Ce passage poursuit l’égalité inverse de Bilaam et de Moché : Bilaam se tient dans « ceci » pour le gémissement et dit à Balak « bâtis-moi ici sept autels » ; D.ieu annule son conseil, le contraint à bénir et lui dit « retourne vers Balak, et ainsi tu parleras », car pour la bénédiction il ne peut prophétiser que par « ainsi ». Rabbi Lévi Its’hak explique la Guemara autrement : tous les prophètes saisissent la grandeur du Créateur depuis la clarté déjà revêtue dans les mondes et ne peuvent dire que « ainsi » ; Moché saisit la clarté supérieure qui ne s’est pas contractée, et sa prophétie est par « ceci ».
Aussi : la colère d’Elokim parce que Bilaam prend plaisir à maudire ; l’ange irrité que Bilaam frappe l’ânesse sans entendre le signe de revenir ; D.ieu ne se revêt pas dans un homme pour maudire Israël
ועל פי זה יבואר מאמר רבותינו ז"ל כל הנביאים התנבאו בכה, הוסיף עליהם משה שהתנבא בזה, כי משה השיג הטעם גם כן ונקרא זה כי זה הוא דבר ה', דהיינו הוא הדיבור בשלימות כפי מחשבת הבורא ברוך הוא דהא השיג גם הטעם דהוא המחשבה כנ"ל, מה שאין כן שאר נביאים שהתנבאו בדיבור לבד אמרו בכה, לומר דאף על פי כן מחוייבים אנחנו לשמוע ולצוות דבר ה' כיון דכה אמר ה' ודבר ה' אין לשנות. ולפי מה שכתבנו לעיל דבלעם בההיפוך הוא שוה למשה להביא יללה ממקום הגבוה שהביא משה מזה המקום ברכה וכיון דמשה התנבא בזה בנבואתו לטובה בלעם הרשע נמי דשוה למשה להביא יללה היה נמי בזה כמאמר רבותינו ז"ל נמי דשוה למשה בההיפוך שלו כנ"ל, גלל כן בלעם הרשע דהיה חפץ לקלל את ישראל כתיב בקרא דאמר לבלק בנה לי בזה שבעה מזבחות והכן, בזה, דייק, כלומר בבחינת זה יכין שיהיה לו מקום מיוחד לבחינת זה שהיה חפץ לקלל ישראל, ולענין קללה ויללה היה במדריגה בבחינת זה, והשם יתברך ברוב חסדיו הפר עצתו וקלקל מחשבתו שכפה אותו לברך את ישראל ולענין ברכה לא היה יכול להתנבא בזה, דאין זה מדריגתו דמדריגתו היה רק לענין יללה כנ"ל, גלל כן לענין ברכה לא היה יכול לברך רק בכה, ולכן אמר לו השם יתברך שוב אל בלק וכה תדבר, דייק תיבות כה, כיון שאני שולחך לברך תדבר בכה:
Et d'après cela s'expliquera la parole de nos maîtres, de mémoire bénie : tous les prophètes ont prophétisé par 'ainsi' (בכה), Moché les a surpassés en prophétisant par 'ceci' (בזה) ; car Moché a saisi aussi la raison, et cela s'appelle 'ceci', car ceci est la parole de ה', c'est-à-dire que c'est la parole dans sa perfection, selon la pensée du Créateur, béni soit-Il, puisqu'il a saisi aussi la raison, qui est la pensée, comme mentionné plus haut. Il n'en va pas de même des autres prophètes, qui prophétisaient par la parole seule : ils disaient 'ainsi', pour dire que malgré tout nous sommes obligés d'écouter et de transmettre la parole de ה', puisque 'ainsi a dit ה'', et la parole de ה' on ne la change pas.
