« Voici les comptes du Michkan » (Chemot 38,21). Rabbi Lévi Its'hak voit dans le travail du Michkan la sagesse divine, la combinaison des lettres et des Noms saints, comme dans la création. « Au commencement Elokim créa » ; « lorsqu'ils furent créés » avec un hé petit fait allusion au Nom Adonaï ; puis « au jour où Hachem Elokim fit » unifie ces Noms. De même Moché unifie d'abord Elokim : les initiales de « אלה פקודי המשכן » forment אפ"ה, 86 ; les finales הי"ן valent 65, Adonaï. « Le Michkan du Témoignage » : initiales מ"ה, le Nom de 45 ; finales ת"נ, 450, dix fois 45. « Qui furent recensés sur l'ordre de Moché » : c'est lui qui comprit tout cela.
Aussi : la bénédiction sur le compte du Michkan, le regard d'Israël attachant chaque chose à sa racine ; deux aspects du service, matsa et 'hamets, pekoudei comme manque ; Betsalel fit les kelim des midot, Moché les relia aux commandements
אלה פקודי המשכן כו' (שמות לח, כא). יבואר כאשר כתבנו לעיל, דמלאכת המשכן היה בה חכמת אלקות וצירוף אותיות ושמות הקדושים כמו בבריאת שמים וארץ כמו שאמרו חכמינו ז"ל יודע היה בצלאל כו'.
והנה במעשה בראשית כתיב (בראשית א, א) בראשית ברא א-להים, כמו שאמרו חכמינו ז"ל (ב"ר יב) מתחילה עלה במחשבה וכו', ואחר כך כתיב (בראשית ב, ד) אלה תולדות השמים והארץ בהבראם כתיב בה"א זעירא זה מרמז על שם אדנ"י, ואחר כך כתיב ביום עשות ה' א-להים, הוא יחוד הוי"ה א-להים כמו כן יחוד משה ובצלאל במלאכת המשכן במספר אשר נפקד ונמנה שכוון משה ליחד בתחילה במלאכת המשכן שם א-להים. וזהו שנרמז בכתוב אלה פקודי המשכן, ראשי תיבות אפ"ה שהוא פ"ו בגימטריה א-להים, וס"ת הי"ן שהוא בגימטריא ס"ה שהוא מספר שם אדנ"י, ואחר כך בשם הוי"ה ברוך הוא שם מ"ה הקדוש הנרמז בכתוב משכן העדות שראשי תיבות מ"ה וס"ת ת"נ שהוא יו"ד פעמים מ"ה, שיחוד הכל על ידי שמותיו הקדושים אשר נבראו בהם שמים וארץ.
וזה שכתוב אשר פקד על פי משה, שהוא התבונן בכל אלה:
"Voici les comptes du Michkan", etc. (Exode 38,21).
On expliquera selon ce que nous avons écrit plus haut : dans le travail du Michkan (le Tabernacle) il y avait la sagesse divine, la combinaison des lettres et des Noms saints, comme dans la création du ciel et de la terre, ainsi que l'ont dit nos sages, de mémoire bénie (Berakhot 55a) : "Betsalel savait", etc. Et voici, dans l'œuvre du commencement il est écrit (Genèse 1,1) : "Au commencement Elokim (אל-הים) créa" - comme l'ont dit nos sages, de mémoire bénie (Berechit Rabba 12) : au début il monta dans la pensée [de créer le monde par la mesure de rigueur], etc.
Et ensuite il est écrit (Genèse 2,4) : "Voici les engendrements des cieux et de la terre lorsqu'ils furent créés (בהבראם)" - écrit avec un hé petit, ce qui fait allusion au Nom אדנ"י. Et ensuite il est écrit : "au jour où ה' Elokim fit" - c'est l'unification (yihoud) de הוי"ה et d'Elokim.
