« Et j'implorai Hachem en ce temps-là, pour dire » (Devarim 3,23) : le mot « pour dire » est superflu. Selon Rabbi Lévi Its'hak, Moché implorait afin de pouvoir prier : il y a deux aspects dans la prière, la prière elle-même et la prière pour pouvoir prier, comme « Seigneur, ouvre mes lèvres ». D'ordinaire sa prière était fluide et agréée, et la Che'hina parlait par sa gorge ; maintenant qu'elle n'a pas été agréée, il lui a fallu prier pour dire comme il convient sa requête d'entrer en terre d'Israël.
Aussi : l'humilité de Moché et les trois choses faites de son propre chef ; « pour dire », terme d'amour, pour que le ''hessed se révèle dès maintenant ; la vitalité des mitsvot, salaire d'aujourd'hui
ואתחנן אל ה' בעת ההוא לאמור כו' (דברים ג, כג). תיבת לאמר, הוא מיותר.
והנראה, דהפירוש הפסוק ואתחנן אל ה' בעת ההוא, פירוש שהיה מתחנן תחילה כדי שיוכל להתפלל אחר כך. לאמור, פירוש הדבר שהיה צריך לאמר אלא שקודם לא היה יכול לאמר, כי היה בוש מלפניו יתברך והיה צריך להתפלל שיוכל להתפלל:
'Et j'implorai ה' en ce temps-là, pour dire, etc.' (Deutéronome 3,23). Le mot 'pour dire' (לאמר) est superflu.
Ce qui apparaît, c'est que l'explication du verset 'et j'implorai ה' en ce temps-là' est qu'il implorait d'abord afin de pouvoir prier ensuite. 'Pour dire' : le sens en est qu'il y avait une chose qu'il lui fallait dire, sauf qu'auparavant il ne pouvait pas la dire, car il avait honte devant Lui, béni soit-Il, et il lui fallait prier pour pouvoir prier.
או יבואר, ואתחנן אל ה' בעת ההוא לאמר. תיבת לאמר מיותר.
ונראה, דבגמרא ברכות (ט:) מסקינן דאדני שפתי תפתח, לא הוי הפסק בין גאולה לתפילה אפילו בשחרית, דכיון דתקינו ליה רבנן כתפלה אריכתא דמיא. דלכאורה הוה ליה למימר תקינו רבנן לתפילה, אלא על כרחך דלא היה בכלל תקוני התפלה דמאנשי כנסת הגדולה ובתר הכי דתקינו ליה הוי ליה כתפלה אריכתא.
הטעם הוא, דאדני שפתי, הוא שנוכל להתפלל ובזמן התנאים והקודמים להם לא היו צריכין להתפלל על זה, כי בוודאי היה תפלתם זכה, ואחר כך שנתמעטו הלבבות ברבות הימים הוצרכו לקבוע תפלה עד שתהא תפילתנו זכה. ונמצא יש לנו ב' בחינות בתפלה.
א', התפלה עצמה. והב', התפלה שיהיה יכול להתפלל.
ומשה רבינו עליו השלום בודאי היה תפלתו תמיד בבחינה העליונה שבמדריגת התפלה ותמיד היה תפלתו שגורה בפיו ומקובל, אבל עתה דחזינן דלא נתקבלה תפלתו בודאי ממילא לא היה תפלתו שגורה בפיו והוצרך להתפלל שיוכל לבקש מן השם יתברך תפילתו ליכנס לארץ ישראל ושאל ממנו מענה לשון. לזאת ואתחנן אל ה' בעת ההוא, דוקא.
לאמר, שיוכל לאמר דברי תפלה כהוגן, מה שאין כן תמיד לא היה צריך לזה, כי לא נסתם מקור הנובע מעין תפילתו תמיד ובפרט כי היה שכינה מדברת מתוך גרונו של משה ולא היה הדיבור פורש ממנו. ובזה מיושב מה דקשיא טובא מדוע התרעם משה רבינו עליו השלום על ישראל על שלא רצו לשמוע התורה כולה מפי הקדוש ברוך הוא אחרי שומעם אנכי ולא יהיה לך מפי הגבורה, והשמיעם משה רבינו אחר כך, ומשה רבינו עליו השלום התרעם עליהם בזה שאמרו ואת תדבר עלינו, ודרשו חכמינו ז"ל תשש כוחו כנקבה במה שלא שמעו מפי הגבורה, כי אינו דומה שומע מפי הרב לשומע מפי התלמיד, והלא השם יתברך אמר ומי יתן והיה לבבם זה ליראה אותי כל הימים, הרי שהסכים למה שרצו לשמוע מפי משה רבינו עליו השלום.