Et selon ce que nous avons écrit plus haut, que Bilaam, dans l'inverse, est l'égal de Moché pour faire venir le gémissement (yelala) depuis le lieu élevé d'où Moché faisait venir la bénédiction, et puisque Moché prophétisait par 'ceci' dans sa prophétie pour le bien, Bilaam le méchant aussi, qui est l'égal de Moché pour faire venir le gémissement, se trouvait lui aussi dans 'ceci', selon la parole de nos maîtres, de mémoire bénie, qu'il était l'égal de Moché dans son inverse, comme mentionné plus haut. C'est pourquoi, à propos de Bilaam le méchant qui désirait maudire Israël, il est écrit dans le verset qu'il dit à Balak : 'bâtis-moi ici (בזה) sept autels, et prépare' - 'ici' (בזה), il est précis, c'est-à-dire : c'est dans l'aspect de 'ceci' qu'il préparera, afin d'avoir un lieu particulier pour l'aspect de 'ceci', car il désirait maudire Israël ; et pour ce qui est de la malédiction et du gémissement, il se tenait au degré de l'aspect de 'ceci'.
Mais le Nom, béni soit-Il, dans l'abondance de Ses bontés, a annulé son conseil et ruiné sa pensée, car Il l'a contraint à bénir Israël ; et pour ce qui est de la bénédiction, il ne pouvait pas prophétiser par 'ceci', car ce n'est pas son degré, son degré n'étant que pour le gémissement, comme mentionné plus haut. C'est pourquoi, pour la bénédiction, il ne pouvait bénir que par 'ainsi'.
Et c'est pourquoi le Nom, béni soit-Il, lui a dit : 'retourne vers Balak, et ainsi (וכה) tu parleras' - il est précis sur le mot 'ainsi' (כה) : puisque Je t'envoie pour bénir, tu parleras par 'ainsi'.
או יבואר הגמרא הנ"ל משה התנבא בזה וכל הנביאים בכה, כי הנה יש אשר משיג גדולת הבורא יתברך מאשר כבר נתצמצם בעולמות ומכח העולמות משיג גדולת הבורא יתברך והבחינה הזאת אינה גדולה כל כך. ויש אשר בהשגתו להשיג גדולת הבורא יתברך מאשר לא נתצמצם עדיין בעולמות והבחינה הזאת היא גדולה מאד להשיג גדולת הבורא יתברך מהבהירות אשר לא נתצמצם כלל ולא בא בגבול וציור כלל.
והנה על דרך משל, לאחד שביכלתו לראות פני המלך עצמו ואחד שאין ביכולתו להשיג ולראות פני המלך עצמו, רק על דמות רואה פני המלך, כי לראות פני המלך עצמו לאו כל אדם זוכה לה ונמצא זה שאינו רואה פני המלך עצמו רק על דמות זה אינו יכול לומר זה פני המלך, כי פני המלך עצמו מעולם לא זכה לראות, רק יכול לומר כה וכה פני המלך. כך הוא מי שאינו משיג גדולת הבורא יתברך, רק הבהירות אשר כבר נתצמצם בעולמות זה אינו יכול לומר זה פני המלך עצמו, כי אינו משיג כלל גדולה מהבהירות אשר עדיין לא נתצמצם כלל, רק מהבהירות אשר נתלבש כבר בעולמות מזה משיג גדולת הבורא יתברך.
ועל בחינה הזאת הוא פירוש הגמרא כי באמת כל הנביאים לא השיגו גדולת הבורא יתברך רק מהבהירות אשר נתלבש כבר בעולמות ולכך לא היה נבואתם בזה. כי אור פני מלך חיים השיג בהירות הבורא יתברך בהירות העליון אשר לא נתלבש בעולמות את זה לא השיגו ולא היה יכול להיות נבואתם רק בכה, כי מהבהירות אשר מלובש בעולמות השיגו מעלות הבורא יתברך ונמצא נבואתם היה בכה, כלומר כזה הוא כביכול הבורא יתברך.
