קדושת לוי

Kedushat Levi — Exodus, Homily for Purim (3/4)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Établissez-moi pour les générations » : Esther demande que l'on fixe pour les générations le miracle accompli par elle. Rabbi Lévi Its'hak l'explique d'après les Sages : « De là, une grande protestation contre la Torah » ; « ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus ». Israël a dit « nous ferons et nous entendrons » pour la Torah écrite ; la Torah orale leur était pénible, car elle varie selon le tsadik de chaque génération, qui attire l'influx pour que le monde se conduise selon telle mesure, et telle est alors la halakha. Par amour du miracle, ils acceptèrent celle-là aussi, par le mérite de Mardochée et d'Esther. La meguila dévoile le hé : l'acceptation de la Torah orale par amour.

Aussi : le double « et il dit » d'Assuérus auprès d'Esther ; Haman pendu pour invalider ses lettres ; les 'hassadim précèdent la détresse qui agrandit le vase

עוד יבואר שלחה להם אסתר קבעוני לדורות, על פי מאמר חכמינו ז"ל (שבת פח.) מכאן מודעא רבא לאורייתא כו' הדר קבלוהו בימי אחשורוש. לכאורה אינו מובן הלא ישראל אמרו נעשה ונשמע.

אפס, דבארנו במקום אחר כתב לך את הדברים האלה (שמות לד, כז) היינו תורה שבכתב, דהיינו כתב לך כו'. כי על פי הדברים האלה, היינו תורה שבעל פה שמרומז על פי שהם על פה ומרומזים בתורה שבכתב.

וזהו (שם) כרתי אתך ברית ואת ישראל, דתורה שבעל פה משתנה לפי חכמי הדורות שזה אומר כך וזה אומר כך והתנהגות ההלכה הוא לפי הדורות ע"ד רש"י פוסק להניח תפילין כו' ורבינו תם פוסק להניח תפילין בענין אחר. והאמת הוא לפי המדה שמתנהג השם יתברך עצמו עם העולם כן הוא הלכה.

אם ההנהגה היא באהבה אז הלכה כמאן דאמר זה. ואם בתפארת הלכה כמאן דאמר זה.

ובזה יבואר על נכון, דבאמת ישראל אהבו לקבל התורה כמאמרם נעשה ונשמע. אפס לענין תורה שבעל פה לא רצו מתחילה.

ומצאתי במפרשים שכתבו כן אפס שאין מבואר הטעם. ולפי הנ"ל יבואר, כי היה קשה בעיניהם שמשתנה תורה שבעל פה כפי רצון הצדיק שבכל דור שממשיך שיתנהג בעולם במדה זו ועל פי המדה שהעולם מתנהג בו כן ההלכה בעת הזאת בתורה שבעל פה.

לזה אמרו רבותינו זכרונם לברכה הדר קבלוהו בימי אחשורוש, דמאהבת הנס קבלוה גם כן זה וזהו פעלו מרדכי ואסתר בצדקתם שיקבלו ישראל עליהם. וזהו שרמזו חכמינו זכרונם לברכה שנקרא מרדכי פתחיה, שפתח פיו בע' לשון לפעול שיקבלו ישראל תורה שבעל פה באהבה רבה דזה נקרא שפתח פיו דתורה שבעל פה נקרא על שם הפה ולהכי לא מצינו צדיק בעולם בזה השבח.

ועל אסתר רמזו חכמינו זכרונם לברכה אסתר מן התורה מנין ואנכי הסתר אסתיר, דאסתר פעלה גם כן כמו מרדכי על קבלת התורה שבעל פה ומרומז הסתר אסתיר, דתורה שבעל פה מכוסה בתורה שבכתב. וזה רמזו רבותינו זכרונם לברכה שלחה להם אסתר לחכמים קבעוני לדורות שלחו לה כו', דשלחה שיקבלו לדורות הנס שנעשה על ידה מחמת דעל ידי זה קבלו תורה שבעל פה מאהבה לזה שלחו לה ברמז שלשים ולא רבעים כידוע ליודעי חן דתורה שבעל פה הוא ה"א משם הוי"ה ברוך הוא וה"א הוא אות רביעי מההשם הוי"ה כביכול.

