קדושת לוי

Kedushat Levi — Exodus, Yitro (4/5)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

Ce passage poursuit : chez le roi David et à Chabbat haGadol, les mohin degadlout (consciences de grandeur) laissent la terreur au-dehors, les mohin dekatnout (de petitesse) la font entrer dans la pensée. Rabbi Lévi Its'hak entend les paroles de Yitro : délivrance du miracle, et délivrance « de dessous » quand l'intelligence les a fait servir sans se soumettre ; « maintenant je sais que Hachem est grand ». Celui qui sert ainsi conduit les mondes. « Je suis » : « moi, mon âme, je l'ai écrite, je l'ai donnée », volonté transmise, Torah écrite et orale ; D.ieu se réjouit que ses fils l'emportent. Il mentionne la sortie d'Égypte pour son amour ; l'idole serait « devant ma face », car Il demeure auprès de ses fils.

Aussi : à la mer un jeune homme, au don de la Torah un vieillard : le chelo lichma s'élève en lichma ; la Sefira et les cheveux sont vêtement ; « qui retient la faute » diminue la faute, le ''hessed grandit par la récompense.

וזהו כוונת דוד המלך עליו השלום בהלל המצרי שאמר (תהלים קיח, י) כל גוים סבבוני בשם ה' כי אמילם סבוני גם סבבוני בשם ה' כי אמילם, דקשה הכפל. ומה גם שבפעם השני אמר גם סבבוני מהו גם.

אך לדרכינו יובן שפיר, שדוד המלך עליו השלום אמר כל גוים, כל המאורעות שבאו עלי. מן האומות סבבוני, הם היו רק סובבים אותי מבחוץ אבל במחשבתי לא היה לי שום מורא ופחד מזה, כי היה לבי נכון ובטוח שהשם יתברך יכרית אותם מעלי ויציל אותי מן המאורע.

וזהו בשם ה' כי אמילם, כי דוד המלך עליו השלום היה תמיד עובד השם יתברך במוחין דגדלות אבל לפעמים כשנפל ממדריגתו ועבד להשם יתברך במוחין דקטנות אזי כשהיה בא אליו איזה מאורע נפל עליו פחד גדול גם במחשבתו. וזהו סבוני, לפעמים בא אלי איזה מאורע מן האומות גם סבבוני הסביבה היה בי ממש כי נפלתי ממדריגתי והייתי מרגיש הסביבה במחשבתי כי נפל עלי פחד ומורא.

ואף על פי כן בשם ה' כי אמילם, בטחתי בחסד עליון שיכרית כל הקמים עלי ויוציאני מצרה לרצה. ומזה הטעם כתבו הפוסקים ששבת שלפני פסח קורין אותו שבת הגדול, על שם נס הגדול שנעשה בו שפסח מצרים מקחו מבעשור וקשרו אותו בכרעי המטה ושואלים המצריים למה זה לכם, והשיבום לשחטו לשם פסח במצות השם עלינו והיה שיניהם קיהות על זה ששוחטין את א-להיהם.

ולכאורה יש להבין מפני מה יחסו וקראו לזה הנס גדול יותר משאר ניסים, וכי לא היו ניסים גדולים יותר מזה הנס והא נס דקריעת ים סוף ושאר ניסים שעשה השם יתברך עם עמו ישראל היו יותר גדולים מזה הנס. אך רמזו לנו שישראל בעת הזאת עבדו להשם יתברך במוחין דגדלות וכל מי שעובד להשם יתברך במוחין דגדלות אזי אין לו שום מורא ופחד מכל איזה מאורע שבא עליו כאשר ביארנו למעלה ולזה קראו אותו נס גדול שנעשה בגדלות השכל שלא היה להם שום מורא ופחד מן המצריים אף על פי שהיו רוצין לשחוט את א-להיהם:

Et c'est là l'intention du roi David, sur lui la paix, dans le Hallel égyptien (Hallel haMitsri, Tehilim 113-118 récités aux fêtes), quand il a dit (Tehilim/Psaumes 118,10-11) : "toutes les nations m'ont entouré, au nom de ה' je les taille en pièces ; ils m'ont cerné, ils m'ont aussi entouré, au nom de ה' je les taille en pièces". Or la répétition fait difficulté.

Bien plus : la seconde fois il a dit "ils m'ont aussi entouré" - que vient faire ce "aussi" (gam) ? Mais selon notre voie cela se comprend bien : car le roi David, sur lui la paix, a dit "toutes les nations", c'est-à-dire tous les événements qui me sont survenus.

