קדושת לוי

Kedushat Levi — Exodus, Mishpatim (1/2)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« Et vous vous prosternerez de loin » (Chemot 24,1). Auprès du Créateur, deux aspects : le loin, la lumière de l'Ein Sof (l'Infini) hors de toute saisie ; le proche, il remplit tous les mondes. Israël doit croire aux deux. Rabbi Lévi Its'hak lit « paix à celui qui est loin et à celui qui est proche, dit Hachem » : au tsadik qui croit cela, le Nom fait couler toutes sortes d'influx. La crainte vient du loin, l'amour du proche ; on se prosterne par crainte, donc « de loin ». Il rapporte de l'Ari Z"L que se prosterner fait couler un influx de l'Ein Sof dans les mondes.

Aussi : Moché rapporte la grandeur des mitsvot déjà ordonnées, et Israël en veut encore ; brique de saphir, Ayin, chekel, sicles de Haman ; mesures d'Avraham, d'Its'hak et de Yaakov, foi de Moché et d'Aharon, attachement de Yossef

והשתחויתם מרחוק (שמות כד, א). יש לומר, דהנה הבורא ברוך הוא אצלו יש כביכול שני בחינות רחוק וקרוב.

בחינת רחוק, הוא שאנו מאמינים שהאור אין סוף ברוך הוא הוא קדמון לכל הקדומים ואין שום בריה בעולם יכול להשיגו, כי אי אפשר למחשבה להשיגו מחמת דהמחשבה הוא מחודש והקדוש ברוך הוא קדמון לכל ואין שום אופן ושרף אשר ישיג אותו, כי הוא למעלה מן השגה וזהו בחינות רחוק, שהוא רחוק ומובדל מן השגה. ובחינת קרוב, הוא שאנו מאמינים שהבורא ברוך הוא ממלא כל עלמין ובגו כל עלמין ומקיף כל עלמין לית אתר פנוי מיניה כי מלא כל הארץ כבודו וזו הוא בחינת קרוב.

ואנו בני ישראל צריכים להאמין בשני בחינות הנ"ל. האחד הוא רחוק והשני הוא קרוב.

וזהו פירוש הכתוב שלום לרחוק ולקרוב אמר ה', לאותו צדיק שיאמין שהשם יתברך הוא רחוק וקרוב לזה השם יתברך ברוך הוא ממשיך כל מיני השפעות לעולם. והנה יש בחינות אהבה ויראה.

והנה יראה לא שייך רק שאנו מתיראים מפני הדבר שהוא למעלה ממנו וזהו בחינות רחוק ששם נופל היראה אבל מבחינות קרוב מגיע האהבה. וזה שכתוב והשתחויתם, דהוא בחינות יראה שמשתחוה לזה אמר מרחוק, כנ"ל מאותו הבחינה של רחוק השיגו בחינות היראה.

או יש לומר, דהנה האר"י ז"ל כתב בכוונת עלינו בואנחנו כורעים בהשתחויה שאנו משתחוים אנו ממשיכין שפע רב מאין סוף ברוך הוא לתוך העולמות. וזה שכתוב והשתחויתם, היינו שתמשיכו שפע רב מבחינת רחוק הנ"ל ודו"ק:

"Et vous vous prosternerez de loin" (Chemot/Exode 24,1). Il y a à dire : car voici, auprès du Créateur béni soit-il il y a, pour ainsi dire (kivyakhol), deux aspects (behinot), le loin et le proche.

L'aspect du loin, c'est que nous croyons que la lumière de l'Ein Sof (l'Infini) béni soit-il est antérieure à tous les antérieurs, et qu'aucune créature au monde ne peut le saisir ; car il est impossible à la pensée de le saisir, du fait que la pensée est une chose produite à neuf (mehoudach) tandis que le Saint béni soit-il est antérieur à tout, et il n'est aucun ofan ni saraf (catégories d'anges) qui puisse le saisir, car il est au-dessus de toute saisie - et c'est l'aspect du loin, qui est loin et séparé de la saisie. Et l'aspect du proche, c'est que nous croyons que le Créateur béni soit-il remplit tous les mondes, est à l'intérieur de tous les mondes et entoure tous les mondes, "il n'est point de lieu vide de lui" (leit atar panouy mineh), car "toute la terre est remplie de sa gloire" (Yechaya/Isaie 6,3) - et c'est l'aspect du proche.

Et nous, enfants d'Israël, nous devons croire aux deux aspects mentionnés : le premier est le loin, et le second est le proche. Et c'est l'explication du verset "paix à celui qui est loin et à celui qui est proche, dit ה'" (Yechaya/Isaie 57,19) : à ce tsadik (juste) qui croit que le Nom béni soit-il est loin et proche, à celui-là le Nom béni soit-il fait couler toutes sortes d'influx vers le monde.