ולזה רמזו ולא רבעים, שאין צריכין לעשות זכרון לנס שעל ידו יתקיים אות רביעי שקבלו ישראל באהבה עד שמצאו כתוב כר:

On expliquera encore [le passage où] Esther leur fit dire : 'Établissez-moi pour les générations', d'après la parole de nos Sages de mémoire bénie (Chabbat 88a) : 'De là, une grande protestation contre la Torah (moda'a rabba le-oraita : argument selon lequel l'acceptation de la Torah, imposée sous la montagne, pouvait être contestée), etc. ; ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus.' À première vue cela ne se comprend pas : Israël n'a-t-il pas dit 'nous ferons et nous entendrons' ? Mais nous avons expliqué ailleurs [le verset] 'Écris pour toi ces paroles' (Exode 34,27) : c'est la Torah écrite, soit 'écris pour toi, etc.'.

Car 'selon la bouche de ces paroles' (al pi hadévarim ha-ele), c'est la Torah orale (Torah she-be-al pe, littéralement 'Torah sur la bouche'), désignée allusivement par le fait qu'elle est 'sur la bouche' et qu'elle est sous-entendue dans la Torah écrite. Et c'est [le sens de] (ibid.) 'j'ai conclu une alliance avec toi et avec Israël' : car la Torah orale varie selon les sages des générations, celui-ci disant ainsi et celui-là disant ainsi, et la conduite de la halakha suit les générations, à la manière de Rachi qui tranche de poser les téfilines [dans un certain ordre], etc., et de Rabbenou Tam qui tranche de poser les téfilines d'une autre manière.

Et la vérité est que la halakha suit la mesure (midah) selon laquelle le Nom béni Lui-même se conduit avec le monde. Si la conduite est par l'amour (ahavah), alors la halakha est selon tel maître ; et si elle est par la splendeur (tif'éret), la halakha est selon tel autre maître.

Et par cela s'explique correctement que, en vérité, Israël a aimé recevoir la Torah, comme ils l'ont dit : 'nous ferons et nous entendrons' ; seulement, quant à la Torah orale, ils ne voulurent pas au début. Et j'ai trouvé chez les commentateurs qu'ils écrivent ainsi, sauf que la raison n'y est pas expliquée.

Et selon ce qui précède cela s'explique : il leur était pénible que la Torah orale varie selon la volonté du juste (tsadik) de chaque génération, qui attire [l'influx] pour que le monde se conduise selon telle mesure ; et selon la mesure par laquelle le monde est conduit, telle est la halakha en ce temps-là dans la Torah orale. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : 'ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus', car par amour du miracle ils acceptèrent celle-là aussi ; et c'est ce qu'ont accompli Mardochée et Esther par leur mérite (tsidkatam), que Israël l'accepte sur lui.

Et c'est ce qu'ont laissé entendre nos Sages de mémoire bénie en disant que Mardochée est appelé Petahia, car il ouvrit sa bouche (patah piv) dans les soixante-dix (ע') langues, pour faire qu'Israël reçoive la Torah orale avec un grand amour : c'est cela qui est appelé 'il ouvrit sa bouche', car la Torah orale est nommée d'après la bouche ; et c'est pourquoi nous ne trouvons pour aucun autre juste au monde cette louange. Et au sujet d'Esther nos Sages de mémoire bénie ont fait allusion : 'Esther, d'où la tire-t-on de la Torah ?

De : et moi je cacherai, je cacherai [ma face]' (ve-anokhi hastèr astir, Deutéronome 31,18) ; car Esther a agi elle aussi comme Mardochée pour l'acceptation de la Torah orale, et cela est indiqué par 'je cacherai, je cacherai', puisque la Torah orale est cachée dans la Torah écrite. Et c'est ce à quoi ont fait allusion nos maîtres de mémoire bénie : 'Esther fit dire aux sages : Établissez-moi pour les générations ; ils lui firent dire, etc.' ; car elle envoya [demander] qu'ils fixent pour les générations le miracle accompli par elle, du fait que par lui ils avaient reçu la Torah orale par amour ; c'est pourquoi ils lui firent dire par allusion 'trois fois et non quatre', comme le savent ceux qui connaissent la science cachée (yodei hen), car la Torah orale est le hé (ה"א) du Nom הוי"ה, béni soit-Il, et le hé est la quatrième lettre de ce Nom, pour ainsi dire.