De la part des nations, "ils m'ont entouré" - ils ne faisaient que m'entourer du dehors, mais dans ma pensée je n'avais de cela aucune terreur ni aucune peur, car mon cœur était ferme et confiant que le Nom béni soit-il les retrancherait de dessus moi et me sauverait de l'événement. Et c'est le sens de "au nom de ה' je les taille en pièces" ; car le roi David, sur lui la paix, servait toujours le Nom béni soit-il avec des mohin degadlout (les mohin, consciences ou intelligences, de grandeur).

Mais parfois, lorsqu'il tombait de son degré et servait le Nom béni soit-il avec des mohin dekatnout (mohin de petitesse), alors, quand lui survenait quelque événement, une grande peur tombait sur lui, même dans sa pensée. Et c'est le sens de "ils m'ont cerné" : parfois me survenait quelque événement de la part des nations ; "ils m'ont aussi entouré" - l'encerclement était en moi-même réellement, car j'étais tombé de mon degré et je ressentais l'encerclement dans ma pensée, puisque tombaient sur moi peur et terreur.

Et malgré tout, "au nom de ה' je les taille en pièces" : j'ai eu confiance dans le 'hessed d'en haut (la bonté supérieure) qu'il retrancherait tous ceux qui se lèvent contre moi et me ferait sortir de la détresse à la satisfaction (mi-tsara le-ratsa, jeu sur les mêmes lettres inversées). Et c'est pour cette raison que les poskim (les décisionnaires de la halakha) ont écrit que le Chabat qui précède Pessa'h, on l'appelle Chabat haGadol, le grand Chabat, au nom du grand miracle qui s'y est accompli : car le pessa'h d'Égypte, on le prenait dès le dixième du mois et on l'attachait aux pieds du lit, et les Égyptiens demandaient "pourquoi cela chez vous ?", et ils leur répondaient : pour l'égorger au titre du pessa'h, selon l'ordre du Nom qui nous incombe ; et leurs dents en étaient agacées de ce qu'on égorgeait leur dieu.

À première vue il y a lieu de comprendre : pour quelle raison a-t-on attribué et appelé ce miracle-là grand plus que les autres miracles ? N'y eut-il pas des miracles plus grands que celui-là - or le miracle de l'ouverture de la mer des Joncs et les autres miracles que le Nom béni soit-il a faits avec son peuple Israël étaient plus grands que ce miracle !

Mais on nous a fait allusion à ceci : qu'Israël, en ce temps-là, servait le Nom béni soit-il avec des mohin degadlout ; et quiconque sert le Nom béni soit-il avec des mohin degadlout n'a alors aucune terreur ni aucune peur de quelque événement qui lui survienne, comme nous l'avons expliqué plus haut. Et c'est pourquoi on l'a appelé un grand miracle : parce qu'il s'est accompli dans la grandeur de l'intelligence, de sorte qu'ils n'avaient aucune terreur ni aucune peur des Égyptiens, bien qu'ils voulussent égorger leur dieu, celui des Égyptiens.

ובזה מתורץ דהאיך נטלו את הפסח בעשור לחודש וקשרו אותו בכרעי המטה והיו אומרים למצריים שהם רוצים לשחוט לשם פסח, דהא מקודם לכן אמרו הן נזבח את תועבת מצרים לעיניהם ולא יסקלונו (שמות ח, כב) לעיניהם דייקא, שהיה להם פחד מחמת השגחתם שהיו משגיחין עליהם וכפי מה שבארנו למעלה הוא נכון דכשנכנסו אחרי כן במדריגות מוחין דגדלות לא היו משגיחין על השגחתם, כי היו במדריגה שלא היו מתיראין משום דבר וממשלת מצרים וגבורתם כלא נחשבו. ואפשר לומר שמפני זה ציוה להם השם יתברך שיקחו את הפסח בעשור לחודש כדי להכניסם במדריגה במוחין דגדלות.

ובזה נבוא אל כוונת הכתובים במה שאמר יתרו למשה רבינו עליו השלום ברוך ה' אשר הציל אתכם מיד מצרים ומיד פרעה אשר הציל את העם מתחת יד מצרים עתה ידעתי כי גדול ה' כו', ולכאורה יש לדקדק כפל הלשון אשר הציל אשר הציל, וכי ב' הצלות היתה והלא הכל הוא הצלה אחת. ועוד מהו עתה ידעתי כי גדול.

