קדושת לוי

Kedushat Levi — Exodus, Yitro (3/5)

Rabbi Levi Yitzhak de Berditchev
En bref

« De peur qu'ils ne se précipitent vers Hachem pour voir » (Chemot 19,21) : c'est l'interdit à l'heure du don de la Torah. Rabbi Lévi Its'hak rapporte du Ramban que, lorsque l'amour ou la crainte du Créateur parvient, on accomplit aussitôt une mitsva et on les fait entrer dans le tsimtsoum (contraction) : la mitsva est un kli (réceptacle), le vouloir (hefets) est un kli. Israël, éveillé au Sinaï, ne touche pas à la montagne : cela leur est compté comme une mitsva, et ils contractent crainte et amour. Chavouot s'appelle Atseret, du langage de atsour (retenu). Un kavod (gloire) créé et un kavod émané se saisissent ce jour-là.

Aussi : la Torah après l'Égypte, reçue par amour au niveau du fils ; anokhi : le plaisir fait au Créateur attache la pensée ; à la mer comme un jeune homme, au Sinaï comme un vieillard

פן יהרסו אל ה' לראות (שמות יט, כא). זהו הלא תעשה שאמר הקדוש ברוך הוא בשעת מתן תורה.

הכלל, כי הרמב"ן פירש על הפסוק (שיר השירים ב, ז) אם תעירו ואם תעוררו את האהבה עד שתחפץ, כשמגיע אל אדם אהבת הבורא או יראת הבורא ברוך הוא אזי תיכף יעשה מצוה ואז בזה מביא אהבה ויראת הבורא בצמצום, כי כל זמן שלא עשה מצוה יש לו מלחמות אבל כשעושה עם זה היראה ואהבה מצוה אזי מביא בצמצום ובטל ממנו כל המלחמות. והנה מצוה שעושה הוא כמו כלי שתנוח בו זה התעוררות שמגיע לו מלמעלה זהו עד שתחפץ כי החפץ הוא כלי עיין שם ברמב"ן.

והנה ישראל במעמד הר סיני שם היה להם התעוררות מאהבת ויראת הבורא ברוך הוא וצריך להיות דבר שיצמצם בו התעוררות היראה ואהבה. והנה מבואר בגמרא (קידושין לט:) כל היושב ואינו עובר עבירה מעלה עליו הכתוב כאלו עשה מצוה, והיינו כשמגיע לו איזה עבירה והוא אינו עושה ונמצא כיון ששמרו ישראל את המצות בשעת מתן תורה ולא נגעו בהר סיני אז צימצמו היראה ואהבת הבורא ברוך הוא שהיה להם בשעת מתן תורה, כי נחשב להם כאילו עשו מצוה, כי כל דבר צריך להיות לו צמצום העולם השרפים כמדריגתם ועולם החיות כמדריגתם וכן עד עולם עשיה.

ועל זה אמר הקדוש ברוך הוא ועלית אתה ואהרן עמך והכהנים והעם אל יהרסו לעלות כו'. ועל זה הטעם נקרא שבועות עצרת, כי האהבה ויראת הבורא זה השיגו קודם מתן תורה בערב יום טוב כמאמר חכמינו ז"ל וישב משה את דברי העם אל ה' כו' ויאמרו כל אשר דיבר כו'.

והנה בשעת מתן תורה עצמו ששמרו המצוה כנ"ל צמצמו היראה והאהבה כנ"ל, ועל זה הטעם נקרא עצרת מלשון עצור. והנה יש כבוד נברא וכבוד נאצל.

כבוד נברא, היינו מה שהעולמות משיגים גדולת הבורא ברוך הוא מהחלק שהוא מצומצם בעולמות, והיינו מה שהעולמות נותנים לו כבוד וגדולה ממה שמצמצם בעולמות. וכבוד נאצל, מה שהעולמות משיגים ונותנים לו כבוד וגדולה כביכו"ל ממה שלא נצמצם עדיין בעולמות.

