« Ils se tinrent au pied de la montagne » (Chemot 19,17) : Il renversa sur eux la montagne. Rabba y voit une grande protestation contre la Torah, puis une acceptation aux jours d'Assuérus, alors qu'ils avaient déjà dit « nous ferons et nous entendrons ». Rabbi Lévi Its'hak dit que les montagnes sont les Patriarches : Il inclina vers eux cette racine, pour qu'ils s'y attachent et que soit le fil triple, le Saint béni soit-Il, la Torah et Israël. Ils reçurent la Torah à ce degré, puis tombèrent et ôtèrent leur parure. Aux jours d'Assuérus, au plus bas, ils prirent sur eux de garder la Torah : ils n'ont plus d'argument, et une garde excellente est requise.
Aussi : le tekhelet de Mardochée, le tsitsit qui adoucit l'obscurité en lumière ; les vêtements blancs du grand prêtre au Kippour ; les vêtements d'or du grand prêtre, amour puissant et vengeance sur les ennemis
ונבאר הא דאמרינן במסכת שבת (פח.) ויתיצבו בתחתית ההר (שמות יט, יז) מלמד שכפה עליהם ההר וכו'. אמר רבה מכאן מודעא רבא לאורייתא כו' ואף על פי כן הדר קבלוהו בימי אחשורוש דכתיב (אסתר ט, כז) קימו וקבלו, קימו מה שקיבלו כבר.
להבין זה הדבר של כפיית ההר מה טיבו ובפרט שישראל כולם ענו ואמרו מקודם נעשה ונשמע. אך שורש הדבר הוא, דהנה ידוע דאין הרים אלא אבות, דכמו דהר הוא השורש לארצות האדמה שראש ההר הוא עיקר ומזה יש חיזוק והתפשטות לכל הארץ אשר סביב ההר המשופע מכל צד, כן האבות הם כח ושורש לכל כנסת ישראל ולכן נקראו הרים.
והנה דכשהשם יתברך רצה ליתן התורה לישראל אז העלה את כנסת ישראל לשורשם וינטלם וינשאם לדביקות עליון לדרכי אבותיהם כמו שהיו כל כנסת ישראל בכח האבות על בחינות זו הגביהם. וזהו שכתוב כפה עליהם את ההר, רצה לומר שהטה והרכין להם את השורש להיות דבוק בשורשם גזע קדושה שלא להיות שום מסך המבדיל להיות חוט המשולש קודשא בריך הוא ואורייתא וישראל כולא חד ועל בחינה ומעלה זו קבלו התורה.
אך באמת אם לא היו נפלו ישראל ממדריגתן כמו שהיו בבחינת מעמד הר סיני בוודאי היו יכולים לקיים התורה והמצות אך כיון דמיד אחר מעמד הר סיני נפלו ממדריגתן והורידו את עדים מעליהם שוב אי אפשר להיות דבוק בתורה כראוי. וזהו שאמר מכאן מודעא רבא לאורייתא, דלפי שאחר כך לא היו על בחינה זו שקבלו התורה אך בימי אחשורוש דהיו אז בדיוטא התחתונה מאד ואף על פי כן קבלו עליהם לשמור התורה אם כן שוב אין להם טענה על התורה ושמירה מעליא בעי:
Et nous expliquerons ce que nous disons dans le traité Chabbat (88a) : 'Et ils se tinrent au pied de la montagne' (Exode 19,17) - cela enseigne qu'Il renversa sur eux la montagne, etc. Rabba dit : de là, une grande protestation contre la Torah (moda'a rabba le-oraita : argument selon lequel une acceptation imposée sous la montagne pouvait être contestée), etc. ; et malgré cela ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus, comme il est écrit (Esther 9,27) 'ils établirent et ils acceptèrent' - ils établirent ce qu'ils avaient déjà accepté.
Pour comprendre cette chose du renversement de la montagne, quelle en est la nature, et en particulier puisque tout Israël avait répondu et dit auparavant 'nous ferons et nous entendrons'. Mais la racine de la chose est ainsi : il est connu que 'les montagnes' ne désignent que les Patriarches ; car de même que la montagne est la racine des terres du sol, puisque le sommet de la montagne est l'essentiel et que de là viennent le renforcement et le déploiement pour toute la terre qui entoure la montagne en pente de chaque côté, ainsi les Patriarches sont la force et la racine de toute l'assemblée d'Israël (kenesset Israël), et c'est pourquoi ils sont appelés 'montagnes'.
