Ce passage poursuit : voir la chute de l'Égypte porte Israël sur des ailes d'aigles, dans un taanoug (délectation), sans tomber de son degré, vers le degré du Nom. Rabbi Lévi Its'hak relève que atem (vous) paraît superflu, et que selon Rachi et le Targoum ils n'étaient pas encore rapprochés avant le don de la Torah. Deux degrés de foi : la foi parfaite, et celle née des miracles. Israël était de peu de foi au second degré et craignit que les Égyptiens voient et croient de même, « de même que nous remontons ». Le Nom endurcit le cœur de Pharaon : vous avez vu, et non les Égyptiens ; amenés vers lui par les prodiges grâce auxquels ils crurent.
Aussi : la royauté d'Israël pour attirer le ''hessed ; Moché rend au Nom « nous ferons et nous entendrons », paroles de la Che'hina ; on croit aux prophètes s'ils restent dans la Torah de Moché
וזו שאמר השם יתברך למשה אתם ראיתם אשר עשיתי למצרים ואשא אתכם על כנפי נשרים, רצה לומר אתם ראיתם מפלתן של רשעים ומה היה הפעולה שהראיתי לכם מפלתן ואשא אתכם על כנפי נשרים, בשביל שיהיה לכם תענוג גדול תמיד ולא תהיו צריכין ליפול ממדריגתכם בכדי לבא לתענוג גדול כי תהיו תמיד בהתענוג הגדול. וזו ואביא אתכם אלי, כלומר למדריגה שלי.
ועתה אם שמוע תשמעו בקולי והייתם לי סגולה מכל העמים, רצה לומר שתראו תמיד מפלתן של אלו שאינם עובדים את ה' כמו אנחנו עמו בית ישראל וממילא תהיו לי סגולה ויהיה לכם תענוג בלא נפילה ויהיה לכם עוד פעולה ואתם תהיו לי ממלכת כהנים וגוי קדוש, שתמיד תהיו גוי קדוש, כי כשצדיק נופל לפעמים ממדריגתו אינו עובד ה' יתברך אבל עתה אין צריכים אתם ליפול ממדריגתכם ותעבדו את ה' יתברך תמיד בתענוג גדול מאוד ודו"ק:
Et c'est ce que le Nom béni a dit à Moché : "Vous avez vu ce que j'ai fait à l'Égypte, et je vous ai portés sur des ailes d'aigles" (Chemot/Exode 19,4). Cela veut dire : vous avez vu la chute des méchants ; et quel fut l'effet de ce que je vous ai montré leur chute ?
"Et je vous ai portés sur des ailes d'aigles" - afin que vous ayez toujours un très grand plaisir (taanoug, délectation spirituelle du service divin) et que vous n'ayez pas besoin de tomber de votre degré pour parvenir à ce grand plaisir, car vous serez continuellement dans ce grand plaisir. Et c'est là le sens de "et je vous ai amenés vers moi", c'est-à-dire vers mon degré.
"Et maintenant, si vous écoutez vraiment ma voix, vous serez pour moi un trésor parmi tous les peuples" (Chemot 19,5) : cela veut dire que vous verrez toujours la chute de ceux qui ne servent pas ה' comme nous, son peuple, la maison d'Israël ; et par là même vous serez pour lui un trésor, et vous aurez le plaisir sans chute. Et vous aurez encore un autre effet : "et vous, vous serez pour moi un royaume de kohanim et une nation sainte" (Chemot 19,6), c'est-à-dire que vous serez toujours une nation sainte.
Car lorsque le tsadik tombe parfois de son degré, il ne sert pas ה' béni ; mais désormais vous n'aurez pas besoin de tomber de votre degré, et vous servirez ה' béni continuellement, dans un très grand plaisir - et examine bien cela (ve-dok, formule d'invitation à approfondir).
אתם ראיתם אשר עשיתי למצרים גו' ואביא אתכם אלי (שמות יט, ד). ויש להבין תיבת אתם הוא מיותר.
ועיין ברש"י שמדקדק גם כן זה ואביא אתכם אלי, לפירוש רש"י ותרגום עדיין לא קרב אותם עד במתן תורה. והנראה על דרך הפסוק (שמות יד, ד) וחזקתי את לב פרעה ורדף כו' ואכבדה.
