת כַּנַּ"ל:

Et lorsqu'il y a liberté, le daat est dans sa plénitude comme mentionné plus haut, et alors la crainte est comme il convient, selon l'aspect de 'celui qui craint le Chabbat' (ירא שבת - Tikouney Zohar, tikoun 9), car alors la crainte est sans la sottise qui existe les jours ordinaires, puisque l'essentiel de la sottise provient de l'asservissement, comme mentionné plus haut. Et par cela on élève les craintes tombées, c'est-à-dire ce dont on a parfois peur, d'un dignitaire et choses semblables, car c'est par le daat qu'on les relève.

Et l'essentiel du daat se trouve le Chabbat, par la joie, car par elle il y a liberté, et alors le daat est dans sa plénitude, comme mentionné plus haut :

וְהַכְּלָל, שֶׁצָּרִיךְ לִנְהֹג שִׂמְחָה גְּדוֹלָה בְּשַׁבַּת־קֹדֶשׁ, וְלִבְלִי לְהַרְאוֹת שׁוּם עַצְבוּת וּדְאָגָה כְּלָל. רַק לְהִתְעַנֵּג עַל ה' וּלְהַרְבּוֹת בְּתַעֲנוּגֵי שַׁבָּת בְּכָל מִינֵי תַּעֲנוּג, הֵן אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, הֵן מַלְבּוּשִׁים כְּפִי מַה שֶּׁיָּכוֹל.

כִּי אֲכִילַת שַׁבָּת הִיא כֻּלָּהּ רוּחָנִיּוּת, כֻּלּוֹ קֹדֶשׁ, וְעוֹלָה לְמָקוֹם אַחֵר לְגַמְרֵי מִן אֲכִילַת חֹל, כַּמְבֹאָר בְּמָקוֹם אַחֵר (לעיל בסימן נז, ובסימן רעז, וע' זוהר ויקהל דף ריח ובמק"מ שם):

Et la règle générale est qu'il faut se conduire avec une grande joie durant le saint Chabbat, et ne montrer aucune tristesse ni aucun souci du tout. Mais seulement se délecter en ה' et multiplier les délices du Chabbat par toutes sortes de plaisirs, que ce soit le manger et le boire, ou les vêtements, selon ce qu'il peut.

Car le manger du Chabbat est tout entier spiritualité, tout entier sainteté, et il monte vers un lieu tout autre que le manger des jours ordinaires, comme cela est expliqué ailleurs (plus haut, au chapitre 57, et au chapitre 277 ; vois aussi Zohar Vayakhel folio 218 et le Mikdach Melekh sur place) :

דֶּרֶךְ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ – לְהַבִּיט עַל הַטּוֹבוֹת שֶׁעוֹשִׂין, וְאַף שֶׁנִּמְצָא בָּהֶם גַּם־כֵּן מַה שֶּׁאֵינוֹ טוֹב, אֵינוֹ מִסְתַּכֵּל עַל זֶה. כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (במדבר כ״ג:כ״א):

לֹא הִבִּיט אָוֶן בְּיַעֲקֹב; מִכָּל־שֶׁכֵּן שֶׁהָאָדָם אָסוּר לוֹ לְהַבִּיט עַל חֲבֵרוֹ לְרָעָה, לִמְצֹא בּוֹ דַּוְקָא מַה שֶּׁאֵינוֹ טוֹב וּלְחַפֵּשׂ לִמְצֹא פְּגָמִים בַּעֲבוֹדַת חֲבֵרוֹ, רַק אַדְּרַבָּא, מְחֻיָּב לְהַבִּיט רַק עַל הַטּוֹב.

La voie du Nom, béni soit-Il, est de regarder les bonnes choses que l'on fait ; et bien qu'il s'y trouve aussi ce qui n'est pas bon, Il ne regarde pas cela, comme il est écrit (Nombres 23,21) : 'Il n'a pas regardé d'iniquité en Yaakov'. À plus forte raison est-il interdit à l'homme de regarder son prochain en mal, de chercher précisément en lui ce qui n'est pas bon et de fouiller pour trouver des défauts dans le service divin de son prochain ; au contraire, il est tenu de ne regarder que le bien.

