« Et ils se tinrent au pied de la montagne » (Chemot 19,17) : la Guemara dit qu'Il renversa sur eux la montagne comme une cuve. Les Tossafot demandent pourquoi, puisqu'ils avaient déjà fait précéder « nous ferons » à « nous entendrons ». Selon Rabbi Lévi Its'hak, ils s'engagèrent alors que leur pensée était limpide et que la Che'hina reposait sur eux ; Il renversa la montagne afin qu'ils reçoivent la Torah même lorsque la pensée s'épaissit et que les goûts de la Torah se voilent. De même, ils dirent « nous ferons et nous entendrons » au temps des miracles du désert, et Il renversa la montagne afin qu'ils accomplissent la Torah lorsque le monde est conduit selon la nature.
Aussi : Avraham et les 248 membres spirituels ; « S'Il nous avait approchés du mont Sinaï » sans donner la Torah ; Esther, miracle caché dans la nature, selon son maître Dov Bérich
ונבאר בתחילה מצות קריאת המגילה, וגם נבאר למה נקראת מגילה בשם מגילה ומברכין על מקרא מגילה ומה היא לשון מגילה. ובתוכם יבואר כמה ענינים נוראים.
ובתחילה נבאר מאמרים בשבת, ויתורץ קושית תוספות. וזה לשון הגמרא דשבת (פח.) ויתיצבו בתחתית ההר (שמות יט, יז) א"ר אבדימי בר' חמא מלמד שכפה הקדוש ברוך הוא עליהם את ההר כגיגית ואמר להם אם אתם מקבלין התורה מוטב ואם לאו שם תהא קבורתכם עד כאן לשון הגמרא.
וזה לשון התוספות, כפה עליהם הר כגיגית, אף על פי שכבר הקדימו נעשה לנשמע, שמא היו חוזרים כשראו האש הגדולה שיצאו נשמותיהם. אמר רב אחא בר יעקב מכאן מודעא רבה לאורייתא.
אמר רבא אף על פי כן הדר קבלוה בימי אחשורש דכתיב קימו וקיבלו היהודים, קימו מה שקיבלו כבר. ז"ל התוספות, תימא לר"י דבמגילה גבי אסתר ברוח הקודש נאמרה אמר רב יהודא אמר שמואל אי הואי התם הוה אמינא להו דידי עדיפא מדידהו, קימו וקיבלו היהודים, קימו למעלה מה שקיבלו למטה.
ואמר רבא כולהו אית להו פירכא לבר מדשמואל דלית ליה פירכא. והשתא דשמואל נמי אית ליה פירכא, דרבא גופיה מוקי האי קרא לדרשא אחריתי עד כאן לשונו:
Nous expliquerons d'abord le commandement de la lecture de la Meguila, et nous expliquerons aussi pourquoi la Meguila est appelée du nom de 'meguila' (rouleau), pourquoi l'on bénit 'sur la lecture de la Meguila', et quel est le sens du mot 'meguila'. Au sein de ces explications seront éclaircies plusieurs choses redoutables.
Et pour commencer, nous expliquerons des enseignements du traité Chabbat, et se résoudra la question des Tossafot (les commentateurs franco-allemands du Talmud). Voici le texte de la Guemara de Chabbat (88a) : 'et ils se tinrent au pied de la montagne' (Exode 19,17) - Rabbi Avdimi bar Rabbi Hama a dit : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, renversa sur eux la montagne comme une cuve (גיגית, guiguit) et leur dit : si vous acceptez la Torah, tant mieux ; et sinon, là sera votre sépulture.
Fin du texte de la Guemara. Et voici le texte des Tossafot : 'il renversa sur eux la montagne comme une cuve' - bien qu'ils eussent déjà fait précéder 'nous ferons' à 'nous entendrons' (נעשה ונשמע, naassé ve-nishma), peut-être se seraient-ils rétractés lorsqu'ils virent le grand feu, au point que leurs âmes sortirent d'eux.