Et voici que, lorsque le Nom béni voulut donner la Torah a Israël, alors Il éleva l'assemblée d'Israël vers leur racine, Il les prit et les éleva à l'attachement (devekout) supérieur, aux voies de leurs pères, comme si toute l'assemblée d'Israël se tenait dans la force des Patriarches : c'est à cet aspect qu'Il les éleva. Et c'est ce qui est écrit 'Il renversa sur eux la montagne' : il veut dire qu'Il inclina et courba vers eux la racine, pour qu'ils soient attachés à leur racine, souche de sainteté, et qu'il n'y ait aucun voile séparateur, afin que soit 'le fil triple' (Ecclésiaste 4,12) - le Saint béni soit-Il, la Torah et Israël, le tout étant un ; et c'est à cet aspect et à ce degré qu'ils reçurent la Torah.
Mais en vérité, si Israël n'était pas tombé de son degré, tel qu'il était dans l'état de la station au mont Sinaï, certainement ils auraient pu accomplir la Torah et les commandements ; mais puisque aussitôt après la station au mont Sinaï ils tombèrent de leur degré et 'ôtèrent leur parure de sur eux' (Exode 33,6), il ne fut plus possible d'être attaché à la Torah comme il convient. Et c'est ce qu'il a dit : 'de là, une grande protestation contre la Torah' - car par la suite ils ne furent plus à cet aspect auquel ils avaient reçu la Torah ; mais aux jours d'Assuérus, où ils étaient alors à l'étage le plus bas, et malgré cela ils prirent sur eux de garder la Torah, alors ils n'ont plus d'argument contre la Torah, et une garde excellente est requise.
או יבואר, שושנת יעקב כו' בראותם יחד תכלת מרדכי, דשורש הדבר הוא דכתיב (במדבר טו, לח) ונתנו על ציצית הכנף פתיל תכלת והיה לכם לציצית. דהנה ידוע מדברי הבעל שם טוב ומן המדרש על פסוק ה' צלך כו' (תהלים קכא, ה) דהצל עושה כל דבר שהאדם עושה וכן כביכול אצל השם יתברך דכל מה שאדם עושה למטה מעורר עובדא דלעילא ועושה הקדוש ברוך הוא דוגמתו כשאדם עושה צדקה למטה גורם שהשם יתברך משפיע גם כן חסד וצדקה.
ובזה תבין מה שהכהן גדול היה לובש ביום הכפורים בגדי לבן, כי המראה לבן אין בו גוון כלל רק שאחר כך יכול לקבל כל הגוונים. והנה השם יתברך כביכול אין בו גוון כלל, כי אין בו לא דמות ולא דיוקן רק אנו עושים בו גוון כפי מה שאנו עושין למטה כך ממשיכין הן מדת אדום שהוא מרמז על הגבורה והן חסד המרמז על לבן.
והנה בחינת לבן הוא המעלה הגבוה מכל הגוונים ושחור הוא מעלה השפלה מכל, ולכך התכלת שהוא נוטה לשחור נקרא תכלת מלשון תכלה שהוא מורה על חושך, ולבן מורה על אור שהוא בהירות. וכן אמרו חכמינו זכרונם לברכה (ברכות ב:) משיכיר בין תכלת ללבן.