De même, l'unification de Moche et de Betsalel dans le travail du Michkan, par le nombre qui fut recensé et compté : car Moche visait à unifier d'abord, dans le travail du Michkan, le Nom Elokim. Et c'est ce à quoi le verset fait allusion : "Voici les comptes du Michkan (אלה פקודי המשכן)" - les initiales forment אפ"ה, soit 86 (פ"ו), la guematria d'Elokim ; et les lettres finales forment הי"ן, dont la guematria est 65 (ס"ה), le nombre du Nom אדנ"י.
Et ensuite [l'unification] par le Nom הוי"ה, béni soit-Il, le saint Nom de 45 (מ"ה), auquel fait allusion le verset "le Michkan du Témoignage (משכן העדות)" : les initiales font מ"ה, et les lettres finales ת"נ, soit 450, qui est dix (יו"ד) fois 45 (מ"ה) - car l'unification de tout se fait par Ses Noms saints, par lesquels furent créés le ciel et la terre. Et c'est ce qui est écrit : "qui furent recensés sur l'ordre de Moche" - car c'est lui qui comprit tout cela.
או יבואר, אלה פקודי המשכן משכן העדות אשר פקד על פי משה כו'. דהנה אמרו חכמינו ז"ל (תענית ח:) דאין הברכה שורה בדבר הספור והשקול.
והנה כאן במלאכת המשכן דנעשה על פי חשבון ועל פי מדה הקצובה, אך אף על פי כן היה הברכה שורה בה. דהנה כתיב (שיה"ש ז, ה) עיניך ברכות בחשבון.
והנה שורש עין רעה הוא כמו בלעם דבכל מקום שנתן עיניו היה מארה באותו הדבר מחמת דהרשע הסתכל באותו הדבר הפריד אותו משורש העליון של מקור החיים מחמת שהיה להוט אחר אותו הדבר והיה הדבר נחשב בעיניו אבל לא הסתכל בכח השם יתברך אשר יש בתוכו. אבל גבי זרע ישראל כתיב עיניך ברכות בחשבון, אף בדבר שיש בו חשבון ובא לידע מנין ומספר, אף על פי כן אינו מזיק הסתכלות הזה מחמת שאיש הישראלי בכל דבר אשר רואה ומסתכל אז רואה בכח הבורא אשר נמצא בו וכיון שמדביק הדבר ההוא לשורשו אז בראיה הלזו ממשיך ברכה ושפע ממקור עליון על הדבר ההוא.
וזה שכתוב עיניך ברכות, שעיניך נעשו כמו ברכות ומעינות השפעה אף בדבר חשבון. וזה שכתוב אלה פקודי המשכן, במשכן שנמנה כל דבר כמה פעמים ונעשה בחשבון ואף על פי כן היה הברכה והשכינה שורה בה ואדרבה שהיה המנין צורך גבוה.
וזה שכתוב אשר פקד על פי משה, מחמת שיצא המנין מפי משה שהיה בדביקות ובקדושה עליונה ואדרבה על ידו ניתוסף ברכה:
Ou bien on expliquera : "Voici les comptes du Michkan, le Michkan du Témoignage, qui furent recensés sur l'ordre de Moche", etc. Voici, nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Taanit 8b) que la bénédiction ne repose pas sur une chose comptée et pesée.
Or ici, dans le travail du Michkan, tout fut fait selon un compte et selon une mesure fixée, et pourtant la bénédiction y reposait. Car il est écrit (Cantique des cantiques 7,5) : "tes yeux sont des piscines à Hechbon (עיניך ברכות בחשבון)", ce qui se lit aussi : tes yeux sont des bénédictions dans le compte.