Rav Aha bar Yaakov a dit : de là vient une grande protestation contre la Torah (מודעא רבה לאורייתא, modaa raba le-oraita : un motif de contestation de l'engagement, celui-ci ayant été pris sous contrainte). Rava a dit : malgré cela, ils l'ont acceptée de nouveau aux jours d'Ahashverosh, ainsi qu'il est écrit 'les Juifs confirmèrent et acceptèrent' (Esther 9,27) - ils confirmèrent ce qu'ils avaient déjà accepté.
Voici le texte des Tossafot : cela fait difficulté pour Rabbenou Yits'hak (ר"י), car dans le traité Meguila, a propos d'Esther, on apprend que [le livre d']Esther a été dit par l'esprit de sainteté : Rav Yehouda a dit au nom de Shmouel : si j'avais été là, je leur aurais dit que ma preuve vaut mieux que la leur - 'les Juifs confirmèrent et acceptèrent' : ils confirmèrent en haut ce qu'ils avaient accepté en bas. Et Rava a dit : toutes [les preuves] peuvent être réfutées, sauf celle de Shmouel qui ne peut être réfutée.
Or voici que celle de Shmouel aussi peut être réfutée, puisque Rava lui-même applique ce verset à une autre exégèse. Fin de son texte.
ונראה כי צריכין להבין מה שקדמו ישראל עשיה לשמיעה האיך עושין קודם ששומעין. אפס נראה לי, כי צריכין להבין על מאמר הגדה אלו קרבנו לפני הר סיני ולא נתן לנו את התורה דיינו, וצריכין להבין מה טובה היה בקרבנו לפני הר סיני בלתי קבלת התורה.
ונראה שאמרו חכמינו ז"ל קיים היה אברהם אבינו ע"ה כל התורה אפילו עירובי תבשילין עד שלא נתנה. והנה צריכין להבין מאין ידע אברהם אבינו ע"ה התורה עד שלא ניתנה.
אפס הנה ידוע, כי הרמ"ח מצות עשה כנגד הרמ"ח אברים הרוחנים, והשס"ה מצות לא תעשה כנגד שס"ה גידים הרוחניים. והמסתכל ברוחניות אברים שלו וברוחניות הגידין שלו הוא משיג הרמ"ח מצות עשה ושס"ה מצות לא תעשה.
וכמו שאברי הגוף צריכין למזון הגשמיות שלו ולדברים הגשמיים הצריכין לכל אבר ואבר, כן האברים הרוחניים צריכין לכל אבר ואבר למצות שלו. וכשם שאברים הגשמים אין צריך ללמוד אותם הגשמיות שלהם, כן כל אבר ואבר הרוחנים אין צריך ללמד אותם, כי מעצמם משיגים להמצות שלהם.
וגם כי האברים הרוחנים החיות שלהם הם בעצמם המצות עשה, והשס"ה גידין החיות שלהם בעצמם שס"ה לא תעשה, כי הרוחניות הוא דקות השכל ודקות המחשבה והזדככות המחשבות הוא רק המצות. נמצא מי שיש לו התפשטיות הגשמיות כמעמד הר סיני הוא מדובק באור השכל שלו במצות עשה ובמצות לא תעשה, כי האור השכל אינו רק לקיים מצות עשה ולהזהר מלא תעשה.
והפונה ממצות עשה ומלא תעשה הוא נקרא כסיל בפי אדון כל החכמים שלמה המלך ע"ה, כי אור השכל אינו רק בקיום מצות עשה ולא תעשה והשכל בעצמו אינו רק להזהר מלא תעשה ולקיים מצות עשה. ולכן קודם שנתנה התורה הקדושה היו יכולים להשיג כל התורה רמ"ח מצות עשה ושס"ה לא תעשה, אפס מה שאנחנו אין משיגין התורה מעצמנו ומשכלנו הוא מחמת החומריות אשר הוא מסך המבדיל להשיג אור הרוחניות.
אמנם מי שיש לו התפשטות הגשמיות והתגברות הרוחניות הוא יכול להשיג בעין שכלו מעצמו התורה, כי הרמ"ח אברים הרוחניים הם בעצמם מצות עשה ושס"ה גידים בעצמם מצות לא תעשה. ולכן אברהם אבינו ע"ה אשר נזדכך החומר שלו השיג מרמ"ח איבריו ושס"ה גידיו שלו הרוחניות של כל התורה כולו עד שלא ניתנה:
Et il apparaît qu'il faut comprendre ce fait qu'Israël a fait précéder l'action à l'écoute : comment agit-on avant d'avoir entendu ? Mais il me semble qu'il faut d'abord comprendre le passage de la Haggada : 'S'Il nous avait approchés du mont Sinaï et ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi' - et il faut comprendre quel bien il y avait à être approchés du mont Sinaï sans recevoir la Torah.