ולפי הנ"ל מיושב היטב, דבאמת כיון דהשכינה מדברת מתוך גרונו של משה רבינו עליו השלום הטיבו אשר דברו לשמוע מפי משה רבינו עליו השלום ולפי הנ"ל אין הפרש בין מפיו יתברך ובין מפי משה רבינו עליו השלום כי הכל אחד, אבל משה רבינו לגודל ענוה שלו אמר שאינו דומה שומע כר:
Autre explication : 'et j'implorai ה' en ce temps-là, pour dire'. Le mot 'pour dire' est superflu.
Il apparaît que dans la guemara Berakhot (9b) nous concluons que 'Seigneur (א-דני), ouvre mes lèvres' (Psaumes 51,17) ne constitue pas une interruption entre la bénédiction de la délivrance (gueoula) et la prière, même à l'office du matin, car puisque les sages l'ont institué, c'est comme une prière prolongée. Car à première vue il aurait fallu dire 'les sages l'ont institué pour la prière' ; mais force est de dire que cela ne faisait pas partie des institutions de la prière établies par les Hommes de la Grande Assemblée, et c'est après eux qu'on l'a institué, si bien que cela devient comme une prière prolongée.
La raison en est que 'Seigneur, ouvre mes lèvres' vise à ce que nous puissions prier ; or au temps des tannaim et de ceux qui les ont précédés, ils n'avaient pas besoin de prier pour cela, car assurément leur prière était pure ; mais ensuite, les cœurs ayant diminué avec la multitude des jours, il a fallu instituer une prière pour que notre prière soit pure. Il se trouve donc que nous avons deux aspects (behinot) dans la prière : le premier, la prière elle-même ; le second, la prière pour pouvoir prier.
Et Moché notre maître, paix sur lui, assurément sa prière se tenait toujours dans l'aspect supérieur du degré de la prière, et toujours sa prière était fluide dans sa bouche et agréée ; mais maintenant que nous voyons que sa prière n'a pas été agréée, il en résulte assurément que sa prière n'était pas fluide dans sa bouche, et il lui a fallu prier pour pouvoir demander au Nom, béni soit-Il, sa requête d'entrer en terre d'Israël, et il Lui a demandé une réponse de la langue (les mots justes). C'est pourquoi 'et j'implorai ה' en ce temps-là' - précisément en ce temps-là. 'Pour dire' : pour pouvoir dire les paroles de la prière comme il convient ; ce qui n'était pas le cas d'ordinaire, où il n'avait pas besoin de cela, car la source qui jaillissait de la fontaine de sa prière ne s'obstruait jamais, et d'autant plus que la Chekhina (la Présence divine) parlait par la gorge de Moché et que la parole ne se séparait pas de lui.
Par cela s'explique ce qui fait grande difficulté : pourquoi Moché notre maître, paix sur lui, s'est-il plaint d'Israël de ce qu'ils n'ont pas voulu entendre toute la Torah de la bouche du Saint, béni soit-Il, après avoir entendu 'Je suis' et 'Tu n'auras pas' de la bouche de la Guevoura (la Puissance divine), Moché notre maître le leur ayant fait entendre ensuite ; et Moché notre maître, paix sur lui, s'est plaint d'eux de ce qu'ils ont dit 'et toi (את, forme féminine), parle-nous' (Deutéronome 5,24), et nos sages, de mémoire bénie, ont expliqué que sa force s'était affaiblie comme celle d'une femme du fait qu'ils n'ont pas entendu de la bouche de la Guevoura, car celui qui entend de la bouche du maître n'est pas comparable à celui qui entend de la bouche du disciple. Or le Nom, béni soit-Il, a dit : 'qui donnera que ce cœur qui est le leur demeure ainsi, pour Me craindre tous les jours' (Deutéronome 5,26) - voilà qu'Il a approuvé leur désir d'entendre de la bouche de Moché notre maître, paix sur lui.