Et voici, la racine du mauvais œil est comme chez Bilaam : en tout lieu où il posait son regard, la malédiction s'installait dans cette chose, parce que le méchant, en regardant cette chose, la séparait de sa racine supérieure, la source de la vie, car il était avide de cette chose et cette chose comptait à ses yeux, mais il ne regardait pas la force du Nom, béni soit-Il, qui se trouve en elle. Mais s'agissant de la descendance d'Israël il est écrit : "tes yeux sont des bénédictions dans le compte" - même dans une chose qui comporte un compte, et lorsqu'on vient en connaître le nombre et la mesure, ce regard ne nuit pourtant pas, parce que l'homme d'Israël, en toute chose qu'il voit et regarde, voit alors la force du Créateur qui s'y trouve ; et puisqu'il attache cette chose à sa racine, alors par ce regard il fait descendre bénédiction et influx (chefa) de la source supérieure sur cette chose.
Et c'est ce qui est écrit : "tes yeux sont des bénédictions" - que tes yeux deviennent comme des réservoirs (berekhot) et des sources d'influx, même dans une chose comptée. Et c'est ce qui est écrit : "Voici les comptes du Michkan" - dans le Michkan, où chaque chose fut comptée plusieurs fois et fut faite selon un compte, et pourtant la bénédiction et la Chekhina y reposaient ; bien plus, ce comptage était un besoin d'en haut (tsorekh gavoha).
Et c'est ce qui est écrit : "qui furent recensés par la bouche de Moche" - parce que le compte sortit de la bouche de Moche, qui était dans l'attachement (devekout) et dans une sainteté supérieure ; bien plus, par lui la bénédiction fut accrue.
או יבואר, אלה פקודי המשכן משכן העדות, כי יש שני בחינות בעבדות הבורא ברוך הוא. בחינה אחת, שאנו רואין ניסים ונפלאותיו שמשנה דברים הטבעים מזה ניכר שהוא יתברך מושל בכל ועושה בהם כרצונו ומחויבין כל ברואיו לעבדו ביראה.
ובחינה ב', כשאנו משיגין גדולתו מצד שהוא הבורא הכל וראוים לעבדו. וההפרש בניהם הוא, כי כשאין מכירין גדולתו רק ממעשיו ונפלאותיו כמו הניסים שעשה במצרים ובים הניסים הם גדולים בעיניו, כי אין מכיר גדולתו רק על ידיהם, אבל כשהוא מכיר ויודע ידיעה אמיתית, כי הוא הבורא הכל, אם כן אין הנס גדול כל כך בעיניו, כי אין זה חידוש שהבורא הכל יכול לעשות בנבראים שברא כרצונו כיון שהוא ברא אותם, רק מזה יקר הנס בעיניו שהבורא ברוך הוא עשה ניסים ונפלאות מחמת אהבת ישראל.
והנה בצאת ישראל ממצרים היו בקטנות השכל והכירו גדולת הבורא רק על ידי ניסים ונפלאות. אך במתן תורה בסיני נזדככו חומריותם והכירו גדולת הבורא ברוך הוא בבחינה הב' הנ"ל מצד שהוא בורא הכל וידעו למפרע שגם הניסים והנפלאות שעשה במצרים ובים אין הפלא מצד הנס כי אם שנראה אהבתו לישראל וכנ"ל:
Ou bien on expliquera : "Voici les comptes du Michkan, le Michkan du Témoignage" - car il y a deux aspects (behinot) dans le service du Créateur, béni soit-Il. Un premier aspect : nous voyons Ses miracles et Ses merveilles, par lesquels Il modifie les choses naturelles ; de là on reconnaît qu'Il domine, béni soit-Il, sur tout et qu'Il agit en elles selon Sa volonté, et toutes Ses créatures sont tenues de Le servir avec crainte.