ויתישב על נכון דכבר ביארנו, כל מי שעובד להשם יתברך במוחין דגדלות אזי אין לו שום מורא ופחד מכל המאורעות שבאות עליו ואינו נכנע תחת הסטרא אחרא, כי אדרבה הוא מתגבר עליהם. וזהו כוונת ברוך ה' אשר הציל אתכם מיד מצרים ומיד פרעה, כפשוטו על הנס הגדול שהוציאם מצרה לרצה.

ואשר הציל את העם מתחת יד מצרים, מתחת דייקא שהבורא ברוך הוא וברוך שמו הגביר חסדו על יראיו בשעה שהיו ישראל במצרים השפיע עליהם שכל גדול ועבדו להבורא ברוך הוא במוחין דגדלות ובזה יצאו מתחת יד מצרים שלא היו נכנעין תחתיהם וכנ"ל ולא היה שום פחד מהם. וזהו עתה ידעתי כי גדול ה', שעבדו להבורא ברוך הוא וברוך שמו במוחין דגדלות:

Et par cela se résout [la difficulté] : comment ont-ils pris le pessa'h au dixième du mois et l'ont-ils attaché aux pieds du lit, en disant aux Égyptiens qu'ils voulaient l'égorger au titre du pessa'h ? Car auparavant ils avaient dit : "voici, nous sacrifierons l'abomination de l'Égypte à leurs yeux, et ne nous lapideront-ils pas ?" (Chemot/Exode 8,22) - "à leurs yeux" précisément, car ils avaient peur à cause de leur surveillance, puisqu'ils les surveillaient.

Et selon ce que nous avons expliqué plus haut, c'est juste : car lorsqu'ils entrèrent par la suite dans les degrés des mohin degadlout, ils ne prenaient plus garde à leur surveillance, car ils étaient à un degré où ils ne craignaient aucune chose, et la domination de l'Égypte et sa puissance étaient comme rien à leurs yeux. Et il est possible de dire que c'est pour cela que le Nom béni soit-il leur a ordonné de prendre le pessa'h au dixième du mois : afin de les faire entrer dans le degré des mohin degadlout.

Et par là nous viendrons à l'intention des versets, dans ce qu'a dit Yitro à Moché notre maître, sur lui la paix : "béni soit ה' qui vous a délivrés de la main de l'Égypte et de la main de Paro, qui a délivré le peuple de dessous la main de l'Égypte ; maintenant je sais que ה' est grand" etc. (Chemot/Exode 18,10-11).

Et à première vue il y a lieu de s'interroger sur la répétition de l'expression "qui a délivré... qui a délivré" : y eut-il donc deux délivrances ? Tout n'est-il pas une seule délivrance ?

Et de plus, que vient faire "maintenant je sais qu'il est grand" ? Et cela se résoudra justement d'après ce que nous avons déjà expliqué : quiconque sert le Nom béni soit-il avec des mohin degadlout n'a alors aucune terreur ni aucune peur de tous les événements qui lui surviennent, et il ne se soumet pas sous la sitra a'hra (l'"autre côté", le domaine des forces impures) ; car au contraire, c'est lui qui l'emporte sur elles.

Et c'est l'intention de "béni soit ה' qui vous a délivrés de la main de l'Égypte et de la main de Paro" - selon le sens simple, quant au grand miracle par lequel il les a fait sortir de la détresse à la satisfaction. "Et qui a délivré le peuple de dessous la main de l'Égypte" - "de dessous" précisément : car le Créateur, béni soit-il et béni soit son Nom, a fait prévaloir son 'hessed sur ceux qui le craignent ; à l'heure où Israël était en Égypte, il a fait couler sur eux une grande intelligence, et ils servirent le Créateur béni soit-il avec des mohin degadlout, et par cela ils sortirent de dessous la main de l'Égypte, car ils ne se soumettaient plus sous eux, comme il a été dit plus haut, et ils n'avaient d'eux aucune peur.

Et c'est le sens de "maintenant je sais que ה' est grand" : qu'ils servirent le Créateur, béni soit-il et béni soit son Nom, avec des mohin degadlout.

