Deux témoins disent avoir vu la lune en son temps, non la nuit de son intercalation ; Rabban Gamliel les accepte. Rabbi Dossa ben Harkinas les dit faux ; Rabbi Ovadia de Bertinoro propose des nuages, mais sans ce doute le motif de Rabban Gamliel manque. Selon Rabbi Lévi Its'hak, le nassi (prince, chef du Sanhédrin) savait qu’il fallait raccourcir le mois et ordonna à la lune de se laisser voir ; elle fit sa volonté, puis reprit le cours du calcul, c’est pourquoi on ne la vit pas la nuit de l’intercalation. Le beit din (tribunal) a pouvoir sur la lune, « même par erreur, même volontairement » ; Rabbi Yehochoua l’ignore, Rabbi Dossa s’étonne ou ignore le décret.
Aussi : « et que Elokim te donne de la rosée des cieux », deux aspects de la demande et la crainte d’Its’hak ; le vœu de Yaakov par Elokim ; les ustensiles de Midian et ce qui donne un goût détérioré
ועתה נבאר המעשה שני של רבן גמליאל שוב באו שנים ואמרו ראינוהו בזמנו ובליל עבורו לא ראינוהו וקבלן רבן גמליאל, אמר ר' דוסא בן הרכינס עידי שקר הם האיך מעידין על אשה שילדה ולמחר כריסה בין שיניה, ועיין שם כל המעשה שאמר ר"ע אתם אפילו שוגגים ואפילו מזידים, וקשה על ר"ג למה קבלן. והנה הרב ר"ע מברטנורא פירש, אולי נתכסה בעבים.
והנה אם היה באפשרי שנתכסה בעבים מאי טעמייהו דרבי דוסא בן הרכינס ור' יהושע, אלא על כרחך שלא היה ספק אם נתכסה בעבים, והדרא קושיא לדוכתא, מאי טעמיה דרבן גמליאל. ולפמ"ש ניחא, דרבן גמליאל היה נשיא ובדידיה תליא מילתא וידע שצריכין החודש לחסרו וצוה על הלבנה שתראה לעדות בזמנו כמ"ש, ואפילו על פי חשבון לא היתה ראויה לראות ורבן גמליאל צוה עליה שתראה בזמנו ועשה הלבנה רצון רבן גמליאל ונדאת לעדים, ושוב כיון שראו העדות הלבנה וראויה לקדש את החודש עשתה הלבנה מנהגה אשר הוטבע בה, דהיינו שלא נראת עד זמן שראויה לראות על פי החשבון ולכן לא ראה בליל העבורה, כי המעשה היה שעל פי החשבון לא תראה בליל עבורה, רק מה שנראית בזמנה שעשתה רצון רבן גמליאל.
ומה שאמר ר' יהושע רואה אני את דבריך, שר' יהושע לא ידע מזה שהבית דין יש להם כח על החודש שהרי היה מיצר, אם כן לא ידע אתם אפילו שוגגין אתם אפי' מזידים. וזה בזה תליא, אם עדות החודש וקביעות מועדים מסורת לנו אפילו בשוגג אפילו במזיד יש לנו כח על הלבנה שהיא תעשה כרצון בית דין שקביעות מועדים בבית דין תליא מלתא ור' דוסא בן הורכינס שידע מזה אפשר דלא פליג רבי דוסא בן הורכינס ארבן גמליאל, רק שאמר דרך חידוש ונפלא האיך מעידין על אשה שילדה ולמחר כריסה בין שיניה, כלומר שדבן גמליאל עשה דבר נפלא שבכחו נראית הלבנה שלא בזמנה, רק ר' יהושע הוא דפליג שאמר רואה אני את דבריך, משמע דפליג, לכן שלח רבן גמליאל לר' יהושע ולא לר' דוסא בן הרכינס.