Et le second aspect : lorsque nous saisissons Sa grandeur du côté de ce qu'Il est le Créateur de tout, et qu'il convient de Le servir. Et la différence entre eux est celle-ci : lorsqu'on ne reconnaît Sa grandeur qu'à partir de Ses actes et de Ses merveilles - comme les miracles qu'Il fit en Égypte et à la mer - les miracles sont grands à ses yeux, car il ne reconnaît Sa grandeur que par eux ; mais lorsqu'il reconnaît et sait d'une connaissance véritable qu'Il est le Créateur de tout, alors le miracle n'est plus si grand à ses yeux, car ce n'est pas une nouveauté que Celui qui a tout créé puisse faire des créatures qu'Il a créées selon Sa volonté, puisque c'est Lui qui les a créées ; mais le miracle lui devient précieux pour ceci : que le Créateur, béni soit-Il, a fait miracles et merveilles à cause de Son amour pour Israël.
Et voici, à la sortie d'Israël d'Égypte, ils étaient dans la petitesse de l'intellect (katnout ha-sekhel) et ne reconnaissaient la grandeur du Créateur que par les miracles et les merveilles. Mais lors du don de la Torah au Sinaï, leur matérialité fut affinée et ils reconnurent la grandeur du Créateur, béni soit-Il, selon le second aspect mentionné, du côté de ce qu'Il est le Créateur de tout ; et ils comprirent rétrospectivement que même pour les miracles et les merveilles qu'Il fit en Égypte et à la mer, la merveille ne tenait pas au miracle lui-même, mais à ce que Son amour pour Israël s'y montrait, comme ci-dessus.
ועל פי זה נבאר לך למה בפסח נצטוינו לאכול מצה ולהקריב בבית המקדש גם כן מצה, ובשבועות היו שתי הלחם דוקא חמץ וקרבן תודה מקצתה מצה ומקצתה חמץ. והוא, כי מצה, רומזת לדרך אשר הברואים עובדים להבורא יתברך מצד נפלאותיו וגם פשטיות מורה על זה שמצוה לאכול מצה לזכר שהמצרים היו ממהרים עליהם לצאת כמו שכתוב (שמות יב, לט) ויאפו את הבצק כו'.
וכמו כן אכילת פסח מורה על החפזון והזכירות הללו הם לזכר אשר השגנו אותו מכח נפלאותיו. אבל כשהגיעו להר סיני הכירו אמיתיות ולא נחשב להם הנס מצד הנס עצמו, כי השיגו שכל הברואים הוא לבדו ברא אותם במאמר פיו משום הכי בידו לשנותן ואם כן לא הוצרכו לעבדו מצד השגת הניסים והנפלאות ומשום הכי הקרבן בחג השבועות לא צוה להקריב מצה כי המצה מורה על השגה מנסים ונפלאות ובחג השבועות לא הוצרכו לעבדו בבחינה זו.
והנה תודה היתה בא על הנס כאמרם ז"ל (ברכות נד:) ד' צריכין להודות. והנה כשעושה לו הקדוש ברוך הוא הנס הוא משיג בחינה ראשונה, ואחר כך מחמת שעשה לו הקדוש ברוך הוא הנס מתמיד האדם יותר בעבודתו ועל ידי כן בא לבחינה שהיו במעמד הר סיני והמועיל לבוא למדריגה זו מחמת שהשגנו זה כבר בסיני ועל זה מביא תודה מצה וחמץ הרומז לשני בחינות הנ"ל שהיו בהם אחד קודם הנס ואחד אחר הנס.
והנה בעשית העגל אבדו השגת העבדות בשני בחינות האלו רק בעשית המשכן חזרו לבחינה ראשונה לעבודתו יתברך מצד נפלאות אבל הבחינה שבמעמד הר סיני אין זה כי אם דמי שעובד אותו יתברך תמיד במסירת נפש שיזכה מעט מעט לבחינה זו בהטיבו את דרכו. והנה עבודה שעובדים אותו יתברך מצד נפלאותיו כתב הרמב"ן ז"ל, שנקרא עדות, שזהו המעיד עליו יתברך.