והנה בכל שירת הים לא הוזכר והוכפל רק אבדן מצרים ולא הצלת ישראל מן הים דזה היה עיקר הנס לא האריך בו כל כך. והנה אמרינן בגמרא (פסחים קיח:) ישראל שבאותו הדור מקטני אמנה היו ואמרו כשם שאנו עולים מצד זה כו', קשה מהיכא תיתי לומר מקטני אמנה היו.
ועוד מה הלשון כשם שאנו עולים. והנה יש שני מדריגות מענין האמונה.
אחד, אמונה שלימה לידע את א-להי אביו לאהבה וליראה אותו. ומדריגה ב', שלא התעורר מעצמו להשיג רק אחרי ראותו גבורות ה' ניסים ונפלאות.
ועיין שפתי חכמים פרשה זו על פירוש רש"י עתה ידעתי כי גדול ה' מכל א-להים, שלא הניח עבודה זרה שלא עבדה עיין שם, והנה ישראל לא היו אז במדריגה הראשונה הנ"ל, רק מקטני אמנה היו, היינו מדריגה ב' הנ"ל שראו גבורות ה' ניסים ונפלאות שעשה ואז האמינו ומזה נתיראו ישראל שיקרה כה למצרים שיראו ויאמינו כמו ישראל, ואם כן יעשה להם גם כן ניסים ונפלאות כמו לישראל. וזה אמרם כמו שאנו עולים, כלומר יאמינו כמו שאנו מאמינים, אך באמת המצרים הקשו ערפם ולא האמינו גם אחר הראייה שראו כל המופתים, כי הקדוש ברוך הוא הכביד לבם כדי שיבחרו להם הבחירה לטבוע בים סוף כנ"ל פרשת בשלח על פסוק (שמות טו ד) ומבחר שלשיו כו'.
וזה המופת יותר על כולם שערבב דעתם ונטל מהם הבחירה כדי שיבחרו לעצמם לרדוף אחרי בני ישראל ומכח זה נאבדו. וזהו שמדייק אתם ראיתם ולא המצריים, אף על פי שהיה יכול להיות גם כן להם זה האמונה על ידי הניסים והנפלאות, אף על פי כן חזקת את לב פרעה שלא יאמין ואביא אתכם אלי מכח המופתים שראו והאמינו ולא קודם לכן:
"Vous avez vu ce que j'ai fait à l'Égypte... et je vous ai amenés vers moi" (Chemot 19,4). Il y a lieu de comprendre : le mot atem (vous) paraît superflu.
Et vois Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki), qui relève lui aussi ce point ; et quant à "et je vous ai amenés vers moi", selon l'explication de Rachi et du Targoum il ne les avait pas encore rapprochés avant le don de la Torah. Or ce qui paraît, c'est de l'expliquer à la manière du verset : "Et j'endurcirai le cœur de Pharaon et il poursuivra... et je serai glorifie" (Chemot 14,4).
Et voici que dans tout le Cantique de la mer, il n'est mentionné et répété que la perte de l'Égypte, et non le salut d'Israël hors de la mer ; alors que c'était là l'essentiel du miracle, il ne s'y est pas étendu autant. Or nous disons dans la Guemara (Pessahim 118b) que les Israélites de cette génération-là étaient de peu de foi (miktaney amana), et qu'ils dirent : "de même que nous remontons de ce côté-ci, [ainsi les Égyptiens remontent de l'autre côté]".
Cela est difficile : d'où tirer qu'ils étaient de peu de foi ? Et de plus, que signifie l'expression "de même que nous remontons" ?
Or il existe deux degrés en matière de foi. Le premier : une foi parfaite (emouna chelema), connaître le Dieu de son père, l'aimer et le craindre.
Le second degré : celui qui ne s'est pas éveillé de lui-même à comprendre, mais seulement après avoir vu les hauts faits de ה', ses miracles et ses prodiges. Et vois le Sifsey Hakhamim (commentaire sur Rachi) sur cette paracha, à propos de l'explication de Rachi sur "maintenant je sais que ה' est plus grand que tous les dieux" (Chemot 18,11) : il [Yitro] n'a laissé aucun culte étranger (avoda zara) sans l'avoir servi - vois-le là.
