קדושת לוי

Kedushat Levi — Likutim on Avot (1/2)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Moché reçut la Torah du Sinaï (mi-Sinaï) » : pourquoi pas « au Sinaï » (be-Sinaï) ? Rabbi Lévi Its'hak rappelle que Moché était très humble, et qu'en Égypte il dit « qui suis-je pour aller ». Lorsque D.ieu lui dit que la Torah serait donnée par son intermédiaire, il ne refusa pas : c'est au contraire cela même qui en est la cause. Il observa que la Torah fut donnée sur le Sinaï, le plus bas de toutes les montagnes, car elle n'est donnée que par le plus humble et le plus vil. Il pensait qu'il n'y avait en Israël personne de plus vil que lui, et consentit aussitôt. « Du Sinaï » : il l'apprit du Sinaï.

Aussi : le négoce fidèle comme étude de la Torah et la mesure juste ; les disciples d'Avraham par la miséricorde, ceux de Bilaam par la colère ; la colère, mort de l'âme, et l'éveil d'en haut au repentir

במשנה (פרק א משנה א) משה קיבל תורה מסיני. יש לדקדק דהוה ליה לומר בסיני.

ונראה לבאר, דהנה כתיב (במדבר יב, ג) והאיש משה עניו מאד מכל האדם כו', וכן במצרים אמר (שמות ג, יא) מי אנכי כי אלך וכו' וכי אוציא, וכשאמר לו הקדוש ברוך הוא שיתן התורה על ידו והוא יהיה רבן של כל ישראל לא סירב כלל והיכן ענותנותו. אמנם אדרבא היא הנותנת, כי משה רבינו ע"ה הסתכל שהתורה תנתן על הר סיני והטעם כמו שאמרו רבותינו ז"ל (סוטה ה.) לפי שהוא נמוך מכל ההרים, וראה שאין התורה ניתנת, כי אם על ידי השפל והגרוע מהכל לכן מיד נתרצה שתנתן התורה על ידו מחמת רוב ענותנותו שחשב שאין בישראל גרוע ממנו ואין התורה ניתנת כי אם על ידי השפל והגרוע מהכל.

וזהו משה קיבל תורה, וקשה כנזכר והיכן ענותנותו. לזה אמר מסיני, שלמד מסיני שניתן עליו התורה ולא על שאר ההרים מפני שהוא נמוך מכל ההרים לכן גם הוא נתרצה מיד להנתן התורה על ידו:

Dans la michna (chapitre 1, michna 1) : "Moche reçut la Torah du Sinaï (mi-Sinaï)". Il y a lieu de s'interroger, car il aurait fallu dire "au Sinaï" (be-Sinaï).

Et il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : voici qu'il est écrit (Nombres 12,3) "et l'homme Moche était très humble, plus que tout homme, etc.", et de même en Égypte il dit (Exode 3,11) "qui suis-je pour aller, etc., et pour faire sortir". Or, lorsque le Saint béni soit-Il lui dit que la Torah serait donnée par son intermédiaire et qu'il serait le maître de tout Israël, il ne refusa pas du tout : où est donc son humilité ?

En vérité, c'est au contraire cela même qui en est la cause. Car Moche notre maître, que la paix soit sur lui, observa que la Torah serait donnée sur le mont Sinaï, et la raison en est, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Sota 5a), qu'il est le plus bas de toutes les montagnes ; il vit donc que la Torah n'est donnée que par l'intermédiaire de celui qui est le plus humble et le plus vil de tous.

C'est pourquoi il consentit aussitôt à ce que la Torah fut donnée par son intermédiaire, en raison de sa très grande humilité, car il pensait qu'il n'y avait dans Israël personne de plus vil que lui, et que la Torah n'est donnée que par l'intermédiaire du plus bas et du plus vil de tous. Et c'est le sens de "Moche reçut la Torah", sur quoi se pose la difficulté mentionnée : où est son humilité ?

À cela la michna dit "du Sinaï" (mi-Sinaï) : il l'apprit du Sinaï, sur lequel la Torah fut donnée, et non sur les autres montagnes, parce qu'il est le plus bas de toutes les montagnes ; c'est pourquoi lui aussi consentit aussitôt à ce que la Torah fut donnée par son intermédiaire.