וְלָזֶה טוֹבָה גְּדוֹלָה שֶׁיֵּשׁ טֶבַע וְהַשְׁגָּחָה.

Et pour cela, c'est un grand bienfait qu'il existe une nature et une providence.

כִּי כְּשֶׁהָאָדָם עוֹשֶׂה טוֹב, אֲזַי מַנְהִיג אוֹתוֹ בְּהַשְׁגָּחָה. וּכְשֶׁהוּא אֵינוֹ טוֹב, וְאִם הָיָה מַנְהִיג אוֹתוֹ בְּהַשְׁגָּחָה – לֹא הָיָה יָכוֹל לְהַגִּיעַ לוֹ שׁוּם טוֹבָה, אֲזַי מַנִּיחַ אוֹתוֹ עַל הַטֶּבַע, וְיָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁיִּהְיֶה לוֹ טוֹבוֹת עַל־פִּי הַטֶּבַע.

Car lorsque l'homme fait le bien, alors Il le conduit par la providence. Et lorsqu'il n'est pas bon, et que, s'Il le conduisait par la providence, aucun bien ne pourrait lui parvenir, alors Il le laisse à la nature, et il peut se faire qu'il lui advienne des bienfaits selon la nature.

וְאִם לֹא הָיָה רַק הַשְׁגָּחָה, הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁתִּתְבַּטֵּל הַהַשְׁגָּחָה לְגַמְרֵי. כִּי כְּשֶׁהָיָה רוֹאֶה יִתְבָּרַךְ, שֶׁאֵין הָאָדָם מִתְנַהֵג כָּרָאוּי, הָיָה כּוֹעֵס, וְהָיָה מֵסִיר הַהַשְׁגָּחָה לְגַמְרֵי.

אֲבָל עַכְשָׁו מַנִּיחוֹ עַל־פִּי הַטֶּבַע, וּכְשֶׁהוּא חוֹזֵר לְמוּטָב, מַשְׁגִּיחַ עָלָיו כַּנַּ"ל.

Et s'il n'y avait que la providence, il serait possible que la providence soit entièrement annulée. Car lorsqu'Il verrait, béni soit-Il, que l'homme ne se conduit pas comme il convient, Il se mettrait en colère et retirerait la providence entièrement.

Mais maintenant Il le laisse selon la nature, et lorsqu'il revient au bien, Il veille sur lui, comme mentionné plus haut.

וּבֶאֱמֶת אֵין אָנוּ יְכוֹלִין לְהָבִין מַהוּ טֶבַע וְהַשְׁגָּחָה, כִּי בֶּאֱמֶת גַּם הַטֶּבַע הִיא הַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרַךְ, וְזֶה אִי אֶפְשָׁר לָאָדָם לְהָבִין שְׁנֵי דְּבָרִים כְּאֶחָד, דְּהַיְנוּ הַטֶּבַע שֶׁבֶּאֱמֶת הִיא הַשְׁגָּחָתוֹ יִתְבָּרַךְ:

Et en vérité nous ne pouvons pas comprendre ce que sont la nature et la providence, car en vérité la nature elle aussi est Sa providence, béni soit-Il ; et cela, il est impossible à l'homme de le comprendre, ces deux choses comme une seule, à savoir la nature qui en vérité est Sa providence, béni soit-Il :

סַכָּנָה גְּדוֹלָה לִהְיוֹת מְפֻרְסָם וּלְהַנְהִיג הָעוֹלָם. לָא מִבָּעֲיָא כְּשֶׁאֵינוֹ רָאוּי כְּלָל, וְלוֹבֵשׁ טַלִית שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ, רַק אֲפִלּוּ עוֹבְדֵי הַשֵּׁם בֶּאֱמֶת, גְּדוֹלֵי הַדּוֹר, יֵשׁ עֲלֵיהֶם סַכָּנוֹת נוֹרָאוֹת בְּהַנְהָגַת הָעוֹלָם.

C'est un grand danger que d'être célèbre et de diriger le monde. Il va sans dire qu'il en est ainsi pour celui qui n'en est nullement digne et qui revêt un talit qui n'est pas le sien ; mais même les serviteurs du Nom en vérité, les grands de la génération, encourent des dangers terribles dans la conduite du monde.