Et c'est ce à quoi ils ont fait allusion par 'et non quatre' : qu'il n'est pas nécessaire de faire un mémorial pour un miracle par lequel s'accomplit la quatrième lettre, qu'Israël a reçue par amour, jusqu'à ce qu'ils trouvèrent un verset écrit [dans la Torah] : 'Écris ceci [en mémorial dans un livre]' (Exode 17,14).

ועל פי זה יבואר מה דכתיב פעם אחד מן השמים השמיעך (דברים ד, לו) ופעם אחד ועל הארץ הראך (שם) כו', דעמדו חכמינו זכרונם לברכה בזה דלא לסתור. דידוע ליודעי חן דהתורה שבכתב נקרא שמים וזה שכתוב מן השמים כו', ותורה שבעל פה נקרא ארץ וזה שאמר ועל הארץ הראך, רמזו שנתן לישראל תורה שבכתב ותורה שבעל פה.

וזה רמזו רבותינו זכרונם לברכה במגילה (יא.) ראו כל אפסי ארץ את ישועת א-להינו (תהלים צח, ג) אימתי ראו כו', בימי מרדכי ואסתר, רצה לומר אימתי ראו שהישועה יהיה על קבלת התורה שבעל פה באהבה שהוא חיות כל אפסי ארץ דנקראת ארץ דחיות ארץ מתורה שבעל פה, בימי מרדכי ואסתר, אז היה קבלת תורה שבעל פה מאהבה. ולזה נקראת מגילת אסתר מגילה, רצה לומר שנתגלה ה"ה, דהיינו קבלת התורה שבעל פה מאהבה ודו"ק:

Et par cela s'explique ce qui est écrit, une fois 'du ciel il t'a fait entendre [sa voix]' (Deutéronome 4,36) et une fois 'et sur la terre il t'a fait voir [son grand feu]' (ibid.), etc. : car nos Sages de mémoire bénie se sont arrêtés sur ce point, pour qu'il n'y ait pas contradiction. Or il est connu de ceux qui connaissent la science cachée que la Torah écrite est appelée 'ciel', et c'est [le sens de] 'du ciel, etc.' ; et que la Torah orale est appelée 'terre', et c'est ce qui est dit 'et sur la terre il t'a fait voir'.

Ils ont laissé entendre qu'Il a donné à Israël la Torah écrite et la Torah orale. Et c'est ce à quoi ont fait allusion nos maîtres de mémoire bénie dans le traité Meguila (11a) : 'Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu (Psaumes 98,3) ; quand l'ont-elles vu, etc. ?

Aux jours de Mardochée et d'Esther.' Il veut dire : quand a-t-on vu que le salut consisterait en l'acceptation de la Torah orale par amour, laquelle est la vitalité de toutes les extrémités de la terre, [la Torah orale] étant appelée 'terre' puisque la vitalité de la terre vient de la Torah orale ? 'Aux jours de Mardochée et d'Esther' : alors eut lieu l'acceptation de la Torah orale par amour. Et c'est pourquoi le rouleau d'Esther est appelé meguila (littéralement 'ce qui est dévoilé'), c'est-à-dire que le hé (ה"ה) fut dévoilé (nitgalé), soit l'acceptation de la Torah orale par amour ; et examine bien la chose.

ויאמר המלך אחשורוש ויאמר לאסתר המלכה. (אסתר ז, ה) עיין בדברי חכמינו זכרונם לברכה (מגילה טז.) שעמדו על זה מאי ויאמר שני פעמים.

ויבואר, דאיתא בהאר"י זכרונו לברכה דחייב אדם להקביל פני רבו ברגל ושבת, כי על ידי שמסתכל ברבו ניתוסף לו בהירות שהסתכלות על איש צדיק גורם לאדם קדושה. והנה אחשורוש דבר טוב על ישראל עכשיו באמרו מי הוא זה כו' ובאמת אחשורוש היה שונא לישראל כמאמר רבותינו זכרונם לברכה (מגילה יד.) משל לבעל התל וחריץ עיין שם.

