« Qu'a-t-il vu pour aller là où l'on est plus haut que lui ? » demandent les anciens d'Athènes (Bekhorot 8b). Selon Rabbi Lévi Its'hak, les âmes d'Israël n'ont de plaisir (taanoug) que dans le service de D.ieu et attendent celui du monde à venir ; le superflu d'ici-bas ne compte pour rien. « Leurs couronnes sur leurs têtes » (Berakhot 17a) : le plaisir est de faire régner le Créateur ; mitsva dit la jonction (be-tsavta). « La récompense d'une mitsva, en ce monde-ci, il n'y en a pas » : ce plaisir n'existe qu'au monde à venir. Les nations objectent que le petit est refusé, à plus forte raison le grand ; il répond que le monde à venir est « celle qui lui est destinée ».
Aussi : une pensée de mal vient d'elle-même au tsadik pour qu'il hisse le méchéant à la techouva ; plus on sert D.ieu, plus on voit qu'il faut Le servir davantage ; le mérite du tsadik est d'attendre que les mitsvot viennent en main
פירוש על מאמר רבותינו ז"ל בבכורות ד' ח' ע"ב מה שהשיב ריב"ח לסבי דבי אתונא וזה לשון הגמרא:
Commentaire sur un propos de nos maîtres, de mémoire bénie, dans le traité Bekhorot, folio 8b : ce que répondit RIBa"H (Rabbi Yehochoua ben Hanania) aux anciens de l'académie d'Athènes (sabei de-bei Atouna) ; et voici le texte de la Guemara :
אמרו ליה האי גברא דאזיל ובעי איתתא לה יהבי ליה מאי חזי ליה דאזיל היכא דמדלי מיניה שקל סיכתא דצה לתתאי לא עאל לעילאי עאל אמר האי נמי מתרמי בת מזליה. לפרש המימרא הלז וכו'.בעזר אדון כל הוא, דהכלל הוא דנשמת עמו בית ישראל משתוקקין לעבודתו יתברך שמו.
וזה עיקר התענוג שלהם שעובדים אותו יתברך שמו ומצפים לתענוג הגדול של עולם הבא ואינם חפצים במותרי תענוגים עולם הזה, כי זה לא נחשב להם כלל לתענוג. וזה הפירוש של המאמר (ברכות יז.) לעתיד לבא צדיקים יושבין ועטרותיהן בראשיהן, היינו דפירוש עטרה, היינו התענוג והתענוג שלנו הוא בעבודת הבורא יתברך שמו.
ופירוש בראשיהן, היינו הבורא ברוך הוא והיינו דעיקר התענוג שלנו במה שאנו ממליכין הבורא ברוך הוא עלינו והוא התכת תיבת בראשיהן שמה שממליך הבורא על עצמו נקרא ראשיהן מה שמשים האדם על עצמו הבורא לראש וזהו גרם מצות שלנו שאנחנו מחברים את עצמנו להבורא ולכן נקרא מצוה לשון התחברות לשון בצוותא חדא:
Ils lui dirent : "Cet homme qui va demander une femme et à qui on ne la donne pas, qu'a-t-il vu pour aller là où l'on est plus haut que lui ?" Il prit un piquet et l'enfonça dans le bas [du mur] : il n'entra pas ; dans le haut : il entra. Il dit : "Celui-là aussi, il lui arrivera de rencontrer celle qui lui est destinée (bat mazlei, littéralement la fille de son astre)." Pour expliquer ce propos, etc.
Avec l'aide du Maître de tout : la règle est que les âmes de Son peuple, la maison d'Israël, aspirent ardemment à Son service, que Son Nom soit béni. Et c'est là l'essentiel de leur plaisir (taanoug) : servir le Nom, béni soit-Il, et attendre le grand plaisir du monde à venir ; et ils ne désirent pas les plaisirs superflus de ce monde-ci, car cela ne compte pour eux en rien comme plaisir.
Et telle est l'explication du propos (Berakhot 17a) : "dans l'avenir, les tsadikim (justes) sont assis et leurs couronnes sur leurs têtes". C'est-à-dire que le sens de "couronne" (atara) est le plaisir, et notre plaisir est dans le service du Créateur, béni soit-Il.
Et le sens de "sur leurs têtes" (בראשיהן), c'est le Créateur, béni soit-Il : l'essentiel de notre plaisir est dans le fait que nous faisons régner sur nous le Créateur, béni soit-Il. Et telle est la refonte du mot בראשיהן : car le fait de faire régner le Créateur sur soi-même est appelé "leurs têtes", c'est-à-dire ce que l'homme place sur lui-même comme tête, à savoir le Créateur.