ואפילו אם תאמר דפליג ר' דוסא בן הרכינס אף על פי שהוא ידע מדרש אתם אפילו שוגגין, אפשר שלא ידע שר"ג גזר על הלבנה שתראה את עצמה דלאו בדידיה תליא מילתא, רק ברבן גמליאל שהוא נשיא תליא מילתא. כל זה כתבנו מלמוד גפ"ת והוא נכון, והשם יתברך יעזור לי שיצא לאור החבור גפ"ת אשר בחידוד גפ"ת עושין נחת רוח ליוצרינו ומצפה אנכי לחסד הבורא ברוך הוא שיזכה אותי שיצא לאור חבורי גפ"ת:
Et maintenant nous expliquerons la seconde affaire de Rabban Gamliel. De nouveau deux témoins vinrent et dirent : nous l'avons vue en son temps, et la nuit de son intercalation nous ne l'avons pas vue ; et Rabban Gamliel les accepta.
Rabbi Dossa ben Harkinas dit : ce sont de faux témoins ; comment peut-on témoigner d'une femme qu'elle a enfanté, et le lendemain son ventre est entre ses dents ? Vois là tout le récit, où Rabbi Akiva dit : vous, même par erreur, et même volontairement.
Et il est difficile, quant à Rabban Gamliel : pourquoi les a-t-il acceptés ? Or le maître Rabbi Ovadia de Bertinoro a expliqué : peut-être était-elle couverte de nuages.
Mais s'il était possible qu'elle ait été couverte de nuages, quel serait le motif de Rabbi Dossa ben Harkinas et de Rabbi Yehochoua ? Force est donc de dire qu'il n'y avait pas de doute qu'elle ait été couverte de nuages ; et la difficulté revient à sa place : quel est le motif de Rabban Gamliel ?
Et selon ce que j'ai écrit, cela s'accorde bien : car Rabban Gamliel était nassi (prince, chef du Sanhédrin) et la chose dépendait de lui ; il savait qu'il fallait raccourcir le mois, et il ordonna à la lune de se laisser voir pour le témoignage en son temps, comme je l'ai écrit. Et même selon le calcul elle n'était pas propre à être vue, et Rabban Gamliel lui ordonna de se laisser voir en son temps ; la lune fit la volonté de Rabban Gamliel et se laissa voir des témoins.
Puis, dès lors que les témoins avaient vu la lune et qu'elle était propre à sanctifier le mois, la lune reprit le cours ordinaire qui a été fixé en elle, c'est-à-dire qu'elle ne se laissa pas voir avant le temps où il convenait de la voir selon le calcul ; c'est pourquoi on ne la vit pas la nuit de son intercalation. Car l'affaire fut que, selon le calcul, elle ne devait pas se laisser voir la nuit de son intercalation ; seul ce qu'elle s'était laissé voir en son temps venait de ce qu'elle avait fait la volonté de Rabban Gamliel.
Et quant à ce que dit Rabbi Yehochoua, je vois tes paroles, c'est que Rabbi Yehochoua ne savait pas cela, que le tribunal (beit din) a pouvoir sur le mois, car voici qu'il en était affligé ; s'il en est ainsi, il ne connaissait pas [l'enseignement] vous, même par erreur, vous, même volontairement. Et l'un dépend de l'autre : si le témoignage du mois et la fixation des fêtes nous sont remis, même par erreur, même volontairement, alors nous avons pouvoir sur la lune, pour qu'elle fasse selon la volonté du tribunal, puisque la fixation des fêtes dépend du tribunal.
Et Rabbi Dossa ben Harkinas, qui savait cela, il est possible que Rabbi Dossa ben Harkinas ne soit pas en désaccord avec Rabban Gamliel, mais qu'il ait parlé par manière d'étonnement et d'émerveillement : comment peut-on témoigner d'une femme qu'elle a enfanté, et le lendemain son ventre est entre ses dents ? C'est-à-dire que Rabban Gamliel a fait une chose merveilleuse, puisque par sa force la lune s'est laissé voir hors de son temps.
Seul Rabbi Yehochoua est en désaccord, lui qui dit : je vois tes paroles, ce qui implique qu'il est en désaccord ; c'est pourquoi Rabban Gamliel envoya chercher Rabbi Yehochoua et non Rabbi Dossa ben Harkinas. Et même si tu dis que Rabbi Dossa ben Harkinas est en désaccord, bien qu'il connût l'interprétation vous, même par erreur, il est possible qu'il n'ait pas su que Rabban Gamliel avait décrété sur la lune qu'elle se montre elle-même, car la chose ne dépendait pas de lui, mais elle dépendait de Rabban Gamliel qui était nassi.