Et voici, il y a l'aspect de l'amour et l'aspect de la crainte. Et voici, la crainte ne s'applique que lorsque nous craignons devant une chose qui est au-dessus de nous, et c'est l'aspect du loin, là où tombe la crainte ; mais c'est de l'aspect du proche que provient l'amour.

Et c'est ce qui est écrit "et vous vous prosternerez" : c'est l'aspect de la crainte, car c'est par crainte que l'on se prosterne ; c'est pourquoi il a dit "de loin", comme ci-dessus - c'est de cet aspect du loin qu'ils ont saisi l'aspect de la crainte. Ou bien il y a à dire : car voici, le Ari (Rabbi Its'hak Louria) de mémoire bénie a écrit, dans les intentions (kavanot) de la prière Alenou, sur les mots "et nous fléchissons le genou en prosternation", que lorsque nous nous prosternons, nous faisons couler un influx abondant depuis l'Ein Sof béni soit-il à l'intérieur des mondes.

Et c'est ce qui est écrit "et vous vous prosternerez", à savoir que vous fassiez couler un influx abondant depuis l'aspect du loin mentionné ci-dessus - et sois précis dans ton examen (vedok).

ויבא משה ויספר לעם את כל דברי ה' ואת כל המשפטים (שמות כד, ג). דעת רש"י ז"ל שהיה קודם מתן תורה ושבע מצות שנצטוו בני נח ופרה אדומה ושבת כו'.

והקשה הרמב"ן ז"ל ואינו נכון שיהיה על שנצטוו בני נח ושנאמרו להם במרה שכבר שמעו ולא יאמר ויספר אלא בחדשים אשר יגיד. ולי נראה דברי רש"י כהוגן, שכפי משמעות הש"ס היה קודם מתן תורה כמבואר באור החיים.

דלכאורה יש להבין על לשון ויבא משה ויספר לעם, דכפי דעת רש"י ז"ל שאמר להם ז' מצות של בני נח ופרה ודינין ושבת איננו שייך לשון ויספר לעם, כי אם ויצו את בני ישראל ולשון ויספר איננו מובן. לכן נראה, כי באמת אלו נצטוו במרה וכן ז' מצות שנצטוו כבר רק שמשה רבינו עליו השלום היה מספר לעם גודל הפעולה שפעלו ישראל בקיום הז' מצות ובמצות שנצטוו במרה והאיך שהקדוש ברוך הוא משתעשע בקיום המצות ושכל העולמות והנשמות תלוין בהן וסיפר משה גודל מעלות המצות שקיימו ישראל, דהיינו ז' מצות ומה שנצטוו במרה ונמצא ויספר לעם לא קאי אצווי מצות שהרי כבר נצטוו רק מלת ויספר לעם הוא שמספר להם גודל המעלות והשעשועים שפעלו ישראל בקיום המצות ההם אז כיון ששמעו ישראל גודל השעשועים שמשתעשע הקדוש ברוך הוא בקיום המצות והשפע והששון והשמחה שמשפיעין ישראל בכל העולמות על קיום מצות הבורא ברוך הוא אז ענו ואמרו כל אשר דיבר ה' נעשה, כלומר שאנחנו רוצים עוד במצות כדי שישתעשע כביכו"ל הקדוש ברוך הוא ושישפיע הקדוש ברוך הוא עוד שפע רב וברכה וחיים בקיום המצות.

וזהו כל אשר דיבר ה' נעשה, כלומר שאנחנו רוצים עוד במצות הבורא ברוך הוא. ומה שאמרו עוד בפעם השני כל הדברים אשר דיבר ה' נעשה ונשמע, נבאר אם ירצה השם:

"Et Moché vint et rapporta au peuple toutes les paroles de ה' et toutes les lois (michpatim)" (Chemot/Exode 24,3). L'avis de Rachi (Rabbi Chelomo Yits'haki) de mémoire bénie est que cela eut lieu avant le don de la Torah, et qu'il s'agit des sept commandements ordonnés aux fils de Noah, de la vache rousse, du Chabat, etc.

Et le Ramban (Rabbi Moché ben Nahman) de mémoire bénie a objecté : cela n'est pas juste, que cela porte sur ce qui avait été ordonné aux fils de Noah et sur ce qui leur avait été dit à Mara, choses qu'ils avaient déjà entendues ; car on ne dirait pas "il rapporta" (vayesaper) sinon pour des choses nouvelles qu'il leur annonce. Mais à moi il semble que les paroles de Rachi sont justes, car selon le sens du Talmud cela eut lieu avant le don de la Torah, comme l'expose le Or Hahayim.