אפס עד עתה שלא דברה אסתר רק על ידי המתורגמן כמאמר רבותינו זכרונם לברכה (שם טז.) גלל כן כל דיבור שיצא מפיו היה לרעה לישראל, אבל עתה שדיבר עמה בעצמה שלא על ידי מתורגמן כמאמר רבותינו זכרונם לברכה גלל כן דיבר טוב על ישראל שמחמת דיבורו עם צדיקת זו בא לו מחשבה קדושה לדבר טוב על ישראל, כי בהירות הצדיק מתנוצץ על מי שאצלו. לכך עשתה אסתר משתה על אחשורוש מחמת שראתה שהתחלת הישועה היה ממשתה שבמשתה ראשונה שעשה אחשורוש הרג את ושתי לכך עשתה גם היא משתה שגם על ידי המשתה שתעשה היא יגמור הנס והישועה:

'Et le roi Assuérus dit, et il dit à la reine Esther' (Esther 7,5). Vois les paroles de nos Sages de mémoire bénie (Meguila 16a), qui se sont arrêtés sur ce point : pourquoi 'et il dit' deux fois ?

Voici l'explication. Il est enseigné au nom du Ari (Rabbi Its'hak Louria), de mémoire bénie, que l'homme est tenu d'aller saluer la face de son maître à la fête et au chabbat, car en regardant son maître il lui est ajouté de la clarté (behirout), puisque regarder un homme juste procure à l'homme de la sainteté.

Or Assuérus parla en bien d'Israël à cet instant, en disant 'qui est celui-là, etc.', alors qu'en vérité Assuérus haïssait Israël, comme le disent nos maîtres de mémoire bénie (Meguila 14a) : parabole du propriétaire du tertre et du fossé ; vois-y. Seulement, jusqu'à présent Esther ne parlait que par l'intermédiaire de l'interprète (meturgueman), comme le disent nos maîtres de mémoire bénie (ibid.

16a), et c'est pourquoi toute parole qui sortait de sa bouche était pour le mal d'Israël ; mais maintenant qu'il parlait avec elle en personne, non par un interprète, comme le disent nos maîtres de mémoire bénie, c'est pourquoi il parla en bien d'Israël : du fait de sa parole avec cette juste, lui vint une pensée sainte de parler en bien d'Israël, car la clarté du juste rayonne sur celui qui se trouve auprès de lui. C'est pourquoi Esther fit un festin pour Assuérus, parce qu'elle vit que le commencement du salut vint d'un festin : lors du premier festin qu'Assuérus fit, il tua Vasthi ; c'est pourquoi elle fit elle aussi un festin, afin que par le festin qu'elle ferait s'achèvent le miracle et le salut.

כתיב בתרגום שני על מגילת אסתר המן ביקש ממרדכי שלא לתלות אותו כי אם להרוג אותו, כי שר המלך הוא ואינו שייך לתלות אותו רק להרוג בצינעא והמן הרשע ביקש שחס ושלום יגמור רשעתו אפילו אחר הריגה שלו ולכך רצה שמרדכי יהרוג אותו ולא יתלה אותו בכדי להראות שהוא היה שר וחשוב אצל המלך ונמצא כל האגרת שכתב חס ושלום יהיה קיום. ומרדכי לא כן עשה ותלה אותו להראות שהוא לא היה חשוב כלל וביזה אותו לעיני כל ונמצא האגרות שכתב ושלח ממילא אין להם קיום כלל כי זה שכתב אגרת מתחלה לא היה בדעת המלך וכן מוכח כיון שתלה אותו:

Il est écrit dans le Targoum Sheni (le second targoum araméen) sur le rouleau d'Esther que Haman demanda à Mardochée de ne pas le pendre mais seulement de le tuer, car il était ministre du roi et il ne convient pas de le pendre mais seulement de le tuer en secret. Et Haman le méchant demandait que, à Dieu ne plaise, sa méchanceté s'accomplisse même après sa mise à mort ; c'est pourquoi il voulait que Mardochée le tue et ne le pende pas, afin de montrer qu'il était ministre et important auprès du roi, et il se trouverait ainsi que toute la lettre qu'il avait écrite garderait, à Dieu ne plaise, sa validité.