במשנה בפרק שני דאבות (פרק ב משנה ב) רבן גמליאל בנו של ר' יהודה הנשיא אומר יפה תלמוד תורה עם דרך ארץ שיגיעת שניהם משבחת עון. הנה לכאורה המאמר הלז תמוה מאוד מדוע תלוי חכמינו ז"ל דברי תורה בדרך ארץ.

אך נראה לבאר, ונבאר תחילה לתרץ קושיות התוספות על מאמר חכמינו ז"ל (שבת לא.) והיה אמונת עתך חוסן ישועות וכו' (ישעיה לג, ו) ששואלין אותו לעולם הבא שאלה ראשונה נשאת ונתת באמונה, קבעת עתים לתורה, ובמקום אחר אמרו חכמינו ז"ל (סנהדרין ז.) תחילת דינו של אדם על דברי תורה. ונראה לבאר, דשאלה אחת הוא דהא בהא תליא, כיון דעסק במשא ומתן באמונה שפיר עסיק בתורה.

דהנה יש תקנה לאנשים אשר הם מפוזרים ועוסקים במשא ומתן, כי צרכי ישראל מרובים האיך יכולים לעסוק בתורה בשעה שהם עוסקים במשא ומתן כמו שאמר דוד המלך ע"ה בכל דרכך דעהו (משלי ג, ו) כי הנה בשעה שאדם הולך בשוק בשעה שפגע בו אשה ואינו רוצה להסתכל בה ולא בבגדי צבעונים של אשה הוא דזוכר מאמר אסור להסתכל באשה ואסור להסתכל בבגדי צבעונים של אשה ונמצא לומד אז הלכה הנ"ל ובשוק ששם הוא הפקר ויכול הוא לומר שקר ואינו אומר דזוכר בפסוק לא תכחשו, ונמצא לומד אז זה הפסוק וצריך אדם ליזהר בזה מאוד שלא להגיד ולהוציא שקר מפיו. כי חס ושלום אם אדם מגיד שקר אז יש עליו למעלה מסטינים, כי אדם הכזבן אם מגיד לפעמים שמע ישראל בכוונה גדולה והבורא ברוך הוא מתחיל להתפאר עצמו בזה האיש שמקבל עול מלכות שמים עליו אזי בא השטן ואומר לפניו מה הרעש הזה שאתה מתפאר הלא הוא כזבן, ואם כן לא כיון בלבו מה שהוציא בפיו שמע ישראל, כי דרכו תמיד להוציא מפיו מה שלא היה בלבו שאין פיו ולבו שווין ונמצא צריך אדם להרחיק עצמו מאוד שחס ושלום לא יוציא דבר שקר מפיו.

וכן כשבא לחנותו ובא אדם ליקח אצלו ונותן לו מדה טובה ואיפה צדק והין צדק ואינו טומן משקלותיו במלח אז הוא זוכר בפסוק (ויקרא יט, לו) איפת צדק והין צדק יהיה לך, ונמצא אם עוסק במשא ומתן באמונה אזי הוא לומד גם כן, כי חס ושלום שום רמאות ושום דבר רע אשר הוא מנגד התורה אינו עושה, כי זוכר בכל מעשיו ובכל עת ורגע בתורה הקדושה שלא יעשה מדה רעה חס ושלום וכן בכל דבר ונמצא אם עוסק במשא ומתן באמונה אזי גם כן הוא לומד. ומתורץ קושיות התוספות דשואלין אותו נשאת ונתת באמונה, וממילא לומד כל התורה, ואם כן מתחילה השאלה הוא גם כן על דברי תורה:

Dans la michna, au deuxième chapitre d'Avot (chapitre 2, michna 2) : "Rabban Gamliel, fils de Rabbi Yehouda ha-Nassi (le Prince), dit : belle est l'étude de la Torah avec le travail temporel (derech eretz), car l'effort des deux fait oublier la faute." Or, à première vue, cet enseignement est fort étonnant : pourquoi nos sages, de mémoire bénie, font-ils dépendre les paroles de Torah du travail temporel ? Mais il semble qu'on puisse l'expliquer ; et nous commencerons par résoudre la difficulté des Tossafot (les Tossafistes, commentateurs du Talmud) sur la parole de nos sages, de mémoire bénie (Chabbat 31a), au sujet du verset "et la fidélité (emouna) de ton temps sera la force des délivrances, etc." (Isaie 33,6) : on interroge l'homme dans le monde à venir, et la première question est "as-tu traité et négocié avec fidélité ? as-tu fixé des temps pour la Torah ?" ; alors qu'ailleurs nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Sanhédrin 7a) que le commencement du jugement de l'homme porte sur les paroles de Torah.

