Ce passage poursuit : l'homme se renforce dans l'éveil divin, et Rabbi Yehochoua exige un éveil d'en bas une fois la Torah donnée. « Si tu as beaucoup étudié la Torah, ne t'en fais pas un mérite pour toi-même, car c'est pour cela que tu as été formé. » Selon Rabbi Lévi Its'hak, la Torah est feu noir sur feu blanc pour combattre le mauvais penchant ; sans embrasement, le serviteur n'a pas mis le feu dans l'arme. Ne retiens pas la Torah pour le corps : tu as été formé pour renforcer la forme spirituelle et que le Créateur se glorifie : « ainsi a fait mon fils ».
Aussi : matérialité dans le tsadik par l'élévation des hommes ; Torah lichma qui retourne la volonté supérieure, fait un fils et un michne la-melekh, et répare les mondes par l'étude
וזהו ולך ה' החסד כי אתה תשלם לאיש כמעשהו (תהלים סב, יג) כאלו היה מעשיו הגם שהוא בא מרצון הבורא ברוך הוא להתעורר, מכל מקום האדם עושה בו פעולה להתחזק בהתעוררת הזה לא כן הרשעים אשר לא יקומו במשפט. וזהו דאיתא בזוהר הקדוש אשה כי תזריע וילדה זכר (ויקרא יב, ב) מיומא דאתעברת לית לה בפומא אלא ילידו דילה אי להוי דכו', כי דכר הוא כח התחזקות בו ונקבה כינוי להתחלשות כמו שאמרו (ברכות לב.) תש כחו כנקבה.
וזה שאמר לית לה בפומא כו' מיומא דאתעברת וקיבלה הטפה, אם כן לית לה בפומא רק דכר שזה התגברות הוא כח האדם שמחזיק עצמו לאיש בזה התעוררת ובזה יבוא שכרו האמיתי הראוי לו. והנה רבי אליעזר אמר משמים יוכיח.
ורבי יהושע השיב אין משגיחין בבת קול. (ב''מ נט:) דפלוגתא הוא, שר' אליעזר עבד להבורא בהתעוררת שבא משמים.
ור' יהושע השיב שכבר נתן לנו התורה, ואם כן מה שאדם נולד ראוי שיעבוד מעצמו בהתעוררת דלתתא מעצמו. וזהו שאמר רבי אליעזר בור סיד שאינו מאבד טפה, כלומר טפה הזרעיות של התעוררת.
ור' יהושע אשרי יולדתו, פירוש מה שהוליד הוא בעצמו ולא על ידי התעוררת דלעילא:
Et c'est le sens de : 'À Toi, ה', la bonté, car Tu rétribues chacun selon son œuvre' (Psaumes 62,13) - comme si c'était bien son œuvre à lui, quoique cela vienne de la volonté du Créateur béni soit-Il de l'éveiller ; malgré tout, l'homme accomplit en cela une action, celle de se renforcer dans cet éveil. Il n'en va pas ainsi des méchants, 'qui ne se lèveront pas au jugement' (Psaumes 1,5).
Et c'est ce qui est rapporté dans le saint Zohar sur 'une femme qui conçoit et enfante un mâle' (Lévitique 12,2) : 'depuis le jour où elle a conçu, elle n'a rien dans la bouche sinon son enfant, s'il sera un mâle', etc. Car le mâle (זכר, dakhar) est la force d'affermissement en lui, et la femelle est une appellation désignant l'affaiblissement, comme ils ont dit (Berakhot 32a) : 'sa force s'est affaiblie comme celle d'une femelle'.
Et c'est le sens de ce qu'il dit : 'elle n'a rien dans la bouche' etc., depuis le jour où elle a conçu et reçu la goutte séminale - donc elle n'a dans la bouche que le mâle, car ce redoublement de force est la force de l'homme qui s'affermit lui-même pour être un homme dans cet éveil, et par là lui viendra sa récompense véritable, celle qui lui revient. Et voici, Rabbi Eliezer dit : 'que le ciel le prouve', et Rabbi Yehochoua répondit : 'on ne tient pas compte d'une voix céleste (bat kol, voix venue d'en haut)' (Baba Metsia 59b).