ולכך הכהן גדול ביום הכפורים שהיה צריך להמשיך גבורה על שונאי ישראל וחסדים ורחמים על זרע ישראל ולכך היה צריך לדבק את עצמו במקור העליון אשר כולו לבן ומשם משך כל מה שרצה ועשה כל הגוונים לכן לבש בגדי לבן לעורר לעילא הבחינות לבניניות והמשיך משם כל הבחינת רחמים וגבורות. וזהו כוונת הציצית שהיה בו תכלת דהוא מורה על שחרות ובמצות ציצית אנו ממתיקין את התכלת דהוא חושך ואנו מהפכין לאור בהיר:
Ou bien on expliquera : 'La rose de Yaakov, etc., en voyant ensemble le tekhelet (fil de laine teinté en bleu azur) de Mardochée.' Car la racine de la chose est ce qui est écrit (Nombres 15,38) : 'et ils mettront sur la frange du coin un fil de tekhelet, et ce sera pour vous en tsitsit'. Car il est connu, d'après les paroles du Baal Chem Tov et d'après le midrach sur le verset 'ה' est ton ombre, etc.' (Psaumes 121,5), que l'ombre fait toute chose que l'homme fait ; et ainsi, pour ainsi dire, auprès du Nom béni : tout ce que l'homme fait en bas éveille une action en haut, et le Saint béni soit-Il en fait la pareille ; lorsque l'homme fait charité (tsedaka) en bas, il cause que le Nom béni fasse couler lui aussi bonté ('hessed) et charité.
Et par cela tu comprendras pourquoi le grand prêtre revêtait au jour du Kippour des vêtements blancs : car la couleur blanche n'a en elle aucune teinte, seulement elle peut ensuite recevoir toutes les teintes. Et voici que le Nom béni, pour ainsi dire, n'a en Lui aucune teinte, car il n'y a en Lui ni forme ni figure ; seulement nous faisons en Lui une teinte selon ce que nous faisons en bas : ainsi nous attirons soit la mesure du rouge, qui fait allusion à la guevourah (rigueur), soit le 'hessed qui fait allusion au blanc.
Et voici que l'aspect du blanc est le degré le plus élevé de toutes les teintes, et le noir est le degré le plus bas de tous ; c'est pourquoi le tekhelet, qui tire vers le noir, est appelé tekhelet, du terme tekhala (fin, extinction), lequel indique l'obscurité ; et le blanc indique la lumière, qui est clarté. Et ainsi ont dit nos Sages de mémoire bénie (Berakhot 2b) : 'dès qu'on distingue entre le tekhelet et le blanc'.
C'est pourquoi le grand prêtre, au jour du Kippour, devait attirer la guevourah sur les ennemis d'Israël, et les hassadim (bontés) et la miséricorde sur la descendance d'Israël ; c'est pourquoi il devait s'attacher lui-même à la source supérieure qui est toute blanche, et de là il attirait tout ce qu'il voulait et faisait toutes les teintes ; c'est pourquoi il revêtait des vêtements blancs, pour éveiller en haut les aspects de blancheur et attirer de là tous les aspects de miséricorde et de guevourot. Et c'est l'intention du tsitsit où il y avait du tekhelet, lequel indique la noirceur : par le commandement du tsitsit nous adoucissons le tekhelet, qui est obscurité, et nous le retournons en lumière claire.
ובזה יש לומר פירוש הכתוב (במדבר טו, לח-לט) הכנף פתיל תכלת והיה לכם לציצית, שהוא לשון מציץ מן החרכים (שיר השירים ב, ט) יש לומר, שעל ידי המצוה זו המתיקו התכלת שהוא מרמז על חושך שיתהפך לאור בהיר. ובזה יתפרש דברי חכמינו זכרונם לברכה (תענית לא.) עתיד הקדוש ברוך הוא לעשות מחול לצדיקים וכל אחד מראה באצבעו זה א-להינו, דאצבע מלשון צבע, והכוונה דכל צדיק וצדיק יראה באותו גוון שעשה בהשם יתברך כפי המשכה שהמשיך מלמעלה כך יראה ויאמר זה א-להינו.
והנה בימי המן שגזר כליה חס ושלום שהוא מלשון תכלה דהוא בחינת תכלת ואחר כך מרדכי בצדקתו הפך הדבר של בחינת תכלת לאור ליהודים היתה אורה. וזה כוונת הפייטן בראותם יחד תכלת מרדכי, דייק דמרדכי הביא בהירות וראיה בבחינה של תכלת כנ"ל:
Et par cela on peut dire l'explication du verset (Nombres 15,38-39) 'la frange du coin, un fil de tekhelet, et ce sera pour vous en tsitsit', car [tsitsit] est du terme 'metsits (il regarde) à travers les treillis' (Cantique 2,9) ; on peut dire que par ce commandement ils adoucirent le tekhelet, qui fait allusion à l'obscurité, pour qu'il se retourne en lumière claire. Et par cela s'expliquent les paroles de nos Sages de mémoire bénie (Taanit 31a) : 'Dans l'avenir le Saint béni soit-Il fera une ronde pour les justes, et chacun montrera du doigt : celui-ci est notre Dieu' - car etsba (doigt, אצבע) est du terme tseva (couleur, צבע) ; et l'intention est que chaque juste verra dans la teinte qu'il a faite dans le Nom béni, selon l'attirance qu'il a attirée d'en haut : ainsi il verra et dira 'celui-ci est notre Dieu'.