Mais Mardochée n'agit pas ainsi et le pendit, pour montrer qu'il n'était nullement important, et il le déshonora aux yeux de tous ; il se trouve alors que les lettres qu'il avait écrites et envoyées n'ont d'elles-mêmes aucune validité, car le fait qu'il ait écrit une lettre au début n'était pas à la connaissance du roi, et cela est prouvé puisqu'il l'a pendu.

מרדכי מתרגמינן מרי דכיא (חולין קלט:). הכלל, השם יתברך נקרא טהור והוא אדון הכל וצדיק מושל ביראת ה' נקרא מרי דכיא.

ומי הוא זה הצדיק זה אשר משבר תאות היצר הרע ועושה רצון הבורא זה הוא המהפך גזירת הבורא מרעה לטובה. ולזה נקרא השם יתברך א-להי יעקב, כלומר שעושה הרצון של יעקב לרומם קרן ישראל להפך הכל מרעה לטובה כרצון הצדיקים שנקראים בשם יעקב.

וזהו מלפני אדון חולי ארץ מלפני אלוה יעקב (תהלים קיד, ז). והנה מדת הדין נקרא אש ומדת החסד נקרא מים.

וזהו ההופכי הצור, שהוא אש. אגם מים, לחסד.

וזהו אתה הוא ה' הא-להים אשר בחרת באברם והוצאתו מאור כשדים, כמבואר ברבותינו זכרונם לברכה בכבשן האש של אברהם נעשה שם מים, כלומר מן הדין נתהפך למים ולמה זאת ומצאת את לבבו, כמאמר רבותינו זכרונם לברכה בכל לבבך ביצר טוב וביצר הרע, כלומר שאברהם אבינו שיבר תאות היצר הרע ועבד את ה':

'Mardochée' : nous le traduisons [en araméen] 'mari dakhya' ('maître de la pureté') (Houlin 139b). Voici la règle : le Nom béni est appelé 'pur' et Il est le Maître de tout ; et le juste qui gouverne dans la crainte de ה' est appelé 'mari dakhya'.

Et quel est ce juste ? Celui qui brise les désirs du mauvais penchant (yetser ha-ra) et fait la volonté du Créateur : c'est lui qui renverse le décret du Créateur du mal vers le bien.

Et c'est pourquoi le Nom béni est appelé 'Dieu de Yaakov', c'est-à-dire qu'Il fait la volonté de Yaakov, d'élever la corne d'Israël, de tout renverser du mal vers le bien selon la volonté des justes, qui sont appelés du nom de Yaakov. Et c'est [le sens de] 'devant le Maître, tremble, terre, devant le Dieu de Yaakov' (Psaumes 114,7).

Or la mesure de rigueur (din) est appelée feu, et la mesure de bonté ('hessed) est appelée eau. Et c'est [le sens de] 'qui change le rocher', lequel est feu, 'en étang d'eau' (Psaumes 114,8), soit vers le 'hessed.

Et c'est [le sens de] 'C'est Toi, ה', le Dieu qui as choisi Abram et l'as fait sortir d'Our-Kasdim' (littéralement : du feu des Chaldéens ; Nehemie 9,7), comme il est expliqué chez nos maîtres de mémoire bénie que dans la fournaise ardente d'Abraham il s'y fit de l'eau, c'est-à-dire que de la rigueur cela se changea en eau. Et pourquoi cela ? 'Et Tu as trouvé son cœur [fidèle]' (ibid.

9,8), selon la parole de nos maîtres de mémoire bénie sur 'de tout ton cœur' : avec le bon penchant et avec le mauvais penchant ; c'est-à-dire qu'Abraham notre père brisa les désirs du mauvais penchant et servit ה'.

לבאר מאמר חכמינו זכרונם לברכה במסכת מגילה (טו.) בוא וראה שלא כמדת הקדוש ברוך הוא מדת בשר ודם מדת בשר ודם שופת את הקדירה ואחר כך נותן לתוכה מים ומדת הקדוש ברוך הוא נותן מים ואחר כך שופת את הקדירה. דכבר פרשנו בפסוק (שמות טו, כו) כל המחלה אשר שמתי במצרים כו', דידוע מאמר חכמינו זכרונם לברכה (מגילה יג:) השם יתברך מקדים רפואה למכה וכוונתו בהצרה רק בשביל הישועה שישלח אחרי כן.