Car telle est leur divergence : Rabbi Eliezer servait le Créateur par un éveil venant du ciel, tandis que Rabbi Yehochoua répondit que la Torah nous a déjà été donnée ; et dès lors, puisque l'homme est né, il convient qu'il serve de lui-même, par un éveil d'en bas (itarouta dile-tata) venant de lui-même. Et c'est le sens de ce qui est dit de Rabbi Eliezer : 'une citerne enduite de chaux qui ne perd pas une goutte' (Avot 2,8), c'est-à-dire la goutte séminale de l'éveil ; et de Rabbi Yehochoua : 'heureuse celle qui l'a enfanté', c'est-à-dire ce qu'il a engendré par lui-même et non par l'éveil d'en haut (itarouta dile-eila).
אם למדת תורה הרבה אל תחזיק טובה לעצמך כי לכך נוצרת. (אבות פרק ב משנה ט) יש לדקדק למה אמר לשון לעצמך, ולשון נוצרת דוקא.
והנה נקדים משל לעבד שהמלך צוה שילמוד תכסיסי מלחמה האיך לאחוז הכלי זין והאיך שיעמוד נגד הנלחמים אתו במלחמה כמטרה לחץ. והנה בעת שלומדין אותו אין נותנין בו אש שאין צורך לאש.
והנה זה האיש שלמד פעם אחת בא למלחמה ונטל זה הכלי זיין ועמד כך ועשה בו כאשר עשה בו כבראשונה ולא נתן בו אש כבתחילה והנלחמים אותו כבשו אותו ושחקו מאתו, כן הנמשל הבורא ברוך הוא לית מחשבה תפיסא ביה כלל ונתן לנו תורה באש שחורה על גבי אש לבנה כדי שבזה נלחם נגד היצר הרע. ואנו אומרים אשר קדשנו במצותיו וצוה לנו וקדש לנו בפרישות כמ"ש רש"י (ויקרא יט, ב) קדושים תהיו פרושים תהיו, שעל ידי המצות שאנו עושין בהתלהבות גדול בחשק עצום אנו נדבקים בפנימיות המצוה דהיא אש לבנה ונרחקים מהחומר ולפי גודל התלהבות כן הוא התרחקות מהחומר ובא יותר להשגת הבורא אבל העושה בלי התלהבות, רק מצות אנשים מלומדה הוא כמו העבד הנ"ל שאין נותן האש בכלי זיין בעת המלחמה:
'Si tu as beaucoup étudié la Torah, ne t'en fais pas un mérite pour toi-même, car c'est pour cela que tu as été formé' (Avot chapitre 2, michna 9). Il y a lieu de scruter pourquoi il a dit précisément 'pour toi-même' (le-atsmekha) et le terme 'tu as été formé' (notsarta).
Introduisons d'abord une parabole : un serviteur à qui le roi ordonna d'apprendre les tactiques de la guerre, comment tenir les armes et comment se tenir face à ceux qui le combattent, comme une cible pour la flèche. Or, pendant qu'on le lui enseigne, on ne met pas de feu dans l'arme, car le feu n'y est pas nécessaire.
Et voici, cet homme, après avoir appris une seule fois, vint à la guerre, prit cette arme, se tint ainsi et fit avec elle comme il avait fait auparavant, sans y mettre le feu comme au début ; et ceux qui le combattaient le vainquirent et se moquèrent de lui. Ainsi en va-t-il de l'objet de la parabole : le Créateur béni soit-Il, 'aucune pensée ne Le saisit du tout', nous a donné la Torah en feu noir sur feu blanc, afin que par elle nous combattions le mauvais penchant.