Or Israël n'était pas alors au premier degré mentionné, mais ils étaient de peu de foi, c'est-à-dire au second degré mentionné : ils virent les hauts faits de ה', les miracles et les prodiges qu'il accomplit, et alors ils crurent. Et de là vint la crainte d'Israël : qu'il en aille de même pour les Égyptiens, qu'ils voient et croient comme Israël, et qu'alors on accomplisse pour eux aussi des miracles et des prodiges comme pour Israël.
Et c'est le sens de leur parole "de même que nous remontons", c'est-à-dire : ils croiront comme nous croyons. Mais en vérité les Égyptiens raidirent leur nuque et ne crurent pas, même après avoir vu de leurs yeux tous les prodiges, car le Saint béni soit-il appesantit leur cœur afin qu'ils choisissent d'eux-mêmes de sombrer dans la mer des Joncs, comme il a été dit plus haut, parachat Bechalah, sur le verset "et l'élite de ses officiers..." (Chemot 15,4).
Et ce prodige-là surpasse tous les autres : il troubla leur entendement et leur ôta le libre choix, afin qu'ils choisissent d'eux-mêmes de poursuivre les enfants d'Israël, et par cette force même ils furent perdus. Et c'est ce que le verset précise : "vous, vous avez vu" - et non les Égyptiens ; bien qu'ils eussent pu, eux aussi, parvenir à cette foi par les miracles et les prodiges, malgré cela "tu as endurci le cœur de Pharaon" pour qu'il ne croie pas.
Et "je vous ai amenés vers moi" - par la force des prodiges qu'ils virent et grâce auxquels ils crurent, et non avant cela.
ואתם תהיו לי ממלכת כהנים (שמות יט, ו). יבואר על פי מאמר רבותינו ז"ל (מועד קטן טז:) מי מושל בי צדיק עיין שם.
ונמצא יש לישראל עמו כולם צדיקים מדת מלכות כביכו"ל להפוך הגזירה אשר נגזור למעלה לרעה חס ושלום להפוך להמשיך חסד לישראל. וזהו ואתם תהיו לי ממלכת, כלומר שאתם יש לכם כביכו"ל המלכות.
לי, פירוש עלי להפוך ולבטל הנגזר למעלה אבל על מה יש לכם המלכות עלי כביכו"ל. ומפרש הכתוב כהנים מדת חסד בזה אתם ממלכת כנ"ל, אבל חס ושלום לבטל החסד הנגזר למעלה על ישראל בזה אין אתם ממלכת רק להמשיך חסד בזה יש לכם המלכות:
"Et vous, vous serez pour moi un royaume de kohanim" (Chemot 19,6). Cela s'expliquera d'après la parole de nos maîtres, de mémoire bénie (Moed Katan 16b) : "Qui domine sur moi ?
Le tsadik" - vois-le là. Il se trouve donc qu'Israël son peuple, qui sont tous des tsadikim, détient la midda (attribut, mesure) de Malkhout, la royauté, pour ainsi dire, afin de renverser le décret qui a été décrété en haut pour le mal, à Dieu ne plaise, et de le renverser pour attirer le 'hessed (bonté, bienveillance) sur Israël.
Et c'est le sens de "et vous, vous serez pour moi un royaume", c'est-à-dire que vous détenez, pour ainsi dire, la royauté. "Pour moi" (li) : cela signifie sur moi (alay), pour renverser et annuler ce qui a été décrété en haut.
Mais sur quoi détenez-vous cette royauté sur moi, pour ainsi dire ? Le verset l'explique : "kohanim", c'est-à-dire la midda de 'hessed - en cela vous êtes un royaume, comme il a été dit.
Mais pour annuler, à Dieu ne plaise, le 'hessed décrété en haut sur Israël, en cela vous n'êtes pas un royaume ; c'est seulement pour attirer le 'hessed que vous détenez la royauté.