וזהו כל המחלה לשון פעולה, כלומר הפעולה והכוונת החולי אשר שמתי במצרים לא אשים עליך, כי אצלך כוונתי כי אני ה' רופאך, רק בשביל הרפואה והישועה שאחר כך. וזהו בצרות איש ישראל חס ושלום, החסדים הוא מקודם, כי כוונתו בהצרה על החסדים שמקודם, רק שעל ידי החולי האדם נעשה כלי לקבל השפע כדרך בני אדם כשרוצין לעשות מכלי קטן כלי גדול צריכה שבירה כן השם יתברך ברוך הוא רוצה להשפיע להאדם כדי שיהיה אדם יותר גדול גלל כן צריך לשלוח לו איזה צרה או חולי חס ושלום שזהו שבירת הכלי קטן שאחר כך יהיה יותר גדול וזה החולי נקרא קדירה שבזה נעשה כלי גדול.

וזהו מאמר חכמינו זכרונם לברכה אדם שופת את הקדירה ואחר כך נותן מים והקדוש ברוך הוא בתחילה נותן מים, פירוש חסדים דמים מרומז על חסד שכוונתו על החסדים. ואחר כך שופת את הקדירה, פירוש על ידי כוונתו לחסדים מתקן הקדירה, דהיינו האדם שבא לו הצרה שעל ידי זה יהיה כלי גדול שיהא ביכלתו לקבל השפעתו וכוונתו הכל לטובה:

Pour expliquer la parole de nos Sages de mémoire bénie dans le traité Meguila (15a) : 'Viens et vois que la mesure du Saint, béni soit-Il, n'est pas la mesure de la chair et du sang. La mesure de la chair et du sang : on pose la marmite [sur le feu] et ensuite on y met l'eau ; et la mesure du Saint, béni soit-Il : Il met l'eau et ensuite Il pose la marmite.' Car nous avons déjà expliqué le verset (Exode 15,26) 'toute la maladie que j'ai mise en Égypte, etc.' : il est connu, d'après la parole de nos Sages de mémoire bénie (Meguila 13b), que le Nom béni fait précéder la guérison à la plaie, et que Son intention dans la détresse n'est qu'en vue du salut qu'Il enverra ensuite.

Et c'est [le sens de] 'toute la maladie' (kol ha-mahalah), terme d'action : c'est-à-dire l'action et l'intention de la maladie que j'ai mise en Égypte, je ne la mettrai pas sur toi, car chez toi mon intention est 'car je suis ה' ton guérisseur', uniquement en vue de la guérison et du salut qui viennent après. Et il en est ainsi dans les détresses d'un homme d'Israël, à Dieu ne plaise : les hassadim (bontés) sont d'abord, car Son intention dans la détresse porte sur les hassadim qui précèdent ; seulement, par la maladie l'homme devient un vase (keli) capable de recevoir l'influx (shefa), à la manière des hommes qui, lorsqu'ils veulent faire d'un petit vase un grand vase, ont besoin d'un brisement.

Ainsi le Nom béni, béni soit-Il, veut faire couler l'influx sur l'homme afin qu'il soit un homme plus grand ; c'est pourquoi Il doit lui envoyer quelque détresse ou maladie, à Dieu ne plaise, ce qui est le brisement du petit vase, afin qu'ensuite il soit plus grand ; et cette maladie est appelée 'marmite', car par elle se fait un grand vase. Et c'est [le sens de] la parole de nos Sages de mémoire bénie : 'l'homme pose la marmite et ensuite met l'eau, et le Saint, béni soit-Il, met d'abord l'eau', ce qui signifie les hassadim, car l'eau fait allusion au 'hessed, puisque Son intention porte sur les hassadim ; 'et ensuite Il pose la marmite', ce qui signifie que par Son intention pour les hassadim Il répare la marmite, soit l'homme à qui vient la détresse, afin que par cela il soit un grand vase ayant la capacité de recevoir Son influx ; et toute Son intention est pour le bien.