Et nous disons : 'qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné' - Il nous a sanctifiés par l'abstinence, comme l'écrit Rachi (Lévitique 19,2) : 'soyez saints - soyez séparés'. Car par les commandements que nous accomplissons avec un grand embrasement et un désir immense, nous nous attachons à l'intériorité du commandement, qui est le feu blanc, et nous nous éloignons de la matière ; et selon la grandeur de l'embrasement, tel est l'éloignement de la matière, et l'homme parvient davantage à la saisie du Créateur.
Mais celui qui agit sans embrasement, seulement par 'un commandement d'hommes appris par routine' (Isaie 29,13), est semblable au serviteur mentionné ci-dessus, qui ne met pas le feu dans l'arme au moment de la guerre.
וזהו כונת חכמינו ז"ל אל תחזיק טובה לעצמך, כלומר שלא תחזיק התורה ותהא מקום גם כן לעצמך, דהיינו הגוף. כי לכך נוצרת, פירוש לשון צורה שנוצרת בצורה להתגבר כח הצורה הרוחניות להתלהב בו על הגשמיות ולהדבק בצורה העליונה.
ויש עוד לבאר, כי איתא בזוהר בכל מצות שאדם עושה הקדוש ברוך הוא מתפאר בו אומר אלה מעשי בני ומדבר הדיבורים טובים של זה האדם כמו האב שמדבר וחוזר דברי בנו הקטן החביב לו. וזה נקרא אלה.
וזה על אל"ה אני בוכיה (איכה א, טז) וכן כל זמן שבית המקדש היה קיים היה מיכאל השר מקריב קרבנות למעלה, דהיינו הקרבנות שהקריבו ישראל למטה הוא הקריב למעלה, דהיינו הראה דוגמתן למעלה. וזהו כונת רש"י בחומש (ויקרא ט, ז) גבי אהרן שאמר לו משה למה אתה בוש לכך נבחרת, פירוש בשביל כך שיאמר הקדוש ברוך הוא כך עשה בני ויתפאר בך ובמדה זו ראוי לעבוד שהבורא יתפאר בו.
וזהו פירוש כי לך נוצרת, פירוש שתעבוד שיתפאר הבורא בך ויאמר כך עשה בני ולא תחזיק טובה לעצמך:
Et telle est l'intention de nos sages de mémoire bénie dans 'ne t'en fais pas un mérite pour toi-même' : c'est-à-dire que tu ne retiennes pas la Torah au point qu'elle prenne place aussi pour toi-même, à savoir pour le corps. 'Car c'est pour cela que tu as été formé' : le mot est à entendre au sens de forme (tsoura) - tu as été formé dans une forme afin de renforcer la puissance de la forme spirituelle, pour s'embraser par elle au-dessus de la matérialité et s'attacher à la forme supérieure. Et il y a encore à expliquer, car il est rapporté dans le Zohar que pour chaque commandement que l'homme accomplit, le Saint béni soit-Il s'en glorifie et dit : 'ce sont là les œuvres de mon fils', et Il redit les bonnes paroles de cet homme, comme le père qui répète les paroles de son jeune fils qui lui est cher.
Et cela s'appelle 'ele' (אלה, 'ce sont là'). Et c'est le sens de : 'sur cela (אלה) je pleure' (Lamentations 1,16).
De même, tant que le Temple subsistait, Mikhael le prince offrait des sacrifices en haut, c'est-à-dire que les sacrifices qu'Israël offrait en bas, lui les offrait en haut, autrement dit il en montrait la reproduction en haut. Et telle est l'intention de Rachi sur le Houmach (Lévitique 9,7) à propos d'Aaron, à qui Moché dit : 'pourquoi as-tu honte ?
C'est pour cela que tu as été choisi' - c'est-à-dire afin que le Saint béni soit-Il dise : 'ainsi a fait mon fils', et qu'Il se glorifie en toi. Et c'est selon cette mesure qu'il convient de servir, de sorte que le Créateur se glorifie en l'homme.