וזה באמת אי אפשר להשיג, כי אם ביום טוב ובפרט ביום טוב של עצרת שבו יש התגלות ממתן תורה כנאמר אתה נגלית בענן כבודך, כי זה שאי אפשר להשיג נקרא ענן לשון חושך, שאין שם התגלות בכל עת וזהו שהשמות מכ"ד קשוטי כלה שני אותיות אחד נקד בניקוד קמץ ואחד נקד בניקוד קבוץ שהוא נקרא שורק, כי שורק הוא לשון אשרקה (זכריה י, ח) אשר הוא מושג והוא הנקרא כבוד נברא מה שהעולמות נותנים לו כבוד וגדולה ממה שהוא מצומצם בעולמות. וקמץ, הוא לשון סתום הוא כבוד נאצל מה שלא נצמצם עדיין בעולמות והכל מושג לישראל ביום טוב זה של מתן תורה:

"De peur qu'ils ne se précipitent vers ה' pour voir" (Chemot/Exode 19,21). C'est là l'interdit (lo taasse, commandement négatif) qu'a énoncé le Saint béni soit-il à l'heure du don de la Torah.

Le principe : le Ramban (Rabbi Moché ben Nahman) a expliqué sur le verset (Chir haChirim/Cantique des cantiques 2,7) "n'éveillez pas et ne réveillez pas l'amour jusqu'à ce qu'il le veuille", que lorsque parvient à l'homme l'amour du Créateur ou la crainte du Créateur béni soit-il, alors il accomplit aussitôt une mitsva, et par là il fait entrer l'amour et la crainte du Créateur dans le tsimtsoum (contraction, resserrement d'une lumière dans une limite) ; car tout le temps qu'il n'a pas accompli de mitsva il a des guerres, mais lorsqu'il accomplit une mitsva avec cette crainte et cet amour, alors il les amène dans le tsimtsoum et toutes les guerres cessent en lui. Et voici que la mitsva qu'il accomplit est comme un kli (réceptacle, vase) dans lequel se reposera cet éveil qui lui parvient d'en haut : c'est le sens de "jusqu'à ce qu'il le veuille" (ad chetehpats), car le vouloir (hefets) est un kli - vois-le là dans le Ramban.

Et voici qu'Israël, lors de la station au mont Sinaï, avait là un éveil d'amour et de crainte du Créateur béni soit-il, et il fallait qu'il y ait une chose dans laquelle se contracte cet éveil de la crainte et de l'amour. Or il est exposé dans la Guemara (Kidouchin 39b) : quiconque reste assis et ne commet pas de transgression, l'Écriture le lui compte comme s'il avait accompli une mitsva - c'est-à-dire lorsqu'une transgression se présente à lui et qu'il ne la fait pas.

Il se trouve donc que, puisque Israël a garde les mitsvot à l'heure du don de la Torah et n'a pas touché au mont Sinaï, ils ont alors contracté la crainte et l'amour du Créateur béni soit-il qu'ils avaient à l'heure du don de la Torah, car cela leur fut compté comme s'ils avaient accompli une mitsva ; car toute chose doit avoir son tsimtsoum : le monde des serafim selon leur degré, le monde des hayot (les "vivants", ordre d'anges de la Merkava) selon leur degré, et ainsi jusqu'au monde de Assiya (le monde de l'action, le plus bas des quatre mondes). Et c'est à ce propos que le Saint béni soit-il a dit : "et tu monteras, toi et Aharon avec toi, et les kohanim et le peuple, qu'ils ne se précipitent pas pour monter" etc.

(Chemot 19,24). Et pour cette raison Chavouot est appelé Atseret, car l'amour et la crainte du Créateur, ils les ont atteints avant le don de la Torah, la veille de la fête, selon la parole de nos sages de mémoire bénie : "Et Moché rapporta les paroles du peuple à ה'" etc., "et ils dirent : tout ce qu'a dit" etc.

(Chemot 19,8). Et voici qu'à l'heure même du don de la Torah, en gardant la mitsva comme il a été dit, ils ont contracté la crainte et l'amour comme il a été dit ; et pour cette raison [la fête] est appelée Atseret, du langage de atsour (retenu, arrêté).