אבל משה רבינו עליו השלום גודל השגתו היה שהשיג מאת אשר אפילו לא נתלבש כלל בעולמות והשיג בהירות העליון למעלה מכל העולמות והיה נבואתו ובחינתו בזה:
Ou bien l'on expliquera la guemara mentionnée ci-dessus - Moché prophétisait par 'ceci' (בזה) et tous les prophètes par 'ainsi' (בכה) - ainsi : voici, il y a celui qui saisit la grandeur du Créateur, béni soit-Il, à partir de ce qui s'est déjà contracté (nitstsamtsem, resserré par tsimtsoum) dans les mondes, et c'est par la force des mondes qu'il saisit la grandeur du Créateur, béni soit-Il ; et cet aspect n'est pas tellement grand. Et il y a celui dont la saisie consiste à saisir la grandeur du Créateur, béni soit-Il, à partir de ce qui ne s'est pas encore contracté dans les mondes, et cet aspect est très grand : saisir la grandeur du Créateur, béni soit-Il, depuis la clarté (behirout, l'éclat lumineux) qui ne s'est pas contractée du tout et n'est nullement entrée dans une limite ni dans une figure.
Et voici, par voie de parabole : l'un a le pouvoir de voir le visage du roi lui-même, et l'autre n'a pas le pouvoir de saisir et de voir le visage du roi lui-même, mais seulement d'après une image, voyant [ainsi] le visage du roi ; car voir le visage du roi lui-même, ce n'est pas tout homme qui y mérite. Il se trouve donc que celui qui ne voit pas le visage du roi lui-même mais seulement d'après une image, celui-là ne peut pas dire 'ceci est le visage du roi', car le visage du roi lui-même, il n'a jamais mérité de le voir ; il peut seulement dire 'ainsi et ainsi est le visage du roi'.
Ainsi en est-il de celui qui ne saisit pas la grandeur du Créateur, béni soit-Il, mais seulement la clarté qui s'est déjà contractée dans les mondes : celui-là ne peut pas dire 'ceci est le visage du roi lui-même', car il ne saisit aucunement la grandeur depuis la clarté qui ne s'est pas encore contractée du tout, mais c'est depuis la clarté qui s'est déjà revêtue dans les mondes qu'il saisit la grandeur du Créateur, béni soit-Il. Et c'est selon cet aspect qu'est l'explication de la guemara : car en vérité tous les prophètes n'ont saisi la grandeur du Créateur, béni soit-Il, que depuis la clarté qui s'est déjà revêtue dans les mondes, et c'est pourquoi leur prophétie n'était pas par 'ceci'.
Car 'la lumière du visage du roi est vie' (Proverbes 16,15) - la clarté du Créateur, béni soit-Il, la clarté supérieure qui ne s'est pas revêtue dans les mondes, cela ils ne l'ont pas saisi, et leur prophétie ne pouvait être que par 'ainsi' ; car c'est depuis la clarté qui est revêtue dans les mondes qu'ils saisissaient les grandeurs du Créateur, béni soit-Il, et il se trouve que leur prophétie était par 'ainsi', c'est-à-dire : 'comme ceci' est, pour ainsi dire, le Créateur, béni soit-Il. Mais Moché notre maître, la paix sur lui, la grandeur de sa saisie était qu'il saisissait depuis ce qui ne s'est même pas revêtu du tout dans les mondes, et il a saisi la clarté supérieure, au-dessus de tous les mondes, et sa prophétie et son aspect étaient par 'ceci'.
ויחר אף א-להים כי הולך הוא (במדבר כב, כב). עיין ברמב"ן הקדוש, שמקשה למה חרה אף א-להים הלא א-להים הרשהו לילך כדכתיב אם לקרוא לך באו האנשים קום לך אתם.
ונראה לתרץ על פי מה שכתב רש"י ז"ל בפסוק אם לקרוא לך, להנאתך ולטובתך ההליכה לך אתם אם כן לא הרשה אותו לילך, רק אם יהיה לו הנאה בהליכה אבל כשלא יהיה לו הנאה מהליכה אין לו לילך. ואם היה יראת ה' נוגע בו לא די שלא היה לו הנאה מהליכה, רק אדרבה ראוי לו לצער על הליכה לקלל ישראל וכוונת ה' היה שמן הסתם לא יהיה לו הנאה מהליכה ובוודאי לא ילך, כי לא אמר לו רק אם יהיה לו הנאה.