Et telle est l'explication de 'car c'est pour cela que tu as été formé' : que tu serves de telle sorte que le Créateur se glorifie en toi et dise 'ainsi a fait mon fils', et que tu ne t'en fasses pas un mérite pour toi-même.
חומר בקודש מבתרומה. (חגיגה פ"ג מ"א) כי, הנה לפעמים הצדיק יש לו תאוה לדבר גשמי לממון וכיוצא בו ומהיכן בא זה לצדיק שהוא כולו רוחני שיתאוה לדבר גשמי, אך הואיל שכל צדיק הוא מעלה את כל האנשים שיעבדו את הבורא מזה בא לו מחשבותיו של זה האיש שמעלה אותו לעבוד הבורא וזה האיש חמד לממון ובא לו מחשבתו של זה לזה הצדיק משום הכי הצדיק מחמד פעמים לממון.
וזהו כיון התנא במה שאמר חומר בקודש, רוצה לומר מהיכן זה בא שלפעמים יש חומריות בקודש, כלומר בצדיק שהוא כולו קודש. על זה משיב מבתרומה, כלומר מחמת התרוממות שהוא מרים, כלומר הגבהה שהוא מגביה את כולם בא למחשבתו מחשבת של האיש שהוא מגביה אותו ומחמת זה מתאוה לדבר גשמי.
וזה פירש"י בחומש מהיכן נתעשר משה מפסולתן של לוחות, כלומר דהקושיא היה מהיכן נתעשר משה שהיה בא למשה זה המחשבה שיתעשר הלא משה רבינו ע"ה היה כולו רוחני, על זה אמר מפסולתן של לוחות, כלומר שפסולתן של ישראל, דהיינו המחשבות זרות של ישראל שהם חמדו לממון בא למחשבתו על ידי שהגביה את כולם ולוחות עם ישראל הם אחד כידוע:
'Il y a plus de rigueur dans les choses saintes que dans la terouma (le prélèvement remis au kohen)' (Haguiga chapitre 3, michna 1). Car voici : parfois le tsadik éprouve un désir pour une chose matérielle, pour l'argent et ce qui lui ressemble.
D'où cela vient-il au tsadik, qui est tout entier spirituel, de désirer une chose matérielle ? Mais puisque tout tsadik élève tous les hommes afin qu'ils servent le Créateur, de là lui viennent les pensées de cet homme qu'il élève vers le service du Créateur ; or cet homme a convoité l'argent, et sa pensée à lui parvient à ce tsadik - c'est pourquoi le tsadik convoite parfois l'argent.
Et telle est l'intention du Tana lorsqu'il dit 'houmer ba-kodech' (חומר בקודש, 'rigueur dans le saint', littéralement 'matière dans le saint'), c'est-à-dire : d'où vient qu'il y ait parfois de la matérialité dans le saint, à savoir dans le tsadik qui est tout entier saint ? À cela il répond : 'mi-terouma' (de la terouma), c'est-à-dire à cause de l'élévation (hitromemout) qu'il opère, à savoir du fait qu'il élève tous les hommes, il vient à sa pensée la pensée de l'homme qu'il élève, et à cause de cela il désire une chose matérielle.
Et c'est ce qu'explique Rachi sur le Houmach : 'd'où Moché s'est-il enrichi ? Des éclats des Tables'.
C'est-à-dire que la question était : d'où Moché s'est-il enrichi, d'où lui est venue cette pensée de s'enrichir, alors que Moché notre maître, la paix soit sur lui, était tout entier spirituel ? À cela il répond : 'des éclats (pesolet, rebuts) des Tables', c'est-à-dire des rebuts d'Israël, à savoir les pensées étrangères d'Israël qui convoitaient l'argent, lesquelles vinrent à sa pensée du fait qu'il les élevait tous ; et les Tables et Israël sont une seule et même chose, comme on le sait.