Tout cela nous l'avons écrit à partir de l'étude du GaPaT (acronyme de guemara, commentaire de Rachi et Tossafot), et c'est juste ; et que le Nom béni soit-Il m'aide à ce que paraisse au jour mon ouvrage sur le GaPaT, car par la finesse du GaPaT on procure une satisfaction à notre Créateur ; et j'attends la grâce du Créateur béni soit-Il, qu'Il me donne le mérite de voir paraître au jour mon ouvrage sur le GaPaT :
דברי בני מוהר"ר ישראל נר"ו הרב מפיקוב
Paroles de mon fils, notre maître le rav Rabbi Israël, que le Miséricordieux le garde et le délivre, rav de Pikov
בפסוק (בראשית כז, כח) ויתן לך הא-להים מטל השמים. הנה מדקדק המגיד משרים אמאי כתיב שם א-להים, ולא שם הויה ברוך הוא.
והנה יש שני בחינות שאדם מבקש מהבורא ברוך הוא להשפיע טובות על עמו ישראל. א', מה שאדם מבקש בשביל מה שנוגע לעצמות העולם.
והבחינה הב', מה שאדם מבקש מהבורא ברוך הוא על הנ"ל הוא מחמת שאנחנו מאמינים באמונה שלימה שהוא אבינו ואנו עמו ישראל הם בנים לו. וזה עיקר התענוג מה שמציל את בניו מכל עקא ומשפיע להם טובות.
ונמצא עיקר מבוקשתו, רק בשביל הקדוש ברוך הוא כביכול. וההפרש שבין שני הבחינות אלו, כשמבקש מחמת הנוגע לעצמות העולם אז מדבק השפע בזה העולם וזה העולם הוא ההפסד ואזי יש ח"ו הפסק בהטובה.
אבל כשמבקש מחמת בחינה הב' הנ"ל, ובאמת מדבק העיקר הטובה בהקב"ה ובאמת הקב"ה חי וקיים לעד אז הטובה והישועה הבא על ידי זה אין לה שום הפסק. ובאמת זה שעובד ה' במדת היראה זה עומד תמיד לפני ה' ביראה וכמעט שהוא בטל במציאות ואינו משגיח כלל על עסקי עולם הזה זה אינו יכול לבקש מחמת הנוגע אל עצמות העולם, רק מה שמבקש מאת ה' על טובות העולם הזה הוא רק מחמת מה שנוגע להשם יתברך כמאמר הפסוק (תהלים קד, לא) ישמח ה' במעשיו, אלו ישראל שהם מעשה ידיו של הקב"ה.
אבל זה שעובד את השם יתברך במדת החסד זה יכול לבקש אפילו מחמת הנוגע לזה העולם:
Sur le verset (Genèse 27,28) : et que Elokim te donne de la rosée des cieux. Voici que le Maguid Mecharim (ouvrage de révélations de Rabbi Yossef Karo) soulève une précision : pourquoi est-il écrit le nom Elokim et non le nom Havaya (le Nom, qui indique la miséricorde) béni soit-Il ?
Or il y a deux aspects selon lesquels un homme demande au Créateur béni soit-Il de faire descendre des bienfaits sur Son peuple Israël. Le premier : ce que l'homme demande à cause de ce qui touche à l'existence même du monde.
Et le second aspect : ce que l'homme demande au Créateur béni soit-Il au sujet de ce qui vient d'être dit, et cela parce que nous croyons d'une foi entière qu'Il est notre Père et que nous, Son peuple Israël, nous sommes des fils pour Lui. Et tel est l'essentiel du délice : qu'Il sauve Ses fils de toute détresse et fasse descendre sur eux des bienfaits.