מה שאין כן המכיר אמיתותו מצד שברא כל הברואים זהו הרואה בעין השכל שמאתו יתברך נמצא הכל ולשון פקודי יתפרש לשון חסרון מלשון ולא נפקד ממנו איש. וזהו הרמז בפסוק אלה פקודי המשכן, פירוש חסרון במשכן שאף על פי שחזר להם בחינת העבודה מצד נפלאותיו, מכל מקום היה בזה חסרון שאין בזה שלימות העבודה.
ומפרש הפסוק מה חסרון על זה אמר משכן העדות, דהחסרון הוא דמחמתו לא הרויחו רק עבודה שהוא נקרא עדות כנ"ל ולא עבודה הכרה אמיתיות כמו שהיה בסיני:
Et selon cela nous t'expliquerons pourquoi, à Pessa'h, il nous a été ordonné de manger de la matsa et d'offrir aussi de la matsa au Temple, tandis qu'à Chavouot les deux pains étaient précisément de pain levé (hamets), et que le sacrifice de reconnaissance (korban toda) comportait une partie de matsa et une partie de hamets. Et voici : la matsa fait allusion à la voie par laquelle les créatures servent le Créateur, béni soit-Il, du côté de Ses merveilles ; et le sens simple aussi l'indique, puisqu'il est ordonné de manger de la matsa en souvenir de ce que les Égyptiens les pressaient de sortir, comme il est écrit (Exode 12,39) : "et ils cuirent la pâte", etc.
De même, la consommation du sacrifice de Pessa'h indique la hâte ; et ces rappels sont le souvenir de ce que nous L'avons saisi par la force de Ses merveilles. Mais lorsqu'ils parvinrent au mont Sinaï, ils reconnurent la vérité, et le miracle ne comptait plus pour eux du côté du miracle lui-même, car ils saisirent que toutes les créatures, c'est Lui seul qui les a créées par la parole de Sa bouche, et que pour cette raison il est en Son pouvoir de les changer ; dès lors, ils n'avaient plus besoin de Le servir du côté de la perception des miracles et des merveilles.
Et pour cette raison, pour le sacrifice de la fête de Chavouot, Il n'a pas ordonné d'offrir de la matsa, car la matsa indique une perception tirée des miracles et des merveilles, et à la fête de Chavouot ils n'avaient pas besoin de Le servir selon cet aspect. Et voici, le sacrifice de reconnaissance venait pour un miracle, comme ils l'ont dit, de mémoire bénie (Berakhot 54b) : quatre doivent rendre grâce.
Et voici, lorsque le Saint, béni soit-Il, fait pour lui un miracle, il saisit le premier aspect ; et ensuite, parce que le Saint, béni soit-Il, lui a fait ce miracle, l'homme persévère davantage dans son service, et par là il parvient à l'aspect qui était le leur lors de la station du mont Sinaï - et ce qui aide à parvenir à ce degré, c'est que nous avons déjà saisi cela au Sinaï. C'est sur cela qu'il apporte un sacrifice de reconnaissance de matsa et de hamets, qui fait allusion aux deux aspects mentionnés qui étaient en eux : l'un avant le miracle et l'un après le miracle.
Et voici, en faisant le veau [d'or] ils perdirent la perception du service selon ces deux aspects ; c'est seulement en faisant le Michkan qu'ils revinrent au premier aspect du service de Lui, béni soit-Il, du côté des merveilles ; mais quant à l'aspect de la station du mont Sinaï, il n'en est rien, sinon que celui qui Le sert, béni soit-Il, constamment avec don de soi (messirout nefech) méritera peu à peu cet aspect en améliorant sa voie. Et voici, le service par lequel on Le sert, béni soit-Il, du côté de Ses merveilles, le Ramban (abréviation de Rabbi Moche ben Nahman), de mémoire bénie, a écrit qu'il est appelé "témoignage" (edout), car c'est cela qui témoigne de Lui, béni soit-Il.