שנו חכמים בלשון המשנה (אבות פרק ו משנה א) ברוך שבחר בהם ובמשנתם. רבי מאיר אומר כל העוסק בתורה לשמה זוכה לדברים הרבה ולא עוד אלא שנקרא ריע אהוב כו' משמח את המקום כו'.
לכאורה תמוה תיבת בלשון המשנה וסמיכת ברוך שבחר כו' ר' מאיר אומר כו', וגם תיבת זוכה לדברים הרבה. ונראה לבאר, כי ידוע שיש לנו שתי תורות תורה שבכתב ותורה שבעל פה.
תורה שבכתב הניתנה לנו מסיני. ותורה שבעל פה נקרא תורתינו וכמו שפירש"י על ובתורתו יהגה כו' (תהלים א, ב) שאחר שהוגה בה נקראת תורתו.
והטעם שנקרא תורה שבעל פה תורתינו הוא מפני שיש כח באומה הישראלית, היינו התנאים והאמוראים שלנו והחכמים שאחר כך לבאר ולפרש התורה שבכתב כרצונם ודעתם אף שבשמים אינו כן הכונה. וכמאמרם בגמרא (ב"מ נט:) במעשה דר' אליעזר ור' יהושע שעמד ר' יהושע על רגליו ואמר אין משגיחין בבת קול שאמר הלכה כר' אליעזר, וכמו כן הצדיקים שבזמן הזה יש להם הכח ההוא לבאר התורה כרצונם ואף שבשמים אינו כן הם מהפכים הרצון שלמעלה כביכול לרצונם וביאורם התורה וכן בשאר דברים יש להם כח להפך הרצון עליון מגזירה רעה חס ושלום לטובה, כי צדיק מושל ביראת א-להים, מי מושל בי צדיק הקדוש ברוך הוא גוזר גזירה וצדיקים מבטלים ומהפכין רצון עליון כביכול לרצונם:
'Les sages ont enseigné dans la langue de la michna (Avot chapitre 6, michna 1) : béni soit Celui qui les a choisis, eux et leur michna. Rabbi Meir dit : quiconque s'occupe de la Torah pour elle-même (lichma) mérite beaucoup de choses ; et non seulement cela, mais il est appelé compagnon aimé, etc., il réjouit l'Omniprésent, etc.' À première vue, les mots 'dans la langue de la michna' sont étonnants, ainsi que la juxtaposition de 'béni soit Celui qui les a choisis' etc. avec 'Rabbi Meir dit' etc., et de même les mots 'mérite beaucoup de choses'.
Et voici comment il semble qu'on doive l'expliquer : on sait que nous avons deux Torot, la Torah écrite et la Torah orale. La Torah écrite nous a été donnée du Sinaï, et la Torah orale est appelée 'notre Torah', comme l'explique Rachi sur 'et il médite sa Torah' etc.
(Psaumes 1,2) : après qu'il l'a méditée, elle est appelée 'sa Torah'. Et la raison pour laquelle la Torah orale est appelée 'notre Torah' est qu'il y a une force dans la nation d'Israël - à savoir nos Tanaim et nos Amoraim, et les sages venus après eux - pour expliquer et interpréter la Torah écrite selon leur volonté et leur avis, même si dans les cieux l'intention n'est pas telle.
Ainsi qu'ils l'ont dit dans la Guemara (Baba Metsia 59b), dans l'affaire de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua, où Rabbi Yehochoua se dressa sur ses pieds et dit : 'on ne tient pas compte d'une voix céleste' - laquelle avait dit que la loi suit Rabbi Eliezer. De même, les tsadikim de notre temps possèdent cette force-là d'expliquer la Torah selon leur volonté ; et même si dans les cieux il n'en est pas ainsi, ils retournent la volonté d'en haut, pour ainsi dire, vers leur volonté et vers leur explication de la Torah.