Il se trouve donc que l'essentiel de sa demande n'est que pour le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire. Et la différence entre ces deux aspects : lorsqu'il demande à cause de ce qui touche à l'existence même du monde, alors il attache l'abondance à ce monde-ci, et ce monde-ci est périssable, et alors il y a, à Dieu ne plaise, une interruption dans le bienfait.
Mais lorsqu'il demande à cause du second aspect mentionné, en vérité il attache l'essentiel du bienfait au Saint béni soit-Il, et puisqu'en vérité le Saint béni soit-Il est vivant et subsistant à jamais, alors le bienfait et le salut qui viennent par cela n'ont aucune interruption. Et en vérité, celui qui sert le Nom dans l'attribut de crainte se tient toujours devant le Nom dans la crainte, et il est presque annulé dans son existence et ne prête aucune attention aux affaires de ce monde-ci : celui-là ne peut pas demander à cause de ce qui touche à l'existence même du monde, mais ce qu'il demande au Nom au sujet des bienfaits de ce monde-ci n'est qu'à cause de ce qui touche au Nom béni soit-Il, selon la parole du verset (Psaumes 104,31) : que le Nom se réjouisse en Ses œuvres - ce sont Israël, qui sont l'œuvre des mains du Saint béni soit-Il.
Mais celui qui sert le Nom béni soit-Il dans l'attribut de 'hessed (bonté) peut demander même à cause de ce qui touche à ce monde-ci :
ובזה יבואר הפסוק (משלי יח, י) מגדול עוז שם ה' בו ירוץ צדיק ונשגב, הרמז מגדול עוז שם ה', שם ה' הוא מה שנוגע לשם ה'. וזהו שאין לו הפסק כנ"ל בו ירוץ צדיק ונשגב בו, כלומר מה שמגיע אליו לעצמו מהטובה ירוץ, לשון שבירה הצדיק משבר זה התענוג מה שמגיע לעצמו ונשגב, רק שמעלה להקדוש ברוך הוא על שם הפסוק (ישעיה ב, יא) ונשגב ה' לבדו.
וזה הרמז בפסוק ישראל נושע בה' תשועת עולמים לא תבושו (שם מה, יז) כלומר ישראל נושע כשהישועה בא לישראל בה', כלומר מחמת מה שנוגע לה' אזי התשועה הוא תשועת עולמים שאין לה הפסק כנ"ל. וזהו לא תבושו, כי כשאדם מבקש מחמת מה שנוגע לעצמו אז יש לו בושה לבקש, כי המקבל הוא תמיד בוש.
אבל כשאדם מבקש מחמת ה' אז אין לו בושה כלל וזהו לא תבושו. וזהו הרמז מה שכתב ברמב"ן הקדוש, שיצחק רמז בהבארות אשר חפרם שלשה בתי מקדש.
וזהו שאמר (בראשית כו, כב) ויקרא שמה רחובות כי עתה הרחיב ה' לנו ופרינו בארץ, שזו נגד בנין העתיד להיות אם ירצה השם עיין שם. ובאמת למה רמז יצחק נגד השלשה בתי מקדש, וגם מה הלשון עתה כי עתה כו'.
ובזה יבואר, כי באמת יצחק היה עובד ה' ביראה וזה היה מדתו ובאמת הטובה הבא על ידי מדת הידאה היא שאין לה הפסק. ובאמת בנין העתיד הוא נגד יצחק ועיין בזוהר הקדוש פרשת נח דף סמ"ך ע"ב על פסוק (משלי ה, טו) ונוזלים מתוך בארך, בארך דא יצחק.
וזהו כי עתה, כי מלת עתה מורה על יראה על שם הפסוק כי עתה ידעתי כי ירא א-להים אתה, ולכן אם ידצה השם בנין העתיד יעמוד לעד:
Et par cela s'expliquera le verset (Proverbes 18,10) : le nom du Nom est une tour forte, le juste y court et il est élevé. L'allusion est : une tour forte est le nom du Nom - le nom du Nom, c'est ce qui touche au nom du Nom, et c'est cela qui n'a pas d'interruption, comme ci-dessus.