Car à première vue il y a à comprendre l'expression "et Moché vint et rapporta au peuple" : selon l'avis de Rachi de mémoire bénie, qui dit qu'il leur énonça les sept commandements des fils de Noah, la vache rousse, les lois civiles (dinin) et le Chabat, l'expression "il rapporta au peuple" ne convient pas ; il faudrait plutôt "et il ordonna aux enfants d'Israël", et l'expression "il rapporta" ne se comprend pas. C'est pourquoi il semble qu'en vérité ces commandements avaient déjà été ordonnés à Mara, de même que les sept commandements déjà ordonnés ; seulement, Moché notre maître, la paix soit sur lui, rapportait au peuple la grandeur de l'action qu'Israël avait accomplie par l'observance des sept commandements et des commandements ordonnés à Mara, et comment le Saint béni soit-il se délecte de l'accomplissement des mitsvot, et que tous les mondes et toutes les âmes en dépendent ; et Moché rapporta la grandeur des vertus des mitsvot qu'Israël avait accomplies, à savoir les sept commandements et ce qui avait été ordonné à Mara.

Il se trouve donc que "il rapporta au peuple" ne porte pas sur l'ordonnance des mitsvot, puisqu'elles avaient déjà été ordonnées ; seulement, les mots "il rapporta au peuple" signifient qu'il leur rapporte la grandeur des vertus et des délices qu'Israël a produits par l'accomplissement de ces mitsvot. Alors, lorsque Israël entendit la grandeur des délices dont se délecte le Saint béni soit-il par l'accomplissement des mitsvot, ainsi que l'influx, l'allégresse et la joie qu'Israël répand dans tous les mondes par l'accomplissement des commandements du Créateur béni soit-il, alors ils répondirent et dirent "tout ce qu'a dit ה', nous le ferons" : c'est-à-dire que nous voulons encore des mitsvot, afin que le Saint béni soit-il se délecte, pour ainsi dire (kivyakhol), et afin que le Saint béni soit-il répande encore un influx abondant, bénédiction et vie, par l'accomplissement des mitsvot.

Et c'est [le sens de] "tout ce qu'a dit ה', nous le ferons" : c'est-à-dire que nous voulons encore des commandements du Créateur béni soit-il. Et quant à ce qu'ils dirent encore, une seconde fois, "toutes les paroles qu'a dites ה', nous les ferons et nous entendrons", nous l'expliquerons s'il plaît à Dieu.

ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר (שמות כד, י). הכלל, כי כל ניצוץ ואבר ותנועה ומלאך צריכין לעבוד את הבורא ברוך הוא כי הוא יחיד ומיוחד ואין סוף והעובד אותו מקבל תענוג אין סוף מה שאי אפשר לשום נברא להשיגה.

והנה נודע ששם באין סוף אין שייך מספר ומדה ומנין רק כשהשפע בא בתוך העולמות אז מוכרח האין סוף לצמצם לכל אחד כפי מדריגתו והיה כמה צמצומים אז כביכול שייך שפיר מספר ומדה אצל האין סוף בחינות האי"ן שבתוך העולמות. והנה כל הברואים צריכין להסתכל על האי"ן שלהם, דהיינו שורשם שהוא האין סוף יתברך שממנו כל חיותם על ידי התחברות היש שלהם בהאין סוף ושם מקבלים חיות חדש ומחשבות קדושות כרצונו לעבודתו וכל העולמות מחברים אותיות שלהם בשרשם האין סוף ועושים שם על ידי אותיות שלהם גם כן אותיות למעלה באור אין סוף כמו שרוצים, דהיינו העולם השרפים מה שצריך למדריגתם ועולם האופנים ועולם החיות מה שצריכין לבחינתם.

והענין איך יבוא התחברות אותיות באין סוף על ידי עשייתם ודבקים באי"ן שצריכין להסתכל באי"ן תמיד שלא יהיו נפרדים. והנה בחינות האותיות לעשות באין סוף על ידי התחברות אותיות שלהם נקרא קמ"ץ דאיתא בתיקונים שהוא סוד ניצוץ המחובר ברקיע והאין סוף נקרא קמ"ץ.