Et d'après ce qui précède cela s'explique bien : en vérité, puisque la Chekhina parlait par la gorge de Moché notre maître, paix sur lui, ils ont bien fait de demander à entendre de la bouche de Moché notre maître, paix sur lui ; et d'après ce qui précède il n'y a pas de différence entre Sa bouche, béni soit-Il, et la bouche de Moché notre maître, paix sur lui, car tout est un ; mais Moché notre maître, en raison de la grandeur de son humilité, a dit que 'celui qui entend n'est pas comparable, etc.'
ובזה מיושב מאמר חכמינו ז"ל (שבת פז.) ג' דברים עשה משה רבינו מדעתו והסכים הקדוש ברוך הוא על ידו. אחד, במה ששיבר הלוחות ודן קל וחומר מה פסח אחד מתרי"ג מצות התורה ערל לא יאכל בו, התורה כולה לא כל שכן.
והקשו התוספות כיון דדן קל וחומר בזה וקל חומר הוא אחד מי"ג מדות שהתורה נדרשת בהם ואין זה מדעת משה כי אם מדעת המקום ברוך הוא על פי התורה. ואם יש פרכא על הקל וחומר האיך דן אותו משה רבינו, וכן קשה במה שפירש מן האשה על פי קל וחומר מפרישה דמתן תורה הוא שאין הדיבור פורש ממנו לא כל שכן שגם כן הוי קל וחומר והאיך קאמר עשה מדעתו.
ומיושב גם כן על פי הנ"ל, דלסברתו של משה רבינו הוי ליה קל וחומר, ובאמת אין כאן קל וחומר כלל דבאמת פסח שאני שהוא דבר של הנאה, מה שאין כן קבלת התורה דלאו להנות ניתנו, אך שבבחינת משה רבינו ארבעים יום לחם לא אכל ונהנה מזיו השכינה, ולענותנותו היה בעיניו שכל ישראל ראוים לאיצטלא זו בחינות הנאה וחיות רוחני זה לזה לדעתו היה קל וחומר. וכן בפרישה מאשה, דלכאורה לא דברה תורה בשוטים ובודאי העדה השלמה דקבלת התורה היו כל מעשיהם בקדושה ובטהרה לשם שמים ומביתם למה פירשו.
אך מכל מקום כיון שיש דבר הרגשת גופניות אינו תופס קדושה גמורה כקדושת התורה, מה שאין כן משה רבינו שהיה כולו טוב ובטל ממנו הרגשת גופניות לגמרי הוי קל וחומר פריכה, רק לענותנותו דמשה רבינו שהיה בעיניו שכל ישראל הגיעו למדריגתו ודן הקל וחומר דגם בבחינתו יש הבדלה בין קודש לקודש:
Par cela s'explique le propos de nos sages, de mémoire bénie (Chabbat 87a) : trois choses Moché notre maître a faites de son propre chef, et le Saint, béni soit-Il, a donné Son accord. La première, ce qu'il a brisé les Tables, et il a raisonné par kal va-homer (déduction du cas léger au cas grave) : si pour le sacrifice de Pessa'h, qui est une seule des six cent treize (תרי-ג) mitsvot de la Torah, 'aucun incirconcis n'en mangera' (Exode 12,48), la Torah tout entière, à plus forte raison.
Et les Tossafot ont objecté : puisqu'il a raisonné ici par kal va-homer, et que le kal va-homer est l'une des treize règles par lesquelles la Torah s'interprète, ce n'est donc pas de son propre chef mais du chef du Lieu (ha-Makom, le Saint), béni soit-Il, selon la Torah. Et si le kal va-homer souffre une réfutation (parkha), comment Moché notre maître a-t-il pu le tenir ?
De même fait difficulté ce qu'il s'est séparé de sa femme sur la base d'un kal va-homer tiré de la séparation lors du don de la Torah : lui, dont la parole ne se sépare pas de lui, à plus forte raison - là aussi c'est un kal va-homer, et comment peut-on dire alors qu'il l'a fait de son propre chef ? Cela s'explique aussi d'après ce qui précède : selon le raisonnement de Moché notre maître, c'était bien un kal va-homer, mais en vérité il n'y a ici aucun kal va-homer, car en vérité le sacrifice de Pessa'h est différent, étant chose de jouissance, ce qui n'est pas le cas de la réception de la Torah, car les mitsvot n'ont pas été données pour la jouissance.