והנה כבר ביארנו שכל מי שעובד להשם יתברך במוחין דגדלות אזי כל העולמות מתנהגין על ידו וממשיך השפע לכל העולמות וכשהקדוש ברוך הוא גוזר גזירה יש בידו כח לבטלה להמתיק הדינין מצרה לרצה. וזהו כוונת רבותינו ז"ל (שבת קה.) אנכי, נוטריקון אנא נפשי כתבית יהבית.

וידוע שהנפש הוא הרצון כמו (בראשית כג, ח) אם יש את נפשכם כו', וזה אנא נפשי כתבית, אני כתבתי רצוני, זהו תורה שבכתב. יהבית, זה תורה שבעל פה.

ומסרתי רצוני לכם, פירוש לכם רשות לפרש כפי רצונכם וכפי רצונכם יתנהגו כל העולמות. ואם תאמר שחס ושלום יש לו להקדוש ברוך הוא כביכו"ל צער מזה מה שמנצחין אותו, לא אדרבה יש לו שמחה ותענוג גדול מזה כמבואר בחכמינו ז"ל מה עושה קודשא בריך הוא קא חייך ואומר נצחוני בני.

ועוד מצינו לחכמינו ז"ל שאמרו לא כמדת הקדוש ברוך הוא מדת בשר ודם, מדת בשר ודם מנצחין אותו כו', אבל הקדוש ברוך הוא אינו כן מנצחין אותו והוא שמח, וידוע שלשון נעימה הוא מתוק. וזהו מה שדרשו חכמינו ז"ל עוד אמירה נעימה כתיבה יהיבי מה שמסרתי רצוני לעמי ישראל שכפי רצונם יתנהגו כל העולמות הוא מתוק אצלי שיש לי מזה תענוג כמו שיש להאב תענוג מהבן כשהבן מנצח אותו ובשביל זה הזכיר השם יתברך מיציאת מצרים ולא אשר בראתי שמים וארץ, כי הזכרת הבריאה הוא רק להודיע שהוא קדמון לכל הקדומים ושהעולם מחודש אבל בהזכרת יציאת מצרים מה שאמר אנכי אשר הוצאתיך מארץ מצרים, ניכר אהבתו לעמו ישראל.

ובזה לימד דעת העם בכדי להכניס בלבם התלהבות לעבודתו יתברך שמו ויתעלה איך שהוציאם ממצרים מחמת אהבתו ובחירתו לעמו ישראל ומסר להם הכח והיכולת להמתיק הדינין מצרה לרצה ושעל ידם יתנהגו כל העולמות, כי המה נקראו בנים למקום ועל ידי זה יתלהבו לבם לעבודתו וזה עיקר גדול בעבדות הבורא. וזהו לא יהיה לך א-להים אחרים על פני, ולכאורה על פני אין לו ביאור.

ולדרכינו יובן שפיר, כיון דכל כך גדלה האהבה עד שקראתי אתכם בנים כנ"ל נמצא שאני שוכן בתוככם שאהבתי דבוקה בבני ועיקר חנייתי אצל בני לכשתעשה חס ושלום אליל אזי הוא כביכו"ל על פני ממש וכו' ודו"ק:

Et voici, nous avons déjà expliqué que quiconque sert le Nom béni soit-il avec des mohin degadlout, alors tous les mondes sont conduits par lui, et il fait couler l'abondance (chefa) vers tous les mondes ; et lorsque le Saint béni soit-il décrète un décret, il a en sa main la force de l'annuler, pour adoucir les rigueurs (dinin) de la détresse à la satisfaction. Et c'est l'intention de nos maîtres de mémoire bénie (Chabat 105a) : anokhi ("je suis") est le notarikon (acronyme) de ana nafchi ketavit yehavit - "moi, mon âme, je l'ai écrite, je l'ai donnée".

Et l'on sait que la nefech (l'âme) est la volonté (ratson), comme dans (Berechit/Genèse 23,8) "s'il est selon votre âme" etc. Et c'est le sens de ana nafchi ketavit : moi, j'ai écrit ma volonté - c'est la Torah écrite.

Yehavit, "je l'ai donnée" : c'est la Torah orale, et j'ai transmis ma volonté à vous ; explication : à vous la permission d'interpréter selon votre volonté, et selon votre volonté se conduiront tous les mondes. Et si tu dis que, à Dieu ne plaise, le Saint béni soit-il aurait, pour ainsi dire (kivyakhol), de la peine de cela, de ce qu'on l'emporte sur lui - non pas, au contraire : il en a une joie et un grand plaisir, comme il est exposé chez nos sages de mémoire bénie : que fait le Saint béni soit-il ?