Et c'est ce que produisent nos mitsvot : nous nous relions au Créateur ; c'est pourquoi cela s'appelle mitsva, terme de jonction, du terme be-tsavta hada (ensemble, en une seule compagnie).
ועל דרך זה הוא פירוש של המאמר (שבת סג.) כל העושה מצוה אחת כמאמרה, היינו דפירוש מצוה היא התחברות כנ"ל. וזה פירוש כמאמרה, היינו כפירוש תיבת מצוה ועל דרך זה הוא הפירוש שכר מצוה בהאי עלמא ליכא.
(קידושין לט:) דקשה למה לא אמר אין נותנין, כי העיקר שלנו שאנחנו עובדים את הבורא ברוך הוא במצותיו הוא לקבל התענוג ממנו יתברך שמו ומעבודתו ואין תענוג נחשב אצלם לתענוג ומשום הכי שכר מצוה בהאי עלמא ליכא. כי עיקר קבלת התענוג הוא ממנו יתברך ומעבודתו.
ועל זה מורה תיבת ליכא, כי אין בעולם הזה התענוג הזה כלל, רק בעולם הבא מקבל התענוג הגדול ההוא. ונקדים לך שאומות העולם מונין את ישראל ומכחישין אותם בשכר הטוב שאנו מקוים מאתו יתברך שמו בעולם הבא באמרם לנו האיך אתם מקוים לתענוג עולם הבא הלא נמנע מכם פרי שכר תענוגי עולם הזה שהוא דבר קטן.
וכל שכן תענוגי עולם הבא שהם אין סוף ואין קץ. אבל האמת הוא שאין אנו חפצים במותר תענוגי עולם הזה שלא נחשב לנו לכלום מותר תענוג עולם הזה, רק התענוג שלנו הוא בעבודת הבורא יתברך שמו ומקוים לתענוג עולם הבא כמש"ל בתיבת ליכא שאין תענוגי עולם הזה נחשב לנו לתענוג כלל, רק בהכרחי העולם הזה וכן הוא רצונו יתברך שמו שיהיה רב טוב הצפון ליראיו בלי שום גבול כלל:
Et de la même manière s'explique le propos (Chabbat 63a) : "quiconque accomplit une mitsva ke-maamara (selon son énoncé)". C'est-à-dire que le sens de mitsva est la jonction, comme dit plus haut ; et tel est le sens de ke-maamara : conformément au sens du mot mitsva.
Et de la même manière s'explique : "la récompense d'une mitsva, en ce monde-ci, il n'y en a pas" (Kidouchin 39b). Car il y a une difficulté : pourquoi n'a-t-il pas dit "on ne la donne pas" ?
[La réponse est que] l'essentiel pour nous, dans le fait que nous servons le Créateur, béni soit-Il, par Ses commandements, est de recevoir le plaisir de Lui-même, que Son Nom soit béni, et de Son service ; et aucun autre plaisir ne compte pour eux comme plaisir. C'est pourquoi "la récompense d'une mitsva, en ce monde-ci, il n'y en a pas", car l'essentiel de la réception du plaisir vient de Lui, béni soit-Il, et de Son service.
Et c'est ce qu'indique le mot leika ("il n'y en a pas"), car ce plaisir-là n'existe pas du tout en ce monde-ci ; c'est seulement dans le monde à venir qu'il reçoit ce grand plaisir. Et posons d'abord ceci : les nations du monde raillent Israël et lui dénient la bonne récompense que nous espérons de Lui, que Son Nom soit béni, dans le monde à venir, en nous disant : "Comment espérez-vous le plaisir du monde à venir ?
Voici que vous est refusé le fruit et le salaire des plaisirs de ce monde-ci, qui est chose petite ; à plus forte raison les plaisirs du monde à venir, qui sont sans fin et sans terme." Mais la vérité est que nous ne désirons pas le superflu des plaisirs de ce monde-ci, car le superflu du plaisir de ce monde-ci ne compte pour nous pour rien ; notre plaisir, lui, est dans le service du Créateur, béni soit-Il, et nous espérons le plaisir du monde à venir, comme il a été dit plus haut au sujet du mot leika : les plaisirs de ce monde-ci ne comptent nullement pour nous comme plaisir, sinon pour ce qui est nécessaire en ce monde-ci. Et telle est Sa volonté, que Son Nom soit béni : que soit abondant le bien réservé à ceux qui Le craignent (cf.