Et voici qu'il y a un kavod (gloire, honneur) créé et un kavod émané. Le kavod créé, c'est-à-dire ce que les mondes saisissent de la grandeur du Créateur béni soit-il à partir de la part qui est contractée dans les mondes ; c'est-à-dire ce que les mondes lui rendent d'honneur et de grandeur à partir de ce qu'il contracte dans les mondes.

Et le kavod émané, c'est ce que les mondes saisissent et l'honneur et la grandeur qu'ils lui rendent, pour ainsi dire, à partir de ce qui ne s'est pas encore contracté dans les mondes. Et cela, en vérité, il est impossible de le saisir, sinon un jour de fête, et en particulier au jour de fête de Atseret, où il y a une révélation du don de la Torah, selon ce qui est dit : "tu t'es révélé dans la nuée de ta gloire" ; car ce qu'il est impossible de saisir est appelé anan (nuée), du langage de l'obscurité, puisqu'il n'y a pas là de révélation en tout temps.

Et c'est le sens de ceci : parmi les Noms des vingt-quatre parures de la fiancée (kaf-dalet kichoutey kala), il y a deux lettres, l'une vocalisée du point-voyelle kamats et l'autre vocalisée du point-voyelle kiboutz, qui est appelé chourouk ; car chourouk est du langage de achrika (je sifflerai pour les appeler) (Zekharia 10,8) - ce qui est saisi, et c'est ce qui est appelé kavod créé, ce que les mondes lui rendent d'honneur et de grandeur à partir de ce qui est contracté dans les mondes. Et le kamats est du langage du fermé, du scellé : c'est le kavod émané, ce qui ne s'est pas encore contracté dans les mondes ; et tout cela est saisi par Israël en ce jour de fête du don de la Torah.

אנכי ה' א-להיך אשר הוצאתיך מארץ מצרים מבית עבדים (שמות כ, ב). עיין רש"י מבית עבדים.

והנראה, כי זה שנתן הקדוש ברוך הוא תורה לישראל אחר יציאת מצרים ולא נתן להם התורה קודם ואחר כך יוציאם ממצרים, כי הכלל זה שעובד מיראה נקרא בבחינת עבד והעובד מאהבה נקרא בבחינת בן ונמצא אם היה נותן להם קודם יציאת מצרים אז היו ישראל מקבלים התורה מחמת יראה, כי אם חס ושלום לא יקבלו התורה לא יוציא הקדוש ברוך הוא אותם ממצרים והיה להם בחינות עבד לזה הוציא הקדוש ברוך הוא אותם ממצרים קודם ואחר כך קבלו התורה בוודאי קבלו ישראל התורה מאהבה והם בבחינת בן. וזהו אשר הוצאתיך מארץ מצרים, ועתה אני נותן לך התורה.

והוצאתיך מבית עבדים, שלא יהיה כבחינת עבד, כי אם בחינת בן:

"Je suis ה' ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison des esclaves" (Chemot/Exode 20,2). Vois Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki) sur "de la maison des esclaves".

Et ce qui paraît : ce que le Saint béni soit-il a donné la Torah a Israël après la sortie d'Égypte, et ne leur a pas donné la Torah d'abord pour les faire sortir ensuite d'Égypte - car le principe est que celui qui sert par crainte est appelé du point de vue de l'esclave (eved), et celui qui sert par amour est appelé du point de vue du fils (ben). Il se trouve donc que, s'il leur avait donné la Torah avant la sortie d'Égypte, alors Israël aurait reçu la Torah a cause de la crainte, car si, à Dieu ne plaise, ils ne recevaient pas la Torah, le Saint béni soit-il ne les ferait pas sortir d'Égypte, et ils auraient eu le statut d'esclave.

C'est pourquoi le Saint béni soit-il les a d'abord fait sortir d'Égypte, et ensuite ils ont reçu la Torah : assurément Israël a reçu la Torah par amour, et ils sont au niveau du fils. Et c'est le sens de "qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte" - et maintenant je te donne la Torah.

"Et je t'ai fait sortir de la maison des esclaves" - afin que ce ne soit pas au niveau de l'esclave, mais bien au niveau du fils.

אנכי ה' א-להיך. ואמרו רבותינו ז"ל (שבת קה.) אמירה נעימה כתיבה יהיבה.

