« Moché écrivit les paroles de ce chant dans un livre, jusqu’à leur achèvement » (Devarim 31,24). Rabbi Lévi Its’hak rapporte ce qu’ont dit nos maîtres : Israël n’a été exilé parmi les nations que pour que des convertis viennent s’ajouter à lui, car Israël élève les étincelles saintes (nitsotsot) qui sont au milieu d’elles et leur reprend toutes les étincelles. Les paroles de Haazinou sont donc appelées chant, allusion à la joie, bien qu’il y soit annoncé qu’Israël sera en exil : l’exil même est joie, car Israël y élève ces étincelles, et la sainteté étant épuisée chez les nations, elles seront anéanties d’elles-mêmes. « Jusqu’à leur achèvement » signifie que l’exil cause aux nations leur anéantissement.
Aussi : « qui porte la faute » et « il comprimera nos fautes » : il incline le plateau vers le ’hessed ; techouva par crainte puis par amour, de Roch Hachana à Soukot, les fautes devenant mérites
ויכתוב משה את דברי השירה הזאת על ספר עד תומם. דאמרו רבותינו ז"ל (פסחים פז:) לא גלו ישראל לבין האומות אלא כדי שיתוספו עליהם גרים.
דישראל מעלים הנצוצות הקדושות שבתוך האומות ועל ידי זה נוטלים מאתם כל הנצוצות. ולהכי נקרא דברי משה שאמר בפרשת האזינו שירה שרומז על שמחה, הגם שנאמר בו שישראל יהיו בגלות, אף על פי כן הגלות גופא הוא שמחה שיעלו ישראל נצוצות הקדושה מאתם ואז בכלות מאתם הקדושה ממילא יכלו.
וזהו ויכתוב משה את דברי השירה הזאת, שנקרא שירה שמורה על השמחה הגם שנאמר בו גלות. לזה אמר עד תומם, פירוש שהגלות גורם להאומות כליה, כי ישראל מעלה מתוכם נצוצות הקדושה:
Moché écrivit les paroles de ce chant dans un livre, jusqu'à leur achèvement (Deutéronome 31,24). Cela s'explique par ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Pessahim 87b) : Israël n'a été exilé parmi les nations que pour que des convertis viennent s'ajouter à lui.
Car Israël élève les étincelles saintes (nitsotsot, parcelles de lumière divine tombées) qui se trouvent au milieu des nations, et par là il leur reprend toutes les étincelles. C'est pourquoi les paroles que Moché a dites dans la paracha Haazinou sont appelées chant (שירה), ce qui fait allusion à la joie, bien qu'il y soit annoncé qu'Israël sera en exil.
Malgré cela, l'exil lui-même est joie, car Israël y élèvera les étincelles de sainteté qui sont chez elles ; et alors, la sainteté étant épuisée chez elles, elles seront anéanties d'elles-mêmes. Tel est le sens de : Moché écrivit les paroles de ce chant, lequel est appelé chant, ce qui indique la joie, bien qu'il y soit question d'exil.
Et c'est pour cela qu'il est dit jusqu'à leur achèvement (עד תומם) : cela signifie que l'exil cause aux nations leur anéantissement, car Israël élève du milieu d'elles les étincelles de sainteté.
מי אל כמוך נושא עון ועובר על פשע לשארית נחלתו לא החזיק לעד אפו כי חפץ חסד הוא ישוב ירחמינו יכבוש עונותינו. (מיכה ז, יח-יט) ואיתא בגמרא (ר"ה יז.) על זה חד אמר נושא וחד אמר כובש, פירוש נושא העונות בכף מאזנים והקדוש ברוך הוא ברוב רחמיו וחסדיו מטה כלפי חסד, דהיינו שנושא הצד עבירות למעלה ואז מכריע ממילא הזכיות.
וחד אמר כובש, דהיינו שכובש הכף של העבירות ואז ממילא הצד של מצות מכרעת למטה והיינו מטה כלפי חסד. והנה לכאורה יש לדקדק בפסוק הנ"ל מי אל כמוך נושא עון, דהיינו שנושא העבירות למעלה ואחר כך אמר יכבוש עונותינו דהיינו שנושא המצות למעלה:
Qui est un Dieu comme toi, qui porte la faute et passe sur la transgression pour le reste de son héritage ? Il ne garde pas sa colère à jamais, car il aime la bienveillance.
Il reviendra, il aura pitié de nous, il comprimera nos fautes (Mikha 7,18-19). Et il est enseigné dans la guemara (Roch Hachana 17a) à ce sujet : l'un dit nosse (il soulève) et l'autre dit kovesh (il comprime).
Explication : il soulève les fautes sur le plateau de la balance, et le Saint, béni soit-il, dans l'abondance de ses miséricordes et de ses bontés, incline du côté de la bonté ('hessed) ; c'est-à-dire qu'il soulève vers le haut le plateau des transgressions, et alors ce sont les mérites qui l'emportent d'eux-mêmes. Et l'autre dit kovesh : c'est-à-dire qu'il comprime le plateau des transgressions, et alors, d'elle-même, la face des mitsvot l'emporte vers le bas ; et c'est cela, incliner du côté de la bonté.