Psaumes 31,20), sans aucune limite.
ועל דרך זה הפירוש של המאמר לעתיד ששאלו האי גברא דאזיל בעי אתתא ולא יהבי ליה מאי חזי דאזיל להיכא דמידלי מיניה, פירוש תענוגי עולם הזה נמשל לאיתתא. והקשו על תענוגי עולם הבא האיך אתם מקוים הא נמנע מכם תענוגי עולם הזה מאי חזי דאזיל להיכא דמידלי מניה, והיינו תענוג עולם הבא הא דבר קטן לא אתיהב לכו, וכל שכן דבד גדול כזה האיך אתם מקוים שיתנו לכם תענוגי עולם הבא.
ועל זה השיב להם במשל דשקל סיכתא כו' אמר האי אתרמי בת מזליה, פירוש דכל כונתינו בעבודתינו יתברך שמו לקבל ממנו יתברך שמו התענוגי עולם הבא דעולם הבא הוא בת מזליה דישראל ותענוגי עולם הזה לאו בת מזלייהו הוא, כי אין תענוגי עולם הזה המותרות תענוג לנו כלל ואין אנו חפצים בו ומה שלא בת מזלינו הוא מותרות תענוג עולם הזה שכל מגמתינו הוא בעבודתו לתענוג עולם הבא:
Et de la même manière s'explique le propos, quant à l'avenir, où ils demandèrent : "Cet homme qui va demander une femme et à qui on ne la donne pas, qu'a-t-il vu pour aller là où l'on est plus haut que lui ?" Explication : les plaisirs de ce monde-ci sont comparés à la femme. Et ils ont objecté au sujet des plaisirs du monde à venir : comment espérez-vous, alors que les plaisirs de ce monde-ci vous sont refusés ?
"Qu'a-t-il vu pour aller là où l'on est plus haut que lui ?" - à savoir le plaisir du monde à venir : voici que la chose petite ne vous a pas été donnée, à plus forte raison une chose aussi grande ; comment espérez-vous qu'on vous donne les plaisirs du monde à venir ? Et à cela il leur répondit par la parabole : "il prit un piquet", etc., "il dit : celui-là rencontrera celle qui lui est destinée".
Explication : toute notre intention, dans notre service de Lui, que Son Nom soit béni, est de recevoir de Lui, béni soit-Il, les plaisirs du monde à venir ; car le monde à venir est "celle qui est destinée" à Israël, tandis que les plaisirs de ce monde-ci ne sont pas ce qui leur est destiné, car les plaisirs superflus de ce monde-ci ne sont pour nous nul plaisir et nous ne les désirons pas. Et ce qui ne nous est pas destiné, c'est le superflu du plaisir de ce monde-ci, puisque toute notre visée est dans Son service, en vue du plaisir du monde à venir.
לפרש בעזר אדון כל המימרא שניה. גברא דאוזיף וטריף מאי חזי דהדר אוזיף, א"ל גברא אזיל לאגמא קטל קמא טונא ולא מצי ביה קטל ומנח להו עילוהי עד דמיתרמי אינשי דמדלי ליה.
לפרש המימרא הלז בעזר ארון כל על דרך זה, מה זה שיש עת שבא לצדיק מחשבת עמל ואון, וכי מי נתן חומרים בקודש וראוי היה שיהא מחשבת הצדיק דבוקה תמיד בעבודתו יתברך שמו ולא תמוש מאתו אפילו רגע אחת. ולהבין זה הם ב' עניינים.
הא', הוא על דרך זה שקשה מאין הוא שיבא לרשע שיהרהר בתשובה הלא הוא דבוק נפשו בעבירות ועבירה גוררת עבירה, מהיכן הוא ההרהור תשובתו. אך שהצדיק תאב תמיד להחזיר כולם בעבודתו יתברך שמו ושיהא הרע שעשה הרשע לטוב ולוחם את הרע שפעל הרשע במעשיו ומזה בא ההרהור תשובה להרשע גם לפי שהצדיק יתקן מעשי הרשע בא אל הצדיק מחשבת און והצדיק המחשבת און שבא אליו מחזיר לעבודתו יתברך שמו.
ואין כונתו חס ושלום שהצדיק יכניס את עצמו לזה לחשוב מחשבת און חלילה וחלילה, רק שמחשבת און בא מעצמו אליו כדי וכו'. שיתקן אותם במה שישברנה בצדקות במחשבותיו ובמעשיו הקדושים שהמה לעבודת הבורא באמת ובתמים.