כִּי אִישׁ פָּשׁוּט, רָחוֹק מְאֹד שֶׁיַּעֲבֹר עַל רְצִיחָה, אֲפִלּוּ אִם אֵינוֹ אִישׁ כָּשֵׁר, כִּי אֵין לוֹ תַּאֲוָה לָזֶה. וַאֲפִלּוּ כְּשֶׁמַּגִּיעַ, חַס וְשָׁלוֹם, לְתַאֲוָה כָּזוֹ, רַחֲמָנָא לִצְלָן, אֵינוֹ בָּא לְיָדוֹ, וְיֵשׁ לוֹ כַּמָּה מְנִיעוֹת לָזֶה; וַאֲפִלּוּ אִם יַעֲבֹר, לֹא יַעֲבֹר כִּי־אִם לְעִתִּים רְחוֹקוֹת, וְקָרוֹב שֶׁלֹּא יַעֲבֹר רַק פַּעַם אַחַת כָּל יָמָיו.

Car un homme simple est très loin de transgresser par un meurtre, même s'il n'est pas un homme intègre, car il n'a pas de désir pour cela. Et même lorsqu'il en vient, à Dieu ne plaise, à un tel désir, que le Miséricordieux nous en préserve, l'occasion ne se présente pas à sa main et il rencontre plusieurs empêchements ; et même s'il transgresse, il ne transgressera qu'à de rares intervalles, et il est proche de dire qu'il ne transgressera qu'une seule fois dans tous ses jours.

אֲבָל בְּהַנְהָגַת הָעוֹלָם וּבְחִדּוּשִׁין דְּאוֹרַיְתָא שֶׁמְּחַדְּשִׁין, יְכוֹלִים לַעֲבֹר מַמָּשׁ גָנֹב וְנָאֹף וְרָצֹחַ בְּכָל פַּעַם, בְכָל רֶגַע, רַחֲמָנָא לִצְלָן:

Mais dans la conduite du monde et dans les 'hidouchei Tora (nouveautés de Tora) que l'on innove, on peut transgresser réellement par le vol, l'adultère et le meurtre à chaque fois, à chaque instant, que le Miséricordieux nous en préserve :

עִקָּר הַתַּכְלִית וְהַשְּׁלֵמוּת הוּא רַק לַעֲבֹד הַשֵּׁם בִּתְמִימוּת גָּמוּר, בְּלִי שׁוּם חָכְמוֹת כְּלָל.

L'essentiel du but ultime et de la perfection consiste uniquement à servir le Nom avec une simplicité entière, sans aucune subtilité du tout.

כִּי יֵשׁ מְחַקְּרִים שֶׁאוֹמְרִים, שֶׁעִקָּר הַתַּכְלִית וְהָעוֹלָם הַבָּא הוּא רַק לָדַעַת כָּל דָּבָר כְּמוֹת שֶׁהוּא, כְּגוֹן לֵידַע הַכּוֹכָב כְּמוֹ שֶׁהוּא, לֵידַע מַהוּתוֹ וּמִפְּנֵי מָה עוֹמֵד בַּמָּקוֹם הַהוּא.

Car il y a des me'hakrim (chercheurs, philosophes) qui disent que l'essentiel du but ultime et du monde à venir consiste uniquement à connaître chaque chose telle qu'elle est, par exemple à connaître l'étoile telle qu'elle est, à connaître son essence et pourquoi elle se tient en ce lieu-là.

כִּי יֵשׁ מַשְׂכִּיל וּמֻשְׂכָּל וְשֵׁכֶל, דְּהַיְנוּ הַכֹּחַ הַמַּשְׂכִּיל, וְהַשֵּׂכֶל בְּעַצְמוֹ, וְהַדָּבָר הַמֻּשְׂכָּל, וְזֶהוּ הַתַּכְלִית וְהָעוֹלָם הַבָּא אֶצְלָם, שֶׁיִּהְיֶה נַעֲשֶׂה אֶחָד מֵהַמַּשְׂכִּיל וְהַמֻשְׂכָּל וְהַשֵּׂכֶל, וְהֵם מְבַלִּים יְמֵיהֶם עַל זֶה בָּעוֹלָם הַזֶּה לַחֲקֹר וּלְהַשִּׂיג הַמֻּשְׂכָּלוֹת, שֶׁזֶּהוּ הַתַּכְלִית אֶצְלָם, וְזֶהוּ בְּעַצְמוֹ הָעוֹלָם הַבָּא לְדַעְתָּם. רַק שֶׁבָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁמְּלֻבָּשִׁין בְּגוּף, אֵין לָהֶם תַּעֲנוּג כָּל־כָּךְ מִן הַחֲקִירוֹת, וּבָעוֹלָם הַבָּא שֶׁיִּתְפַּשְּׁטוּ מֵהַגּוּף, יִתְעַנְּגוּ מְאֹד מִזֶּה.