והנה האין סוף שאין שם שום גוון נקרא בחינות לבן שלבנונית הוא תחלה קודם כל הגוונין ונודע שכל העולמות הם בבחינת שתי הסתכלות. א', שצריכין להסתכל באי"ן שהוא השורש של כל ומהאי"ן בא ליש ברכה וכל טוב וגם צריכין להיות למטה שלא יבטלו במציאות רק העיקר צריכין תמיד להסתכל על השורש שלהם שלא יפרדו מהאי"ן חלילה ויהיה האי"ן שופע עליהם תמיד כי הוא מקור הברכות מבוע דלא פסק לעלמין ובחינה זו הוא סוד והחיות רצוא ושוב (יחזקאל א, יד) שהחיות צריך תמיד להיות בחינות רצוא שהוא ההילוך לאי"ן והסתכלות בו שיהיה האי"ן נגד השורש וצריך להיות בחינות ושב למקומם ליש שלהם:

"Et sous ses pieds, comme un ouvrage de brique de saphir" (Chemot/Exode 24,10). Le principe est celui-ci : toute étincelle (nitsots), tout membre, tout mouvement et tout ange doivent servir le Créateur béni soit-il, car il est unique et singulier et sans fin (Ein Sof) ; et celui qui le sert reçoit un plaisir sans fin, ce qu'il est impossible à aucune créature de saisir.

Et voici, il est connu que là, dans l'Ein Sof, il n'y a lieu ni à nombre, ni à mesure, ni à compté ; c'est seulement lorsque l'influx vient à l'intérieur des mondes que l'Ein Sof est contraint de se contracter pour chacun selon son degré, et comme il y eut plusieurs contractions (tsimtsoumim), alors, pour ainsi dire, nombre et mesure s'appliquent bien à l'Ein Sof, [c'est-à-dire] à l'aspect du Ayin (le Néant, אי"ן) qui est à l'intérieur des mondes. Et voici, toutes les créatures doivent regarder vers leur Ayin, c'est-à-dire vers leur racine, qui est l'Ein Sof béni soit-il, dont vient toute leur vitalité, par la jonction de leur Yech (l'Étant) à l'Ein Sof ; et là elles reçoivent une vitalité nouvelle et des pensées saintes selon sa volonté, pour son service.

Et tous les mondes joignent leurs lettres à leur racine, l'Ein Sof, et y font, au moyen de leurs lettres, des lettres également en haut, dans la lumière de l'Ein Sof, selon ce qu'ils veulent : ainsi le monde des serafim, ce qui convient à leur degré, et le monde des ofanim et le monde des hayot, ce qui convient à leur aspect. Et l'affaire est celle-ci : comment se produira la jonction des lettres dans l'Ein Sof par leur action et par leur attachement au Ayin ?

Par le fait qu'ils doivent regarder constamment vers le Ayin, afin de ne pas en être séparés. Et voici, l'aspect [du fait] de faire des lettres dans l'Ein Sof par la jonction de leurs lettres s'appelle kamats (la voyelle kamats, קמ"ץ), car il est enseigné dans les Tikounim (Tikouney Zohar) que c'est le secret de l'étincelle jointe au firmament, et l'Ein Sof est appelé kamats.

Et voici, l'Ein Sof, où il n'y a aucune couleur, est appelé aspect du blanc, car la blancheur est première, avant toutes les couleurs. Et il est connu que tous les mondes sont dans l'aspect de deux regards.

Le premier : qu'ils doivent regarder vers le Ayin, qui est la racine de tout, et c'est du Ayin que viennent au Yech la bénédiction et tout bien. Et ils doivent aussi être en bas, afin de ne pas s'annuler dans l'existence (bitoul bimtsiout) ; seulement, l'essentiel est qu'ils doivent toujours regarder vers leur racine, afin de ne pas se séparer du Ayin, à Dieu ne plaise, et afin que le Ayin répande sur eux constamment, car il est la source des bénédictions, "une source qui ne tarit jamais" (mavoua delo passik le-almin).

Et cet aspect est le secret de "et les hayot allaient et revenaient" (Ye'hezkel/Ezechiel 1,14) : car la haya doit toujours être dans l'aspect du "aller" (ratso), qui est la marche vers le Ayin et le regard vers lui, afin que le Ayin soit en face de la racine ; et elle doit être dans l'aspect du "et elles revenaient à leur lieu", à leur Yech.

ונחזור לענינינו, כשהברואים עושים אותיות בשורשם על ידי התדבקות באי"ן אזי הוא הולך במחשבתו בבחינות האי"ן אל השורש. וזהו הרמז ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר, כמעשה האי"ן שלהם המאיר להאותיות, כי ספיר מלשון בהירות כן יעשה אותיות שם באין סוף יתברך.