ועוד יש דךך אחר בזה והוא, אף שאין הצדיק חושב ללחום הרע שעשה הרשע, אף על פי כן באו מחשבת העמל ואון מאליו להצדיק לתקן אותה ומה שצריך שתבא אליו מחשבה אשר איננה טהורה כדי לתקן מעשה הרשע הלא טוב היה להצדיק לתקן מעשה הרשע בלאו הכי ולא יפול ממדריגתו אפילו רגע אחד. רק הענין הוא על דרך משל, כשהאדם נשקע ברפש וטיט ואינו יכול לצאת ממנה אי אפשר לארם אחר להוציאו, רק שיעמוד אצל האדם הנשקע ברפש אף שעל ידי כך יתלכלך מעט בהקריבו אל הנשקע מכל מקום הוא מוכרח לזה רזולת זה לא היה יכול להוציאו.
והנמשל מובן מעצמו ואין כונתינו שחס ושלום הצריק יכניס מחשבת און חלילה בקרבו, רק שבא להצדיק מעצמה והצדיק משברה בתוקף צדקתו ומעלה גם הרשעת הרשע ומחזירה למוטב:
Pour expliquer, avec l'aide du Maître de tout, le deuxième propos : "Un homme qui prête et doit saisir des gages [pour être remboursé], qu'a-t-il vu pour prêter de nouveau ? Il lui dit : un homme s'en va au marais, coupe une première charge [de roseaux] et ne parvient pas à la porter ; il en coupe encore et les pose par-dessus, jusqu'à ce qu'il se trouve des gens qui la lui hissent [sur l'épaule]." Pour expliquer ce propos, avec l'aide du Maître de tout, de la manière suivante : comment se fait-il qu'il y ait un temps où vient au tsadik une pensée de peine et de mal (mahachévet amal va-aven) ?
Et qui donc a mis des matières grossières dans le sacré ? Il aurait convenu que la pensée du tsadik soit attachée sans cesse à Son service, que Son Nom soit béni, et qu'elle ne s'en écarte pas même un instant.
Pour comprendre cela, il y a deux explications. La première est celle-ci : il est difficile de savoir d'où vient qu'un méchéant en arrive à songer au repentir (techouva), alors que son âme est attachée aux transgressions et qu'"une transgression en entraîne une autre" ; d'où lui vient la pensée de son repentir ?
Mais le tsadik désire toujours ramener tous les hommes au service de Lui, que Son Nom soit béni, et faire que le mal qu'a fait le méchéant devienne bien ; et il combat le mal que le méchéant a produit par ses actes, et de là vient au méchéant la pensée du repentir. De même, parce que le tsadik doit réparer les actes du méchéant, il vient au tsadik une pensée de mal (mahachévet aven) ; et cette pensée de mal qui lui est venue, le tsadik la ramène au service de Lui, que Son Nom soit béni.
Et notre propos n'est pas, à Dieu ne plaise, que le tsadik s'introduise lui-même dans cela pour penser une pensée de mal - à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise - mais que la pensée de mal vient à lui d'elle-même afin, etc., qu'il les répare, en la brisant par sa droiture, par ses pensées et par ses actes saints, qui sont voués au service du Créateur en vérité et en intégrité. Et il y a encore une autre voie en cela, la voici : bien que le tsadik ne songe pas à combattre le mal qu'a fait le méchéant, néanmoins la pensée de peine et de mal vient d'elle-même au tsadik pour qu'il la répare.
Et quant à la nécessité qu'une pensée qui n'est pas pure lui vienne afin de réparer l'acte du méchéant : n'aurait-il pas mieux valu que le tsadik répare l'acte du méchéant sans cela, et qu'il ne tombe pas de son degré ne fût-ce qu'un seul instant ? Mais la chose est à l'image de ceci : quand un homme est enfoncé dans la fange et la boue et ne peut en sortir, il est impossible à un autre homme de l'en tirer autrement qu'en se tenant tout auprès de celui qui est enfoncé dans la fange ; et bien qu'il se salisse ainsi un peu en s'approchant de celui qui est enfoncé, il y est néanmoins contraint, car hormis cela il n'aurait pas pu le tirer dehors.
Et l'application de la parabole se comprend d'elle-même ; et notre propos n'est pas, à Dieu ne plaise, que le tsadik fasse entrer en lui une pensée de mal, à Dieu ne plaise, mais qu'elle vient au tsadik d'elle-même, et que le tsadik la brise par la force de sa droiture, et qu'il élève aussi la méchanceté du méchéant et la ramène au bien.