והרשע בלעם גילה עוצם רשעתו שהלך לזה הראה שיש לו הנאה ושמחה מהליכה לקלל את ישראל לזה חרה אף ה' למה יהנה מרשעות כזה לחפוץ בהליכה לקלל ישראל:
'Et la colère d'Elokim s'enflamma parce qu'il allait' (Nombres 22,22). Vois dans le saint Ramban (Rabbi Moché ben Nahman, Nahmanide), qui soulève la difficulté : pourquoi la colère d'Elokim s'est-elle enflammée ?
Elokim ne lui avait-Il pas permis d'aller, comme il est écrit : 'si les hommes sont venus t'appeler, lève-toi, va avec eux' ? Et il semble que l'on puisse répondre d'après ce qu'a écrit Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki), de mémoire bénie, sur le verset 'si c'est pour t'appeler' : 'c'est pour ton plaisir et pour ton bien qu'est le fait d'aller avec eux'.
S'il en est ainsi, Il ne lui a pas permis d'aller sinon dans le cas où il aurait un plaisir dans le voyage ; mais lorsqu'il n'y aurait pour lui aucun plaisir du voyage, il ne devait pas y aller. Et si la crainte de ה' l'avait touché, non seulement il n'aurait eu aucun plaisir du voyage, mais au contraire il lui aurait convenu d'éprouver de la peine à aller maudire Israël.
Et l'intention de ה' était que, selon toute vraisemblance, il n'aurait aucun plaisir du voyage et que certainement il n'irait pas, car Il ne lui a dit [d'aller] que dans le cas où il y aurait pour lui un plaisir. Mais le méchant Bilaam a dévoilé la force de sa méchanceté : en allant, il a montré qu'il avait plaisir et joie à aller maudire Israël ; c'est pour cela que la colère de ה' s'est enflammée : pourquoi tirerait-il plaisir d'une telle méchanceté, en désirant aller maudire Israël ?
ויאמר אליו מלאך ה' על מה הכית את אתונך כו'. יש להבין למה חרה להמלאך שהכה האתון כל עוד שלא ראה המלאך יש להכות בהמתו שתלך בדרך הישר.
ונראה, דחרי אף המלאך היה כיון דהשם יתברך צוה לו לך עם האנשים ואך את הדבר אשר אדבר אליך אותו תעשה, גילה לו השם יתברך שישמור כפי שיצוהו ומי שעושה רצון קונו כשיראה איזה דבר תימה מתבונן שבזה מצוה לו השם יתברך איך יעשה. ואם עושה דבר ובפתע פתאום נולד בדבר דבר תימה וחידוש מתבונן שבוודאי רצון השם יתברך שלא לעשות הדבר הזה ואם כן בלעם שראה דבר תימה וחידוש שרבץ האתון תחתיו מה שלא עשה לו עד כה כמבואר בפסוק ההסכן כו', מהראוי לו להתבונן שרצון השם יתברך שישוב ולא ילך ומה שהשם יתברך צוה לו לילך היה באופן כמו שאמר לו ואך את הדבר הזה אשר אדבר כו', כפי שיראה בעין שכלו האיך רצון השם יתברך כן יעשה, אם כן היה לו לשום על לב ולא להכות ובמה שהכה גילה בלעם עוצם רשעתו גם שרצון השם יתברך שלא ילך אף על פי כן הולך הוא ומכה בחרון אפו האתון על שמעכבו בדרך לילך לזה חרה אף המלאך עליו ואמר לו על מה הכית כו':
'Et l'ange de ה' lui dit : pourquoi as-tu frappé ton ânesse, etc.' Il y a à comprendre : pourquoi l'ange s'est-il irrité de ce qu'il a frappé l'ânesse ? Tant qu'il ne voyait pas l'ange, il était bien fondé de frapper sa bête pour qu'elle aille sur le droit chemin.
Et il semble que l'embrasement de la colère de l'ange venait de ce que le Nom, béni soit-Il, lui avait ordonné : 'va avec les hommes, mais seulement la chose que Je te dirai, celle-là tu feras' ; le Nom, béni soit-Il, lui a dévoilé qu'il devait observer selon ce qu'Il lui ordonnerait. Et celui qui fait la volonté de son Créateur, lorsqu'il voit quelque chose d'étonnant, réfléchit qu'en cela le Nom, béni soit-Il, lui ordonne comment agir.