Et il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : c'est une seule et même question, car l'une dépend de l'autre : puisqu'il s'est occupé de négoce avec fidélité, il s'est occupé convenablement de Torah. Car voici, il y a un remède pour les hommes qui sont dispersés et occupés au négoce - car les besoins d'Israël sont nombreux : comment peuvent-ils s'occuper de Torah a l'heure même où ils s'occupent de négoce ?

Ainsi que l'a dit le roi David, que la paix soit sur lui : "dans toutes tes voies connais-Le" (Proverbes 3,6). Car voici, à l'heure où l'homme va au marché, lorsqu'une femme se présente devant lui et qu'il ne veut pas la regarder, ni regarder les vêtements de couleur d'une femme, c'est qu'il se souvient de l'enseignement selon lequel il est interdit de regarder une femme et interdit de regarder les vêtements de couleur d'une femme ; il se trouve donc qu'il étudie alors cette halacha.

Et au marché, où tout est comme sans maître et où il pourrait dire un mensonge, s'il ne le dit pas c'est qu'il se souvient du verset "vous ne mentirez pas" (Lévitique 19,11) ; il se trouve donc qu'il étudie alors ce verset. Et l'homme doit y prendre grand garde, de ne pas proférer ni faire sortir de sa bouche un mensonge.

Car, à Dieu ne plaise, si un homme dit un mensonge, il y a alors contre lui, en haut, des accusateurs (mastinim). Car l'homme menteur, s'il dit parfois "Chema Israël" avec une grande intention et que le Créateur, béni soit-Il, commence à se glorifier de cet homme qui accepte sur lui le joug du royaume des cieux, alors le Satan vient et dit devant Lui : "quel est ce grand bruit dont Tu te glorifies ?

N'est-il pas un menteur ? Et s'il en est ainsi, il n'a pas eu dans son cœur l'intention de ce qu'il a fait sortir de sa bouche en disant Chema Israël, car sa voie est toujours de faire sortir de sa bouche ce qui n'était pas dans son cœur, sa bouche et son cœur n'étant pas égaux." Il se trouve donc que l'homme doit s'éloigner de cela beaucoup, afin que, à Dieu ne plaise, il ne fasse pas sortir de sa bouche une parole de mensonge.

Et de même, lorsqu'il vient à sa boutique et qu'un homme vient acheter chez lui, et qu'il lui donne bonne mesure, un épha juste et un hin juste, et qu'il n'enfouit pas ses poids dans le sel (fraude qui altère le poids des mesures), alors il se souvient du verset (Lévitique 19,36) "un épha juste et un hin juste seront à toi" ; il se trouve donc que s'il s'occupe de négoce avec fidélité, alors il étudie aussi. Car, à Dieu ne plaise, il ne commet aucune tromperie ni aucune chose mauvaise qui soit opposée à la Torah, puisqu'il se souvient dans tous ses actes, en tout temps et à chaque instant, de la Torah sainte, afin de ne pas agir selon une mesure mauvaise, à Dieu ne plaise, et ainsi en toute chose ; il se trouve donc que s'il s'occupe de négoce avec fidélité, alors lui aussi étudie.

Et la difficulté des Tossafot est résolue : on l'interroge "as-tu traité et négocié avec fidélité ?", et par là même il étudie toute la Torah ; s'il en est ainsi, la question du début porte elle aussi sur les paroles de Torah.