ועל דרך זה הוא פירוש המאמר יש צדיקים שמגיעין אליהם כמעשה הרשעים ויש רשעים שמגיע אליהם כמעשה הצדיקים, היינו שהורה לנו הענין הנ"ל שיש צדיקים שבא להם מחשבת און שהוא כמעשה רשע (ומשני) ויש רשעים שמגיעים להם הרהור תשובה שהוא כמעשה צדיקים. וקשה מאין יבא להרשע מעשה צדיק, דהיינו הרהור תשובה, אלא על כרחך שהצדיק פעל כל זה כנ"ל, משום הכי הגיע להצדיק שבא אליו הרהור און כנ"ל על פי המשל.
ולא שחס ושלום שהצדיק יכניס במחשבתו מחשבת האון חלילה וחלילה. העולה מדברינו, שהצדיק פועל שיבא להרשע הרהורי תשובה, אבל מפעולת הרשע היה נשאר באולתו כי עבירה כו'.
ועל דרך זה הוא פירוש המאמר גברא דאוזיף וטריף, שהקדוש ברוך הוא אוזיף ליה חיים בכל רגע כדי לקיים מצות הבודא ברוך הוא, ולא כן עשה הרשע כי ילך אחר שרירות לבו הרע. מה חזי קודשא בריך היא דהדר אוזיף , והיינו דיהיב ליה חיים.
והיינו כמו שפירש הברטנורא במסכתא אבות והחנות פתוחה והחנוני מקיף, היינו הקדוש ברוך הוא יהיב ליה חיים בכל רגע. והנה הקדוש ברוך הוא נותן חיים לרשע אולי יחזור בתשובה כמאמר וחפץ בהצדקו, על זה השיבו האפיקורסים מה חזי דהדר אוזיף שנותן לו חיים.
ואי משום שהקדוש ברוך הוא מצפה אולי יחזוד בתשובה מאין יבא לו הרהור תשובה דעבירה כו'. ועל זה השיב ואמר להו אזיל גברא לאגמא כו' עד דמתדמי ליה אינשי דמדליה, והיינו הצדיק ידלנו למיהב ליה הרהור תשובה ויחזור בתשובה וישיב כל מה שעשה בהיותו רשע לטוב.
(אמנם נראה שכל זה לאומות העולם אבל אנו בני ישראל יכולין להתעורר מעצמן בתשובה על ידי הכרוז שמכריז הבת קול שובו בנים שובבים, מועיל לעם בית ישראל שישובו בתשובה שלימה אפילו רשע גמור. ונודע דעם בני ישראל לבדם נקראו בנים למקום והנה הכדוז שובו בנים שובבים בנים דייקא.
אבל לאומות העולם שישובו על שבע מצות שעברו הוא על ידי סיוע אחרים וכנ"ל וביארנו באריכות וגם יכול להיות שרבי יהושע בן חנניא רצה להתעורר את סבי דבי אתונא שישובו מדרכם הרעה והגיד להם אלו הדיבורים שצדיק יכול להתעורר את הרשע בתשובה כדי שבדיבוריו יתעורר את הרשעים האלה כנודע מחכמת הבעל שם טוב זצ"ל):
Et de la même manière s'explique le propos : "il y a des tsadikim auxquels advient selon l'œuvre des méchéants, et il y a des méchéants auxquels advient selon l'œuvre des tsadikim" (cf. Ecclésiaste 8,14).
C'est-à-dire qu'il nous a enseigné la chose dite plus haut : il y a des tsadikim à qui vient une pensée de mal, ce qui est comme l'œuvre d'un méchéant ; (et il répond) "et il y a des méchéants" à qui parvient une pensée de repentir, ce qui est comme l'œuvre des tsadikim. Et il y a une difficulté : d'où viendrait au méchéant une œuvre de tsadik, à savoir la pensée de repentir ?
Force est donc de dire que c'est le tsadik qui a produit tout cela, comme dit plus haut ; et c'est pourquoi il advient au tsadik que lui vienne une pensée de mal, comme dit plus haut, selon la parabole. Et non pas, à Dieu ne plaise, que le tsadik fasse entrer dans sa pensée la pensée de mal, à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise.