וּלְדַעְתָּם הָרָעָה, עִקָּר הַשָּׂגַת הַתַּכְלִית הוּא עַל־יְדֵי חֲקִירוֹת וְחָכְמוֹת חִיצוֹנִיּוֹת שֶׁלָּהֶם.

Car il y a le maskil, le mouskal et le sekhel, c'est-à-dire la faculté intellectuelle, l'intellect lui-même, et la chose intelligée. Et c'est cela, chez eux, le but ultime et le monde à venir : que le maskil, le mouskal et le sekhel deviennent un.

Et ils passent leurs jours à cela dans ce monde-ci, à chercher et à saisir les intelligibles, car c'est cela le but ultime à leurs yeux, et cela même est le monde à venir selon leur opinion. Seulement, dans ce monde-ci, où ils sont revêtus d'un corps, ils n'ont pas tant de délice de ces recherches, tandis que dans le monde à venir, où ils se dépouilleront du corps, ils en auront un très grand délice.

Et selon leur mauvaise opinion, l'essentiel de l'obtention du but ultime se fait par leurs recherches et leurs sagesses extérieures.

אֲבָל בֶּאֱמֶת אֶצְלֵנוּ עִקָּר הַשָּׂגַת הַתַּכְלִית הוּא רַק עַל־יְדֵי אֱמוּנָה וּמִצְווֹת מַעֲשִׂיּוֹת, לַעֲבֹד הַשֵּׁם עַל־פִּי הַתּוֹרָה בִּתְמִימוּת וּבִפְשִׁיטוּת. וְעַל־יְדֵי־זֶה בְּעַצְמוֹ זוֹכִין לְמַה שֶּׁזּוֹכִין, עַיִן לֹא רָאָתָה וְכוּ', כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב (תהילים קי״א:י׳):

רֵאשִׁית חָכְמָה יִרְאַת ה' – שֶׁעִקָּר רֵאשִׁית וּקְדִימַת הַחָכְמָה הוּא רַק יִרְאַת ה', שֶׁצָּרִיךְ לְהַקְדִּים הַיִּרְאָה לְהַחָכְמָה.

Mais en vérité, chez nous, l'essentiel de l'obtention du but ultime se fait uniquement par la foi et les mitsvot pratiques, servir le Nom selon la Tora avec simplicité et candeur. Et par cela même on mérite ce que l'on mérite, 'ce qu'aucun œil n'a vu', etc.

(Isaie 64,3), comme il est écrit (Psaumes 111,10) : 'Le commencement de la sagesse, c'est la crainte du Nom' - car le commencement de la sagesse et ce qui la précède, c'est uniquement la crainte de ה', puisqu'il faut faire précéder la crainte à la sagesse.

וְתֵדַע שֶׁאֵין הַדָּבָר כְּדַעְתָּם, חַס וְשָׁלוֹם, כִּי אִם־כֵּן לֹא יַשִּׂיגוּ הַתַּכְלִית, רַק מְתֵי מְעַט מְעַט מְאֹד, דְּהַיְנוּ הַבַּעֲלֵי־שֵׂכֶל פִילוֹסוֹפִים, וּמַה יַּעֲשׂוּ קְטַנֵּי הָעֵרֶךְ, שֶׁאֵין לָהֶם שֵׂכֶל כָּזֶה לַחֲקֹר חֲקִירוֹת, לָדַעַת הַמֻּשְׂכָּלוֹת, שֶׁהֵם רֹב וְעִקָּר הָעוֹלָם, אֵיךְ יַשִּׂיגוּ הֵם אֶת הַתַּכְלִית.