והנה בזה צריך האדם ליזהר מאוד ליתן מדת צדק, כי כעובדא דלתתא כן עובדא דלעילא כאשר האדם מתנהג עצמו כן השם יתברך מתנהג עמו במדה שאדם מודד מודדין לו, ונמצא אם אדם נותן מדה טובה ואינו מדקדק כלל ליתן דוקא בצמצום, רק שהוא מוותר אפילו יותר מהמדה הראוי לו כן כשהקדוש ברוך הוא מתחיל לשקול אותו מלמעלה אזי גם אם כף של עונות מרובים מכף של זכיות מכריע הזכיות על החובות, אבל אם הוא אינו נותן מדה טובה, אם כן כשהכף עונות מרובים בא יבוא השטן ויאמר שהוא אינו נותן מדה טובה, אם כן למה יכריע הזכיות על החובות ישלמו לו מדה כנגד מדה. והנה במצרים בשעה שהיו רודפים אחרי ישראל איתא במדרש על פסוק והמים להם חמה (שמות יד, כט) בלא וא"ו שבעת הזאת היו ישראל גם כן נדונים והיו שוקלין אותם עם המצרים ונמצא בודאי היה בישראל זאת המדה שנתנו מדה טובה ובשביל זה היו יוצאין זכאין בדין גם כשהיו ישראל בעת ההוא כמעט חס ושלום בנו"ן שעדי טומאה כדאיתא בזוהר, אף על פי כן היו יוצאין והכריע הקדוש ברוך הוא את הזכיות המרובים על העונות המרובים, כי היה להם אז זה המדה ליתן איפת צדק.

וזה כונת המשנה הנ"ל יפה תלמוד תורה עם דרך ארץ, כלומר תלמוד תורה עם דרך ארץ יפה, דהיינו בשעה שעוסק בדרך ארץ, דהיינו במשא ומתן ועוסק באמונה ונמצא לומד אז כמו שכתבנו זה יפה וישר. מפני שיגיעת שניהם משכחת עון, כלומר יפה תורה עם דרך ארץ בשעה שעוסק בדרך ארץ כנ"ל שאז משכחת עון, שאינו עושה שום עון בדרך ארץ כנ"ל:

Et en cela l'homme doit prendre grand garde à donner une mesure juste. Car tel est l'acte en bas, tel est l'acte en haut : selon la conduite que l'homme tient, ainsi le Nom, béni soit-Il, se conduit avec lui, "dans la mesure où l'homme mesure, on mesure pour lui".

Il se trouve donc que si un homme donne bonne mesure et ne cherche pas du tout à mesurer au plus juste, mais qu'il cède même plus que la mesure qui lui revient, alors, lorsque le Saint béni soit-Il commence à le peser d'en haut, même si le plateau des fautes est plus lourd que le plateau des mérites, Il fait pencher les mérites sur les dettes. Mais s'il ne donne pas bonne mesure, alors, quand le plateau des fautes est plus lourd, le Satan vient et dit qu'il ne donne pas bonne mesure : s'il en est ainsi, pourquoi ferait-on pencher les mérites sur les dettes ?

Qu'on le paye mesure pour mesure ! Et voici, en Égypte, à l'heure où les Égyptiens poursuivaient Israël, il est enseigné dans le Midrach sur le verset "et les eaux furent pour eux une muraille" (Exode 14,29), écrit sans vav - de sorte qu'on peut y lire chema, colère, au lieu de chôma, muraille - qu'à cette heure-là Israël était jugé lui aussi, et qu'on les pesait avec les Égyptiens.

Il se trouve donc qu'à coup sur cette mesure était en Israël, qu'ils donnaient bonne mesure, et que c'est grâce à cela qu'ils sortirent innocents du jugement, alors même qu'à cette heure-là Israël était presque, à Dieu ne plaise, dans les cinquante (נו"ן) portes d'impureté, comme il est enseigné dans le Zohar. Malgré cela ils en sortirent, et le Saint béni soit-Il fit pencher leurs mérites nombreux sur leurs fautes nombreuses, car ils avaient alors cette mesure de donner un épha juste.

Et telle est l'intention de la michna mentionnée : "belle est l'étude de la Torah avec le travail temporel", c'est-à-dire que l'étude de la Torah avec le travail temporel est belle, à savoir à l'heure où il s'occupe de travail temporel, c'est-à-dire de négoce, et qu'il s'en occupe avec fidélité, de sorte qu'il étudie alors comme nous l'avons écrit : cela est beau et droit. "Parce que l'effort des deux fait oublier la faute", c'est-à-dire : belle est la Torah avec le travail temporel à l'heure où il s'occupe de travail temporel comme ci-dessus, car alors cela fait oublier la faute, puisqu'il ne commet aucune faute dans le travail temporel, comme ci-dessus.