Or voici que nos sages, de mémoire bénie, ont dit : Avraham notre père, la paix sur lui, accomplissait toute la Torah, jusqu'au érouv des plats (עירובי תבשילין, érouvéi tavshilin, institution rabbinique tardive), avant même qu'elle ne fût donnée. Et voici qu'il faut comprendre d'où Avraham notre père, la paix sur lui, connaissait la Torah avant qu'elle ne fût donnée.
Mais voici, il est connu que les 248 (רמ"ח, ramah) commandements positifs correspondent aux 248 membres spirituels, et que les 365 (שס"ה, shassah) commandements négatifs correspondent aux 365 tendons spirituels. Et celui qui contemple la spiritualité de ses membres et la spiritualité de ses tendons atteint les 248 commandements positifs et les 365 commandements négatifs.
Et de même que les membres du corps ont besoin de leur nourriture matérielle et des choses matérielles nécessaires à chacun d'eux, ainsi les membres spirituels ont besoin, pour chaque membre, du commandement qui lui est propre. Et de même que pour les membres matériels il n'est pas besoin de leur enseigner leur matérialité, ainsi pour chacun des membres spirituels il n'est pas besoin de le leur enseigner, car d'eux-mêmes ils atteignent leurs commandements.
Et aussi parce que, pour les membres spirituels, leur vitalité est elle-même les commandements positifs, et pour les 365 tendons, leur vitalité est elle-même les 365 commandements négatifs ; car la spiritualité est la subtilité de l'intellect et la subtilité de la pensée, et l'épuration des pensées n'est autre que les commandements. Il s'ensuit que celui qui possède le dépouillement de la matérialité (התפשטות הגשמיות, hitpashtout ha-gashmiout, sortie hors de la conscience corporelle), comme lors de la station au mont Sinaï, est attaché par la lumière de son intellect aux commandements positifs et aux commandements négatifs, car la lumière de l'intellect n'est rien d'autre que d'accomplir les commandements positifs et de se garder des négatifs.
Et celui qui se détourne des commandements positifs et des négatifs est appelé 'sot' (כסיל, kessil) par la bouche du maître de tous les sages, le roi Salomon, la paix sur lui ; car la lumière de l'intellect n'est que dans l'accomplissement des commandements positifs et négatifs, et l'intellect lui-même n'est rien d'autre que de se garder des négatifs et d'accomplir les positifs. C'est pourquoi, avant que la sainte Torah ne fût donnée, ils pouvaient atteindre toute la Torah, les 248 commandements positifs et les 365 commandements négatifs.
Seulement, si nous n'atteignons pas la Torah par nous-mêmes et par notre intellect, c'est à cause de la matière grossière, qui est le rideau séparateur empêchant d'atteindre la lumière de la spiritualité. Mais celui qui possède le dépouillement de la matérialité et la prédominance de la spiritualité peut atteindre la Torah de lui-même, par l'œil de son intellect, car les 248 membres spirituels sont eux-mêmes les commandements positifs et les 365 tendons sont eux-mêmes les commandements négatifs.
C'est pourquoi Avraham notre père, la paix sur lui, dont la matière s'était épurée, atteignit à partir de ses 248 membres et de ses 365 tendons la spiritualité de toute la Torah entière avant qu'elle ne fût donnée.
וזה אשר יסד בעל הגדה אלו קרבנו לפני הר סיני כו', כי הנה נודע שבמעמד הר סיני פסקה זוהמתן, כלומר שבהכנת מתן תורה, דהיינו בהגבלות העם סביב ובפרישתן שלשה ימים מנשותיהן אשר היו דומין למלאכים ובקרבנות של נערי בני ישראל נזדכך החומר שלהם והשיגו התורה עד שלא ניתנה. ולכן אמרו (שבת קמו.) במעמד הר סיני פסקו זוהמתן.