Seulement, du point de vue (behina) de Moché notre maître, quarante jours il n'a pas mangé de pain et il jouissait de l'éclat (ziv) de la Chekhina ; et par son humilité, il lui semblait que tout Israël était digne de ce manteau, c'est-à-dire de cet aspect de jouissance et de vitalité spirituelle, l'un comparable à l'autre : à ses yeux, c'était donc bien un kal va-homer. De même pour la séparation d'avec la femme : à première vue, la Torah ne parle pas à des insensés, et assurément l'assemblée parfaite du don de la Torah avait toutes ses actions dans la sainteté et la pureté, pour le ciel - pourquoi donc ont-ils dû se séparer de leur maison ?
Mais quoi qu'il en soit, dès lors qu'il subsiste une part de sensation corporelle, cela ne saisit pas une sainteté complète comme la sainteté de la Torah ; ce qui n'est pas le cas de Moché notre maître, qui était tout entier bien et chez qui la sensation corporelle était entièrement annulée - de sorte que le kal va-homer est réfutable. Seulement, en raison de l'humilité de Moché notre maître, à qui il semblait que tout Israël était parvenu à son degré, il a tenu le kal va-homer, car même dans son propre aspect il y a distinction entre saint et saint.
ובזה יש לפרש פסוקי דאפטרתא (ישעיה מ, י-יא) הנה ה' אלקים בחזק יבוא וזרועו מושלה לו הנה שכרו אתו ופעולתו לפניו כרועה עדרו ירעה ובחיקו ישא עלות ינהל, דבאמת עניני עולם הזה כשהם בקדושה אנו זוכים בהם משולחן גבוה אשר לו הארץ ומלואה אף שהניח יעקב לעשיו עולם הזה, על כל זה ביד השם יתברך ליתן לנו גם מה שאינו שלנו. וזהו הנה א-להים בחוזק יבוא, בחינת חזקה, היינו תגברות כבישת כל מתנגד הנה שכרו אתו תיכף בלי הצטרכות כעוטיה על עדרי חבריך, רק משולחן גבוה עולם הזה.
וזהו כרועה עדרו ירעה, דבבבא מציעא גבי ההוא רעיא, מסקינן רועה את שלו רועה בשל אחרים רועה דאחרים אינו רועה בשל אחרים, לזאת השם יתברך רועינו לא יחסר כל טוב הארץ כמו רועה עדרו שמרעה בכל אשר ימצא כן ירעה אותנו השם יתברך בכל טוב העולם שהכל ברא לכבודו בשביל ישראל:
Par cela on peut expliquer les versets de la haftara (Isaie 40,10-11) : 'Voici que ה' Elokim vient avec force, et Son bras domine pour Lui ; voici, Son salaire est avec Lui et Son œuvre devant Lui. Comme un berger il fera paître son troupeau, et dans son sein il portera les agnelles, il les conduira.' Car en vérité, les affaires de ce monde-ci, quand elles sont dans la sainteté, nous les recevons de la table haute de Celui à qui appartient la terre et sa plénitude ; et bien que Yaakov ait laissé ce monde-ci à Esav, malgré tout il est au pouvoir du Nom, béni soit-Il, de nous donner même ce qui n'est pas à nous.
Et c'est là 'voici que Elokim vient avec force' - l'aspect de la hazaka (la prise de possession par la force), c'est-à-dire la prévalence qui soumet tout opposant ; 'voici, Son salaire est avec Lui' - aussitôt, sans qu'il soit besoin d'être 'comme une femme voilée auprès des troupeaux de tes compagnons' (Cantique 1,7), mais recevant ce monde-ci de la table haute. Et c'est là 'comme un berger il fera paître son troupeau' : car dans Baba Metsia, a propos de ce berger, nous concluons que celui qui fait paître son propre troupeau le fait paître sur le bien d'autrui, tandis que celui qui fait paître le troupeau d'autrui ne le fait pas paître sur le bien d'autrui.
Aussi le Nom, béni soit-Il, est notre berger : nous ne manquerons d'aucun bien de la terre, comme le berger qui fait paître son troupeau partout où il trouve ; ainsi le Nom, béni soit-Il, nous fera paître dans tout le bien du monde, car Il a tout créé pour Sa gloire, en faveur d'Israël.