או יבואר, ואתם תהיו לי ממלכת כהנים, דהנה יש ג' כתרים כתר תורה כו' (אבות ד, יז) והנה כל הכתרים אינן בירושת אב חוץ מכתר כהונה הוא בירושה מן האב וזרעו מיוחס אחריו והנה ישראל יש להם קדושת אבות כי חלק ה' עמו יעקב חבל נחלתו (דברים לב, ט) ובחר ה' בישראל מחמת כי יש להם ירושה קדושת אבות וזהו דאמר ממלכת כהנים:
On peut encore l'expliquer ainsi : "et vous, vous serez pour moi un royaume de kohanim". Il y a en effet trois couronnes : la couronne de la Torah, [la couronne de la kehouna (le sacerdoce) et la couronne de la royauté] (Avot 4,17).
Or toutes ces couronnes ne se transmettent pas en héritage du père, hormis la couronne de la kehouna, qui s'hérite du père, et sa descendance se rattache généalogiquement à lui. Or Israël possède la sainteté des Patriarches, car "la part de ה' c'est son peuple, Yaakov est le lot de son héritage" (Devarim/Deutéronome 32,9), et ה' a choisi Israël parce qu'ils détiennent en héritage la sainteté des Patriarches.
Et c'est ce que dit le verset : "un royaume de kohanim".
וישב משה את דברי העם אל ה' (שמות יט, ח). עיין באור החיים, שפירש דחס ושלום דלא בדרך תשובה החזיר משה דברי ישראל להשם, כי הוא יתברך אין צריך לתשובתו והוא יודע מלבות בני אדם, רק משה סיפר דברי ישראל לפני השם לחבבן לפני המקום וסיפר דבריהם האיך שהקדימו נעשה לנשמע.
ויש לומר עוד בזה, דמשה הסתכל בתשובת ישראל דהקדימו נעשה לנשמע וזה דבר פליאה שאין בני אדם יכולים להשיגו זולת כח א-להים כמו דאיתא במדרש מי גילה רז זה לבני שמלאכי השרת משתמשין בו שנאמר (תהלים קג, כ) ברכו ה' מלאכיו גבורי כח עושה דברו לשמוע כו', מעיקרא עושים והדר לשמוע. והם כוונו למטה בני ישראל אלו הדיבורים והבין משה שזה אין דברי עצמם אלא רוח ה' דיבר בם ומלתו על לשונם שהשכינה בעצמה היה מדברת מתוך גרונם של כל אחד מישראל תשובה זו נעשה ונשמע.
וזהו שכתוב וישב משה את דברי העם אל ה', רצה לומר שהחזיר הדיבורים אל ה' שיחס הדיבורים הללו אל השם, רצה לומר שהשם בעצמו השיב זה ורצונו היה בכך שיקדימו נעשה לנשמע:
"Et Moché rapporta les paroles du peuple à ה'" (Chemot 19,8). Vois le Or Hahaim, qui explique qu'à Dieu ne plaise ce n'est pas à titre de réponse que Moché rapporta les paroles d'Israël au Nom, car lui, béni soit-il, n'a nul besoin de sa réponse, et il connaît les cœurs des hommes ; mais Moché raconta les paroles d'Israël devant le Nom pour les rendre chers devant l'Omniprésent, et il raconta leurs paroles, comment ils avaient placé "nous ferons" avant "nous entendrons".
Et l'on peut dire encore ceci : Moché considéra la réponse d'Israël, qui avaient placé "nous ferons" avant "nous entendrons", et c'est là une chose étonnante, que les hommes ne peuvent atteindre sinon par une force divine, comme il est rapporté dans le Midrach : "Qui a révélé à mes enfants ce secret dont usent les anges de service ?", ainsi qu'il est dit : "Bénissez ה', vous ses anges, héros puissants qui accomplissez sa parole pour entendre la voix de sa parole" (Tehilim/Psaumes 103,20) - d'abord ils accomplissent, et ensuite ils entendent. Et voici qu'en bas les enfants d'Israël ont visé ces mêmes paroles ; Moché comprit que ce n'étaient pas leurs propres paroles, mais que l'esprit de ה' avait parlé en eux et que sa parole était sur leur langue, car la Chekhina (Présence divine) elle-même parlait depuis la gorge de chacun d'Israël en prononçant cette réponse : "nous ferons et nous entendrons".