והנה המשפיע והמקבל בתוך המחשבה הם בשוי' אחד, כי צריך לצמצם שיוכל המקבל לסבול ולקבל ממנו והבחינה זו נקרא ציר"י שהם נקודות זה אצל זה בשוה לא אחד למעלה מחבירו אך אחר התקבל שפע המשפיע למעלה גבוה הוא מהמקבל ואז נקרא בחינה זו בחינות נקודה שב"א שנקודה אחד למעלה מחברתה. והנה בשעה שהמשפיע מצמצם עצמו לבחינת המקבל זה נקרא שהחכמה לוה מבינה ובשעה שהמקבל מסתכל על המשפיע נקרא בינה לוה מן החכמה כי על ידי החכמה בא לאי"ן (שמות רבה לא) אם כסף תלוה את עמי כו' ונתחברת בשורשה.

וזהו דאיתא במדרש (שמות כב, כד), שהשמש לוה מירח וחשיב שם ו' מדריגות ואמר חכמה לוה מבינה כו' לרמוז על הנ"ל. והנה ידוע ענין שקלא וטריא הוא מאי"ן בא לשיקול הדעת שאי"ן בא ליש והיש מסתכל תמיד על האין שלו לשורשו שהאי"ן שופע תמיד עליהם וממלא כל משאלות לבם בסוד והחיות רצוא ושוב, מבחינת הרצון ואז שואבים חיות ומחשבות למה שרוצין לכבוד הבורא ברוך הוא.

והנה כל זה נקרא בחינות שקל נמצא שהשקל הוא שם למעלה במקום הרצון. וזה היה בחינות השקלים של ישראל שהיו מסתכלים ומתחברים בהאי"ן ועשו שם אותיות כנ"ל על ידי כן בא להם כל משאלות לבם והיה פעולה שלא יפרדו מהאי"ן חס ושלום שהיה כל הסתכלות שלהם תמיד על האי"ן ומשם ימשוך כל טוב:

Et revenons à notre sujet : lorsque les créatures font des lettres dans leur racine par l'attachement au Ayin, alors on va par sa pensée, dans l'aspect du Ayin, vers la racine. Et c'est l'allusion de "et sous ses pieds comme un ouvrage de brique de saphir" : comme l'ouvrage de leur Ayin, qui illumine les lettres, car "saphir" (sapir) est du langage de la clarté (behirout) ; ainsi fait-on des lettres là, dans l'Ein Sof béni soit-il.

Et voici, celui qui fait couler l'influx (machpia) et celui qui reçoit (mekabel), à l'intérieur de la pensée, sont sur un même plan, car il faut se contracter afin que le receveur puisse supporter et recevoir de lui ; et cet aspect s'appelle tsere (la voyelle tsere, ציר"י), ce sont des points l'un à côté de l'autre au même niveau, l'un n'étant pas au-dessus de son compagnon. Mais après que l'influx du machpia a été reçu, celui-ci est plus haut que le receveur, et alors cet aspect s'appelle l'aspect du point cheva (שב"א), où un point est au-dessus de l'autre.

Et voici, au moment où celui qui fait couler l'influx se contracte vers l'aspect du receveur, cela s'appelle : la 'Hokhma (Sagesse) emprunte à la Bina (Intelligence) ; et au moment où le receveur regarde vers celui qui fait couler l'influx, cela s'appelle : la Bina emprunte à la 'Hokhma - car c'est par la 'Hokhma que l'on vient au Ayin. Et c'est [le sens de] "si tu prêtes de l'argent à mon peuple" etc.

(Chemot/Exode 22,24), et elle s'est jointe à sa racine. Et c'est ce qui est enseigné dans le Midrach (Chemot Rabba 31), que le soleil emprunte à la lune, et l'on y compte six degrés, et il est dit : la 'Hokhma emprunte à la Bina, etc. - pour faire allusion à ce qui précède.

Et voici, il est connu que l'affaire du "donner et recevoir" de l'étude (chakla vetarya) vient du Ayin : de là on vient à la pesée de la pensée (chikoul hadaat, du même radical que chekel), car le Ayin vient au Yech, et le Yech regarde toujours vers son Ayin, vers sa racine, car le Ayin répand toujours sur eux et remplit toutes les demandes de leur cœur, dans le secret de "et les hayot allaient et revenaient", depuis l'aspect de la volonté ; et alors ils puisent vitalité et pensées pour ce qu'ils veulent, pour la gloire du Créateur béni soit-il. Et voici, tout cela s'appelle l'aspect du chekel (le sicle, שקל) ; il se trouve donc que le chekel est un nom [désignant ce qui est] en haut, au lieu de la volonté.