הכלל, כי צריך האדם לקיים שויתי ה' לנגדי תמיד. והנה אי אפשר לאדם לדבק מחשבתו תמיד לה', רק הכלל הוא כשאדם עובד כדי לעשות נחת רוח ותענוג להבורא יתברך אז זה התענוג בעצמו מעורר אותו לדבק מחשבתו להבורא יתברך.

והנה אמירה היינו דיבור והוא אינו תמיד, אבל מה שהוא כתוב בכתב הוא תמיד. וזהו הרמז אמירה נעימה מה שאדם עובד את הבורא יתברך כדי לעשות לו תענוג, כי נעימה הוא לשון תענוג כתיבה יהיבה זה הוא לו תמיד לעורר אותו בכל רגע לדבק מחשבתו להבורא יתברך:

"Je suis ה' ton Dieu." Et nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Chabat 105a) que [le mot anokhi, "je suis", est l'acronyme de] amira néima ketiva yehiva - "parole agréable, écriture donnée". Le principe : l'homme doit accomplir "je place ה' devant moi constamment" (Tehilim/Psaumes 16,8).

Or il est impossible à l'homme d'attacher sa pensée constamment à ה' ; le principe est seulement que, lorsque l'homme sert afin de faire un contentement (nahat roua'h) et un plaisir au Créateur béni, alors ce plaisir lui-même l'éveille à attacher sa pensée au Créateur béni. Et voici que amira, c'est-à-dire la parole, n'est pas constante ; mais ce qui est écrit dans un écrit, cela est constant.

Et telle est l'allusion : amira néima - ce que l'homme sert le Créateur béni afin de lui faire un plaisir, car néima est du langage du plaisir (taanoug, délectation) ; ketiva yehiva - cela lui est constant, pour l'éveiller à chaque instant à attacher sa pensée au Créateur béni.

או יבואר, אנכי ה' א-להיך, עיין ברש"י ואיתא במדרש בים נגלה להם כבחור, ובמתן תורה נגלה להם כזקן. הכלל, על דרך משל אב אוהב את בנו וכשהאב עושה איזה דבר והבן אומר לאביו עשה למעני כך אז מחמת אהבתו את הבן מאוד עושה רצון הבן נמצא מחמת אהבה עושה את עצמו בבחינת הבן, דהיינו כמו שהבן רוצה אבל אם לומד עמו שכל בזה צריך לעשות כפי שכלו כדי שיבין הבן ולא כמו שרוצה הבן.

כך הבורא ברוך הוא ברא הכל וברא את הים, אבל ישראל היו אומרים שצריך להם להיות הים יבשה והיה צריך הבורא ברוך הוא וברוך שמו להראות את עצמו כביכו"ל בבחינות בן כמו שהבן רוצה, והיינו מה שאמרו שנדמה להם כבחור, דהיינו בחינת בן. אבל בהר סיני כשעמדו ישראל במתן תורה היה צריך הבורא לתת התורה לישראל והיה צריך לעשות כמו שהוא רוצה כנ"ל, והיינו כזקן שנדמה להם כזקן ויושב בהוראה וקל להבין:

On peut encore l'expliquer : "Je suis ה' ton Dieu" - vois Rachi ; et il est rapporté dans le Midrach qu'à la mer il s'est révélé à eux comme un jeune homme (bahour), et au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard (zaken). Le principe, par voie de parabole : un père aime son fils ; et lorsque le père fait quelque chose et que le fils dit à son père "fais pour moi de telle manière", alors, à cause de son très grand amour pour le fils, il fait la volonté du fils.

Il se trouve donc qu'à cause de l'amour il se met lui-même au niveau du fils, c'est-à-dire selon ce que le fils veut. Mais s'il étudie avec lui une matière d'intelligence, il doit agir selon son propre entendement afin que le fils comprenne, et non selon ce que le fils veut.