ולא אמרו במתן תורה פסקו זוהמתן. שבמעמד הר סיני בעצמו והכנתן למתן תורה נפסקה זוהמתן, וכיון שפסקו זוהמתן השיגו התורה שהתורה היא הרמ"ח אברים הרוחנים ושס"ה גידים הרוחנים ונדבק האור השכל באור מצות כי הוא הכל אחד.
וזה אלו קרבנו לפני הר סיני ולא נתן לנו את התורה דיינו, כלומר כיון שקרבנו להר סיני אז פסקה זוהמתן והשיגו את התורה עד שלא ניתנה כמו שהשיג אברהם אבינו ע"ה ולכן אפילו לא נתן לנו את התורה דיינו. ועיין באלשיך הקדוש על שיר השירים, אשר הוא כתב כדברים האלה.
והנה כאשר נפסקה זוהמתן והשיגו תורת א-להינו ברוחניות אז מיד חפצם ורצונם היה לקבל את התורה, כי אז מחשבת האדם מאירה שתורת ה' א-להינו הוא חיינו ואורך ימינו. אמנם כאשר מחשבת אדם נתעבה ונתגשם אזי אינו מתאוה כל כך לתורת ה' וקשה עליו לקיימם:
Et c'est ce que l'auteur de la Haggada a établi : 'S'Il nous avait approchés du mont Sinaï, etc.' ; car voici, il est connu qu'à la station du mont Sinaï leur souillure (זוהמה, zouhama) a cessé - c'est-à-dire que par la préparation au don de la Torah, a savoir par les limites fixées au peuple alentour, par leur séparation de leurs épouses durant trois jours, par quoi ils ressemblaient à des anges, et par les sacrifices des jeunes gens des enfants d'Israël, leur matière s'est épurée et ils ont atteint la Torah avant qu'elle ne fût donnée. C'est pourquoi ils ont dit (Chabbat 146a) : 'à la station du mont Sinaï leur souillure a cessé', et ils n'ont pas dit 'au don de la Torah leur souillure a cessé' ; car c'est par la station du mont Sinaï elle-même et par leur préparation au don de la Torah que leur souillure a cessé ; et dès lors que leur souillure eut cessé, ils atteignirent la Torah, car la Torah, ce sont les 248 membres spirituels et les 365 tendons spirituels, et la lumière de l'intellect s'attacha à la lumière des commandements, car tout cela est un.
Et tel est le sens de 'S'Il nous avait approchés du mont Sinaï et ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi' - c'est-à-dire : dès lors qu'Il nous a approchés du mont Sinaï, alors leur souillure a cessé et ils ont atteint la Torah avant qu'elle ne fût donnée, comme l'avait atteinte Avraham notre père, la paix sur lui ; c'est pourquoi, même s'Il ne nous avait pas donné la Torah, cela nous aurait suffi. Et vois dans le saint Alshikh sur le Cantique des cantiques, qui a écrit des choses semblables à celles-ci.
Or voici, lorsque leur souillure eut cessé et qu'ils atteignirent la Torah de notre D-ieu dans sa spiritualité, aussitôt leur désir et leur volonté furent de recevoir la Torah ; car alors la pensée de l'homme est illuminée, [sachant] que la Torah de ה' notre D-ieu est notre vie et la longueur de nos jours. Mais lorsque la pensée de l'homme s'épaissit et se matérialise, alors il ne désire plus autant la Torah de ה' et il lui est difficile d'accomplir [ses commandements].
וזה אשר אמרו חכמינו ז"ל שכפה עליהם ההר כגיגית אם תקבלו התורה מוטב, הגם שהקדימו נעשה לנשמע, אמנם בעת ההוא היו ישראל זכים וברורים וצלולים והשרה עליהם השכינה והיה להם התפשטות הגשמיות, אבל כשמחשבותם לא יהיה זכים וצלולים אז לא יקבלו עליהם עול מלכות שמים. כי נודע, כי אי אפשר להיות מחשבת האדם תמיד זכה ונקיה כאשר כתב האר"י ז"ל, שאי אפשר לעמוד בתפילה יותר מג' שעות.