Il ressort de nos propos que c'est le tsadik qui agit pour qu'il vienne au méchéant des pensées de repentir ; mais par le seul effet de l'action du méchéant, il serait resté dans sa sottise, car "une transgression [en entraîne une autre]", etc. Et de la même manière s'explique le propos "un homme qui prête et doit saisir des gages" : le Saint, béni soit-Il, lui prête la vie à chaque instant afin qu'il accomplisse les commandements du Créateur, béni soit-Il ; mais le méchéant n'a pas agi ainsi, car il va suivant l'obstination de son mauvais cœur.
"Qu'a vu" le Saint, béni soit-Il, "pour prêter de nouveau", à savoir pour lui donner la vie ? Et c'est comme l'a expliqué le Bartenoura sur le traité Avot : "et la boutique est ouverte et le boutiquier fait crédit", c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, lui donne la vie à chaque instant.
Or le Saint, béni soit-Il, donne la vie au méchéant [en attendant] que peut-être il revienne par le repentir, selon le propos "et Il désire sa justification". Sur cela les apikorsim (ceux qui nient) ont objecté : "qu'a-t-il vu pour prêter de nouveau", c'est-à-dire pour lui donner la vie ?
Et si c'est parce que le Saint, béni soit-Il, attend qu'il revienne peut-être par le repentir, d'où lui viendra la pensée du repentir, puisque "une transgression [en entraîne une autre]", etc. ? Et à cela il répondit et leur dit : "un homme s'en va au marais", etc., "jusqu'à ce qu'il se trouve des gens qui la lui hissent" - à savoir que le tsadik le hissera, pour lui donner une pensée de repentir ; et il reviendra par le repentir, et tout ce qu'il a fait quand il était méchéant, il le ramènera au bien.
(Toutefois il semble que tout ceci ne concerne que les nations du monde ; mais nous, les enfants d'Israël, nous pouvons nous éveiller de nous-mêmes au repentir, par la proclamation que proclame la voix céleste (bat kol) : "Revenez, fils dévoyés" (cf. Jérémie 3,22) - cela sert au peuple de la maison d'Israël pour qu'il revienne en un repentir parfait, même le méchéant accompli.
Et il est connu que seul le peuple des enfants d'Israël est appelé "fils" pour le Lieu (ha-Makom, le Saint béni soit-Il) ; or la proclamation "Revenez, fils dévoyés" dit précisément "fils". Mais pour les nations du monde, leur retour au sujet des sept commandements qu'elles ont transgressés se fait par l'aide d'autrui, comme dit plus haut, et nous l'avons expliqué longuement.
Et il peut aussi être que Rabbi Yehochoua ben Hanania voulait éveiller les anciens de l'académie d'Athènes, pour qu'ils reviennent de leur mauvaise voie, et qu'il leur dit ces paroles - qu'un tsadik peut éveiller le méchéant au repentir - afin que par ses paroles il éveille ces méchéants, comme cela est connu de la sagesse du Baal Chem Tov, que la mémoire du juste soit une bénédiction.)
לפרש בעזר אדון כל המימרא שלישית אמר ליה אימא לן מילי דכדיבי, ואמר להו הוה ההוא כדנייתא דילדה והוה תליא ליה פסקא וכתב ביה דמסיק בבי אבא מאה אלפא זוזי. אמרו ליה וכדנייתא מי ילדה א"ל הי ניהו מילי דכדיבי מילחא כי סריא במאי מלחי ליה.
א"ל בסילתא דכודנייתא. ומי איכא סילתא לכודנייתא ומלחא מי סריא.
לבאר בעזר אדון כל וזהו על דרך זה, כי ידוע תדע שכל מה שהאדם עובד את הבורא ברוך הוא ביותר הוא מבין יותר שצריך לעברו ברוך הוא ביותר בקדושה ובטהרה, כי הוא מכיר גדולת הבורא ברוך הוא וכפי הראוי לעבדו ברוך הוא עדיין לא עשה כלום בעבודתו. אבל האדם שסובר שהוא עובד ה' כמצות הבורא בשלימות האיש כזה עדיין לא בא להתחלת עבודתו, כי אם היה עבודתו באמת ובתמים היה מבין שאין במעשיו כלום נגד מה שאנו צריכין לעבדו ברוך הוא.