Ainsi le Créateur béni soit-il a tout créé, et il a créé la mer ; mais Israël disait qu'il leur fallait que la mer devienne terre sèche, et le Créateur béni soit-il et béni soit son Nom devait se montrer lui-même, pour ainsi dire, au niveau du fils, selon ce que le fils veut - et c'est ce qu'ils ont dit, qu'il leur a paru comme un jeune homme, c'est-à-dire au niveau du fils. Mais au mont Sinaï, quand Israël se tenait au don de la Torah, le Créateur devait donner la Torah a Israël et devait agir comme lui-même le veut, ainsi qu'il a été dit ; et c'est le sens de "comme un vieillard", qu'il leur a paru comme un vieillard siégeant pour trancher la halakha (hora'a, enseignement de la loi) - et cela est facile à comprendre.

ובאופן אחר יבואר מאמר חכמינו ז"ל בים סוף נגלה להם כזקן, דהנה השם יתברך מצמצם עצמו בהעולמות אמנם בים סוף שהיה שם שינוי הטבע ולא היה מתלבש אז בהעולמות וראו השם יתברך בלי שום לבוש ובמתן תורה התלבש השם יתברך עצמו כפי שיעור שהעולמות יהיה יכול לקיים. והנה לבוש מרומז בכתבי האר"י ז"ל בבחינות שערות וזהו בים סוף נגלה להם כבחור, בלא שערות בלא שום לבוש שהיה מתלבש בעולמות.

ובמתן תורה נגלה כזקן, דהיינו שערות שנגלה להם בלבוש שהתלבש בעולמות. וזהו הרמז בדברי רבותינו ז"ל ראתה שפחה על הים מה שלא ראה יחזקאל הנביא, כי יחזקאל וכל הנביאים ראו השם יתברך כביכו"ל בהתלבשות בעולמות כפי שיעור העולמות ובים ראו כולם השם יתברך כביכו"ל בלא לבוש אמנם במתן תורה היה צריך להתלבש כדי שיבינו בני ישראל את התורה.

וזהו אתה נגלית בענן כבודך, פירוש בלבוש וצמצום אורו הגדול, כי ענן הוא בחינות חשכות מורה על צמצום אורו ומבאר למה הוצרך לזה על זה אמר על עם קדשך לדבר עמם, רצה לומר שהוצרך לדבר עמהם שיוכלו אז להבין דבוריו הקדושים ודו"ק:

Et d'une autre manière s'expliquera la parole de nos sages de mémoire bénie : "à la mer des Joncs il s'est révélé à eux comme un vieillard". Car voici, le Nom béni se contracte dans les mondes ; toutefois à la mer des Joncs, où il y eut un changement de la nature, il ne se revêtait pas alors dans les mondes, et ils virent le Nom béni sans aucun vêtement (levouch) ; tandis qu'au don de la Torah le Nom béni s'est revêtu lui-même selon la mesure que les mondes pouvaient supporter.

Et voici que le vêtement est désigné par allusion dans les écrits du Ari (Rabbi Yitshak Louria) de mémoire bénie sous l'aspect des cheveux (searot). Et c'est le sens de "à la mer des Joncs il s'est révélé à eux comme un jeune homme" - sans cheveux, sans aucun vêtement dont il se revêtirait dans les mondes ; "et au don de la Torah il s'est révélé comme un vieillard" - c'est-à-dire avec des cheveux, car il s'est révélé à eux dans un vêtement dont il s'est revêtu dans les mondes.

Et telle est l'allusion contenue dans les paroles de nos maîtres de mémoire bénie : "une servante a vu à la mer ce que Ye'hezkel le prophète n'a pas vu" ; car Ye'hezkel et tous les prophètes ont vu le Nom béni, pour ainsi dire, dans son revêtement dans les mondes, selon la mesure des mondes, tandis qu'à la mer tous ont vu le Nom béni, pour ainsi dire, sans vêtement. Toutefois au don de la Torah il devait se revêtir afin que les enfants d'Israël comprennent la Torah.

Et c'est le sens de "tu t'es révélé dans la nuée de ta gloire", c'est-à-dire dans un vêtement et dans le tsimtsoum (contraction) de sa grande lumière ; car la nuée est de l'aspect de l'obscurité, ce qui indique la contraction de sa lumière. Et [le texte] explique pourquoi cela fut nécessaire, en disant : "sur ton peuple saint, pour parler avec eux" - c'est-à-dire qu'il devait parler avec eux de telle sorte qu'ils puissent alors comprendre ses paroles saintes - et examine bien cela (ve-dok, invitation à approfondir).