ומתורץ קושית תוספות למה כפה עליהם ההר, הלא כבר הקדימו נעשה לנשמע, שהקדימו נעשה לנשמע שיקיימו בעת שמחשבתם יהיה צלולה ובהשראת שכינה עליהם ויהיו רואין בעין שכלם האיך שכל אבר ואבר חיות שלה במצוה הקבועה בה והאבר הרוחני היא המצות והשם יתברך כפה עליהם ההר כגיגית שיקבלו התורה ויעשו מצות האל אפילו כשיחזרו ישראל למחשבה עבה וגסה ולא ישיגו את מתיקות התורה ורמ"ח אברים חיות שלהם ברמ"ח מצות עשה. ואז לא יתאוה לקיים התורה כפה עליהם ההר כגיגית, שאף על פי כן יקבלו את עול מלכותו עליהם ותורתו ומצותיו אפילו כשיהיה מחשבה גסה ולא ישיגו את מתיקת התורה הקדושה, כי טעמי התורה ומצותיו אינם יכולין להשיג, רק ברוחניות השכל וברוחניות העולמות ובעביות השכל ובגשמיות העולמות טעמים ופרושים מכוסים.
כל זה ביארנו בדרושי שבועות ובמתן תורה:
Et c'est ce que nos sages, de mémoire bénie, ont dit : qu'Il renversa sur eux la montagne comme une cuve, 'si vous acceptez la Torah, tant mieux' - bien qu'ils eussent fait précéder 'nous ferons' à 'nous entendrons'. En effet, en ce temps-là Israël était pur, net et limpide, la Chekhina reposait sur eux et ils avaient le dépouillement de la matérialité ; mais lorsque leurs pensées ne seraient plus pures et limpides, alors ils n'accepteraient plus sur eux le joug du royaume des cieux.
Car il est connu qu'il est impossible que la pensée de l'homme soit toujours pure et nette, ainsi que l'a écrit le Ari (האר"י, Rabbi Yits'hak Louria), de mémoire bénie, qu'il est impossible de se tenir en prière plus de trois heures. Ainsi se résout la question des Tossafot : pourquoi renversa-t-Il sur eux la montagne, puisqu'ils avaient déjà fait précéder 'nous ferons' à 'nous entendrons' ?
[La réponse est] qu'ils ont fait précéder 'nous ferons' à 'nous entendrons' [en s'engageant] à accomplir [la Torah] au temps où leur pensée serait limpide, où la Chekhina reposerait sur eux et où ils verraient par l'œil de leur intellect comment la vitalité de chaque membre réside dans le commandement qui lui est fixé, et que le membre spirituel est lui-même les commandements ; et le Nom, béni soit-Il, renversa sur eux la montagne comme une cuve afin qu'ils reçoivent la Torah et accomplissent les commandements de D-ieu même lorsque Israël retournerait à une pensée épaisse et grossière et n'atteindrait plus la douceur de la Torah, ni [la conscience] que la vitalité des 248 membres est dans les 248 commandements positifs. Et alors, lorsqu'il ne désirera plus accomplir la Torah - [pour cela] Il renversa sur eux la montagne comme une cuve, afin que malgré cela ils reçoivent sur eux le joug de sa royauté, sa Torah et ses commandements, même lorsque la pensée sera grossière et qu'ils n'atteindront plus la douceur de la sainte Torah ; car les goûts profonds de la Torah et de ses commandements ne peuvent être atteints que dans la spiritualité de l'intellect et dans la spiritualité des mondes, tandis que dans l'épaisseur de l'intellect et dans la matérialité des mondes les goûts et les explications sont voilés.
Tout cela, nous l'avons expliqué dans les discours sur Shavouot et sur le don de la Torah.
ועוד נראה והוא קרוב למה שביארנו, כי הנה יש עתים שונות, עת רצון, אשר השם יתברך מנהיג עולמו בחסדו הגדול ומשנה הטבעיות ומשפיע טובו בהתגלות שלא כדרך הטבע לעמו בית ישראל אשר בהם מתפאר השם יתברך והוא התגלות כבוד מלכותו עלינו. ויש הסתרת פנים חס ושלום אשר העולם מתנהג בטבע.