Or, à première vue, il y a lieu d'examiner de près le verset ci-dessus : Qui est un Dieu comme toi, qui porte la faute (nosse avon), c'est-à-dire qu'il soulève les transgressions vers le haut ; et ensuite il dit : il comprimera nos fautes (yikhbosh avonoteinou), c'est-à-dire qu'il soulève les mitsvot vers le haut.
ונראה לתרץ דאיתא בגמרא ולקחתם לכם ביום הראשון, וכי ראשון הוא וכו', אלא ראשון לחשבון עונות. שלכאורה אין לו ביאור כאשר האריכו למעניתם המפרשים הקדמונים.
והנראה, כי באמת נכון הדבר שבימים האלו מראש השנה עד יום הכפורים כל איש ואיש בודאי עיניו פקוחות על כל דרכיו לשוב אל ה' איש לפי שכלו יהולל ולפי מדריגתו מפחד ה' ומהדר גאונו בקומו לשפוט הארץ כי קרוב יום ה' ומי יכול להצטדק בדין ומי הגבר אשר לא ירא ואיזהו נפש אשר לא תעונה, כי יבא להיות נשפט לפני שופט כל הארץ על כל מעשיו הלא החרד על דבר ה' יעשה במרום הר שכלו לתקן את אשר עוות והתשובה נקרא תשובה מיראה. ואחר יום הכפורים כשעוסקין במצות סוכה ולולב וד' מינים וצדקה כיד ה' הטובה בנדבה וחובה לעבוד את עבודת ה' בשמחה וטוב לב, אזי התשובה הזאת תשובה מאהבה.
וידוע מאמר חכמינו ז"ל שעל ידי תשובה מיראה הזדונות נהפכו לשגגות ועל ידי תשובה מאהבה הזדונות נהפכו לזכיות כאשר איתא שם. והקדוש ברוך הוא ברוב רחמיו וחסדיו הרוצה בתקנות השבים לפניו באמת ובאהבה כאמור ולא תחפוץ במות המת כי אם בשובו מחטאיו וחיה.
על כן בחג הזה שאנו באים לחסות בצל שדי על ידי מצות ומעשים טובים מאהבת השם יתברך אז מונה העונות לידע כמה מצות יהיה חילוף העונות, מה שאין כן עד סוכות דהוא מיראה אזי לא ימנה כלל שעדיין הם שגגות. אמנם בסוכות שאז הוא מאהבת השם אז השם יתברך מונה וסופר העונות כדי שיתהפכו לזכיות ויהיו מליצים טובים על ישראל.
וזהו פירוש ראשון, הוא שנקרא החג הזה ראשון כי לו משפט להקרא ראשון על שיש בו מעלות חשבון העונות ואזי הוא משפיע לנו טובה וברכה כאשר רצונו יתברך להשפיע תמיד, כי יותר ממה שהעגל רוצה לינק פרה רוצה כו':
Et il semble qu'on puisse répondre ainsi. Il est enseigné dans la guemara, sur le verset Vous prendrez pour vous, au premier jour (Lévitique 23,40) : Est-ce donc le premier jour ? etc.
Mais c'est le premier pour le compte des fautes. À première vue cela n'a pas d'explication, et les anciens commentateurs se sont étendus là-dessus à leur manière.
Voici ce qui paraît juste. En vérité, la chose est exacte : en ces jours qui vont de Roch Hachana jusqu'à Yom Kipour, chaque homme, assurément, a les yeux ouverts sur toutes ses voies pour revenir vers le Nom, chacun selon son intelligence, car c'est selon son intelligence que l'homme est loué (Proverbes 12,8), et selon son degré, devant la crainte du Nom et l'éclat de sa majesté, lorsqu'il se lève pour faire trembler la terre (Isaie 2,19) ; car le jour du Nom est proche (Yoël 2,1), et qui peut se justifier au jugement ?
Quel homme ne craindrait pas, et quelle âme ne s'affligerait pas (Lévitique 23,29) ? Car il vient pour être jugé, devant le juge de toute la terre, sur tous ses actes.
Certes, celui qui tremble à la parole du Nom agira sur la hauteur de son intelligence pour réparer ce qu'il a déformé ; et ce retour est appelé techouva par crainte. Puis, après Yom Kipour, quand on s'occupe des mitsvot de la souka, du loulav et des quatre espèces, et de la tsedaka selon la bonne main du Nom, en don volontaire et en obligation, pour servir le service du Nom dans la joie et le bon cœur, alors cette techouva-là est techouva par amour.
Et l'on connaît la parole de nos sages, de mémoire bénie : par la techouva issue de la crainte, les fautes volontaires (zedonot) se changent en fautes involontaires (shegagot), et par la techouva issue de l'amour, les fautes volontaires se changent en mérites, ainsi qu'il est enseigné là (Yoma 86b). Et le Saint, béni soit-il, dans l'abondance de ses miséricordes et de ses bontés, veut le redressement de ceux qui reviennent devant lui en vérité et en amour, comme il est dit : Tu ne désires pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il revienne de ses fautes et qu'il vive (Ezechiel 18,32 ; 33,11).