Le juste y court et il est élevé, en lui - c'est-à-dire : ce qui lui parvient à lui-même du bienfait, il le brise (yarouts, du sens de brisure) ; le juste brise ce délice qui lui parvient à lui-même, et il est élevé (venisgav) : il l'élève seulement au Saint béni soit-Il, d'après le verset (Isaie 2,11) : et le Nom seul sera élevé. Et telle est l'allusion du verset : Israël est sauvé par le Nom d'un salut éternel, vous ne serez pas confondus (ibid.
45,17). C'est-à-dire : Israël est sauvé - lorsque le salut vient à Israël par le Nom, c'est-à-dire à cause de ce qui touche au Nom, alors ce salut est un salut éternel qui n'a pas d'interruption, comme ci-dessus.
Et c'est cela, vous ne serez pas confondus : car lorsqu'un homme demande à cause de ce qui le touche lui-même, alors il a honte de demander, car celui qui reçoit est toujours honteux ; mais lorsqu'un homme demande à cause du Nom, alors il n'a aucune honte, et c'est cela, vous ne serez pas confondus. Et telle est l'allusion de ce qu'a écrit le saint Ramban (Rabbi Moche ben Nahman, Nahmanide) : qu'Its'hak a fait allusion, par les puits qu'il creusa, aux trois Temples.
Et c'est ce qu'il dit (Genèse 26,22) : et il appela son nom Rehovot, car maintenant le Nom nous a mis au large et nous fructifierons dans le pays - celui-là correspond à l'édifice à venir, s'il plaît au Nom ; vois là. Et en vérité, pourquoi Its'hak a-t-il fait allusion aux trois Temples, et de plus, que signifie l'expression maintenant, car maintenant, etc. ?
Et par cela cela s'expliquera : car en vérité Its'hak servait le Nom dans la crainte, et tel était son attribut, et en vérité le bienfait qui vient par l'attribut de crainte est celui qui n'a pas d'interruption. Et en vérité l'édifice à venir correspond à Its'hak ; et vois dans le saint Zohar, section Noah, page 60b, sur le verset (Proverbes 5,15) : et des ruisseaux du milieu de ton puits - ton puits, c'est Its'hak.
Et c'est cela, car maintenant : car le mot maintenant (atta) indique la crainte, d'après le verset (Genèse 22,12) : car maintenant je sais que tu crains Elokim ; c'est pourquoi, s'il plaît au Nom, l'édifice à venir subsistera à jamais :
וזהו הרמז בגמרא דשבת (פט:) כי אתה אבינו כו', אברהם יאמר כו', יעקב יאמר כו', יצחק ילמד סנגוריא ויהיה מליץ יושר בעדינו. אף על פי שלכאורה בדרך המדות מהאבות צריך להיות להיפך שאבדהם ויעקב ילמדו סנגוריא וימליצו טוב בעדינו.
ולפי הנ"ל יבואר, כי באמת יצחק היה עובד תמיד במדת היראה ועיקר בקשתו על הטובה הוא מחמת ה' לבדו ואז אפילו כשחס וחלילה שישראל אינם ראוים לכך, אף על פי כן היה יכול לבקש על הטובה כיון שעיקר בקשתו אינו מחמת עצמו, רק מחמת ה' ואז יכול לבקש אף על פי שישראל אינם ראויים לכך. אבל אברהם ויעקב אינם יכולים לבקש כי אם כשישראל ראוים לכך.
ועוד יש בין שני בחינות הנ"ל, כי כשאדם מבקש בשביל עצמו אז אינו יכול לבקש בכל עת, רק בעת רצון ועת רחמים. אבל כשאדם יבקש מחמת השם יתברך ברוך הוא כביכול אז תמיד הוא עת רצון:
Et telle est l'allusion dans la guemara de Chabbat (89b) : car Tu es notre Père, etc. ; Abraham dira, etc. ; Yaakov dira, etc. ; c'est Its'hak qui plaidera en notre faveur et sera pour nous un avocat de droiture. Bien qu'à première vue, selon la voie des attributs des Patriarches, ce devrait être l'inverse, à savoir qu'Abraham et Yaakov plaideraient en notre faveur et intercéderaient en bien pour nous.