במשנה דאבות (פרק ה משנה כג) כל מי שיש בו שלשה דברים הללו מתלמידיו של אברהם אבינו ושלשה דברים אחרים מתלמידיו של בלעם הרשע וכו', מה בין תלמידיו של אברהם אבינו לתלמידיו של בלעם הרשע, תלמידיו של אברהם אבינו אוכלין בעולם הזה ונוחלין לעולם הבא אבל תלמידיו של בלעם הרשע יורשין גיהנם ויורדין לבאר שחת שנאמר (תהלים נה, כד) ואתה א-להים תורידם לבאר שחת אנשי דמים ומרמה לא יחצו ימיהם ואני אבטח בך. ובתחלה נקדים לתרץ קושיות התוספות דמסכת ברכות שהקשו על משנה (ברכות פ''ה מ"ג) האומר על קן צפור יגיעו רחמיך משתקין אותו, והקשו התוספות הלא בפייט כתוב צדקו אותו ואת בנו בל תשחטו ביום אחד מחשבותיך אלינו לרחמינו ונמצא שהוא רק מחמת רחמניות ולמה משתקים אותו:

Dans la michna d'Avot (chapitre 5, michna 23) : "Quiconque possède ces trois choses est des disciples d'Avraham notre père, et celui qui possède trois autres choses est des disciples de Bilaam le méchant, etc. Quelle différence entre les disciples d'Avraham notre père et les disciples de Bilaam le méchant ?

Les disciples d'Avraham notre père mangent en ce monde-ci et héritent du monde à venir, mais les disciples de Bilaam le méchant héritent de la géhenne et descendent dans le puits de la destruction, ainsi qu'il est dit (Psaumes 55,24) : 'et Toi, Elokim, Tu les feras descendre dans le puits de la destruction ; les hommes de sang et de tromperie n'atteindront pas la moitié de leurs jours, et moi je me confie en Toi'." Et pour commencer, nous introduirons la résolution de la difficulté des Tossafot du traité Bérachot, qui ont questionné sur la michna (Bérachot chapitre 5, michna 3) : "celui qui dit 'sur un nid d'oiseau parviennent Tes miséricordes' - on le fait taire". Les Tossafot ont objecté : n'est-il pas écrit dans le piyyout (poème liturgique) "ils ont proclamé juste : lui et son fils, vous ne les égorgerez pas en un seul jour ; Tes pensées vont vers nous, pour nous faire miséricorde" ?

Il se trouve donc que cela ne vient que de la miséricorde : pourquoi alors le fait-on taire ?

ונראה, דהנה ידוע שהקדוש ברוך הוא בודאי רחמן גדול וגם מתנהג עם בריותיו בכל עת ורגע בפרט עם עמו בית ישראל במדת הרחמים ולכן ראוי לכל אדם לאחוז במדת הרחמניות כמו שאיתא בגמרא ואתם הדביקים בה' א-להיכם, דהיינו הדבק במדותיו מה הוא רחום אף אתה רחום מה הוא חנון אף אתה חנון ואמרו חכמינו ז"ל (שבת קנא:) כל המרחם על הבריות מרחמין עליו מן השמים, ומחמת גודל רחמנותו יתברך ומחמת אהבתו על עמו בית ישראל צוה לנו שנעשה מדת רחמנות כדי שיתרחם עלינו. והמצוה של קן צפור לא היה מחמת רחמנותו על קן צפור, אלא רצונו היה לזכינו במצוה הזאת כדי שיתרחם עלינו.

וזהו פירוש המשנה האומר על קן צפור יגיעו רחמיך, דהיינו שאומר שרחמנותו היה על קן צפור. משתקין אותו, אלא מחשבותיך אלינו לרחמינו שעיקר המצוה היה כדי לרחמינו כמ"ש הפייט ובזה מתורץ קושיות התוספות:

Et il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : voici qu'il est connu que le Saint béni soit-Il est assurément d'une grande miséricorde, et qu'Il se conduit avec Ses créatures en tout temps et à chaque instant, et en particulier avec Son peuple, la maison d'Israël, selon la mesure de miséricorde ; c'est pourquoi il convient à tout homme de se saisir de la mesure de miséricorde, ainsi qu'il est enseigné dans la Guemara sur "et vous qui êtes attachés à ה' votre Elokim" (Deutéronome 4,4), c'est-à-dire : attache-toi à Ses attributs - de même qu'Il est miséricordieux, toi aussi sois miséricordieux ; de même qu'Il est plein de grâce, toi aussi sois plein de grâce. Et nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Chabbat 151b) : "quiconque fait miséricorde aux créatures, on lui fait miséricorde depuis les cieux".