Et s'il fait une chose et que soudainement, à l'improviste, naisse dans cette affaire quelque chose d'étonnant et d'inédit, il réfléchit que certainement la volonté du Nom, béni soit-Il, est de ne pas faire cette chose. S'il en est ainsi, Bilaam, qui a vu une chose étonnante et inédite - que l'ânesse s'est couchée sous lui, ce qu'elle ne lui avait pas fait jusqu'alors, comme il est expliqué dans le verset 'ai-je l'habitude, etc.' - il lui aurait convenu de réfléchir que la volonté du Nom, béni soit-Il, est qu'il revienne et n'aille pas.
Et le fait que le Nom, béni soit-Il, lui avait ordonné d'aller, c'était à la manière de ce qu'Il lui avait dit : 'mais seulement la chose que Je dirai, etc.', c'est-à-dire : selon ce qu'il verrait par l'œil de son intelligence quelle est la volonté du Nom, béni soit-Il, ainsi ferait-il. S'il en est ainsi, il aurait dû le prendre à cœur et ne pas frapper ; et en frappant, Bilaam a dévoilé la force de sa méchanceté : bien que la volonté du Nom, béni soit-Il, fut qu'il n'aille pas, malgré tout il va, et il frappe dans l'ardeur de sa colère l'ânesse parce qu'elle le retarde sur le chemin où il allait.
C'est pour cela que la colère de l'ange s'est enflammée contre lui, et il lui a dit : 'pourquoi as-tu frappé, etc.'
וישמע בלק כי בא בלעם ויצא לקראתו אל עיר מואב אשר על גבול ארנון אשר בקצה הגבול (במדבר כב, לו). עיין פירוש רש"י למה הלך דווקא לזה המקום עיין שם.
ונראה ליתן טעם דמשום הכי הלך לעיר שהוא בקצה הגבול, על פי מה דכתב רש"י בזה הפרשה כי ידעתי את אשר תברך מבורך ואשר תאור יואר, שידע על ידי מלחמת סיחון שכבש ערים ממואב על ידי קללתו את מואב ונעשה עיר הזאת קצה הגבול של מואב, כי מכאן ולהלאה נטלה סיחון על ידי קללתו למואב ואי לאו קללתו לא היה הגבול כאן שלא היה כובש סיחון הערים מכאן ולהלאה ועל ידי שמראה לו שמאמין בקללתו יתאמץ להראות עוד שיש לו כח לקלל את ישראל כל זה היה כוונת הרשעים בלק ובלעם אמנם השם יתברך באהבתו לישראל הפר עצתם וקלקל מחשבתם והפך הקללה לברכה:
'Et Balak entendit que Bilaam venait, et il sortit à sa rencontre vers la ville de Moav qui est sur la frontière de l'Arnon, à l'extrémité de la frontière' (Nombres 22,36). Vois le commentaire de Rachi : pourquoi est-il allé précisément à ce lieu, vois-y.
Et il semble que l'on puisse donner une raison pour laquelle il est allé à la ville qui est à l'extrémité de la frontière, d'après ce qu'a écrit Rachi dans cette même section sur 'car je sais que celui que tu bénis est béni et que celui que tu maudis est maudit' : qu'il l'a su par la guerre de Si'hon, qui a conquis des villes de Moav grâce à sa malédiction contre Moav, et cette ville-ci est devenue l'extrémité de la frontière de Moav, car à partir de là et au-delà Si'hon l'avait pris grâce à sa malédiction contre Moav ; et sans sa malédiction, la frontière n'aurait pas été ici, car Si'hon n'aurait pas conquis les villes à partir de là et au-delà. Et du fait qu'il lui montre qu'il croit en sa malédiction, il se renforcerait pour montrer encore qu'il a le pouvoir de maudire Israël.