או יבואר, ואתחנן אל ה' בעת ההוא לאמר. ובו יבואר נימנו וגמרו טוב לאדם שלא נברא יותר משנברא.
(עירובין יג:) ויש לדקדק הלא ברוך הוא מדת החסד ומה זה שאמרו טוב לאדם שלא נברא. ויבואר, כי זה הוא מדת החסד, כי הצדיק אינו רוצה לצאת לזה העולם, רק שיורד לזה העולם לעשות רצון הבורא ברוך הוא ונמצא תיכף כשבא לעולם מקיים מצות הבורא ברוך הוא.
וזהו שאמרו טוב לאדם שלא נברא. ונמצא אינו רוצה שיברא, רק לקיים מצות הבורא ברוך הוא הוא יורד למטה.
ואם כן זה הוא מדת החסד מה שנברא ונמצא כשנברא רוצה לדבר תמיד ביראת ה' ולהכתיר את הבורא בדיבורו תמיד. וזהו ואתחנן אל ה' בעת ההוא, להתחנן אל ה' שידבר תמיד בדבורו לה'.
וזהו לאמר:
Autre explication : 'et j'implorai ה' en ce temps-là, pour dire'. Et par là s'expliquera ce qui est dit : 'ils ont voté et conclu qu'il vaut mieux pour l'homme ne pas avoir été créé que d'avoir été créé' (Erouvin 13b).
Il y a lieu de s'interroger : n'est-Il pas, béni soit-Il, la mida de 'hessed (la mesure de bonté) ? Que signifie donc leur propos 'il vaut mieux pour l'homme ne pas avoir été créé' ?
Voici l'explication : c'est précisément la mida de 'hessed, car le tsadik ne désire pas venir en ce monde ; il ne descend en ce monde que pour accomplir la volonté du Créateur, béni soit-Il, et il se trouve ainsi que dès son arrivée au monde il accomplit le commandement du Créateur, béni soit-Il. Et c'est là ce qu'ils ont dit : 'il vaut mieux pour l'homme ne pas avoir été créé' - il se trouve qu'il ne désire pas être créé, et ce n'est que pour accomplir le commandement du Créateur, béni soit-Il, qu'il descend ici-bas.
S'il en est ainsi, c'est bien la mida de 'hessed qu'il ait été créé ; et il se trouve que, une fois créé, il veut parler constamment dans la crainte de ה' et couronner le Créateur par sa parole en permanence. Et c'est là 'et j'implorai ה' en ce temps-là' - implorer ה' de pouvoir toujours parler, par sa parole, à ה'.
Et c'est là 'pour dire'.
או יבואר, ואתחנן אל ה' בעת ההוא לאמר. ידוע אהבת השם לישראל וכל המעשים אשר נעשים לישראל וכל המאורעות אשר לישראל הכל מאת השם יתברך לטובה על ישראל.
ואף על פי שבתחלת המעשה לא נראה הטובה אבל סוף הטובה יהיה כי הכל לטוב לישראל אף על פי שתחלת המעשה אינו כל כך. וזהו בקשתינו הראנו ה' חסדך, יודעים אנו שסוף הכל הוא טובה לישראל לזה אנו מבקשים שהטובה יתראה תיכף בתחלת המעשה.
וזהו ואתחנן אל ה' בעת ההוא לאמר, לאמר הוא לשון אהבה כמאמר הפסוק (דברים כו, יח) וה' האמירך, כלומר שאהבתך, היינו החסד שלך עלי יתגלה עכשיו:
Autre explication : 'et j'implorai ה' en ce temps-là, pour dire'. Il est connu que l'amour du Nom pour Israël, ainsi que toutes les actions qui se font envers Israël et tous les événements qui atteignent Israël, tout vient du Nom, béni soit-Il, pour le bien d'Israël.
Et bien qu'au commencement de l'événement le bien ne se voie pas, à la fin le bien sera la, car tout est pour le bien d'Israël, même si le commencement de l'événement ne l'est pas tellement. Et c'est là notre demande : 'Fais-nous voir, ה', Ta bonté ('hessed)' (Psaumes 85,8) - nous savons que la fin de tout est un bien pour Israël ; aussi demandons-nous que le bien se montre aussitôt, dès le commencement de l'événement.