ואתם כתבו על היהודים כטוב בעיניכם בשם המלך כו' וחתמו בטבעת המלך כי כתב אשר נכתב בשם המלך אין להשיב (אסתר ח, ח). והדבר תמוה כי אם כתב המלך אין להשיב מה יועיל מכתב השני נגד אגרות הראשונות.

אך יבואר, דיש שני בחינות בענין מכתבי המלך, דהיינו שמוסר המלך את חותמו ביד איש משריו להיות בידו כותב וחותם לכל אשר יחפץ בטבעת המלך מבלי שאלה על כל דבר להמלך אך ידו כיד המלך לכל אשר יאמר כי הוא זה יען כי המלך בטוח בחכמתו ואהבתו אליו כי לא יעשה דבר המתנגד לרצון המלך. אמנם אם יזדמן לפעמים שעשה דבר שטות נגד רצון המלך וחתם בגושפנקא דמלכא אשר בידו וכאשר נודע להמלך שטות זה ורוצה לפרסם ולהראות גלוי לכולם שלא היה זה בידיעתו אז המלך שופך חמתו על האיש ההוא כדי שיהא נראה בעליל ומפורסם הדבר שעל כן שפך חמתו עליו מחמת שעשה דבר שלא ברצון המלך וחתם בחותמו.

אך המכתב אשר הוא נכתב בשם המלך עצמו שהוא בידיעתו מתחלה ועד סוף לזה אם רוצה המלך אחר כך לשנות איזה דבר ממכתבו הראשון אין תקנה יען כי כתבו הראשון אשר מתחלה אין להשיב. והנה האגרת שם נאמר סתם נכתב ונחתם בטבעת המלך, ונוכל לומר שלא היה בידיעת המלך ולזה כשעלה רצון המלך להשיב את האגרות הראשונות היה לו תקנה, דהיינו כשמשפיל וימית את המן על אשר שלח ידו ביהודים וידעו הכל ברור שאגרות הראשונות אשר שם כתוב להשמיד וכו', היה זה בלי ידיעת המלך.

מה שאין כן כאן באגרת הזאת אשר נאמר ואתם כתבו על היהודים כטוב בעיניכם בשם המלך, וכתב זה אין להשיב:

'Et vous, écrivez au sujet des Juifs comme il vous semblera bon, au nom du roi, etc., et scellez avec l'anneau du roi ; car un écrit qui a été écrit au nom du roi ne peut être révoqué' (Esther 8,8). Et la chose est étonnante : si l'écrit du roi ne peut être révoqué, à quoi servira la seconde lettre contre les premières lettres ?

Mais voici l'explication : il y a deux cas de figure en matière de lettres du roi. Le premier, lorsque le roi remet son sceau dans la main d'un de ses ministres, pour qu'il ait en main d'écrire et de sceller avec l'anneau du roi tout ce qu'il voudra, sans consulter le roi sur chaque chose ; sa main est comme la main du roi pour tout ce qu'il dira, car le roi se fie à sa sagesse et à son amour pour lui, [assuré] qu'il ne fera pas une chose contraire à la volonté du roi.

Cependant, s'il arrive parfois qu'il ait fait une sottise contraire à la volonté du roi et qu'il l'ait scellée du sceau royal (goushpanka de-malka) qui est dans sa main, et que, lorsque le roi apprend cette sottise, il veuille la rendre publique et montrer à tous ouvertement que cela n'était pas à sa connaissance, alors le roi déverse sa colère sur cet homme, afin que la chose soit manifeste et publique, à savoir qu'il a déversé sur lui sa colère parce qu'il a fait une chose qui n'était pas selon la volonté du roi et l'a scellée de son sceau. Mais la lettre qui est écrite au nom du roi lui-même, laquelle est à sa connaissance du début à la fin : si le roi veut ensuite changer quelque chose de sa première lettre, il n'y a pas de remède, car son premier écrit, celui du début, ne peut être révoqué.