Tout cela était l'intention des méchants Balak et Bilaam ; mais le Nom, béni soit-Il, dans Son amour pour Israël, a annulé leur conseil et ruiné leur pensée, et Il a changé la malédiction en bénédiction.
לכה ארה לי יעקב (במדבר כג, ז). הכלל, אצל כל אומה צריכה להיות איזה מדה טובה וזה הוא עיקר חיותם אבל ישראל יש להם כל המדות טובות.
וכאן זה הרשע שרצה להרע לישראל ובישראל יש להם כל המדות טובות ורצה זה הרשע לברר אצלו זה המידה טובה שיש באומתו מישראל ועל ידי זה יהיה יכולת בידו להרע לישראל. וזהו שאמר לכה ארה, ארה לשון בירור כמאמר חכמינו ז"ל אורה בתאנים, שרצה לברר אצלו המדה שיש לו ממדות טובות של ישראל.
וזהו לכה ארה לי יעקב, לברר מה שיש אצלי ממדת יעקב. ועל ידי זה ולכה זועמה כו':
'Viens, maudis-moi Yaakov' (Nombres 23,7). La règle est la suivante : chez chaque nation il doit se trouver quelque bonne qualité, et c'est cela le principe de leur vitalité ; mais Israël, lui, possède toutes les bonnes qualités.
Et ici, ce méchant qui voulait nuire à Israël - et en Israël se trouvent toutes les bonnes qualités - ce méchant voulait trier pour lui-même, en la prenant d'Israël, cette bonne qualité qui se trouve dans sa nation, et par cela il aurait le pouvoir de nuire à Israël. Et c'est ce qu'il a dit : 'viens, are' (ארה) - 'are' (ארה) au sens de trier, comme la parole de nos sages, de mémoire bénie, 'ora be-teénim' (אורה בתאנים, la cueillette sélective des figues mûres) : car il voulait trier pour lui-même la qualité qu'il possède parmi les bonnes qualités d'Israël.
Et c'est cela 'viens, maudis-moi Yaakov' : trier ce qui se trouve chez moi de la qualité de Yaakov. Et par cela, 'et viens, invective (zo'ama) Israël, etc.'
כי מראש צורים אראנו (במדבר כז, ט). פירוש, אני רואה אותם מראש הצורים, דהיינו שכלול עולם.
ומגבעות אשורנו, שבריאת עולם צורים וגבעות כפירוש רש"י נתהוו ונבראו עבור ישראל כמאמר רבותינו ז"ל (ב"ר א) בראשית (בראשית א, א) בשביל ישראל שנקראו ראשית. זהו שמסיים ובגויים לא יתחשב, דלא חשב השם יתברך בשעת הבריאה על הגויים לברוא בשבילם, רק עבור ישראל, ואם כן האיך אפשר לקלל עם כזה שהכל נבראו בשבילם:
'Car du sommet des rochers je le vois' (Nombres 23,9). Explication : je les vois depuis le sommet des rochers, c'est-à-dire depuis l'ensemble achevé du monde. 'Et des collines je le contemple' : car lors de la création du monde, les rochers et les collines - selon le commentaire de Rachi - se sont formés et ont été créés pour Israël, comme la parole de nos maîtres, de mémoire bénie (Bereshit Rabba 1) : 'Bereshit' (בראשית, 'au commencement' - Genèse 1,1) - pour Israël, qui est appelé 'reshit' (ראשית, prémice).
C'est cela qu'il conclut : 'et parmi les nations il ne se compte pas', car le Nom, béni soit-Il, n'a pas pensé, au moment de la création, aux nations, pour créer à cause d'elles, mais seulement pour Israël ; et s'il en est ainsi, comment serait-il possible de maudire un peuple tel que celui-là, pour lequel tout a été créé ?
קום בלק ושמע (במדבר כג, יח). נראה לבאר על פי מה שאמרו רבותינו ז"ל (ב"ר פב) על פסוק (ישעיה ג, יג) נצב לריב ה' ועומד לדין עמים, כשהקדוש ברוך הוא דן את ישראל דן אותם בעמידה וכשהקדוש ברוך הוא דן את האומות דן אותם בישיבה.