Et c'est là 'et j'implorai ה' en ce temps-là, pour dire' : 'pour dire' (לאמר) est un terme d'amour, comme le dit le verset (Deutéronome 26,18) 'et ה' t'a distingué (האמירך)', c'est-à-dire que Ton amour, à savoir Ton 'hessed envers moi, se révèle dès maintenant.
אתה החלות להראות את עבדך כו' (דברים ג, כד). לפירש"י שפירש במה שאמר לו (שמות לב, י) הניחה לי, הראה לו שרצונו בתפלה אין מבואר לפי זה מה את גדלך ואת ידך החזקה.
והפירוש הוא, דעל ידי ועתה הניחה לי, נגלה לו שהקדוש ברוך הוא מתאוה לתפלת הצדיקים ויצו עליו במפגיע להפוך מדת הדין למדת הרחמים בתפלת הצדיקים. וזה פירוש הפסוק אתה החלות להראות את עבדך את גדלך, שעל ידי עבדך ואתו עמו הוא את גדלך וידך:
'Tu as commencé à montrer à Ton serviteur, etc.' (Deutéronome 3,24). D'après Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki), qui a expliqué que par ce qu'Il lui a dit (Exode 32,10) 'laisse-Moi', Il lui a montré qu'Il désire la prière - d'après cela, on ne comprend pas ce que signifie 'Ta grandeur et Ta main forte'.
Et l'explication est que, par 'et maintenant laisse-Moi', il lui a été révélé que le Saint, béni soit-Il, désire ardemment la prière des tsadikim, et Il lui a enjoint avec insistance de renverser la mida de din (la mesure de rigueur) en mida de rahamim (mesure de miséricorde) par la prière des tsadikim. Telle est l'explication du verset 'Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur' : c'est par Ton serviteur, et avec lui, que se manifestent 'Ta grandeur et Ta main'.
או יבואר, אתה החלות להראות את עבדך את גדלך ואת ידך החזקה. הכלל, השם יתברך ברא כל העולמות ואף על פי כן הנהגות העולמות הוא על ידי ישראל כאשר רצון ישראל להשפיע חסד הקדוש ברוך הוא משפיע חסד ועל מי שישראל רוצים שהקדוש ברוך הוא יעשה בהם דין כן הקדוש ברוך הוא ממלא רצונם כרצון הצדיקים שבכל דור ודור כן הקדוש ברוך הוא מנהיג כל העולמות.
וזהו אתה החלות להראות את עבדך, כלומר את עבדך עם עבדך כרצון עבדך. את גדלך ואת ידך החזקה, הן לעשות חסד הן כו':
Autre explication : 'Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur et Ta main forte'. Le principe est que le Nom, béni soit-Il, a créé tous les mondes, et malgré cela la conduite des mondes se fait par Israël : lorsque la volonté d'Israël est de faire couler le 'hessed, le Saint, béni soit-Il, fait couler le 'hessed ; et ceux dont Israël veut que le Saint, béni soit-Il, exerce sur eux la rigueur (din), ainsi le Saint, béni soit-Il, accomplit leur volonté ; selon la volonté des tsadikim de chaque génération, ainsi le Saint, béni soit-Il, conduit tous les mondes.
Et c'est là 'Tu as commencé à montrer à Ton serviteur' - c'est-à-dire : à Ton serviteur, avec Ton serviteur, selon la volonté de Ton serviteur. 'Ta grandeur et Ta main forte' - que ce soit pour faire 'hessed, que ce soit, etc.
אשר מי אל בשמים ובארץ אשר יעשה כמעשיך (דברים ג, כד). להבין זה, נראה כי הצדיקים נקראים מעשה ידיו של הקדוש ברוך הוא וצדיק מושל ביראת א-להים כו'.
ומי אשר יוכל לעשות אפילו כמעשה הצדיקים. וזהו אשר יעשה כמעשיך אשר יעשה אפילו כמעשה הצדיקים אשר הם מעשה ידי הקדוש ברוך הוא:
'Car quel dieu, au ciel et sur la terre, ferait comme Tes œuvres ?' (Deutéronome 3,24). Pour comprendre cela, il apparaît que les tsadikim sont appelés l'œuvre des mains du Saint, béni soit-Il, et 'un juste qui domine, dominant dans la crainte de Elokim, etc.' (II Samuel 23,3).