Et c'était là l'aspect des chekalim (sicles) d'Israël : ils regardaient et se joignaient au Ayin et y faisaient des lettres comme ci-dessus, et par là leur venaient toutes les demandes de leur cœur ; et l'effet en était qu'ils ne se sépareraient pas du Ayin, à Dieu ne plaise, car tout leur regard était constamment vers le Ayin, et c'est de là que l'on tire tout bien.

וזהו הסוד רמזו בתורה כי תשא את ראש בני ישראל לפקודיהם (שמות ל, יב) כי בבחינה שלהם שייך מספר וצריך שיהיה האי"ן מאיר בתוכה כדי שיחיה אותם. וזהו הרמז ולא יהיה בהם נגף כו', כי כשמסתכל רק ביש שלו יכול להפרד חס ושלום והפירוד הוא בבחינת מיתה שלא יוכל לינק חיות חדש ממילא בא כליון חס ושלום.

וזו שאמר הכתוב (שם) ונתנו איש כופר נפשו לה', שיהיה הרצון מאיר בהם. וזה שאמר הכתוב זה יתנו (שם) וקשה מהיכן שייך שם מספר שקלים, הא אין שם מספר כלל.

וזהו שאמר כל העובר על הפקודים (שם) רצה לומר בחינות כל הוא האין סוף שהוא כולל כל העולמות וכל המדריגות הוא העובר על הפקודים, צריך להיות לו הילוך והעברה שיהיה תוך העולמות כמו שכתוב ויעבור אברם בארץ וצריך להיות בחינה זו הולך ומאיר בהם. וזהו שאמר הכתוב מחצית השקל בשקל הקודש עשרים גרה השקל (שם) ונקרא בכתבים אורחא דפלגותא עשרים גרה השקל, היינו בחינות כ"ף רומז לכתר עליון האין סוף ברוך הוא משם להשקל התחברות בשורשו כנ"ל.

וזה שאמר הכתוב (שם)לכפר על נפשותיכם, כי האי"ן מקנה כל הנפשות וכל העולמות. ועיין ברש"י על פסוק (בראשית לב, כא) אכפרה פניו במנחה, על זה נקרא המזרקים של קודש כפורי זהב מבחינות גוונין שלהם על ידי שמאיר בהם בלבנונית שלו.

ואפשר שזה היה מחשבת המן הרשע ימח שמו לפרוד היש מאין שלא יהיה בבחינות והחיות רצוא ושוב. וזהו בחינת שקלי המן הרשע שאמר לשקול על ידי עושה המלאכה שיהיה רק בבחינת עשיה למטה, רצה לומר שלא יסתכל על שורשם ולכך היה הדבר גלוי וידוע לפני מי שאמר והיה העולם לכך הקדים שקלינו לשקלים של הרשע שהתחבר בחינת שקלי ישראל בבחינות האי"ן.

וזהו שאמר הקדים, רצה לומר שהתחבר בחינת שקל של ישראל בקדימות שהוא למעלה בהרצון. וזה שאמר אותו רשע עשרת אלפים, נגד י' אלפין שהוא חכמה כח מה.

וזהו הקדים ראש וסוף הוא מה ונקרא י' המקבל מהאל"ף שהוא הרצון כסף לשון כסופה וחמדה נגד הכוסף והחמדה שבא על ידי שהאי"ן שופע עליו ומאיר ומחיה אותו ודו"ק:

Et c'est le secret auquel la Torah a fait allusion : "quand tu compteras la tête des enfants d'Israël selon leurs recensements" (Chemot/Exode 30,12) - car dans leur aspect le nombre s'applique, et il faut que le Ayin illumine à l'intérieur, afin de les faire vivre. Et c'est l'allusion de "et il n'y aura pas parmi eux de fléau" etc. : car lorsque l'on ne regarde que vers son Yech, on peut se séparer, à Dieu ne plaise, et la séparation relève de l'aspect de la mort, car on ne pourra plus téter une vitalité nouvelle, et par là vient l'anéantissement, à Dieu ne plaise.

Et c'est ce qu'a dit le verset (ibid.) : "et ils donneront chacun la rançon de son âme à ה'" - que la volonté illumine en eux. Et c'est ce qu'a dit le verset "ceci ils donneront" (ibid.) ; or il est difficile [de comprendre] d'où s'applique là un nombre de sicles, puisqu'il n'y a là aucun nombre du tout.