או יבואר מאמר חכמינו ז"ל בים סוף נגלה להם כבחור ובמתן תורה כו', שמא תאמר כו' תלמוד לומר אנכי. להבין זה הכלל הלא מדת בחרות מורה על שקלי וטרי, כלומר שעדיין אין דעתו מיושבת במדה אחת.

והנה בשעת קריעת ים סוף היה שם שני מדות. מדה של חסד על ישראל ומדה של דין על פרעה ועל עמו.

ומדת זקנה מורה על דעה מיושבת במדה אחת במדת חסד. ובאמת במתן תורה לא היה שם רק חסד על ישראל ועל כל העולם כמאמר חכמינו ז"ל (שבת פח:) ונתמלא כל העולם כולו בושם.

ובאמת מה שהקדוש ברוך הוא עושה דין ברשעים הוא רק בשביל לעשות ולהראות חסדו לישראל עמו. וזהו אנכי ה' א-להיך אשר הוצאתיך מארץ מצרים, אף על פי ששם היה דין אף על פי כן העיקר היה חסד.

וזהו אנכי כו', אנכי היום בזה המדה אשר הוצאתיך מארץ מצרים, כי שם גם כן היה הכל חסד:

On peut encore expliquer la parole de nos sages de mémoire bénie : "à la mer des Joncs il s'est révélé à eux comme un jeune homme, et au don de la Torah" etc., "et si tu dis" etc., "c'est pourquoi il est dit : anokhi (je suis)". Pour comprendre cela, le principe : la mesure de la jeunesse (bahrout) indique le va-et-vient du raisonnement (chakla vetarya, pesée du pour et du contre), c'est-à-dire que son esprit n'est pas encore établi dans une seule midda (attribut, mesure).

Et voici qu'à l'heure de l'ouverture de la mer des Joncs il y avait là deux middot : la midda de 'hessed (bonté, bienveillance) envers Israël, et la midda de din (rigueur, jugement) envers Paro et son peuple. Tandis que la mesure de la vieillesse (zikna) indique un esprit établi dans une seule midda, dans la midda de 'hessed.

Et en vérité, au don de la Torah il n'y eut là que du 'hessed, envers Israël et envers le monde entier, selon la parole de nos sages de mémoire bénie (Chabat 88b) : "et le monde entier s'emplit de parfum". Et en vérité, ce que le Saint béni soit-il exerce la rigueur sur les méchants n'est que pour faire et montrer son 'hessed à Israël son peuple.

Et c'est le sens de "Je suis ה' ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte" : bien qu'il y eût là de la rigueur, malgré cela l'essentiel était le 'hessed. Et c'est le sens de "anokhi" etc. : je suis aujourd'hui dans cette midda même "qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte", car là aussi tout était 'hessed.

או יבואר, אנכי ה' א-להיך אשר הוצאתיך מארץ מצרים מבית עבדים. הרמב"ן הקשה מפני מה לא אמר אנכי אשר בראתי שמים וארץ.

ונראה לתרץ, דהנה זה הכלל גדול בעבודת הבורא יתברך שמו שאנחנו בני ישראל מחויבים להאמין בב' תורות בתורה שבכתב ובתורה שבעל פה שכולם ניתנו מרועה אחד. והענין הב' תורות תורה שבכתב מסר לנו על ידי משה עבדו נאמן ביתו מכתב חרות על הלוחות באש שחורה על גבי אש לבנה, ותורה שבעל פה מה שנמסר למשה רבינו עליו השלום על פי פירושה כל שתלמיד ותיק עתיד לחדש.

נמצא שעיקר תורה שבעל פה ניתנה לנו כפי מה שהצדיקים שבדור יפרשו את התורה כן יקום. וזה כח הגדול שמסר לנו הבורא ברוך הוא מחמת אהבתו ובחירתו לעמו ישראל וכפי רצונם מהתורה כך מתנהגים כל העולמות.