Et de même pour les autres choses : ils ont la force de retourner la volonté supérieure, d'un décret mauvais - à Dieu ne plaise - vers le bien ; car 'le juste domine par la crainte de Dieu' (II Samuel 23,3), 'qui domine sur Moi ? Le tsadik' : le Saint béni soit-Il décrète un décret, et les tsadikim l'annulent et retournent la volonté supérieure, pour ainsi dire, vers leur volonté.
וכמו ששמעתי מאדונינו מורינו ורבינו מוה' דוב בער על מאמר הגמרא (ב"ב י.) בזמן שעושין רצונו של מקום נקראו בנים ובזמן שאין עושין רצונו של מקום נקראו עבדים. ולכאורה הוא תמוה הדבר בזמן שאין עושין רצונו של מקום האיך הם יקראו עבדי ה'.
וביאר הגמרא הנ"ל, על פי משל לאב שיש לו בן יחיד ומחמת גודל אהבתו הוא מבטל רצונו מפני רצון הבן, למשל אם יש לו איזה כלי נאה, היינו שולחן או מנורה נאה עומד בזוית זה והבן רוצה שיעמוד בזוית אחר אזי עושה רצון הבן וגם יש לו נחת רוח מזה שעשה רצון הבן ונמצא הבן הוא עושה רצון חדש באביו ומהפך רצונו הקודם. וזהו כונת חכמינו ז"ל בזמן שעושין רצונו של מקום, היינו שהם במדריגה גדולה שהם עושין רצון חדש בהבורא ברוך הוא אזי נקראו בנים למקום.
ובזמן שאין עושין רצונו של מקום, היינו שאינם במדריגה גדולה כל כך שיעשו רצון חדש בהבורא ברוך הוא ואף על פי כן הם צדיקים נקראו עבדים עבדי ה' ולא בנים. ונמצא מי שהוא במדריגה הא', הוא כמו משנה למלך שיכול לעשות ולהפך רצון העליון כרצונו הן בביאור התורה והן בכל הדברים ולכן כל התנאים ורבי שסידר המשניות נקרא לימודם בשם משנה, כי היו במדריגת בנים למקום ולימודם היה זך ונקי והיו לומדים לשמה וגם היו עושים בלימודם מעשיות והיו מתקנים העולמות השייכים ללימוד ההוא ובודאי הם היו עושין רצונו של מקום כמו משנה למלך ולכן נקרא לימודם משנה.
וזהו שפירש רש"י על תיבת לשמה כדי לעשות כו', כונת רש"י ז"ל הוא שעיקר הלימוד הוא לשמה כדי לעשות, פירש לתקן העולמות השייכים ללימוד, היינו איזה מצוה שהוא לומד ועוסק בה יתקן העולם השייך למצוה ההוא וכמו שנוכל לתקן בעשיות המצות כן נוכל לתקן בלימוד המצוה ההוא לשמה. וזהו כונת חכמינו ז"ל (מנחות קי.) כל העוסק בפרשת עולה כאלו הקריב עולה כו', הוא על דרך הנ"ל.
וזהו כונת חכמינו ז"ל שאמרו (שבת יא.) כגון ר' שמעון בר יוחאי וחבריו שתורתן היתה אומנתן, פירוש שהיו עושין אומנות בתורתן שלמדו ותקנו העולמות השייכים ללימוד ההוא ועל כן פטורין מכל המצות, כי היו פועלים בלימודם זאת הפעולה שפועלין בעשיות המצוה ממש כנ"ל:
Et ainsi que je l'ai entendu de notre seigneur, notre maître et notre rabbi, notre maître le rav Dov Ber, sur le propos de la Guemara (Baba Batra 10a) : 'lorsqu'ils font la volonté de l'Omniprésent, ils sont appelés fils ; et lorsqu'ils ne font pas la volonté de l'Omniprésent, ils sont appelés serviteurs'. À première vue la chose est étonnante : lorsqu'ils ne font pas la volonté de l'Omniprésent, comment seraient-ils appelés 'serviteurs de ה'' ?