Il n'en va pas de même pour celui qui reconnaît Sa vérité du côté de ce qu'Il a créé toutes les créatures : celui-là voit par l'œil de l'intellect que tout provient de Lui, béni soit-Il. Et le terme "pekoudei" (פקודי) s'expliquera au sens d'un manque, du langage de "et il ne manqua pas un homme d'entre nous (ולא נפקד ממנו איש)" (Nombres 31,49).
Et c'est l'allusion du verset "Voici les pekoudei du Michkan" : c'est-à-dire le manque dans le Michkan - car bien que leur soit revenu l'aspect du service du côté de Ses merveilles, il y avait pourtant en cela un manque, puisque la perfection du service n'y est pas. Et le verset explique quel est ce manque : c'est pourquoi il dit "le Michkan du Témoignage" - car le manque est qu'à cause de lui ils ne gagnèrent qu'un service appelé "témoignage", comme ci-dessus, et non un service de reconnaissance véritable comme il en fut au Sinaï.
או יבואר, אלה פקודי המשכן משכן העדות אשר פקד על פי משה, ופסוק ויקם משה את המשכן, הכלל, כמו שמבואר בזוהר הקדוש המשכן היה כדמות זה עולם וכדמות כל העולמות ודמות התורה. והנה הרמב"ן הקדוש כתב על פסוק (בראשית יח, יט) כי ידעתיו למען אשר יצוה את בניו ושמרו דרך ה', ופירש הרמב"ן, דרך ה', הם המדות הישרות אשר היה לאברהם אבינו עליו השלום מדת החסד מדת הרחמנות וכן שאר המדות הישרות.
והנה אלו המדות הם כלליות התורה, כי יש מצות אשר הם ממדת החסד כגון מצות פריקה וטעינה, וכן יש כמה מצות ממדת החסד, וכן יש מצות אשר הם ממדת היראה, דהיינו לעשות לרשע כדינו וכן בשאר. וכן יש מצות ממדת התפארות כגון תפילין שמורה על מדה הנ"ל כנאמר (יחזקאל כד, יז) פארך חבוש.
וכן שאר מצות ממדה הנ"ל. וכן יש מצות משאר מדות.
וכן נכלל כל מצות התורה במדות הבורא הישרות והטהורות והנקיות:
Ou bien on expliquera : "Voici les comptes du Michkan, le Michkan du Témoignage, qui furent recensés sur l'ordre de Moche", ainsi que le verset "et Moche dressa le Michkan" (Exode 40,18). Le principe est celui-ci : comme cela est expliqué dans le saint Zohar, le Michkan était à l'image de ce monde-ci, à l'image de tous les mondes et à l'image de la Torah.
Et voici, le saint Ramban a écrit sur le verset (Genèse 18,19) : "car Je l'ai connu, afin qu'il ordonne à ses fils... et qu'ils gardent la voie de ה'" ; et le Ramban a expliqué que "la voie de ה'" désigne les qualités droites (midot) qu'avait Avraham notre père, paix sur lui : la mesure de bonté ('hessed), la mesure de compassion, et de même les autres qualités droites. Et voici, ces midot sont la généralité de la Torah : car il y a des commandements qui relèvent de la mesure de 'hessed, comme le commandement de décharger et de charger [la bête de son prochain], et il y a de même plusieurs commandements relevant de la mesure de 'hessed ; et il y a des commandements qui relèvent de la mesure de crainte (yira), c'est-à-dire de faire au méchant selon son jugement, et ainsi du reste.
Et il y a de même des commandements relevant de la mesure de tiferet (la splendeur), comme les tefilin, qui indiquent la qualité mentionnée, selon ce qui est dit (Ezechiel 24,17) : "ceins ta parure (פארך חבוש)". Et de même les autres commandements relevant de la qualité mentionnée.
Et de même il y a des commandements relevant des autres qualités. Ainsi tous les commandements de la Torah sont inclus dans les qualités du Créateur, droites, pures et nettes.
והנה בצלאל עשה את המשכן וכל הכלים של המשכן, דהיינו המנורה, המורה על מדת אהבה. והשלחן הוא מדת היראה.