Il sourit et dit : mes fils m'ont vaincu. Et nous trouvons encore chez nos sages de mémoire bénie qu'ils ont dit : la mesure du Saint béni soit-il n'est pas comme la mesure de la chair et du sang ; la mesure de la chair et du sang, lorsqu'on l'emporte sur lui, etc. ; mais le Saint béni soit-il n'est pas ainsi : on l'emporte sur lui et il se réjouit.

Et l'on sait que l'expression neïma ("agréable") signifie doux. Et c'est ce que nos sages de mémoire bénie ont encore exposé : amira neïma ketiva yehiva - "parole agréable, écriture donnée" : ce que j'ai transmis ma volonté à mon peuple Israël, de sorte que selon leur volonté se conduisent tous les mondes, cela m'est doux, car j'en ai un plaisir, comme le père a du plaisir de son fils lorsque le fils l'emporte sur lui.

Et pour cette raison le Nom béni soit-il a mentionné la sortie d'Égypte et non "qui ai créé les cieux et la terre" ; car la mention de la création ne sert qu'à faire savoir qu'il est antérieur à tous les antériorités (kadmon lekhol hakedoumim) et que le monde à été produit à neuf, tandis que par la mention de la sortie d'Égypte, en ce qu'il a dit "je suis celui qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte", se reconnaît son amour pour son peuple Israël. Et par cela il a enseigné la connaissance au peuple, afin de faire entrer dans leur cœur l'enthousiasme (hitlahavout, embrasement du cœur) pour son service, que son Nom soit béni et exalté : comment il les a fait sortir d'Égypte à cause de son amour et de son élection pour son peuple Israël, et leur a transmis la force et le pouvoir d'adoucir les rigueurs, de la détresse à la satisfaction, et que par eux se conduisent tous les mondes ; car ils sont appelés fils du Lieu (banim laMakom, le "Lieu" désignant le Saint béni soit-il), et par cela leur cœur s'enflammera pour son service - et c'est un grand principe dans le service du Créateur.

Et c'est le sens de "tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face (al panay)" ; et à première vue "devant ma face" n'a pas d'explication. Mais selon notre voie cela se comprend bien : puisque l'amour est si grand que je vous ai appelés "fils" comme il a été dit plus haut, il se trouve que je demeure au milieu de vous, car mon amour est attaché à mes fils et l'essentiel de mon campement est auprès de mes fils ; lors donc que tu ferais, à Dieu ne plaise, une idole, alors elle serait, pour ainsi dire, devant ma face réellement, etc. - et examine bien cela (ve-dok, invitation à approfondir).

או יאמר, אנכי ה' א-להיך, ודרשו חכמינו ז"ל לפי שבים נגלה להם כבחור ובמתן תורה נגלה להם כזקן מלא רחמים, ושמא תאמר חס ושלום שתי רשויות, לכן אמר אנכי, אני הוא שהייתי בים ואני הוא במתן תורה. והנה צריך להבין מה זה שבים נגלה להם כבחור ובמתן תורה נגלה להם כזקן וכו' שתי רשויות כו'.

להבין כל זה על פי מה דכתוב בכתבי האר"י ז"ל בחג הפסח הוא מוחין דקטנות ובחג השבועות הוא מוחין דגדלות. ואבינה לכם דבריו מה זה מוחין דקטנות ומוחין דגדלות.

כי יש שני מדריגות צדיקים, יש צדיק שעובד להבורא ברוך הוא בשביל עולם הבא וזה הנקרא בספר המדע להרמב"ם שלא לשמה. ויש צדיק שעובד להבורא ברוך הוא לשמה, היינו שלא לשם טובתו רק לשמח את הבורא ולעשות לו נחת רוח.

ושמא תאמר שמדריגה הא' לאו כלום היא, אינו כן, כי מי שהוא חכם יכול לעבוד הבורא ברוך הוא בשביל עולם הבא גם כן ותהיה העבודה לשמה, כי למשל יש בן קטן שאין לו דעת כשעושה לו אביו בגד נאה כשבא אצל אביו אינו בא רק להתפאר ולא לנחת לאביו ובן גדול שיש לו דעת הוא מכוון לבא אצל אביו מלובש בבגדים שעשה לו אביו כדי לנחת אביו, כי יש לו תענוג גדול מזה. וכן בנידון דידן מי שהוא בן חכם יוכל לעבוד לבוראו שלא לשמה, היינו בשביל עולם הבא ויהיה לשמה מחמת שכוונתו בזה שרוצה עולם הבא שיהא מלובש בבגדים נאים ויהא נחת רוח ושמחה בזה לאבינו שבשמים, כי להיפך חס ושלום אינו יכול לסבול צרות בנו אוהבו.