וזהו מה שאמרו חכמינו ז"ל (מועד קטן טז:) הקדוש ברוך הוא גוזר גזירה והצדיק מבטלה. וזהו מי שעובד להבורא ברוך הוא וברוך שמו בגין דאיהו רב ושליט.

וידוע מאמר חכמינו ז"ל שבמתן תורה נגלה להם כזקן, וביציאת מצרים נגלה להם כבחור. והענין הוא כך, ששני בחינות יש בעבדות הבורא ברוך הוא, יש מי שעובד להבורא ברוך הוא בגין דאיהו רב ושליט ואינו משים על לבו הטובות והחסדים מה שהשם יתברך ברוך הוא משפיע עליו, כי כל הטובות וכל התענוגים כלא נחשבו נגד תענוג עבדות הבורא ברוך הוא שהוא עובד למלך גדול ואדיר כזה אשר אלף אלפים ישמשוניה ואין שיעור למרכבות כבודו וזהו נקרא מוחין דגדלות שעובד להבורא ברוך הוא בגדלות השכל.

ויש מי שעובד להבורא ברוך הוא מחמת שמשפיע עליו חסדים ושפע רב וזהו נקרא מוחין דקטנות שעובד להבורא ברוך הוא בקטנות השכל ולכן ביציאת מצרים שראו הניסים והנפלאות מה שעשה להם השם יתברך ברוך הוא שלקה להמצריים בעשר מכות ונס דים סוף וביזת הים אז עבדו להשם יתברך במוחין דקטנות. וזהו על הים נגלה להם כבחור בשכל קטן, ובמתן תורה שבמעמד הר סיני פסק זוהמתן, ולא היה נחשב אצלם שום תענוג עולם הזה עבודת הבורא ברוך הוא ועיקר עבודתם היתה להבורא ברוך הוא בגין דאיהו רב ושליט, וזהו מוחין דגדלות שעבדו להשם יתברך בשכל גדול.

וזהו במתן תורה נגלה להם כזקן, שיש לו שכל גדול. ומטעם זה לא נכתב אות טי"ת בדברות ראשונות, כי אות טי"ת מרומז על טובות ובשעת דברות ראשונות היה נשמות ישראל זכים וברורים שלא היה נחשב לכלום שום טובות ותענוגים נגד תענוג עבודתו יתברך ויתעלה זכרו לנצח נצחים מפני שהיו בבחינת מוחין דגדלות וכנ"ל.

וכל מי שעובד להשם יתברך במוחין דגדלות אין לו שום מורא ופחד מכל המאורעות שבאות עליו, כי אף על פי שלפי הנראה הוא צרה אך בתוך מחשבתו ולבו הוא אינו נחשב אצלו לצרה, כי לבו נכון ובטוח שבוודאי לא יגיע לו שום נזק אך בחוץ לפי הנראה הוא צרה. ומי שעובד להשם יתברך במוחין דקטנות אזי כשבא עליו איזה מאורע מן המאורעות אזי נופל עליו פחד גדול שאפילו במחשבתו ולבו האי גברא בהאי פחדא יתיב ועל ידי זה מתגבר עליו כח החיצונים שהוא תחת ממשלתם וכשהם מתגברים עליו אזי הוא תחתם:

On peut encore l'expliquer : "Je suis ה' ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison des esclaves". Le Ramban a soulevé la difficulté : pourquoi n'a-t-il pas dit "je suis celui qui a créé les cieux et la terre" ?

Et il paraît qu'on peut répondre ainsi. Voici un grand principe dans le service du Créateur, béni soit son Nom : nous, enfants d'Israël, sommes tenus de croire aux deux Torot, la Torah écrite et la Torah orale, qui toutes deux ont été données par un seul berger.

Et voici l'affaire des deux Torot : la Torah écrite nous a été transmise par Moché son serviteur, le fidèle de sa maison, écriture gravée sur les Tables, en feu noir sur feu blanc ; et la Torah orale, c'est ce qui fut transmis oralement à Moché notre maître, sur lui la paix, quant à son interprétation - tout ce qu'un disciple assidu est destiné à innover. Il se trouve donc que l'essentiel de la Torah orale nous a été donné de telle sorte que, selon la manière dont les tsadikim de la génération interprètent la Torah, ainsi cela se réalise.