והנה בעת התגלות כבוד מלכותו על עמו בית ישראל אשר בהם מתפאר ומנהיג עולמו לרומם קרן עמו בית ישראל שלא כדרך הטבע ועושה עמנו ניסים ונפלאות וניכר מלכותו לעין כל, אזי בודאי לב כל בני אדם יתלהב לעבוד את ה' א-להינו הבורא ברוך הוא, כי רואין כבוד הדר מלכותו וראוי לעבוד את הבורא ברוך הוא, כי הוא רב ושליט. אמנם כאשר מלכותו מכוסה והעולם מתנהג על פי הטבע אזי אין הלבבות מתלהבין לעבודתו.
והנה במדבר ראו הדור הניסים והנפלאות והבאר והמן וענני הכבוד אזי התלהבו לעבוד את מלך רב ושליט וענו ואמרו כל אשר דבר ה' נעשה ונשמע, וכפה עליהם ההר כגיגית שאפילו בעת שהעולם יתנהג על פי הטבע ויפסקו הג' מתנות הבאר, ומן, וענני הכבוד, ויאכלו מעבור הארץ אזי יאמינו שכל הטבעיות וכל המאורעות מקטן ועד גדול הכל ממנו יתברך שמו ומלכותו בכל משלה וצריכין לקיים את התורה אפילו כאשר מלכותו בהסתר פנים, ועל זה כאשר יתנהגו העולם על פי הטבע כפה עליהם ההר כגיגית ואמר אם תקבלו התורה מוטב. ולדורות שידע האל ברוך הוא שיתנהג העולם על פי הטבע אז כפה עליהם ההר כגיגית.
ויתורץ קושית התוספות למה כפה עליהם ההר כגיגית, כיון שכבר הקדימו נעשה לנשמע. ולפי דברינו יתכן שהוא לדורות שיתנהגו העולם והמזון על פי הטבע.
שידע האדם שאין שום דבר קטון או גדול זולתו יתברך שמו. ונמצא יתורץ קושיות התוספות על פי שני אופנים.
אופן אחד הוא, שהוא לדורות אפילו כשיתעבה ויתגשם מוחין והמחשבות. ואופן השני, לדורות אפילו שיתנהגו העולם בטבעיות יקבלו התורה ויעשו מצות הבורא יתברך שמו.
והוא הכל אחד. שזה בעולם, וזה בנפש, כידוע בספר יצירה שהכל נברא בעולם שנה נפש.
וכשעמו בית ישראל עובדין את הבורא הכל ברוך הוא בשכל גבוה אזי מלכותו נתגלה בעולם ועושה עמנו ניסים ונפלאות עד אין מספר:
Et il apparaît encore une explication, proche de ce que nous avons expliqué : voici qu'il y a des temps divers. Il y a un temps de faveur (עת רצון, et ratsone), où le Nom, béni soit-Il, conduit son monde par sa grande bonté, change les lois de la nature et déverse son bien de manière révélée, hors des voies de la nature, sur son peuple la maison d'Israël, par qui le Nom, béni soit-Il, se glorifie ; et c'est là la révélation de la gloire de sa royauté sur nous.
Et il y a le voilement du visage (הסתרת פנים, hastarat panim), à D-ieu ne plaise, où le monde est conduit selon la nature. Or voici, au temps de la révélation de la gloire de sa royauté sur son peuple la maison d'Israël, par qui Il se glorifie, lorsqu'Il conduit son monde pour élever la corne de son peuple la maison d'Israël hors des voies de la nature, qu'Il accomplit avec nous des miracles et des prodiges et que sa royauté est reconnue aux yeux de tous, alors assurément le cœur de tous les hommes s'enflamme pour servir ה' notre D-ieu, le Créateur, béni soit-Il ; car ils voient la gloire et la splendeur de sa royauté, et il convient de servir le Créateur, béni soit-Il, puisqu'Il est grand et souverain.
Mais lorsque sa royauté est voilée et que le monde est conduit selon la nature, alors les cœurs ne s'enflamment pas pour son service. Or voici, dans le désert cette génération vit les miracles et les prodiges, le puits, la manne et les nuées de gloire ; alors ils s'enflammèrent pour servir le Roi grand et souverain, et ils répondirent et dirent : 'tout ce que ה' a dit, nous le ferons et nous l'entendrons'.