Et c'est en raison de la grandeur de Sa miséricorde, béni soit-Il, et en raison de Son amour pour Son peuple, la maison d'Israël, qu'Il nous a ordonné de pratiquer la mesure de miséricorde, afin qu'on nous fasse miséricorde. Et la mitsva du nid d'oiseau n'était pas due à Sa miséricorde envers le nid d'oiseau, mais Sa volonté était de nous rendre méritants par cette mitsva, afin qu'on nous fasse miséricorde.

Et voilà l'explication de la michna : "celui qui dit 'sur un nid d'oiseau parviennent Tes miséricordes'", c'est-à-dire qui dit que Sa miséricorde portait sur le nid d'oiseau - "on le fait taire" ; car en vérité "Tes pensées vont vers nous, pour nous faire miséricorde", l'essentiel de la mitsva étant de nous faire miséricorde, comme l'a écrit le piyyout ; et par cela la difficulté des Tossafot est résolue.

ובזה יבואר במדרש (ב"ר ג) על פסוק (בראשית א, ה) ויקרא א-להים לאור יום ולחושך קרא לילה, ויקרא א-להים לאור יום, אלו מעשיהן של צדיקים. ולחושך קרא לילה, אלו מעשיהם של רשעים.

ואיני יודע איזה מהם טוב, הוי אומר וירא א-להים את האור כי טוב, כמה דאת אמר אמרו לצדיק כי טוב וכו'. נראה לבאר לפי שיש שני מיני צדיקים שעובדים להבורא.

האחד, הוא שעובד תמיד את השם יתברך במדות רחמנות כמ"ש. והב', הוא שעובד את השם יתברך במדת כעס, דהיינו שכועס על הרשעים.

והצדיק אשר עובד את השם יתברך במדת כעס מוליכין אותו אחר מותו דרך גיהנם כדי שיעלה את הרשעים. וזהו פירוש המדרש ויקרא א-להים לאור יום זה מעשיהם של צדיקים, דהיינו שעובד את השם יתברך במדת הרחמנות, והיינו מדת צדיקים.

ולחשך קרא לילה, זה מעשיהם של רשעים, דהיינו שעובד במדת הכעס שכועס על הרשעים. ואינו יודע איזה מהן טוב הוי אומר וירא א-להים את האור כי טוב, כמה דאת אמר אמרו לצדיק כי טוב כי פרי מעלליהם יאכלו, דהיינו כמו שאמרנו כל המרחם על הבריות מרחמין עליו מן השמים, וגורם להשפיע שפע רב לכל העולם.

ועל זה אמר כי פרי מעלליהם יאכלו:

Et par cela s'expliquera ce qui est dit dans le Midrach (Berechit Rabba 3) sur le verset (Genèse 1,5) "et Elokim appela la lumière jour, et les ténèbres Il les appela nuit" : "'et Elokim appela la lumière jour' - ce sont les actes des justes ; 'et les ténèbres Il les appela nuit' - ce sont les actes des méchants. Et je ne sais lequel des deux est bon ; il faut donc dire 'et Elokim vit la lumière, qu'elle était bonne', comme tu le dis : 'dites du juste qu'il est bon, etc.'" Il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : il y a deux sortes de justes qui servent le Créateur.

Le premier sert toujours le Nom, béni soit-Il, avec les mesures de miséricorde, comme il a été écrit. Le second sert le Nom, béni soit-Il, avec la mesure de colère, c'est-à-dire qu'il s'emporte contre les méchants.

Et le juste qui sert le Nom, béni soit-Il, avec la mesure de colère, on le conduit après sa mort par le chemin de la géhenne, afin qu'il en fasse monter les méchants. Et voilà l'explication du Midrach : "et Elokim appela la lumière jour", ce sont les actes des justes, c'est-à-dire celui qui sert le Nom, béni soit-Il, avec la mesure de miséricorde, et c'est là la mesure des justes.