וזהו כוונתם שמתוך שלא לשמה בא לשמה, היינו שרוצה כל הטובות בשביל שיהיה נחת רוח להבורא בזה ונמצא זה שעובד לטובתו שלא לשמה זה נקרא מוחין דקטנות, רצה לומר קטנות השכל כמו הבן קטן דלעיל שעושה רק לטובתו ומי שחננו ה' בבינה ומעלה השלא לשמה גם כן לשמה כנ"ל הוא נקרא מוחין דגדלות כמו הבן הגדול הנ"ל שעושה זאת בחכמה נפלאה ונמצא מוחין דקטנות הוא לבוש למוחין דגדלות כי בלא קטנות אין יכול לבא למוחין דגדלות:

On peut encore dire : "Je suis ה' ton Dieu" - et nos sages de mémoire bénie ont exposé que, parce qu'à la mer il s'est révélé à eux comme un jeune homme (bahour) et qu'au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard (zaken) plein de miséricorde, et de peur que tu ne dises, à Dieu ne plaise, [qu'il y a] deux puissances (chetey rechouyot, deux autorités divines distinctes), c'est pourquoi il a dit anokhi, "je suis" : je suis celui qui était à la mer, et je suis celui-là même au don de la Torah. Et voici qu'il faut comprendre ce que signifie qu'à la mer il s'est révélé à eux comme un jeune homme et qu'au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard etc., "deux puissances" etc.

Pour comprendre tout cela, [partons] de ce qui est écrit dans les écrits du Ari (Rabbi Yitshak Louria) de mémoire bénie : qu'à la fête de Pessa'h ce sont des mohin dekatnout, et à la fête de Chavouot des mohin degadlout. Et je vais vous faire comprendre ses paroles : qu'est-ce que mohin dekatnout et mohin degadlout ?

Car il y a deux degrés de tsadikim (justes). Il y a le tsadik qui sert le Créateur béni soit-il en vue du monde à venir, et c'est ce qui est appelé dans le Sefer haMada du Rambam (Rabbi Moché ben Maïmon) chelo lichma, "non pour son Nom" (service intéressé).

Et il y a le tsadik qui sert le Créateur béni soit-il lichma, "pour son Nom", c'est-à-dire non en vue de son propre bien, mais seulement pour réjouir le Créateur et lui faire un contentement (nahat roua'h). Et de peur que tu ne dises que le premier degré n'est rien du tout, il n'en est pas ainsi : car celui qui est sage peut servir le Créateur béni soit-il en vue du monde à venir également, et son service sera lichma.

Car par exemple : il y a un fils petit, qui n'a pas de discernement (daat) - lorsque son père lui fait un beau vêtement, quand il vient chez son père il ne vient que pour se parer, et non pour le contentement de son père ; tandis que le fils grand, qui a du discernement, à l'intention de venir chez son père vêtu des vêtements que son père lui a faits, afin de faire plaisir à son père, car il en a un grand plaisir. Et de même dans notre cas : celui qui est un fils sage peut servir son Créateur chelo lichma, c'est-à-dire en vue du monde à venir, et ce sera lichma, parce que son intention en cela est qu'il veut le monde à venir pour être vêtu de beaux vêtements et qu'il y ait en cela un contentement et une joie pour notre Père qui est aux cieux ; car à l'inverse, à Dieu ne plaise, il ne peut supporter les détresses de son fils qui l'aime.

Et c'est leur intention [quand ils ont dit] : "à partir du chelo lichma on vient au lichma", c'est-à-dire qu'il veut tous les biens afin qu'il y ait par cela un contentement pour le Créateur. Il se trouve donc que celui-là qui sert en vue de son propre bien, chelo lichma, cela s'appelle mohin dekatnout, c'est-à-dire petitesse de l'intelligence, comme le fils petit mentionné plus haut qui n'agit que pour son propre bien ; et celui à qui ה' a fait la grâce du discernement (bina) et qui élève le chelo lichma pour qu'il soit lui aussi lichma comme il a été dit, celui-là est appelé mohin degadlout, comme le fils grand mentionné, qui fait cela avec une sagesse merveilleuse.