וכן שאר המדות והמדות האלו הם כלליות התורה והתורה הוא עיקר בריאת העולם. ועל זה רמזו חכמינו ז"ל (ברכות נה.) יודע היה בצלאל לצרף אותיות שנבראו בהם שמים וארץ.
והנה בצלאל עשה הכלי המורה על מדת אהבה. וכן עשה שאר כלים המורים על מדת יראה.
וכן עשה כלים המורים על מדת התפארות. אבל לא ידע בצלאל על איזה מצוה מרומז זה הכלי.
וזה עשה משה שהראה לאיזה מצוה זה הכלי. דהיינו זה הכלי מרמז על אהבה ונמצא הוא מרומז בזה המצוה וכן שאר מהמצות לשאר הכלים.
ונמצא בצלאל עשה סתם כלים המורים על מדת יראה. וכן שאר כלים המורים על שאר כל המדות.
ומשה רבינו עליו השלום חיבר אלו הכלים לאלו המצות כל כלי המרמז על זה המצוה חיבר לזה המצוה אשר הוא מזה המדה. וזהו היה הקמת המשכן שלא היה יכול להקים רק משה, דהיינו לחבר המשכן למצות התורה.
וזהו הטעם שפרקו המשכן בעת שהלכו במדבר והקימו בשעה שעמדו, כי ידוע שישראל הלכו במדבר להעלות הנצוצין שנפלו בקליפה שם במדבר להעלותם לקדושה וידוע מהבעל שם טוב, מה הוא עליות נצוצות, דהיינו כשרואין לאיזה דבר גשמיות ואין צריך לומר לדבר רע חס ושלום אז עובדין את הבורא ברוך הוא לאשר בזה הדבר אהבה או יראה או שאר מדות ועל ידי זה יכולין להעלות אותה, דהיינו שמראה לזה האהבה רעה אהבה טובה אשר לזה נאצל מדת אהבה מאת הבורא ברוך הוא על זה העולם רק לאהבה את ה' נמצא זה הוא עליות הנצוצות. וכן שאר המדות, דהיינו מדות היראה ליראה ה' כשרואין בזה המקום יראה רעה חס ושלום אז יכולין להעלותה לקדושה וכן שאר המדות יכולין להעלותן בזה הבחינה.
והנה פריקת המשכן הוא שהמדות אינם מחוברים למצוה וזה היה בשעה שהלכו במדבר וכשבאו על מקום שיש שם אהבה לא טובה אז מעוררין את זה אהבה, דהיינו לאהבת ה' אשר הוא מקור האהבה וכן מדת יראה כנ"ל וכן מדת התפארת כנ"ל. ואחר כך כשכבר העלו זה האהבה וכן זה היראה אחר כך הקימו את המשכן, דהיינו שחברו אלו המדות ומצות הבורא ברוך הוא, כי כשאדם יש לו אהבת ה' וכן יראת ה' ואינו עושה המצוה אשר הוא מזה המדה אז אהבה ויראה אין לה קיום אבל כשעושה המצות אשר הוא ממדה זו אז המדה יש לה קיום.
ולכך הקימו המשכן לאחר שהעלו הניצוץ אז דבקו המדות במצות שעל זה רמזו קימת המשכן כדי שיהיה לו קיום תמיד בקדושה וזה לא היה יכול לעשות רק משה רבינו ע"ה להקים המשכן לחבר את המשכן לתורה:
Et voici, Betsalel fit le Michkan et tous les kelim (les ustensiles, les réceptacles) du Michkan, à savoir la menora, qui indique la mesure d'amour ; et la table, qui est la mesure de crainte ; et de même les autres qualités. Et ces qualités sont la généralité de la Torah, et la Torah est le fondement de la création du monde.