Et il expliqua la Guemara ci-dessus par une parabole : un père qui a un fils unique et qui, par la grandeur de son amour, annule sa propre volonté devant celle de son fils. Par exemple, s'il possède quelque bel objet, à savoir une table ou un beau chandelier, placé dans tel coin, et que le fils veut qu'il soit placé dans un autre coin, alors il fait la volonté du fils, et il en tire même du contentement, d'avoir fait la volonté du fils.
Il se trouve donc que le fils crée une volonté nouvelle chez son père et retourne sa volonté précédente. Et telle est l'intention de nos sages de mémoire bénie : 'lorsqu'ils font la volonté de l'Omniprésent', à savoir qu'ils sont à un degré si grand qu'ils créent une volonté nouvelle chez le Créateur béni soit-Il, alors ils sont appelés 'fils de l'Omniprésent'. 'Et lorsqu'ils ne font pas la volonté de l'Omniprésent', à savoir qu'ils ne sont pas à un degré assez grand pour créer une volonté nouvelle chez le Créateur béni soit-Il - et bien qu'ils soient malgré tout des tsadikim - ils sont appelés serviteurs, serviteurs de ה', et non fils.
Il se trouve donc que celui qui est au premier degré est comme un vice-roi (michne la-melekh, le second du roi), qui peut agir et retourner la volonté supérieure selon sa volonté, tant dans l'explication de la Torah que dans toutes les autres choses. C'est pourquoi tous les Tanaim, et Rabbi qui ordonna les michnayot, virent leur étude appelée du nom de michna : car ils étaient au degré de fils de l'Omniprésent, leur étude était pure et nette, ils étudiaient pour elle-même (lichma), et de plus ils accomplissaient par leur étude des actes et réparaient (tikoun) les mondes qui se rattachent à cette étude ; assurément ils faisaient la volonté de l'Omniprésent, comme un michne la-melekh, et c'est pourquoi leur étude est appelée michna.
Et c'est ce qu'explique Rachi sur le mot 'lichma' : 'afin de faire' etc. L'intention de Rachi de mémoire bénie est que l'essentiel de l'étude est qu'elle soit pour elle-même, 'afin de faire', c'est-à-dire afin de réparer les mondes qui se rattachent à l'étude : à savoir, quelque commandement qu'il étudie et dont il s'occupe, il répare le monde qui se rattache à ce commandement ; et de même que nous pouvons réparer par l'accomplissement des commandements, ainsi pouvons-nous réparer par l'étude de ce commandement pour elle-même.
Et telle est l'intention de nos sages de mémoire bénie (Menahot 110a) : 'quiconque s'occupe de la section de l'holocauste, c'est comme s'il avait offert un holocauste' etc. - c'est selon la voie exposée ci-dessus. Et telle est l'intention de nos sages de mémoire bénie lorsqu'ils ont dit (Chabbat 11a) : 'comme Rabbi Chimon bar Yohai et ses compagnons, dont la Torah était leur métier' - cela signifie qu'ils accomplissaient un ouvrage par leur Torah, car ils étudiaient et réparaient les mondes qui se rattachent à cette étude ; et c'est pourquoi ils étaient exempts de tous les commandements, car ils opéraient par leur étude cette action même que l'on opère par l'accomplissement du commandement, comme ci-dessus.
היוצא לנו מכל הנ"ל שמי שלומד על מנת הנ"ל הוא נקרא משנה למלך. וזהו פירוש שאמרנו שנו חכמים בלשון, פירוש חכמים למדו אותנו חכמה זו שבלשון יש כח להיות משנה, היינו משנה למלך אם לומדים לשמה כנ"ל.