Et voici qu'aux jours de Haman, qui décréta l'extermination (kelaya), à Dieu ne plaise, terme de tekhala, qui est l'aspect du tekhelet, et ensuite Mardochée, par son mérite, retourna la chose de l'aspect du tekhelet vers la lumière : 'pour les Juifs il y eut lumière' (Esther 8,16). Et c'est l'intention du paytan (poète liturgique) : 'en voyant ensemble le tekhelet de Mardochée' - il a été précis, car Mardochée apporta clarté et vision dans l'aspect du tekhelet, comme ci-dessus.
ויש ליתן טעם על בגדי כהן גדול שהיו של זהב ולא של כהן הדיוט. דכבר נודע, דיש שני מיני אוהבים.
יש אהבה פשוטה שאוהב את חבירו. ויש שאוהב את חבירו אהבה גדולה כל כך עד שבשביל אהבת חבירו הוא מתנקם בכל שונאיו של חבירו, כי גדלה אהבתו אליו.
כמו כן בכהנים דהם אוהבין השם יתברך וממשיכין ועושין אהבה בין ישראל לאביהם שבשמים. והנה הכהן הדיוט לא היה יכול להמשיך אלא אהבה פשוטה שהוא יתברך יאהב אותנו אבל הכהן גדול היה מעורר למעלה אהבה עזה אשר בשביל אהבת ישראל הקדוש ברוך הוא מתנקם מכל צריהם ועושה נקמה בכל שונאיהם.
והנה נודע דכהן הוא אהבה וחסד. וזהב הוא מורה על גבורה דהוא מראה אדום מרומז על דינין מה שהקדוש ברוך הוא עושה בשונאי ישראל.
לכן הכהן הגדול היה לובש בגדי זהב מפני שהיה ממשיך אהבה עזה שעל ידי אהבה נמשך שנאה ומדנים על שונאי ישראל. אבל הכהן הדיוט דלא היה בו כח להמשיך אלא אהבה פשוטה לכך לא היה לובש בגדי זהב:
Et il y a lieu de donner une raison au sujet des vêtements du grand prêtre, qui étaient d'or, et non de ceux du prêtre ordinaire (kohen hedyot). Car il est déjà connu qu'il y a deux sortes d'amants.
Il y a un amour simple, par lequel on aime son compagnon. Et il y a celui qui aime son compagnon d'un amour si grand que, à cause de l'amour de son compagnon, il se venge de tous les ennemis de son compagnon, tant son amour pour lui est grand.
Il en va de même pour les prêtres, qui aiment le Nom béni, et qui attirent et font l'amour entre Israël et leur Père qui est aux cieux. Et voici que le prêtre ordinaire ne pouvait attirer qu'un amour simple, à savoir qu'Il nous aime, béni soit-Il ; mais le grand prêtre éveillait en haut un amour puissant, tel que par amour d'Israël le Saint béni soit-Il se venge de tous leurs oppresseurs et exerce vengeance sur tous leurs ennemis.
Et voici, il est connu que le prêtre (kohen) est amour et 'hessed. Et l'or indique la guevourah, car il est d'apparence rouge, faisant allusion aux rigueurs (dinim) que le Saint béni soit-Il exerce sur les ennemis d'Israël.
C'est pourquoi le grand prêtre revêtait des vêtements d'or, parce qu'il attirait un amour puissant, par lequel amour sont attirées haine et querelles sur les ennemis d'Israël. Mais le prêtre ordinaire, en qui il n'y avait pas la force d'attirer sinon un amour simple, c'est pourquoi il ne revêtait pas de vêtements d'or.