Il se trouve donc que les mohin dekatnout sont un vêtement (levouch) pour les mohin degadlout, car sans la petitesse on ne peut venir aux mohin degadlout.

וזהו כוונת האר"י ז"ל שכתב בפסח מוחין דקטנות, כי במצרים היו בקטנות והיו עובדין שלא לשמה כמאמר הכתוב (שמות ג, ז) שמעתי את צעקת בני ישראל מפני נוגשיו. וזהו גם כן כוונת בעל האגדה שמתחלה עובדי עבודה זרה היו אבותינו במצרים , ובוודאי לא יעלה על הדעת חס ושלום שעבדו עבודה זרה ממש רק שהיו עובדין שלא לשמה וזה נקרא עובד עבודה זרה מחמת שעובד את עצמו ולא עובד להבורא ברוך הוא בגין דאיהו רב ושליט וזה מוחין דקטנות.

ובחג השבועות הוא מוחין דגדלות אחר שקבלו התורה ואמרו נעשה ונשמע ובוודאי היו עובדין לשמה ולזה נקרא מוחין דגדלות. וזהו כוונת חכמינו ז"ל לפי שבים נגלה להם כבחור, רצה לומר בחור הוא לשון קטנות והיו במוחין דקטנות.

ובמתן תורה נגלה להם כזקן, פירוש היו עובדין במוחין דגדלות בחכמה גדולה כזקן, והיינו לשמה. ושמא תאמר שתי רשויות, פירוש שתי מיני עבדות הן לכך אמר אנכי, אני הוא שהייתי, פירוש מי שהוא בן חכם אזי הן לו רק עבדות אחד, והיינו שמעלה השלא לשמה גם כן לשמה ומה שעובד או מתפלל לטובתו הוא גם כן בכוונה זאת שיהא נחת רוח להבורא ברוך הוא כנ"ל נמצא שאין ב' רשויות רק רשות אחד, כי מן השלא לשמה נעשה גם כן לשמה ודו"ק:

Et c'est l'intention du Ari de mémoire bénie, qui a écrit qu'à Pessa'h ce sont des mohin dekatnout : car en Égypte ils étaient dans la petitesse et servaient chelo lichma, selon la parole de l'Écriture (Chemot/Exode 3,7) "j'ai entendu le cri des enfants d'Israël à cause de ceux qui les oppriment". Et c'est aussi l'intention de l'auteur de la Haggada [quand il dit] : "au commencement nos pères étaient en Égypte serviteurs d'idoles (ovdey avoda zara)" ; et assurément il ne viendra pas à l'esprit, à Dieu ne plaise, qu'ils ont servi une idole réellement, mais seulement qu'ils servaient chelo lichma, et cela s'appelle servir une idole, du fait qu'il se sert lui-même et ne sert pas le Créateur béni soit-il beguin de-ihou rav vechalit (araméen : parce qu'il est grand et souverain) - et c'est mohin dekatnout.

Et à la fête de Chavouot ce sont des mohin degadlout, après qu'ils ont reçu la Torah et ont dit "nous ferons et nous entendrons" ; et assurément ils servaient lichma, et c'est pourquoi cela est appelé mohin degadlout. Et c'est l'intention de nos sages de mémoire bénie : "parce qu'à la mer il s'est révélé à eux comme un jeune homme" - c'est-à-dire que bahour est une expression de petitesse, et ils étaient dans les mohin dekatnout.

"Et au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard" - explication : ils servaient avec des mohin degadlout, dans une grande sagesse comme un vieillard, c'est-à-dire lichma. "Et de peur que tu ne dises : deux puissances" - explication : ce sont deux sortes de service ; c'est pourquoi il a dit anokhi, "je suis celui qui était" - explication : celui qui est un fils sage n'a alors qu'un seul service, à savoir qu'il élève le chelo lichma pour qu'il soit lui aussi lichma ; et ce en quoi il sert ou prie pour son propre bien, c'est aussi avec cette intention qu'il y ait un contentement pour le Créateur béni soit-il, comme il a été dit plus haut.

Il se trouve donc qu'il n'y a pas deux puissances, mais une seule puissance, car à partir du chelo lichma se fait aussi le lichma - et examine bien cela (ve-dok).