Et sache que la chose n'est pas selon leur opinion, à Dieu ne plaise, car s'il en était ainsi, ils n'atteindraient pas le but ultime, sinon un tout petit nombre, à savoir les hommes d'intellect, les philosophes ; et que feront ceux qui sont de peu de valeur, qui n'ont pas un tel intellect pour mener des recherches et connaître les intelligibles, eux qui sont la majorité et le gros du monde ? Comment atteindront-ils, eux, le but ultime ?

אֲבָל בֶּאֱמֶת עִקָּר הַשָּׂגַת הַתַּכְלִית הוּא רַק עַל־יְדֵי תְּמִימוּת דַּיְקָא, דְּהַיְנוּ יִרְאַת־הַשֵּׁם וּמִצְווֹת מַעֲשִׂיּוֹת בִּפְשִׁיטוּת גָּמוּר. וְזֶהוּ (סוף קהלת):

סוֹף דָּבָר הַכֹּל נִשְׁמָע, אֶת הָאֱלֹֹקִים יְרָא וְאֶת מִצְו‍ֹתָיו שְׁמוֹר, כִּי זֶה כָּל הָאָדָם; הַיְנוּ שֶׁשְּׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ, עָלָיו הַשָּׁלוֹם, מְלַמֵּד אוֹתָנוּ, שֶׁעִקָּר הַשָּׂגַת הַתַּכְלִית, שֶׁהוּא בְּחִינַת סוֹף דָּבָר, הוּא רַק עַל־יְדֵי תְּמִימוּת וּפְשִׁיטוּת, לְיִרְאָה אֶת ה' וְלִשְׁמֹר מִצְוו‍ֹתָיו בִּפְשִׁיטוּת.

Mais en vérité l'essentiel de l'obtention du but ultime se fait uniquement par la temimout (simplicité, intégrité entière) précisément, c'est-à-dire la crainte du Nom et les mitsvot pratiques dans une candeur entière. Et c'est le sens de (fin de Kohelet, 12,13) : 'Fin de la chose, tout ayant été entendu : crains Elokim et garde Ses commandements, car c'est là tout l'homme' ; à savoir que le roi Chelomo, la paix sur lui, nous enseigne que l'essentiel de l'obtention du but ultime, qui est l'aspect de 'fin de la chose', se fait uniquement par la simplicité et la candeur, craindre ה' et garder Ses commandements avec candeur.

וְזֶהוּ: סוֹף דָּבָר הַכֹּל נִשְׁמָע, אֶת הָאֱלֹֹקִים יְרָא וְאֶת מִצְו‍ֹתָיו שְׁמוֹר; שֶׁזֶּהוּ בְּחִינַת תְּמִימוּת וּפְשִׁיטוּת, לְיִרְאָה אֶת ה' וּלְקַיֵּם מִצְוו‍ֹתָיו בְּעֻבְדָּא וְכוּ' בִּפְשִׁיטוּת כַּנַּ"ל.

וְזֶה שֶׁסִּיֵּם: כִּי זֶה כָּל הָאָדָם – הַיְנוּ כִּי זֶה יָכוֹל כָּל אָדָם לְקַיֵּם וּלְהַשִּׂיג עַל־יְדֵי־זֶה אֶת הַתַּכְלִית, מֵאַחַר שֶׁעִקָּר הוּא אֶת הָאֱלֹקִים יְרָא וְכוּ'.

עַל־כֵּן יָכוֹל כָּל אָדָם לְהַשִּׂיג הַתַּכְלִית, כִּי זֶה כָּל אָדָם יָכוֹל לְקַיֵּם:

Et c'est cela : 'Fin de la chose, tout ayant été entendu : crains Elokim et garde Ses commandements' - c'est là l'aspect de la simplicité et de la candeur, craindre ה' et accomplir Ses commandements par l'acte, etc., avec candeur, comme mentionné plus haut. Et c'est ce qu'il conclut : 'car c'est là tout l'homme' - à savoir que tout homme peut accomplir cela et atteindre par cela le but ultime, puisque l'essentiel est 'crains Elokim', etc.

C'est pourquoi tout homme peut atteindre le but ultime, car cela, tout homme peut l'accomplir :

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