Et telle est la grande force que le Créateur béni soit-il nous a transmise, à cause de son amour et de son élection pour son peuple Israël : selon leur volonté tirée de la Torah, ainsi se conduisent tous les mondes. Et c'est ce qu'ont dit nos sages de mémoire bénie (Moed Katan 16b) : le Saint béni soit-il décrète un décret, et le tsadik l'annule.

Et telle est [la voie de] celui qui sert le Créateur béni soit-il et béni soit son Nom beguin de-ihou rav vechalit (araméen : parce qu'il est grand et souverain). Et l'on connaît la parole de nos sages de mémoire bénie, selon laquelle au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard, et à la sortie d'Égypte il s'est révélé à eux comme un jeune homme.

Et l'affaire est ainsi : il y a deux aspects dans le service du Créateur béni soit-il. Il y a celui qui sert le Créateur béni soit-il parce qu'il est grand et souverain, et qui ne met pas à son cœur les biens et les bontés que le Nom béni soit-il fait couler sur lui ; car tous les biens et tous les plaisirs ne comptent pour rien au regard du plaisir de servir le Créateur béni soit-il, puisqu'il sert un roi si grand et si puissant, "que mille milliers servent", et dont les chars de gloire sont sans mesure - et cela s'appelle mohin degadlout (les mohin, cerveaux ou consciences, de grandeur), car il sert le Créateur béni soit-il avec une intelligence de grandeur.

Et il y a celui qui sert le Créateur béni soit-il parce qu'il fait couler sur lui des bontés et une grande abondance - et cela s'appelle mohin dekatnout (mohin de petitesse), car il sert le Créateur béni soit-il avec une intelligence de petitesse. C'est pourquoi, à la sortie d'Égypte, quand ils virent les miracles et les prodiges que le Nom béni soit-il fit pour eux, qu'il frappa les Égyptiens de dix plaies, et le miracle de la mer des Joncs et le butin de la mer, alors ils servirent le Nom béni avec des mohin dekatnout.

Et c'est le sens de "à la mer il s'est révélé à eux comme un jeune homme" - avec une petite intelligence. Et au don de la Torah, lors de la station au mont Sinaï, leur souillure cessa, et aucun plaisir de ce monde ne comptait à leurs yeux au regard du service du Créateur béni soit-il, et l'essentiel de leur service envers le Créateur béni soit-il était parce qu'il est grand et souverain - et ce sont les mohin degadlout, car ils servirent le Nom béni avec une grande intelligence.

Et c'est le sens de "au don de la Torah il s'est révélé à eux comme un vieillard", qui possède une grande intelligence. Et pour cette raison la lettre têt (ט) n'est pas écrite dans les premières Paroles [du Décalogue], car la lettre têt fait allusion aux biens (tovot) ; et à l'heure des premières Paroles les âmes d'Israël étaient pures et limpides, de sorte qu'aucun bien et aucun plaisir ne comptait pour rien au regard du plaisir de son service, béni et exalté, que son souvenir soit pour l'éternité des éternités - parce qu'ils étaient au niveau des mohin degadlout, comme il a été dit.

Et quiconque sert le Nom béni avec des mohin degadlout n'a aucune terreur ni aucune peur de tous les événements qui lui arrivent ; car même si, selon l'apparence, c'est une détresse, dans sa pensée et dans son cœur cela ne compte pas pour lui comme une détresse, car son cœur est ferme et confiant qu'assurément aucun dommage ne l'atteindra ; seulement au-dehors, selon l'apparence, c'est une détresse. Mais celui qui sert le Nom béni avec des mohin dekatnout, lorsque lui survient l'un de ces événements, alors tombe sur lui une grande peur, si bien que même dans sa pensée et dans son cœur "cet homme demeure dans cette peur" ; et par cela la force des hitsonim (les forces extérieures, les kelipot ou écorces) se renforce sur lui, car il est sous leur domination ; et lorsqu'elles se renforcent sur lui, alors il est sous elles.

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