Et qui pourrait faire ne serait-ce que comme l'œuvre des tsadikim ? Et c'est là 'qui ferait comme Tes œuvres' - qui ferait même comme l'œuvre des tsadikim, lesquels sont l'œuvre des mains du Saint, béni soit-Il.
ואתם הדבקים בה' א-להיכם (דברים ד ,ד). כי שם א-להים הוא סיבות כל הסיבות עילת כל העילות.
וא-להינו הוא בחינות שכל המסובבים להסיבות הכל בשביל ישראל ועל ידי ישראל מתנהג הכל. ובזה מיושב מה שהקשו הקדמונים בפסוק שמע ישראל ה' א-להינו, הוא מיותר דהוי ליה למימר שמע ישראל ה' אחד.
אך הפירוש ה' הוא א-להינו מסבב כל הסיבות. ה' הוא אחד שכל הסיבובים אף על פי שנראה אינם נוגעים אלינו הכל בשבילנו ועל ידי ישראל נתייחד שמו של הקדוש ברוך הוא שיהיה נגלה בתיקון העולמות שה' אחד ושמו אחד גם עתה נתייחד על ידי ישראל ידענו אמונה שלימה שהכל בסיבתינו.
וזהו ואתם הדבקים בה' א-להיכם. א-להיכם, דייקא כל הסיבות בשבילנו:
'Et vous qui êtes attachés à ה' votre Dieu' (Deutéronome 4,4). Car le Nom Elokim (א-להים) est la cause de toutes les causes, la raison de toutes les raisons.
Et 'notre Dieu' désigne l'aspect selon lequel tous les effets qui découlent des causes sont pour Israël, et c'est par Israël que tout est conduit. Par cela s'explique l'objection des anciens sur le verset 'Écoute Israël, ה' est notre Dieu' : ces mots sont superflus, car il aurait suffi de dire 'Écoute Israël, ה' est un'.
Mais l'explication est : ה' est notre Dieu, qui fait tourner toutes les causes. 'ה' est un' : tous les tours et détours, bien qu'ils paraissent ne pas nous concerner, sont tous pour nous ; et c'est par Israël que le Nom du Saint, béni soit-Il, est unifié, afin qu'il soit révélé, dans le tikoun (la réparation) des mondes, que 'ה' est un et Son Nom est un' (Zacharie 14,9) ; déjà maintenant Il est unifié par Israël, car nous savons d'une foi entière que tout est à cause de nous. Et c'est là 'et vous qui êtes attachés à ה' votre Dieu' - 'votre Dieu', précisément : toutes les causes sont pour nous.
או יבואר, ואתם הדבקים בה' א-להיכם חיים כולכם היום. הכלל הוא, כי הא דאמרינן (עירובין כב.) היום לעשותן ומחר לקבל שכרן.
באמת עיקר השכר הוא למחר אבל כשאדם עושה מצוה ולומד תורה אזי מגיע לו חיות מעשיות המצות והתורה והשכר זה היום והחיות הוא היראה שמגיע לאדם מעשיות המצות והתורה, ומיראה זוכה לחכמה כנאמר (איוב כח, כח) הן יראת ה' הוא חכמה והחכמה תחיה בעליה. וזהו הפירוש ואתם הדבקים בה' א-להיכם, כשאדם מדבק עצמו בהקדוש ברוך הוא אזי עיקר השכר הוא למחר אבל החיות שמגיע לו מעשיות המצות הוא היום.
וזה חיים כולכם, החיות מהמצות והתורה הוא היום:
Autre explication : 'et vous qui êtes attachés à ה' votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui'. Le principe est celui-ci : ce que nous disons (Erouvin 22a) 'aujourd'hui pour les accomplir, et demain pour en recevoir le salaire'.
En vérité, l'essentiel du salaire est pour demain ; mais lorsque l'homme accomplit une mitsva et étudie la Torah, alors lui parvient une vitalité issue de l'accomplissement des mitsvot et de la Torah, et ce salaire-là est pour aujourd'hui ; et cette vitalité, c'est la crainte qui parvient à l'homme par l'accomplissement des mitsvot et de la Torah ; et par la crainte il mérite la sagesse ('hokhma), comme il est dit (Job 28,28) 'voici, la crainte de ה' c'est la sagesse', et 'la sagesse fait vivre celui qui la possède' (Ecclésiaste 7,12). Telle est l'explication de 'et vous qui êtes attachés à ה' votre Dieu' : lorsque l'homme s'attache au Saint, béni soit-Il, alors l'essentiel du salaire est pour demain, mais la vitalité qui lui parvient de l'accomplissement des mitsvot est pour aujourd'hui.