Et Il renversa sur eux la montagne comme une cuve, afin que même au temps où le monde serait conduit selon la nature, où cesseraient les trois dons - le puits, la manne et les nuées de gloire - et où ils mangeraient du produit de la terre, alors ils croient que toutes les lois de la nature et tous les événements, du plus petit jusqu'au plus grand, tout vient de Lui, que son Nom soit béni, et que sa royauté domine sur tout, et qu'il faut accomplir la Torah même lorsque sa royauté est dans le voilement du visage. Et pour cela, en vue du temps où le monde serait conduit selon la nature, Il renversa sur eux la montagne comme une cuve et dit : si vous acceptez la Torah, tant mieux.
Et c'est en vue des générations, parce que D-ieu, béni soit-Il, savait que le monde serait conduit selon la nature, qu'alors Il renversa sur eux la montagne comme une cuve. Ainsi se résout la question des Tossafot : pourquoi renversa-t-Il sur eux la montagne comme une cuve, puisqu'ils avaient déjà fait précéder 'nous ferons' à 'nous entendrons' ?
Et selon nos paroles, il est compréhensible que c'était en vue des générations où le monde et la subsistance seraient conduits selon la nature, afin que l'homme sache qu'il n'y a aucune chose, petite ou grande, en dehors de Lui, que son Nom soit béni. Il se trouve donc que la question des Tossafot se résout de deux manières.
La première manière : que c'est en vue des générations, même lorsque les mohin (מוחין, les 'cerveaux', les facultés intellectuelles supérieures) et les pensées s'épaissiront et se matérialiseront. Et la seconde manière : en vue des générations, afin que même lorsque le monde sera conduit selon les lois de la nature, ils reçoivent la Torah et accomplissent les commandements du Créateur, que son Nom soit béni.
Et tout cela est un : ceci [se dit] dans le monde, et cela dans l'âme, comme il est connu dans le Sefer Yetsira que tout a été créé selon 'monde, année, âme' (עולם שנה נפש, olam, shana, nefech). Et lorsque son peuple la maison d'Israël sert le Créateur du tout, béni soit-Il, avec un intellect élevé, alors sa royauté se révèle dans le monde et Il accomplit avec nous des miracles et des prodiges sans nombre.
ועתה נבאר על קושית התוספות השניה מה שהקשו דלמדו חכמינו ז"ל דהדר קיבלו בימי אחשורוש מקימו וקבלו, ובמגילה למדו מקימו וקבלו דאסתר ברוח הקודש נאמרה. והנראה דהא בהא תליא, דהנה צריכין להבין דרש"י פירש דהדר קיבלו בימי אחשורוש מאהבת הנס, למה היה זה הנס של מרדכי ואסתר חביב עליהם מכל הניסים שנעשו להם לישראל, והלא ביציאת מצרים ראו קריעת ים סוף ועשר מכות וכל הניסים והנפלאות.
ונראה ויתבאר כמה מאמרים וזה יצא ראשונה, שאמרו חכמינו ז"ל במסכת מגילה (יא.) ר"י פתח לה האי פתחא ראו כל אפסי ארץ את ישועת א-להינו (תהלים צח, ג) אימתי ראו כל אפסי ארץ את ישועת א-להינו, בימי מרדכי ואסתר. וגם כאן קשה, למה בימי מרדכי ואסתר ראו כל אפסי ארץ את ישועת א-להינו, והלא היה ניסים יותר מימי מרדכי ואסתר כגון קריעת ים סוף ויציאת מצרים ושמש וירח דום בימי יהושע שמקרא מלא נאמר על הקמת שמש וירח וזרעו יהיה מלא הגוים (בראשית מח, יט) אמנם נראה, כי כבר ביארנו בדרושי חנוכה, כי יש שני מיני ניסים.
אחד, ניסים נגלים. ואחד, ניסים נסתרים.