ועל דרך זה הוא פירוש הפסוק (תהלים ב, יא) וגילו ברעדה, ודרשו חכמינו ז"ל (ברכות ל:) במקום גילה שם תהא רעדה, היינו להורות שהצדיק שיש לו שמחה בזה שקרבנו המקום לעבודתו יתברך שמו ומשמח בו שרואה גדולת הבורא ברוך הוא שעובד למלך גדול שם תהא רעדה בפני גדולתו, היינו שדואגים תמיד במה שממעטים בעבודתו יתברך שמו, כי צריך לעבדו יותר ויותר בקדושה ובטהרה. ועוד שהצדיק מחשב במחשבתו תמיד שלא עשה מעצמו כלום כמאמר מי הקדמני ואשלם.
כי הוא יתברך שמו נתן לו ממון ליתן צדקה. נתן לו בית לעשות מזוזה.
בגד לעשות ציצית. רק דבר זה הוא מעשה הצדיק שאין לו יתברך שמו קדימה במעשה זה.
והוא מה שהצדיק חושב ומצפה תמיד שיבואו לידו מצות הבורא ברוך הוא לקיימם כמו שמצינו אצל משה רבינו ע"ה שהיה תאב לכנס לארץ ודרשו חכמינו ז"ל (סוטה יד.) שהיה מתאוה לקיים מצות התלויות בארץ, והיינו שהיה חושק תמיד שיבואו מצות הבורא ברוך הוא לידו לקיימם:
Pour expliquer, avec l'aide du Maître de tout, le troisième propos : "Il lui dit : dis-nous des paroles mensongères. Et il leur dit : il y avait une mule qui enfanta, et un document était suspendu à elle, et il y était écrit qu'elle avait sur la maison de mon père une créance de cent mille zouz.
Ils lui dirent : est-ce qu'une mule enfante ? Il leur dit : ce sont bien là des paroles mensongères.
[Ils lui dirent :] le sel, quand il se corrompt, avec quoi le sale-t-on ? Il leur dit : avec le placenta (silta) d'une mule.
[Ils lui dirent :] est-ce qu'une mule a un placenta, et est-ce que le sel se corrompt ?" Pour l'expliquer, avec l'aide du Maître de tout, et voici de quelle manière. Sache bien que plus l'homme sert le Créateur, béni soit-Il, plus il comprend qu'il lui faut Le servir davantage, dans la sainteté et la pureté ; car il reconnaît la grandeur du Créateur, béni soit-Il, et [il comprend] qu'au regard de ce qu'il conviendrait pour Le servir, il n'a encore rien fait dans son service.
Mais l'homme qui pense qu'il sert ה' selon le commandement du Créateur en perfection, un tel homme n'est pas même encore parvenu au commencement de son service ; car si son service était en vérité et en intégrité, il comprendrait qu'il n'y a rien dans ses actes au regard de ce qu'il nous faut faire pour Le servir, béni soit-Il. Et de la même manière s'explique le verset (Psaumes 2,11) "et réjouissez-vous en tremblant", et nos sages, de mémoire bénie, ont exposé (Berakhot 30b) : "au lieu où il y a joie, là sera le tremblement".
C'est-à-dire pour nous enseigner que le tsadik qui a de la joie de ce que le Lieu l'a rapproché de Son service, que Son Nom soit béni, et qui s'en réjouit parce qu'il voit la grandeur du Créateur, béni soit-Il, et qu'il sert un grand roi - la sera le tremblement devant Sa grandeur ; c'est-à-dire qu'ils s'inquiètent sans cesse de ce qu'ils diminuent dans Son service, que Son Nom soit béni, car il faut Le servir toujours plus dans la sainteté et la pureté. De plus, le tsadik pense sans cesse en son esprit qu'il n'a rien fait de lui-même, selon le propos "qui M'a devancé, que Je doive le payer ?" (Job 41,3).
Car c'est Lui, que Son Nom soit béni, qui lui a donné de l'argent pour faire la charité (tsedaka), qui lui a donné une maison pour y poser une mezouza, un vêtement pour y faire des tsitsit. Une seule chose est l'acte du tsadik lui-même, où Lui, béni soit-Il, n'a pas d'antériorité dans cet acte : c'est ce que le tsadik pense et attend sans cesse, que les commandements du Créateur, béni soit-Il, viennent en sa main pour qu'il les accomplisse ; comme nous le trouvons chez Moche notre maître, sur lui la paix, qui désirait entrer dans le pays, et nos sages, de mémoire bénie, ont exposé (Sota 14a) qu'il aspirait à accomplir les commandements qui dépendent du pays ; c'est-à-dire qu'il désirait sans cesse que les commandements du Créateur, béni soit-Il, viennent en sa main pour qu'il les accomplisse.