Et c'est ce qui est écrit : "Et Moché rapporta les paroles du peuple à ה'", c'est-à-dire qu'il rendit ces paroles à ה' en les attribuant au Nom ; autrement dit, le Nom lui-même avait répondu cela, et telle était sa volonté, qu'ils placent "nous ferons" avant "nous entendrons".
וגם בך יאמינו לעולם (שמות יט, ט). פירש רש"י גם בנביאים הבאים אחריך.
ונראה בסייעתא דשמיא על פי דאיתא ברמב"ן ז"ל בפרשת משפטים (שמות כג, כ) הנה אנכי שולח מלאך לפניך כו' ועשית את אשר אדבר, דרצה לומר שלא תשמע למלאך רק אם ידבר את אשר אני אדבר, מה שאין כן אם יאמר לך לעבור על מצוה מהמצות אז לא תשמע לו עד כאן דברי פי חכם חן. וזהו שאמר הכתוב וגם בך יאמינו, דהוי ליה למימר וגם לך יאמינו.
לזה רמז רש"י כוונת הכתוב דהנביאים הבאים אחריך אם יהיה בך בתוך תורתך אז יאמינו להם. ומדויק תיבת בך, רצה לומר אם יהיה בתוכך שלא יסירו מאתך.
וזה שרמז רש"י ז"ל בתיבת אחריך, שהוא לשון עצתך כמאמר חכמינו ז"ל (ברכות סא.) וילך מנוח אחרי אשתו (שופטים יג, יא) אחרי עצתה, הרי דאחר הוא לשון עצה, ורצה לומר אם ילכו במצותיך שמצות נקראים בזוהר הקדוש עצות עיטין דאורייתא וכן מבואר ברמב"ם סוף הלכות תמורה עיין שם, שמביא ראיה מפסוק (משלי כב, כ) הלא כתבתי לך שלישים במועצות כו'. מה שאין כן אם יאמרו חס ושלום לסור ממצותיך לא יאמינו להם.
ומתורץ בזה מה שקשה לכאורה למה לו הבטחה שיאמינו בנביאים הלא כל נביא ה' צריך ליתן אות, אם כן מחמת מופת שלו יאמינו לו. ולפי מה שכתבתי ניחא, דזהו ההבטחה שלא יאמינו במופת רק אם לא יסור הנביא מתורת משה, מה שאין כן בלאו הכי לא יועיל המופת כאשר הזהירה על זה התורה בפרשת ראה (דברים יג, ב) כי יקום בקרבך.
ועל פי דרך חידוד אמת נבאר תיבת לעולם דחכמינו ז"ל אמרו (יבמות צ:) ומביא הרמב"ם בפסקיו (הלכות יסודי התורה פרק ט' הלכה ג') דאם נביא מצוה לעבור על דברי תורה לפי שעה שהוצרך לו כגון אליהו בהר הכרמל שהקריב בשעת איסור הבמות רשאין לשמוע לו, מה שאין כן אם מצוה לעבור על דבר מצוה של תורת משה לעולם אין רשאין לשמוע לו. וזהו שאמר הכתוב וגם בך יאמינו, רצה לומר אימת לא יאמינו בנביאים כפירוש רש"י רק אם הוא בך כפי תורתך כנ"ל.
לעולם, רצה לומר מה שיצוה הנביא שינהוג לעולם היפוך מתורתך לא יאמינו רק אם יצוה כפי תורתך, מה שאין כן ציווי נביא שאינו לעולם רק לפי שעה שומעין לו אף על פי שהוא נגד תורת משה כיון שהוא לצורך שעה ודו"ק:
"Et en toi aussi ils croiront pour toujours" (Chemot 19,9). Rachi explique : aussi dans les prophètes qui viendront après toi.