נסים נגלים, הוא קריעת ים סוף ויציאת מצרים אשר נגלה לעין כל נסים ונפלאות שנשתנה הטבעים. ויש נסים נסתרים , כמו בימי מרדכי ואסתר שלא היה שנוי הטבעים, רק הנס היה בתוך הטבעים.
ואמר אדמו"ר הגאון בצ"ק מ"ו דוב בעריש זצ"ל, שלכן נקראת אסתר, שהיה הנס בהסתר בתוך הטבעים עד כאן אמר מורי ורבי זלה"ה. והנה הנס אשר הוא בשינוי הטבעים כמו י' מכות דיציאת מצרים הטבעים נתחלפו ונשתנו, והנס דבימי מרדכי ואסתר הטבעים לא נתחלפו ונשתנו והיו הטבעים בתקפם ובקיומם:
Et maintenant nous expliquerons la seconde question des Tossafot, à savoir leur objection : nos sages, de mémoire bénie, ont déduit de 'ils confirmèrent et acceptèrent' qu'ils avaient accepté de nouveau [la Torah] aux jours d'Ahashvérosh, tandis que dans le traité Meguila ils ont déduit de 'ils confirmèrent et acceptèrent' que [le livre d']Esther a été dit par l'esprit de sainteté. Et il apparaît que l'un dépend de l'autre.
Car voici qu'il faut comprendre ce que Rachi a expliqué, que 'ils acceptèrent de nouveau aux jours d'Ahashvérosh' fut par amour du miracle : pourquoi ce miracle de Mordekhai et d'Esther leur fut-il plus cher que tous les miracles accomplis pour Israël ? Et pourtant, à la sortie d'Égypte, ils virent l'ouverture de la mer Rouge, les dix plaies et tous les miracles et prodiges.
Or il apparaît [une explication], et plusieurs enseignements vont s'en éclaircir, et voici ce qui vient en premier : nos sages, de mémoire bénie, ont dit dans le traité Meguila (11a) : Rabbi Yehouda a ouvert son enseignement par cette ouverture - 'toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre D-ieu' (Psaumes 98,3) : quand toutes les extrémités de la terre ont-elles vu le salut de notre D-ieu ? Aux jours de Mordekhai et d'Esther.
Ici aussi il y a difficulté : pourquoi est-ce aux jours de Mordekhai et d'Esther que toutes les extrémités de la terre virent le salut de notre D-ieu ? Or il y eut des miracles plus grands qu'aux jours de Mordekhai et d'Esther, comme l'ouverture de la mer Rouge, la sortie d'Égypte, et le soleil et la lune arrêtés aux jours de Yehoshoua, au sujet de qui un verset entier a été dit à propos de l'arrêt du soleil et de la lune : 'et sa descendance sera la plénitude des nations' (Genèse 48,19).
Mais il apparaît, comme nous l'avons déjà expliqué dans les discours sur 'Hanouka, qu'il y a deux sortes de miracles : l'une, les miracles révélés ; l'autre, les miracles cachés. Les miracles révélés, ce sont l'ouverture de la mer Rouge et la sortie d'Égypte, où se révélèrent aux yeux de tous des miracles et des prodiges par lesquels les lois de la nature furent changées.
Et il y a les miracles cachés, comme aux jours de Mordekhai et d'Esther, où il n'y eut aucun changement des lois de la nature, mais où le miracle fut à l'intérieur même de la nature. Et mon maître, notre seigneur et notre rabbi (אדמו"ר), le gaon, la sainte lampe (בוצינא קדישא, boutsina kadisha), mon maître et rabbi (מ"ו, mori ve-rabbi) Dov Bérish, que le souvenir du juste soit une bénédiction, a dit que c'est pour cela qu'elle est appelée Esther : parce que le miracle fut dans le voilement (הסתר, hester) à l'intérieur de la nature.
Fin des paroles de mon maître et rabbi, que son souvenir soit pour la vie du monde à venir (זלה"ה). Et voici : le miracle qui consiste en un changement des lois de la nature, comme les dix plaies de la sortie d'Égypte, où les lois de la nature furent modifiées et changées ; tandis que dans le miracle des jours de Mordekhai et d'Esther, les lois de la nature ne furent ni modifiées ni changées, et elles demeurèrent dans leur force et dans leur permanence.