וזהו ברוך שבחר בהם ובמשנתם כו' רבי מאיר אומר כל העוסק בתורה לשמה זוכה לדברים הרבה כו', פירוש שמהפך כונת ורצון עליון בביאור התורה לרצונו שביאר הוא בתורה ונמצא זוכה לדברים הרבה, דהיינו לכל הפשטים וביאורים שביאר הוא בתורה כמשנה למלך:
Ce qui ressort pour nous de tout ce qui précède, c'est que celui qui étudie selon la manière exposée ci-dessus est appelé michne la-melekh (vice-roi). Et telle est l'explication de ce que nous avons dit : 'les sages ont enseigné dans la langue' (chanou hakhamim bi-lchon) - c'est-à-dire que les sages nous ont enseigné cette sagesse, qu'il y a dans la langue (lachon) la force d'être 'michne', à savoir michne la-melekh, si l'on étudie pour elle-même, comme ci-dessus.
Et c'est le sens de 'béni soit Celui qui les a choisis, eux et leur michna' etc., 'Rabbi Meir dit : quiconque s'occupe de la Torah pour elle-même mérite beaucoup de choses' etc. : cela signifie qu'il retourne l'intention et la volonté supérieure dans l'explication de la Torah vers sa volonté à lui, telle qu'il l'a expliquée dans la Torah ; il se trouve donc qu'il mérite beaucoup de choses, à savoir tous les sens simples et toutes les explications qu'il a donnés dans la Torah, en tant que michne la-melekh.
וזהו שרמזו רבותינו ז"ל. (שבת קה.) בפסוק (שמות כ, ב) אנכי ה' א-להיך.
אנכי, נוטריקון אנא, נפשי, כתבית, יהבית. רבנן אמרי אמירה, נעימה, כתיבה, יהיבה.
יבואר על דרך הפסוק (בראשית כג, ח) אם יש את נפשכם, ופירש"י רצונכם. ונמצא נפש הוא רצון.
וזהו כוונו חכמינו ז"ל אנא נפשי, רוצה לומר הרצון שלי. כתבית יהבית, הוא תורה שבכתב.
יהבית, פירוש יהבית לכם רצוני שתוכלו להפוך אותה לרצונכם. ושמא תאמר אין לי נחת רוח בזה שאדם מהפך רצוני, לזה אמר ר"א אמירה לשון התגלות מגלה אני לכם נעימה, כתיבה, יהיבה, פירוש נעימה גדולה יש לי מה שכתיבה יהיבה לכם ואתם מנצחין אותי על דרך שאמרו (פסחים קיט.) הקדוש ברוך הוא מנצחין אותו והוא שמח:
Et c'est ce à quoi nos maîtres de mémoire bénie ont fait allusion (Chabbat 105a) sur le verset (Exode 20,2) : 'Anokhi ה' ton Dieu'. 'Anokhi' (אנכי, 'Moi') est un notarikon (acronyme) de : 'Ana, nafchi, ketavit, yehavit' - 'Moi, Mon âme, Je l'ai écrite, Je l'ai donnée'. Les rabbanan disent : 'amira, neima, ketiva, yehiva' - 'parole, agrément, écriture, don'.
Cela s'expliquera selon le verset (Genèse 23,8) 'si telle est votre âme (nafchekhem)', que Rachi explique par 'votre volonté'. Il se trouve donc que 'nefech' signifie volonté.
Et telle est l'intention de nos sages de mémoire bénie dans 'Ana nafchi' : c'est-à-dire 'Ma volonté'. 'Ketavit yehavit' : c'est la Torah écrite. 'Yehavit' signifie : Je vous ai donné Ma volonté, afin que vous puissiez la retourner vers votre volonté. Et si tu disais : 'Je n'ai aucun contentement de ce que l'homme retourne Ma volonté', à cela il est répondu par ce que disent les rabbanan (ר''א, rabbanan amri) : 'amira' est un terme de dévoilement - Je vous dévoile 'neima, ketiva, yehiva', c'est-à-dire : j'ai un grand agrément (neima) de ce qui a été écrit et donné à vous, et de ce que vous Me vainquez, selon ce qu'ils ont dit (Pessahim 119a) : 'le Saint béni soit-Il, on Le vainc, et Il s'en réjouit'.