Et il paraît, avec l'aide du Ciel, de l'expliquer d'après ce qui figure chez le Ramban (Rabbi Moché ben Nahman), de mémoire bénie, dans la parachat Michpatim (Chemot 23,20) : "Voici que j'envoie un ange devant toi... et tu feras ce que je dirai" - cela veut dire que tu n'écouteras l'ange que s'il dit ce que moi je dis ; en revanche, s'il te dit de transgresser l'une des mitsvot, alors tu ne l'écouteras pas. Jusqu'ici les paroles de la bouche du sage, qui sont grâce.
Et c'est ce que dit le verset : "et en toi (bekha) aussi ils croiront", alors qu'il aurait fallu dire "et à toi (lekha) aussi ils croiront". C'est à cela que Rachi a fait allusion, quant à l'intention du verset : les prophètes qui viendront après toi, s'ils se tiennent en toi, c'est-à-dire à l'intérieur de ta Torah, alors on croira en eux.
Ainsi se justifie précisément le mot bekha (en toi) : c'est-à-dire s'ils demeurent au-dedans de toi et ne s'écartent pas de toi. Et c'est ce à quoi Rachi, de mémoire bénie, a fait allusion par le mot aharekha (après toi), qui a le sens de ton conseil, selon la parole de nos sages, de mémoire bénie (Berakhot 61a) : "Et Manoah alla après sa femme" (Choftim/Juges 13,11) - après son conseil ; on voit donc que le terme ahar a le sens de conseil.
Cela veut dire : s'ils marchent selon tes mitsvot, car les mitsvot sont appelées dans le Zohar sacré des conseils, itin de-oraita (les conseils de la Torah) ; et ainsi est-il exposé dans le Rambam (Maimonide), à la fin des Hilkhot Temoura - vois-le là -, où il apporte une preuve du verset "n'ai-je pas écrit pour toi des choses excellentes en conseils..." (Michley/Proverbes 22,20). En revanche, s'ils disent, à Dieu ne plaise, de s'écarter de tes mitsvot, on ne croira pas en eux.
Et par là se résout la difficulté apparente : pourquoi une promesse qu'ils croiront aux prophètes ? Tout prophète de ה' doit bien donner un signe, et c'est donc par la force de son prodige qu'on le croira.
Mais selon ce que j'ai écrit, tout s'éclaire : la promesse est qu'on ne croira au prodige que si le prophète ne s'écarte pas de la Torah de Moché ; sinon, le prodige ne servira de rien, ainsi que la Torah en a averti dans la parachat Réé : "S'il se lève au milieu de toi [un prophète ou un songeur de songes...]" (Devarim 13,2). Et selon une voie de fine perspicacité véridique (derekh hidoud émet), nous expliquerons le mot leolam (pour toujours).
Nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Yevamot 90b), et le Rambam le rapporte dans ses décisions (Hilkhot Yessodey haTorah, chapitre 9, halakha 3), que si un prophète ordonne de transgresser des paroles de la Torah de manière ponctuelle, parce que l'heure l'exige, comme Eliyahou au mont Carmel qui offrit un sacrifice au temps où les bamot (autels privés hors du Temple) étaient interdites, il est permis de l'écouter ; en revanche, s'il ordonne de transgresser à jamais une mitsva de la Torah de Moché, il n'est pas permis de l'écouter. Et c'est ce que dit le verset : "et en toi aussi ils croiront", c'est-à-dire : quand ne croira-t-on pas aux prophètes, selon l'explication de Rachi ?
On ne croira que si cela est en toi, conforme à ta Torah, comme il a été dit. "Pour toujours" (leolam) : cela veut dire que ce que le prophète ordonnera de pratiquer à jamais à l'opposé de ta Torah, on ne le croira pas ; on ne croira que s'il ordonne conformément à ta Torah.
En revanche, l'ordre d'un prophète qui n'est pas pour toujours, mais seulement pour l'heure, on l'écoute, même s'il va à l'encontre de la Torah de Moché, puisqu'il répond à un besoin de l'heure - et examine bien cela.
ויאמר ה' אל משה רד העד בעם כו' ויאמר משה אל ה' כו' ויאמר אליו ה' לך רד (שמות יט, כא-כד). והנה רש"י ז"ל מפרש שמזרזין כו'.