ונמצא לפי דברינו הנ"ל יבואר שימי הספירה הם בחינות לבוש, כי מוחין דקטנות הם לבוש למוחין דגדלות כנ"ל. ומזה הטעם אסור לגלח השערות בימים ההם, כי השערות הם גם כן בחינת לבוש כידוע וכשמגיע יום המובחר אזי אנו זוכין למוחין דגדלות ואזי הוסר הלבוש ומסירין אנו גם כן השערות.

לכן אנו מוזהרין להזהיר גדולים על הקטנים שלא לגדל שער שלהם הנקרא בייא האר, כי יהיו חס ושלום דבוקים בבחינה זו של השערות ויהיו להם יניקה ממקום המטונף הנ"ל. לכן מי שבשם ישראל יכונה יהיה זהיר במאוד שלא לגדל שער של התינוקת שלהם ולעשות להם בייא האר חס ושלום שלא להדביק אותם בסטרא אחרא ההיא חס ושלום רק להסיר מהם ע"י מוקדם בכדי שיהיו דבוקים לסטרא דקדושה ויטיב לו בזה השם יתברך יפתח לנו ולכל ישראל שערי תורה שערי קדושה שערי טוהר:

Et il se trouve, selon nos paroles ci-dessus, que s'expliquera ceci : les jours de la Sefira (le compte de l'Omer entre Pessa'h et Chavouot) sont de l'aspect du vêtement, car les mohin dekatnout sont un vêtement pour les mohin degadlout comme il a été dit. Et pour cette raison il est interdit de raser les cheveux en ces jours-là, car les cheveux (searot) sont aussi de l'aspect du vêtement, comme on le sait ; et lorsque arrive le jour d'élection, alors nous méritons les mohin degadlout, et alors le vêtement est ôté, et nous ôtons aussi les cheveux.

C'est pourquoi nous sommes avertis d'avertir les grands au sujet des petits, de ne pas laisser croître leur chevelure, ce qui est appelé bayya haar (expression yiddish désignant la chevelure longue qu'on laisse pousser aux enfants) ; car ils seraient, à Dieu ne plaise, attachés à cet aspect des cheveux et ils auraient une succion (yenika, aspiration de vitalité) depuis le lieu souillé mentionné. C'est pourquoi celui qui est appelé du nom d'Israël prendra très grandement garde à ne pas laisser croître les cheveux de leurs enfants et à ne pas leur faire de bayya haar, à Dieu ne plaise, pour ne pas les attacher à cette sitra a'hra, à Dieu ne plaise, mais seulement à les leur ôter par avance, afin qu'ils soient attachés au côté de la sainteté (sitra dikedoucha) ; et le Nom béni soit-il lui fera du bien par cela.

Qu'il nous ouvre, à nous et à tout Israël, les portes de la Torah, les portes de la sainteté, les portes de la pureté.

פוקד עון אבות על בנים כו' ועושה חסד כו' (שמות לד, ה). פירוש דכשהקדוש ברוך הוא נפרע מעון הוא מחסר העון על ידי זה שנפרע ממנו.

וזהו פוקד, לשון חסרון, לשון ויפקד מקום דוד (שמואל א' כ, כה) שנעשה העון מחוסר, מה שאין כן כשמשלם שכר טוב עבור מצוה אינו מחסר המצוה אדרבא נעשה המצוה יותר גדולה, כי השם יתברך מענג בזה שמשפיע שפע ונמצא מה שגרם שמשפיע נעשה מצוה יותר גדולה. וזהו עושה חסד, אדרבא בשילום שכר נעשה החסד יותר גדולה:

"Qui retient la faute des pères sur les fils" etc., "et qui fait 'hessed" etc. (Chemot/Exode 34,7).

Explication : lorsque le Saint béni soit-il fait payer la faute, il diminue la faute par cela même qu'il en fait payer le prix. Et c'est le sens de poked, une expression de manque, du langage de "et la place de David fut vide (vayipaked)" (Chemouel I 20,25) : la faute se trouve diminuée.

Ce qui n'est pas le cas lorsqu'il paie une bonne récompense pour une mitsva : il ne diminue pas la mitsva, au contraire la mitsva devient plus grande, car le Nom béni soit-il prend plaisir à cela, en ce qu'il fait couler l'abondance ; il se trouve donc que ce qui a cause qu'il fasse couler l'abondance devient une mitsva plus grande. Et c'est le sens de "et qui fait 'hessed" : au contraire, par le paiement de la récompense le 'hessed devient plus grand.

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