Mais selon ce qui précède cela s'expliquera : car en vérité Its'hak servait toujours dans l'attribut de crainte, et l'essentiel de sa demande sur le bienfait est à cause du Nom seul ; et alors, même lorsque, à Dieu ne plaise, Israël n'en est pas digne, il pouvait malgré tout demander le bienfait, puisque l'essentiel de sa demande n'est pas à cause de lui-même mais à cause du Nom ; et alors il peut demander bien qu'Israël n'en soit pas digne. Mais Abraham et Yaakov ne peuvent demander que lorsque Israël en est digne.
Et il y a encore ceci entre les deux aspects mentionnés : lorsqu'un homme demande pour lui-même, alors il ne peut pas demander en tout temps, mais seulement en un temps de faveur et un temps de miséricorde ; mais lorsqu'un homme demande à cause du Nom béni soit-Il, pour ainsi dire, alors c'est toujours un temps de faveur :
ובזה יבואר הדקדוק בפסוק (תהלים סט, יד) ואני תפלתי לך ה' עת רצון, בעת רצון הוה ליה לכתוב, מאי עת רצון. ובזה יבואר ואני כו' לך ה' כו', כלומר כשעיקר בקשתי ותפלתי לך ה' בשבילך כו' כנ"ל, אז הוא תמיד עת רצון.
זהו שבירך יצחק את יעקב בשם א-להים, כי באמת ברכתו שבירך יצחק את יעקב בירך גם כן את כל הדורות הבאים מיעקב עד סוף כל הדורות כל אחד ואחד מישראל יש לו קיום מחמת ברכתו של יצחק ובאמת שהברכה והטובה לא יפסוק מישראל עד סוף כל הדורות ולכך בירך בשם א-להים שמורה על מדת היראה ובאמת הברכה וטובה הנשפע ממדת היראה אין לה הפסק כנ"ל:
Et par cela s'expliquera la précision dans le verset (Psaumes 69,14) : et moi, ma prière est à Toi, le Nom, un temps de faveur. Il aurait fallu écrire en un temps de faveur ; que signifie un temps de faveur ?
Et par cela cela s'expliquera : et moi, etc., à Toi, le Nom, etc., c'est-à-dire : lorsque l'essentiel de ma demande et de ma prière est à Toi, le Nom, pour Toi, etc., comme ci-dessus, alors c'est toujours un temps de faveur. C'est pourquoi Its'hak bénit Yaakov par le nom Elokim : car en vérité, par la bénédiction dont Its'hak bénit Yaakov, il bénit aussi toutes les générations issues de Yaakov jusqu'à la fin de toutes les générations - chacun d'Israël a sa subsistance à cause de la bénédiction d'Its'hak - et en vérité la bénédiction et le bienfait ne cesseront pas d'Israël jusqu'à la fin de toutes les générations ; c'est pourquoi il bénit par le nom Elokim, qui indique l'attribut de crainte, et en vérité la bénédiction et le bienfait qui découlent de l'attribut de crainte n'ont pas d'interruption, comme ci-dessus :
ונראה שזו הרמז בפסוק בפרשת ויצא (בראשית כח, כ-כב) וידד יעקב נדר אם יהיה א-להים עמדי כו' והיה ה' לי לא-להים כו' יהיה בית א-להים. ויש להבין למה נדר יעקב בשם א-להים, ולא בשם הויה שמורה על רחמים.
ועוד יש להבין שאמר והיה ה' לי לא-להים, כי והיה לשון שמחה, ושם הויה מורה על רחמים, ושם א-להים מורה על יראה, ומה זה שהרחמים יהיה לכל. והנראה, כי יעקב רצה להשפיע השפע עליו ממדת היראה כדי שלא יהא הפסק להטובה כנ"ל לכך נדר בשם א-להים שמורה על יראה.