Et c'est à cela qu'ont fait allusion nos sages, de mémoire bénie (Berakhot 55a) : Betsalel savait combiner les lettres par lesquelles furent créés le ciel et la terre. Et voici, Betsalel fit le keli qui indique la mesure d'amour ; il fit de même les autres kelim qui indiquent la mesure de crainte ; et il fit de même des kelim qui indiquent la mesure de tiferet.
Mais Betsalel ne savait pas à quel commandement chaque keli faisait allusion. Cela, c'est Moche qui le fit : il montra à quel commandement appartenait chaque keli - c'est-à-dire que tel keli fait allusion à l'amour, et il se trouve donc en allusion dans tel commandement ; et ainsi du reste des commandements pour le reste des kelim.
Il se trouve ainsi que Betsalel fit simplement des kelim indiquant la mesure de crainte, et de même les autres kelim indiquant toutes les autres qualités ; et Moche notre maître, paix sur lui, relia ces kelim à ces commandements : chaque keli qui fait allusion à tel commandement, il le relia à ce commandement qui relève de cette qualité. Et c'est cela qui fut le dressement du Michkan, que seul Moche pouvait dresser : c'est-à-dire relier le Michkan aux commandements de la Torah.
Et c'est la raison pour laquelle ils démontaient le Michkan lorsqu'ils marchaient dans le désert et le dressaient lorsqu'ils s'arrêtaient. Car il est connu qu'Israël marcha dans le désert pour élever les étincelles (nitsotsin) tombées dans la kelipa (l'écorce, la force impure) là-bas, dans le désert, afin de les élever à la sainteté.
Et il est connu, du Baal Chem Tov, ce que sont les élévations des étincelles : c'est-à-dire lorsqu'on voit quelque chose de matériel - et à plus forte raison une chose mauvaise, à Dieu ne plaise - on sert alors le Créateur, béni soit-Il, par ce qu'il y a dans cette chose d'amour, ou de crainte, ou d'autres qualités, et par là on peut l'élever : c'est-à-dire qu'on montre à cet amour mauvais un amour bon, car c'est pour cela que la qualité d'amour a été émanée par le Créateur, béni soit-Il, sur ce monde - uniquement pour aimer ה'. Voilà donc ce que sont les élévations des étincelles.
Et de même pour les autres qualités : ainsi la qualité de crainte, qui est de craindre ה' ; lorsqu'on voit en ce lieu une crainte mauvaise, à Dieu ne plaise, on peut alors l'élever à la sainteté ; et de même les autres qualités, on peut les élever selon cet aspect. Et voici, le démontement du Michkan signifie que les qualités ne sont pas reliées au commandement ; et cela avait lieu à l'heure où ils marchaient dans le désert.
Et lorsqu'ils arrivaient en un lieu où se trouve un amour qui n'est pas bon, ils éveillaient alors cet amour, c'est-à-dire vers l'amour de ה', qui est la source de l'amour ; et de même la qualité de crainte, comme ci-dessus, et de même la qualité de tiferet, comme ci-dessus. Et ensuite, lorsqu'ils avaient déjà élevé cet amour et de même cette crainte, ils dressaient le Michkan : c'est-à-dire qu'ils reliaient ces qualités aux commandements du Créateur, béni soit-Il.
Car lorsqu'un homme a l'amour de ה' et de même la crainte de ה' et qu'il n'accomplit pas le commandement qui relève de cette qualité, alors l'amour et la crainte n'ont pas de subsistance (kiyoum) ; mais lorsqu'il accomplit les commandements relevant de cette qualité, alors la qualité a une subsistance. C'est pourquoi ils dressaient le Michkan après avoir élevé l'étincelle : alors ils attachaient les qualités aux commandements - et c'est à cela qu'a fait allusion le dressement du Michkan, afin qu'il ait une subsistance permanente dans la sainteté.
Et cela, seul Moche notre maître, paix sur lui, pouvait le faire : dresser le Michkan, relier le Michkan à la Torah.