ונראה שרבותינו ז"ל רמזו בזה מה שאמרו על פסוק ותגזור אומר ויקם כו', שהקדוש ברוך הוא גוזר וצדיק מבטל. והנה ישיבה נקרא כשיש בו סמיכה כמאמר רבותינו ז"ל (כתובות קיא:) כל ישיבה שאין בה סמיכה עמידה טובה הימנה ועמידה אין בה סמיכה.
וזהו הרמז רבותינו ז"ל האומות דן אותם בישיבה, שיש בה סמיכה למשפט שנגזר עליהם שלא ימוט כי אין ביניהם מי שיבטל. מה שאין כן גזר דין של ישראל אין בו סמיכה, שהצדיקים שביניהם יכולין לבטלו.
וזהו קום בלק, הרמז על עמידה, כי אין בו סמיכה על הקללה, כי הצדיקים שביניהם יבטלו ויהפכו לברכה וזהו קום בלק:
'Lève-toi, Balak, et écoute' (Nombres 23,18). Il semble qu'on puisse l'expliquer d'après ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Bereshit Rabba 82), sur le verset (Isaie 3,13) 'ה' se tient debout pour plaider, et Il se dresse pour juger les peuples' : lorsque le Saint, béni soit-Il, juge Israël, Il les juge en se tenant debout, et lorsque le Saint, béni soit-Il, juge les nations, Il les juge assis.
Et il semble que nos maîtres, de mémoire bénie, ont fait allusion par là à ce qu'ils ont dit sur le verset 'tu décréteras une parole et elle se réalisera, etc.' : que le Saint, béni soit-Il, décrète et que le juste annule. Or, voici : on appelle 'assise' (yechiva) lorsqu'il y a en elle un appui, comme la parole de nos maîtres, de mémoire bénie (Ketoubot 111b) : 'toute assise où il n'y a pas d'appui, la station debout est meilleure qu'elle' - et la station debout, elle, n'a pas d'appui.
Et telle est l'allusion de nos maîtres, de mémoire bénie [en disant que] les nations, Il les juge assis : c'est qu'il y a un appui pour le jugement décrété contre elles, de sorte qu'il ne vacillera pas, car il n'y a pas parmi elles qui l'annule. Il n'en va pas de même du décret de jugement d'Israël, qui n'a pas d'appui, car les justes qui sont parmi eux peuvent l'annuler.
Et c'est cela 'lève-toi, Balak' : l'allusion à la station debout, car il n'y a pas d'appui pour la malédiction, puisque les justes qui sont parmi eux l'annuleront et la changeront en bénédiction - et c'est cela 'lève-toi, Balak'.
לא איש אל ויכזב (במדבר כג, יט). על דרך שאמרו רבותינו ז"ל (תענית כג:) ותגזור אומר ויקם לך (איוב כב, כח) אתה גזרת מלמטה כו', דהצדיק פועל שכביכול השם יתברך מתלבש עצמו בהצדיק כפי רצון הצדיק כן יהיה.
וזהו תפלה למשה איש הא-להים (תהלים צ, א) שעל ידי תפלת משה כביכול הא-להים באיש, דהיינו משה לעשות כרצונו כנאמר (שם קו, כג) לולי משה בחירו עמד בפרץ. וזהו איש הא-להים, שהאלקות מתלבש באיש.
וזהו רק כשמתפללים להשפיע טובות לישראל. אמנם בלעם הרשע שרצה לקבל את ישראל לא היה יכול לפעול שהשם יתברך יתלבש באיש לעשות רצון בלעם.
וזהו לא איש אל ויכזב, פירוש דעל כזב לקלל את ישראל לא איש אל, האל אינו מתלבש באיש שיעשה רצונו לקלל. וזהו הפירוש (שמות טו, ג) ה' איש מלחמה ה' שמו, דעל מפלות האומות השם יתברך מתלבש באיש לעשות רצון הצדיק לנקום באומות הגם שהוא גבורה, אך דלפי האמת הוא חסד גדול לאומות במפלתם שעל ידי מפלתם נתגדל ונתקדש שמו הגדול, אם כן אין לך חסד גדול מזה.