"Et les ténèbres Il les appela nuit", ce sont les actes des méchants, c'est-à-dire celui qui sert avec la mesure de colère, en s'emportant contre les méchants. "Et je ne sais lequel des deux est bon ; il faut donc dire 'et Elokim vit la lumière, qu'elle était bonne', comme tu le dis : dites du juste qu'il est bon, car ils mangeront le fruit de leurs actes" - c'est-à-dire, comme nous l'avons dit, "quiconque fait miséricorde aux créatures, on lui fait miséricorde depuis les cieux", et il est cause qu'une abondance immense se déverse sur tout le monde.

Et c'est de cela qu'il est dit "car ils mangeront le fruit de leurs actes".

או יבואר, אמרו לצדיק כי טוב כי פרי מעלליהם יאכלו. (ישעיה ג, י) דהיינו להקדוש ברוך הוא מגיע תענוג כביכול מזה שמשפיע לכל העולם טובות וברכות והגורם לזה הוא הצדיק ועל זה אמר אמרו לצדיק כי טוב כי פרי מעלליהם יאכלו.

ובזה יבואר המשנה דלעיל תלמידיו של אברהם אבינו עין טובה וכו', דהיינו הבחינה הראשונה דלעיל כשהיו עובדים את השם יתברך במדת הרחמנות. תלמידיו של בלעם הרשע עין רעה וכו', דהיינו זה שעובדים את השם יתברך במדת הכעס כמ"ש.

ולזה אמר מה בין תלמידיו של אברהם אבינו לתלמידיו וכו', תלמידיו של אברהם אבינו אוכלים בעולם הזה ונוחלין לעולם הבא, נוחלין, הוא מלשון נחלה שנופל לו מאביו, דהיינו שלא יצטרכו להוליכן דרך גיהנם אלא תיכף ומיד מוליכין אותו לגן העדן. אבל תלמידיו של בלעם הרשע יורשין גיהנם, יורשין, הוא מלשון ירושה, דהיינו שנופל לו מחמת קרוב אחר ולא מחמת אביו.

יורדין לבאר שחת, דהיינו שמוליכין אותו דרך באר שחת ולכן ראוי לכל אדם לאחוז במדת הרחמנות כדי לרחם עליו מן השמים:

Ou bien on l'expliquera ainsi : "dites du juste qu'il est bon, car ils mangeront le fruit de leurs actes" (Isaie 3,10), c'est-à-dire que le Saint béni soit-Il en reçoit, pour ainsi dire, une jouissance, de ce qu'Il fait couler sur tout le monde des biens et des bénédictions ; et celui qui en est la cause est le juste. C'est de cela qu'il est dit "dites du juste qu'il est bon, car ils mangeront le fruit de leurs actes".

Et par cela s'expliquera la michna citée plus haut : "les disciples d'Avraham notre père : un bon œil, etc.", c'est-à-dire le premier aspect mentionné plus haut, lorsqu'ils servaient le Nom, béni soit-Il, avec la mesure de miséricorde. "Les disciples de Bilaam le méchant : un œil mauvais, etc.", c'est-à-dire ceux qui servent le Nom, béni soit-Il, avec la mesure de colère, comme il a été écrit.

Et c'est pourquoi il est dit : "quelle différence entre les disciples d'Avraham notre père et les disciples, etc. ? Les disciples d'Avraham notre père mangent en ce monde-ci et héritent du monde à venir" - "héritent" (nochalin) est du langage de nachala, l'héritage qui échoit à l'homme de son père, c'est-à-dire qu'on n'aura pas besoin de les conduire par le chemin de la géhenne, mais qu'aussitôt et sur-le-champ on le conduit au jardin d'Éden.

"Mais les disciples de Bilaam le méchant héritent de la géhenne" - "héritent" (yorchin) est du langage de yerucha, la succession, c'est-à-dire ce qui lui échoit du fait d'un autre parent et non du fait de son père. "Ils descendent dans le puits de la destruction", c'est-à-dire qu'on le conduit par le chemin du puits de la destruction.

C'est pourquoi il convient à tout homme de se saisir de la mesure de miséricorde, afin qu'on lui fasse miséricorde depuis les cieux.