ועל דרך זה הוא הפירוש של הפסוק (דברים ו, כה) וצדקה תהיה לנו כי נשמור לעשות את כל מצות ה' לפני ה' א-להינו, דלכאודה מה שמסיים לפני ה' הוא ללא צורך, כי כל המעשים לפניו יתברך שמו הם. ולפי דברינו אתי שפיד, דידוע הוא שיש לפרש לשון שמר בלשון המתין כמו ואביו שמר את הדבר (בראשית לז, יא) שפירושו המתין.
וכן המשך הפסוק כדברינו להורות מעשה הצדיק שעושה בעצמו כנ"ל. וזה שאמר הכתוב וצדקה תהיה לנו כי נשמור לעשות את כל מצות ה', היינו שיהיה לנו צדקה בזה אשר נשמור ונצפה מתי יבואו לידינו מצות הבורא ברוך הוא לקיימם.
וביאד הפסוק במה שתפס מעשה זו ולא שאר מצות, כי דבר זה הוא מעלתינו שלא הקדים לנו השם מעשה בזה. וזהו שאמר הכתוב לפני ה' א-להינו, שפירושו לשון קדימות כו', מה שאין כן בשאר מצות שהקדים לנו מעשה ה' יתברך שמו כמאמר מי הקדמני ואשלם , ממנו נקח לעבודתו יתברך שמו והעובד ה' שעולה במחשבתו שעבד עבודת ה' ככל חקותיו ומשפטיו ולא תחסר כל בה מצפה לגמולו שכר עבודתו אשר עבד כי השלים עבודתו.
אבל העובד ה' באמת ובתמים לא יבא בלבו כלל מחשבת קבלת פרס, כי משיג הוא שנגד רוממותו יתברך שמו עדיין לא התחיל בעבודה הראוי לעבדו ובדעתו שכל מה שהקדוש ברוך הוא נותן לו שכר הוא מתנת חנם שדרכו להטיב ואין הקדוש ברוך הוא מחויב בדבר ליתן לו שכר רק מצד חסדו הגדול הוא שנותן מתנת חנם:
Et de la même manière s'explique le verset (Deutéronome 6,25) : "et ce sera pour nous une justice (tsedaka), si nous prenons garde d'accomplir tout ce commandement devant ה' notre Dieu". À première vue, ce qu'il conclut par "devant ה'" est sans nécessité, car tous les actes sont devant Lui, que Son Nom soit béni.
Mais selon nos propos cela s'explique bien (ati chapir). Car il est connu que l'on peut expliquer le terme chamar ("garder") au sens d'"attendre", comme dans "et son père garda la chose" (Genèse 37,11), dont le sens est : il attendit.
Et ainsi la suite du verset est conforme à nos propos, pour enseigner l'acte que le tsadik fait de lui-même, comme dit plus haut. Et c'est ce que dit l'Écriture : "et ce sera pour nous une justice, si nous prenons garde d'accomplir tous les commandements de ה'", à savoir que ce sera pour nous une justice en ceci que nous guettons et attendons quand viendront en notre main les commandements du Créateur, béni soit-Il, pour les accomplir.
Et le verset a expliqué pourquoi il a retenu cet acte-là et non les autres commandements : parce que c'est en cela qu'est notre mérite, puisque le Nom ne nous a pas devancés par un acte en cette matière. Et c'est ce que dit l'Écriture "devant ה' notre Dieu", dont le sens est un terme d'antériorité, etc. ; il n'en va pas ainsi des autres commandements, où l'acte de ה', que Son Nom soit béni, nous a devancés, selon le propos "qui M'a devancé, que Je doive le payer ?" - c'est de Lui que nous prenons de quoi Le servir, que Son Nom soit béni.
Et celui qui sert ה' et à qui il monte à la pensée qu'il a accompli le service de ה' selon tous Ses décrets et Ses lois, sans qu'il y manque rien, attend sa rétribution, le salaire du service qu'il a servi, puisqu'il a achevé son service. Mais celui qui sert ה' en vérité et en intégrité, il ne lui viendra pas du tout au cœur la pensée de recevoir une récompense ; car il saisit qu'au regard de Son élévation, que Son Nom soit béni, il n'a pas encore commencé le service qu'il conviendrait de Lui rendre.
Et il sait que tout ce que le Saint, béni soit-Il, lui donne en salaire est un don gratuit, car Sa voie est de faire du bien ; et le Saint, béni soit-Il, n'est en rien obligé de lui donner un salaire : c'est seulement du fait de Sa grande bonté qu'Il donne un don gratuit.