Or au sujet de la lettre [de Haman] il est dit là simplement qu'elle fut écrite et scellée de l'anneau du roi, et nous pouvons dire qu'elle n'était pas à la connaissance du roi ; c'est pourquoi, lorsque la volonté du roi fut de révoquer les premières lettres, il y avait pour lui un remède, à savoir en abaissant Haman et en le faisant mourir pour avoir porte la main sur les Juifs, et tous sauraient clairement que les premières lettres, où il était écrit d'exterminer, etc., l'avaient été sans la connaissance du roi. Il n'en va pas de même ici, dans cette lettre-ci, dont il est dit 'et vous, écrivez au sujet des Juifs comme il vous semblera bon, au nom du roi' : cet écrit-là ne peut être révoqué.

שושנת יעקב צהלה ושמחה בראותם יחד תכלת מרדכי. הני דברים אינם מובנים.

ונראה, דאמרו חכמינו זכרונם לברכה (סוטה יז.) תכלת דומה לים ולרקיע ולכסא הכבוד, ורצה לומר דבאמת אין אנו יכולים להשיג את הבורא כל העולמים אם לא על ידי פעולותיו ומעשיו הנוראים שעושה לנו ניסים ונקמה בכל עת אנו משיגין הפעולה אבל לא הפועל זולת מתוך מעשיו אשר עושה עמנו מזה ראיה על עצמותו הנעלם אשר משגיח עלינו תמיד אבל גבי נס של פורים נתגלה הפעולה והפועל דהוא נס גדול ממות לחיים וגם נתגלה הדבר דהצלתם היה על ידי מרדכי הצדיק וזהו יחוד גדול. וזהו שכתוב שושנת יעקב צהלה ושמחה בראותם יחד תכלת מרדכי, רצה לומר שהשיגו שתי הבחינות הפעולה הוא הנס דהוא התכלת הדומה לכסא הכבוד שעל ידי הפעולה ניכר מי הוא מלך הכבוד ונעשה הפעולה כסא לכבודו יתברך וגם השיגו על ידי מי נעשה הנס והצלה על ידי מרדכי היהודי וזה לא היה בשום נס.

וזה היה להודיע שכל קויך לא יבושו, רצה לומר שהקדוש ברוך הוא רצה להראות מעלות הצדיק הדבוק בו יתברך אשר על ידו הקדוש ברוך הוא שולח רוח והצלה לזרע ישראל:

'La rose de Yaakov exultait et se réjouissait en voyant ensemble le tekhelet (bleu azur) de Mardochée.' Ces paroles ne sont pas compréhensibles. Et il apparaît [ce qui suit] : nos Sages de mémoire bénie ont dit (Sota 17a) que le tekhelet ressemble à la mer, au firmament et au trône de gloire.

Il veut dire qu'en vérité nous ne pouvons saisir le Créateur de tous les mondes sinon par ses actions et par ses œuvres redoutables, lorsqu'Il nous fait des miracles et [exerce] vengeance ; en tout temps nous saisissons l'action mais non l'Agent, sinon à partir des œuvres qu'Il accomplit avec nous : de là vient une preuve de son essence cachée, qui veille sur nous continuellement. Mais pour le miracle de Pourim, l'action et l'Agent furent dévoilés, car c'est un grand miracle, de la mort à la vie ; et fut aussi dévoilé que leur salut se fit par Mardochée le juste, et c'est là une grande unification (yihoud).

Et c'est ce qui est écrit 'la rose de Yaakov exultait et se réjouissait en voyant ensemble le tekhelet de Mardochée' : il veut dire qu'ils saisirent les deux aspects, l'action, qui est le miracle, lequel est le tekhelet ressemblant au trône de gloire, car par l'action on reconnaît qui est le Roi de gloire et l'action devient un trône pour Sa gloire, bénie soit-elle ; et ils saisirent aussi par qui furent faits le miracle et le salut, par Mardochée le Juif, ce qui n'eut lieu dans aucun autre miracle. Et cela fut pour faire savoir 'que tous ceux qui espèrent en Toi ne seront pas confondus', c'est-à-dire que le Saint, béni soit-Il, voulut montrer les qualités du juste attaché à Lui, béni soit-Il, par l'intermédiaire duquel le Saint, béni soit-Il, envoie souffle [de vie] et salut à la descendance d'Israël.

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