Et c'est ce qu'il a dit : "tout ce qui passe par le recensement" (ibid.) - il veut dire : l'aspect de "tout" (kol), c'est l'Ein Sof, qui comprend tous les mondes et tous les degrés ; c'est lui qui "passe par les recensements", il faut qu'il ait une marche et un passage, qu'il soit à l'intérieur des mondes, comme il est écrit "et Avram passa dans le pays" (Berechit/Genèse 12,6), et il faut que cet aspect aille et illumine en eux. Et c'est ce qu'a dit le verset : "un demi-sicle selon le sicle du sanctuaire, vingt guera le sicle" (ibid.) ; et cela est appelé dans les écrits [du Ari] "la voie de la division" (or'ha diflagouta).

"Vingt guera le sicle", c'est-à-dire l'aspect de la lettre khaf (כ"ף, dont la valeur est vingt), qui fait allusion à la Keter supérieure (la couronne), l'Ein Sof béni soit-il ; c'est de là que vient au chekel la jonction à sa racine, comme ci-dessus. Et c'est ce qu'a dit le verset (ibid.) : "pour expier sur vos âmes", car le Ayin acquiert toutes les âmes et tous les mondes.

Et vois Rachi sur le verset "je l'apaiserai par le présent" (akhapera panav, Berechit/Genèse 32,21) : c'est pourquoi les bassins d'aspersion du sanctuaire sont appelés "coupes d'or" (kefore zahav), d'après l'aspect de leurs couleurs, parce qu'il illumine en elles par sa blancheur. Et il est possible que ce fut là la pensée de Haman le méchant, que son nom soit effacé : séparer le Yech de son Ayin, afin qu'il ne soit plus dans l'aspect de "et les hayot allaient et revenaient".

Et c'est l'aspect des sicles de Haman le méchant, qui dit de les peser "entre les mains de ceux qui font l'ouvrage" (Esther 3,9), afin qu'ils ne soient que dans l'aspect de l'agir d'en bas ; il veut dire : afin qu'ils ne regardent pas vers leur racine. C'est pourquoi la chose était découverte et connue devant Celui qui dit et le monde fut ; c'est pourquoi il a fait précéder nos sicles aux sicles du méchant (Meguila 13b), car l'aspect des sicles d'Israël s'est joint à l'aspect du Ayin.

Et c'est ce qu'il a dit "il a fait précéder" (hikdim) : il veut dire que l'aspect du chekel d'Israël s'est joint dans l'antériorité (kedimout), qui est en haut, dans la volonté. Et ce qu'a dit ce méchant "dix mille [talents d'argent]" correspond à dix alef (י' אלפין), qui est la 'Hokhma, [secret de] koah ma ("force du quoi", כ"ח מ"ה).

Et c'est [le sens de] hikdim (הקדים) : sa tête et sa fin, [les lettres ה et ם,] font ma (מה) ; et le youd (י') est appelé celui qui reçoit de l'alef (אל"ף), qui est la volonté. Et kessef ("argent", כסף) est du langage de kissoufa vehemda (l'aspiration et le désir), correspondant à l'aspiration et au désir qui viennent de ce que le Ayin répand sur lui, l'illumine et le fait vivre - et sois précis dans ton examen.

ויראו את א-להי ישראל ותחת רגליו כמעשה לבנת הספיר גו'(שמות כד, י). הכלל, כי יש אהבת הבורא ברוך הוא ובאמת איך יכול אדם לומר שיש לו אהבת הבורא ברוך הוא, הלא הבורא ברוך הוא רם על כל רמים, לזה יש מדה שלישית שיאמין האדם באמונה שלימה שהבורא ברוך הוא אבינו ואנחנו בניו ובאמת האב אף על פי שהוא נבון וחכם גדול דעה, אף על פי כן יש לו שעשועים מבנו שיש לו שכל קטן לערך שכל האב, ונמצא על ידי מדה שלישית יכול אדם לאהוב את הבורא יתברך.

והנה שלשה מדות הם מדות אברהם יצחק ויעקב. אברהם, אהבת הבורא.

יצחק, יראת הבורא. ויעקב, התפארת.

ובאמת על ידי מדת יעקב נשלם מדת אברהם. וזהו כה אמר ה' ליעקב אשר פדה את אברהם.

ועל אלו שלשה מדות מרומז יד ימין של אדם, ויד שמאל, והגוף. והנה יש עוד מדת אמונה.

ובאמונה יש שני בחינות אמונת התורה שבכתב ואמונת תורה שבעל פה, דהיינו להאמין שהבורא ברוך הוא מנהיג עולמו כרצונו וזה תורה שבכתב. גם להאמין שהבורא ברוך הוא עושה רצון ישראל וזה תורה שבעל פה.