וזהו שאמר והיה לשון שמחה כו', דהיינו כשהשפע והטובה והרחמים יהיו כלולים ממדת הידאה אז לא יהיה הפסק להטובה כנ"ל. וזהו והיה ה' לי לא-להים:
Et il apparaît que telle est l'allusion dans le verset de la section Vayetse (Genèse 28,20-22) : et Yaakov fit un vœu, si Elokim est avec moi, etc., et le Nom sera pour moi Elokim, etc., sera une maison de Elokim. Et il y a à comprendre : pourquoi Yaakov fit-il son vœu par le nom Elokim et non par le nom Havaya, qui indique la miséricorde ?
Et il y a encore à comprendre ce qu'il dit, et le Nom sera pour moi Elokim : car et il sera (vehaya) est une expression de joie, et le nom Havaya indique la miséricorde, et le nom Elokim indique la crainte ; qu'est-ce à dire, que la miséricorde soit pour tout ? Et ce qui apparaît : Yaakov voulait faire descendre sur lui l'abondance depuis l'attribut de crainte, afin qu'il n'y ait pas d'interruption au bienfait, comme ci-dessus ; c'est pourquoi il fit son vœu par le nom Elokim, qui indique la crainte.
Et c'est cela qu'il dit, et il sera, expression de joie, etc., c'est-à-dire : lorsque l'abondance, le bienfait et la miséricorde seront compris dans l'attribut de crainte, alors il n'y aura pas d'interruption au bienfait, comme ci-dessus. Et c'est cela : et le Nom sera pour moi Elokim :
עיין בארוך שחיבר הרב הש"ך על הטי"ד ובהג"ה אשר חיבר נכד המחבר הנ"ל סימן צ"ט בהג"ה ז"ל, ועוד מקשים העולם על הא דאיתא בתוספות במסכת עבודה זרה דף ס"ו י"א דהיכא דאסור במשהו נותן טעם לפגם נמי אסור, אם כן מאי מספקא ליה לרבא אי רב סבר נותן טעם לפגם אסור או דקסבר מותר ועכברא בשכרא אשבוחי משבח, דהא מוכח ע"כ דרב סבר נותן טעם לפגם מותר, דאין לומר נותן טעם לפגם אסור קשה מנ"ל הא דנט"ל אסור, ואי מגעולי מדין שציותה התורה להגעיל דלמא משום כך צוה התורה להגעיל דדילמא יבשל בו הישראל מין במינו עם מה שבישל בו הנכרי ורב סבר מין במינו במשהו והיכא דמשהו אסור נט"ל נמי אסור עכ"ל:
Vois dans l'ouvrage étendu que composa le rav Chakh (Rabbi Chabtaï HaCohen, auteur du Siftei Cohen) sur le Yore De'a, et dans la glose que composa le petit-fils de l'auteur susdit, chapitre 99, dans la glose ; voici ses termes : et de plus les gens soulèvent une difficulté sur ce qui se trouve dans les Tossafot au traité Avoda Zara page 66, où il y a qui disent que la où une chose est interdite pour la moindre quantité (bemachehou), ce qui donne un goût détérioré (noten taam lifgam) est aussi interdit. S'il en est ainsi, quel doute avait Rava, a savoir si Rav tient que ce qui donne un goût détérioré est interdit, ou bien s'il tient que c'est permis et que la souris dans la bière en améliore le goût ?
Car il est prouvé nécessairement que Rav tient que ce qui donne un goût détérioré est permis ; car on ne peut dire que ce qui donne un goût détérioré est interdit, puisqu'il est difficile : d'où lui viendrait cela, que ce qui donne un goût détérioré est interdit ? Et si c'est des ustensiles de Midian (gueoulei Midian, la purification par ébullition des ustensiles pris à Midian), que la Torah a ordonné de purifier, peut-être est-ce pour cela que la Torah a ordonné de purifier, à savoir que peut-être l'Israélite y cuira une espèce avec la même espèce que celle qu'y a cuite le non-Juif, et Rav tient qu'une espèce avec la même espèce est interdite pour la moindre quantité, et la où la moindre quantité est interdite, ce qui donne un goût détérioré est aussi interdit.