C'est pourquoi, en cette fête où nous venons nous abriter à l'ombre de Shaddaï par les mitsvot et les bonnes actions, par amour du Nom béni, alors il compte les fautes pour savoir combien de mitsvot seront données en échange des fautes ; ce qui n'est pas le cas jusqu'à Soukot, où la techouva vient de la crainte : alors il ne les compte pas du tout, car elles ne sont encore que des fautes involontaires. Mais à Soukot, où elle vient de l'amour du Nom, alors le Nom béni compte et dénombre les fautes afin qu'elles se changent en mérites et qu'elles deviennent de bons avocats en faveur d'Israël.
Tel est le sens de premier : cette fête est appelée premier parce qu'il lui revient d'être appelée première, du fait qu'il y a en elle les degrés du compte des fautes ; et alors il répand sur nous bien et bénédiction, comme il est de sa volonté bénie de répandre toujours, car plus que le veau ne veut téter, la vache veut allaiter, etc. (Pessahim 112a).
ונמצא בזה מכוון פסוק הנ"ל, דהיינו שידוע כל איש מישראל רוצה לחסות תחת כנפי השכינה תמיד וכמו שיסד הפייט הכל חפיצים ליראה את שמך, ומי מעכב שאור שבעיסה והנה באם שירחם ה' את שארית עמו ישראל ויסיר מהם היצר הרע אזי יהיה רצונם תמיד לירא מלפני השם יתברך בגין דהוא רב ושליט ושרשא לכל עלמין. והנה מובא בגמרא על שלשה הקדוש ברוך הוא מתחרט ואחד מהג' על היצר הרע.
והנה בזה הטענה באנו לפני השם יתברך לאמר לפניו מה אשמים אנחנו על בגדינו ואשמותינו הלא אתה גרמת לנו מה פשענו ומה חטאנו לפניך סור נא מעלינו היצר הרע ואז בודאי נעבוד אותך ביראה ופחד תמיד וכשמוע הרחמן הגדול טענות בניו אז ירום רחמנותו יתברך נושא את העונות למעלה מאתנו והמצות נשאר אצלינו להיותם מליץ יושר בעדינו להשפיע לנו רב טוב הצפון. וזהו שאמר הכתוב מי אל כמוך נושא עון, דהיינו מי אל גדול כה' א-להי ישראל אשר מתנהג במדותיו תמיד במדה טובה וישרה, דהיינו שהעונות נושא מאתנו למעלה למעלה ואז הזכיות נשאר אצלינו למליץ טוב בעדינו לפניו יתברך.
וזהו שאמר הכתוב ישוב ירחמינו, דהיינו שהתשובה אשר הם עושים מאהבה אז היא גורמת שיכבוש עונותינו למטה והחטאים ישליך במצולת ים:
Et l'on trouve par là que le verset cité plus haut vise exactement cela. On sait en effet que tout homme d'Israël veut sans cesse s'abriter sous les ailes de la Chekhina (la Présence divine), ainsi que l'a composé le poète liturgique : Tous désirent craindre ton Nom.
Et qui empêche ? Le levain qui est dans la pâte (le mauvais penchant).
Or, si le Nom prenait en pitié le reste de son peuple Israël et ôtait d'eux le mauvais penchant (yetser hara), alors leur volonté serait toujours de craindre le Nom béni, car il est maître, souverain et racine de tous les mondes. Et voici qu'il est rapporté dans la guemara (Souka 52b) que le Saint, béni soit-il, se repent au sujet de trois choses, et l'une des trois est le mauvais penchant.
Avec cet argument, nous venons donc devant le Nom béni pour lui dire : en quoi sommes-nous coupables de nos trahisons et de nos fautes ? N'est-ce pas toi qui nous les as causées ?
Quelle est notre transgression et quelle est notre faute devant toi ? Ôte donc de nous le mauvais penchant, et alors, certainement, nous te servirons dans la crainte et le tremblement, toujours.
Et lorsque le grand Miséricordieux entend les arguments de ses enfants, alors sa miséricorde bénie s'élève : il soulève les fautes loin de nous, vers le haut, et les mitsvot demeurent auprès de nous pour être un avocat de droiture en notre faveur, afin de répandre sur nous l'abondance du bien réservé. Et c'est ce que dit le verset : Qui est un Dieu comme toi, qui porte la faute, c'est-à-dire : quel grand Dieu y a-t-il comme le Nom, Dieu d'Israël, qui se conduit toujours dans ses mesures selon la mesure bonne et droite, en ce qu'il soulève les fautes loin de nous, tout en haut, et qu'alors les mérites demeurent auprès de nous comme bon avocat en notre faveur devant lui, qu'il soit béni.
Et c'est ce que dit le verset : Il reviendra, il aura pitié de nous, c'est-à-dire que la techouva qu'ils font par amour, c'est elle qui fait qu'il comprimera nos fautes vers le bas et qu'il jettera les péchés dans les profondeurs de la mer.