וזהו ה' איש מלחמה ה' שמו, שהשם יתברך מתלבש באיש מלחמה ללחום באומות כמו בפרעה. זהו ה' שמו, הזכיר שם הוי"ה ברוך הוא וברוך שמו דהוא חסד לנקום בהם, פירוש דבשם הוי"ה שהוא חסד נוקם בהם כנ"ל:
'Dieu n'est pas un homme pour mentir' (Nombres 23,19). À la manière de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Taanit 23b) sur 'tu décréteras une parole et elle se réalisera pour toi' (Job 22,28) : 'toi, tu as décrété d'en bas, etc.' ; car le juste agit de telle sorte que, pour ainsi dire, le Nom, béni soit-Il, se revêt Lui-même dans le juste, et il en sera selon la volonté du juste.
Et c'est cela 'prière de Moché, homme d'Elokim' (Psaumes 90,1) : que par la prière de Moché, pour ainsi dire, Elokim est dans l'homme, c'est-à-dire dans Moché, pour agir selon sa volonté, comme il est dit (ibid. 106,23) 'si Moché, Son élu, ne s'était tenu sur la brèche'.
Et c'est cela 'homme d'Elokim' : que la divinité se revêt dans un homme. Et cela n'a lieu que lorsqu'on prie pour faire s'écouler des bienfaits sur Israël.
Mais Bilaam le méchant, qui voulait maudire Israël, ne pouvait pas agir pour que le Nom, béni soit-Il, se revête dans un homme afin d'accomplir la volonté de Bilaam. Et c'est cela 'Dieu n'est pas un homme pour mentir' : l'explication est que pour le mensonge de maudire Israël, 'Dieu n'est pas un homme' - Dieu ne se revêt pas dans un homme pour accomplir sa volonté de maudire.
Et telle est l'explication de (Exode 15,3) 'ה' est un homme de guerre, ה' est Son nom' : car pour les chutes des nations, le Nom, béni soit-Il, se revêt dans un homme pour accomplir la volonté du juste, afin de se venger des nations - bien que ce soit guevoura (rigueur) ; mais selon la vérité, c'est une grande bonté ('hessed) pour les nations que leur chute, car par leur chute Son grand Nom est magnifié et sanctifié ; et s'il en est ainsi, tu n'as pas de bonté plus grande que celle-là. Et c'est cela 'ה' est un homme de guerre, ה' est Son nom' : que le Nom, béni soit-Il, se revêt dans un homme de guerre pour combattre les nations, comme [Il l'a fait] contre Pharaon.
C'est cela 'ה' est Son nom' : il a mentionné le Nom הוי"ה, béni soit-Il et béni soit Son nom, car c'est une bonté de se venger d'elles ; l'explication est que c'est par le Nom הוי"ה, qui est bonté, qu'Il se venge d'elles, comme mentionné plus haut.
הנה ברך לקחתי וברך ולא אשיבנה (במדבר כב, כ). פירוש מאחר שקבלתי ברכות לכך לא אשיבנה שלא איש אל ויכזב, מה שאין כן להיפוך חס ושלום יכולין להשיב, כי צדיקים יכולים להפוך ועושים צירוף אחר מצרה לרצה, אבל כל מה שיצא מפי הקדוש ברוך הוא לטובה אינו חוזר כידוע:
'Voici, j'ai reçu [mission de] bénir, et Il a béni, et je ne le retirerai pas' (Nombres 23,20). Explication : puisque j'ai reçu des bénédictions, c'est pourquoi je ne le retirerai pas, car 'Dieu n'est pas un homme pour mentir'.
Il n'en va pas de même dans le cas inverse, à Dieu ne plaise : cela, on peut le retirer, car les justes peuvent renverser [la chose] et faire une autre combinaison [des lettres], de 'tsara' (צרה, détresse) en 'ratsa' (רצה, Il a agréé) ; mais tout ce qui est sorti de la bouche du Saint, béni soit-Il, pour le bien, ne revient pas, comme cela est connu.