Fin de ses termes :
והנראה לתרץ, דהנה כתיב בתורה אצל געולי מדין (במדבר לא, כב) אך את הזהב ואת הכסף כו', כלומר דהתורה ציותה להגעיל כלי כסף וכלי זהב ובודאי לא צוותה להגעיל הכלי זהב וכסף, כי אם מחמת שמא ישתה בו נזיר שאר משקים והם בלועים מיין, כי בודאי בכלי כסף וזהב לא בשלו בהם שאר אסורים. ועיין בתוספות פסחים דף מ"ד ע"ב ד"ה אלא יליף מגעולי עכו"ם הקשה הר' יוסף, היכי יליף ר"ע טעם כעיקר בנזיר מג"ע, הא נזיר קל מכל איסורים שאין איסורו איסור עולם כו'.
ותירץ דבמדין נמי היו כליהם בלועות מיין ואסורות לנזיר עכ"ל. ועיין בפני יהושע דר"ל כלי כסף וכלי זהב דודאי שם לא שימשו רק יין.
נמצא מוכח דהגעלה דצוותה התורה להגעיל כלי זהב וכסף אפילו במקום דידעינן בודאי דודאי לא ישתמש בו הישראל ממין ששימש בו הגוי דהא דצוה התורה להגעיל הכלי של יין של הגוי בודאי הישראל הנזיר רוצה להשתמש בו מין אחר לא יין ונמצא אינו רוצה לשמש בו המין ששימש בו הגוי ואפילו הכי צוותה להגעיל, ואם כן מוכח אף על גב דידעינן דבודאי לא ישתמש בו הישראל ממין ששימש בו הגוי אפילו הכי צוותה התורה להגעיל. ואין לומר שמא הא דצוה התורה להגעיל כלי זהב וכסף משום יין נסך הא לא אסר אלא משום סתם יינם ואין אסור מן התורה:
Et ce qui apparaît pour résoudre : voici qu'il est écrit dans la Torah au sujet des ustensiles de Midian (Nombres 31,22) : seulement l'or et l'argent, etc. ; c'est-à-dire que la Torah a ordonné de purifier par ébullition les ustensiles d'argent et les ustensiles d'or. Et assurément elle n'a ordonné de purifier les ustensiles d'or et d'argent qu'à cause du risque qu'un nazir (celui qui a fait vœu de s'abstenir du vin) y boive d'autres boissons, alors qu'ils sont imprégnés de vin ; car assurément, dans des ustensiles d'argent et d'or, on n'a pas cuit d'autres interdits.
Et vois dans les Tossafot de Pessahim page 44b, au passage commençant par mais il le déduit des ustensiles des idolâtres : Rabbi Yossef a soulevé la difficulté, comment Rabbi Akiva déduit-il, pour le nazir, que le goût est comme la substance, à partir des ustensiles des idolâtres ? Le nazir est plus léger que tous les interdits, car son interdit n'est pas un interdit perpétuel, etc.
Et il a répondu qu'à Midian aussi leurs ustensiles étaient imprégnés de vin et interdits au nazir. Fin de ses termes.
Et vois dans le Pnei Yehochoua, qui veut dire les ustensiles d'argent et les ustensiles d'or, où assurément on ne s'est servi que de vin. Il se trouve donc prouvé que la purification par ébullition que la Torah a ordonnée pour les ustensiles d'or et d'argent vaut même là où nous savons avec certitude que l'Israélite ne s'en servira certainement pas pour l'espèce dont s'est servi le non-Juif ; car ce que la Torah a ordonné, de purifier l'ustensile à vin du non-Juif, assurément l'Israélite nazir veut s'en servir pour une autre espèce et non pour du vin, et il se trouve donc qu'il ne veut pas s'en servir pour l'espèce dont s'est servi le non-Juif, et malgré cela elle a ordonné de purifier.
S'il en est ainsi, il est prouvé que, bien que nous sachions que certainement l'Israélite ne s'en servira pas pour l'espèce dont s'est servi le non-Juif, malgré cela la Torah a ordonné de purifier. Et l'on ne peut dire que ce que la Torah a ordonné, de purifier les ustensiles d'or et d'argent, serait à cause du vin de libation (yein nessekh), car il n'est interdit qu'au titre de setam yeinam (le vin ordinaire des non-Juifs), et cet interdit n'est pas de la Torah :