אל תהי נח לכעוס ושוב יום אחד לפני מיתתך. (אבות פרק ב משנה טו) נראה, דהנה איתא בזוהר הקדוש כשהאדם הוא כועס אז הנשמה בורחת ממנו וזהו הענין מיתה, על כן כשירצה האדם לכעוס אזי יחשוב תיכף שצריך לשוב בתשובה לפניו יתברך כי זה הענין מיתה:

"Ne sois pas facile à la colère, et repens-toi un jour avant ta mort" (Avot chapitre 2, michna 15). Il semble qu'on puisse l'expliquer ainsi : voici qu'il est enseigné dans le Zohar saint que lorsque l'homme se met en colère, alors l'âme s'enfuit de lui, et c'est là la chose même de la mort ; c'est pourquoi, lorsque l'homme voudra se mettre en colère, qu'il pense aussitôt qu'il lui faut revenir en repentir devant Lui, béni soit-Il, car ceci est la chose même de la mort.

חמשה תלמידים היו לרבן יוחנן בן זכאי. רבי אליעזר, בור סוד שאינו מאבד טיפה.

רבי יהושע, אשרי ילדתו. (אבות פרק ב משנה י) כי הנה בכל יום בת קול יוצאת ואומרת שובו בנים שובבים, הגם שאין אנו שומעין אלו הכרוזים, אף על פי כן יש בזה תועלת שאדם מעורר עצמו כמו האב שמעורר הבן הגם שאין הבן הולך בדרך הטוב, מכל מקום רחמי האב על הבן ומעורר אותו לטוב וכן בישראל בא התעוררת לחזור בתשובה.

וזה שאמרו חכמינו ז"ל (חגיגה טו.) חוץ מאחר, דהיינו שלא יתעורר בתשובה מן שמים אבל בודאי אלו היה חוזר בתשובה מעצמו היו מקבלין ממנו שלא ידח ממנו נדח, כי אין לך דבר העומד בפני התשובה אבל כל ישראל מתעוררים בזה התעוררת לשוב וזה ההתעוררת נקרא טיפה זרעיית לאדם המקבלה והאדם המקבלה הוא בבחינת אשה שמקבל להתעורר בו. והגם שהקדוש ברוך הוא זורע זה הטיפה, משלם לנו כאילו אנו בעצמנו עשינו.

וזהו בדרך צדקה שעושה עמנו. וזהו זורע צדקות, פירוש הגם שהוא זורע הטפה עושה עמנו צדקה ומשלם לנו כאילו אנו עושים:

"Rabban Yo'hanan ben Zakkai avait cinq disciples : Rabbi Eliezer - une citerne enduite (bor soud) qui ne perd pas une goutte ; Rabbi Yehochoua - heureuse celle qui l'a enfanté" (Avot chapitre 2, michna 10). Car voici, chaque jour une voix d'en haut (bat kol) sort et dit : "revenez, fils dévoyés" (cf.

Jérémie 3,14). Bien que nous n'entendions pas ces proclamations, il y a pourtant en cela une utilité : l'homme s'éveille lui-même, comme le père qui éveille son fils - bien que le fils ne marche pas dans la bonne voie, la miséricorde du père va malgré tout à son fils et il l'éveille au bien ; et ainsi vient en Israël l'éveil à revenir en repentir.

Et c'est ce qu'ont dit nos sages, de mémoire bénie (Haguiga 15a) : "excepté Aher" (Elicha ben Avouya, surnommé l'Autre), c'est-à-dire qu'il ne serait pas éveillé au repentir depuis les cieux ; mais assurément, s'il était revenu en repentir de lui-même, on l'aurait reçu, car "celui qui est repoussé n'est pas repoussé de Lui" (cf. 2 Samuel 14,14), et rien ne tient devant le repentir.

Mais tout Israël est éveillé par cet éveil à revenir, et cet éveil est appelé une goutte séminale pour l'homme qui la reçoit ; et l'homme qui la reçoit est dans l'aspect de la femme, qui reçoit en elle cet éveil. Et bien que ce soit le Saint béni soit-Il qui sème cette goutte, Il nous paye comme si nous l'avions fait par nous-mêmes ; et cela est de l'ordre de la tsedaka (justice, charité) qu'Il pratique avec nous.

Et c'est le sens de "Il sème des actes de justice (zorea tsedakot)" : c'est-à-dire que, bien que ce soit Lui qui sème la goutte, Il pratique avec nous la tsedaka et nous paye comme si c'était nous qui agissions.

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