Et c'est là 'vous êtes tous vivants' - la vitalité issue des mitsvot et de la Torah est pour aujourd'hui.
ראה למדתי אתכם חוקים ומשפטים כאשר צוני ה' א-להי לעשות כן בקרב הארץ (דברים ד, ה). יבואר על פי מה שבארנו ויעשו בני ישראל כאשר צוה ה' את משה, הכלל השם יתברך אמר למשה המצות לומר לישראל ובאמת אינו דומה שומע מפי הרב כו', ולא קבלו באותו שכל הגדול שאמר השם למשה, רק כאשר עשו מצות ה' אז מחמת עשיות המצות השיגו זה השכל איך שקיבל משה מפי ה' המצות ההוא.
וזהו ויעשו בני ישראל כאשר צוה ה' את משה, באותו השכל אשר צוה ה' את משה, אותו השכל השיגו בשעת עשיות המצות, וזהו ויעשו כו' כאשר צוה ה' את משה. והנה משה אמר לישראל המצוה בזה השכל שאמר לו השם המצוה ההוא אבל ישראל לא השיגו המצוה ההוא באותו שכל עד שעשו אותם.
אבל משה אמר להם באותו שכל שקיבל המצוה ההוא מפי השם. וזהו שאמר ראה למדתי אתכם חוקים ומשפטים כאשר צוני ה' א-להי, כלומר בזה השכל אני אומר לך המצוה ההוא ושמא תאמר מחמת שעשה משה המצות לכך השיג.
וזהו שאמר לעשות כן בקרב הארץ, ומשה לא בא לארץ ולא עשה המצות בוודאי הוא שהשיג מעצמו השכל איך שאמר לו השם המצות בלא שום עשיות אותן המצות:
'Vois, je vous ai enseigné des décrets et des lois, comme me l'a ordonné ה' mon Dieu, pour que vous agissiez ainsi au sein du pays' (Deutéronome 4,5). Cela s'explique d'après ce que nous avons expliqué sur 'et les enfants d'Israël firent comme ה' l'avait ordonné à Moché' (Exode 12,28).
Le principe est que le Nom, béni soit-Il, a dit à Moché les mitsvot pour qu'il les dise à Israël ; et en vérité 'celui qui entend de la bouche du maître n'est pas comparable, etc.', et ils ne les ont pas reçues avec cette grande intelligence (sekhel) avec laquelle le Nom les avait dites à Moché ; mais lorsqu'ils ont accompli les mitsvot de ה', alors, du fait de l'accomplissement des mitsvot, ils ont atteint cette intelligence, telle que Moché avait reçu cette mitsva de la bouche de ה'. Et c'est là 'et les enfants d'Israël firent comme ה' l'avait ordonné à Moché' : avec cette même intelligence avec laquelle ה' l'avait ordonné à Moché - cette intelligence, ils l'ont atteinte au moment de l'accomplissement des mitsvot ; et c'est là 'et ils firent, etc., comme ה' l'avait ordonné à Moché'.
Or voici, Moché a dit à Israël la mitsva avec cette intelligence avec laquelle le Nom lui avait dit cette mitsva, mais Israël n'a pas saisi cette mitsva avec cette intelligence jusqu'à ce qu'ils l'aient accomplie ; Moché, lui, leur a parlé avec la même intelligence avec laquelle il avait reçu cette mitsva de la bouche du Nom. Et c'est là ce qu'il a dit : 'Vois, je vous ai enseigné des décrets et des lois, comme me l'a ordonné ה' mon Dieu' - c'est-à-dire : c'est avec cette intelligence que je te dis cette mitsva.
Et si tu voulais dire que c'est parce que Moché avait accompli les mitsvot qu'il l'a atteinte, c'est pourquoi il a dit 'pour que vous agissiez ainsi au sein du pays' : or Moché n'est pas entré dans le pays et n'a pas accompli ces mitsvot ; c'est donc assurément qu'il a atteint de lui-même cette intelligence, telle que le Nom lui avait dit les mitsvot, sans aucun accomplissement de ces mitsvot.