ואמונה ראשונה הוא מדת משה רבינו עליו השלום ואמונה בתורה שבעל פה הוא מדת אהרן. נמצא מדת יעקב למדת אהרן שוה, רק החלוקים שמדת יעקב הוא שהבורא ברוך הוא יש לו שעשועים מעמו ישראל להתפאר בהם אבל עדיין אינו ממלא רצונם להנהיג העולם כרצון ישראל, כי יש לפעמים שהאב אוהב את בנו אבל עדיין אינו ממלא רצונו.

אבל מדת אהרן הוא שהבורא ברוך הוא ממלא ומנהיג עולמו כרצון ישראל. ונמצא יעקב שוה ללוי שממנו בא הכהונה והלויה, כי יעקב הוליד השבטים שיקראו ישראל בנים להבורא ברוך הוא ולוי הוליד הכהונה ולויה.

ולכך הכהן משמש בארבע בגדים נגד ארבע אותיות של הוי"ה ברוך הוא כביכו"ל שהשם יתברך נמצא בתחתונים בישראל למלאות שאלתם. ואלו שני בחינות הם נגד שני רגלים של אדם, ויש עוד בחינת התקשרות הוא בחינת יוסף נגד ברית קודש, דהיינו על ידי התלהבות מאלו המדות מקשר אדם עצמו באלו המדות:

"Et ils virent le Dieu d'Israël, et sous ses pieds comme un ouvrage de brique de saphir" etc. (Chemot/Exode 24,10).

Le principe est celui-ci : il y a l'amour du Créateur béni soit-il. Et en vérité, comment un homme peut-il dire qu'il a l'amour du Créateur béni soit-il ?

N'est-il pas élevé au-dessus de tous les élevés ? C'est pourquoi il y a une troisième mesure (mida) : que l'homme croie d'une foi entière que le Créateur béni soit-il est notre père et que nous sommes ses enfants ; et en vérité, le père, bien qu'il soit intelligent et sage, grand en savoir, malgré cela il tire des délices de son fils, dont l'intelligence est petite au regard de celle du père.

Il se trouve donc que c'est par cette troisième mesure que l'homme peut aimer le Créateur béni soit-il. Et voici, les trois mesures sont les mesures d'Avraham, de Yits'hak et de Yaakov.

Avraham : l'amour du Créateur. Yits'hak : la crainte du Créateur.

Et Yaakov : la Tiferet (splendeur). Et en vérité, c'est par la mesure de Yaakov que s'achève la mesure d'Avraham.

Et c'est [le sens de] "ainsi a dit ה' à la maison de Yaakov, lui qui a racheté Avraham" (Yechaya/Isaie 29,22). Et ces trois mesures sont figurées par la main droite de l'homme, par la main gauche et par le corps.

Et voici, il y a encore la mesure de la foi (emouna). Et dans la foi il y a deux aspects : la foi en la Torah écrite et la foi en la Torah orale, c'est-à-dire croire que le Créateur béni soit-il conduit son monde selon sa volonté - et c'est la Torah écrite ; et aussi croire que le Créateur béni soit-il fait la volonté d'Israël - et c'est la Torah orale.

Et la première foi est la mesure de Moché notre maître, la paix soit sur lui, et la foi en la Torah orale est la mesure d'Aharon. Il se trouve donc que la mesure de Yaakov et la mesure d'Aharon sont semblables ; seulement, la différence est que la mesure de Yaakov, c'est que le Créateur béni soit-il tire des délices de son peuple Israël et se glorifie en eux, mais il ne remplit pas encore leur volonté au point de conduire le monde selon la volonté d'Israël - car il arrive parfois que le père aime son fils et pourtant ne remplit pas encore sa volonté.

Mais la mesure d'Aharon, c'est que le Créateur béni soit-il remplit et conduit son monde selon la volonté d'Israël. Il se trouve donc que Yaakov est semblable à Levi, dont proviennent la prêtrise (kehouna) et la lévitine ; car Yaakov a engendré les tribus, qui sont appelés Israël, enfants du Créateur béni soit-il, et Levi a engendré la prêtrise et la lévitine.

Et c'est pourquoi le kohen officie avec quatre vêtements, correspondant aux quatre lettres du Nom (הוי"ה) béni soit-il, pour ainsi dire : que le Nom béni soit-il se trouve dans les mondes inférieurs, en Israël, pour combler leur demande. Et ces deux aspects correspondent aux deux jambes de l'homme.

Et il y a encore l'aspect de l'attachement (hitkachrout), qui est l'aspect de Yossef, correspondant à l'alliance sainte (brit kodech) : c'est-à-dire que par l'enthousiasme (hitlahavout) issu de ces mesures, l'homme se lie lui-même à ces mesures.

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