« Moché alla et parla toutes ces paroles » (Devarim 31,1). Rabbi Lévi Its'hak l'explique d'après nos sages : l'officiant descend devant la teva (l'arche et le mot de la prière) ou passe devant elle. Le tsadik s'attache aux mots saints qui le conduisent ; de grands tsadikim conduisent la teva, degré de Moché, époux de la Matronita (la Reine, Mal'hout) selon le Zohar. À la fin de ses jours, selon le Midrach, la source de la sagesse s'est fermée pour lui : la teva le conduit, il va vers la parole. Sa prophétie est par le miroir lumineux, sans parabole ni énigme ; la sagesse lui est retirée et donnée à Yehochoua ; Haazinou est obscur, sur le mode du revêtement.
וילך משה וידבר את כל הדברים האלה (דברים לא, א). יבואר על פי שאמרו חכמינו ז"ל פעמים היורד לפני התיבה ופעמים העובר לפני התיבה, כי הצדיק בשעה שמתפלל לפני השם יתברך צריך לדבק עצמו בהתיבות מהתפלה והתיבות הקדושות הם הם המנהיגים אותו.
ויש צדיקים גדולים אשר הם למעלה ממדריגה זו אשר הם מנהיגים את התיבה וזהו מדריגות משה שהוא בעלה דמטרוניתא כנאמר בזוהר הקדוש. וזהו היורד לפני התיבה שהתיבה מנהיג אותו והוא למטה מן התיבה.
ויש צדיק העובר לפני התיבה שהוא מנהיג התיבה והוא למעלה מן התיבה. וזהו העובר לפני התיבה.
וכאן שהיה סוף ימיו של משה ונסתם ממנו מעיין החכמה כמבואר במדרש והיה בבחינה הראשונה שהתיבה היה מנהיג אותו. וזהו וילך משה וידבר, הלך אל הדיבור שהתיבה היה למעלה ממנו.
ובזה תבין דבר נפלא למה בשירת האזינו נביאות משה רבינו סתומה מאוד שלא מצינו כזאת בכל התורה. כי הענין כך הוא, שנבואת משה רבינו היה באספקלריא המאירה וכל הנביאים באספקלריא שאינה מאירה ולכך נבואתו של משה רבינו שהיה באספקלריא המאירה היה לו כח גדול שיאמר הדברים כמו שקבל מהשם יתברך בלי שום התלבשות בדרך משל וחידה, מה שאין כן שאר הנביאים שלא היה להם כח של משה רבינו היו צריכים להלביש נבואתם דרך משל וחידה כמו נבואות זכריה ושאר נביאים שסתומים מאד וזו נקרא אספקלריא שאינה מאירה.
והנה קודם הסתלקותו של משה רבינו ע"ה ניטלה מסורת החכמה ממנו וניתנה ליהושע, ולכך שירת האזינו היא סתומה בדרך התלבשות:
Moché alla et parla toutes ces paroles (Deutéronome 31,1). Cela s'expliquera d'après ce que nos sages, de mémoire bénie, ont dit : parfois ils appellent l'officiant celui qui descend devant la teva (תיבה, mot qui désigne à la fois l'arche et le mot de la prière), et parfois celui qui passe devant la teva.
Car le tsadik, à l'heure où il prie devant le Nom béni, doit s'attacher aux mots (tevot) de la prière, et ces mots saints, ce sont eux qui le conduisent. Mais il existe de grands tsadikim qui sont au-dessus de ce degré, et ce sont eux qui conduisent la teva : tel est le degré de Moché, qui est l'époux de la Matronita (la Reine, la sefira de malkhout), comme il est dit dans le Zohar saint.
Voilà donc celui qui descend devant la teva : la teva le conduit, et lui est en dessous de la teva. Et il y a le tsadik qui passe devant la teva : c'est lui qui conduit la teva, et il est au-dessus de la teva ; c'est là le sens de celui qui passe devant la teva.
Or ici, comme c'était la fin des jours de Moché et que la source de la sagesse s'était fermée pour lui, ainsi que l'explique le Midrach, il se trouvait dans le premier aspect, celui où la teva le conduisait. Et c'est le sens de Moché alla et parla : il alla vers la parole, car la teva était au-dessus de lui.
Par là tu comprendras une chose admirable : pourquoi, dans le chant Haazinou, la prophétie de Moché notre maître est-elle si obscure, comme nous n'en trouvons pas de semblable dans toute la Torah ? Car voici la chose : la prophétie de Moché notre maître était par le miroir lumineux (aspaklaria hameira, la vision claire et sans voile), et celle de tous les prophètes par le miroir non lumineux (aspaklaria she-eina meira).
C'est pourquoi, sa prophétie étant par le miroir lumineux, il avait une grande force pour dire les choses telles qu'il les avait reçues du Nom béni, sans aucun revêtement en forme de parabole ni d'énigme. Il n'en va pas de même des autres prophètes, qui n'avaient pas la force de Moché notre maître : ils devaient revêtir leur prophétie de paraboles et d'énigmes, comme les prophéties de Zekharia et des autres prophètes, qui sont fort obscures ; et cela s'appelle le miroir non lumineux.
Or voici : avant le départ de Moché notre maître, alav hashalom (que la paix soit sur lui), la transmission de la sagesse lui fut retirée et donnée à Yehoshoua ; c'est pourquoi le chant Haazinou est obscur, sur le mode du revêtement.