והנראה כך, דהנה משה רבינו עליו השלום היה מאמין בדברי הבורא יתברך באמונה גדולה ושלימה והיה מקיים דברי הבורא יתברך תיכף כששמע הציווי מפי הבורא יתברך בזריזות גדול. והנה משה רבינו עליו השלום היה סבור כמו שהוא מאמין לדברי הבורא יתברך ואינו עובר על דבריו כן האמונה וההנהגה בלב כל איש ישראל.
ובאמת אין אנו במדריגה גדולה כמשה רבינו עליו השלום אשר ידעו ה' פנים אל פנים כו', והיה רואה תמיד כל עת גדולת הבורא יתברך שמו והיה לו אמונה חזקה לשמור הציווי אשר יצא מפי ה' ושלא לעבור חס ושלום על רצונו, כי היה תמיד דבוק בה' והיה במדריגה גדולה. וזהו הרמז בפסוק הנ"ל ויאמר ה' אל משה רד העד בעם כו' ויאמר משה אל ה' לא יוכל העם לעלות כו' כי אתה העדותה וגו', כלומר משה אמר אל ה' למה אשוב לומר עוד להם כיון שצוית להם פעם אחד בודאי לא יעברו על דבריך, כי זה היה זר בעיני משה שיהיה אדם בעולם שיעבור על ציווי הבורא יתברך, כי משה היה במדריגה גדולה והיה סבור שאי אפשר לאדם בעולם שיעבור על ציווי הבורא יתברך.
וזהו ויאמר אליו ה' לך רד כו', השם יתברך אמר למשה אתה במדריגה גדולה ואתה תמיד דבוק אלי לכך קשה לך איך אפשר לעבור אדם על ציווי שלי. לך רד, כלומר רד ממדריגתך ותראה שבמדריגה התחתונה יכול אדם לעבור על ציווי שלי ולכך לך פעם שנית והעד בם:
"Et ה' dit à Moché : descends, avertis le peuple... Et Moché dit à ה'...
Et ה' lui dit : va, descends" (Chemot 19,21-24). Or Rachi, de mémoire bénie, explique que l'on presse et répète l'avertissement, etc.
Et voici ce qui paraît : Moché notre maître, sur lui la paix, croyait aux paroles du Créateur béni d'une foi grande et parfaite, et il accomplissait les paroles du Créateur béni aussitôt qu'il entendait l'ordre de la bouche du Créateur béni, avec un grand empressement. Or Moché notre maître, sur lui la paix, pensait que, de même que lui croit aux paroles du Créateur béni et ne transgresse pas ses paroles, ainsi en est-il de la foi et de la conduite dans le cœur de chaque homme d'Israël.
Mais en vérité nous ne sommes pas à un degré aussi élevé que Moché notre maître, sur lui la paix, que ה' a connu face à face ; il voyait constamment, à tout instant, la grandeur du Créateur, que son Nom soit béni, et il avait une foi puissante pour garder l'ordre sorti de la bouche de ה' et pour ne pas transgresser, à Dieu ne plaise, sa volonté, car il était toujours attaché à ה' et se tenait à un degré élevé. Et telle est l'allusion contenue dans le verset cité : "Et ה' dit à Moché : descends, avertis le peuple...
Et Moché dit à ה' : le peuple ne pourra pas monter... car toi tu nous as avertis", c'est-à-dire que Moché dit à ה' : pourquoi retournerais-je le leur dire encore, puisque tu le leur as ordonné une fois ; assurément ils ne transgresseront pas tes paroles. Car il paraissait étrange aux yeux de Moché qu'il puisse y avoir au monde un homme qui transgresse l'ordre du Créateur béni ; car Moché se tenait à un degré élevé et pensait qu'il est impossible à un homme au monde de transgresser l'ordre du Créateur béni.
Et c'est le sens de "Et ה' lui dit : va, descends..." : le Nom béni dit à Moché : toi, tu es à un degré élevé et tu es toujours attaché à moi, c'est pourquoi il t'est difficile de concevoir comment un homme peut transgresser mon ordre. "Va, descends" : c'est-à-dire descends de ton degré, et tu verras qu'au degré inférieur un homme peut transgresser mon ordre ; c'est pourquoi va une seconde fois et avertis-les.